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NOIX VOMIQUE

les tri/paîiosomes et les spirochètes. Il a été préionisu chez l'homme contre la maladie du sommeil et la syphilis.

En vétérinaire, l'atoxyl soit seul, soit associé au trisulfurc d'arsenic ou orpiment^ a été utilisé avec succès dans le traitement des diverses tripanosoiniases, dourine, surra, nagana, mal de Gaderas, etc. Son action est moins efficace dans la malaria et la piroplasmose. On l'administre surtout en injection sous-cutanée à la dose de OsslO à 1 g-ramme chez le cheval, répétée tous les deux jours.

h'orpiment s'administre à l' intérieur en bols, électuaires, à des doses croissantes de 15 à 25 grammes par jour chez le cheval. On obtient les meilleurs résultats en donnant l'atoxyl et l'orpiment alternativement.

Strychnés.

Noix vomique.

On donne le nom de noix vomique à la semence du fruit d'un arbre exotique appelé le Slnjchnos Nux vomica L., qui croît spontanément dans la région indo-malaise. Le fruit, du volume d'une orange, est rempli d'une pulpe acide et contient de quatorze à quinze semences aplaties, qu'on nomme improprement noix vomique. Ces graines ont exactement la forme d'un bouton d'habit ; l'une de leurs faces est convexe, l'autre est concave et porte au miheu une espèce d'ombilic ; leur surface est grisâtre, douce au toucher et recouverte d'une sorte de duvet ayant l'aspect du velours. Leur substance est dure, coriace, comme cornée et lég-èrement translucide ; elle ne possède pas d'odeur sensible, mais, quand on la g-oùte, elle développe une saveur un peu acre et une amertume très intense. Le poids moyen de chaque semence est d'environ lg'',50.

Composition. — La noix vomique doit son activité ù trois alcaloïdes, qui sont : la strychnine, la brucine eiï igasurine ; elle contient en outre de l'acide tannique, des matières grasses, des gommes, de l'amidon et une matière colorante jaune.

La strychnine constitue l'alcaloïde principal ; elle est contenue dans la noix vomique dans la proportion de 0,5 à 2 p. 100. Les deux autres alcaloïdes s'y trouvent en proportion beaucoup moindre. Le Codex fixe la teneur on alcoloïdes totaux à 2 ou 3 p. 100. Il en

résulte que la noix votnique et ses préparations produisent surtout les effets de la strychnine.

On sait que la richesse de la noix vomique en strychnine ou en alcaloïdes actifs pouvant varier suivant sa provenance, sa conservation et suivant les conditions de végétation de la plante les mêmes doses n'ont pas toujours une activité ég-ale. Les praticiens ont, en effet, constaté fréquemment qu'avec les doses ordinaires l'intensité des effets est fort variable. Cette irrégularité dans l'intensité des effets obtenus avec les préparations de noix vomique étant reconnue, il convient de ne faire usag-e de ces préparations qu'après avoir constaté leur activité par l'administration de doses faibles fractionnées, ou de ne s'adresser qu'aux alcaloïdes purs qu'on en retire ou à leurs sels.

La brucine et l'ig-asurine ont exactement les mêmes propriétés biolog-iques que la strychnine, mais leur activité est beaucoup plus faible. D'ailleurs, n'étant contenue qu'en petite quantité dans la noix vomique, leurs effets sont toujours masqués par ceux de la strychnine. A l'état pur, la brucine et l'igasurine sont d'un prix plus élevé que les sels de strychnine, et, comme ils n'offrent aucun avantage thérapeutique, ils ne sont pas employés dans la pratique. Voir plus loin. Préparations et Doses.

Strychnine.

C21H22Az202.

La strychnine est un alcaloïde très toxique qui est contenu dans diverses espèces vég-é taies du g-enre Stnjchnos de la famille des Log-aniacées, principalement dans les semences du Stnjchnos Nux vomica, dans celles du Strychnos Ignatiion fèves de Saint- Ig-nace, dans l'écorce du vomiquier ou fausse augiisture, du Strychnos tieuté, etc.

Elle se présente en cristaux prismatiques inaltérables à lair, incolores, inodores, d'une amertume excessive, solubles dans 7 000 parties d'eau à 19°, très solubles dans le chloroforme, insolubles dans l'alcool absolu ou l'éther absolu, lég-èrement solubles dans les acides dilués et dans les essences.

La strychnine forme des sels cristallisés plus solubles dans l'eau que l'alcaloïde et qui, pour cela, sont préférés dans la pratique. Les plus employés sont : le sulfate de strychnine soluble dans 9 parties Kaufmaxx. 35

d'eau froide, le chlorhydrate de strychnine encore plus soliible dans l'eau (1 p. 6).

Effets physiologiques. — Sur la peau intacte, la strychnine et ses sels ne produisent aucun effet local, mais ils peuvent passer h l'absorption, si le contact en est prolong-é, et produire des elfets généravix plus ou moins intenses. Sur la muqueuse buccale, cet alcaloïde développe une grande amertume qui est encore appréciable avec dos solutions à 1 p. 100 000; elle fait couler la salive. Dans l'estomac, à faible dose, elle excite légèrement la muqueuse, augmente Cappétit et accélère la digestion. Si l'usage en est trop prolong-é et surtout si les doses sont fortes, la strychnine produit des douleurs g-astriques, de l'inappétence, de la constipation et des dig'estions laborieuses. Ces eftets nuisibles sont dus à l'arrêt des sécrétions, à l'anémie de la muqueuse gastro-intestinale, dont les petits vaisseaux sont fortement resserrés, et aux contractions péristaltiques énergiques de la musculeuse.

Déposée sur les plaies, la conjonctive, ou injectée dans le tissu conjonctif sous-cutané, la strychnine en solution produit une douleur assez vive, mais de courte durée ; elle est absorbée rapidement et manifeste ses effets généraux. Une goutte d'une solution de chlorhydrate de strychnine à 1 p. 100 instillée sur la conjonctive d'un lapin provoque, au bout de quelques minutes, une hyperexcitabiUté réflexe caractéristique et des secousses tétaniques au moindre attouchement. En insistant un peu sur l'application, on peut facilement produire l'empoisonnement complet. On arrive au même résultat en versant quelques gouttes d'une soluion strychnique dans le conduit auditif d'un animal. Lorsqu'on l'injecte dans le tissu conjonctif, la strychnine développe ses effets g-énéraux avec une plus g-rande rapidité encore ; jamais, d'ailleurs, il ne survient aucun accident local au point d'injection.

Les composés strychniques constituent des poisons violents pour tous les animaux et même pour les microorg-anismes qui produisent les fermentations et les putréfactions. Elleest donc jusqu'à un certain point antiseptique Qi antiputride.

Des matières org-aniques imprégnées d'un sel de strychnine résistent à la décomposition putride et à toute fermentation. Cependant il faut dire que ce poison, si violent pour les animaux, n'exerce aucune action toxique sur cerfaines moisissures. Celles-ci se développent souvent dans les solutions des sels de strychnine.

Localisation. — La strychnine, absorbée par une voie quel-

conque, est transportée dans toutes les parties du corps par l'intermédiaire du sang-, qui la cède rapidement aux centres nerveux et aux org-anes parenchymateux. Ainsi, si on analyse le cadavre d'un animal mort empoisonné par cet alcaloïde, on le trouve surtout localisé dans la substance grise de l'encéphale et de la moelle épinière, dans le foie, la rate ; on n'en trouve que des traces dans le sang-.

Élimination. — La strychnine ne reste pas fixée dans l'organisme; elle est éliminée par les urines et par la salive ; mais cette élimination est lente ; elle n'est g-uère complète qu'après trois jours. Si on administre à un animal de petites doses de strychnine souvent répétées, on peut constater que l'intensité des effets croit comme le nombre des doses; c'est ainsi que la dixième dose peut produire l'empoisonnement, tandis que la première a été sans effets appréciables. Cet accroissement de l'intensité des effets avec le nombre des doses s'explique facilement par l'élimination assez lente de cet alcaloïde. Puisqu'il faut trois jours à une dose pour s'éliminer complètement, il estévident que si, dans cet intervalle, on fait de nouvelles administrations, il se produit une accumulation de strychnine et, par conséquent, il se produit aussi une accumulation d'effets. La susceptibilité de l'organisme ne va pas en augmentant à mesure qu'on prolong-e l'emploi de lastrychnine, comme le croient quelques auteurs, mais la quantité de strychnine, en s'y accumulant, ag-it comme une dose unique représentant la somme des doses fractionnées accumulées. Les effets aug-mentent d'intensité, non pas parce que l'org-anisme est plus sensible à la strychnine, mais parce qu'une plus grande quantité de cet alcaloïde agit sur lui. Dans la pratique, on ne doit pas trop rapprocher les doses ; il faut les espacer de telle façon que la quantité de strychnine qui circule dans l'organisme reste à peu près la même; il faut que les doses successivement administrées viennent se substituer à celles qui sont éliminées. On peut ainsi maintenir l'organisme sous l'action constante des effets strychniques sans provoquer aucun accident d'empoisonnement.

Action sur le système nerveux. — A dose très faible, la strychnine aug-mente notablement la sensibilité générale et les sensibilités spéciales. Les animaux réagissent avec plus d'énergie sous l'influence des excitations diverses des org-anes des sens; les excitations de la peau, les sons, la lumière vive les impressionnent plus énergiquement, ce qu'on remarque par leurs mouvements,

qui sont plus prompts, plus énergiques, par l'œil qui est plus brillant, plus vif, par la tête qui est portée plus haut et par les oreilles qui sont plus mobiles. Chez l'homme, on remarque que le g'oût et l'odorat ont plus de finesse ; il est probable qu'il en est de même chez les animaux.

A doses un peu plus fortes, Vhyperesthésie augmente encore d'intensité, et on voit alors les moindres excitations déterminer des réactions vives; il suffit souvent de frapper lég'èrement vers la rég-ion dorso-lombaire pour déterminer une douleur vive et des mouvements désordonnés, de frapper un coup de pied sur le sol, de claquer des mains pour effrayer l'animal, de faire tomber une vive lumière sur ses yeux pour provoquer une g'rande agitation. Pendant que cette augmentation de la sensibilité se manifeste, il y a aussi des modifications de la locomotion. On voit des tremblements apparaître d'abord dans les membres postérieurs, puis dans les membres antérieurs, enfin sur les muscles du tronc et de la face. En même temps, la marche devient plus raide et les mouvements des membres plus brusques. Si la dose administrée est faible, ces phénomènes se dissipent sans laisser aucune fatigue ; mais, si les doses sont plus fortes, alors la raideur des membres augmente, la flexion des rayons se fait avec plus de brusquerie et est saccadée; elle devient ensuite plus difficile dans les quatre membres ; l'encolure du cheval est tendue et la tête portée au vent; l'épine dorso-lombaire est voûtée en contre-haut. Si, à ce moment, on excite les animaux, on voit se produire des convulsions tétaniques qui surviennent par accès ; les membres raides, tendus, sont eng-ag'és sous le tronc et ressemblent à quatre colonnes rigides; le troncet l'encolure sont raides, la tête est portée en avant, la queue est dirig-ée horizontalement en arrière, et l'animal prend exactement la physionomie qui caractérise le tétanos. De temps en temps, la tension des muscles diminue, puis les convulsions reviennent par accès. On peut d'ailleurs à volonté produire des accès tétaniques en excitant l'animal par un procédé quelconque. L'hvperexcitabilité réflexe est tellement augmentée qu'il suffit souvent d'un bruit faible, d'un attouchement dans la région dorsolombaire, quelquefois d'un petit courant d'air pour engendrer des attaques tétaniques et pour que l'animal saute en avant et en haut comme un ressort qui se débande. Ces accès convulsifs, après avoir augmenté d'intensité et de fréquence, s'éloignent ensuite et perdent de leur intensité, puis enfin s'éteignent complètement

après ving-t-quatre à trente-six heures, etTanimal revient complètement à son étal normal. Quand l'animal qui reçoit de la strychnine oll're une paralysie motrice dans un certain nombre de muscles, on voit souvent que les convulsions tétaniques commencent dans ces muscles et s'y développent avec une intensité plus forte qu'ailleurs.

Si la dose administrée est toxique, les phénomènes décrits précédemment sont considérablement exagérés, et les accès tétaniques se produisent avec une intensité ellVayante et à des intervalles très rapprochés. Bientôt la station devient impossible, l'animal tombe sur le côté, étend ses membres et les porte en arrière; la queue est relevée fortement, la colonne vertébrale décrit une concavité tournée en haut, l'encolure est tendue et la tète est portée en arrière vers la partie postérieure du cou (opisthotonos). Pendant que cette tétanisation générale se produit, la respiration s'arrête, tous les muscles respirateurs sont fortement contractés; la poitrine reste fixée en inspiration; l'hématose devient alors difficile; l'asphyxie arrive, et l'animal meurt dans un accès. Ces crises intenses se succèdent à des intervalles d'autant plus rapprochés et avec une intensité d'autant plus grande que la dose est plus considérable, à moins que la mort n'arrive immédiatement. La raideur des membres est telle, pendant les accès? qu'il devient impossible de fléchir les rayons osseux les uns sur les autres ; si l'animal est de petite taille, on peut le soulever tout d'une pièce en le tenant par un membre : on croirait qu'il est à l'extrémité d'une barre solide ou en rigidité cadavérique. A mesure que les accès se multiplient, l'animal s'affaiblit, et il ne tarde pas à succomber. La respiration s'arrête toujours avant le cœur ; celui-ci continue encore à battre longtemps après que la respiration s'est arrêtée. On pourrait croire que les animaux meurent par asphyxie ; cependant ce n'est là qu'une apparence ; en etfet, si on fait absorber une petite quantité de strychnine aune grenouille, on voit que celle-ci succombe rapidement, et pourtant on sait parfaitement que la grenouille peut vivre longtemps sans respirer. La mort, chez les mammifères, a donc plusieurs causes, l'asphyxie et l'épuisement nerveux produit par ces accès intenses et réitérés. Déjà, avant la mort, les muscles prennent une réaction acide ; aussi le cadavre entre-t-il rapidement en j^ujidité cadavérique.

Action SU7' la circulation. — La strychnine a aussi une action marquée sur la circulation artérielle et capillaire; sous son

influence, les petits vaisseaux se resserrent; la peau, les muqueuses et les organes parenchymateux pâlissent parce qu'ils reçoivent moins de sang-, la tension artérielle s'élèce et le cœur se contracte avec une énergie plus grande. De faibles doses ralentissent les battements du cœur ; des doses fortes les accélèrent.

Action sur la tonpn'ature. — Quand les doses administrées sont suffisantes pour provoquer des accès tétaniques, la températurc rectale s'élève quelquefois de plusieurs degrés; on la voit atteindre 44° chez le chien.

Action sur la pupille et l'œil. — L'action sur la pupille est variable suivant la dose et la période d'action. Les faibles doses resserrent la pupille ; les fortes doses la rétrécissent d'abord, puis la dilatent quand les accès sont mortels. Pendant les accès convulsifs, il y a propulsion des globes oculaires.

Action sur les muscles lisses. — La strychnine produit aussi souvent des contractions spasmodiques sur les muscles de la vessie et de l'intestin, sur la rate qui est riche en fibres musculaires lisses.

Lésions. — A l'autopsie des animaux qui ont succombé à l'empoisonnement strychnique, on ne trouve pas de lésions macroscopiques caractéristi(|ues. On a noté une congestion intense des centres nerveux, des ecchymoses sous-]>leurales, sous-péricardiques et sous-endocardiques, des foyers hémorragiques dans le poumon, la rotule et les reins.

Mécanisme de son action. — La strychnine porte son fiction sur la substance g-rise des centres encéphalo-rachidiens, dont elle aug-mcnte l'excitabilité réflexe. Ce qui prouve que les convulsions sont d'origine centrale, c'est qu'on peut empêcher un membre de participer aux convulsions tétaniques en coupant ses nerfs moteurs. Si on empêche le sang- d'arriver dans un membre par la lig-ature de ses vaisseaux, on voit que les convulsions strychniques se produisent aussi bien dans ce membre que dans les autres parties du corps irriguées par le cour.'mt sanguin. C'est surtout sur la moelle que porte l'action excitante; en efl'et, en enlevant le cerveau à une g-renouille, on voit(|ue, si on lui injecte un peu de strychnine sous la peau, les convulsions tétaniques se produisent comme sur une grenouille qui a son cerveau. Un lapin dont la moelle est coupée en arrière du buli)e, qui reçoit de la strychnine, éprouve seulement des convulsions dans les membres

STRYCHNINE. ool

et le tronc, mais pas dans la tête. Si on coupe toutes les racines rachidiennes sensitives à un animal, on voit que la strychnine ne produit plus de convulsions tétaniques; mais, si on laisse seulement une ou deux racines intactes, le tétanos se produit. Cette expérience démontre que la strychnine aug-mente le pouvoir excito-réflexe des centres médullo-bulbaires et que l'excitation sensitive la plus légère produit dans ces centres un ébranlement tel qu'ils entrent tous en activité, pour exciter les nerfs moteurs du système musculaire.

Le ralentissement du cœur avec des doses faibles est attribué à l'excitation du centre modérateur bulbaire, et l'accélération avec des doses fortes est due à la paralysie de ce centre.

L'élévation de la tension artérielle, observée pendant l'action de la strychnine, n'est pas due aux convulsions; car on peut empêcher celles-ci avec les anesthésiques et le curare et voir se produire néanmoins l'auiimentation de la pression artérielle. Il semble qu'il y a surtout excitation du centre vaso-constricteur bulbaire; en elTet, la destruction de ce centre empêche eng-énéral cette élévation de la tension.

Antidotes. — Si les vomitifs et les médicaments tannants n'ont pas empêché l'absorption d'une dose toxique de strychnine, il faut avoir recours aux anesthésiques et principalement auc/iforal, qu'on emploie en injection intraveineuse. Après de nombreuses expériences comparatives, Oré (de Bordeaux) est arrivé aux conclusions suivantes : 1° le chloral est V antagoniste de la strychnine quand il est employé en injections intraveineuses. La dose de Os^jOl de strychnine, administrée par voie hypodermique, tue toujours un chien de 10 kilogrammes. La mort n'arrive pas si on a le soin d'anesthésier l'animal par des injections intraveineuses de chloral aussitôt que les etîets convulsifs se montrent. Pendant l'anesthésie, il n'y a pas de convulsions tétaniques; la respiration se fait rég'uiièrement, mais les accès reparaissent au moment du réveil. Pour rendre ces crises du réveil moins dangereuses, il suffit de maintenir l'animal longtemps sous l'action anesthésique ; la strychnine, s'élirainant insensiblement, ne se trouve plus dans l'organisme en quantité suffisante pour tuer au moment du réveil. Oré a sauvé des chiens qui avaient reçu une dose toxique de strychnine par huit injections intraveineuses successives du chloral. Moi-même, dans les démonstrations expérimentales, j'ai pu, par trois au quatre injections de

5o2 STRYCHNINE.

chloral, prolonger la vie d'un chien pendant trois heures, après qu'il eût reçu une dose de strychnine rapidement toxique pour un autre chien de même poids servant de terme de comparaison. Il est à peu près certain que, si j'avais insisté sur l'emploi de rancsthésiquc, j'aurais sauvé l'animal.

Indications thérapeutiques. — La strychnine est indiquée :

1° Gomme tonique général et surtout comme tonique du tube dig-estif. Elle convient dans certaines inappétences causées par un état catarrhal du canal intestinal, dans certaines diarrhées rebelles. Elle fait disparaître assez rapidement les hypersécrétions intestinales et les relâchements atoniques de la musculeuse de l'estomac et de l'intestin ;

2° Gomme excitant nerveux^ dans les paralysies qui ne sont pas produites par des désordres matériels considérables. Elle réussit bien quand ces paralysies sont rhumatismales ou succèdent à un refroidissement et qu'il n'y a pour ainsi dire que des désordres fonctionnels soit dans les cordons nerveux, soit dans la moelle.

Les paraplégies, les paralysies du pénis, de la vessie, des sphincters, sont toujours améliorées par la strychnine, quand elles succèdent à un épuisement nerveux simple ou à une congestion; mais elles résistent à la strychnine, quand elles ont pour cause une congestion trop violente accompagnée d'hémorragies capillaires ou une tumeur qui comprime la moelle ;

3" Gomme excitant respirateiu\ dans les cas de pousse, de jjronchite chronique. On remarque qu'à très faible dose la strychnine régularise la respiration, rend l'hématose plus facile et fait disparaître le soubresaut caractéristique de la pousse.

La strychnine est toujours conlre-indiquée dans les paralysies qui succèdent à une compression des centres nerveux par une tumeur quelconque, dans les méningites, dans les cas d'hémorragies ou d'infiltration séreuse des centres nerveux, dans les cas de rupture ou d'ébranlement de la substance nerveuse succédant à un choc.

Administration. — On doit se servir des sels de strychnine à cause de leur facile solubilité dans l'eau. Pour déterminer très exactement la dose, ces sels sont employés sous forme de solutions titrées à 1 p. 50, à 1 p. iOU, à 1 p. 200, à 1 p. 500, etc.

On peut aussi se servir des pilules ou des granules contenant des doses parfaitement connues de strychnine. On ne doit faire

usage de ces dernières que lorsque les injections hypodermiques des solutions ne peuvent pas être employées.

Ces solutions sont absorbées par toutes les voies ; mais la voie hypodermique est plus sûre. Les accidents locaux sont nuls, l'absorption est rapide, les effets sont prompts et peuvent être gradués à volonté. La voie hypodermique est celle que Ton doit toujours préférer pour les sels de strychnine; les autres voies olTrent toutes des inconvénients plus ou moins graves ; l'injection intratrachéale est plus difficile à réaliser et peut exposer à une inflammation bronchique ou pulmonaire ; les voies stomacale et rectale sont peu sûres à cause de l'irrégularité de l'absorption ; les applications cutanées ne laissent passer à l'absorption qu'une quantité trop faible de strychnine et exposent à des pertes énormes de médicament et quelquefois à des empoisonnements.

Doses des sels de strychnine (injection hypodermique).

Doses toxiques.

Pour 1 kilogramme Strychnine,

de poids vif. MiUigr.

Homme 0,40

Lapin 0.60

Chat 0,75

Chien 0,75

Coq 2,00

Doses ioxiqiies (pour un sujet).

Gr. Gr.

Cheval 0.20 à 0,30

Bœuf 0,20 à 0,40

Porc 0,01 à 0,05

Chien 0,005 à 0,02

Doses thérapeutiques (pour un sujet).

Gr. Gr.

Cheval 0,05 à 0,10

Bcuf 0,05 à 0,15

Porc 0,002 à 0,005

Chien 0,001 à 0,003

Préparations de noix vomiques.

1» Poudre.

On obtient cette poudre en râpant les g'raines avec une râpe à sucre ou une lime à bois, ou mieux en les faisant ramollir à la vapeur d'eau, les écrasant dans un mortier et les desséchant ensuite dans une étuve ou au soleil.

2° Exlruii de noix vomique alcoolique (Coili'x).

Cet extrait sec contient 10 p. 100 d'alcaloïdes totaux.

3° Teinture de noix vomique (Codex).

Extrait de noix vomique 7.81

Alcool à 70» Q. S.

Faites dissoudre l'extrait dans 100 yranniies d"aleooi ru chaiiffaut légèrement ; laissez refroidir et ajoutez le nouvel alcool de la(;on à obtenir 500 grammes de teinture. Elle renferme lS'',u62 d'extrait sec, et 0er,2o d'alcaloïdes totaux p. 100.

Doses des préparations de noix vomique.

Poudre. — Gomme la proportion des alcaloïdes est très variable, suivant la provenance de la noix vomique, il en résulte qu'il n'est pas possible d'indiquer des doses parfaitement exactes; les chiffres suivants n'indiqueront qu'une moyenne :

Doses toxiques (poudre).

Cheval 20 à 30 grammes.

Bœuf 20 à 3;; —

Porc 4 à 6 —

Chien O^r.iiO à 1 gramme.

Chat OsMO à Og^.^O

Doses thérapeutiques.

Cheval 2 à 10 grammes.

Bœuf b à 20 —

Mouton et jKjrc 1 à 3 —

Chien 0sr,0o à 0B^2b

Chat ogr,oi à ogr.o;;

Teinture. — La teinture et l'extrait de noix vomique ne s'emploient que chez les petits animaux. Chien, teinture X à XX gouttes; extrait, 0''',02 à 0s%05.

Préparations toniques diverses.

Poudre corroborante {Benion).

Cannelle, de Chine pulv 150 grammes.

Cingembrc en poudre ijOO —

Gentiane > ~ ...

. . aa .ju —

Anis vert 1

Carbonate de fer 250 —

Pulvérisez finement, passez au tamis et mélangez exactement.

Une cuillerée à café mêlée, matin et soir, à la pâtée de ving-t dindonneaux.

Gentiane pulvérisée 20 gramiui's.

Écorce de saule pul v ) ~^ . ,,

Tan \

, , ,,v Houblon pulvérise > -^ ^.

V/^ Canioinille S

Noix vomique râpée 1 gramme .

Miel 300 grammes.

Faites un éleotuaire.

Chez les grands herbivores, contre la cachexie, les hydropisies, la diarrhée, la faiblesse générale.

Dans l'anémie.

Poudre de racine de gentiane ."JO grammes.

— de semences de cumin 100 —

Chlorure de sodium 2.10 —

Mélangez.

Une cuillerée dans du barbotage chez les jeunes herbivores faibles.

Sulfate de fer 2o grammes.

Chlorure de sodium oOO —

Poudre de semences d'anis oO —

Mélangez.

Une cuillerée dans du barbotage chez le cheval anémique.

Sulfate de fer / - .. ..„ ,.

r. u . j . . aa a grammes.

Carbonate de potasse >

Gomme arabique et eau q. s. pour faire pilules n° 25. Une pilule par jour chez le chien.

Bol.

Carbonate de fer 20 grammes.

Poudre de gentiam? oO —

Farine de froment 12o —

Eau miellée Q. S.

Faites quatre bols.

Administrer deux par jour au cheval.

Bol.

Sulfate de fer y .^ g giam.nes.

Aloes ^

Cannelle jmlv l^i —

Miel Q. S.

Faites deux bols.

Administrer un par jour au cheval.

556 MERCURIAUX.

Noix vouiique pulvérisée 1 giainiue.

Carbonate de fer 1 —

Poiulrc de gentiane 20 grammes.

Miel 200 grammes.

Faites un électuaire.

Administrer au cheval. Diarrhée, anémie.

Acide arsénieux pulvérisé 1 gramme.

Carbonate de fer 1 —

Quinquina 20 grammes.

Mélange/ et faites trois paquets.

Un paquet par jour au cheval, dans du son frisé.

Altérants.

On place dans ce groupe des médicaments très hétérog'ènes, dont l'efTet est en quelque sorte inverse de celui des toniques. Ces agents modifient profondément la nutrition des éléments vivants, favorisent la désassimilation, fluidifient le sang- et diminuent l'activité des grandes fonctions. En topiques, ils amènent localement la fonte des engorgements et sont pour cela encore appelés fondants, résolutifs.

Les principaux médicaments altérants sont les mercuriaux, les iodés, les alcalins et les arsenicaux.

Mercuriaux .

Les médicaments mercuriels sont les uns solubles dans l'eau, les autres insolubles. Les premiers sont irritants et caustiques pour les tissus qu'ils touchent ; les seconds n'ont presque aucune action locale. Tous produisent des effets généraux parce qu'ils sont susceptibles d'être absorbés. Les vapeurs de mercure métallique sont facilement absorbées par la muqueuse pulmonaire. Les sels mercuriels solubles se combinent avec l'albumine pour former des composés solubles dans les liquides organiques; les composés insolubles deviennent d'abord solubles à la faveur des réactions chimiques qui se produisent dans Tcstomac et l'intestin et ensuite sont absorbés par le même mécanisme que les sels solubles. D'après Mialhe (1843), tous les sels mercuriaux se transforment en bichlorure de mercure avant d'être absorbés. Selon

MERCURIAUX. SS7

Voit (1857), les composés mercuriels, quels qu'ils soient, se transforment dans le tube dig-estif en un chlorure double de mercure et de sodium qui se combinerait avec Talbumine pour former un composé soluble. Quoi qu'il en soit de l'état sous lequel ils sont absorbés, il semble démontré parles recherches de Merg-et que, dans le sang-, il y a toujours réduction des composés mercuriels et production de mercure métallique infiniment divisé par l'action de l'hémoglobine.

Le mercure s'accumule dans l'org-anisme ; il se fixe de préférence dans certains org-anes : foie, reins, muscles, cerveau.

L'élimination s'effectue par toutes les voies, par l'urine, la surface intestinale, la salive, le lait, la sueur, la bile, le pus et même la peau. Pour une seule dose, elle est complète au bout de ving-t-quatrc heures ; mais, après un traitement mercuriel prolongé, elle est lente et n'est parfois achevée qu'après plusieurs mois.

Lorsque les mercuriaux sont donnés à très faibles doses, les effets ne se montrent qu'après une administration soutenue pendant un certain temps. L'administration prolongée de faibles doses peut donc produire la saturation mercurielle de l'organisme. C'est au moment où le mercure est accumulé en assez forte proportion dans le sang et les organes que l'on voit apparaître nettement les effets de ce métal.

On observe d'abord les modifications de la fonction digestive. La salivation est presque toujours le premier symptôme de la saturation mercurielle ; les animaux ont la bouche humectée par une salive claire, filante, qui est déglutie quand elle n'est encore que peu abondante, mais qui ne tarde pas à s'échapper par les commissures des lèvres et à tomber en longs filaments sur le sol. L'hypersécrétion salivaire est accompagnée et même parfois précédée de stomatite et de gingivite. Il y a rougeur, infection de la muqueuse buccale et tuméfaction des gencives.

On constate aussi une diminution de la sécrétion du lait et un arrêt des sécrétions purulentes. Si, à ce moment, on suspend l'administration des mercuriaux, la salivation diminue d'abord, disparaît ensuite, et la muqueuse buccale reprend graduellement ses caractères normaux. Si, au contraire, on insiste sur leur usage, la sécrétion salivaire ne fait qu'augmenter; la muqueuse buccale s'épaissit et s'ulcère; les gencives se ramollissent, les dents se déchaussent ; les amygdales, les ganglions de l'auge, les parotides se gonfient et deviennent douloureux ; la bouche exhale une

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odeur très fétide ; l'appétit disparaît ou est considérablement diminué; la déglutition des aliments est difficile ; la partie intraabdominale du tube digestif est le siège d'un catarrhe semblable au catarrhe buccal, et on observe une diarrhée fétide qui se prononce de i>lus en plus et qui épuise rapidement l'animal.

En même temps que ces altérations du tube digestif se développent, on voit apparaître un amaigrissement et un affaiblissement progressifs, une raideur des articulations due à la diminution de la sécrétion synoviale, des tremblements convulsifs de tout le corps [tremblement ?nercu)nel) et enfin le marasme et la mort. Il faut encore signaler comme symptômes de Vinfertion ou cachexie mercurielle certaines autres altérations qui ne se produisent qu'à un moment plus ou moins avancé de l'empoisonnement. La respiration est gênée, difficile et souvent accompagnée de toux; les battements du cœur sont faibles et tumultueux; le pouls est petit et mou ; le sang devient pauvre en éléments solides, d'où résulte l'anémie progressive ; la peau offre souvent une éruption pustuleuse; les femelles pleines avortent; des œdèmes et des infiltrations se montrent à la tète, aux membres, au fanon, sous le ventre ; les narines donnent écoulement à un liquide muoosopurulent ; les urines sont fétides et jaunes ; les plaies prennent une teinte plombée, puis noire, et se dessèchent bientôt ; toutes les solutions de continuité saignent au moindre contact et ont beaucoup de tendance à la gangrène.

A V autopsie, on trouve généralement les lésions suivantes : inflammation plus ou moins vive du tube digestif, sang fluide et séreux ; épanchements séreux dans les plèvres et le péricarde ; inflammation du poumon quelquefois avec formation d'abcès; chairs décolorées, organes glanduleux et parenchymateux ramollis, os fragiles.

Quand les mercuriaux sont donnés à doses fortes, les eflets ci-dessus apparaissent très vite, puis se déroulent avec intensité et une grande rapidité. L'empoisonnement aigu ne diflère de l'empoisonnement chronique que par l'intensité et la rapide évolution des symptômes.

L'intoxication mercurielle ne se produit pas avec la même facilité chez tous les animaux ; on peut placer ceux-ci d'après leur degré de susceptibilité décroissante dans l'ordre suivant : oiseaux, chat, mouton, bœuf, chien, porc et solipèdes.

Antidotes. — On combat les effets des mercuriaux par le lait,

MERCURE MÉTALLIQUE. Sr^O

le blanc d'œuf, le sulfure de fer hydraté, qui rendent insoluble la partie contenue encore dans le tube digestif. Les vomitifs et les purgatifs sont usités aussi pour les expulser. Quant aux moyens pour combattre l'infection mercurielle, il n'y en a point qui soient spécifiques; on recommande le soufre, le quinquina, le chlorate de potasse, l'acide phénique.

Indications thérapeutiques. — .1 rextérieur, les mercuriaux sont indiqués en frictions, pour opérer la fonte de certains engorgements indolents siégeant principalement sur les g-landes, les articulations, les tendons et les os.

Ils sont tous des antiparaftitaii^es énerg-iques et conviennent pour détruire les poux, les acares de la gale, etc.

Quelques-uns sont caustiques et fortement antiseptiques.

Sur les tuméfactions aig-uës, les préparations mercurielles ont une action analgésique puissante, en même temps qu'un effet 7'ésolutif énergique.

A rintérieur, les mercuriaux sont relativement peu usités en médecine vétérinaire. Leur action altérante ne peut être avantag-eusement utilisée que dans les maladies caractérisées par une exsudation considérable, comme dans la métro-péritonite, l'arthrite suraig-uë, le rhumatisme articulaire, l'entérite couenneuse, etc. Dans ces maladies, ils empêchent la formation des fausses membranes ou provoquent la résorption des produits plastiques épanchés.

Chez l'homme, les mercuriels sont les meilleurs agents antisyphilitiques.

Mercure métallique.

Ce métal liquide s'oxyde légèrement au contact de l'air et assez rapidement au contact des acides forts. Il émet des vapeurs, mais en faible quantité. Sous l'influence d'un courant électi'ique, des quantités infinitésimales de mercure peuvent entrer en dissolution. Ces solutions métalliques sont encore appelées ferments métalliques (A. Robin et Bardet).

Le mercure constitue la base de plusieurs préparations pharmaceutiques, dont les principales sont :

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