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II. — Ramollissement cérébral

Broca, un des premiers, publie en 1877 le résultat de ses recherches de thermométrie céphalique dans le ramollissement :

« L'un des premiers malades, dit Broca, sur lesquels je fis cette exploration fut un médecin de province qui me fut présenté par son fils, médecin lui-même. La parole n'était pas abolie, mais elle était déjà gravement altérée; il n'y avait encore aucun trouble de sensibilité ni de motilité. Je reconnus aisément avec la main que la température de la région temporale gauche était notablement accrue, et je constatai, à l'aide de deux thermomètres appliqués sur les régions temporales, que cet accroissement de température était de 3 degrés, chiffre excessif que je n'ai pas retrouvé depuis. Les thermomètres, appliqués de nouveau sur les côtés du front, derrière les apophyses orbitaires externes, montrèrent une différence de température de 1 degré seulement en faveur du côté malade. J'en conclus qu'il s'agissait d'un ramollissement congestif qui avait débuté dans la partie moyenne de la convexité de l'hémisphère gauche, qui avait déjà commencé à se propager vers le front, et qui probablement ne tarderait pas à envahir tout l'hémisphère. Ce pronostic se réalisa; peu de jours après, le fils m'écrivit que la parole était tout à fait abolie, que Tin-

RAMOLLISSEMENT CÊRÉBRA-L

telligence était profondément altérée, qne le malado ne pç„ vait plus quitter son lit, et il m'annonça sa mort trois mois

"clnsleux observations très intéressantes, Broca obtint les

résultats suivants :

OBSERVATION I. - Femme de 39 ans. - Hémiplégie incomplète, aphémie complète et permanente.

L'exploration tliermométrique donne : ^^^^^^^

Région frontale 35^2 ^ ^

- sis 3209 + 1°7

occipitale o ' . ..

OBSERVATION II. - M- 0.... de Paris, 73 ans. - Attaque le 27 juillet 1877. - Écriture impossible, parole seulement altérée. — iixamen par Broca le 17 juillet 1877.

Le thermomètre donne les résultats suivants :

Droite. Gauche. Différence

X 1 ^«^ofi 35''4 +

Région frontale. 35 6 -r

temporale 33°2 rfd o

• •+ i„ ^IH 32''2 + 0°8

— occipitale ^ ^ * '

Comme conclusions, Broca admet :

1» Que la température s'abaisse au niveau du lobe ramolli;

2° Qu^elle s'élève dans les lobes voisins du même hémisphère, par suite du développement de la circulation collatérale.

Biaise apprécie ainsi ces recherches :

« Quant à nous, nous ne pouvons nous défendre d'un certain sentiment d'incrédulité envers les résultats de Broca. Des chiffres tels que 31''4, 32''2, trouvés à la région occipitale, nous paraissent peu vraisemblables. »

Des recherches de E. Maragliano sur cinq personne» atteintes de ramollissement cérébral, il résulte :

1° Que du côté de la lésion, la température du lobe temporal est toujours moins élevée que celle du lobe correspondant du côté sain. La différence a varié entre 0°4 et 2°!. Ce résultat a d'autant plus de valeur quo dans quatre cas l'abaissement a été noté à gauche, où normalement la température est plus élevée qu'à droite.

2° En ce qui concerne la région frontale, deux fois elle a présenté une température plus élevée du côté de la lésion, et

iiO TEMPÉRATURES PÉmCEANIENNES MORBIDES

trois fois une température moins élevéi» • ^„î

que Broca s'était trop avancé en crcl'ua„r ™ f^^''

observations, <jue ]a température s^etu ins'î!' ' T

srcotsr' - aet

rappelle que la sylvie„„e irrigue u7e ItZ! l. "l' ^ fronta,^au,„e,.paroo„sé,uent,p:„ts.t:.d.?;.X,',:,:;î^

3- En ce qui concerne la température occipitale elle s'est trouvée augmentée dans trois cas et diminuée dani fJ!L autres au niveau du lobe occipital. "^""^

4' La moyenne des températures de l'hémisphère où siVe le ramollissement s'écarte peu de celle de l'hémisphèi-ë I f

Biaise, s'appuyant sur ses observations, donne les eon clusions suivantes :

P Si l'on compare les résultats thermométriques obtenu, chez es anciens hémiplégiques avec ceux qu'on Turn s le malades atteints d'hémiplégie récente, datant de 11" din an par exemple, on ne trouve aucune différence bien appré-

2° Quand l'hémiplégie est récente, qu'elle date d'ailleurs de l'^di^rel:' -n' encore ordina-e!

Quelquefois cependant nous avons cru remarquer, chez les hémiplégiques récents, que l'abaissement de température au niveau du lobe ramolli diminuait à mesure que la lésieii de! venait plus ancienne.

3" La plupart du temps, quand l'hémiplégie est constituée qu elle soit d'ailleurs en voie d'amélioration ou d'aggravation' lorsque toute tendance aux poussées congestives a disparu et quil ne parait exister aucune réaction inflammatoire au pourtour du foyer de ramollissement, nos résultats semblent indiquer qu il y a plutôt tendance à l'abaissement de la température pencrânienne au niveau du lobe ramolli. Mais les différences que nous avons trouvées sont en général très minimes : si l'on en excepte quelques chitfres de O-S et 0-4 le plus souvent il ne s'agissait que de différences variant entre

RAM0LLISSEME3SIT cÉrÉBRAL 441

0^05 et 0°2 ; très souvent il y avait égalité thermique entre le lobe ramolli et le lobe correspondant du côté sain.

4° Certaines de nos courbes sont telles qu'on n'hésiterait pas un seul instant à les considérer comme normales, si l'on n'était pi^évenu de leur origine.

5° Dans toutes ces circonstances, les chiffres recueillis à la tête sont restés dans les limites normales. En outre, les courbes frontales et occipitales n'ont présenté aucun caractère qui puisse les faire considérer comme pathologiques. Il faut en excepter cependant la courbe occipitale de Compadieu (18 septembre 2 octobre), qui a montré un abaissement à peu près constant du côté gauche, qui se mesurait par une différence dont le minimum a atteint 3 et 4 dixièmes, et dont la moyenne a été de 0°2. Ce résultat ne peut s'expliquer complèlementpar la présence du petit foyer de ramollissement qui se trouvait en regard du lieu d'élection temporal, car on ne comprendrait pas comment le foyer, beaucoup plus considérable, situé au pied des circonvolutions frontales et pariétales ascendantes, n'aurait pas exercé une influence au moins égale au premier.

6° Si l'on compare les chiiFres recueillis aux trois régions, on peut dire que généralement c'est la région frontale qui l'emportait sur la temporale et la temporale sur l'occipitale. Cependant des chiffres identiques ont été observés aux trois régions ; quelques fois même c'est l'occipitale qui fournissait les plus élevés. Toutes les fois qu'on a observé une différence, elle a été très minime, de 0°2 à O^S ; dans quelques cas rares elle est arrivée néanmoins jusqu'à OM, 0°5 et même O"?. Quoi qu'il en soit on ne saurait aucunement déduire de ces résultats l'existence de cette circulation collatérale dans les lobes 'frontal et occipital, dont Broca avait soupçonné l'existence.

7» Si l'on pratique l'observation thermométrique, soit au début d'une attaque apoplectiforme survenant dans le cours dun ramollissement qui progresse par poussées successives, tantôt on voit la température de la tête ne pas s'élever sensiblement et rester bien inférieure à celle de l'aisselle, tantôt au contraire on constate une élévation graduelle. L'élévation peut aussi se faire d'une façon très rapide, et alors se présente,

442 TEMPÉRATURES pÉrICRANIENNES MORBIDES

comme chez Gros et Rabastens, une courbe qui établit trois périodes bien distinctes pour la marche de la température : 1° une période d'ascension qui n'a pas été précédée d'un abaissement initial ; 2" une période stationnaire ; 3" une période de descente. Celte dernière semble annoncer une terminaison favorable. En effet, dans le cas de Corapadieu, (terminaison par la mort), nous avons bien observé au dernier moment une chute thermique de 1° environ, alors que la température axillairene bougeait pas, mais cette troisième période a totalement manqué.

8° Les courbes cérébrales ont présenté, dans ces derniers cas, un parallélisme très marqué avec la courbe axillaire.

9° Filles ont présenté, en outre, une différence entre les points symétriques qui était à l'avantage du côté lésé, particulièrement en ce qui concerne la région temporale. Cette différence ordinairement peu accentuée, a présenté comme chiffre 0°4. De plus, elle allait diminuant au fur et à mesure que l'état du malade s'améliorait, si bien qu'elle devenait nulle.

10" Cette différence, à l'avantage du côté lésé, n'a cependant pas été observée dans tous les cas. Ainsi, chez Gros, l'attaque apoplectiforme n'a pas déterminé de changement appréciable dans l'état thermique différentiel des deux côtés de la tête ; ce qui s'explique à la rigueur si Ton veut bien se rappeler que les phénomènes présentés à ce moment par ce malade, étaient surtout des phénomènes bulbaires, et que la poussée congestive a plutôt dû concentrer son action sur le mésocéphale que sur le cerveau lui-même.

11° Le ramollissement, qu'il soitla conséquence d'une trhombose ou d'une embolie, s'accompagne, à son début, d'une poussée congestive vers l'encéphale, dont l'action se fait particulièrement sentir du côté lésé, le caillot obturateur jouant pour ainsi dire le rôle d\ine épine attirant le mouvement fuxionnaire.

12" Ce mouvement fluxionnaire, à action plus marquée du côté lésé, entraîne une augmentation de la température de ce même côté. ^ ^ ,

13° Cette différence de température en faveur du côté lèse résulterait, ou bien de l'augmentation de la chaleur du cer-

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veau, dont l'influence se traduirait par une élévation proportionnelle au niveau des téguments du crâne, ce qui est très contestable, ou bien de la participation de ces téguments au mouvement fluxionnaire, soit directement, la fluxion portant sur les branches de la carotide externe de même que sur celle de l'interne ; soit indirectement, par voie réflexe ou sympathique.

14° En tout cas, cette diff'érence persiste pendant un temps plus ou moins long. Elle peut même se prolonger pendant une période assez considérable. Peut-être se produit-il dans ce dernier casune méningo-encéphalite dont l'action se fait sentir d'une façon réflexe sur les téguments correspondants par une élévation thermique ; absolument comme dans la pneumonie le bras correspondant au poumon enflammé peut être trouvé plus chaud que l'autre.

Comme résumé de toutes ces propositions, on peut dire que dans le ramollissement cérébral, il existe, d'une manière générale, une certaine tendance à la diminution de la température dite cérébrale au niveau du point ramolli. Cependant cet effet, ordinairement peu accentué, no paraît pas constant. Au contraire, au début du ramollissement et pendant une période plus ou moins prolongée, il existerait une tendance à l'élévation du côté lésé, cette dernière étant du reste peu marquée. A certains moments même et à une époque éloignée du début, on peut observer une différence en faveur du côté lésé.

Ces conclusions, ajoute Biaise, sont, comme on le voit, loin d'être en harmonie parfaite avec celles de Broca et de Maragliano. Les deux dernières n'avaient pas été signalées jusqu'ici. Nous ne les donnons d'ailleurs que sous toutes réserves, des conclusions catégoriques sur la matière devant, à nos yeux, se baser sur une somme de résultats beaucoup plus grande que celle qu'il nous a été donné de recueillir.

Biaise insiste, avec juste raison, sur la nécessité de poursuivre, pendant plusieurs jours consécutifs et à des intervalles peu éloignés, l'investigation thermométrique, si l'on veut se rendre un compte exact des variations thermiques des difl'érentes régions de la tête chez un homme atteint de ramollissement.

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II [. — Tumeurs cérébrales. — Sclérose cérébrale.

Dans les tumeurs cérébrales, la thermométrie locale a donné quelques résultats :

Gray ' rapporte l'observation d'une femme de 34 ans qui présentait de la stase papillaire des douleurs aux tempes, au front, des nausées, du ptosis et du strabisme.

Les températures cérébrales étaient :

Droite Gauche Différenco

Région frontale 36°85 35°97 O-SS

— pariétale ST^ôS 35° 2o63

— occipitale 38°5 35«97 2°08

En présence de ces chiffres, Gray affirma l'existence d'une

tumeur s'étendant du pied de la scissure sylvienne droite jusqu'à la partie postérieure du cerveau. L'autopsie fit découvrir la présence d'un gliome occupant le lobe occipital

Mills 2 a communiqué à la Société pathologique de Philadelphie une très intéressante observation sur le même sujet. Il s'agissait d'un malade atteint de céphalalgie intense, de vomissements, d'affaiblissement intellectuel, d'hallucinations, d'une parésie légère du membre supérieur gauche, affaiblissement du membre inférieur du même côté, renversement de la tête en arrière, nystagmus, etc.

La mensuration thermométrique, pendant les sept jours qui ont précédé la mort, a donné, en moyenne :

A droite Au milieu A gaucho

Température frontale 35° 35°83 34°83

— pariétale 34°83 34''66

— occipitale 35°27

La température élevée dans la région occipitale moyenne tient, d'après Mills, au décubitus dorsal qui avait amené une stase considérable.

La température plus élevée de la région frontale comparée aux régions voisines, l'élévation plus notable à droite indiquaient, d'après l'auteur, la présence d'une tumeur de la région frontale droite.

1. Gbay. Cérébral Thermometry. New-York mcd. Journal. Août 1878, et Chicago Journal of mental andncrv. diseuses. Janvier 1879.

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