‹ Traité de toxicologieChapitre 39 sur 126 · SELS DE CHAUX · texte numérisé non relu

SELS DE CHAUX

pommes rôties dans la chaux caustique (1). J'ai eu connaissance d'une tentative d'homicide sur un nourrisson à l'aide d'environ 130 grammes de lait de chaux et de bleu d'outremer. J'admels IVxislpncp d'une gastro-entérite intense causée par Talcali libre <|p la préparation. Quelques milliers de Ooisés moururent après avoir mangé de la farine à laquelle l'empereur Emmanuel Coniène avait ajouté de la chaux vive. La chaux caustique provoque chez les chevaux du ptyalisme, des corrosions et la tuméfaction de la muqueuse buccale (2). Donnée à la dose de 12 gr.,elle provoque chez les chiens des convulsions et des vomissements, et la mort ne tarde pas à survenir. Les premières voies digestives sont ordinairement enflammées.

La chaux fraîchement éteinte peut, elle aussi, provoquer des inflammations locales. C'est à ses propriétés déshydratantes que la chaux vive est redevable de son action caustique.

La cautérisation de la cornée avec la chaux calcinée a donné, dans un cas, naissance à une vésicule. Celle-ci enlevée, la cornée sest montrée polie let brillante; déjà après vingt-quatre heures, lêpilhélium n'était qu'un peu trouble. La cautérisation de la conjonctive prend quelquefois une toute autre marche ; on voit sunenir des eschares dont la chute est suivie d'ulcérations, de trichiasis, d'entropion, de symblépharon. La cornée et la conjonctive se comportent de la même façon envers les acides et les lessives.

L'injection intraveineuse de chlorure de calcium (jusqu^'d I gr. l'y) provoque chez les chiens : vomissements, démarche hyénoïde, ralentissement du cœur, ou même arrêt du cœur en diasl«le(3). Chez l'homnie, on voit apparaître : diarrhée, vertiges, tremblement des membres, pouls petit et prostration.

L'inhalation dépoussière calcai7'e provoque assez souvent chez ^^!^ chaufourniers^ les maçons^ etc. une pneumoconiose calcaire. Parmi les maçons et les charpentiers on a trouvé 34 p. 100 de sujets atteints d'affections pulmonaires (4). La poussiéî^e de la luune fossilCj constituée par des carapaces entières de diato-

(!) Wagner, Ephem, Acad.^hec. m, ann. 2, obs. 462. lijHiRTwiG, Pract. ArzneimitteUehre, 1833, p. 696. (à) Rablteau et DuGOUDRAY, Comptes rendusy 10 févr. 1873. (4) HiRT, ffandb, d. Gewerbekr., 1874, p. 532.

27 ♦> POISONS INORGANIOIKS

^ niéeç, est considérée coinin^ la plus nocive. Les ouvriers occupés dans les manufactures de dynamite l'inhalent presque constamment.

Traitement. — Lavages de l'estomac, huiles grasses, vinaigre, acide tartrique, acide citrique en grandes quantités avec sirop de sucre (formation du saccharate de chaux). Le sucre en solution ou le sirop simple sont aussi à recommander contre les cautérisations de Vœil par la chaux. L'instillation des remèdes mucilagineux et huileux et le renversement répété de la paupière peuvent prévenir l'apparition des synéchies, pourvu que le repli de passage de la conjonctive soit resté intact.

Recherche. — Les composés calcaires solubles donnent, avec les oxalates, de l'oxalate de chaux insoluble dans l'acide acétique et soluble dans l'acide chlorhydrique ; l'acide sulfurique précipite du sulfate de chaux (parfois seulement après addition préalable d'alcool). Les parties du cadavre seront traitées par l'acide azotique, le filtrat sera évaporé, le résidu sera repris par l'alcool : c'est après avoir chassé l'alcool, que l'on y recherchera le calcium.

BARYUM. — Des empoisonnements ont été causés par le chlorure de baryum, Vazotate de baryum, le sulfate de baryum^ V acétate de baryum et le sulfure de baryum. A la dose de 10 gr. le chlorure de baryum amenait la mort chez l'homme en trois jours ; et en deux heures, à la dose de 16 gr. Le carbonate de baryum faisait périr des chiens à la dose de 1 gr. 5, tandis que l'on connaît un cas de guérison chez une personne en ayant pris 30 gv. (1). Toutefois il ne faut pas oublier que la dose léthale est de beaucoup inférieure à 30 gr. La mort est survenue dans l'espace d'une heure chez un homme ayant ingéré 32 gr. d^azotate de baryum^ tandis qu'il suffit d'en administrer Ogr. 6 à un lapin pour que la mort s'ensuive en moins d'une heure. J'ai compulsé dans la littérature trente et un empoisonnements par le baryum dont dix ayant présenté une issue fatale. La susceptibilité envers

[{) HusEMANN, Zei($chi\ f. pmkl. Heilk., 1866, p. 532.

BARYUM 277

le baryum administré à dose thérapeutique serait plus accusée dans le climat austral que dans le climat boréal.

Le carbonate de baryum agit plus lentement que le chlorure de baryum. Plus lente encore est la transformation dans l'intestin du sulfate de baryum (barytine) en composés solubles. Injecté dans la veine à la dose de Ogr.5, le sulfate de baryum ^^i sans inconvénient pour le lapin; mais le foie, les reins, la rate et la moelle osseuse deviennent très riches en baryum. L'ingestion du chlorure de baryum fut suivie de la localisation du baryum surtout dans les os, les reins et le cerveau. Chez des lapins qui recevaient avec leurs aliments jusqu'à 30 gr. de carbonate de baryum^ c'étaient les os qui étaient les plus riches en baryum ; des cendres des vertèbres encontenaientjusqu'àO, 56p. 100), mais on l'a trouvé aussi dans les muscles, le cœur, le foie, les reins (1).

La majeure partie s'élimine de l'organisme par l'urine, la salive et les fèces (2). Le poison contenu dans les os peut devenir soluble pour une cause ou une autre. Outre l'irritation de l'intestin et de son appareil moteur, les sels de baryte solubles provoquent encore l'arrêt du cœur (influence sur le pneumogastrique el le muscle cardiaque) et des paraplégies précédées de convulsions (excitation des centres convulsivants de la moelle épinière et du bulbe). La mx)rt causée par les sels de baryum a été, par erreur, attribuée à l'oblitération des capillaires pulmonaires par le précipité de sulfate de baryum qui se forme aux dépens de l'acide sulfurique du sang (3).

Symptômes chez Thomme. — Nausées, vomissements, gastralgie, diarrhée, frissons, vertiges, froid, secousses aux extrémités, rontraclures des muscles de la face, ralentissement du pouls, palpitations, élévation de la pression sanguine, surdité et autres phénomènes analogues à ceux fournis par la digitale^ sensation d'angoisse, troubles de la vue, plus rarement paralysies (4). La mort est précédée par l'exacerbation des vomituritions infructueuses et des secousses musculaires. En cas de marche vers la

(4) Felletar, Pester, med.^chir. Presse, 1892, ii" 45, p. 4073.

(2) LiNossiER, Comptes rendus de la Société de BioL, 1887, p. iti.

(3) Onsum, Virchow's Arch., Bd XXVHI, p. 233.

(4) Reincke, Vierte/Jahrsschr. f.ger. Med., Bd XXVIII, p. 248.

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g-uérisoiijle malade ressent encore long-temps delà faiblesse musculaire; il souffre de troubles gastro-enlériques, et les organes où avaient eu lieu des extravasations sanguines ne reprennent que lentement leur fonctionnement normal. L'administration du chlorure de baryum^ dans un but thérapeutique, a eu pour conséquences : fièvre, stomatite, salivation, tuméfaction des glandes salivaires, haleine fétide, conjonctivite, néphrite, exanthèmes, outre un grand nombre d'autres symptômes déjà décrits en parlant de l'empoisonnement aigu.

Autopsie. — Estomac et intestin ecchymotiques (1), (le cas échéant, saupoudrés de sels de baryte insolubles), œdème de la muqueuse intestinale et dégénérescence graisseuse du foie, rarement des inflammations plus accusées; on prétendrait même avoir aussi trouvé des perforations (?) (2).

Recherche. — A-t-on affaire à du carbonate ou à du sulfate de baryum, il faut commencer parles rendre solubles, le premier en le traitant par l'acide chlorhydrique dilué, le second en le soumettant à l'ébullition en présence du carbonate de potasse. Les solutions des sels de baryte traitées par l'acide sulfurique fournissent un précipité blanc de sulfate de baryum, et un précipité jaune de chromate de baryum quand on fait agir le chromate de potasse. Portés au rouge, les sels de baryum laissent reconnaître à l'examen spectroscopique trois raies vertes situées dans le voisinage de E,

Les parties cadavériques seront extraites par l'eau et les sels de baryte ainsi obtenus seront examinés comme il vient d'être spécifié. Pour déceler Içs sels de baryum insolubles fournis par les phosphates et les sulfates du corps animal, on commencera par détruire les masses organiques en les portant à la chaleur rouge, le résidu insoluble dans l'eau sera fondu avec du carbonate de soude ou soumis à l'ébullition avec une solution de carbonate de soude. Le résidu ainsi obtenu sera dissous dans l'acide chlorhydrique; c'est dans cette dernière solution que sera recherché le baryum.

(4) Seidel, Vierteljahrsschr. f, gei\ Med., IM XXVIl, p. âl3. (2) Wacii, Zeitscht'. f, Staatsarsneik,^ Bd XXX, llcft 3, \t. i.

STRONTIUM 279

Traitement. — Evacuation de l'estomac, administration du sulfate de soude (20 à. 50 gr. pour 1 litre d'eau), émollients, eau çlacée, et petites quantités d'atropine (1/2 milligramme) en injection sous-cutanée.

STRONTIUM. — Pour leur action toxique, les composés de stronlium le cèdent considérablement à ceux de baryum. Donné par la bouche à la dose de 7 gr., le chlorure de stonthim n'a provoqué chez une chienne qu'un seul accès de vomissements (1), la dose de 15 gr. fut suivie chez les lapins de paralysies des membres et de mort ; V azotate de strontium^ à la dose de 7 gr.> a amené chez les lapins l'accélération des battements cardiaques et de la diarrhée, ef, à VautopsiCj on a trouvé des ecchymoses dans l'estomac.

Les sels de strontium administrés à des animaux n'ayant pas «ncore achevé leur croissance provoquent des altérations osseuses particulières (2). D'après l'intensité de leur action toxique (en injections intra-veineuses), les éléments suivants peuvent être rançés dans l'ordre décroissant que voici : baryum^ potassium^ rmgnèsium^ calcium^ strontium^ sodium. Le bromure de stron^ liu/n peut s'accumuler dans l'organisme. Néanmoins, on l'a admiflislré sans inconvénient à la dose de 3 à 4 g^r. répétée plusieurs fois par jour; tout au plus a-t-on observé chez l'homme les phénomènes du bromisme. Le strontium employé dans l'industrie n'aurait provoqué des phénomènes d'intoxication que s'il était adultéré par du baryum. L'Académie de médecine de Paris s'est prononcée contre son emploi dans le désulfatag-e du vin.

Becherche. — Les sels de strontium colorent en cramoisi la flamme du chalumeau.

[Pour établir les bases d'un rapport relatif à l'emploi de la strontiane et des sels de strontium au point de vue de Thygiène, à propos de la raffinerie du sucre et du déplâtrage des vins, j'ai été amené à faire, relativement à la toxicité des sels de strontium, des expériences que j'ai reproduites en détail dans ce rapport <3).

(1) Gmelin, Ueb, d, Wirk. d. Baryts, Strontium, etc., Tubîngue, 4826. |2) Hkidenrbich, CentrabL f, Chir., 4884, p. 422.

(3i G. PoucHET. StrontiaDe ; emploi dans la raffinerie du sucre, Recueil des travaux du Comité rotigiittatif d'hygiène publique de France, 4891, l. XXI, p. 668.

J'ai été conduit à conclure que l'action des quantités massives de chlorure de strontium en injections intra-veineuses, se traduit par une irritation purement locale, ayant entraîné dans un cas des désordres graves (phleg'monde la cuisse), mais tels que toute substance irritante en aurait produits. La toxicité paraît absolument nulle, car la trace d'albumine qu'il est possible de déceler dans l'urine, le lendemain et le surlendemain de l'injection, peut aussi bien être attribuée soit à l'irritation, soit plutôt à l'action osmotique d'une solution saline assez dense brusquement introduite dans le torrent circulatoire. L'accroissement de l'excrétion de l'urée, accroissement qui semble cesser en même temps que l'élimination du strontium par l'urine, doit, au contraire, être attribué à l'action propre de ce métal; ce fait avait déjà été observé par Vulpian qui employait l'azotate de strontium, à la dose de 15 à 20 g-rammes par vingt-quatre heures, dans le traitement du rhumatisme articulaire chronique, et il paraît justiBer son opinion que la strontiane agirait alors en activant les combustions organiques, ce que semble démontrer encore la disparition des urates dans l'urine.

Le strontium disparaît complètement de l'urine du quatrième au sixième jour qui suit l'injection intra-veineuse, et la répercussion de son élimination sur celle du calcium normal tendrait à faire essayer Temploi des sels de strontium chez les rachi tiques].

zinc:

Les empoisonnements aigus ont pour causes : méprises (sulfate de zinc pris pour sulfate de magnésie ou pour azotate de potasse), homicide ou suicide, substances alimentaires conservées dans des boîtes galvanisées. Ces empoisonnements aigus sont produits par les composés que voici : sulfate de zinc^ chlcH rure de zinc^ soit comme sel ou sous forme de « Soldering fluid » ou comme « Disinfecting fluid » de Crew et Burnett (22 gr. 1 chlorure de zinc pour 30 gr. d'eau), oxyde de zinCy ainsi que acétate zincique (aliments ou boissons contenant des acétates ou des citrates et conservés dans des vases en zinc).

\J intoxication chronique s'observe chez les ouvriers exposés aux vapeurs de zinc, plus rarement chez les personnes qui prennent trop longtemps du zinc par la bouche, et aussi avec des conserves et l'eau potable. Le zinc est plus facilement soluble dans l'eau de pluie que dans l'eau dure. L'eau séjournant dans des réservoirs en tôle zinquée ou dans des tubes soi-disant galvanisés, tient du zinc en dissolution. Le gouvernement français

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