CHAPITRE IV
INDICATIONS TIRÉES DES PERVERSIONS NUTRITIVES. ART. l'^^. — DESCRIPTION DE l'iNDICATION.
1005. Il n'est pas de modification de la nutrition, qui ne puisse se rapporter à un excès ou à un défaut de l'activité nutritive, si l'on veut bien distinguer quel est le siège élémentaire de ce trouble du mouvement nutritif (hétérotopie, hétèromorphie). La force de réparation que possèdent les éléments peut aussi rentrer dans cette catégorie; les tumeurs qui trahissent une lésion de l'activité productrice e t réparatrice, par l'infériorité de leur organisation, leur tendance à l'envahissement et à la répullulation, les tumeurs ne sont, au point de vue des éléments qui les constituent,
que des tissus normaux (sarcômes ou tissus embryonnaires, fibrôme, chondrôme , osléôme, myômes, névrômes, angiômes, etc.), qui se développent à titre de néoplasmes, en deliors des conditions de lieu, de temps, etc., qui leur appartiennent dans l'état normal. Telles sont les lésions qui dénotent une perversion de la nutrition.
§ 1". — Type élémentaire.
1006. Quelle que soit la tumeur dont il s'agisse, qu'elle ait été précédée ou non par un travail phlegmasique, elle est le siège d'une nutrition, dans laquelle on reconnaît Je double mouvement d'assimilation et de désassimilation, commun à tous les élémenls vivants. Ces tumeurs, en effet, se nourrissent comme les éléments des tissus normaux qu'elles représentent; et si la dégénérescence du type qu'elles afi'ectent, révèle une organisation inférieure, d'autre part, l'accroissement et la multiplication souvent exubérante de leur lissu, dénote une vitalité d'autant plus puissante dans son infériorité, qu'elle est, en effet, située plus bas dans l'échelle de l'organisation.
Lorsqu'elle s'est développée, la tumeur ne tarde pas à dégénérer, et son tissu primitif lui-même, ou se transforme, ou disparaît (dégénérescence graisseuse, caséeuse, gélatineuse, ulcéreuse), entraînant dans ses évolutions régressives les tissus normaux qui l'avoisinent. Cette tendance a pu quelquefois aller jusqu'à la gangrène, ce qui est un mode de guérison spontanée possible, même pour les plus graves d'entre-ces tumeurs.
1007. En tous cas, elles déterminent autour d'elles des troubles vasculaires diacritiques, et môme inflammatoires, dont le résultat fréquent est la multiplication des éléments ieunes et leur entraînement dans le sens de la dégénération ; car ils ne tardent pas à être accaparés par la tumeur. Je ne dis rien de la compression, de la distension qu'elles peuvent causer et des perturbations fonctionnelles, aussi bien que des atrophies et des dystrophies, qui peuvent résulter de ces
troubles mécaniques. f„moiir
1008. Enfin, à une certaine période, quand la tumeur se ramollit et s'ulcère, elle peut être le point de départ d'une infection seplique.
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C'est la cachexie qui arrive à la suite de toutes les tumeurs malignes et qui a sa physionomie à elle, spéciale à chacune des infections spécifiques.
La malignité, du reste, ne paraît être nullement en rapport avec la structure de ces tumeurs : il en est d'épithéliales, il en est de sarcomateuses, avec stroma et vaisseaux, qui sont également malignes dans certains cas, et bénignes dans d'autres. Les moins mauvaises semblent cependant être celles qui sont plus purement hypertrophiques.
§ 2. — Pathogénie.
1009. A rencontre de l'atrophie et de l'hypertrophie, les productions nouvelles et étrangères aux éléments normaux, ne naissent généralement pas aux dépens des tissus déjà développés et en pleine activité nutritive. Ils se produisent au contraire, lorsqu'il vient à se former une surabondance de jeunes éléments, alors que ceux-ci sont encore à la période d'indifférence organique, qu'ils peuvent facilement s'organiser sous des modes différents de ceux qui conviennent au milieu où ils se trouvent et à l'âge des tissus qu'ils occupent. De là l'influence redoutable des mouvements néoplasiques, qu'ils soient inflammatoires ou non, chez les sujets diathésiques, et l'importance qu'il y a à les prévenir.
Il est aussi nécessaire de combattre tout accident capable d'aboutir à un semblable effet, par altération nutritive : telles sont les suites d'un traumatisme quelconque, d'une névralgie prolongée, d'une diacrise habituelle, d'une congestion et surtout d'une inflammation répétée ou chronique.
ART. 11. — INDICATION THÉRAPEUTIQUE
1010. La première indication consiste à prévenir ces mullip ications cellulaires, qui fournissent la matière de nouvelles productions et de la plupart des dégénérations. Il faut, pour cela, éviter les causes d'irritation qui peuvent survenir dans les tissus, au voisinage de la tumeur. Les exsudais
Zi r7'? disparaître, au moyen des
résolutifs et des altérants. j ca
Quant aux tumeurs elles-mâmes, par leur siège et leur
développement, elles peuvent être l'occasion d'indications mécaniques (compression vasculaire, nerveuse, trachéale, etc.).
Une fois établies et vivant de la vie parasitaire qu'elles s'attribuent, les tumeurs peuvent être attaquées par les moyens chirurgicaux. Ligature, incision, excision; ce dernier moyen surtout, compte une foule de procédés (section, écrasement, galvano-cautère), destruclion par les caustiques ou par le feu : telles sont les principales ressources de la chirurgie.
On a conseillé parfois l'excision ou la destruction partielle, l'application de cautères, sur la tumeur, moyens à bannir comme plus dangereux qu'utiles, si tant est qu'ils ne soient pas toujours nuisibles, par l'irritation formative qu'ils provoquent. Ils peuvent réussir contre l'hypertrophie simple, comme je l'ai dit, mais non contre les produits diathésiques.
1011. Tous les moyens qui ont été conseillés pour attaquer l'hypertrophie sont applicables au traitement des tumeurs, avec cette seule réserve que leur effet pourra souvent Ctre insuffisant; c'est avec celte réserve que les tempérants, les résolutifs, les altérants, etc., peuvent être employés pour combattre les tumeurs.
§ 1". — Moyens liygiéniques .
1012. L'hygiène doit d'abord se proposer d'éviter à la tumeur toute irritation traumatique ou interne ; il sera bon d'y modérer la circulation ; il serait môme utile de l'y interrompre, si cela était possible, afin de lui couper les vivres.
Le régime devra donc être modéré, bien que tonique, dans la prévision de la cachexie qui peut, à un moment donné, résulter de la présence de la tumeur. Il est certaines diètes spéciales que l'on a conseillées dans le but de détruire les tumeurs ; telle est la xérophagie ou diète sèche, l'usage des fruits secs préconisé par les Arabes, etc. La chaleur sera moins favorable que le froid pour ralentir la nutrition morbide. Quant à l'exercice, il n'a qu'une médiocre importance; il y a cependant tout avantage à tenir dans le repos l'organe malade.
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§ 2. — Médication antiplilogistique.
1013. Les antiphlogistiques seront peu efficaces contre la tumeur elle-même, mais parfois fort utiles pour combattre l'irritation formative que celle-ci provoque dans son voisinage, et qui peut môme se développer dans son sein.
Il y faudra toutefois mettre d'autant plus de réserve, que la tumeur sera plus suspecte de malignité et plus capable d'infection et de cachexie. On bannira absolument, dans ce dernier cas, la saignée ; on sera môme sobre d'émissions sanguines locales.
§ 3. — Médication révulsive.
1014. La médication révulsive peut paraître justifiée par ce fait d'observation, qu'un travail pathologique actif, provoqué dans un point de l'économie, peut en retarder un autre de siège plus ou moins éloigné; par cet autre fait encore que certaines tumeurs restées inertes et arrCtées dans leur développement pendant un temps indéfini, ont paru prendre une rapidité d'évolution remarquable, en coïncidence ave la suppression d'une manifestation plus ou moins éloigné de l'activité normale ou morbide (910).
Cette intervention thérapeutique réclame beaucoup de prudence. Ainsi, un cautère appliqué sous la clavicule dans le cas de tubercules du sommet, pour être utile, ne devra pas exciter le poumon, mais abaisser le taux de son activité nutritive; et, comme nous n'avons rien qui nous permette directement d'apprécier le degré de cette activité, on s'en rapporte, pour en juger, ii celui de l'activité fonctionnelle, c'est-à-dire au mode de la respiration, de la circulation, et des sécrétions de la partie malade.
Les rubéfiants, les vésicants surtout, et aussi les cautères: tels sont les agents de cette médication, quand on l'applique au tégument externe ; quand on veut l'adresser aux muqueuses, ce sont les irritants légers, et mieux encore les agents excitants des sécrélions spéciales ou communes, qu'il faut préférer à tous les autres (528). Il fau t se rappeler surtout que les moyens dont l'action est la plus profonde et la plus intime
doivent ÔIre préférés ; attendu qu'il s'agit, non pas seulement de modifier une perversion fonctionnelle, mais d'attaquer une perversion nutritive, de suspendre son activité ou de lui imprimer une direction toute différente.
§ 4. — Médication astringente.
1015. Nul doute que l'application d'une substance fortement astringente, au contact des néo-formations pathologiques, ne puisse les entraver dans leurs proliférations, commander même à leur mouvement nutritif une halte, d'où résulte une sorte de momification, une suspension telle qu'elle aboutisse à une mortification véritable.
Les agents astringents et caustiques même, déjà étudiés à propos des hémorrhagies (616), des diacrises (720) et de l'hypertrophie (915) sont les mômes qui pourraient être cités ici.
§ 5. — Médication altérante.
1016. La principale médication de ces tumeurs, c'est la médication altérante : altérante résolutive ou altérante substitutive, selon qu'on se propose d'entraîner, dans un mouvement rapide de dénulrition, les éléments anormaux de la tumeur, ou selon qu'on se propose d'imprimer à leur activité nutritive un mode qui, les arrêtant dans leur évolution et surtout dans leur mulliplication, ramène cette nutrition morbide aux types normaux et réguliers.
L'étude faite ci-dessus (903) de la médication altérante, me dispensera d'y insister; je ne veux ici que signaler les procédés les plus applicables au traitement des tumeurs.
1017. Les plus simples sont les applications locales résolutives, qui conviennent à toutes les néoplasies à leur début; on y emploie le plus souvent des pommades dont on use en frictions, sur les points auxquels correspond la tumeur. Les agents usités sont les chlorures, les iodures et les bromures, parmi lesquels l'iodure de potassium et le chlorhydrate d'ammoniaque tiennent le premier rang. Il faut y ajouter quelques extraits végétaux, et en particulier les préparations de ciguë, dont la réputation ancienne semble justifiée par ce fait que cet agent s'oppose aux formations de néocytes (Martin-Damourette et Pelvet).
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- Ces mômes préparations peuvent être données à l'intérieur : les iodés, l'iode lui-môme, les alcalins en général et les substances excitantes ou éliminatrices (diaphorétiques sudorifiques), sont donnés les premiers à titre d'altérants' résolutifs, les autres à titre d'adjuvants. On peut administrer la ciguë et les autres substances fortement altérantes, à, l'intérieur, soit en teinture, soit en pilules, et, en tous cas, à dose progressive et fractionnée.
1018. C'est chez de tels malades qu'il importe de ne pas suivre trop continuement un traitement, qui doit cependant être de longue haleine; il est bon de l'interrompre tous les 2 ou 3 septénaires, pendant quelques jours, afin d'éviter les effets de l'assuétude ou de l'accumulation (48). On peut môme, dans ces inlermissions, prescrire quelques agents d'éhmmation qui assureront le but que se propose la suspension de la médication.
1019. La méthode altérante n'a pas été seulement employée à travers les enveloppes plus ou moins complexes des tumeurs; on a proposé d'en porter les agents plus profondément, son au contact de la tumeur elle-môme, par l'injection mtra-cellulaire ou sous-cutanée, soit dans le tissu môme de la tumeur, par l'injection inlra-parenchymateuse. Les substances qu'on y a employées sont les altérants les plus énergiques, l'iode en première ligne; on a môme tenté d introduire ainsi, dans les tissus morbides, des substances caustiques capables de les nécroser ou de les détruire Avant constaté, sous le microscope, l'action que l'acide acétiaue produit sur les éléments cellulaires, on a tenté d'injecter cet acide, pour arrêter et détruire les productions néoplasiques malignes. Tous ces essais n'ont pas donné ce qu'ils semblaient promettre; c'est cependant une voie dans laquelle on peut espérer faire quelque féconde découverte.
1020 Je ne parle pas des essais de transfusion, faite dans