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ACCOUTUMANCE AUX MEDICAMENTS. Ô

morphine, le tabac, réther, le chloroforme, le ehloral, lehaschich. Ces médicaments pi'odnisent une forte excitation psychique avec une sorte de bien-être qui les rendent de plus en plus désirables par Thomme. Ces poisons peuvent même, par l'usage, devenir tellement nécessaires au fonctionnement de l'organisme que la suppression brusque peut être intolérable et même s'accompagner d'accidents dangereux. Pour certains médicaments, l'accoutumance n'offre pas les mêmes inconvénients ; ainsi les iodures, les bromures peuvent être supprimés sans danger. Dans l'accoutumance à l'arsenic, à l'alcool, à la morphine, la suppression ne doit avoir lieu que lentement.

Rossbach et von Anrep, en accoutumant le chien à l'atropine, ont observé au début : du tremblement, du tressaillement, du -+"

vomissement et un état syncopal. Au bout de quelque temps ^y^ d'administration du poison, ces troubles ont disparu, mais les effets physiologiques ordinaires tels que : la dilatation pupillaire, l'accélération du cceur, la diminution des sécrétions ont continué à se montrer. Ij'observation et l'expérimentation démontrent que, par l'emploi prolong-é d'un médicament ou d'un poison, on n'arrive jamais à une immunité complète; toujours l'org-anisme accoutumé éprouve certains effets et peut môme succomber à l'intoxi- «•ation. L'immunité créée par l'accoutumance n'existe que pour certaines doses du poison. Quand ces doses sont dépassées, l'intoxication a lieu. Elle est d'ailleurs spécifique en ce sens qu'un organisme accoutumé à un poison donné ne l'est pas à l'égard d'autres poisons.

Comment expliquer l'accoutumance médicamenteuse? On n'a pas de faits bien pi'écis pour expliquer l'immunité i-elative créée par l'usage des médicaments. Nous savons ((ue les poisons micro- 1 liens font apparaître dfuis le sang- de l'animal inmmnisé des antitoxines susceptibles d'annihiler leur action. L'accoutumance à certains poisons albuminoïdes, d'orig'ine vég-étale ou animale, comme l'abrine, la ricine, le venin de serpent, s'accompag'ne également de la formation d'une antitoxine spécifique. Mais cette propriété antitoxique du sang- ne se retrouve pas t^iez les sujets qui ont reçu des doses répétées d'alcaloïdes, de composés org-aniques ou inorg-;miques et chez lesquels l'accoutumance s'est établie. Cette dernière innnunité acquise ne semble donc pas être d'orig-ine humorale, mais d'origine cellulaire. Elle semble très analogue à l'immunité innée, qui ne donne pas lieu non plus à

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l'apparition d'une antitoxine dans le sang-. L'accoutumance médicamenteuse crée des modificalious chimiques physiques et biologiques des cellules, modifications qui permettent à ces éléments de résister à l'action des toxiques. On peut admettre que le poison ne peut plus pénétrer la cellule ou qu'il y pénètre et en sort sans provoquer de combinaisons nuisibles, ou encore que la cellule le détruit. Besredka, en étudiant le mécanisme de Taccoutuniance à l'arsenic, a constaté que ce corps fait défaut dans le plasma sanguin et les globules rouges, que les leucocytes l'englobent et l'empêchent de diffuser dans l'organisme. Calmette a vu également l'atropine s'accumuler dans les leucocytes et disparaître rapidement du plasma et des globules rouges. Il semble donc que l'accoutumance aux poisons chimiques se trouve sous la dépendance dedéfenses cellulah^es, surtout des leucocytes.

On a constaté que les animaux en état (Xhyperleucocytose jouissent d'une immunité relative contre les poisons, c'est-à-dire qu'ils supportent des doses plus fortes que dans les conditions ordinaires.

Hyperesthésie médicamenteuse.

Quand il y a augmentation de la sensibilité de l'organisme à l'égard d'une substance toxique ou médicamenteuse à mesure que l'administration se prolonge, on dit qu'il y a intolérance par hyperesthésie médicamenteuse ou toxique.

L'hyperesthésie a été observée avec la cocaïne (Gioffredi, Aducco), avec le chlorhydrate d'apomorphine (Gh. Richet), avec certains poisons albumineux comme le venin des actinies ou actino-congestine (Gh. Richet), la papaïne (Pozerski), les sérums, thérapeutiques et préventifs. L'hypersensibilité spécifique acquise pour les poisons albumineux constitue Vanaphyla.rie.

Dans ses études sur l'anaphylaxie, Gh. Richet a constaté que l'injection du poison (actino-congestine) provoque, au bout de quelque temps, la formation dans l'organisme d'une substance nouvelle à laquelle il a donné le nom de toxogénine. Cette substance, inoOensive en soi, devient hypertoxique en présence du poison primitif. La preuve certaine de ce mécanisme, c'est que le sérum des chiens anaphylactisés injecté à des chiens normaux rend ceux-ci presque aussi sensibles à l'actiono-congestine que les chiens anaphylactisés. Le sérum des chiens anaphylactisés

ACCUMULATION MEDICAMENTEUSE. — IMPRÉGNATION. 65

contient donc de la substance anaphylactisante ou toxog-énine. L'anaphylaxie est importante à connaître pour l'emploi thérapeutique des sérums préventifs et curatifs et de beaucoup de produits d'orig"ine microbienne ou cellulaire.

Accumulation médicamenteuse. — Imprégnation.

L'accumulation médicamenteuse s'annonce par l'accroissement des effets physiologiques à mesure que l'administration se prolonge. Elle peut se produire parce que les doses, administrées à des intervalles plus ou moins rapprochés, s'accumulent, ou parce que les premières doses ont élevé la sensibilité des organes sur lesquels se concentre l'action médicamenteuse. Dans le premier cas, l'élimination n'est pas encore achevée quand l'absorption amène dans le sang une nouvelle dose de médicament. L'effet de cette dernière dose s'ajoute donc à une partie de l'effet engendré par les doses antérieures. Les eliets physiologiques peuvent aussi être accrus malgré l'élimination complète des doses ^ dt ~)

antérieures, dans ce cas, cela tient à ce que la sensibilité de l'animal est accrue pour le médicament (état anaphylactique ou l'hyperesthésie médicamenteuse).

L'action cumulative s'observe surtout avec certaines substances comme la digitaline, l'helléboréine, la strychnine. Lorsque, après avoir cessé l'administration d'un médicament, des effets très appréciables persistent, on dit qu'il y a imprégnation médicamenteuse. 11 semble, dans ce cas, que l'économie a été imprégnée de médicament, que celui-ci s'est accumulé dans les tissus et qu'il dépense ensuite lentement son action en dehors de l'administration de nouvelles doses.

Lorsque l'imprégnation est poussée à ses dernières limites, on dit qu'il y a saturation médicamenteuse. Les effets se continuent alors avec un granddegré d'intensité et durent longtemps.

Le médicament peut être tenu en réserve dans un organe. C'est ainsi que, dans certains cas, les pilules, les granules, administrés pendant plusieurs jours, peuvent rester sans effet appréciable, parce que ces préparations, assez compactes et peu dissociables, sont engagées dans un repli de la muqueuse stomacale ou intestinale et échappent à la dissolution. Ainsi accumulés dans les voies digestives, les médicaments peuvent être ensuite dissous, sous l'influence d'une cause favorable et passer à l'absorption au Kaufmann. 5

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