‹ Traite de thérapeutique médicale, ou, Guide pour l’application des principaux modes de médication à l’indication thérapeutique et au traitement des maladiesChapitre 39 sur 132 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES IMMINENCES MORBIDES.

107 L'état d'imminence morbide se rencontre souvent dans la vie normale ; il peut tenir à l'exagération de certains

IMMINENCES MORBIDES.

tempéraments, à la constitution, à l'obésilé, à la maigreur, à l'hérédité, aux habitudes, enfin à l'état menstruel el à la puerpéraiité, et aussi à la convalescence. Ce que j'ai dit des tempéraments et de la constitution me dispense d"y revenir; non plus que sur les pliases d'évolution critique, telles que la dentition, la puberté, la ménopause et la sénilité.

§ I". — Obésité.

108 L'obésité, qui peut devenir une infirmité, doit éire prise en considération dans la détermination des indications ; elle rend les mouvements difficiles, la respiralion courte, le sommeil lourd, la menstruation peu abondante. Lorsqu'elle s'étend aux viscères, elle peut les solliciter aux transformations graisseuses; le foie d'abord, le cœur ensuite peuvent subir celte sorte d'entraînement graisseux. Une vie active, un exercice musculaire répété, une alimentation modérée et plus plastique qu'hydrocarbonée (régime Banting), sont les moyens de la combattre ; on y ajoutera l'usage des altérants et des éliminateurs alcalins. Ces sujets, en général, supportent Bien la diète pendant la maladie, surtout si on leur donne quelque boisson tonique.

§ 2. — Maigi'eur.

109. La maigreur est souvent un premier degré de l'atrophie ; elle appartient d'ailleurs aux constitutions débiles. Toutes les causes de déperdition excessive la peuvent provoquer; elle appartient à la convalescence et à toutes les cachexies.

Là est la source de la double indication qu'elle présente, c'est-à-dire qu'on prescrira un régime alimentaire fortement réparateur, et dans lequel on ne craindra pas de faire entrer largement les aliments hydro-carbonés ; on y ajoutera le traitement tonique et même les toniques slimulants, à moins que, surexcitée par l'insuffisance de la vie plastique, l'activité nerveuse n'ait pris une exagération qu'il serait dangereux d'augmenter encore.

INDICATIONS DE LA SANTÉ

§ 3. — Hérédité et habitudes.

110. L'hérédité ne motive guère d'indications qui n'aient été déjà formulées à propos des constitutions, des tempéraments et des autres idiosyncrasies.

111. Il n'en est pas de môme des habitudes. CeWes-ci, qu'elles soient physiologiques pures ou vicieuses, peuvent provoquer la maladie, mais elles ne lui donnent guère une physionomie spéciale et qui soit capable de déterminer une indication. Qu'elles relèvent des intoxications, d'une perversion nutritive ou morale, elles veulent être suspendues pendant la maladie; s'il arrivait qu'elles eussent pris assez d'empire dans l'économie pour la troubler par leur suppression, c'est par une substitution physique ou morale, qu'il y faut pourvoir {\. Alcoolisme).

§ 4. — Convalescence.

112. La convakscence, qui n'est plus une maladie, est encore une imminence morbide, par la maigreur, par la débililé, par l'impressionnabilité, par l'entraînement de réparation nutritive qui la caractérisent. De là, indication des toniques, unis aux tempérants, aux analeptiques et aux calmants, qui doivent, avec le régime et le repos dont les convalescents ont si grand besoin, les aidera se refaire. Une grande différence existe à ce sujet entre la convalescence des maladies aiguës et celle des maladies chroniques.

§ 5. — État menstruel.

113. L'élat menstruel crie à la femme un cerfain nombre d'imminences morbides qui relèvent du trouble hémorrhagique et de son siège utérin, et d'autres qui relèvent de l'état d'impressionnabililé et de mobilité nerveuse dans lequel elle se trouve alors. De là la fréquence du nervosisme et des accès de névroses, et l'ulilité des anlispasmodiques. Quant aux phénomènes locaux, leurs indications seront indiquées plus loin.

Les rapports qu'atfectent les règles avec les maladies ai

IMMINENCES MORBIDES.

guës sont pleins d'applications importantes à l'indication (Hérard). Au début des maladies aiguës, il faut généralement respecter ce qu'on a appelé Vcpistaoeis utérine (Gubler) qui n'a en général qu'une valeur pronostique favorable. Dans le cours de la maladie, les rùgles peuvent filre une complication dont il faut surveiller l'évolution et modérer l'essor sans le suspendre. A la fin, elles peuvent jouer un rôle critique, qu'il faut respecter, tout en surveillant les effets que détermine la spoliation sanguine.

Dans les maladies chroniques, les règles sont souvent troublées. Pour peu qu'on approche de la période de cachexie, elles se suppriment, et c'est plutôt un bénéfice qu'un danger; car, à cette période en général, ce qu'il y de plus à craindre, ce sont les évacuations colliquatives, et l'affaiblissement qui suit toutes les pertes; et, d'autre part, l'élimination qu'elles déterminent est si peu efficace à prévenir les poussées fluxionnaires que provoque la maladie, qu'il n'y a pas lieu de chercher à les rappeler.

§ 6. — État puerpéral.

114. L'état 2™^''PéraZ est des plus féconds en accidents physiologiques, et, par suite, plein d'imminences morbides et riche d'indications thérapeutiques.

115. La grossesse, outre les troubles locaux dont elle s'accompagne, et qui peuvent tenir à l'irritation de la vulve, aux affections de l'utérus et du bassin, est féconde en perturbations nerveuses. L'activité nutritive de la femme, employée tout entière à la formation du nouvel être, laisse l'ensemble de l'économie dans un état d'infériorité relative; ceci se manifeste par des états névrosiques, qui portent sur les sphères les moins nutritives de l'innervation. Les principaux sont les névroses cérébrales, qui peuvent aller jusqu'à la manie ou jusqu'à la folie partielle et momentanée. Souvent encore on observe des névroses des premières voies ; toutes les variétés de perturbation de l'estomac peuvent se rencontrer; ^v. Viscéralyie) et surtout le vomissen^nl nerveux (voy. ce mot) dont les indications, dans la grossesse, diffèrent peu de ce qu'elles sont en dehors de cet état.

INDICATIONS DE LA SANTÉ

J'en dirai autant des congestions sanguines et séro-sanguines, qui peuvent se produire pendant la grossesse, et se porter de pi'éférence sur les poumons; ce qui a surtout été observé chez les femmes déjà atteintes de maladie du cœur, et motive le traitement le plus activement déplétif et le plus énergiquement riivulsif (Peter).

Les fièvres éruplives ne sont pas très-rares chez les femmes Enceintes, le rhumatisme est plus fréquent ; la fièvre typhoïde s'y voit rarement; quant aux maladies chroniques, on sait que la grossesse en général enraye leurs accidents , sans en arrêter le cours ; tout au plus peuvent-elles momentanément le suspendre et laisser ensuite les malades en proie aux formes suraiguës de la maladie.

116. Le danger immédiat des maladies de la grossesse, c'est, surtout, l'avortement, accident fâcheux en lui-même et par ses suites, et qu'il laut combattre tant qu'il y a espoir de l'arrêter. Le traitement doit être avant tout préventif et s'attacher à faire disparaître les causes capables de provoquer l'avortement. Pléthore ou anémie, affection de l'utérus ou simple constipation, sont, alors l'objet des indications thérapeutiques.

Contre le fait lui-même, on emploie des quarts de lavement additionnés de laudanum (8 à 10 gouttes), jusqu'à cessation des contractions. Le repos au lit, le repos absolu du corps et de l'esprit, les boissons tempérantes, les compresses froides sur le ventre (Cazeaux). L'emploi des émissions sanguines et des révulsifs doit être bien indiqué pour n'être pas sans danger. Enfin quand domine la métrorrhagie, l'indication qui en résulte peut passer au premier rang; on conseille alors le tamponnement qui arrête l'écoulement du sang et souvent avec d'autant plus d'efficacité qu'il provoque la déplétion utérine et l'achèvement de l'avortement. Mais ce n'est là, on le comprend, qu'un moyen extrême, que l'art et la conscience ne peuvent conseiller à tout autre titre.

117. L'accouchement est aussi l'occasion d'imminences morbides, et la source d'impérieuses indications. La perturbation profonde en laquelle il consiste porte et, sur la vie dénutrition et sur la vie de relation; toute l'activité de la femme converge vers l'acte important qu'il lui faut

IMMINENCES MORBIDES.

accomplir; la préoccupation morale s'y ajoutant, on comprend comment les fondions nerveuses peuvent être perverties, au point de donner lieu à des attaques de manie ou d'éclampsie, elc. De là une grande indication qui consiste à tempérer le plus possible l'excitation nerveuse symnathiqiie. ^

118. La séparation de l'enfant et de la mère produit chez celle-ci une rupture d'équilibre, soit dans la circulation, soit dans les diacrises, qui l'expose à la syncope, aux anémies, aux congestions partielles, directes ou en retour, auv hémorrhagies, aux acrinies et aux hypercrinies, se maniiestant surtoutà la peau, aux glandes qui lui sont annexées aux reins et aussi aux autres glandes. Ue là la source d'une mullitude d'indications physiologiques faciles à pressentir.

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