LKSSIVES DE SOUDE ET DE POTASSE
LESSIVE DE SOUDE — LESSIVE DE POTASSE. — Les lessives (lessives caustiques, lessives des savonniers), étant très accessibles à tout le inonde, peuvent «^tre insérées par iniprndenre, méprise (I) ou «lans une tentative de suicide. A Berlin ily eut, en trois ans, huit enipoisonneinents, par la lessive potassique, a Vienne en deux ans, dix-sept, et dans l'hospice des enfants malades à Mariahilf il y en eut quarante-six de 1857 à 1862. J'ai trouvé décrits dans la littérature quatre-vingt-neuf empoisonnements par les lessives, avec une mortalité de 60 p. 100 environ. Le temps écoulédepuis rinjçestion du poison jusqu'à la mort était de quinze heures au minimum, dans les autres cas il oscillait entre douze jours et trois à vingt-sept mois. La dose léthale est de 20 gr. environ pour la lessive potassiqtte.
L'action de la soude ou de la potasse caustique dépend de la concentration des solutions employées. Lorsqu'elle agit sur le sang, la lessive sodique donne naissance à un magma brun-chocolat, verdâtre en couche mince, qui, dilué dans l'eau, fournit un liquide fluorescent à reflet verdâtre s'il est examiné en couche mince, et à reflet rouge-grenat en couche épaisse. L'analyse spec- Iroscopique permet de reconnaître les bandes de l'hématine en solution alcaline (v. planche spectroscopique). La lessive en solution concentrée fait gonfler les tissus et les rend transparents. L'action de la lessive continuant, les tissus (le plus rapidement Tépithélium) se ramollissent (colliquation) ou finissent par se résoudre en masse filamenteuse jaune-brun, ou rouge-brun si le sang participe à ces processus. ,
Le savon vert, que Von prend dans le but de provoquer Vawrtementy agit grâce à sa teneur en carbonate de potasse et en lessive libre. L'injection intravasculaire de savons solides (oléate de soude ou mélanges d'oléate et de palmitate de soude) affaiblit Ténergie cardiaque jusqu'à abolition complète. Chez les animaux à sang froid, les globules sanguins rouges subissent dans ce cas des altérations morphologiques. Une vache périssait après neuf heures à la suite de l'ingestion de 250 gr. de savon vert.
(4) Zeitschr. f. Med.^Beamie, 1894, p. 379. Mort en 45 minutes après injection sous- . cutanée de 220 gr. de lessive de potasse.
2i}i) POISONS INOniiANHjrFS
Symptômes. — Douleurs atroces à la g*or^e ol dans l'œsophage, expulsion par vomissement du contenu stomacal alcalin, ou seulement nausées, g"ène ou impossibilité absolue de la dég^lutition, salivation; abdomen sensible à la pression et diarrhée. L'urine, devenue alcaline, contient des triphosphates. Cet état ayant persisté pendant des heures ou des jours entiers, les phénomènes suivants s'y associent: petitesse ou irrégfularité du pouls, refroidissement de la peau, prostration générale et hoquet; la mort survient dans le coma ou précédée de convulsions.
D'autres fois l'empoisonnement se transforme peu à peu en cachexie chronique due aux ulcérations corrosives de l'œsophage, de l'estomac et de l'intestin. Le tissu nécrosé, séparé souvent dn tissu vivant par suite d'une inflammation disséquante, est expulsé en très grands lambeaux soit par vomissement, soit avec les selles. Les ulcères, siégeant aux endroits exfoliés, ne guérissent que difficilement ou seulement en laissant après eux des cicatrices amenant, dans l'œsophage, des rétrécissements et, dans l'eslomac, la diminution de son volume. Les glandes gastriques détruites ne se régénèrent pas, d'où abolition presque complète de la digestion stomacale pour les substances azotées, tandis que les hydrates de carbone continuent à être assimilés. Ceci, joint à la digestion diminuée des aliments, par suite des rétrécissements œsophagiens, finit par amener une cachexie mortelle.
La guérison ne survient que rarement. Sur (|uarante-six enfants empoisonnés par la lessive, il survint des rétrécissements de l'œsophage chez trente-cinq (76 p. 100) d'entre eux. De ces trente-cinq, vingt-trois guérirent, trois furent améliorés, cinq moururent (pas de renseignements sur les quatre restants). La mort était causée dans quatre cas par épuisement et dans le cinquième cas par une gangrène pulmonaire secondaire. Les malades peuvent aussi être atteints de pleurésie, de gastrite phlegmoneuse, d'empyème (rupture d'un abcès péri-œsophagien dans la plèvre). La péritonite aiguë peut avoir amené la mort dans les cas où, à la suite de tentative de passage d'une sonde à travers un rétrécissement, rœsoj)hage ulcéré aura été perforé dans la région du cardia.
LESSIVt;S DE SOUDE ET DE POTASSE 2til
Autopsie. — La mort est-elle survenve dans les premières quarante-hifÂt heures (I), on trouve la langue parfois corrodée; le voile du palais, la gorge et le voisinage de l'orifice du larynx sont tuméfiés (la tuméfaction est due à l'infiltration œdémateuse du tissu cellulaire sous-muqueux); l'œsophage, épaissi, est recouvert d'un épithélium trouble. Les parties congestionnées et enflammées sont teintées en rouge-rubisdans l'estomac et l'intestin.
Les perforations stomacales ne se rencontrent chez l'homme que rarement. Chez les animaux que j'avais empoisonnés par la lessive sodique, j'en ai trouvé siégeant dans le voisinage du pylore. En cas de mort survenue seulement après des semaines ou des owis^ on peut trouver des ulcérations aux lèvres, dans la bouche, le pharynx et l'œsophage; les gencives et le voile du palais sont d'un blanc mat; et l'on constate, dans l'œsophage, la présence des coarctations et des rétrécissements (isthme de Vœsophagej entrecy^oisement de Vœsophage avec la bronche gauche^ cardia) ; il peut y avoir aussi rétrécissement du pylore. La paroi psl épaissie au niveau du rétrécissement, la partie située en amont <Jp l'obstacle est dilatée. L'inflammation purulente peut amener le ramollissement en bouillie de la paroi dans toute son épaisseur. Le tissu péri-œsophagien peut s'enflammer à son tour. Dans iVslomac, souvent très ratatiné, outre les cicatrices d'ancienne date et les extra vasations sanguines, on trouve encore des ulcères entourés d'une aréole inflammatoire ; ces ulcères peuvent pénétrer en profondeur même au delà delà sous-muqueuse. La muqueuse intestinale, elle aussi, peut être enflammée et tuméfiée. L'action corrosive de la lessive peut continuer à s'étendre, aux organes voisins (foie, pancréas, etc.) après la mortj en partie par diffusion pénétrationj, en partie après perforation de l'estomac. La mort est-elle survenue rapidement, il est impossible de tracer une limite exacte entre l'effet corrosif s'étant manifesté du vivant du sujet et celui n'ayant eu lieu qu'après la mort. Le malade n'a-t-il succombé que tardivement, toutes les corrosions existantes peuvent être considérées comme étant survenues pendant la vie> Les voies respiratoires présentent des lésions identiques, si la
il) LtssLK, .1//. fi. fjer. Med., 1«8,^, |». 10 vi r.}.
2()2 POISONS INOKGANr^UES
lessive y a pénétré. Parfois le larynx est tapissé d'une pseudomembrane. Chez une vache on trouvait, entr'autres lésions, des hémorrhagies dans le péricarde et le myocarde.
Recherche. — Le contenu stomacal sera é^'aporé, le* résidu extrait par l'alcool chaud, l'alcool chassé et le résidu porté au rouge. Le carbonate soit de potasse, soit de soude ainsi obtenu sera soumis aux procédés analytiques décrits ci-dessus.
Traitement. — Acide acétique, acide tartrique, acide citrique et lavages répétés de l'estomac avec de l'eau acidulée (la sonde sera introduite avec circonspection et l'eau ne sera pas poussée avec trop de force) ; lait, huile, morceaux de glace, solutions de cocaïne (5 centigrammes pour 500 gr. d'eau), camphre, éther, teinture de musc, enveloppements chauds, sinapismes à la région épigastrique, injections sous-cutanées de morphine. L'alimentation (lait, etc.) peut se faire à l'aide d'une sonde de Nélaton ou d'un cathéter introduit dans l'œsophage, s'il est nécessaire à. travers le nez, mais il vaut mieux prescrire des lavements alimentaires.
CHLORATE DE POTASSE. — Le chlorate de potasse (KCIO') est un poison. On prescrivait autrefois des doses quotidiennes (10 à 46 gr.) que l'on consid^re à présent comme pouvant provoquer la mort (1).
La tolérance du sujet envers ce sel dépend peut-être du degré de plénitude de l'estomac (2). En effet, son impression toxique est surtout accusée s'il est pris à jeun (3). Mais ce qui, d'après moi, importe davantage, c'est l'état des reins dans chaque cas donné : s'ils ne fonctionnent pas normalement, le poison pourra manifester une action cumulative. On s'est servi très souvent du chlorate de potasse dans des tentatives de suicide (4) ou dans le
(i) Herpin, Du chlorate de potasse, Paris, 1856, p. i7 ; — Isambert, Etude chimique et physique sur le chlorate de potasse , Paris, 1853, p. 21.
(2) Tacke, Dos chlorsàure Kali, thèse de Bonn, 1878, p. 65.
(3) V iMRRiNG, Daschlors. Knli, Berlin, 1885.
(4) L. Lewin, Cenlralbl. f. med. Wissensrh., 1H87, n» 20 ; — SciircH\KDT, Deutsche med. Wochenschr,, 1888, n^» 41.
CHLURATK lit POTASNK 263
but de provoquer un avurteuienl criminel. J'ai trouvé relatés dans la littérature soixante-neuf cas d'empoisonnement avec G8, 5 p. 100 de mortalité. Les doses de 10 gr. sont toxiques, et celles de 15 à 30 gr. mortelles pour les adultes. La mort est survenue après sept jours chez un homme qui en absorba, à intervalles rapprochés, six cuillerées à café. Les chiens ne meurent qu'après absorption de 50 g-r. tandis que les vaches supportent bien 100 çr. Donné à doses élevées, le chlorate de potasse açit immédiatement chez l'homme, tandis que pris à petites doses, il ne manifeste son action toxique que dans l'espace de trois à six heures; quant à la mort, elle survient soit en six à huit heures, soit dans un délai de sept jours.
Le chlorate de potasse est rapidement absorbé par l'estomac et s'élimine : par l'urine (déjà après dix minutes), la salive • après cinq minutes), le lait, les larmes, la sécrétion nasale. Cette élimination s'effectue dans l'espace de trente-six heures et le sel est presque tout entier non décomposé — il ne se forme de chlorure de potassium qu'en très faible quantité. — Il circule lel quel dans le sangf et peut y provoquer des altérations très sérieuses. 11 colore en brun les solutions de sang* ou d'hémoglobine : cette coloration est due à la formation de méthémoglobined).
Le début et l'intensité des altérations dépendent de la quantité (lu sel ajouté aux solutions. S'élève-t-elle à 4 p. 100, le sang prend un aspectgfélatiniforme particulier et devient insolubledans l'eau. Le liquide surnag-eant en petite quantité la masse gélatineuse contient de l'hématine. Les mêmes altérations du sangf ont lieu dans l'organisme animal. Le chlorate de potasse dissout les globules sanguins avec lesquels il entre en contact. Plus est élevée la température du corps, plus active est la formation de l'hématine (2). La décomposition du sang est activée par sa richesse en acide carbonique et en phosphates, ainsi que par son alcalinité diminuée. Jusqu'ici on n'a pas encore démontré nettement le mécanisme de r action du chlorate de potasse. Le sel n'aban-
(1) Marchand, Virchow's Arch., Bd LXXVil, p 455 ; — Jaedeiuiolm, Zeitsch. /. Biol.y BH XII, t877, p. 227: — Stokvis, Aixk, f. exp. Patk, u, Pharmak., Bd XXI. p. 169. ,ij L. Lkwin, I. c. el. L. Lewin, Die .\'chpntrirh'. d. Arcnrtmittef, 3^ êdit , p. 589.
donne dans l'organisme qu'une très petite portion de l'oxygène qu'il contient. L'accumulation du chlorate de potasse en trop grande quantité dans la voie sanguine peut détruire l'équilibre entre le sérum et les globules sanguins, d'où désagrégation de ces derniers, formation de la méthémoglobine et par suite troubles nutritifs locaux dans des organes importants. Il ne faut pas non plus perdre de vue l'action du potassium sur le cœur. Quant à ramener l'action toxique du chlorate de potasse à la coagulation du sang pendant la vie, j'hésite fort à le faire, malgré les thromboses trouvées dans les diverses parties de l'appareil circulatoire des animaux auxquels on avait administré du chlorate de soude.
Symptômes. — Administré à doses, moyennes, le chlorate de potasse ne donne pas lieu à des phénomènes toxiques bien graves ; on n'observe alors que : salivation, sécheresse à la gorge, diurèse plus abondante et nausées légères. L'ingestion des doses élevées, 10 à 20 gr. et davantage, peut provoquer après une courte durée : soif incessante, nausées, vomissements persistants (parfois bilieux), cardialgie, ténesme et coloration ictérique de la peau. Les muqueuses et la peau sous-unguéale (aux doigts et aux orteils) ont pris un teint gris-bleuâtre; la face ainsi que le reste de la peau sont blafards, d'un gris-blanchâtre, d'abord sèches, ensuite couvertes de sueurs visqueuses. Simultanément ou un peu plus tard surviennent: douleurs lombaires, envies fréquentes d'uriner, dans la majorité des cas diminution de la diurèse ou mémcanurie complète pouvant persister pendant trois jours, très rarement po- Ijurie, souvent albuminurie, cylindrurie, hématinurie, hémoglobinurie, cholurie et urine contenant des globules sanguins rouges. Dans le sang vivant le quart des hématies avaient leur stroma décoloré dans sa partie principale, et les résidus de leur contenu étaient disséminés dans le sérum et entre les globules rouges sous forme de petites niasses rondes colorées par l'hémoglobine. On rencontre aussi des globules sanguins décolorés (fantômes), ainsi que des globules nucléés. Le nombre des globules blancs est .décuplé(l). Dans le cas examiné par moi,le sang
(1) RiKs», Berlin, klin, Wochenschr,, i««i, p. 786.
CHLORATE DE POTASSK 2G5
contenait de la mélhémog^lobîne et, ce qui importe plus, il y avait de l'hématine dans l'urine. Peuvent en outre survenir : épistaxis, météorisme, évacuations involontaires des niasses fécales; insomnie, sensation de poids et de chaleur sans qu'il y ait de fièvre appréciable, pouls petit, fréquent; hoquet, respiration râlante, écume à la bouche, cyanose, perte de connaissance, mydriase et délire. La conscience peut aussi rester complètement intacte jusqu'à peu de temps avant la mort qui arrivera brusquement, précédée d'opislhotonos et de convulsions cloaiques(t).
Dans d'autres cas le malade est plongé, jusqu'à la mort survenue, dans un sommeil profond interrompu de temps en temps par des frissons. Le foie et la rate sont quelquefois tuméfiés. L'avortement n'est pas de rigueur, même dans les cas se terminant par la mort de la mère. Quelquefois on voit apparaître des éruptions cutanées: taches d'un rouge -cuivré qui peuvent confluer ensuite, érythème exsudatif, purpura hémorrhagique.
Dans les manufactures d'allumettes au chlorate de potasse^ les ouvriers inhalent ce sel réduit en poudre, d'où troubles de la nutrition, dyspepsie, symptômes bronchiques, etc.
Autopsie. — La peau est d'une pâleur tirant sur le gris, elle est couverte de taches cadavériques gris-violettes; le sang, dans les sinus du cerveau et le cœur, ressemble à du marc de café. La muqueuse stomacale et duodénale, le conduit excréteur de la bile et les plaques de Peyer sont tuméfiés; la muqueuse stomacale est, en outre, ecchymotique et présente une coloration bleu-grise. La coupe des reins est d'un brun-grisâtre ou d'un brun-rougeâtre, celte coloration est le plus accusée dans les pyramides de la substance médullaire. Le bassinet peut contenir du sang noir, friable. A l'examen microscopique, on trouve les canalicules urinifères remplis de cylindres rouge-brun constitués de détritus des globules rouges sanguins. Ces altérations sont surtout prononcées dans la partie centrale des pyramides. L'épithélium des tubes
(1) ZiLLNEH, Wientfr med. Wochenschr , '188îi, n^' -15.
2(56 PUfSONS ÏNORGAMVfl'LS
coiilournés, à ce qu'il paraît, est dépourvu de noyaux. La moelle osseuse est colorée en brun dans la partie supérieure de la cuisse et est normale dans sa partie inférieure, mais Tos lui-même est parfois luride. Dans quelques cas, le sang retiré du cadavre aurait présenté une réaction aciide, ce que je considère partout comme un état cadavérique.
Recherche. — Le liquide contenant du chlorate de potasse, préalablement acidulé par l'acide sulfurique, est-il additionné d'indigo jusqu'à production d'une couleur bleue et ensuite de sulfite de potasse, on voit apparaître une coloration jaune ou verte.
Dans le contenu stomacal, etc., le chlorate de potasse peut être décelé à l'aide de la dialyse: le liquide ayant diffusé sera examiné au point de vue de sa teneur en chlorate, on se servira dans ce but de l'indigo.
On peut aussi procéder comme suit: une portion d'urine sera traitée, à froid, par une solution d'azotate d'argent et l'acide azotique, le précipité obtenu sera fondu et pesé ensuite, ce qui permettra d'évaluer les chlorures contenus dans cette urine; une autre portion d'urine sera, préalablement à cet examen, diluée de 4 à 5 fois son volume d'eau et chauffée pendant une heure avec du zinc en poudre et de l'acide sulfurique. \jdi différence existant dans la teneur en chlore de l'urine non soumise à l'action du zinc en poudre et de celle qui y fut soumise, permettra de calculer la richesse, de l'urine en chlorate. Le résidu de Vurine évaporée estil porté au rouge, il survient une explosion.
Traitement. — Lavages énergiques de l'estomac, entéroclysmes élevés, cocaïne (5 centigrammes pour 500 gr. d'eau), poudre de racine de colombo en suspension dans une grande quantité d'eau et morceaux de glace contre les vomissements, sinapismes ou ventouses à la région épigastrique ou à la région lombaire, excitants (teinture de musc en injections sous-cutanées.) // importe surtout de combattre Vanurie causée par l'oblitération des canalicules urinifères et d'activer l'élimination du sel en prescrivant la solution d'acétate de potasse (20 gr. pour 200 gr.^d'eau) et la
MAGNÉSITM 2()7
crème de tartre soluble (o g:r.). J'ai recoinmaiidé la pilocarpiiie len injections sous-cutanées, 1 à 3 centigrammes) pour stimuler la salivation. Une saigfnée profuse débarrassera l'organisme du sang^ impropre à la respiration : immédiatement après, on fera une injection d'une solution physiologique de sel de cuisine (à 7 p. 1000.) L'administration du carbonate de soude ou delà soude caustique pourrait ralentir notablement la décomposition du sang. Sont aussi à recommander les bains chauds prolongés.
Prophylaxie. — Le chlorate ne devrait être administré à doses élevées ni à jeun, ni dans le cours d'une fièvre; de plus, on devrait interdire sa vente en détail dans les drogueries. Le chlorate de potasse passant dans le lait, les nourrices qui le prennent ne devraient pas allaiter.
MAGNÉSIUM. — Introduits par l'estomac, les sels de magnésie ne sont pas toxiques pour les animaux. En injections sous-cutanées ou intra-veineuses, ils amènent la mort en affaiblissant l'énergie cardiaque et en arrêtant la respiration. Le cœur s'arrête en diastole. Paralysie des plaques motrices, mais néanmoins les muscles respiratoires restent intacts plus longtemps que chez les animaux empoisonnés par le curare. Le sulfate de magnésie^ en injection inlra-veineuse, provoque la mort d'un chien à la dose de Ogr. 3 àOgr. opar kilo d'animal. A l'autopsie, on trouve des ecchymoses sous-pleurales (1).
On trouve dans la littérature plusieurs cas d'empoisonnement par le sel d'Epsom donné à V adulte à la dose de 120 gr. et même déjà de 30 gr. Cependant, je ne puis m'empêcher d'exprimer le doute à cet égard, et je crois plus probable d'admettre qu'il s'agissait de sel d'oseille ou de salpêtre que l'on avait pris pour du sulfate de magnésie. Ce qui plaide en faveur de cette supposition, c'est que dans le cas le plus récent il n'y avait pas de diarrhée. 11 s'agit d'une femme qui se plaignait de douleurs cuisantes à l'estomac et à l'intestin, de dyspnée, de faiblesse générale; il survint du. collapsus, de la mydriase, des paralysies multiples et la mort eut lieu après soixante-cjuinze minutes. Dans un
{\) HB«:Kt, Th^ne de Gollinyue, p. iî>, 1881.
autre cas, 30 gr. de sulfate de majçnésie auraient provoqué : vomissements, cyanose, roséole, écoulement involontaire de l'urine, etc. L'administration du sulfate de magnésie pendant un temps prolongé provoquerait de l'anémie, de la dépression psychique; en même temps la face prendrait un teint blafard.
Kainite. — C'est un sel double constitué par du sulfate de ma|8^nésium et du chlorure de potassium. Des chevreuils et des vaches qui en avaient abondamment léché succombèrent avec fièvre, sialorrhée, tarissement de la sécrétion lactée, diarrhée et difficulté de la locomotion. A C autopsie^ on trouva des hémorrhagies dans l'intestin. Des pigeons périrent également à la suite de l'ingestion de cette substance.
LITHIUM. — Les sels de lithium sont doués des mêmes propriétés toxiques pour les grenouilles que les composés potassiques correspondants. La mort arrive par arrêt du cœur en diastole. L'arrêt définitif du cœur est précédé de suspensions diastoliques passagères; celles-ci ne s'observent point après la section du pneumogastrique et l'atropine remet le cœur en mouvement pour un certain temps. Les sels de lithium diminuent aussi l'excitabilité des nerfs, des centres nerveux, et des muscles. Chez les animaux à sang chaud ils abaissent notablement la température.
RUBIDIUM. — Le chlorure de rubidium commence par exciter les muscles striés de la grenouille (secousses fibrillaires) pour les paralyser ensuite; la courbe musculaire ressemble à celle ol>servée après l'administration de la vératrine et, à la dose de 0 gr. 02, il excite tout d'abord le cœur presque jusqu'à produire l'arrêt en systole (1); la pression sanguine s'élève, le pouls devient plus rare. Ces phénomènes seraient dus à l'excitation centrale du pneumogastrique et des centres d'arrêt périphériques, ainsi qu'à l'influence exercée par le chlorure de rubidium sur le système vasculaire périphérique. Lehroynure de rubidium ammo^ niacal irrite les muqueuses. On peut trouver des lésions de gastrite, ainsi que des érosions, des hémorrhagies. L'excitation
(1) Harna<;k und Diltricii, -l/r/t. /*. e.rp. Paih. et Pliai'innk., Bd XIX, p. 153.
<:\RBONAÏR DAMMONÏAOI K 261)
tralisitoire fait rapidement place à l'anesthésie et à la paralysie^ Les réflexes médullaires, d'abord plus énergiques, sont abolis ensuite. La dose léthale minima étante pour 1 kilo d'animal^ de O^r.y ^;o?^r /^ A7/im/>i <?/ de 0 gr.5 pour le potassium^ sera de 1 gr. pour le rubidium.
CÉSIUM. — Vaction du chlorure de césium sur le cœur et les muscles est moins énergique que celle du chlorure de rubidium. Peuvent être rangés en ligne descendante quant à leur action paralysante sur les muscles : potassium, rubidium, césium, sodium.
CHLORHYDRATE D'AMMONIAQUE. — Introduit dans l'estomac à la dose de 2 à 5 gr., le chlorure d^ ammonium (AzII^Cl) tue les animaux en provoquant chez eux de l'agitation, l'accélération de la respiration, de la dyspnée, des convulsions. La muqueuse stomacale est enflammée (I); l'usage prolongé du sel ammoniac dans un but thérapeutique donne naissance à des troubles digestifs et à des vomissements ; donné plusieurs fois à doses élevées, il provoque : lassitude, anorexie, diurèse augmentée, accès fébriles (2), lésions de la bouche ressemblant à celles du scorbut, et coliques.
CARBONATE D'AMMONIAQUE. — Le sel de come de cerf{^\zW^\^CO^^ de aie me que le sous-carbonate d'ammoniaque empi/reumatique ne provoquent que rarement des empoisonnements.
Les symptômes sont analogues à ceux que donne l'ammooiaque. Les malades se rétablissent, ou meurent après avoir maigri considérablement et dépéri. A V autopsie on a trouvé une fois une cicatrice siégeant à la paroi postérieure de l'estomac.
Les phénomènes morbides survenant chez les ouviHers occupés à obtenir le carbonate d'ammoniaque au moyen de Veau des gazomètres des usines à gaz d'éclairage, sont identiques à ceux que provoque l'inhalation d'ammoniaque. Chez les personnes travaillant à la sublimation du carbonate d'ammoniaque^ on voit apparaître des crevasses et des gerçures de la peau, ainsi que des
(1) MiTSCHERLicB, Z«7. rf. Ver. f. Heilk, 4841, p. 214. \t) GuMPEBT, Medicin, Zeit., 1838, p. 479.
270 POISONS rNOB(iANf<^)ITES
opacilés cornéeniies. Les lavag'es au vinaigre remédient à l'afFeclion cutanée, tandis que les opacités de la cornée' ne disparaissent que si le malade ne s'expose plus aux vapeurs délétères déçatfées pendant la sublimation.
Les injections intra-veineuses de carbonate d'ammoniaque provoquent chez les animaux : convulsions, vomissements, évacuation involontaire des selles et de l'urine; coma (t).
L'ammoniliémie est provoquée chez l'homme par la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque.
ARGENT. — Les empoisomieme^its par lazotate d'argent (Aj^fAzO^) ont été causés soit parce que des solutions ont été absorbées par méj^arde, soit qu'en cautérisant la bouche avec la pierre infernale celle-ci s'échappant du porte caustique avait pénétré dans l'estomac ou les voies respiratoires, soit enfin par suicide. L'action toxique de l'azotate d'arg-ent avalé se manifeste après une à deux heures; la mort n'est qu'exceptionnelle; cependant on l'a observée trois jours après la déglutition de trois morceaux de pierre infernale, en pleine pneumonie que l'empoisonnement avait peut-être occasionnée. La dose lêlhale surpasse 10 gr. Les lapins périssent dans l'espace de cinquante-trois heures après l'ingestion de 4 gr. environ. A plusieurs reprises, malgré la non administration d'aucun antidote, 2 gr. à 2 gr. 5 de pierre infernale avalée n'ont provoqué aucun phénomène toxique (2). Dans un cas où le sujet avait avalé 32 gr. environ de pierre infernale, la guérison est survenue après cinq jours. Un certain nombre d'empoisonnements se sont montrés chez des personnes qui s'étaient servi pendant des années d'une solution de pierre infernale pour teindre en noir leurs cheveux; ils s'expliquent par l'absorption culaiu»e.
L'azotate d'argent se transforme dans l'estomac en albuminate d'argent soluble dans le chlorure de sodium ; c'est sous celte forme ou sous forme de chlorure d'argent qu'il est absorbé. L'élimination se fait par les reins et les intestins ; et, en cas d'injection
(1) FKKnK:HS,/>/> Briykt'si-he Sierenkrankk,^ 1851, p. iitt. yt\ J. MoHit, M^mof^ihili^ti, Ua \X. 1875, p. ;iK>,