‹ Traité de thermométrie médicale, comprenant les abaissements de température, algidité centrale et la thermométrie localeChapitre 67 sur 337 · DES ABAISSEMENTS DE TEMPERATURE APRES LES GRANDS TRAUMATISMES · texte numérisé non relu

DES ABAISSEMENTS DE TEMPERATURE APRES LES GRANDS TRAUMATISMES

Apres de grands tratimatismes, principalement à la suite de blessures de guerre, d'accidents de chemins de fer, on observe un ensemble de symptômes d*une gravité extrême auquel on a donné le nom de choc ehirurgieai (shock), stupeur traumatique»

Parmi les symptômes du choc traumatique, il y en a un qui a particulièrement attiré notre attention et que nous avons étudié dès Tannée 1870, Valgiditi traumatique.

Les chirurgiens ont signalé de tout temps, à la suite de blessures graves, le refroidissement de la peau.

Ils décrivent les blessés couverts d'une sueur froide qui donne à la main une sensation spéciale ; tous les cliniciens ont remarqué le refroidissement tégumentaire dans les hernies étranglées, les plaies par armes à feu, les accidents de chemin de fer.

Dupuytren ^ disait dans son admirable chapitre de la stupeur traumatique : « La diminution de chaleur, portée quel*quefois jusqu*à froid glacial, est un autre effet de stupeur. »

Ce n'est que dans ces dernières années que Ton a constaté mathématiquement au moyen du thermomètre rabaissement de température à la périphérie et dans les cavités centrale s.

i. DoPDYTREX. Leçons orales, vol. V.

ABAISSBHBinV BB TEMPÉRATURE APRES LES TRAUMATISMES 119

Soas la direction de notre maître Demarquay, nous avons recueilli, en 1870-71, sur des blessés de guerre, un grand nombre d*obseryations qui nous ont permis d'arriver à des conclusions au point de vue du pronostic et du diagnostic.

Les travaux de Furneaux Jordan \ de Le Gros Clarke^, que nous ne connaissions pas au moment de la publication de notre premier travail sur ce sujet, contiennent des conclusions qai se rapprochent des nôtres.

Pendant notre internat et notre clinicat dans les hôpitaux de Paria (1874- 83), nous avons recueilli un grand nombre d'obserFations (nous citons plus loin les principales), sur des blessés à la suite de grands traumatismes, écrasements, accidents de chemins fer.

Les résultats ont été les mêmes que ceux obtenus sur des blessés de guerre ; nous maintenons donc nos premières conclusions.

Dans an grand nombre de nos observations, nous avons pris simultanément la température axillaire, et la température rectale, il existe une différence assez marquée (5 à 6 dixièmes de degré) entre ces deux températures. Nous pensons que la température rectale peut seule donner des indications précises, et la plupart de nos explorations ont été faites dans des cavités centrales.

Nous avons noté les températures des blessés sitôt qu'ils arrivaient dans nos ambulances ou nos hôpitaux généralement trois ou quatre heures après que la blessure venait d'être reçue; nous avons recueilli aussi quelques températures au moment ou le blessé venait d'être relevé sur le champ de bataille et obtenu ainsi la courbe . complète de la température pendant les premières heures qui suivent le traumatisme.

Les principaux symptômes que nous avons observés chez nos blessés, sont les suivants :

1. FuHNKAux Jordan. The BritUh médical Journal, vol. I, <867, et Surgical Enquiries on shoeh afUr iurgical opéj^alions and injuries, London, 2* édition.

2. Li Gsos Glâekb. Lectures on the principles of surgical diagnosis, espedaly in relation io shock and viscéral Usions. Loudon, 1870.

Lo blosîç, qui n*a généralement pas pwrdu connaissance, a un faciès hébété, abattu ; les narines sont dilatées : les yeux ternes à demi ouverts, sans expression ; les pupilles dilatées ; il paraît peu préoccupé de sa blessure, il ne frisonne pas ; il est dans la stupeur (forme dépressive du choc).

11 ne se plaint pas, il n*accuse aucune souffrance et Ton peut explorer les blessures les plus graves sans qu'il s'y oppose.

D'autres fois au contraire, et nous ayons souvent vu ce fait chez les soldats de l'armée insurgée (1870), il y a du délire, de la loquacité ; souvent le malade se plaint, se lamente, annonce sa mort prochaine. Dans cette forme de choc traumatique (forme érethique de Dupuytren, Travers, Fischer), on note le rétrécissement de la pupille, des vomissements, un tremblement général et des spasmes.

La respiration est fréquente, superficielle ; le pouls petit, très accéléré.

Dans la forme torpide de la stupeur, les mouvements sont difficiles ; Tactivité cardiaque est singulièrement diminuée, dans un assez grand nombre de faits nous n'avons pas trouvé de diminution des battements du cœur ; généralement cependant le pouls est petit, imperceptible.

La respiration se fait d'une façon très lente.

Le blessé a souvent des vomissements.

Nous attirons l'attention sur ce fait que nous avons fréquemment observé chez les blessés par armes à feu, la suppression presque complète des urines pendant huit, dix, douze heures après le traumatisme.

L'urine ne contient ni sucre, ni albumine, excepté dans les lésions des centres nerveux (fracture du crâne).

La température du corps entier est considérablement abaissée au simple toucher, les mains, les pieds, les oreilles sont très refroidis ; le refroidissement, d'après nos observations, commence par les extrémités ; il s'empare du sujet sans que celui-ci se plaigne de ce symptôme. Quand nous interrogions les blessés, afin de savoir s'il ressentaient un refroidissement, ils nous répondaient souvent négativement.

On constate un abaissement réel de la température, non seulement sous l'aisselle, mais dans le rectum.

Page 1