AZOTATE DE POTASSE
Il va sans dire que la viande salée insuffisamment dessalée peut donner naissance à un empoisonnement.
AZOTATE DE POTASSE. — Les causes d'empoisonnement par Vazolate de potasse (nitre prismatique, KAzO') ont été jusqu'à présent les suivantes : administration, dans un but thérapeutique, à doses par trop élevées, même en lavements, et parce qu'on l'a pris pour le sel de Sedlitz.
La dose toxique est de 5 gr.,la dose léthale de 8 gr. environ, mais dans la majorité des cas de 15 à 30 gr.; la mort survient dans l'espace de une à deux heures. Cependant la guérison fut encore obtenue après 30 à 60 gr. La mortalité s'élève à 56 p. 100 environ. Le sel s'élimine, entre autres, par l'urine, la sueur, le lait.
S3rmptôm6S. — Coliques et cardialgie térébrantes, nausées, vomissements (contenu stomacal et sang) (1), selles assez souvent dysentériformes (les masses fécales sont parfois teintées de sang même après une semaine), abdomen douloureux à la pression, méléorisme extrême apparaissant quelquefois peu de temps après l'ingestion du poison (les autres parties du corps peuvent aussi se tuméfier). Ont été notés en outre : pouls petit, ralenti et irrégulier, peau froide, syncope, respiration laborieuse, secousses dans les muscles des extrémités, délire ; la mort est causée par l'arrêt du cœur. Les symptômes graves peuvent persister encore durant dix à quatorze jours. L'avortement est assez rare si la grossesse ne date que de quelques mois, mais vers la fin de la gravidité l'avortement a lieu presque à coup sûr. La guérison demande quelquefois de un à trois mois.
Restent comme conséquences : états ressemblant à des paralysies, ainsi que des hémiplégies vraies installées à demeure, cécité, mutisme et surdité transitoires, ou seulement troubles digestifs et cardialgie. A l'autopsie, on trouve ordinairement les lésions de la gastro-entérite ; dans des cas isolés, le décollement localisé de la muqueuse stomacale, des hémorrhagies avec imbibi-
(1) HusBMANN, Joum, f, Pharmafcodyii., 48(iO, p. 178.
lion, tandis que les perforations siégeant à la grosse tùbérosité (1) ne semblent pas avoir pour cause radrainistration de ce sel.
Becherche. — A l'aide des réactions indiquées pour la rechercho de l'acide azotique (v. p. 181) on peut reconnaître directement l'azotate de potasse dans le filtrat obtenu de la bouillie alimentaire. On peut aussi extraire les masses alimentaires par l'eau, soumettre les extraits à l'ébuUition, filtrer, concentrer le filtrat et le soumettre à la distillation en présence de l'acide sulfurique ; c'est dans le distillât que sera recherché l'acide azotique.
Traitement. — Lavages de l'estomac, apomorphine en injection sous-cutanée, solutions d'albumine, mucilage d'avoine additionné d'une petite quantité d'opium, injections de morphine (pour calmer les douleurs), morceaux de glace, sinapismes à la région épigastrique, injections d'éther et de camphre ; mais il importe surtout d'activer la diurèse.
CARBONATE DE SOUDE. — Les ouvriers travaillant dans les marnufactures de soude présentent souvent des excoriations à la peau du cou, des pieds, etc. Un garçon de quatre ans ayant avalé par méprise assez de carbonate de soude en conservait un rétrécissement cicatriciel, juste au-dessus du cardia. Gastrostomie; dilatation successive du rétrécissement par sondes; guérison après un an et demi.
Bicarbonate de soude (NaHCO*). Chez des chiens qui, dans le cours de trois semaines, ont absorbé en tout 150gr.de bicarbonate de soude mélangé aux aliments, on a vu survenir : diarrhée, amaigrissement, tuméfaction des gencives qui saignent facilement, urine de réaction alcaline contenant de l'albumine, et enfin la mort par épuisement. Hypertrophie des follicules intestinaux par suite de l'hyperplasie de leurs éléments morphologiques, tuméfaction de la muqueuse; les reins sont augmentés de volume ; l'épithélium des canalicules urinifères est tuméfié jusqu'à oblitérer complètement leur lumière, les corpuscules de Malpighi de la rate sont hypertrophiés, le foie ne contient point
(1) SouviLLE, Journ. de méd., t. LXXIII, no i.
CARBONATR OR POTASSE 2Yil
(le sucre ou ne le eonlient qu'eu petite quautité (1). Chez les personnes qui ont l'habitude de prendre souvent du sel de Bidl^ richy la digestion est entravée, par suite de la neutralisation répétée du suc gastrique; d'où anorexie, amaigrissement et faiblesse générale. Le dégagement répété de l'acide carbonique dans l'estomac peut en amener la dilatation notable. Ce serait le cas pour les eaux minérales gazeuses (2). Un état pathologique spécial peut seul rendre tolérables de si grandes quantités que celles que l'on a vu prendre par une femme atteinte d'hyperchlorhydrie. Elle débuta par des doses de 12 à 15 gr. de bicarbonate de soude et n'en éprouvant pas le moindre soulagement elle parvint à en absorber chaque iour 60 à 70 gr. sans éprouver aucun trouble (3).
CARBONATE DE NOTASSE. — L'empoisonnement par la potasse iK*CO**) a ordinairement pour cause un accident malheureux. JVn ai trouvé douze cas dans la littérature, dont onze se sont terminés par la mort. Administré à la dose de 15 gr., le carbonate de potasse tue rarement dans l'espace de trois heures, (|uelquefols au bout de douze heures, mais le plus souvent seulement en deux à quatre mois par suite des lésions secondaires provoquées par lui. La potasse cautérise les tissus (nécrose par fonte) et l'intensité de son action dépend de la concentration et de la durée de son contact avec les tissus. Les solutions concentrées commencent par produire sur les muqueuses des opacités blanchâtres (les parties lésées présentent une consistance plus ferme que le reste de la muqueuse restée intacte) (4) et par transformer l'oxyhémoglobine en hématine alcaline. Plus tard les opacités disparaissent, la fonte du tissu se produit jusqu'à une profondeur variable, et les parties lésées prennent une coloration rouge-rubis. Outre son action locale, la potasse manifeste* aussi ses propriétés générales d'alcali.
S]rmptômes. — Douleurs cuisantes depuis la gorge jusqu'à l'es-
(1) LoMiKOwsKY, Berlin, klin. Wochenschr,, 6 ocl. 1873, p. 475.
(2) Durand-Fardel, Rev. hebd. de thév, g en, et therm., 1882, p. 193.
(3) FouRiER, Soc. de Médec. de Lyon, mai 1896.
(4) Lesser, Virchow's At-ch., Bd LXXXUI, p. 226.
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loinac, tuméfaction des lèvres, de la langue et* du pharynx, abdomen sensible à la pression, expulsion par vomissement de masses alcalines teintées de sang ou contenant des lambeaux de la muqueuse stomacale. La déglutition est gênée ou devenue impossible, la face est amaigrie, la peau recouverte de sueurs visqueuses; la respiration est devenue laborieuse, on entend des raies dans la trachée, le pouls est petit et fréquent, et la morf survient soit en collapsus, soit par asphyxie (des convulsions surviennent alors), soit, ce qui est le cas le plus fréquent^ après des mois à la suite des affections consécutives (rétrécissements, suppurations, perforations de l'œsophage, cachexie ou péritonite, etc.). La guérison est rare.
Autopsie. — Le poison était-il de concentration modérée, les parties superficielles de la muqueuse sont nécrosées, pâles, tandis que dans les tissus plus profondément situés on trouve une infiltration hémorrhagique, cellulaire ou séreuse. Les splutions concentrées donnent naissance à une nécrose se propageant dans la profondeur des tissus. La potasse est-elle venue en contact avecPépiglotte, la mort est causée alors par l'asphyxie (œdème de la glotte). Dans le cas où la mort ne survient qu'après des mois, on trouve l'œsophage épaissi, rétréci (surtout au point où il croise la bronche gauche), en mc^^me temps que des cicatrices et des ulcères dans l'estomac.
Recherche. — Les solutions de carbonate de potasse fournissent un précipité gélatineux avec l'acide hydrofluosilicique, et un précipité blanc avec le sulfate de magnésie. Les masses organiques seront soumises à la distillation jusqu'à ce qu'il n'en reste que le tiers de leur volume initial, le résidu évaporé jusqu'à siccité sera extrait par l'alcool et porté au rouge : le produit de la fusion peut être exposé à la flamme d'un bec de Bunsen (coloration violette) ou soumis à l'analyse spectroscopique pour déceler les raies du potassium.
Traitement. — Acide acétique, acide citrique, morceaux de glace, lait, boissons mucilagineuses, opium, solutions de cocaïne (5 centigrammes pour oOO gr. d'eau, à prendre par verre).