CHAPITRE XIII
DE LA TBIIPERATURB LOCALE DBS FOTBRS INFLAMBiATOlRBS.
J. Hunter * déinôhfrà le premier d*une façon précise que la température s*élève dans, les arcanes enflammôs.
Introiluisant un thermomètre dans la tunique vaginale d'un malade atteint d'hydrbc^le, Huritèr' constata après Touvertiire de la séreuse une température de .33°3. Le jour sui- Tant, rinflammation étant, bien. développée, Hunter fit une nouvelle introduction de thermomètre qui marqua alors :n"08. La température s'était élevée de 3*78.
J. Hunter note avec soin que l'élévation de la temp'érature locale de Torgane enflammé ne dépasse pas celle des organes profonds et du sang.
Plus tard, ce célèbre expérimentateur voulant vérifier si la température locale s'élève dans les organes profonds enflammés, pratiqua une incision au côté droit du thorax d'un chien, et par cette incision, il introduisit un thermomètre ju:«qu^au diaphragme, il nota BS'^dS ; le jour suivant il répéta riutroduciion de instrument de la même manière, il n'y eut pas de changement dans le résultat, c'est-à-dire que la température fut toujours 38°33,
John Hunter concluait de ses expériences que la température s'élève en réalité dans un foyer inflammatoire, en raison de Tafflux du sang intérieur qui apporte une plus grande quantité de chaleur. Un organe qui se trouve imprégné par une suffisante quantité de sang et qui est à Tabri des causes extérieures de refroidissement, n'accuse pas une élévation de tt^mpérature.
« Une inflammation locale, dit Hunter, ne peut élever la
I. J. HcNTER. Works, t. III, 1837, et J. Aunteh. Leçons sur les principes de ta chirurgie : Œuvres complètes, trad. Richelot. Paris, 1837. t. I, p. 457. — Traité du sang et de l'inflammation, t. lil, p. 376, 379.
chaleur de la partie au-dessus de la tempôratare naturelle de ranimai, et lorsqu'elle a son siège dansles parties dont la température ti ituPdlle est iaférieure à celle qui existe à la source de la circulation, elle ne relève jamais jusqu'à cette dernière.>
Becquerel et Breschet^ publièrent, en 1835, les observations thermométriques suivantes, prises avec un appareil thermo-électrique.
Chez une jeune fille scrofuleuse dans un état fébrile marqué :
Température de la bouche 37«f>
— . du biceps 32' 50
— d'une tumeur scrofuleuse enflammée, à la
base du cou 4»^
— dans une tumeur fongueuse du tissu cellu-
laire 40»
Chez un autre sujet :
Température de la bouche 36«75
— du biceps 37»
Tumeur fongueuse 37<>50
Membrane cellulaire voisine 35**
Ces observations en trop petit nombre ne permettent pas de conclusion, elles ne démontrent pas « que la température des foyers inflammatoires soit plus élevée que la température générale du sang et des centres. » On ne peut considérer en effet la température du biceps ou de la bouche comme indiquant la température centrale ou du sang.
Dans ses expériences, Demarquay* étudie l'influence d'une inflammation locale sur la température générale.
Cet auteur pense « qu'une phlegmasie locale est susceptible de produire une élévation de la température générale du corps. Il est même possible, que la température d*une partie enflammée soit supérieure à celle du rectum, prise dans le même moment. »
1. Becquerel et Breschet. Second mémoire sur la chaleur animak. Lu à TAcadémie des sciences, 10 août i835. — Annales des sciences naturelles, 1835, 2« série, t. IV, p. 243,
Voyez : Gierse. Quœnam sit ratio calorie organici partitim infiammatione labornntium, etc. Diss. inaug. Halle, 1842.
Voyez aussi : H blmholtz. Mw/Z^r'* archiv, 1848, p. 145 ; et Lcdwig. Physiologie, édit 1858.
2. Dem\rqu\y. Rerherches expérimentales sur la température animnlc. Thèse de Paris, 18i7. Mémoire sur /•'S mnd'fications de la ttmpé alurr' animale dans quelques maladies chirurgicales. Moniteur deshàpitaui, 1836, et arliclc Chaleur du Dictionnaire de médecine et de chirurgit' de Jaccoud.
DES POTERS INFLAMMATOIRES
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John Simon et Ecimund Montgomery * ont donné dans le tableau précèdent le résultat do leurs recherches.
Leurs expériences ont été faites au moyen d'un appareil thermo-ôlectrique.
Les conclusions de ces expériences peuvent se résumer ainsi :
V Le sang artériel arrivant aux parties enflammées est moins chaud que le foyer phlegmasique lui-même. (Exp. 3. 5, 8, 11).
2^ Le sang veineux d'un membre enflammé, quoique moins chaud (Exp. 6) que le foyer phlegmasique (Exp. 2. 4, 10 , à une température plus élevée que celle du sang artériel efférent.
3^ Le sang veineux d'un membre enflammé est plus chaud que celui du membre sain correspondant (Exp. 1, 7, 9).
John Simon et Ed. Montgomery admettent, d'après c^la. que les foyers inflammatoires donnent lieu à une produr-tl^ n locale de chaleur, et que le sang veineux qui revient d'ui • partie enflammée et qui s'est échauffe peut contribuer àéleve: la température de toute la masse du sang.
Billroth *, étudiant la température comparée du rectuu et du vagin et celle des plaies enflammées chez les chiens, et même chez l'homme, est arrivé aux conclusions suivantes:
Dans quarante-huit examens comparatifs, la températcre de la plaie ou de la partie enflammée n'a surpassé celle d: rectum que deux fois.
D'après cet auteur' : «H est peu probable que dans une pluf ou une partie enflammée il se produise une quantité de chà-
J . John Simon et Edmund Montgomrqy.A System ofSurgery by Boin* 1860 et seconde édition, i869, vol. I, p. 16.
2. Billroth et Hufschmidt. Développement de la fièvre par iny- 1 de pus. Les foyers inflammatoires n'ont pas une température plus r . que le rectum. Langenbeck's Arch, fur Klin. Ckir. Bd. VI, p. 332, 1^^
3. BfLLROTB. B^baochtunfjS'Studien ûber Wundfieber und acrii^' telle Wundkrankeiten, Langenbeck's Arch. fur K. ' kirurgie Kd. Il, l'^tJ : Bd. VI, p. \2^, 1861 ei Bd. IX, i867, p. 579,-J872et CmtratblaU. \^'i
DES FOTBRS IIVTLAlfllÀTOIRBS 015
leur forant une inSneaca appréciiible ao tharmomitre sur la caloriâeation de la masse du ^ag et par conséquent oous devons aller à la recherche d^autres causes pour exjdiquer la fièvre traumatique et inflammatoire. »
Weber * est arrivé aux résultats suivants :
Dans douze mensurations prises sur des plaies chez rboœme, la température fut trouvée six fois plus élevée dans la plaie* trois fois plus ba^se, trois fois la même que dans la bouche et Taisselle. la différence dans les premiers cas était de 0^6 c. en plus ponrla plaie.
Trente et un examens sur des chiens et des lapins ont donné des résultats moins nets, la température n*a été plus élevée dans la plaie que dans neuf cas. « Des causes nombreuses d'erreur expliquent ces divers résultats, et Ton peut comprendre les doutes émis par Billroth ; il semble, cependant» que lee résultats négatifs aient moins de valeur que les résultsits positifs. »
Weber a répété les expériences de J. Simon et E. Montgomery et est anivé à des conclusions identiques. Les résultats ont été si constants, que, dans trente-six cas sur trente-neuf, la température des parties enflammées a été plus élevée que dans les parties saines homologues.
Weber a pu ainsi établir les propositions suivantes identiques à celles de J. Simon :
1"* Les parties enflammées sont plus chaudes que les parties saines rx)rrespondantes ;
2^ Le sang artériel qui se distribue aux parties enflammées est moins chaud qu'elles ;
3* T^ sang veineux qui revient des parties enflammées est XDoîns chaud que celles-ci, plus chaud que le sang artériel, plus chaud que le sang veineux du cdté sain correspondant.
Dans ses expériences sur la température «le Taisselle comparée à celle de Tutérus et du vagin enflammés, Bcbroëder ' a noté que :
1. WrBKR. KxfyfrimeniHie studien ûber Pyaemiê, SepUrœme und Fieber. D^uticke Klinik. i86V, n« 48 à 51 et 1865, n» 2 à 8. In Bandbueh der A llgemeinm und sp^delim Chirurgie, Vol. I, chap. XX et Vêb^ dot Fi^b^T' im AWf^meinen und *ias Wun tfieber ins besondere Medizinische Jahrbùcher.WY, Juin 1867.
2. ScBRORDBE. VtTchow'i Afdùv fûrPathol. Anai. Bd. XXX^^ p. 853
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Toute élévation de la température locale d*un organe enflammé retentit sur la température générale qui s'élève.
La température générale n^est jamais plus élevée que la température locale.
Dans ses recherches Schneider * a obtenu les résultai suivants, qui confirment les conclusions de Hunter, Billroth, etc.
P* cas. — Fistule profonde; nécrose de Thuraérus ; un érysipële qui a envahi la plus grande partie du bras s'est étendu depuis quelques heures autour de la fistule. La température de la fistule est 38o9 ; celle du rectum 38^9.
2* cas. — Lymphadénite aiguë au pli de l'aine. Une petite incision (qui a donné issue à de la sérosité jaunâtre) a été pratiquée pour introduire le thermomètre à deux pouces de profondeur. La température de la plaie est de 38*5 ; celle du rectum de 38°7.
3^ cas. — Nécrose du maxillaire inférieur; incision, extration de séquestre. Il y avait une vive réaction après l'opération. Le premier jour : plaie 37<*7 ; rectum 38°. Le deuxière jour : plaie 37*7 ; rectum 37^*9. Le troisième jour : plaie 37i3. rectum 37°9. Le quatrième jour : plaie 37«>9 ; rectum 38*1. Le sixième jour : plaie 37o6 ; rectum 37o9. Le septième jour: plaie 37M ; rectum 37"4.
4« cas. — Mastite depuis huit jours ; incision ; nouvel abcès; le thermomètre est introduit dans ce foyer tout récen:. Température : plaie 37<»6 ; rectum 38*2.
5* cas. — Lymphadénite aiguë à l'aine gauche. Le thermomètre maintenu dans Taine par la flexion forcée de la cui^st^ marque une température de 38*; il donne une température aussi élevée dans le pli de Taine du côté opposé ; la temp^ rature du rectum est de 38*^7.
6" cas. — Carie profonde de Tos iliaque en trois points, fistule, datant d'un an. Température : fistule 37^ ; rectum T" t\
i. Schneider. Centvalblatt, 187P.
Desexpériences de Jacobson * etBernhardt^, il résulte que :
!• La température de la peau fortement enflammé-» ou des muscles dans leurs couches profondes, dans le voisinage des os, n'atteint jamais la température centrale du rectum, du vagin ou de la cavité abdominale. La différence dans les in- Ûammations intenses est de V à 2° cent., (dans 5 cas entre O'b et 1*^ c).
2» La température de la partie enflammée dépasse habituellement celle des parties voisines et saines, mais d'autant moins que le tissu est plus éloi^^nô de la périphérie. Alors que la température de Toreille enflammée des lapins s'élève de 4? à 5*, elle ne s'élève dans les muscles profonds des extrémités enllammées que de 1» c, 0^5 et dans quelques cas il n'existe aucune élévation.
Les expériences de ces auteur*», sur la température des séreuses enflammées par Tinjection de caustiques dans la cavité pleurale ou péritonéale prouvent que la température de ces foyers inflammatoires ne dépasse pas la température prise dans le cœur gauche.
11 n'existe donc pas, d'après ces auteurs, des foyers de chaleur pouvant exercer une action sur la température générale et élever la température du sang.
Ces recherches confirment, disent ils, l'opinion de Hunter * qu'une inflammation locale ne peut élever la chaleur d'une partie au-dessus de la température des centres circulatoires. »
Bernhardt et Jacobson se sont servis dans leurs recherches de la méthode therrao électrique.
Laudien ^ a obtenu, en se servant d'un appareil thermoélectrique et d'un galvanomètre à miroir les conclusions citées plus haut et adoptées par Jacobson.
Les intéressantes recherches de Laudien sont résumées dans le tableau suivant :
L Jacobson. Uebfr noi'malc und patholoyische Local temperaturen. Virckow's Archiv fur PathoL Anat. Bd. LI, p. 270, 1870.