CHAPITRE XIX
FIBVRE INTERMITTENTE. — FIEVRES DITES ALGIDES.
Tous les auteurs qui se sont occupés de la fièvre interraittente palustre, des accès fébriles de la phthisie, de l'infection purulente, etc., ont signalé le refroidissement périphérique au moment de la période de frisson. Ce n'est que dans ces dernières années que, grâce au thermomètre, on a pu indiquer la mesure exacte du refroidissement, Vaugmentaiion de la chaleur intérieure (aisselle, rectum) alors qu'à la périphérie on note un refroidissement et que le malade accuse une sensation de froid.
De Haen ^ signale le fait en ces termes : « Tempore frigoris homini intolerabilis cumpalus contractione minore thermometrura signât octo gradus ultra calorem naturalem. » t. II,
Cet auteur revient même à plusieurs reprises sur la distinction qu'il faut faire entre la sensation subjective de la chaleur et l'élévation objective de la chaleur hygide. Sénac disait aussi avoir vu que pendant le frisson la température du corps s'élevait.
■ M. Gavarret 2 s'est livré sur ce sujet à des observations nombreuses. Dans six cas, il a toujours noté l'élévation de température pendant le frisson.
Voici le résumé de ses observations :
1" Malade. Quelques heures avant l'accès 36o
Le même jour pendant le stade de frisson. 40°
t. Il, ?788 ^"^^î'"'""'^" ««^ûrc corporis humani. Ratio medendi, ioÙ^i't'll^^^^^^ ^« fi^'^re intennittente.
2" Malade, 1<"' accès : au jour de l'apyrexie 35»
Pendant le stade de chaleur . . 39"
2'' accès : pendant le stade de chaleur. . . 37°
3° accès : ne compren. que le stade de sueur. 37"
3° Malade. Fièvre tierce, jour d'apyrexie 36°
jour d'accès, frisson .... 38"
chaleur .... 39»
4« Malade. État normal 36°
Stade de chaleur 42°
5° Malade. Fièvre tierce, état normal • • 36°5
loi- accès : stade de frisson 40
2° accès : stade de frisson 40°
stade de chaleur 41
3° accès : stade de frisson 40°
stade de chaleur 41°
6e Malade. Stade de sueur 39° •
M. Gavarret conclut ainsi :
« De ces six observations, il résulte évidemment que dans les fièvres intermittentes de nos pays, la sensation quelquefois très intense de froid, accusée par les malades pendant le premier stade de Taccès, n'est autre chose qu'une aberration de la sensibilité générale. »
Dans ces observations, M. Gavarret prenait la température dans la cavité axillaire, négligeant ainsi les renseignements qu'aurait pu fournir la comparaison des résultats obtenus par rexploration thermométrique de la peau, de la bouche, du
Lorain ' dans de nombreuses observations a noté la température de la peau, de l'aisselle, du rectum, et voici ses conclusions '
S'il est vrai que dans les fièvres intermittentes paludéennes au moment de la période initiale ou de froid, m^si que l'ont remarqué De Haen et Gavarret, la température monte dans 1 ais • selle et dans le rectum, il faut ajouter, que pendant ce temps la température de la peau de la main baisse. (Lorain, p. 48.)
Lorsque les sueurs surviennent, la température prise dans le rectum se maintient élevée, elle baisse à la périphérie
ULo^m.delatempéraUireducon^slnnnain.?ai-\sA81lAAhp^
(peau, bouche). Bientôt la température centrale et périphérique redeviennent normales, l'accès est terminé.
Dans un cas de fièvre intermittente, la comparaison de la température cutanée et de la température axiliaire, nous a donné les résultats consignés dans la courbe suivante. Courbe n" 26.
Fièvre intermiitente .
lO'l/
ta
IS
yo
Msrche de la température kdHaire comparée è la température cutanée. La tempérâiure a éM^prise deSminutes enSminutesJa
ligne( I représente la temp" axiliaire, la ligne (....j représente
la température cutanée '
Dans certains cas, dans la période entre les accès, on peut observer des températures sous normales. (Lorain).
Lorain dans une observation constate qu'entre les accès, dans le jour intermédiaire, les températures et le pouls tombent au dessous de Tétat normal, pouls à 48, température rec-
taie, 360,6. «C'est là un fait important, dit cet auteur, et qu'il faut rapprocher de l'abaissement qui suit immédiatement la défervescence dans les maladies aiguës fébriles. Il a pu arriver que cet abaissement fut imputé à l'action de la quinine dans les fièvres traitées par ce médicament. Or, ici, il n'y a pas eu de traitement, et l'abaissement est bien le résultat spontané d'une sorte de réaction spontanée qui n'a pas été signalée jusqu'ici dans les traités classiques. »
Wunderlich. S MichaeP, ont publié des observations dans lesquelles après l'accès fébrile simple de la fièvre tierce ou de la fièvre quarte, le thermomètre descend très bas souvent au dessous de la normale, à 35°, 8 ou 35°,6.
Dans les accès de fièvre de la phthisie, de l'état puerpéral, de la lithiase biliaire, de l'endocardite ulcéreuse, de la septicémie, de l'infection purulente on note au moment du frisson les mêmes particularités thermométriques que nous venons de signaler pour la fièvre intermittente d'origine paludéenne.
Jochmann ^ Traube \ Thierfelder ^ et Bserensprung «, ont confirmé le fait pour les phthisiques, pour les affections dans lesquelles on observe la fièvre hectique.
Frerichs^, au moment d'un frisson symptomatique de lithiase biliaire a noté une température de 40°. (Magnin »).
Notre courbe N° 27 est un exemple rare d'abaissement de température à la période de frisson dans un cas de pyémie à la suite d'une blessure légère.
L'abaissement de température observé dans ce cas rendait le diagnostic difficile, cependant en l'absence de périodicité et de l'apyrexie on devait rejeter l'idée de Texistence d'une fièvre intermittente palustre.
1 . Wunderlich. Handbuch der Pathologie und Thérapie. Stuttgard,
^^2^"mich1el. Archiv fur physiologische Heilhunde. B. XV. 39, 18S6.
3! Jochmann. Beohachtungen ùber die Korpersioarme in chromschen Rcberhaf ten Krankeiten. BerWn, m3.
' 4. Traube. Deustche Klinik, 1851, 46 et 18d2.
S. Thiebfelder. Archvo fur physiologische Heilhunde, t. \iv, p. i/J,
Q HŒUWsmvm. Mûller s Archiv. 1831. p. 173. . 1 Freuicus. Traité pratique des maladies de foie,Mtv^n<iîiise,i8^^^^^ 8 Magnmn. Litidase biliaire. - Be la fièvre symptomatique des lésions du foie. Thèse de médecine de Pans. 1869.