‹ Traité de thermométrie médicale, comprenant les abaissements de température, algidité centrale et la thermométrie localeChapitre 207 sur 337 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

RECHEKCHES EXPERIMENTALES. — LESIONS CÉRÉBRALES ET MEDULIAIRES.

Dans un grand nombre de recherches expérimentales sur les centres vaso-moteurs, les physiologistes ont observé des modifications de la température locale des membres.

Nasse(1839),Brown-Séqaard (l853),Budge et Waller(1858\ Bezold (I858),LudwigetThîry (1858), Kessel (1871), Stricker (1871), Soboroff (1871),Owsjannikow (1872),Tscheschichin ont publié des travaux importants sur la question, et cherchent à démontrer que les vaso-moteurs émanent de la partie sopérieure de la moelle.

Les recherches plus récentes et principalement celles de Schiff, de Yulpian établissent qu*il n^existe pas dans la moelle épinière un centre vaso-moteur unique, mais une série de centres échelonnés sous la domination du centre bulbaire. (Voir Recherches de Schiff.

I. — Lésions expérimentales du cerveau. — Les lésions de certaines parties du cerveau donnent aux expérimentateurs des congestions ou des anémies des membres, des viscères accompagnés de modifications de la température locale et leur font admettre des centres vaso-moteurs existant dans le cerveau (Schiff, KoUiker, Pflûger, Olivier).

Vulpian ' et Philipeaux ont constaté des variations de la

i . YoLPiAN. Comptes rendus de V Académie des sciences^ 16 férrier

LÉSIONS DU CERVBAU 483

température des membres à la suite de lésions expérimentales des tubercules quadrijumeaux.

Uspensky * voulant démontrer l'existence de centres vasomoteurs dans le cerveau blesse au moyen â*un instrument terminé en croix, Thémisphère droit d'un animal et détermine du côté opposé un abaissement de 1* pendant les deux premiers jours et de V2, les jours suivants. Uspensky n'indique pas d^une façon précise le point dont la lésion produit l'abaissement de température.

Schreiber * lésant la protubérance, le cervelet, les pédoncules ou les hémisphères, note un abaissement rapide et notable de la température ; mais si les animaux se trouvent dans un milieu dépassant 30** c. ou entourés de ouate; on observe au contraire une élévation. Les lésions qui portent sur les diverses parties de Tencéphale, dit Tauteur, ne produisent donc ni augmentation ni diminution de chaleur. Elles placent l'animal dans des conditions telles qu'il maintient plus difficilement sa température normale et qu'il se réchauffe ou se refroidit plus facilement sous l'influence du milieu ambiant qu'un animal sain.

En 1875, 1876, les recherches de Hitzig*, de Bochefontaine et Lépine *, de Danilewsky ' démontrent l'existence de centres vaso-moteurs dans Fécorce du cerveau. Ces auteurs établi^î'^ent en effet que l'excitation électrique de l'écorce et principalement du gyrus post frontal amènent dans les membres une élévation notable de la température et de la pression sanguine.

D'après Danilewsky, l'excitation directe du corps strié, à l'exception du noyau caudé de la couche optique, ne produit pas cet accroissement de pression.

!. UspgNsiY. Ueber das Verhaltcn dcr Tcmperatur und dcr ÏÏeflcX' ^'^^ft'fjungen bei eerebraUr Hémiplégie, Virchow's Arckiv. Bd. XXXV^

2. ScHRF.iBER. U cher dm EinflHSs des Qehirns au f die Korper temperafyir. Arch, f. die ges, Phys. Bd. VIII, pp. 376-596, 1874.

'^i. HiTziG. Etude expérimentale sur Vinfluencc exercée par la fara* di^ition de Cccorcr grise sur quelques muscl''S de la vie organique. Arch. '('• Vh'jsioL, 187G, p. liO.

*. BocBEroNTAiNE el Lémnk. Bulletin de la Soc. de ^<o/.,5juin 1875, PP 230, 237.

^i. Danilbwsry. Exp. beitr. zur Physiol. des Gehirns, P/lûger's Arch* li, 1875, p. 428.

484 RECHERCHES EXPERIMENTALES

Kn 1876, Eulenburg et Landois * étudient, au moyen d'appareils thermo-électriques, l'effet de l'excitation et de la desruction de la substance corticale sur la température des tmembres déjeunes chiens et de jeunes lapins.

D'après ces auteurs, la destruction de Técorce au niveau de la région pariétale dans les parties du gyrus sigmoïde où Fritsch et Hitzig ont reconnu l'existence de centres moteurs, détermine l'élévation subite et notable de la température des membres opposés qui peut aller jusqu'à 4** et 7^ c. Suivant le siège et l'étendue de la lésion, la température peut être plus élevée au membre supérieur qu'à l'inférieur et réciproquement. Dans les cas où les lésions sont circonscrites* les modifications thermiques ne s'observent que sur un seul membre.

Vers le deuxième ou troisième jour, la température redevient normale, mais elle peut dans certains cas rester élevée, une, deux semaines.

L'électrisation avec des courants faibles de Técorce cérébrale, produit, d'après ces auteurs un abaissement passager de 0% 0°6 c. dans les extrémités du côté opposé. Avec des courants forts, l'abaissement peut manquer et on observe alors une élévation.

Eulenburg et Landois expliquent ces résultats en admettant l'existence « d'appareils vaso-moteurs situés dans les régions précédemment citées de la surface hémisphérique et qui sont probablement en connexion directe ou indirecte, avec les fibres vaso-motrices contenues dans le pédoncule du cerveau. Peut-être ces appareils sont-ils destinés à la transmission des influences mentales sur certaines régions vaso-motrices: peut-être aussi contribuent-ils aux altérations locales de la température et de circulation dans les organes de la conscience, à l'aide des systèmes intermédiaires situés dans l'écorce grise hémisphérique. »

Hitzig est arrivé, dans ses recherches, aux mêmes résultats que les auteurs précédents.

1. EaLKNBDRG ct Landois. Ueber thermische von den Grosshimhemispharen ausgehende Einflùss, Centralblat fur die med» Wi$S€îis.,i. XV, p. 260, 1876. Anal, in Rev. Se méd., 1876, t. VllI, p. 49, eiCompU^ rendus de l'Académie des sciences, 6 mars 1876.

LESIONS DU CERVEAU 485

Dans une expérience sur le chien, M. VulpianS après avoir détruit la substance grise du gyrus siginoïde du côté droit a étudié la température locale des membres.

La température des membres du côté opposé au côté de la lésion »'taii à peu de chose près la même immédiatement après cette opi'ration qu*avant l'ouverture de la dure-mère. La température dos orteils du membre antérieur gauche (opération faite à droite) avilit baissé, il est vrai, d'un de^ré centigrade; mais la tempé- Fîiture des orteils du membre postérieur gauche avait monté d'un liejrré.

Vingt minutes après l'ablation de la substance corticale du ?\Tus sigmoîde droit, la température du membre antérieur gauche avait baissé de plus de 4 degrés centigrades, tandis que celle du membre postérieur gauche avait monté de près de 3 degrés.

€ Si Ton ne considère que la température du membre antérieur gauche, dit M. Vulpian, on trouve là un résultat qui semble confirmer complètement l'assertion de MM. Eulenburg et Landois. Mais pourquoi la température du membre postérieur gauche s'est-elle élevée? Ces auteurs disent bien que la température peut s*élever surtout dans le membre antérieur ou dans le membre postérieur du côté opposé ; mais ils attribuent ces variations à ce que la lésion porte tantôt sur tel point, tantôt sur tel autre du gyrus sigmoîde. Cette explication perd toute valeur, lorsque Texpérience est faite comme chez le chien dont il s'agit, c'est-à-dire quand elle consiste en une destruction de tout le gyrus sigmoîde. Dans un cas de ce genre, s'il y avait dans l'écorce grise deux centres vaso-moteurs de siège fixe, influençant, par la médiation d'actions vaso-motrices croisées, la température des membres du côté opposé, une destruction de ces centres devrait avoir pour conséquence un abaissement de la température de ces deux membres, abaissement pouvant d'ailleurs être inégal dans Tun et l'autre de ces membres, suivant que l'un des centres vasoraoteurs supposés serait plus puissant que l'autre. Ce n'est f»as d'ailleurs la seule objection soulevée par l'inspection des

i, VcLPUN. Destruction de la substance grise du gyrus sigmoîde rhez le chien. Archives de Bhysiologie normale et pathologique ^ 2" série, t. Ui, 1876, p. 814.

486 RECHERCHES EXPERIMENTALES

chiflfres indiquant la température des membres vingt minutes après l'opération.

Il faut remarquer que si la température du membre antérieur gauche a baissé de plus de 4°, celle du membre antérieur droit (côté de Topération) a baissé de plus de 8 degrés. N'est-il pas visible qu'il y a une influence exercée sur la température des deux membres antérieurs, en même temps et dans le même sens, quel qu'en soit le mécanisme? En tous cas, il est permis d'attribuer un certain rôle dans ce refroidissement à la chloralisation.

Quarante minutes après ropération, la température avait baissé encore notablement dans tous les membres et le refroidissement continuait à s'y produire avec grande rapidité, puisque cinq minutes plus tard, on ne trouvait plus que 12°9 c. dans le membre antérieur droit qui, avant Touveriure de la dure- mère, offrait une température de 33° c. Le membre postérieur gauche seul semblait résister plus que les autres au refroidissement.

En somme, cette expérience ne me paraît pas pouvoir être citée comme confirmant les idées d'Eulenburg et Landois. 11 est clair d'ailleurs qu'elle n'a qu'une valeur relative et je suis loin de croire qu'elle autorise à nier la réalité du fait publié par ces auteurs. Cependant, j'ajouterai que j'ai fait pendant mon cours un certain nombre d'autres expériences du genre de celles-ci et que, le plus souvent, les résultats ont été dans le sens de ceux dont je viens de parler. >

H. Rosenthal ' n'a jamais constaté, dans ses expérience?, réJévation de la température après la destruction de la substance corticale, il notait fréquemment un léger abaissement du côté opposé après l'excitation de l'écorce.

Kuessner *, injectant une solution concentrée d'acide chromique au niveau de l'écorce cérébrale n'observe pas de variations constantes de la température et n'admet pas l'existence de centres vaso moteurs sur la convexité des hémisphèrei.

\,U. KosENTHAL. Expérimente lie Untersuchungeti ùber dcn Einfis.^ des Grosshirns au f die Kùrpcrwdrme. Diss, inaug. Berlin, 1877.

•i. Kuessner. Ueber vasomotorische Centren in der GrosshirnnHd/ des Kaninchens. Arch. f. Psych. «. Nci-venkrank. T. VIII, Heft. t p. 432, 1878.

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