CHAPITRE PREMIER
INDICATIONS TIRÉES DE l'HYPERSTHÉNIE CÉRÉBRALE.
ART. 1'='. — DESChlt>T10N DE l'iNDICATION.
§ l". — Type élémentaire.
136. La stimulation des fonctions de l'intelligence, telle que nous la voyons se produire dans un grand nombre de délires, se manifeste d'abord par la rapidité avec laquelle l'idée se produit, se formule et s'exprime ; puis aussi par la prédominance qu'elle ail'ecle sur tous les autre» modes de l'activité spontanée, et par la suppression des relations qui unissent naturellement ces divers modes entre eux. La première période de beaucoup d'iutoxications, et en particulier de celle de l'ivresse, ou alcoolisme aigu, nous en offre le meilleur type.
Au lieu de porter sur l'ensemble des fonctions psychiques, l'excitation peut porter plus spécialement, ou même exclusivement, sur quelqu'une des opérations de l'intelligence : la conception de l'idée, sa distinction d'avec le moi, sa comparaison avec les sujets voisins, la formule intérieure par laquelle elle se caractérise, la formule extérieure par laquelle elle s'exprime, enfin et surtout l'imagination qui la modifie et l'exploite.
lit ce que je viens de dire de l'idée peut aussi s'appliquer à l'appréciation morale des sensations et à la détermination volontaire des actes de la vie de relation.
137. L'insomnie est un phénomène habituel à cet état; elle aussi témoigne de l'excitation du cerveau, comme le
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sommeil lérlioigtie de sa résolulion et de son repus. Le sommeil n'est pas, en effel, lié iiécessairement ou à la congestion ou à l'anémie des ceritres nerveux, mais seulement à la suspension de leui- activité (Cl. Bernard). Lorsque le sommeil vient à se produire pendant le délire, il est légerj interrompu, troublé.
138. L'intensité de l'hyperslhénie cérébrale peut vuHer depuis la simple jactitation jusqu'à la violence (manie àit<uë); tels sont, par exemple, le délire dit essentiel qui succède ii une émbtion morale, à une indigestion, chez les enfants surtout, certains délires tl'àttmatiques, le délire des fièvres à franche réaction, celui qui complique certaines intlammaliolispalehchymateuses, le délire du début de la méningite.
139. Le plus souvent cette forme de délire se rencontre unie aux phénomènes de stimulation de la sensibilité et du motivehiènt, à la douleur et aux convulsions par exemple; elle peut être liée à d'autres troubles élémentaires ou exister isolément.
On se tromperait si l'on pensait que le travail exagéré de l'intelligence n'agit sur les divers appareils de l'éconotiiie que pour en suspendre ou en activer les fonctions diverses saris ihlërvenir dirèctèmenl dans k production des déchets oi-ganiquès. On sait que l'exercice de la pensée augmente, dans les uriiies, la proportion de l'urée et des phosphates (Byassbn), et dans la bile, la proportion de cholestérine (Flint). Il y a plus, l'exercice de la pensée provoquerait l'élimination d'une quantité d'urée supérieure à celle que fait éliminer le travail musculaire (Byasson). J. Davy a soutenu aussi que, dans ce cas, la chaleur normale était accrue; d'autres ont noté le refroidissement. QUoi qu'il eU soit, on comprend par cela, quelle importance doit avoir sui- la nutrition du malade, l'état d'excitation psychique délirante.
§ 1 — Pathogénie.
140. L'hyperslhénie- cérébrale dénonce un état de stimulation morbide de la cellule nerveuse, que peuvent déterminer les conditions physiques et morales les plus diverses et mêmes les plus opposées. Ainsi, par exemple, la congestion et l'anémie, l'état inflammatoire et la dégénération
82 INDICATIONS DES TROUBLES NEllVEU.V.
(Ach. Foville fils), la chaleur el le froid. Encore faut-il que ces iiiQuences n'aient pas dépassé certaine limite assez restreinte de leur action, sans quoi la cellule nerveuse qui, à tous ces excitants divers, répond par une exagération fonctionnelle ne tarde pas à llécliir sous l'excitant et à cesser de réagir.
Une analyse plus intime encore nous fait connaître enfin que s'il y a des délires par excitation directe de l'élément cérébral, il en est, à proprement parler, de réflexes; tels sont les eus où une impression douloureuse violente est transformée en conceptions délirantes; c'est ce que l'on constate encore dans le délire émotif (Morel), sorte de délire réflexe dont l'appareil ganglionnaire représente l'élément affectif. On comprend que les troubles de la circulalion de l'encéphale n'agissent pas autrement, et que tous les modificateurs du cerveau puissent arriver au même résultat d'excitement direct ou réflexe, par excès ou par insuffisance fonctionnels.
D'où il apparaît nettement que l'excitation psychique mérite bien une place à part dans les éléments d'indication, puisqu'elle a une telle autonomie, indépendante des causes plus ou moins diverses qui peuvent la provoquer.
141. Quantité d'agents pathogénétiques peuvent aussi provoquer plus ou moins isolément cette forme de trouble cérébral. La plupart des anesthésiques, à petites doses, ou, ce qui revient au même, au début de leur action, provoquent une activité cérébrale qui ne tarde pas à se perverlir et des manifestations délirantes aiguës. Les agents de stimulation, l'alcool, le café, le thé, ont un semblable effet. Le café surtout a été considéré comme l'excitant par excellence des fonctions intellectuelles, attendu qu'il semble concentrer son influence au plus haut dégré sur le jugement et la mémoire. .
Les solanées vireuses, la belladone en téte, jouissent de propriétés analogues. Rabuteau a constaté que l'injection dans le sang du carbonate d'ammoniaque, qui donne lacilemcnt naissance à de l'ammoniaque Hbre, produit, chez les animaux, un état d'excitation si terrible, que le moindre contact les fait horripiler et les vend furieux.
llYI'l';ri.STUÉNIli CÉUÉBRALE.
ART. II. — INDICATION THÉRAPEUTIQUE
142. La première indication consiste à soustraire le malade ;\ l'influence excitante qui provoque le délire; et alors même que le sujet tout entier ne peut être mis à l'abri de cette influence, il est encore des cas, où l'on pourra se borner à soustraire à l'excilant, l'élément nerveux qui est en cause.
§ 1". — Moyens liygiéniques.
143. Je n'ai pas à m'étendre beaucoup sur les moyens moraux que le médecin peut mettre en œuvre dans ce but : une impression puissante, comme celles qui ont pour sujet les senlimenis religieux, les affections de famille, pourra produire une substitution favorable. Mais il ne faut agir qu'avec réserve en ce sens, parce que, quand le délire est chronique, il est rare qu'on retire de ces tentatives une conséquence efficace, et quand il est aigu, on peut avoir à redouter les effets d'une nouvelle pei-turbation.
Il faut éviter aux sujets la mulliplicité des sensations extérieures : chacun sait quel est reflet directement hypnotique de la monotonie.
144. C'est faire toujours une chose utile que de modérer les manifestations même du délire. Chacune d'elles provoque une nouvelle excitation qui, se reportant sur son point de départ, constitue une sorte d'entraînement funeste. Aussi, est-il bon de réprimer les gestes du malade, de calmer ses propos ou de s"abstenir d'y répondre.
On ne peut guère sans doute soustraire les malades aux sensations qui naissent de leurs propres actions, mais on a imaginé de les priver de toute excitation venue du dehors. J'ai vu Bouley placer dans une chambre noire et y maintenir plusieurs jours, dans une sorte de régime cellulaire, des hysiériques présentant cette forme de déiire. L'alimentatalicn, dans ce cas, doit être des plus sévères, mais suffisante. Nul doute que ces moyens ne puissent, dans une mesure pratique, entrer dans le Iraitcment de tels accideiils, mais ce sont en général des conditions difficiles à réaliser de manière à les rendre efficaces.
INDICATIONS IJKS THOUBLiîS NIîRVEUX.
145. il y a d'ailleurs encore un autre motif de ne pas outrer ce mode de traitement par l'anexcitation : c'est le danger qu'il y a de produire l'effet inverse de celui qu'on en attend, puisque la suppression d'un excitant ordinaire ou devenu habituel et habiluellerilent toléré, peut se manifester par des phénomènes de stimulation exagérée. [Délire analcuolique.)
§ 2. — Médication hypnotique.
146. La médication hypnotique est la médication par excellence de cet élément morbide. Le chloroforme, l'éther et le profoxyde d'azote, employés surtout en inhalations, puis le chloral, le bromure de potassium, l'opium en seront les principaux agents, d'autant plus faciles à manier, que leurs elîets hypnotiques sont plus francs et plus faciles à obtenir. Les doses auxquelles on les emploie communément en thérapeutique, sont celles qui calment d'emblée, sans exposer à une phase d'excitation initiale. Il faut souvent les élever encore en proportion du degré d'excitabiUté dans lequel se trouve le cerveau. Dans les cas graves où une surexcitation extrême menace la vie, iln'y apas à craindre d'agir d'emblée à doses considérables et par les procédés les plus expédilifs. Le chloroforme en inhalations rapides a été employé dans les accès de manie aiguë, etc.
147. Les agents hypnotiques proprement dits ont la faculté de faire rentrer le système nerveux dans un état de calme et de résolution qui va jusqu'au sommeil; de là leur nom. Provoquer le sommeil est non-seulement,en effet, le moyen de suspendre ou de supprimer le délire, cela permet encore de satisfaire au grand besoin de repos, qui doit suivre une semblable dépense de forces.
Le chloral est le principal, quoique le plus nouvel agent de cette médication. Administré à faible dose (06',50 à la fois, d'heure en heure), il se dédouble dans le sang en chloroforme (Liebreich), et en formiale de soude (Personne); et l'action du chloroforme naissant, ainsi soutenue, amène un état de ralentissement de la respiration et de la circulation, accompagné de sommeil. L'action spéciale de cet agent sur le cerveau peut seule expliquer le sommeil qu'il produit. 11 agit aussi sur la moelle et en diminue le pouvoir excito-
IIYl'ERSTHÉNIE CÉKÉBRALK.
moteur et, avec lui, les elFets réflexes. Peut-ûli e celte influence n'est-elle pas sans intervenir dans la cessation du délire et la production du sommeil. Lorsque la dose devient toxique, son action s'étend du cerveau et de la moelle aux ganglions intra-cardiaques, qu'il paralyse à leui'tour, et la mort arrive par l'arrêt du cœur.
148. Les effets du bromure de potassium se rapprochent beaucoup de ceux du chloral. Donné à la dose de 2 à 4 grammes et plus, dans la soirée, il détermine d'aburd somnolence et paresse intellectuelle, puis un sommeil véritable. Impuissant à combattre l'insomnie dont la douleur est la cause, ildirninue beaucoup la sensibilité réflexe (Huetle et Ramel); enfin, il ralentit la respiration et la circulation, et il abaisse la tetripéràture. On a pensé que le bromure pourrait être un médicament vasculaire, capable d'amener le sommeil en provoquant l'oligaimie ou l'anémie du cerveau; il n'en est rien (Eulenburg, Laborde, Pelvel, Marlin-bamourette). Comme bromure, il agit sur l'encéphale et la moelle, cause la somnolence et la diminution du pouvoir réflexe; comme sel de potassium, il agit sur les muscles et ralentit le cœur en particulier (Rabuteau). Aussi, a-t-on proposé de lui substituer le bromure de sodium qui, avec les mêmes propriétés hypnotiques, n'a pas l'influence paralyso-motrice au même degré que les sels de potassium.
Les tîotriposés cyaniques (acide cyànhydrique, les cyanures, l'eau de laurier cerise et les amandes améres)sont les succédanés à ajouter ici; les premiers même sont des poisons stupéfiants d'un usage dangereux. Les vrais hypnotiques, l'éther et le chloroforme, rendront plus de services, pourvu qu'on les emploie à dose rapidement élevée, mais non prolongée (4 gr. à 8 gr. d'éther, 2 gr. de chloroforme), ou mieux encore éii inhallations, ainsi que le proloxyde d'azote.
§ 3. — Médication narcotique.
149. L'opium exerce une action calmante et soporifique que la médecine met bien souvent à contribution - il est bien difficile d'analyser les propriétés d'une substance SI complexe. Les efl'ets qu'il produit sur le système nerveux de la vie de relation consistent avant tout dans le rétrécisse-
mont des pupilles, raffaissemenl de l'intelligence et le sommeil. Cette action de l'opium sur le système nerveux cérébro-spinal, est telle, chez certains sujets, qu'elle les expose à une véritable intoxication, alors même qu'ils le prennent aux doses les plus ordinaires. Il n'en est pas de même du sysième ganglionnaire, qui est beaucoup moins sensible à l'action de cet agent. Les vomissements dont son usage s'accompagne parfois, tiendraient à son action sur le cerveau, bien plus qu'à une influence ganglionnaire (Trousseau et Pidoux). En outre, les nausées et les vomissements ne se montrent pas indideremment sous l'action de n'importe quelle dose d'opium et par n'importe quel mode d'administration. Ainsi, la morphine paraît être plus nauséeuse que l'opium; employée à des doses progressives, par la méthode enderniique," elle provoque tout d'abord des vomissements que suit la tolérance; ingérée, au contraire, elle est d'abord tolérée, puis viennent graduellement les nausées et les vomissements. Giacomini qui range l'opium parmi les hypersthénisanls du système nerveux cérébral, donne de ses etlels dépressifs les plus singulières interprétations. , . , , ,
L'opium est un médicament dont médecms et malades sont facilement portés à abuser, dont l'action, pour se soutenir, exige une progression croissante dans les doses, et qui ne tarde pas ù provoquer des accidents gastriques et généraux d'inlovication. (Trousseau et Pidoux). Enfin, c'est un agent complexe et dont l'usage doit être de plus en plus ré-^ervé, puis qu'on peut lui substituer avec avantage les alcaloïdes dont il se compose et dont les effets plus simples sont plus faciles à apprécier, même dans leur mesure.
150. Les alcaloïdes de l'opium sont, par degré d'nifluence soporilique, classés ainsi qu'il suit : morphine, narceine, codéine; les autres ne sont pas soporifiques. Bien que chacun d'eux provoque le sommeil, il y a encore de notables différences à relever à cet égard. Le sommeil morphiquc laisse au réveil les animaux dans une sorte d'abrutissement. La narcéine soporifique (Cl. Bernard), mais moins chez l'homme que chez les animaux (Debout, Laborde, Behier), n'a pas le même inconvénient, pas plus que la codéine qui est peu soporifique et paraît cependant la plus aple :i
IIYI'RKSTHÉNIK CÉRiilBRALK. S7
déterminer un certain degré de congestion cérébrale.
Ces substances étant aussi dans le môme rapport quant à leurs propriétés analgésiques , on conçoit de quelle utilité elles peuvent être, dans tous les cas où l'agitation cérébrale se lie à une sensation douloureuse quelle qu'elle soit.
Sertuerner qui découvrit la morphine, l'expérimenta sur lui-mc^me et en établit ainsi les effets : Après un demigrain, surexcitation générale avec rougeur de la face; après une seconde dose égale à la première et prise un quart d'heure après elle, nausées et vertiges; après une troisième dose, prise de même, douleur gastrique et engourdissement général ; Sertuerner était tombé presque en syncope, dit Giacomini. Tel est l'ensemble des symptômes qui suivent l'administration des narcotiques proprement dits.
151. Les solanées vireuses, que l'on range encore parmi les narcotiques, produisent au contraire une stimulation cérébrale particulière, dont le mécanisme paraît lié à une modification delà circulation encéphalique, et qui peut aussi se transformer en résolution. C'est ainsi que le datura en particulier (Storck, Moreau), la jusquiame (Storck, Whitt, Sloll)et la belladone elle-même ont été employés dans les cas de manie aiguë ou chronique.
152. Ci. Bernard et Nussbaum ont trouvé le moyen, en pratiquant une injection sous-cutanée de morphine h un sujet chloroformé, de prolonger pendant des heures entières le sommeil anesthésique. C'est un moyen dont il faut se souvenir pour en essayer l'emploi, dans les névroses graves (hydrophobie), où l'indication réclame du sommeil, ne fûtce que pour gagner quelque temps et adoucir la souffrance.
§ 4. — Médication contro-stimulante.
153. 11 est une médication qu'il faut noter ici, quoiquelie ne convienne que rarement aux troubles nui nous occupent, ces la médication contro-stimulante, au pou quelques-uns de ses effets, doit être rapprochée d^ ag^e'il m^ec; ^"7'^'^'!- n'estt^utofcis ^^'u:^;:!
154 n I n m , V -^^ '^'"^ ^^'^ '''«^bles cérébraux.