‹ Traité de toxicologieChapitre 38 sur 126 · ARGENT · texte numérisé non relu

ARGENT

sous-cutanéc ou parenchymaleuse, resiomac y prend part aussi. Mais une partie de l'argent se dépose dans l'organisme (chez les animaux, même en cas d'empoisonnement aigu) sous forme d'arçent métallique (1).

Appliqué sur les muqueuses et les plaies, l'azotate d'argent provoque, outre le rétrécissement des vaisseaux, la formation d'une eschare pénétrante, d'un blanc-bleuâtre se détachant après quelques jours ; appliqué sur la peau intacte, il colore en blanc l'épiderrae. Grâce à l'action de la lumière, les parties atteintes finissent par présenter une coloration gris-noirâtre (argent métallique ou protoxyde d'argent ou produit de réduction du chlorure d'argent sous l'influence de la lumière). Par suite de la combinaison avec l'albumine et le chlore que forme la pierre infernale dans l'estomac, elle y déploie moins énergiquement ses propriétés caustiques. L'absorption de l'azotate d'argent se manifeste, chez les animaux à sang chaud, par des paralysies (sans convulsions) et des troubles respiratoires ; chez les animaux à sang froid, il survient de l'hyperesthésie, des cooYulsions et des paralysies (2).

S]rmptômes. — Ont été observés chez Vhoynme après cautérisation ou absorption : expulsion par vomissements de masses caséeuses devenant plus sombres après l'exposition à Pair, diarrhée, douleurs le long de tout l'appareil digestif, affaiblissement de l'énergie cardiaque, vertiges et convulsions. Dans un cas ^32 gr. environ) sont survenus rapidement : perte de connaissance, anesthésie et spasmes cloniques des muscles des extrémités supérieures et de la face, pupilles dilatées ne réagissant pas à la lumière. La sensibilité et la conscience ne reparurent que après onze heures. Bientôt le malade fut plongé pendant deux heures dans le coma ; ces accès se répétèrent à plusieurs reprises les jours suivants; guérison après cinq jours. Mais dix-sept jours plus tard survinrent des vomissements : les masses vomies tachaient le linge en noir.

(1) Samojloff, Àrbeit. d, Dorp, /nst., Bd IX, p. 17. (i) CuRa, Lo sperimentale , 4875, p. 636.

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Empoisonnement chronique par Targent. — L'argyrie peut survenir après l'emploi prolongé de l'azotate d'argent (jusqu'à 15 ou 30 gr. en tout) à l'intérieur et à l'extérieur et chez certains ouvriers, par exemple les argenteurs qui, remplissant par aspiration de la solution argentique les objets à recouvrir intérieurement d'une couche de métal, se mouillent de temps en temps les lèvres et les parois buccales avec cette solution. Les parties atteintes sont colorées en gris ardoisé ou gris acier ou bleu-noiratre, ou ressemblent aux mines des crayons. La matière colorante ne siégeant pas dans l'épiderme ni dans l'épithélium, l'application des vésicatoires reste sans effet aucun. Le pigment se dissout dans le cyanure de potassium ou l'acide azotique concentré. Cette coloration se montre de préférence dans les parties exposées à la lumière, mais elle peut aussi exister dans d'autres parties du corps. Ainsi, par exemple, ont été trouvés colorés en noir : face, mains, plus rarement ongles et cheveux, lèvres, gencives, langue, voile du palais, sclérotique, conjonctive, cavité naso-pharyngienne, larynx, membranes du tympan, muqueuse des petites lèvres et entrée du vagin, glandes, foie, intestin, mésentère, reins, etc. La pierre infernale employée (en solutions, pommades, etc.) pour cautériser les parties du corps accessibles à la main armée du porte-caustique {langue, pharynx, larynx) ou pour teindre les cheveux, peut provoquer la coloration argyrique non seulement des points attouchés, mais aussi de points éloignés (face, cou, partie supérieure de la paroi abdominale) et même une argyrie généralisée (1).

Quelques auteurs émettent la supposition que c'est déjà dans l'intestin que la piere infernale est réduite en argent métallique qui ira se déposer dans les parties atteintes (2); d'autres admettent (ce qui est plus exact) que le sang ne contient que de l'albuminate d'argent, dont la réduction en argent métallique ne se fait que dans la peau, les glandes et les autres points du corps où il se dépose (3). Ainsi qu'il résulte des recherches faites à ce

(4) Dl'ouet, Gaz. méd. de Paris, 4874, no 28 ; — Onody, Pest, med, chir. Presse, — L. Lewin, Die Nebenwirk, der Artneimiltel, 4899, p. 656.

(2) RiEMEa, Arch. f. Heilk.^ Bd XVH, p. 296; Bd XVIII, p. 330.

(3) Fi\OMMANN, Arch. f, path. Anai., Bd XVII, p. 435.

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sujet, ni les vaisseaux afférents ni les vaisseaux efférents du glomérule ne contiennent d'argent réduit; il faut donc supposer que l'argent y pénètre sous forme d'un composé soluble et que la réduction n'a lieu que dans les cellules épithéliales du rein. L'arzyne survient peu à peu; et les sujets atteints peuvent arriver jusqu'à la vieillesse extr(^me sans avoir présenté aucun symplonie morbide. Quelquefois surviennent néanmoins : slonialile sans ptyalisme, gingivite argentique (i), gastrite, all)uminurie, ahat- Ipment, engourdissement, affaiblissement de la mémoire, bourdonnements d'oreilles, dureté de l'ouïe, amblyopie et spasmes des muscles oculaires.

Chez les animaux, on peut produire l'argyrie de quelques organes internes, mais jamais on ne voit la peau en être atteinte. L'administration de l'azotate d'argent provoque chez eux, principalement, des troubles de la nutrition, l'irrégularité du pouls et de la respiration. A l'autopsie on trouve, entre autres, le foie et les reins atteints de dégénération graisseuse, les lésions de l'entérite et des stases veineuses (exsudatsdans les cavités séreuses).

Quant aux taches sombres observées sur les mains (surtout sur la main gauche) des ouvriers travaillant V argent ^ on a ici affaire à une argyrie locale produite par l'argent ayant pénétré sur place. Ces taches ne sont nullement caractéristiques; en effet, des taches absolument semblables produites, par exemple, chez les ramoneurs par la suie ayant pénétré à travers l'épiderme, peuvent persister même pendant deux ans après la cessation du métier (2).

Autopsie. -^ Cautérisation (en raies, ou en taches) des parties des voies digestives entrées en contact avec l'argent; eschares corrosives gris-blanchâtres ou gris- bleuâtres dans la bouche, l'œsophage, le larynx, si le poison l'a atteint, et dans l'estomac idans celui-ci on peut trouver aussi des ulcères), tuméfaction de la langue, etc. Chez les sujets atteints dargyrie^ l'argent fut trouvé dans le derme, dans la paroi externe des follicules pileux et des glandes sébacées, ainsi que dans les parois des glandes

ï (1) GuiPON, Bull, de thér., l. UCXI, p. 86; — Magitot, Gat, des kôpit., 1879, p 465. \ (i) Schilling, Mûnch. med. Wochenschr,^ 4887, p. 77.

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sudoripares; on l'a vu aussi sous forme de corpuscules noirs, entre autres, dans le duodénum et le jéjunum, les villosités intestinales, les glomérules de Malpighi et la substance interstitielle des canaux médullaires, la moelle osseuse, les testicules et le foie.

Recherche. — L'azotate d'argent fournit avec une solution de chlorure de sodium ou avec l'acide chlorhydrique du chlorure d'argent soluble dans l'ammoniaque; avec le cyanure de potassium, du cyanure d'argent soluble dans l'ammoniaque; avec le chromate de potasse, du chromate d'argent rouge-brun. On peul encore déceler l'argent dans le foie cinq mois après sa suppression, mais on échoue si l'examen se fait après sept mois (1). La peau, le foie, l'intestin, le sang de la veine porte, etc. seront desséchés et calcinés en présence d'azotate de potasse et de carbonate de soude : le résidu de la fusion survenue après les avoir portés de nouveau au rouge sera repris par l'acide azotique qui se combinera à l'argent. On procédera ensuite comme il vient d'être dit.

Traitement de rempoisonnement aigu par l'argent. — Emétiques, lavage de l'estomac, sel de cuisine pour provoquer la formation du chlorure d'argent et antiphlogistiques. L'argyrie ne cède à aucun traitement. Au point de vue prophylactique y il faut prendre garde de ne pas administrer trop longtemps l'argent dans un but thérapeutique; dans, le cas contraire, les malades pourraient intenter au médecin un procès en dommagesintérêts.

SELS DE CHAUX. — Chez un garçon ayant avalé de la chaux vive, il survint de la fièvre, de la soif et des douleurs au pharynx et au ventre, il mourut le neuvième jour (2). Un ^utre sujet guérit en huit jours après avoir présenté des vomissements, de la fièvre, des douleurs intestinales, de la diarrhée sanguinolente, et des phlyctènes dans la bouche. Outre les symptômes précités, on a vu apparaître des convulsions chez les personnes ayant mangé des

(i) Taylor, Die Gifte., Bd I, p. d03.

{t) Amatis Lî'siTwrs, Cttraf mfff., Lip. 1507, Cent. V. Cura! 9i.

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