‹ Traité de thermométrie médicale, comprenant les abaissements de température, algidité centrale et la thermométrie localeChapitre 205 sur 337 · INFLUENCE DES AGENTS DITS ESTHESIOOENES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES AGENTS DITS ESTHESIOOENES

(ic< lésions nerveuses retentissant sur le système vaso-moteur des extrémités.

II. — L'influence de certains agents, dits esthésiogfenes, sur la température locale des membres atteints est remarquable.

L^éiectricité statique, les courants, les aimants, les métaux, ramènent dans certains cas la sensibilité chez les ânesthêsiques, mais eu même temps la température locale-des membres atteinte qui, ainsi que nous venons de le signaler, ^ii généralement abaissée, s'élève notablement et peut même, dans certains cas, dépasser la température du membre sain.

^irasset * vient d'établir en outre que le vésicatoire est lin agent esthésiogène au même titre que les agents précédents, et qu'il entraîne comme eux une élévation localisée de la température.

D'après cet auteur, Taction du vésicatoire sur la température locale est indépendante de l'action sur la sensibilité.

A côté de son action esthésiogène, le vésicatoire a une action thermogène qui marche en général avec la première, :nais qui peut en être indépendante et se produire seule.

L'action esthésiogène du vésicatoire paraît pouvoir être •^♦•parée de l'action locale hypérémiante et rapprochée au '^'•ntraire de Taction de Télectricité et de la métallothélapie.

Ces derniers faits doivent être rapprochés des observations <le M. Henrot, qui par l'application des aimants, de Télectri- ' iî»'\ df»s métaux, a obtenu dans des cas de troubles hémiihermiques sans paralysie ni anesthésie, une élévation de tem- Krature du côté de l'application des agents, avec transfert •le rhémihypotheroiie (voir pages 476, 477,478).

Troubles hémithermiques indépendants de Vhémianesthésie et i^rh^mipUgie, — M. Henrot* (de Reims) a attiré l'attention iir iVxisfonoe de troubles hémithermiques indépendants de riij'raianesthésie et de l'hémiplégie.

I. Grasset, yote sur Vaciion esthésiogène et thei^ogènc du vésicaf «"•. BulL de VAcad, de im'd., n« 2. 1880.

-*. IUnrot. Du transfert de l'hémihifpothermie. Extrait de VUnion ^'oMrnle et scientifique du ?ford'Est, 1*880» et Des troubles hémithermi'jurs dans la méningite {hémihyperlhcrmie, hémihypothermie), HuUelins de la Société médicale de HHms, <879).

474 TROUBLES HéMITHERMIQUES

Observation I. — Cas de méningite tuberculeuse chez unejenne fille de 20 ans. M. Henrot constate, dans la période prodromique de la maladie, une hypothermie très marquée du côté gauche, particulièrement du membre supérieur; puis survient de la parésie, de Tanesthésie des quatre membres avec perte de connaissance. On note à ce moment du côté gauche et à l'inverse de ce qui a été observé au début de l'affection de Vhyperthermii; il existe entre les deux plis du coude une différence de température de 2^ à Tavantage du côté gauche.

Quelques jours avant la mort, la température devient égale de:) deux côtés.

A Tautopsie, on trouve les lésions delà méningite tubercaleuii^ un foyer de ramollissement et des hémorrhagies capillaires daoâ le lobule paracentral.

Observation IL — Femme de 63 ans, névropathique et hystérique atteinte successivement, d'une affection utérine, vésicak* d'érysipèle, de zona, de névralgie intercostale, de vomissements, etc.

Il y a trois ans que. la malade éprouve des sensations de froid dans le membre inférieur droit ; ses souvenirs à cet égard sont très précis; à la messe, au milieu de la cérémonie, elle est obligée de replier deux ou trois fois son jupon et sa robe sur la jambe droite pour faire disparaître cette sensation pénible ; dan-* le lit, elle applique toujours de ce côté la boule d'eau chaude.

Depuis le zona, la névralgie mammaire, les vomissement? iucoercibles et la cystite, ces troubles thermiques ont augmenta, i!< se sont étendus : le sein droit est plus froid que le sein gauche: nombre de fois, à la main, on constate une différence de température aux cuisses, sans Tavoir déterminée d'une façon positive à l'aide du thermomètre.

Le malade dit n'avoir jamais remarqué de différence de température entre le côté droit et le côté gauche de la face.

La sensibilité n'est pas modifiée ; elle est la môme des deux côtés, à la face, à la poitrine, aux bras et aux jambes.

La motilitc est la môme de chaque côté. Il ny a pas de troublatrophiques ; la mensuration de la partie la plus grosse et do la partie la plus grêle des membres donne exactement le in'"::ie chiffre de chaque côté. Il existe une douleur vive à la pressi^ij des apophyses épineuses dans le tiers moyen de la répon dorsale-

L*intelligence est saine ; M«^ X... supporte courageusement s^-^ douleurs, elle est disposée à faire tout ce qu'on voudra lui iffiposer, pourvu qu'on la guérisse.

INDÉPENDANTS DE L'HÉMIANESTHéslE ET DE L'HEMIPLÉaiE 475

Le 27 janvier 1880, à Taîde de deux thermomètres semblables, on fait les constatations suivantes :

Durée d'application OôU droit Côté gaacbo Différence

Cuisse 8 minutes 32<>2 34°7 2«5

Temp. du vagin 37°6

Sein 5 minutes 34«8 35»1 0>3

Avant-bras . . 5 — 31<»1 3l°2 0»1

Ces chiflnres nous permettent de conclure, dit M. Henrot, que la température de la cuisse droite est de 5<'4 inférieure à celle du vagin, et de 2^b à 2^6 inférieuro à celle du côté gauche ;

Que celle du pli sous-mammaire du côté droit est de 0,3 inférieure à celle du côté gauche ;

Que celle de l'avant-bras droit est inférieure de 0*»5 à celle du côté gauche.

Tandis que la température reste constante à gauche au b<)ut de cinq minutes, elle baisse de 0,4 de degré dans le même espace de temps du côté droit. Il résulte de cet examen : l' Que la sensation de froid éprouvée par la malade du côté droit est bien réelle ; 2^ que la résistance au rétablissement de réquilibre entre la température du corps et celle de l'atmosphëre est moindre à droite qu'à gauche, puisque la température baisse à droite, alors qu'elle reste stationnaire à gauche ; S** qu'il y a lieu, en conséquence, de rechercher l'hémihypothermie au même titre que l'hémiplégie, Thémianesthésie, rhémichorée ou l'hémitrophie, etc.

Il y a donc des troubles thermiques localisés à une moitié du corps, comme il y a des troubles de la sensibilité et du mouvement ; ces troubles peuvent se produire en dehors de toute modification de la sensibilité, de la motilité ou de la nutrition, et être complètement indépendants de l'anesthésie, de la paralysie et des trophonévroses ; ils peuvent se produire en dehors de Thystérie, soit dans les inflammations des méninges, soit chez les névropa'thes ; c'est donc à tort que MM. Charcot et Dumontpallier ont voulu en faire une mani*

476 TROUBLES HÉMITHBRMIQUES

festation spéciale de ce qu'ils appellent la diathëse hystérique.

M. Henrot a recherché si, dans cette hypothermie indépendante des trembles sensitifs et moteurs, les troubles thermiques déterminent le phénomène décrit sous le nom de transfert.

Dans ces recherches, l'auteur plaçait deux thermomètres à droite et deux à gauche.

Sous l'influence des aimants, un transfert partiel se produit de gauche à droite, comme il s'était manifesté une première fois de droite à gauche, puisque la température a baissé de 0,8 de degré du côté droit, en laissant en faveur du cot*^ gauche, primitivement moins chaud, une différence de 0,5 de degré.

Cinq minutes après la suppression des aimants, la température est exactement la même à droite et à gauche.

De ces faits, Henrot, conclut :

V Que l'application de plaques aimantées faite sur un membre détermine de ce côté une augmentation notable et rapide de la température ;

2^ Cette élévation de température persiste pendant plusieurs jours ; au bout de cinq ou six jours, les températures s'équilibrent, pour redevenir ensuite ce qu'elles étaient avant Tapplication des aimants ;

3» L'hyperthermie provoquée par les aimants ne se manifeste pas seulement sur le membre où ils sont appliqué?, elle s'étend au membre correspondant ;

4M1 y a transfert des troubles thermiques, puisque le o'aé pathologiquement refroidi se réchauffe en même temps que le membre opposé sain se refroidit; la quantité de chaleur soustraite au côté opposé par l'application des aimants varie de 0,2 à 0,8 de degré ;

5** Les aimants produisent le transfert de Thérnihypothermie comme ils produisent le transfert de l'hémianesthésieetde certaines formes d'hémiplégie.

Acfion de Vélcctricité.

L'électricité a une action moins manifeste, moins rapide que les aimants.

ACTION DB l'Électricité, de la morphine, de l*or 477

Quiuze jours après les expériences avec les aimants, la température était :

Cuisse droite Cuisse gauche DifTérence en fnveur

du côté gAuche

Au bout de 10 minutes 32«2 33o2 1«

Ou électrise, avecla petite machine de Gaiffe modifiée par X... , la face externe de la cuisse droite, et on trouve :

Au bout de 2 minutes 32«6 33°3 0^

5 — 32*6 33ol 0*5

10 — 326 33n 0>5 On cesse 1 electrisation :

Au bout de 10 minutes 32°4 32o6 0«2

D'après Tauteur, Télectricité, comme Tapplication des aimants, élève la température de OM du côté hypotherraique, et elle l'abaisse du côté hyperthermique de 0«2; aussitôt rélectrisation, la différence de température entre les deux membres, qui était de P, n'est plus que de 0^2 ; le côté hypothermique s'est échauffé de 0^2 (de 32*2 à 32M) ; le côté hyperthermique s'est refroidi de 0^6 (de 33^2 à 32«6).

L'électrisation, comme les aimants, détermine donc le transfert de l'hémihypo thermie .

Action des injections de morphine.

Celles-ci, pratiquées en même temps sur le côté hypothermique et sur le côté hyperthermique, ont plusieurs fois élevé la température du côté refroidi et amené à 0^1 une différence de température qui était, avant les injections, de 0 0 à 0*8.

Action des applications d'or.

Sept pièces de 20 francs appliquées sur le membre refroidi ont élevé la température, en dix minutes, de 0''7 du côté hypothermique, et dans le même temps de 0*5 seulement du

côté sain.

Henrot a constaté l'existence de l'hémihypothermie dans Ykimichorée, sans trouble de sensibilité et en dehors de toute manifestation hystérique.

Sous llnfluonce des aimants, la chaleur augmente du côté

478 TROUBLES HEMrrHB£tMIQUB8 DANS

malade, tandis qu'elle s'abaisse du côté opposé. La différence

s'est élevée dans un cas à 1^6.

D'après cet auteur, les aimants déterminent une augmentation de chaleur du côté où ils sont appliqués et une soustraction de calorique du côté opposé

L'application des aimants peut amener un double transfert de l'hémithermie.

S'appuyant sur ses observations cliniques et quelques nécropsies, Henrot admet l'existence dans Taxe cérébrospinal d'un centre régulateur de la chaleur animale pour la face et pour les membres.

Des troubles himithermiqut s dans Vhémichoré^.^ chez Us aliènes, dans rhystérie. — Dans Vhémichorêe, sans trouble de sensibilité et en dehors de toute manifestation hystérique, il existe des troubles thermiques du côté affecté.

Gassot ^ j le premier, a démontré, dans l'intéressante observation suivante, que la température s'élève notablement du côté affecté et que^ lorsque Thémichorée se montre ensuite du côté opposé à celui primitivement atteint, l'hypothermie raccompagne.

Observation. — Hémichorée droitCf puis gauche, Uérnihyperth^rmi^.

P..., Marie, blanchisseuse, âgée do 15 ans, entre le 14 octobr'; 1872, salle Sainte-Marthe, n<» 12, à Bcaujon (Service de M. (lubh-r .

Elle est atteinte d*une hémichorée droite qu'on ne peut rapponor qu'à une anémie profonde.

Pas d'antécédents rhumatismaux.

L'affection date de deux mois environ, elle a commencé par le bras droit ; successivement la jambe, le tronc et la tête ont et»envahis.

Nous prenons quelques mensurations thermiques et nous trouvons en faveur du côté affecté un excès oscillant entre i»3 et 0o8.

Sous l'influence du traitement, les phénomènes s'amendent tt tout écart de température dispai*aît entre les deux côtés du corpî?.

Puis le côté gauche est atteint à son tour; nos mensuration^ nous donnent alors en faveur de cu côté un excès variant entp- Ool et 0«5.

Page 1