‹ Traité de toxicologieChapitre 114 sur 126 · CROTALm^ 2. VlPERm^K · texte numérisé non relu

CROTALm^ 2. VlPERm^K

Genres : CrotaluSj Lâche- Genres : Cérastes, Vipera,

sis , Trigonocephaliis , Bo- PeliaSy Clotho, EchiSy Daboia. thropSy Trim^suruSy Tropidolœmus et autres.

Le nombre des « serpents venimeux suspects » (Opistoglyphes) va en diminuant petit à petit. C'est ainsi que l'on vient de découvrir, par exemple, chez le Cœlopeltis insignittcs (Wagl.) ou Couleuvre de Montpellier, une petite glande. Les dents à venin, recourbées, se terminant en pointe, longues depuis quelques millimètres jusqu'à un à trois et quatre cm. (1), sont, ou seulement

(4) Pour les mensurations des dents, ainsi que pour tout ce qui concerne le venia des serpents, consulter : M. Brenning, Die Vergiftungen durch Schtangen, Stuttgart, i895 (travail de mon laboratoire) ; — Bull, de l* Académie de médec. Séance du 44 mai 4895.

munies d'un sillon à la face convexe, ou traversées par un canal destiné à porter le venin au dehors. Ordinairement, il y en a une de chaque côté du maxillaire supérieur. En cas d'usure ou de perte, elles peuvent être remplacées par deux dents de réserve (ou davantage) qui se trouvent en arrière des dents à venin. Les dents à venin sont, à l'état de repos, logées, avec la pointe dirigée en arrière, dans un repli gingival, en forme de gaine. Quand l'animal s'apprête à mordre, les dents se redressent, grâce à un appareil musculaire ou articulaire approprié, en même temps que se relève le maxillaire supérieur, ce qui rend possible l'écoulement de la sécrétion de la glande à venin dans l'orifice radiculaire de la dent. Les glandes à venin acineuses sont situées de chaque côté, entre le maxillaire supérieur et l'os carré, audessous et en arrière de l'œil. Chez quelques serpents, elles s'étendent sur le dos très en arrière, et elles sont logées dans la cavité abdominale chez le Callophis intestinalis (Gth.) et le C. bivirgatus (Doliophis bivirgatus) (Bore).

La contraction des muscles temporaux, ou des muscles abdominaux (chez Callophis)^ chasse le venin au dehors en comprin^ant les glandes à venin qui, chez quelques espèces [Trigonocephalus)y atteignent presque le volume de la parotide chez l'homme. Depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, on a, tour à tour, prétendu et nié que certains serpents lancent du venin à distance pour aveugler leur proie. Tout porte à croire qu'il en est ainsi. En Sénégambie, par exemple, c'est un serpent noir qui peut atteindre une longueur de deux mètres. Les affections des yeux consécutives à une projection de venin par un Serpent cracheur se bornent, en général, à une kérato-conjonctivite. Dans certains cas plus graves, les symptômes inflammatoires peuvent être très violents et se manifester par : .douleurs oculaires, chémosis conjonctival, gonflement des paupières et ulcérations de la cornée laissant parfois à leur suite une cécité presque complète. Les dents à venin ne sont pas érectiles chez quelques serpents, par exemple Naja tripudians (Merr.) et Bungarus fasciatns (Cantor). Un gros Viperaammo^ dijtes (DiJM, et Bibr.) fournit, à chaque morsure, 0gr.06 de venin ; le Vipera Berus (Daud.), Ogr.022 ; et un crotale, Ogr.5. Chez

un Coèra, Calmette a trouvé lgr.136 de venin dans les glandes. Suivant le nombre des dents enfoncées, on observe, à l'endroit de la morsure, deux ou trois points ressemblant à des piqûres d'aiguille ou bien des lignes fines sans hémorrhagie appréciable. A part le venin du serpent à lunettes, les muqueuses intactes ne semblent pas absorber le venin, quoique l'on ait déjà prétendu à la possibilité de son absorption par l'estomac vide. L'élimination se faisant en partie par l'estomac (l),les animaux ayant mangé les matières vomies par l'homme en meurent.

Le nombre et la mortalité des empoisonnés par des serpents sont insignifiants en Europe, comparativement avec les pays tropicaux. Sur huit personnes mordues par la vipère commune [Vipera berus)y il y eut un décès (2) ; et sur trois cent seize individus mordus par des vipères diverses (genres : Vipère, Céraste, Pélias), quarante-quatre, c'est-à-dire 14 p. 100. La mortalité s'élève, en moyenne, à 8 p. 100 (3). Voici, en comparaison, le nombre de décès dans les Indes britanniques: 11416 en 1869; 22134 en 1886; 22480 en 1888; 21412 en 1889; 19025 en 1892 et 21213 en 1893. Sur soixante-trois morsures par des serpents ayant eu lieu en Suisse, 88 p. 100 furent faites par le Vipera aspis (Merr.) et 12 p. 100 par la vipère commune (4).

La couleur du venin des serpents varie du jaune-paille au vert. Le venin est la plupart du temps visqueux, acide, rarement alcalin. Desséché, il peut conserver sa virulence pendant vingtdeux ans et ne la perd qu'en partie, ou même pas du tout {Serpent à lunettes)^ en solutions aqueuses, même si elles subissent la putréfaction.

Tous les venins des serpents n'agissent que grâce à des albuminoïdes toxiques (globuline, syntonine, séroalbumine, protalbumose, hétéroalbumose, etc.) qui sont identiques aux substances dénommées : crotaline^ vipérine^ échidnine, toxopeptonCy échidnotoxine^ èchidnase^ etc. (5). Le chauffage du venin diminue consi-

(1) Avt,Mûnch. med. Wochenichr.,iddi, no4i.

(2) Prager Vierteijahrsschr,, 1856, IV, p. 45.

(3) Viaud-Grand-Marais, Gaz. des hôp,, 4868, nos 62, 65 et 1869, no 48.

(4) Kaufmann, Correspondenzbl. /*. Schweiz, Aerzte, 1892^ n® 22 et suiv.

(5] VVeyr-Mitcukll and Reicuert, Researches upon the venomofp0is,serp€ntif,\VsishiDg''

dérablement sa virulence ou l'abolit complètement. Le venin du cobra ne devient inefficace qu'après avoir été soumis pendant deux heures à 107**; d'aprèsdes données plus récentes, il suffirait de le chauffer pendant vingt minutes à 98° (1); le venin de la vipère commune perd sa virulence s'il est chauffé à 95-97°. Les venins du cobra ou de la vipère chauflFés à 90° ne produisent plus, à ce qu'il paraît, d'inflammation locale : le chauffage détruit peut-être la partie constituante phlogogène (2). La résistance des divers venins des serpents à la chaleur varie, en général, d'un cas à l'autre. Il en est de même quant à leur résistance aux réactifs chimiques; par exemple, une solution de lessive potassique à 10 p. 100 rend non virulent le venin du cobra mais n'altère pas la virulence du venin du serpent à sonnettes.

Le sang des individus morts par morsure des serpents ne serait pas toxique pour l'homme et quelques animaux (chiens et lapins (3).

11 n'existe pas chez rhomme d'immunité naturelle contre le venin des serpents, mais on peut l'acquérir par l'inoculation (4). La morsure n'est pas toujours suivie d'effets toxiques. Ainsi le Vipera Redii ne serait pas venimeux en avril, et sa virulence irait en augmentant pendant les mois suivants (5). Les morsures souvent répétées finissent par épuiser la virulence.

Les serpents ne jouissent pas d'immunité complète contre leur propre venin, puisque les serpents à sonnettes sont atteints d'une faiblesse musculaire frappante quand ils se mordent euxmêmes,et que ce même phénomène survient chez le jBo/Aro;?^ /anceolatus {WAGL.){Trigonocéphale) après l'injection du venin sécrété par lui-même (6; et, ainsi que je l'ai observé, chez le Vipera

tOD, 1886; — KANTHAK,/oMr/i. ofPhysioL, 1892, p. 272; —Martin, lôirf., 1893, p. 380 ; — Kaufmann, Du venin de la vipère^ Paris, 1889.

(1) Calmette, Ann, de l'Institut Pasteur, 1892, p. 160, 1894, p. 275; — Galmktte, Le venin des serpents y Paris, 1896, p. 27.

(2) Phisaux et Berîrand, C, R. de VAc. d. 5., t. CXVni, 1894, p. 288.

(3) Albertoni, Lo Speriment., août 1879; — Buffalini, Riv, d. chim, med. e. farm,, V. I, fasc. Xn.

(4) Brenning, Le; — Galmette, /. c, p. 59. (5i Albertoni, /. c. ; — Buffauni, L c,

(6) Tric^iro, Arch, de méd, nav,, l. LXI, 1894, p. 357.

BeyniSy mordu par lui-même ou mordu à plusieurs reprises par des individus de son espèce (1). Les serpents venimeux de diverses espèces peuvent s'empoisonner mutuellement et mortellement. Les Couleuvres à collier {Tropidonotzcs natrix) et autres jouiraient d'immunité contre le venin de la vipère (2) parce qu'elles sécrètent elles-même du venin de leurs glandes logées dans le maxillaire supérieur (3) et qu'elles possèdent du sang venimeux. Le sang acquiert cette propriété, non grâce à une « sécrétion interne », mais par l'absorption du venin qui se fait quand le serpent avale sa proie (4). Les sangsues, les limaçons, les clemmydes (7\>r/we^ rf'^aw) seraient doués d'immunité contre le venin des serpents (5), et les animaux à sang froid y seraient moins sensibles que les animaux à sang chaud. Quant au hérisson, il résulte de mes recherches qu'il ne jouit pas d'immunité contre le venin des serpents (6). La sensibilité des animaux à ce virus n'est pas en rapport avec leur poids. La quantité de venin nécessaire pour tuer 500 gr. de lapin est presque double de ce qu'il en faut pour tuer 500 gr. de cobaye.

Le venin de Vipera Redit tue une grenouille à la dose de Omilligr.o à 1 milligr. et un homme à la dose de Ogr.iS. La plus petite dose mortelle du venin de Naja tripudians {Serpent à lunettes) est par kilo d'animal : pour les cobayes 0 milligr. 18 ; pour les lapins, 0 milligr. 245; pour les rats blancs, 0 milligr. 25; pour les chats, 5 milligrammes. Les oiseaux sont tués par 1 milligramme. Le venin du Crotalus horridics (Serpent à sonnettes) tue les lapins à la dose de 4 milligrammes. La mort survient à coup sûr si le poison pénètre dans une veine. Les symptômes peuvent apparaître immédiatement après la morsure ou dans l'espace de trois à quatre heures. Suivant les conditions, la mort a lieu après un heure ou après plusieurs jours. Un homme dans l'estomac duquel, à ce qu'il prétendait.

(i) L. Lewin, cité par Brennino, /. c,

(2) PuiSAux çl Bertrand, Arch, d. Phy»ioLy 1894. iV^I, p. 423.

(3) Blanchard, C. H. d. la Soc, de BioL, 1894, p 35.

(4) L. Lewin, Deutsche Med -Zeit,, 1895, p. 1045 ; el Brenning. /. c.

(5) FoNTANA, Abh. ûb, d. Viperngift, Berlin, 1787, p. 20.

(6) L. Lewin, Deutsche medic. Wochenschr., 1898, n© 40.

s'était introduite pendant le sommeil une vipère commune, n'a pas eu à en souffrir; le reptile fut expulsé mort, grâce ^ un purgatif. La gravité delà morsure dépend des conditions suivantes : volume de la glande à venin, longueur des dents, lieu de morsure et état du serpent, le plus dangereux étant celui qui n'a pas mordu pendant un temps prolongé. 11 y a d'autres circonstances qui rendent la morsure plus dangereuse, par exemple : toutes les causes déterminant un afflux sanguin à la périphérie et, notamment, l'élévation de la température.

Les muscles striés et les nerfs deviennent inexcitables sous l'influence du venin des vipères qui paralyse aussi l'épithélium cilié et les mouvements amiboïdes des leucocytes. Les morsures du Serpent à sonnettes ou du Serpent à lunettes provoquent chez les animaux à sang chaud : respiration plus ample, paralysies, convulsions, abaissement de la pression sanguine, troubles cardiaques, vomissements et diarrhée. Les hémorrhagies ne sont pas attribuables à des altérations du sang, mais à des processus de ramollissement des parois vasculaires, ce qui permet à un grand nombre de globules sanguins rouges d'émigrer hors des vaisseaux par diapédèse. Quant aux thromboses pulmonaires intra-vitales, je les considère comme non démontrées d'une manière suffisante. La mort est causée par l'arrêt de la respiration^ Elle a lieu plus rapidement à la suite de la morsure du Naja tripudians qu'après morsure par le Crotale (1). Le sang des animaux mordus par le Bothrops lanceolatuSy devenu d'une coloration noirâtre et de réaction presque neutre, contiendrait de la méthémoglobine déjà du vivant des animaux.

Les symptômes d*intoxicatton chez Thomme se manifestent par des phénomènes locaux et ceux consécutifs à l'absorption du venin qui peuvent survenir soit isolément, soit diversement combinés. Les altérations locales au lieu de morsure qui, d'après moi, font défaut quelquefois si le venin n'a pas pénètre dans le derme^ consistent en : douleurs irradiées le lieu de. morsure restant anesthésié, gonflement s'étendant au loin, lymphangite, lymphadénite, coloration de la peau en bleu-rougeâtre, inflammation

(1) VoLLMKR, Arch, f. exp. Palh, u. Pharm, Bd XXXI, H. 1.

des parties molles se propageant vers le centre, ou phlegmons suppures avec orifices et trajets fistuleux, phlyctènes comme à la suite de brûlure, gangrène. Si l'œil est atteint par le venin, il éclate une ophthalmie violente.

Les effets consécutifs à rabsorption du venin apparaissent ordinairement après quelques minutes, rarement sous forme de lipothymie immédiatement après la morsure (1). Ils débutent dans la majorité des cas par : anxiété, agitation, angoisse précordiale et céphalée. Surviennent ensuite : refroidissement de la peau couverte de sueurs, rarement peau chaude et sèche, frissonnements, ralentissement et affaiblissement de l'énergie cardiaque, soif, vomissements, dysphagie, spasme du pharynx, météorisme abdominal, diarrhée, ictère, ténesme, strangurie, la plupart du temps oligurie, parfois aussi albuminurie et glycosurie, céphalée, engourdissement, vertiges, amblyopie ou même cécité persistante, mydriase, ptosis (après morsure par le Naja tripudians)y paralysie de l'accommodation, douleurs au sinus frontal et aux yeux, avortement, traits tirés, lipothymies avec pouls petit, ondoyant, abaissement de la température et dyspnée, de sorte que le malade ne peut respirer que dans la position assise, aphasie, sanglotement et spasme des muscles de la face servant pour l'expression des sentiments. Le malade est, en même temps, atteint d'hyperesthésie généralisée à tout le corps ou d'anesthésie totale. Se rencontrent rarement et aggravent le pronostic : hémorrhagies venant de la bouche, du nez, des oreilles, des yeux, des reins, soit de la vessie, de l'intestin, ainsi que pétéchies cutanées. Le coma avec délire et convulsions survient dans les cas graves. Les spasmes longtemps continués peuvent se transformer en paralysies (langue, larynx, sphincters, etc.). La mort par asphyxie survient au milieu de convulsions, le malade ayant souvent la conscience intacte.

On a observé comme eff'ets consécutifs : ictère pouvant persister pendant des mois, raideur articulaire, paralysie des extrémités ou des sphincters, faiblesse, œdème, hémorrhagies, de même que angoisse, névralgies, céphalée et flexions spasmo-

(1) RoMiTi, Arch. it, de BioL, 1884, t. V, p. 37.

diques survenant périodiquement, réouverture de la plaie et suppurations prolongées même après beaucoup d'années.

Les lésions trouvées à Tautopsie ne sont point caractéristiques. Le tissu cellulaire autour du lieu de morsure, ainsi que les muscles sous-jacents peuvent, chez rbomme, être infiltrés de sérosité sang'uinolente (1) ou transformés en une masse muqueuse fétide, le pouvoir coagulant du sang peut être diminué, et il peut y avoir des altérations morphologiques des globules sanguins rouges. Des hémorrhagies, ponctiformes ou plus étendues, se rencontrent souvent dans les poumons, la muqueuse intestinale, la face inférieure du foie sous la capsule de Glisson, ainsi qu'au péritoine et dans les reins. On a trouvé aussi une néphrite interstitielle.

Traitement (2). — On peut obvier à l'absorption du venin en faisant rapidement la ligature de la partie mordue au-dessus du lieu de morsure ou en appliquant des ventouses, moins efficacement en suçant la plaie. Le lien enserrant la partie du corps lésée, ne sera jamais enlevé brusquement : on s'expose autrement à voir éclater à coup sûr un empoisonnement aigu. En le relâchant de temps en temps, on permet au virus d'envahir l'organisme en si petite quantité à la fois que celui-ci peut facilement en venir à bout. Si l'on pratique la scarification de la plaie, ou si l'on extirpe le lieu de morsure, la plaie sera lavée à l'eau ou à l'alcool (on fera attention de poser préalablement un lien). Sont considérés comme moyens de détruire le venin : injection de permanganate de potasse (2 à 5 p. 100) dans la plaie ou dans la veine (3), ou injection d'hypochlorite (solution filtrée de chlorure de chaux à 2 p. 100) autour de la plaie (4), ou d'une solution d'acide chromique à 1 p. 100, ou d'iodure de potassium, de lessive sodique, d'une solution de chlorure d'or à 1 p. 100, de sublimé, de salicylate de soude et beaucoup d'autres substances.

(1) ROMITI, /. c.

(2) Brenning^ /. c, donne Texposé le plus complet du traitement que noua ayons jusqu'ici.

(3) Lacerda, Gae. des hdp., 1881, p. 112.

(4) Aron, Zeitschr, f, klin. Med., Bd VI, H. 4; — Calmette, C. R, de la Soc. de Bioi., t. VI, 1894, p. 120.

Tous ces remèdes agiraient favorablement, mais l'on suppose qu'ils viennent en contact avec le venin, ce à quoi il n'est pas toujours possible d'arriver. Aussi le succès est-il très problématique.

Peuvent être utiles administrés à Vintérieur : alcool donné jusqu'à ivresse produite, solution (V ammoniaque caustique en injection sous-cutanée ou par la bouche {CrofVs drops), solution de succinate d'ammoniaque {eau de Luce), carbonate d'ammoniaque, infusions chaudes pour provoquer les sueurs, antidote de Bibron (iodure de potassium Ogr.24, sublimé 0gr.l2, brome 20 gr., à prendre toutes les heures X gouttes dans une cuillerée à soupe de cognac ou devin), eau chlorée, injections de bicarbonate de soude, mais avant tout azotate de strychnine (Ogr.Ol). Quant à l'atropine, à la caféine ou à la cocaïne, il ne faut pas s'y fier beaucoup. Mais en revanche les mouvements forcés ont rendu souvent de bons services. Les plantes réputées pour être des antidotes sont très nombreuses et peu étudiées jusqu'à présent. Quelques-unes d'entre elles, par exemple le Mikania Guaco et \e Dorstenia brasiliensis ']omni, peut-être avec raison, un grand rôle dans leurs pays d'origine. Le cas échéant, il sera nécessaire d'avoir recours aux excitants, tels que : éther, musc et autres.

On sait en outre depuis longtemps que, dans diverses régions de la terre, les dompteurs de serpents aussi bien que d'autres personnes exposées à la morsure des serpents, avaient pratiqué avec succès des inoculations prophylactiques et curatives avec le venin. Les recherches récentes ont élucidé les conditions rendant ces succès possibles. En injectant aux animaux, sous la peau ou dans la cavité péritonéale, des venins atténués par des substances chimiques ajoutées (chlorure de chaux) ou par le chauffage, on du sérum sanguin d'animaux immunisés, ou du sérum sanguin de serpents venimeux {Naja haje) et en élevant graduellement la dose, les animaux finissent par supporter des doses mortelles dans d'autres conditions et deviennent réfractaires au venin (i). Quant à moi, je ne reconnais pas de valeur démonstrative aux

(1) Kaufmann, C. R. de la Soc. de BioL, VI, 1894, p. 113; — CAuiETrE,i6»rf., 1894, p. 11^,204; — PuiSALix et BERtRAWD, ibid,y 1894, p. 111, 124; — Calmette, Le venin des serpents, Paris, 1896, p. 59 et suivantes; — Fraser, Brit. med, Journ,, 1895, 15 juin.

succès obtenus jusqu'ici. En ce qui regarde les serpents d'Australie, l'expérience a prouvé Tinefficacité du sérum deCALMETTE qui, d'après son auteur, devait se montrer efficace contre toutes les sortes de venin de serpent. Si, dans un cas, après cautérisation, avec l'acide nitrique fumant, de la région mordue préalablement incisée par de multiples mouchetures, l'injection ultérieure du sérum a produit une amélioration remarquable, il est certainement exagéré et même scientifiquement inexact d'attribuer à cette injection de sérum une guérison que le traitement primitif suffit seul à expliquer. On est allé même jusqu'à affirmer que le sérum sanguin des lapins irtimunisés contre VAbrine^ peut conférer l'immunité (1). Je crois inexactes la prémisse ainsi que les conclusions qui en sont tirées (2). On avait beaucoup vanté contre la morsure de serpent l'administration, à l'intérieur, du venin des serpents.

[La toxicité du venin de la vipère d'Europe est parfois fort redoutable. On cite des cas dans lesquels la mort est survenue : après trente-sept heures chez une femme mordue à la cuisse, après huit heures chez un homme mordu au visag-e. La variation dans l'activité toxique du venin est sous la dépendance d'un ^rand nombre de causes, parmi lesquelles les plus importantes sont : la taille de Tanimal, son état d'excitation (on pourrait dire de colère) au moment de la morsure, la quantité de venin épanché dans la plaie (et par conséquent le nombre des morsures), Thabitat plus ou moins méridional de la vipère, la saison ainsi que la température au moment de la morsure; Tâge de l'individu mordu, son degré de résistance en relation étroite avec son état de santé plus ou moins parfait, sa susceptibilité nerveuse, l'état de plénitude ou de vacuité des voies dig'estives au moment de la morsure, la nature de la partie lésée et sa structure plus ou moins riche en vaisseaux sang-uins ou lymphatiques ainsi qu'en filets nerveux

Les deux g'iandes à venin de la vipère commune contiennent environ 10 centigrammes de venin, tandis que la vipère aspic, plus redoutable, en fournil environ 15 centigrammes. D'après Rolunger, la mort arrive à peu près une fois sur dix à la suite des morsures de la vipère commune; et elle est plu? fréquente à la suite des morsures de Vipera aspis. L'espèce d'Europe la plus redoutable est la vipère rouge, nommée ^sping par les Suédois, Vipera chersœa [Coluher chersœa (Linn.)^, qui se rencontre surtout en Suède, en Pologne, en Danemark, dans la Poméranie, etc. Alex. Brongniart l'aurait

(1) Roux, An. de Vlmtitut Pasteur, 1894, p. 722.

(2) L. Lewin, Deutsche med. Wochenschr., 1895, n^ 47.

Toxicologie. 63

rencontrée dans les Pyrénées. En Suède, sa morsure est souvent mortelle, et ses effets délétères se manifestent avec plus de rapidité et d*intensité qae ceux provoqués par les autres espèces de vipères. La partie mordue devient le aiège d'une enflure plus considérable, la plaie prend une coloration d'an roug*e plus vif et son pourtour se recouvre rapidement de taches et de phljctènes ; un sentiment d'ang^oisse intense saisit subitement le blessé, dont la lang'ue enfle et se durcit, en même temps que surviennent des vomissements de matières verdâtres, le corps tout entier devient douloureux et une sensation de froid g'iacial signale l'issue mortelle. Ces phénomènes dénotent une action hémoljtique intense.

Les symptômes qui succèdent aux morsures des espèces les plus répandues sont les suivants. Une douleur aigufi se fait d'abord ressentir dans la région mordue qui se gonfle, devient luisante, d'abord rouge et chaude, puis violette et livide, froide et insensible. La douleur, ainsi que les phénomènes inflammatoires, suivent le trajet des gros troncs nerveux et des vaisseaux lymphatiques; ces manifestations acquièrent de plus en plus d'intensité, des élancements térébrants se font sentir au loin, une sorte de feu semble glisser dans les espaces intermusculaires. Au bout de quelques minutes, les yeux déjà rouges et ardents sont le siège d'une hypersécrétion abondante; bientôt se manifestent des lipothymies, des nausées, de la gastralgie, de la dyspnée, de la cardialgie, des vomissements bilieux, de la tympanite, des tranchées aîgués, une vive douleur lombaire, un relâchement des sphincters de l'anus et de la vessie, avec paralysie consécutive. Le sujet est alors couvert d'une sueur froide et visqueuse, le pouls est petit, .serré, inégal, intermittent, la peau prend une coloration rappelant celle du citron ou de la cire vierge, tandis qu'un sang noir, liquide et sanieux, découle de la plaie en apparence gangrenée. Cet écoulement fait place à une sérosité jaunâtre et fluide ; la région de la morsure, œdématiée, se recouvre de phl^xtènes aboutissant le plus souvent à du sphacèle. Une violente céphalalgie accompagnée de vertiges, un état d'adynamie profonde au milieu duquel le sujet est en proie à des teireurs involontaires et dont il ne peut se défendre, une soif dévorante, des épistaxis et des hémorrhagies passives des muqueuses (notamment des gencives et du rectum), une fétidité insupportable de l'haleine, des hoquets spasmodiques, un état d'angoisse inexprimable sont les indices d'un dénouement mortel qui survient au milieu d'une prostration absolue.

Mis au contact d'une muqueuse absolument intacte, le venin n'est pas absorbé. Aussi peut-il être ingéré sans inconvénients.

L'ammoniaque, intùs et extra, parait exercer une action antidotique efficace.]

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