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ZINC

luux obsédante et sensations d'écorchure au thorax; plus tard, expectoration, diarrhée suivie de douleurs intestinales, céphalée frontale, rarement secousses musculaires, ptyalisme (1) et verlig:e. Y font suite les sueurs et le sommeil (2). Quiconque aura été atteint une fois de la Hèvre des fondeurs l'aura de nouveau, sinon même à chaque coulée. Mais je connais des fondeurs qui, lout en travaillant tous les jours au coulage des métaux, jouissent d'immunité envers cette affection. // existerait en outre une intoxication chronique par les vapeurs de zinc qui se manifeste, entre autres choses, par : vomissements après les repas, coliques, alaxie, secousses musculaires, liseré gris aux gencives et paralysies (3). Je considère quelques-uns de ces symptômes comme étant attribuables à l'action du plomb.

Lintoxication chronique par le zinc constitue un trouble général de la nutrition. L'existence de cet état est hors doute. Voici un fait qui en donnera une bonne idée. Un épileptique a absorbé pendant cinq mois 194 gr. environ A'oxydede zinc. 11 pâlit, maiçril, les traits se décomposèrent, ses facultés psychiques s'en- ^urdirent. Perte de l'appétit et des forces, ballonnement du ventre, œdème des extrémités inférieures remontant jusqu'aux genoux, aspect parcheminé de la peau. Dans ce cas on réussit à obtenir la guérison. Les vomissements souvent répétés peuvent é^lement s'observer. Chez les chiens soumis à Vintoxication ^hroniqiœ par V oxyde de zinc (à la dose quotidienne de 0 gr. o), on a vu apparaître: vomissements, faiblesse, amaigrissement, anesthésie partielle, albuminurie (jusqu'à 0,9 p. 100) et glycosurie (jusqu'à 1,7 p. 100), destruction des globules sanguins rouges et augmentation du nombre des leucocytes.

Autopsie. — L'estomac des animaux intoxiqués par le sulfate de j//icintroduit directement dans l'estomac ou appliqué sur des plaies, était enflammé et parsemé d'extravasationset d'ulcères; chez l'homme, outre ces lésions on trouva encore les parois stomacales épaissies. En cas A' intoxication grave par le chlorure de zinc^VA muqueuse des premières voies digestives est tuméfiée,

{\) Elfes, RusCf 3fag., Bd XI, p. 503. .

(i) HiRT, Handb. d. Getrerbekrank., 1874, p. 4i9.

(3) PopoFF, Berlin, klin. Wochenschv., 1873, p. 19.

détruite en partie et elle se détache des tissus sous-jaceats par grands lambeaux; les tuniques de l'estomac sont parfois épaissies et coriaces. Dans les intoxications à marche chronique, on peut trouver des ulcères superficiels de l'œsophage, la muqueuse stomacale boursouflée, d'un gris ardoisé, ulcérée ; parfois même on tombe sur.des cicatrices et des perforations stomacales. Dans un cas l'issue fatale est survenue après trois mois. La désorganisation de l'estomac était si avancée qu'il fut impossible de Fisoler; il était remplacé par une masse enflammée en forme de boudin ayant contracté des adhérences avec le péritoine. Vintoxicatioa chronique pari oxyde de zinc provoqua après dix à quinze jours chez les chiens : anémie cérébrale et médullaire, cellules ganglionnaires des cornes antérieures atrophiées et granuleuses. L'intoxication chronique par les sels solubles de zinc a donné naissance à de la néphrite parenchymateuse (1).

Recherche. — Le sulfhydrate d'ammoniaque donne un précipité blanc de sulfure de zinc; la soude caustique et l'ammoniaque, de l'hydrate de zinc blanc, soluble dans un excès du réactif; le carbonate de soude fournit un précipité de carbonate de zinc basique. Les matières vomies, l'urine, les matières fécales, les muscles, le foie, la rate seront détruits (acide chlorhydrique et chlorate de potasse), le chlore et l'acide libres seront chassés par chauffage et le résidu sera traité par l'ammoniaque et le sulfhydrate d'ammoniaque : on obtiendra de la sorte du sulfure de zinc.

Traitement de l'empoisonnement aigu par le zinc. — Lavages de l'estomac, — le cas échéant, émétique — lait chaud, solutions d'albumine (albuminate de zinc), solutions diluées de carbonate de soude ou de potasse (carbonate de zinc), médicaments contenant du tannin, par exemple alcoolé tannique (tannate de zinc). Dans les premiers jours on prescrira de préférence des aliments liquides. La fièvre des fondeurs n'exige pas de traitement particulier. Les ouvriers, dont l'état général décline à cause du métier, auront à se garantir autant que possible de l'influence nocive des vapeurs de zinc en se munissant de respirateurs contenant des substances alcalines. Au point de vue prophylactique^ on tiendra la main à

1) Helpup, Deutsche mecL Wochenschr., 1889, n^ .38, p. 782.

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ce (|ue Teau ne soit pas conservée dans des lubes galvanisés, ni dans des réservoirs en tôle zinquée.

CADMIUM. — Les composés de cadmium solubles dans l'organisme (1), tels que, par exemple, le chlorure de cadmium et le broûiure, le chlorure double de sodium et de cadmium, le sulfate^ X azotate j le carbonate et V acétate de cadmium^ sont doués de propriétés toxiques; on peut les déceler dans le sang, le foie, le cœur, le cerveau et, très rapidement, dans l'urine. Les sels de cadmium se transforment en albuminate de cadmium soluble dans Talbumine en excès et dans les chlorures alcalins. Les chiens sont tués par l'injection intraveineuse de 0 gr. 03 ou l'in- ^slion de 0 gr. 3 à 0 gr. 6, et les lapins périssent après Tingestion de 0 gr. 5 environ.

Les sels de cadmium sont phlogogènes. Quel que soit le mode d'administration, ils provoquent toujours une gastro-entérite d'intensité variable (à commencer par l'état catarrhal en allant jusqu'à la gastro-entérite ulcérée). L'absorption de ces sels provoque chez les animaux : vertige, vomissements, diarrhée, ralentissement du pouls et de la respiration, débilité, perte de connaissance, convulsions et la mort. C'est le cœur qui meurt le dernier. Uingestion des sels de cadmium donne naissance à une intoxication chronique se manifestant par des troubles digestifs et l'amaigrissement progressif de l'animal en expérience. A Vaurlopsie, on trouve une gastro-entérite, parfois des hémorrhagies sous-pleurales et des infarctus pulmonaires, le cœur et le foie surchargés de graisse, et une néphrite diffuse.

Ont été observés chez Vhomm^ à la suite de l'administration de 0 gr. 03 de sulfate de cadmium : salivation, vomituritions, vomissements opiniâtres, douleurs aux régions épigastrique et ombilicale, diarrhée ëi ténesme. En plus de la petitesse du pouls et de la prostration, le bromure de cadmium a déterminé un tableau clinique tout à fait semblable. A n'en pas douter, le cadmium participe aux troubles de l'échange des matières observés chez les ouvriers occupés dans les zinqueries (la poussière contient jusqu'à 5 p. 100 de cadmium que l'on peut obtenir par

11) Marué, Zeitschr, f, rat. Med., Bd XXIX, 1867, p. 113.

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distillation). Les carbonates alcalins et les solutions d'albumine sont les meilleurs antidotes à employer contre les empoisonnements aigus.

Recherche. — L'hydrogène sulfuré pn^.ripite du sulfure jaune de cadmium. L'urine et le sang ont-ils été détruits par l'action do l'acide chlorhydrique et du chlorate de potasse, on peut y déceler de petites quantités de cadmium en les soumettant à l'électrolyse pendant huit à dix heures. La dialyse permet de le découvrir dans le contenu stomacal et intestinal.

V empoisonnement aigu par le mercure a pour causes : homicides (calomel ou sublimé, — très difficile à reconnaître chez les petits enfants à cause de sa ressemblance avec le choléra infantile), suicides, méprises, emploi abusif (par ignorance ou d'après la prescription des charlatans) et administration thérapeutique du mercure à doses t7vp élevées ou non appropriées au cas en question (3). L'intoxication mercuriellechronique peut survenir : dans les mines de mercure, chez les étameurs de glaces, les doreurs, les ouvriers occupés à la fabrication des baromètres et des thermomètres, les ouvriers et les ouvrières qui produisent le vide dans les lampes à incandescence à l'aide des pompes à mercure, les ouvriers des capsuleries (filtration et expression du mercure fulminant et son 'mélange avec le chlorate de potasse), les individus faisant usage de teintures pour cheveux à base d'azotate de mercure, dans la fabrication des chapeaux de feutre où ce sont les feutrièresqui en sont atteintes, chez les photographes et les préparateurs d'anatomie qui se servent du mercure dans certaines circonstances (injection des lymphatiques par exemple), chez le personnel des salles de tir qui est forcé d'inspirer les vapeurs dégagées par des cartouches contenant du mercure, chez les personnes qui sont exposées à inhaler des vapeurs mercurielles dégagées dans leurs logements, par exemple par

(1) L. Lewin, Dîe Nebeimirkiuuj , d, Arsneiin., Berlin, 1899, pag. 266 à 328.

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les miroirs mal confectionnés, ou qui portent sur soi du mercure métallique pour se garer prophylactiquemeni contre les insectes, ou bien encore chez les personnes qui ont été traitées trop long*- Ipmps par des préparations mercurielles. Un de mes élèves me communique que les Lithuaniens près Tilsit, ainsi que les Russes au-delà de la frontière, achètent tous les samedis soir dans les pharmacies du mercure métallique qui est conservé dans ce but dans des plumes d'oie : ils avalent ce mercure qui leur est administré dès l'enfance- Les doses sont progressivement de plus en plus élevées (1).

Donné à l'intérieur par doses allant jusqu'à 500 gr., le mercure ùièlallique est éliminé avec les matières fécales ; parfois il provoque de la diarrhée et une stomatite, exceptionnellement il peut amener des symptômes plus graves et même la mort. Dans Tancienne littérature on trouve l'histoire de femmes qui en ont pris, sans inconvénients aucuns, par livres dans le but de provoquer ravortement. Tourmenté par la soif, le margrave Georges de Brandenbourg absorba par mégarde une bouteille pleine de mercure sans qu'il s'en ressentît. Le mercure introduit dans les canaux médullaires des os ou dans les vaisseaux peut s'encapsuler dans Ips organes éloignés, les poumons par exemple (2).

Vapeurs mercurielles. On a rapporté la mort d'une femme ayant respiré des vapeurs dégagées par 2 gr. 4 de mercure versé sur du fer chauffé au rouge (3). Des réservoirs de mercure transportés sur un bateau s'étant brisés, deux cents matelots environ respirèrent les vapeurs dégagées et tombèrent malades. Tous les animaux se trouvant sur ce bateau moururent.

L'intoxication peut aussi avoir pour cause les frictions ou les injections sous-cutanées de mercure triture avec de la graisse (onguent gris) ou les injections sous-cutanées d'huile grise (4) ; les phénomènes toxiques apparaissent parfois à la suite des frictions faites avec 10 à 15 gr.' d'onguent gris. Les animaux: brebis, vaches, etc., peuvent aussi succomber aux frictions mer-

{{) L. Lewin, Berlin, khn. Wochenschr., 1899, n» 13.

(2) Claude Bernard, /ot/r/ia/ de phys, et de chim., 1849, p. 140.

l3) Jahreiber. ûber d. ges. Med., 1877, ï, p. 401.

(4) Klien, Deutsche med. Wochenschr., 1893, p. 745.

curielles. Un chien g^uérit après avoir avalé 170 gr. d'ongueut gris, seulement il perdait ses poils.

La mort survient chez les enfants après une dose de 0 gr. 4 de chlorure mercureux (protochlorure, chlorure doux, calomel, Hg^ Cl^) et chez les adultes après 2 à 3 gr. Le séjour du calomel, par exemple dans le cœcum, peut donner naissance à des ulcérations. Chez une femme enceinte, 0 gr. 5 environ ont provoque : avortement, tuméfaction de la langue, bouffissure de la face, ulcérations linguales et plus tard cicatrices.

Voxyde de inercKve (HgO) cause des phénomènes toxiques à la dose de Ogr.5 à 0 gr. 8 et amène la mort à la dose de 1 gr. à 1 gr.r>; dans un cas l'issue fatale a eu lieu après quarante-huit heures à la suite de 30 gr. et après dix-sept heures à la suite de 2gr. La guérison fut obtenue encore après lgr.8, dans un autre cas après 10 gr. d'oxyde jaune de mercure, et après 3gr.5 d'oxyde rouge de mercure avalé avec du lait. Les vomissements apparurent au bout de trois minutes et la diarrhée après quinze minutes (1).

Uamidochlorure de mercure (précipité blanc AzH^HgCl), à la dose de 8 gr., amena la mort d'un adulte dans l'espace de sept jours. Rétablissement observé après 1 gr. 2, 2gr.4, et 6gr.

L'azotate mercurique [Hg(AzO^)'], à la dose de 1 gr. 5, provoqua la mort dans Tespace de onze jours (2).

Donné à la dose de 3 gr. 6, le sulfate mercurique (HgSO*) amena la mort dans l'espace d'une semaine.

L'empoisonnement peut aussi être produit par les vapeurs qui se dégagent quand on brûle le serpent de Pharaon (sulfocyanure de mercure) (3). On connaît aussi un cas d'empoisonnement par cette substance ingérée par mégarde à la dose de Ogr.4 : ce cas s'est terminé par la guérison.

Le cyanuy^e de mercure [Hg(CAz)^] provoque, à la dose de 0gr.l2, une intoxication grave et donne la mort à la dose de Ogr.6 à lgr.2 (4). A la dose de 5 gr. la mort n'est survenue

(1) Lee, British med, journ., 1889, II, p. 719.

(2) Prévost, Revue méd, de la Suisse rom,, 1882, p. 553 et 605, et 1883, n» 1.

(3) EuLBNBERG, Berlin, klinische Wochenschr.^ 13 nov. 1865.

(4) Moos. Virrhow's Arch,, BH XXXÎ, 1864.

que 1res lard et fut précédée de cyanose et de crampes dans un bras. ' ' •

Le sulfure de mercure (cinabre, vermillon) n'est pas toxique à l'état pur.

Le bichlorure de mercure (sublimé HgCP) administré à l'inlérieur à la dose de Og-r.lS à 0§"r.6 peut amener la mort chez les enfants dans l'espace de trois à onze heures, soit dans quelques jours (jusqu'à vingt) et chez les adultes à la suite de Ogr. 8, dans l'espace de neuf jours (1). La dose léthale moyenne peut ^tre évaluée à Ogr.5. Dans un cas, l'administration du sublimé à la dose de 8 à 12 gr. n'a amené la mort que le dix-neuvième jour; on a observé la guérison après l'ingestion de 2 gr. de sublimé en poudre (2) ou de 2 gr. 5 en solution. Les maugeujfs dopium seraient en état d'ingérer sans inconvénient jusqu'à Ig^r. 8 de sublimé par jour (3). Le sublimé peut aussi causer la mort lorsqu'il est prescrit pour Vusage externe (contre la gale, la teigne tondante, etc.). Deux femmes auxquelles on avait fiait des frictions à la cuisse avec de la pommade au sublimé (contre la gale) en moururent, l'une quatre jours et demi, l'autre six jours après la friction ; on a aussi noté des cas de mort cheis des adultes et des enfants auxquels on prescrivit des frictions à la tête avec le même onguent (7 à 10 gr. pour 30 gr. de graisse). Mort, après cinq jours, d'un enfant atteint de teigne tondante et badigeonné avec une solution alcoolique de sublimé (4); chez an autre enfant dont la cuisse lésée fut saupoudrée, parmégarde, atec du sublimé aux lieu et place d'un diapasme, la mort est survenue après quinze jours, malgré que tout le poison perceptible fût immédiatement enlevé de la plaie. Une intoxication çrave, terminée par la guérison, a été notée à la suite de l'irrigation d'une plaie avec une solution de sublimé à 0 gr.5 pour 1000 gr. d'eau (.5). Les solutions de sublimé à 1 pour 3000 et même à

(\) Baathclemy, An, d'hyg,pubi, et de méd. iégaie, 1880, p. 337.

(2) lixiNGwoRTU, London med. gazette^ 1843.

(3) RiGLKR, Die Tûrkei und deren Bewohner, B<i I, 1852.

(4) Meeres, lancet, 16 sept. J871.

(5) Demme, Centralbl.f, d, g es. Thérapie, 1886, p. 330.

Toxicologie. lî)

1 pour 5000 employées en chirurgie et en obstétrique, ont, elles aussi, causé des malheurs et quelquefois amené la mort.

Le mercure-mèthyle a provoqué la mort chez deux chimistes travaillani à sa préparation : elle est survenue après dix jours <5hez l'un et après une année chez l'autre. Ont été observés chez eux : amaurose, surdité, stomatite, salivation, anesthésie, délire, coma, ainsi que amaigrissement et démence. Chez des chiens demeurés dans une atmosphère imprégnée de mercicre^èthyle ou ayant reçu ce composé en injection sous-cutanée (à 0 gr. 1), la mort est survenue par arrêt du cœur et de la respiration. Entre autres lésions, on trouva à Vautopsie la substance corticale des reins ayant subi la dégénérescence graisseuse, et la substance médullaire la dégénérescence granuleuse.

L'action du mercure à Tétat de composé soluble se manifeste très peu de temps après son introduction, tandis que la mort a lieu après trente minutes, après des heures, soit même après des semaines. L'absorption des composés solubles et insolubles se fait par les muqueuses, les plaies et, autant qu'ils cautérisent, aussi par la peau. Appliqué sous forme d'onguent gris, le mercure peut ' s'introduire dans les follicules pileux à l'état de sel d'acide gras ou en nature, ou, comme vapeurs mercurielles, dans les poumons où elles se condensent (mercure métallique dans les poumons à la suite de frictions trop énergiques) en donnant naissance à un composé absorbable. Quant au caloniel^ il commence par se transformer en sublimé ou en albuminate mercurique, après quoi il est absorbé par Vestomac et le tissu cellulaire sous-cutané (1). Tous les composés de mercure finissent par se transformer dans l'organisme animal en un albuminate de mercure et c'est sous cette forme qu'ils circulent dans le sang, dissous grâce à la présence dans le sang des chlorures alcalins. La localisation et la répartition du mercure s'effectuent, par ordre décroissant, dans les organes et les tissus suivants : reins, foie, rate, gros intestin, intestin grêle, muscles du cœur et du squelette, poumons, cerveau, glandes salivaires, bile, os. Malgré l'opinion contraire (2), Vélimination du mercure se fait irrégn—

(1) Okttingen, De rat. qua Calomelas mutel in traçtuintest., Dorpal, iSÂS.

(2) Balzer cIKlumpkk, Revue de mèd., 4888, l. VHI, p. 303.

lièremenl(i)parl'urine; elle commencedéjà après deuxheures(2). Après l'adininistration de 1 cenligr. de sublimé, le mercure se retrouve dans l'urine pendant vingt-quatre heures consécutives. 11 est encore éliminé par l'estomac, la bile, les glandes intestinales, la salive (déjà quatre heures après une injection souscutanée de sublimé), le lait, la sueur, très rarement par la peau sous forme de mercure métallique (3). C'est une pure fable que le mercure métallique apparaissant dans l'urine. Un composé non étudié encore se trouve dans les dents des personnes auxquelles le mercure fut administré pendant un laps de temps assez long.

[J*ai eu roccasion d'attirer Tattention sur la présence d'une quantité notable d albumine dans la salive, chez les individus àifectés de stomatite mercuriellc ; et je pense qu'il s'agit, dans ce cas, d'une altération de l'épithélium des glandes salivaires comparable à celle de l'épithélium des tubuli rénaux dans la néphrite albu mineuse. Dans les deux cas, la léâion semble avoir pour cause réliminatioQ du mercure par les reins et les glandes salivaires (4)].

L'action caustique des composés solubles (sublimé, etc.) et insolubles (oxyde et iodure) est due en partie à la précipitation de lalbumine, en partie à une propriété spécifique inhérente à tous les composés mercuriels. L'albuminate de mercure détruit peu à peu les globules sanguins rouges hors de l'organisme. Ils deviennent granuleux dans le sang de la grenouille et, chez l'homme, leur nombre diminuerait sous l'influence de l'albuminate de mercure (5) (du reste, ce fait est contesté). Les animaux bien nourris ont le nombre des globules rouges augmenté malgré Tingestion des composés mercuriels prolongée même pendant une année entière (6). Cependant on a vu tout récemment l'administration du sublimé (en solution à Ogr. 1 pour 1000 gr. d'eau) produire chez les animaux un état de faiblesse générale ou la

(1) L. Lewin, Die Nebenwirk, d, Àrsneimiltel., /. c,

(i) Byasson, Journ. de Vanat. et de la Phys., 4872, p. 440.

(3) SAUfiRON et Maldobe, Bull.dethér., t. LXXl, p. 44.

(4) G. PoucHBT, Annales de dermatologie et de syphiligraphie . Août 1882.

(5) WiLBOucHBViTCH, Arck, de phys. norm,^ 1874, p. 509.

(6j ScHLESiNGBR, Arck. f, exp, Path, u, Pharmak,, Bd XIII, p. 317.

destruction dos leucocytes et la dissolution des érythrocytes (1 ). Donné à doses plus élevées, il abaisse la pression sanguine et ralentit les battements cardiaques. Quant aux phénomènes nerveux, ils ne peuvent être attribués qu'à V action chimique dt( mercure sur le cerveau. L'empoisonnement mercuriel aig^u a donné naissance, chez les animaux, à un diabète persistant plusieurs jours (2). La mort est causée par l'arrêt du cœur.

Je considère comme tout à fait arbitraire le parallèle établi entre V intoxication par les ferments et celle par le sublima; cette analogie serait inexacte en admettant même comme constant lo fait que, en cas d'intoxication aiguë par le mercure, les vaisseaux des poumons, du foie et des reins sont au plus haut degré gorgés de globules rouges et que l'on trouve ces organes imbibés de sang, qu'on y rencontre la dégénérescence granuleuse, etc. L'empoisonnement par le sublimé donnerait naissance à la formation des thrombus rouges dans le sang en circulation.

Symptômes de rempoisomiement mercuriel aigu. — Sensation de constriction au pharynx, tuméfaction des lèvres, langue grisblanchâtre (sublimé), douleurs le long de l'œsophage, cardialgie, vomissements (les matières vomies sont constituées par des masses muco-sanguinolentes en lambeaux), coliques, évacuation avec douleurs et ténesme de selles sanguinolentes contenant des lambeaux de la muqueuse, gêne de la déglutition par suite de la tuméfaction des organes contenus dans la bouche et à l'entrée du larynx, soif ardente, oligurie ou anurie pouvant persister pendant sept jours (après l'ingestion de Vamidochlorure de m£rcure) ou albuminurie, cylindrurie, hématurie, glycosurie. Tourmentés par l'insomnie, les malades restent au lit pelotonnés sur eux-mêmes, en proie au ténesme et aux vomissements, le pouls est petit, la peau est froide, cyanosée, couverte de sueurs.

Ce qui aggrave encore leur état, ce sont les troubles respiratoires causés souvent par l'œdème de la glotte; les malades s'affaiblissent progressivement, parfois il survient du hoquet, de l'anesthésie, rarement des paralysies des membres inférieurs, et

(1) Mauhel, BuU. gén. de thérap,, l. CXXIV, 4893, p. 193.

(2) Saikowski, Vivrhow's Arch., Bd XXXVI, p. 3i6.

la mort a quelquefois lieu au milieu de convulsions. Après le premier ou le second jour éclatent parfois: bronchite avec expectoration sanguinolente, ictère et, du côté de la bouche, divers phénomènes inflammatoires accompagnés d'un état fébrile : gencives couvertes d'une masse visqueuse, fétide, salivation, ulcérations à bords . dentelés et à fond bourbeux. La périostite et la nécrose du maxillaire observées quelquefois ont été attribuées à tort à la stomatite, car c'est le mercure en nature qui la provoque (1).

Le tissu osseux peut être gravement atteint par la nécrose qui cause parfois le décollement épiphysaire et même des fractures spontanées. L'abus du calomel et des autres composés mercuriels a provoqué, à plusieurs reprises, des lésions analogues dans la bouche: gangrène delà langue, des joues, etc. et adhérences cicatricielles consécutives s'opposant à l'ouverture de la bouche. Chez les femmes enceintes l'avortement est presque de règle, lifs symptômes sus-énumérés peuvent aussi survenir à la suite de remploi abusif des composes mercuriels. surtout du sublimé, en applications eœternesy à ces différences près que leur marche est plus lente, que les troubles gastriques font parfois complètement défaut et que subsistent seules les altérations du côté de la bouche ou qu'éclatent des symptômes cérébraux graves. Plus tôt sont survenus les vomissements et plus ils sont profus, plus bénin est le pronostic de V empoisonnement aigu par le mercure pris à Vintérieur.

L'usage thérapeutique des préparations mercurielles donne souvent naissance à des phénomènes morbides coïncidant avec ceux que nous venons de rappeler, mais on rencontre en plus des symptômes de toute autre nature (2).

Outre la stomatite à tous les degrés d'intensité et l'hydrargyrie du pharynx, outre les troubles plus ou moins accusés de la nutrition et de l'état général (pâleur et amaigrissement de la face, faiblesse, débilité, anémie, sommeil inquiet, angoisses, anorexie, température sub-normale ou fièvre), on voit encore apparaître :

(1) (jwalteb, Faii von Quecksilbervergiftung y Zurich, 1877, p. 60.

(2) L. Lewin, Die Nebenwivkungen der Arzneimittel ^ 1. c.

éruptions cutanées (érythème, eczéma, dermatiteérysipélatoïde, urticaire, purpura, abcès, infiltrations et tumeurs, par exemple à la suite de l'injection d'huile grise), diarrhée avec météorisme, coliques, ténesme, diurèse augmentée d'abord, diminuée ensuite, albuminurie, glycosurie, troubles de la menstruation, avortement et troubles fonctionnels du côté du système nerveux central.

INTOXICATION MERGURIELLB CHRONIQUE (1). — Elle Survient

aussi chez les animaux auxquels on administre de l'oxyde de mercure dissous dans le glycocolle (2). Malheureusement nous sommes, jusqu'à présent, hors d'état de prévenir l'hydrargyrisme professionnel qui impressionne si douloureusement tout homme susceptible. A Idria plus de 11 p. 100 des ouvriers occupés sont atteints de stomatite et de mercurialisme constitutionnel, non compris ceux qui présentent des troubles du côté de l'estomac et de l'intestin.

Sur les 160 étameurs de Fûrth, 100 (soit 60,6 p. 100) ont présenté en 1885 des signes d'hydrargyrisme très accusé; la durée de la maladie était de 54, 6 jours par tête et par année. Mais en réalité le pourcentage est encore plus élevé, la bronchite, par exemple, quoique attribuàble à l'action délétère du mercure n'ayant pas été comptée parmi les symptômes morbides de l'hydrargyrisme. Grâce à des mesures prophylactiques, le taux de la morbidité fut considérablement abaissé dans la suite (3).

Le mercurialisme chronique, qui n'épargne aucun organe, peut survenir chez les ouvriers sus-énumérés après quelques mois ou après plusieurs (10 à 27) années. Y sont surtout exposés les femmes et les sujets débiles atteints d'une affection constitutionnelle. C'est surtout durant la deuxième à la sixième année après le début du travail que s'observe le taux de morbidité le plus élevé. Les ouvriers maniant le mercure sont très prédisposés à la tuberculose. Quelques-uns d'entre eux s'accoutume— raient jusqu'à un certain degré à l'influence nocive du mercure (mercurialisme habituel). Quelques-uns des symptômes mor-

(1) KussMAUL, Unters, ùber den constit. Afercurialismus, Wûrzburg, 1861.

(2) V, Merino, Arch, f, exp, Path, u, Phavmak., Bd XHI, p. 86.

(3) WoLLNER, Mânchener med. Wochenschr,, 1891, n» 15.

mëkcure 295

bides ci-dessous peuvent survenir à l'étal isolé, disparaître et réapparaître même plusieurs mois après la cessation du travail (composés mercuriels insolubles solubilisés dans l'organisme).

1. La fièvre accompagne ordinairement l'apparition sur la peau des taches, des nodules, des pustules, etc. Voici l'ordre dans lequel éclatent les symptômes aux mines d'Idria (1) : stomatite, ulcérations buccales et pharyngées, affections gastrointestinales, éréthisme, tremblement, cachexie.

2. Les affections des voies digestives se manifestent par : angine, ramollissement, inflammation et endolorissement des gencives, ébranlement et chute des dents. Les gencives sont, dans la majorité des cas, détachées du périoste ; elles présentent dans l'interstice des dents des épaississements en forme de massues el sont parfois découpées en franges ; elles sont bordées d'un liseré pulpeux d'un gris-jaunâtre sale constitué de masses purulentes. Le mercure prescrit comme médicament peut, si son usage est trop prolongé, colorer les dents en noir. Vexamen de ces dents m'a permis d'y découvrir du mercure, La stomatite ulcéreuse peut persister une à trois semaines. Les ulcérations sont plates, superficielles, déchiquetées, en forme de couronne ajourée. La salive, augmentée de quantité, est souvent teintée par le sang; les ganglions cervicaux et les glandes salivaires sont tuméfiés. La stomatite ulcéreuse peut se transformer en une stomatite gangreneuse. La langue, extrrniement tuméfiée, est gangrenée par places, on y constate aussi des lésions diphtéroïdes.

Dans quelques cas, on a noté la nécrose de diverses parties des maxillaires et, plus tard, des adhérences cicatricielles ; par exemple, de la langue au plancher buccal, des joues aux maxillaires ; et la pseudo-ankylose des articulations temporo-maxillaires, d'où impossibilité presque totale d'ouvrir la bouche et nécessité de prendre seulement des aliments liquides. Ont été observés en outre : sensation de pesanteur et douleurs à la région épigastrique, nausées, vomissements, météorisme, diarrhée et coliques.

(i) Baaz, Wiener med. Presse, 1886, n«22et suiv.

Les joues se Creusent el on voit apparaître : agitation générale, faiblesse, débilité, syncopes survenant à tout propos, sommeil inquiet et parfois fièvre chronique. L'anémie serait accompagnée d'altérations des globules sanguins rouges (désagrégation, micro- et mégalocytes).

3. Troubles de la sensibilité {èrèthisme mercuriel). Les sujets sont agités, embarrassés, maussades, peureux, coléreux ; on peut souvent remarquer chez eux diverses phobies. S'y associent quelquefois : hallucinations, anesthésie ou hyperesthésie irrégulièrement distribuée, exagération des réflexes tendineux et musculaires, arthralgies et paralysies réflexes, troubles de la parole (psellisme mercuriel), pour la plupart sous forme de bégaiement émotionnel; en outre, pleurs spasmodiques, respiration laborieuse rappelant celle d'un asthmatique, oppression et sensation de piqûres à la poitrine, affaiblissement de l'énergie cardiaque, palpitations, néphrite interstitielle, albuminurie et très rarement glycosurie. Chez les femmes le mercure cause des troubles de la menstruation. Que les femmes manient, ellesmêmes, le mercure ou qu'elles ne soient que mariées à des ouvriers travaillant dans le mercure*, elles font très souvent des fausses-couches, ou bien les enfants sont mort-nés ou viennent au monde faibles, débiles ou sont plus tard atteints de convulsions, de rachitisme, de scrofulose et de tuberculose (1). On a vu également des vaches avorter après l'usage thérapeutique des composés mercuriels. Chez l'homme, on observe l'affaiblissement de l'appétit sexuel ou la frigidité complète.

4. Troubles moteurs. Les muscles volontaires aussi bien que ceux non soumis à la volonté sont atteints de tremblements : secousses autour de la bouche, aux paupières, aux mains, mouvements spasmodiques de l'appareil vocal (bégaiement), plus tard le tremblement et les spasmes s'emparent de groupes musculaires tout entiers, isolés ou assQciés, d'une manière permanente ou par paroxysmes jusqu'à gêner ou entraver absolument l'usage des membres, souvent aussi des muscles de la déglutition, etc. Ainsi, par exemple, les muscles de la face ne

(1) LizÉ, Journ. dechim. méd,, 1862, p. 482.

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font que grimacer, les sourcils sont froncés, les commissures des lèvres fortement élevées et tirées en dehors ; la tête vacille de tous les côtés, la langue tremblante n'obéit que difficilement aux commandements de la volonté, le malade marche les jambes écartées et en se dandinant, en butte à des mouvements involontaires et irrésistibles de propulsion, et, dès qu'il est assis, ses pieds sont animés de mouvements alternatifs de flexion et d'extension, ils exécutent au début des mouvements de pendule qui petit à petit, en s'exagérant, dégénèrent en mouvements désordonnés de sautillement et de bondissement. Les mains se comportent d'une manière analogue : un verre, par exemple, au lieu d'être porté à la bouche, l'est vers le front ou l'oreille. Certains de ces malades restent quelque temps sans présenter de mouvements spasmodiques, mais ceux-ci ne tardent pas à éclater dès que le malade ressent un courant d'air froid, ou bien dès qu'une personne étrangère entre dans la chambre où couche le malade. Dans les cas les plus graves, les mouvements spasmodiques sqnt si excessifs que le malade ne peut rester ou reposer au lit et que pour l'y maintenir couché il faut l'attacher. S'y associent parfois le vertige, la céphalée, l'insomnie et, dans le cours ultérieur de l'affection, des troubles passagers ou définitifs de la vue et de l'ouïe ; la mémoire et l'intelligence diminuent de plus en plus et le malade meurt en démence et paralysé. A vrai dire, il n existe pas d'hystérie mercurielle proprement dite. Néanmoins on l'a décrite, et l'on prétend avoir guéri par la suggestion hypnotique et le magnétisme des sujets chez lesquels l'excitation mécanique de certaines régions du corps avait provoqué des convulsions étendues. Mais, vraisemblablement, il s'agissait dans ces cas de personnes chez lesquelles le mercurialisme acquis n'a joué que le rôle d'une cause occasionnelle qui a fait éclater l'hystérie restée jusqu'alors à l'état latent. Les paralysies mercurielles véritables sont rares, plus fréquentes sont les paraplégies et les hémianesthésies. Les paralysies sont, pour la plupart, limitées; les muscles atteints, tout en étant flasques, ne sont pas atrophiés.

Les symptômes d'hydrargie peuvent persister pendant des se-

maineset même des années entières. Fréquemment, quelques-uns d'entre eux, tels que, par exemple : anémie, tremblement léguer des extrémités, vertige, etc., sont conservés et traités pendant toute la vie des malades. Le tremblement n'est que rarement la cause directe de l'issue fatale, mais on ne peut pas en dire autant du stade d'éréthisme qui peut tuer par épuisement. Le tremblement peut amener la mort lorsqu'il vient s'y joindre du délire, de la diarrhée, etc.

A l'autopsie des sujets ^norts à la suite d'empoisonnement aigu par les sels mercuriels solubles^ on a constaté les lésions suivantes : coloration gris-cendré des lèvres, de la langue, de la muqueuse du pharynx et de l'œsophage ; décollement de la muqueuse, tuméfaction de la glotte; inflammation, tuméfaction, ulcération et piqueté hémorrhagique de la muqueuse stomacale. Dans un cas d'em^poisonnement par le cyanure de mer^ cure (ne précipitant pas l'albumine) qui s'est terminé par la mort après huit jours, on a trouvé les parties supérieures de l'appareil digestif intactes, .sauf ci et là de la rougeur et de la tuméfaction. L'iléon et le cœcum se montrent souvent altérés, de sorte que les parties saines alternent avec les parties lésées ; du reste, cette alternance se rencontre aussi dans les autres portions du tractus gastro-intestinal. L'inflammation et les eschares peuvent pénétrer jusqu'à la séreuse (1). On rencontre : tuméfaction et décollement de la muqueuse, œdème, hémorrhagies, ulcères diphtéroïdes et, parfois même, des perforations. On trouve dans les parois des vaisseaux intestinaux, chez les animaux, des précipités formés de granulations sombres qui sont, à n'en pas douter, dus au sulfure de mercure, et nullement à l'albuminate mercurique.

Les reins sont atteints d'inflammation interstitielle. Dans les tubes de l'écorce sont accumulés des précipités de sels de chaux ; ces précipités sont très nets à l'examen microscopique, quoique les reins ainsi altérés ne paraissent souvent, à l'œil nu, que tuméfiés et troubles. Les sels calcaires commencent habituellement par se précipiter seulement dans les tubes droits,

(4) Maschka, PtHig. med. Wochenschr., 4884, n«» 5 et 6.

et ce n'est que plus tard qu'ils atteignent les canalicules contour^ nés. L'accumulation des sels calcaires est parfois si énorme chez le lapin, que le couteau crie en coupant le rein. Chez les chiens on n'observe que la dégénération graisseuse de l'épithélium rénal. Plus les reins sont riches en sels de chaux, plus les os sont décalcifiés. Quelques auteurs s'appuient pour contester ce fait sur ce que l'on n'a pas trouvé l'acide phosphorique ni le calcium augmentés chez les lapins ayant succombé à l'empoisonnement mercuriel aigu (1). Mais je réplique à cela que des fragments d'os plongés dans des solutions de sublimé ou d'albuminate mercurique s'appauvrissent en éléments calcaires. La calcification de l'épithélium semble primaire et nullement secondaire. Les foyers nécrosés qui se rencontrent par places dans l'épithélium rénal, ne sont pas causés par la thrombose capillaire, mais bel et bien par le sublimé s'éliminantpar les reins. On note également l'hyperhémie de la moelle osseuse (2). Peuvent aussi survenir chez les animaux : dégénérescence graisseuse du foie, ecchymoses dans le péricarde, et même parfois péritonite. Chez des vaches empoisonnées par de l'onguent gris, on put constater déjà pendant la vie- des hémorrhagies de toutes les muqueuses ainsi que dans Vorbite^ d'où propulsion en avant des globes oculaires, et après l'abattage, des hémorrhagies dans l'endocarde, les muscles, etc. On a également observé, chez Vhommej des hémorrhagies oculaires à la suite d'injections mercurielles hypodermiques (3). Dans quelques cas isolés, on a observé, à la suite d'intoxication aiguë par le sublimé (3 gr., mort au cinquième jour), outre la gangrène de la bouche et du gros intestin, de la ^ngrène du vagin.

Les lésions trouvées dans le cadavre des sujets morts (Vhydrargyrisme chronique ne sont point pathognomoniques. A Vexarnen microscopique des nerfs d'animaux auxquels on avait fait longtemps des injections de mercure dans le voisinage de ces nerfs ou qui avaient inhalé des vapeurs de mercure, on s'assura que la myéline est détruite et que le cylindre-axe nu flotte libre-

(4) BiNET, Retf. méd. de la Suisse rom., 1894, n" 3, p. 165.

(2) Heilbronn, Arch. /*. exp. Path. u. Pharmak,, Bd VHI, p. 367.

(3) GuiBERT, Société française d' ophtalmologie , 9 mai 1895.

ment dans la gaine de Schwann. Peut-être est-ce à cette lésion qu'il faut attribuer le tremblement ?

Recherche. — Sur le vivant le mercure peut être décelé pendant six mois. Chez les sujets traités par les frictions mercurielles, le métal séjournerait dans l'organisme durant des années (1). On l'a trouvé dans l'urine après huit mois, et dans le foie après une année.

Au cours des xvi« et xvii® siècles, on prétendait avoir re^ trouvé du mercure métallique dans les veines ou dans les poumons, ou dans les os après un long usage des mercuriaux.

Les composés mercuriques donnent avec la lessive de potasse un précipité d'oxyde jaune; l'iodure de potassium fournit de l'iodure mercurique rouge soluble dans un excès du réactif; l'hydrogène sulfuré précipite du sulfure de mercure noir. En présence du cuivre métallique, de la tournure de laiton, de la poussière de zinc, de l'or, tous les sels de mercure sont réduits en mercure niétallique qui précipite sur les métaux sus-énumérés et peut s'obtenir après dessiccation (dans ce but on le chauffe dans un tube en verre) sous forme d'un enduit gris.

L'urine chauffée à 60" environ, les masses fécales agitées avec de l'eau seront additionnées de Ogr.5 environ de tournure de laiton détortillée, ou de poussière de zinc (2) qu'on y laissera séjourner pendant dix à vingt minutes en agitant de temps en temps ; la tournure de laiton sera lavée à l'eau, à l'alcool et à l'éther, la masse desséchée sera portée dans un petit tube en verre à pointe effilée et on chauffera le tube. Si après avoir enlevé la tournure de laiton, on introduit dans le tube refroidi de l'iode métallique en petite quantité, que l'on chauffe et que l'on fasse passer la vapeur d'iode à travers la pointe brisée, on verra apparaître de l'iodure mercurique jaune ou rouge partout où les vapeurs d'iode rencontreront du mercure dans le tube.

Les parties cadavériques seront détruites à l'aide de l'acide chlorhydrique et du chlorate de potasse : c'est dans la solution filtrée, débarrassée du chlore et de l'acide chlorhydrique en

(1) Vajda und Pasgukis, Ueber d. Einfluss d, Quecksilbers auf. Syph., Wien, 1880.

(2) LuDwiG, Wiener med, lahrbûcher, 1877, p, 19.

excès, que sera recherché le mercure^ soit par les procédés que nous venons d'énumérer, soil par électrolyse (trois à quatre éléments de Bunsen : anode, platine laminé ; cathode, lame en or). L'amalgame d'or sera traité comme la tournure de laiton. Quant à Vanalyse qicantitatioe du mercure, on fera passer un courant d'hydrogène sulfuré à travers la solution filtrée obtenue par la destruction des substances organiques, et Ton pèsera le sulfure de mercure produit. Pour démontrer la présence des vapeurs de riiepcure dans une piêce^ on y suspendra une lame en or qui fournira de l'amalgame.

Traitement de rempoisonnement mercuriel aigu. — Lavage de la cavité du corps qui contient du mercure; albumine ou lait. Comme antidotes : charbon, limaille de fer, sulfure de fer fraîchement précipité. Dans les expériences sur les animaux, le succès ne fut obtenu que si le fer était administré simultanément avec ou immédiatement après l'ingestion du poison. Huile de ricin, entéroclysmes pénétrant le plus haut possible dans le tube intestinal (recommandable aussi contre le ténesme et les hémor-. rhagies), camphre en injection sous-cutanée, teinture de musc, sangsues à l'épigastre et aux lombes, morphine et opiacés, morceaux de glace. Contre la stomatite : gargarismes au chlorate de potasse (8^r. pour 180 gr. d'eau).

Traitement du mercurialisme chronique. — Prophylaxie : Les fabricants devront être forcés par la loi de prendre les mesures hygiéniques (v. plomb); cessation du travail dès l'apparition des premiers symptômes morbides. Traitement curatif : bains chauds, bains sulfureux, bains hydroélectriques, bains d'air chaud, soufre (Ogr.2, à Ogr. 15), iodure de potassium (2 gr. pour 150 gr. d'eau), bromure de potassium. Les lésions du maxillaire demandent à être traitées chirurgicalement. Quant au tremblement et aux autres symptômes morbides qui l'accompagnent habituellement, l'électricité, une bonne nourriture et le séjour à Tair pur les amendent parfois.

lA. Recherche du mercure. — L'action nocive intense exercée par les vapeurîi du mercure sur tous les êtres vivants, animaux et vég-étaux, placés dans son

voisinage, même relativement éloigné, était un phénomène trop certain et trop fréquemment observé pour n'avoir pas suscité des recherches tendant à infirmer les conclusions de Faraday. Ce savant avait assuré, à la suite de recherches effectuées à Taide de méthodes d'une sensibilité fort insuffisante, que les vapeurs du mercure ne formaient, au-dessus de la surface du métal générateur, qu'une couche d'épaisseur toujours très faible, tant que la température variait seulement dans des limites s'écartant peu de la moyenne de i5*. Le phénomène de l'accaparement des vapeurs de mercure par une lame d'or est bien d'une grande sensibilité en ce qui concerne la fixation rapide et complète de ces vapeurs et leur soustraction à l'atmosphère ambiante, mais si Ton se borne à l'objectivité du phénomène pour conclure à la présence ou à l'absence des vapeurs de mercure, c'est-à-dire à la simple apparence du blanchissement ou de l'intégrité de l'aspect de la lame d'or, ce caractère ne présente plus qu'un degré de sensibilité assez grossier et tout à fait insuffisant.

Les divers expérimentateurs se mirent alors à la recherche de procédés plus délicats. Parmi tous ceux qui ont été proposés, deux surtout méritent d'être retenus ; ils consistent : i® dans l'emploi de sels solubles de certains métaux qui sont réduits sous l'influence des vapeurs de mercure ; 2^ dans l'emploi de l'iode qui donne avec les vapeurs de mercure deTiodure mercurique coloré en rouge.

La sensibilité de chacun de ces procédés est considérable, à condition, toutefoisy que les opérations soient exécutées suivant certaines conditions délicates et desquelles dépendent toute la certitude et la réussite des opérations d'analyse.

i. De tous les sels des métaux précieux, V azotate d'argent ammonical est celui qui présente, de beaucoup, la sensibilité la plus grande. On pourrait môme dire que son extrême facilité à se réduire sous des influences diverses et qu'il faut savoir éliminer, ou tout au moins apprécier, CNt la plus grave obje<y tion à son emploi. A côté de lui, les nitrates d'argent et de palladium, les chlorures simples ou doubles d*or, de platine, de palladium, d'iridium, constituent autant de sels à l'aide desquels on peut préparer des papiers-réactifs d'une sensibilité encore très délicate.

Merget (i) a très nettement et exactement spécifié les conditions dans lesquelles doit être employé l'azotate d'argent ammoniacal. On ajoute de l'ammoniaque à une solution concentrée d'azotate d'argent jusqu'à redissolution complète du précipité qui prend d'abord naissance ; on dilue ensuite avec de l'eau distillée et on trace, à l'aide d'une plume d'oie et sur un papier rugueux, non collé, des lignes qui font ressortir encore plus nettement la réduction du sel argentiqueet la coloration foncée des traits impressionnés par les vapeurs de mercure. Ce papier-réactif se colore plus au moins non seulementsous l'influence de la lumière, mais encore dans l'ob.scurité, et sous la seule influence de l'action réductrice exercée par la cellulose sur le sel argentique ammoniacal. Mais,

(1 ) Mbeget, Mercure^ action physiologique, toxique tt thérapeutique, Bordeaux, 1894.

tandis que quelques secondes suffisent pour déterminer une teinte brune très accentuée dans le cas où le papier-réactif est soumis à l'influence de vapeurs mercurielies, la production d'une teinte un peu marquée exige plusieurs heures à la lumière diffuse et .un temps encore bien plus considérable dans Tobscurité. Lorsqu'il s'agit d'essais dont la durée ne dépasse pas deux ou Irois heures, l'altération spontanée du papier-réactif est tout à fait négligeable et il est d'ailleurs très facile de l'apprécier dans tous les cas en recourant à l'artifice suivant. On préparc, au moment du besoin, des bandes de papier sur lesquelles on trace des raies transversales espacées de quelques millimètres (5 à 8), on les coupe dans le sens de la longueur et on utilise l'une des moitiés pour l'expérience, tandis que l'autre est soustraite aux vapeurs de mercure mais placée d'autre part dans les mêmes conditions et joue le rôle de témoin. Dans les expériences de courte durée et bien conduites, le témoin reste intact, ce qui donne toute certitude aux résultats. Dans le cas d'expérience prolongée, le témoin peut se teinter, mais il existe alors, avec l'autre moitié de la bande de papierréactif, une différence tellement tranchée qu'il ne peut y avoir à se méprendre sur l'intervention des vapeurs mercurielles.

La coloration spontanée du papier-réactif à l'azotate d'argent ammoniacal, plus rapide sous l'influence de la lumière, consiste en une teinte rougeâtre um/brme qui met plusieurs jours à se foncer en passant au brun. Bien que l'aspect soit très modifié, la sensibilité aux vapeurs mercurielles persiste toujours et l'on peut obtenir sur ce papier, en apparence altéré, des empreintes de tous points semblables à celles que l'on réalise à l'aide de papier-réactif fraîchement préparé et qui possèdent la même valeur spécifiquement caractéristique. Dans tous les cas, cette coloration rougeâtre uniforme, j'insiste à dessein sur ce qualificatif, ne ressemble absolument en rien à la teinte brune plus ou moins foncée produite par les vapeurs de mercure et qui reste localisée au point ou la vapeur du métal a pu réagir sur le papier-réactif. Ce fait donne au procédé du fil que je vais décrire tout k l'heure, un degré de certitude aussi il)solue que possible.

Les chlorures de platine et de palladium ne subissent pas de réduction sensible de la part de la lumière ou de la cellulose et ils devront, en conséquence, être choisis lorsqu'il s'agira d'expériences d'une durée exceptionnellement lon^e.Le chlorure de palladium additionné d'un peu de chlorure de calcium dans le but de le rendre hygrométrique, constitue la solution de choix pour la préparation du papier -réactif. Il importe de faire remarquer ici que si les papiers réactifs aux chlorures de platine ou de palladium se teintent dans une atmosphère renfermant de petites quantités d'hydrogène sulfuré gazeux, il n'y a pas à tenir compte de cette cause d'altération, les vapeurs mercurielles ne pouvant coexister avec l'hydrogène sulfuré dans une même atmosphère parce qu'il se formerait du sulfure de mercure qui précipiterait immédiatement. La présence de l'hydrogène sulfuré est, de plus, facile à caractériser à l'aide des sels de plomb (v. p. 155).

2. — L'emploi de la vapeur d'iode pour caractériser le mercure a été proposé pour la première fois par Davj en 1846. Il a été Tobjet de perfectionnements successifs qui ont abouti à la méthode proposée en 1860 par Schneider et qui consiste à séparer le mercure en nature de ses dissolutions pour le soumettre ensuite à l'action de la vapeur d'iode lorsqu'il n'est pas directement reconnaissable. Le mercure est précipité des dissolutions qui le renferment au moyen d'un Tpétal tel que le cuivre ou le zinc, ou bien par voie d'électrolyse en employant comme anode une lame ou un fil de platine et comme cathode une lame ou un fil d'or. On le met en liberté en chauffant l'amalgame dans un tube effilé à son extrémité ouverte, et Ton fait ag'îr la vapeur d'iode sur le sublimé condensé dans la partie froide et effilée du tube.

Il importe desigpnaler ici une cause d'erreur qui a été mise en évidence pour la première fois parLefort en 1880, et confirmée depuis par d'autres expérimentateurs. L'arsenic est, comme le mercure, réductible dans les mêmes conditions et sous l'influence des mêmes ag'ents. Comme le mercure, il donne par volatilisation des anneaux miroitants que la vapeur d'iode colore sinon d'une manière identique, au moins de façon à permettre une erreur. C'est ainsi que l'on a prétendu déceler la présence du mercure dans l'eau minérale de Saint-Nectaire, alors qu'elle est simplement arsenicale. Cette cause d'erreur est d'autant plus importante à prendre en considération lorsqu'il s'ag'itde la recherche de quantités infinitésimales de mercure que l'on emploie fréquemment la tournure de laiton (ce produit connu en Allemag-ne sous le nom de bourre de laiton ou lamette) pour séparer le mercure de ses dissolutions salines. Or ce laiton préparé à l'aide du zinc du commerce est presque toujours arsenical.

3. — Merg-et a réussi à éviter toutes ces causes d'erreur en adoptant le manuel opératoire suivant. Les matières dans lesquelles il s'agit de rechercher la présence du mercure sont réduites en pulpe s'il s'agit de substances solides et on les fait bouillir pendant un quart d'heure avec de l'eau fortement aiguisée d'acide nitrique (1 pour 10). Mcrget s'est assuré par des essais comparatifs que ce traitement suffisait à solubiliser complètement le mercure contenu dans des fragments de viscères tels que foie, reins, poumons, etc., et que Ton obtenait les mômes résultats, pour le dosage du mercure, qu'après destruction complète des matières organiques. Dans la solution acide ainsi obtenue, le mercure est précipité au moyen d'un fil de cuivre pur, fortement recuit et bien décapé. Le degré d'acidité de la solution doit être tel que le cuivre ne se recouvre pas de bulles gazeuses au cours de son^attaque, ce à quoi l'on arrive en la saturant, au besoin, partiellement, par l'addition d'une certaine quantité de carbonate alcalin (de préférence carbonate d'ammoniaque). La solution aqueuse filtrée et réduite à un volume aussi petit que possible est alors introduite dans une éprouvette étroite qu'elle doit remplir presque complètement. On la ferme imparfaitement à l'aide d'un bouchon dans lequel on implante un ou plusieurs fils de cuivre de 1 millimètre environ de diamètre dont on fait plonger un centimètre et demi au plus dans la solution saline. Un décapage mécanique serait

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insuffisant et pourrait laisser subsister à la surface du fil une atmosphère qui risolerait plus ou moins complètement du liquide ambiant et atténuerait ainsi son pouvoir réducteur. Un décapage à Tacide nitrique suivi d*un lavag^e à grande ean et d*une immersion immédiate dans la solution mercurielle réalise les meilleures conditions. Merget recommande môme d'aplatir légèrement les fils au marteau afin de leur enlever leur forme trop régulièrement circulaire. Ce sont là tout autant de détails de technique opératoire qui peuvent paraître futiles au premier abord, mais de Texécutipn desquels dépend, pour une bonne part, le succès de l'opération. L'immersion doit ôtre plus ou moins prolongée, suivant que l'on opère sur des solutions plus ou moins riches en mercure. 11 est, dans tous les cas, inutile de lui faire dépasser une durée de trente-six heures.

Lorsqu'on juge que la précipitation du mercure est complète, on retire le fil de cuivre, on le lave à plusieurs reprises avec de l'eau distillée, puis avec de l'alcool et enfin de l'éther pour le sécher complètement en l'agitant à l'air, on le décape mécaniquement dans la portion située au-dessus de la partie immergée et on le fait agir sur du papier à l'azotate d'argent ammoniacal. Ce papier-réacti/ doit avoir été préparé par élendage uniforme au pinceau ou au tampon de la solution d'azotate d'argent ammoniacal et desséché dans l'obscurité. On le découpe en bandes de deux à trois centimètres de largeur sur cinq à six de longueur que l'on replie la surface sensibilisée en dedans. On introduit dans cette bande de papier replié le fil de cuivre amalgamé sur une partie de sa longueur, en avant soin de l'isoler du contact direct avec le papier-réactif par interposition de plusieurs épaisseurs de papier de soie, de façon à éviter la réduction du réactif par le contact direct du cuivre. On intercale ensuite le tout entre les feuillets d'un livre ou entre descahiers de papier à filtrer spécialement préparés à cet effet et que ron maintient sous une faible pression. En ouvrant de temps en temps les plis et sans déranger les fils, on peut, très nettement et très facilement, suivre les progrès croissants de la réaction produite par les vapeurs mercurielles qui traversent le papier de soie autour de la portion du fil qui a été immergée et qui viennent provoquer la réduction de l'azotate d'argent ammoniacal. Cette réaction, presque instantanée quand l'amalgamation a été tant soit peu considérable, ne se manifeste qu'après quelques minutes lorsqu'elle a été faible. Elle se traduit, sur chacun des deux feuillets du pli du papier-réactif, par Tapparition d'une tache, de plus en plus accentuée comme teinte, et qui se montre exactement en regard de la portion amalgamée (c'est-à-dire immergée) du fil de cuivre, en produisant une empreinte à contours estompés. L'expérience se trouve contrôlée par ce fait môme que la portion du fil de cuivre qui n'a pas été plongée dans la solution mercurielle ne détermine la formation d'aucune tache ou coloration. D'autre part, la localisation môme de la teinte reproduisant l'empreinte du fil ne peut laisser admettre l'altération spontanée du papierréactif qui devrait, dans ce cas, se colorer uniformément sur toute sa surface. Dans les conditions rigoureuses où l'essai a dû ôtre pratiqué, les empreintes sont dues à l'action d'un corps volatil provenant de la portion immergée du fil. Toxicologie. 20

ei ce corps ne peut être que du mercure, car l'arsenic, avec lequel seul la confusion serait possible, n'émet pas de vapeurs en quantité sensible à la temprrature ambiante, ou bien, en admettant môme qu'il pût se vaporiser en proportions infinitésimales, ses vapeurs sont absolument dépourvues de la propriété d'impressionner le papier-réactif à l'azotate d'argent ammoniacal.

Le mode de développement des empreintes formées sous l'influence du mercure sur le papier-réactif à l'azotate d'argent ammoniacal, la régularité qu'elles affectent dans là succession de leurs teintes* l'invariabilité de leur t^^pe les rendent absolument spécifiques et leur donnent un caractère de parfaite certitude, à la seule condition qu'elles aient été obtennes en observant rigoureusement les prescriptions précédemment décrites. Ces empreintes peuvent, en outre, être fixées, comme une épreuve photographique, à l'aide de Thyposulfitc de soude et renforcées par virage à l'or, au platineetau palladium ; de sorte que l'on peut conserver les résultats tangibles des expériences et les comparer constamment entre eux et avec des types.

Des longues et patientes recherches de Merget, il résulte que ce procédé est le plus sensible de tous pour déceler, et doser même au besoin, la présence de très faibles quantités de mercure. Il donne encore des résultats positifs avec 0 mgr. 01 (un centième de milligramme) de mercure dissous dans 100 ce. de liquide, alors que les procédés de Schneider et de Mayer ne permettent pas de reconnaître sa présence au-dessous de 0 mgr. 075 dans les mêmes conditions de dilution. A ce titre, il est vrai, les empreintes sont très faiblement marquées, mais elles deviennent absolument nettes et indiscutables, avec 0 mgr. 02 de mercure en dissolution dans ce même volume de 100 ce. ; c'est-à-dire, en d'autres termes, que le mercure *est aisément et nettement décelable dans une solution au cinq-millionième. Si, au lieu de soumettre simplement la liqueur mercuriellc à l'action réductrice du fil de cuivre, on l'électrolyse, en se servant d'une lame de platine comme anode et d'une lame d'or comme cathode, puis que l'on fasse agir ensuite la lame d'or sur le papier réactif à l'azotate d'argent ammoniacal, il n'y a pour ainsi dire pas de trace de mercure, si infinitésimale qu'elle puisse être, que l'on ne parvienne à révéler et, dans ce cas, les empreintes sont encore très apparentes avec une dilution au dix-millionième. On peut également utiliser la méthode de Flandin (écoulement, goutte à goutte, de la solution mercurielle le long du fil) pour amener plus efficacement et plus rapidement toutes les molécules de la solution mercurielle en contact avec le fil de cuivre réducteur.

B. Action des vapeurs de mercure. — L'action nocive des vapeurs de mercure était connue dès la plus haute antiquité. Dioscoride, parlant de l'exploitation des mines de mercure en Espagne, rapporte que les ouvriers se recouvraient le visage d'un masque fait avec une vessie pour se préserver des vapeurs suffocantes dégagées pendant les opérations. Cette influence nocive des vapeurs fut étendue jusqu'au mercure lui-même que Dioscoride accuse de tuer lorsqu'on le prend à l'intérieur parce qu'il déchire les viscères en raison de son poids, et que

Gaiieri place au premier rang des substances ennemies du corps humain et ne devant jamais figurer dans aucun médicament, en aussi faibles proportions que ce soit. 11 fallut arriver jusqu'au x« siècle pour que les travaux des médecins arabes missent fin à ces préventions en montrant l'innocuité du mercure coulant. Rhazès la démontra en expérimentant sur un singe auquel il fit ingérer, sans inconvénient, d'assez fortes doses de ce métal. Une épigramme d'Ausone avait cependant déjà mentionné une tentative d'empoisonnement efiFectuée sans succès par ingestion de mercure, mais ce fait avait échappé à l'attention des médecins grecs et romains. Je rappelle à ce propos que c'est à Rhazès et à Mesuë que l'on doit les premières formules d'onguents mercuriels.

Desbois, de Rochefort, cite la mode, adoptée au commencement du xviii* siècle à Londres et à Edimbourg, d'ingérer tous les matins 5 à 10 gr. de mercure métallique pour prévenir la goutte, la pierre, la gravelle. Sa vogue, prolongée pendant plusieurs années, est bien de nature à prouver sa complète innocuité. Uoe autre preuve de l'indififérence absolue du mercure métallique lorsqu'il n'est pas à l'état de vapeurs résulte de cette observation, bien des fois répétée : lorsque les ouvriers des mines de mercure veulent soustraire impunément ce métal, ils en avalent de très fortes proportions et le récupèrent parmi les produits d'évacuation des selles, sans que cette pratique, très fréquemment renouvelée par quelques-uns, ait jamais entraîné pour eux le moindre inconvénient.

Pour que le mercure puisse être absorbé et subir les métamorphoses qui, le transformant en sels solubles, le rendront violemment offensif, il faut, comme celarésulte des expériences de Rindfleisch (i ) que la muqueuse soit le siège d'une inflammation plus ou moins intense, ou d'ulcérations. Ce savant administrait à des chiens du mercure métallique sous forme de pilules de mercure divisé, et il put constater la présence du métal dans les leucocytes des glandes mésentériques seulement quand la muqueuse intestinale était exulcéréè. Et, point fort important, quand il put observer ces ulcérations, elles se présentaient avec un type bien défini, présentant tous les caractères de celles résultant de l'action du chlorure mercurique ; d'où il faut conclure que c'est précisément cette formation partielle de sublimé qui ouvre la voie à l'absorption du mercure métallique. Un certain nombre d'agents chimiques favorisent d'ailleurs l'attaque du mercure extrêmement divisé, et les conditions voulues pour la formation de chlorure mercurique sont aisément réalisées dans tous les points de l'organisme animal, grâce à la présence du chlorure de sodium. Je reviendrai tout à l'heure sur ce point.

Avec Avicenne apparaissent, en même temps que les premières notions thérapeutiques sur l'emploi des vapeurs de mercure, les premières indications précises relativement à leur action toxique : paralysies, tremblements, mouvements convulsifs, fétidité de l'haleine sont autant de symptômes signalés nettement par cet observateur. Constantin l'Africain signale et observe très exacte-

(1) RiNDFLfiiscH, Arch, fûrpath.Anat.y 1860,'t, XXII,

308 POISONS mORGANIQURS

ment les effets des vapeurs mercurielles isolées et introduit le premier en Europe, eu 1087, Tusage du mercure et des médicaments empruntés à ce métal. L'ahus des frictions et surtout des fumig>ations mercurielles, remarquable principalement à la fin du xv^ et au début du xvi* siècles, lors de Textension à allure épidémique de la syphilis, contribua à mettre hors de toute contestation Tinfluence nocive des vapeurs de mercure, mais, en même temps, compliqua la question par l'intervention de causes adjuvantes telles que : existence d*autres produits volatils, rancidité des produits mis au contact de Tépiderme et déterminant son efifraction, condensation partielle du mercure sous forme de vésicules d'une ténuité extrême et à un état de division facilitant son absorption et la formation de sels solubles, toutes conditions qui n*ont pas été nettement et exactement séparées de Taction exclusive des vapeurs de mercure avant les remarquables et persévérantes recherches de Merget. Cette action des vapeurs mercurielles fut étudiée surtout, à partir du milieu du xvi® siècle, chez les ouvriers des mines de mercure, les doreurs et les autres artisans que leur profession exposaità l'inhalation ou au contact du mercure et de ses composés. Mais, ici encore, les faits se compliquaient de l'inhalation de fines poussières; et il faut arriver jusqu'au fait si démonstratif arrivé sur le vaisseau anglais le Triumphj pour voir des accidents plus ou moins graves, quelques-uns même mortels, provoqués exclusivement par des vapeurs de mercure et dans des conditions telles que la sursaturation et la condensation partielles fussent impossibles.

Dans ce cas, en effet, ces accidents étaient dus, exclusivement ^ à l'action du mercure volatilisé à la température ordinaire et introduit sous cette forme de vapeurs dans des organismes dont la température, supérieure à celle de l'atmosphère ambiante, ne permettait pas la condensation.

Cette observation a été le point de départ de recherches entreprises en 1821 par Gaspard, sur des œufs, des germes et des fœtus à diverses phases de leur évolution. Ses expériences aboutirent à la démonstration certaine de l'influence toxique exercée par les seules vapeurs du mercure.

Les travaux de Mialhe, de Voït, de Blomberg et d'Overbeck, pour ne citer que les principaux, tout en apportant de précieux éléments nouveaux d'interprétation relativement à l'action toxique exercée par les mercuriaux introduits dans Torganisme, vinrent en quelque sorte embrouiller de nouveau cette question des vapeurs mercurielles en confondant, comme on l'avait fait déjà, Taction due à l'influence des sels de mercure avec celle des vapeurs de ce métal. On engloba sous la dénomination de mergurialisme ces deux ordres d'effets dont Merget s'efforça, au contraire, de faire ressortir les différences. De très précis et utiles éléments d'appréciation résultaient cependant de travaux publiés par différents observateurs, tels que le mémoire de Mérat(l) et ceux dus aux savants

(I)Merat, Mémoire sur le tremblement auquel sont surjettes les personnes qui emploient le mercure. Journal de médecine^ 1804, et article Tremblement mercuriel (Dicl. des Se, méd., t. IV, 4821).

allemands qui pouvaient observer de nombreux cas de mercurialisme professionnel dans les services hospitaliers de centres industriels importants comme les raines d'Idria et les {grandes fabriques de glaces de Furth, d'Erlang-en, de Prague et du Bomerwald. Ces derniers travaux ont été utilisés par Kûssmaul dans son traité du mercurtcdisme constitutionnel (i).

Il est cependant indispensable de tenir compte du mécanisme par l'intermédiaire duquel le mercure pénètre dans Torganisme, et ce mécanisme peut être réduit à deux modes produisant des effets toxiques très dififérents. Le métal peut être introduit à Tétat de sel, soit directement, soit par suite de la transformation de particules métalliques dans un état de division extrême en sels solubles sous Tinfluence des composés chimiques contenus dans les sécrétions ou les divers tissus ; ou bien le métal peut être introduit à Tétat de vapeurs conservant cette constitution physique de fluide élastique. L'absorption du mercure et de ses composés par les voies digestives, l'inhalation des poussières, celle des vapeurs métalliques émises à température élevée et subissant par ce fait une condensation au moins partielle en arrivant à la température de l'organisme rentrent dans le premier cas. L'inhalation des vapeurs métalliques émises à la température ordinaire et au-dessous réalise seule les conditions permettant au mercure de se maintenir à l'état gazeux, l'échaufiFement qu'elles subissent en pénétrant dans les organismes sur lesquels elles vont agir s'opposant à leur condensation.

La vaporisation du mercure est un phénomène continu qui n'est même pas interrompu par la solidification du métal. Les vapeurs émises ont un pouvoir de dififasion considérable dont la valeur, sans être exactement mesurable, paraît cependant ne pas trop s'écarter de Tordre de grandeur que lui assignent, à prioriy les déductions de la théorie dynamique des gaz. Des faits extrêmement probants concordent avec ces considérations. Dans des locaux très vastes et très élevés, on peut déceler la présence des vapeurs de mercure uniformément disséminées depuis le plancher jusqu'au pin fond ; et cela, même avec des surfaces évaporatoires de faible étendue. Merget rapporte avoir très nettement démontré leur existence dans l'atmosphère d'un grand amphithéâtre de cours publics d'une capacité de 2500 mètres cubes et contenant une cuve à mercure : cette cuve étant restée découverte pendant trois jours, la présence des vapeurs de mercure fut constatée dans tous les points de la salle. Le même expérimentateur put en démontrer également la présence dans toutes les pièces d'un bâtiment qui renfermait on atelier d'étamage de glaces. Le pouvoir difFusif des vapeurs mercurielles est tellement considérable, en raison de la vitesse avec laquelle se meuvent leurs molécules, que des obstacles d'apparence insurmontables, tels que du bois (dans le sens des fibres), de la pierre, du plâtre, des briques, des étoffes, du papier n'arrêtent pas cette diffusion qui est à peine retardée par eux. On a rapporté d'assez nombreux exemples d'intoxications provoquées par des vapeurs de

(i) Kûssmaul, Untersuch, ûber die constit, Mercur., Wurzburg, 1861.

mercure chez des individus habitant des pièces contiguës ou voisines d'ateliers où s'employait ce métal. Bien plus, certains corps poreux exercent sur les vapeurs mercurielles une action condensante tout à fait identique à celle qu'ils exercent sur les autres fluides élastiques et sont capables de les restituer ensuite au milieu ambiant, soit lorsqu'on les place dans une atmosphère non saturée, soit lorsqu'on les chaufiFe : ils peuvent, dans ces conditions, devenir la cause d'accidents dont l'origine est parfois bien difficile à soupçonner.

Il est d'ailleurs plutôt rare de trouver, dans la pratique, des accidents dus exclusivement à l'action des vapeurs mercurielles; il y a bien plus souvent confusion des accidents provoqués par l'influence des poussières ou de l'ingestion des mercuriaux avec ceux déterminés par les vapeurs seules. Lorsque le mercure est introduit dans l'organisme par le fait de son maniement habituel ou qu'il est inhalé sous forme de fines poussières, il n'y pénètre qu'à l'état de combinaisons ; et nous verrons plus tard quelle est la succession des phénomènes qui caractérise ce mode d'introduction. Il est, dans tous les cas, certaines manifestations qu'il faut se garder de confondre avec les accidents toxiques provoqués par le mercure, qu'il agisse à l'état de vapeurs ou à l'état de combinaisons saKnes, ce sont les phénomènes inflammatoires, dont le retentissement peut s'étendre au reste de l'économie et provoquer ainsi des troubles généraux assez graves pour déterminer la mort à échéance plus ou moins prochaine. Les vapeurs mercurielles condensées en très fines particules, ou bien les fines poussières jouant le rôle de corps étrangers, dans la production de ces phénomènes inflammatoires, n'entrent pour rien, en tant que mercure, dans ces manifestations de nature purement traumatique ; et les conséquences qui en découlent ne sauraient être imputables aux vapeurs ou aux autres composés mercuriels. Au contraire, certains phénomènes sont, avec toute certitude, imputables à l'absorption des mercuriaux mais non plus à l'état exclusif de vapeurs métalliques : tels sont la stomatite et la salivation provoquées par l'inhalation des poussières, les troubles gastro-intestinaux provoqués par l'ingestion.

11 eût été impossible, sans l'intervention des résultats de l'expérimentation physiologique, de faire la part qui revient à chacune de ces causes dans les manifestations, parfois extrêmement complexes, qui caractérisent l'intoxication mercuriellesubaiguë et chronique. Il y a, la plupart du temps, une véritable confusion entre les phénomènes déterminés par l'absorption des vapeurs métalliques et ceux qui relèvent de l'introduction dans l'économie de composés mercuriels solubles, sans compter les phénomènes accessoires de traumatisme que je viens de rappeler. Une expérimentation sagace et rigoureusement conduite pouvait seule dissocier ces phénomènes et déterminer leur influence particulière. La technique expérimentale employée par Merget lui a permis de réaliser les conditions dans lesquelles pouvait s'exercer exclusivement l'influence des vapeurs métalliques en utilisant les vapeurs émises par des toiles imprégnées de mercure réduit très divisé ou, mieux encore, par des lames de cuivre amalgamées. Ces vapeurs, intimement mélangées à l'air ambiant, parti-

cipent alors aux échanges gazeux de l'appareil pulmonaire et leur mode de pénétration dans le sang ne diffère en aucune façon de celui des gaz qu'elles accompagnent. Merget a démontré la présence de vapeurs mercurielles dans le sang des animaux en le faisant chauffer avec de l'acide nitrique et en suivant la méthode précédemment décrite. Ce fait que la présence du mercure ne peut être démontrée dans le sang s'il n'a pas été préalablement traité, à l'ébullition, par l'acide nitrique montre bien qu'il s'agit de mercure à l'état de vapeur et non pas d'un sel ou n'importe quel autre composé soluble qui aurait pris naissance par attaque du mercure sous l'influence des divers agents chimiques avec lesquels il s'est trouvé en contact. Si on laisse séjourner du sang défibriné ou du sérum sur du mercure parfaitement purifié, qu'on décante ensuite ces liquides avec soin et qu'on les traite par les réactifs les plus sensibles des sels mercuriels, les résultats obtenus sont constamment négatifs. Mais il n'en est pins de même si le liquide soumis à l'analyse est préalablement traité par l'acide nitrique bouillant ou parle chlorate de potasse et l'acide chlorhydrique ; il donne alors très nettement la réaction caractéristique du mercure par le procédé du fil de cuivre et du papier à l'azotate d'argent ammoniacal. Le sang et le sérum ayant séjourné seulement 24 heures sur du mercure en contiennent des proportions facilement appréciables et qui vont en augmentant, comme on peut en juger par la teinte de plus en plus foncée des empreintes, à mesure que la durée du séjour se prolonge. Cette augmentation atteint promptement sa limite, d'ailleurs peu élevée, par agitation du mélange.

11 en est de même pour Veau mercurielle ou décoction mercurielle qui ne donne rien lorsqu'on l'essaye directement par les réactifs propres à déceler la présence des sels mercuriels, tandis qu'elle est très nettement sensible à ces mêmes réactifs lorsqu'elle a été préalablement traitée par l'acide nitrique ou parle chlore et le chlorure d'ammonium, ce qui permet la métamorphose du métal en composés splubles.

Dans ces cas, qu'il s'agisse du sang des animaux, du sérum ou de l'eau, le mercure existe en mélange à l'état de vapeurs diffu^éeSy comme l'ont prouvé les expériences de Merget sur le sang et celles de plusieurs observateurs, notamment de Royer qui a pu démontrer que les vapeurs mercurielles se diffusent dans les liquides comme dans les gaz (i). .

A la condition que la respiration de ces vapeurs s'opère d'une manière continue, elles manifestent toujours une action mortelle sur les animaux; et leur toxicité est d'autant plus considérable que leur abondance est plus grande. La toxicité des vapeurs mercurielles émises à saturation à des températures plus basses que celles des organismes dans lesquels elles pénètrent se manifeste par des accidents d'autant plus intenses et plus hâtifs que les animaux sont de plus petite taille (les cobayes et les petits oiseaux se montrent particulièrement

(1) Royer, Mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux, t. IV, 2c série.

susceptibles) et, en ce qui concerne les animaux d'une même espèce, la résistance à Taction toxique est d'autant moindre que les animaux sont plus jeunes.

Les symptômes déterminés par cette forme d'intoxication sont les suivants : i*^ amaig'rissement rapide, d'autant plus prononcé que la respiration est plus active, et se produisant malg^ré la persistance de l'appétit : on constate eu môme temps une déperdition plus considérable d*azote par la sécrétion urinaire dont la quantité est ég'alement augmentée, ce qui prouve une suractivité dans les combustions et les échanges intimes des tissus ; 2° tremblements, agitation et convulsions sans rythme bien caractérisé, atteignant tous les membres, mais d'abord et à un degré très marqué les membres postérieurs, et qui sont d'autant plus prononcés que la mort est plus prochaine ; 3" paralysie précédée d*alaxie. Jamais on n'observe, même au plus faible degré, ni stomatite, ni salivation, ni manifestations gastro-intestinales telles que vomissements ou diarrhée. D'ailleurs la nécropsie aboutit à des constatations absolument négatives ; tous les organes : poumons, foie, reins, intestins, rate, cerveau, moelle, nerfs se montrent dans un état d'intégrité parfaiteaussi bien à l'œil nu qu'à l'examen microscopique. Les globules sanguins conservent leur forme et leur couleur, leur nombre ne varie pas sensiblement, le sang n'est nullement altéré. Cette absence de lésions paraît ôtre une particularité symptomatiquement caractéristique de l'intoxication par les vapeurs mercurielles émises à basse température et agissant exclusivement à l'état de fluide gazeux, sans mélange possible de gouttelettes liquides provenant de leur condensation. Ces vapeurs mercurielles réalisent essentiellement un poison du système nerveux, mais on ne sait pas encore par quel mécanisme le système nerveux se trouve si profondément troublé dans l'exercice de ses propriétés fonctionnelles. Elles agissent leatement sur les animaux de grande taille et les accidents nerveux, à leur début, cèdent assez facilement et d'une façon rapide quand les animaux sont replacés dans l'air pur. La respiration intermittente de ces vapeurs semble à peu près iaoffensive ; et elles cessent même d'être toxiques, quoique respirées avec continuité, lorsqu'elles sont émises en proportions suffisamment faibles.

Ces faits expérimentaux, ont permis d'interpréter des observations, en apparence paradoxales, de Mercurialisme constitutionnel ou professionnel dans lesquelles on voyait des sujets, affectés de tremblements à plusieurs reprises, n'avoir jamais présenté de stomatite, de salivation, de troubles gastro-intestinaux et d'autres se montrer comme des individus bien portapts, après trente ans et plus de travail au contact de vapeurs de mercure, ainsi que Roussel, confirmant d'ailleurs une observation déjà faite autrefois par A. de Jussieu (i), l'a rapporté au sujet d'un certain nombre des mineurs d'Almaden. Rappelons encore à ce sujet qu'Antonio de Ulloa, parlant des mineurs de l'Amérique du Sud, rapporte que ces ouvriers quittent la mine dès qu'ils sont pris de tremble-

{i) A. DE Jussieu, ffist. de VAcad. roy. des Sciences pour Vannée 4719, p. 359, 4724 ;- Roussel, Lettres médicales sur V Espagne, in Union médicale, 4848.

ment et vont travailler la terre dans une vallée dont la température élevée pro* voque chez eux une sudation abondante, ce qui leur permet de se remettre promptement et de revenir à leur travail primitif.

Au contraire, l'action du mercure métallique introduit dans la circulation à l'état de division extrême, de façon à ne pas provoquer d*embolies avec toutes les conséquences qui en découlent, est nulle ou du moins sans effets immédiats, comme le prouvent constamment les injections veineuses ou artérielles de mercure à l'état de division convenable. On peut constater Taccumulation du métal dans certains org'anes, ainsi que son élimination par les diverses sécrétions glandulaires, sans qu'il en résulte le moindre trouble fonctionnel. Seule, Tadministration de mercure long'temps continuée par ce procédé finit par déterminer une action toxique sur le système nerveux et l'apparition du tremblement s^^mptomatique. Ce cas rentre alors dans celui de l'absorption exclusive des vapeurs mercurielles, la saturation toxique s'étant produite sous l'influence de la conti« nuité de la vaporisation du mercure disséminé dans l'organisme.

Les vapeurs de mercure ne peuvent pénétrer à travers la peau intacte, comme le prouve l'expérience suivante de Merget, confirmant et perfectionnant une expérience antérieure de Fleischerd'Erlangen ; il introduisit dans des flacons à col étroit du mercure très finement divisé ou réduit par réaction chimique à la surface de corps poreux, capable, par conséquent, d'émettre d'abondantes vapeurs à la température ordinaire; ces flacons étaient hermétiquement bouchés à l'aide de frag:ments de peau de lapin, et des papiers- réactifs au chlorure de palladium et à l'azotate d'argent ammoniacal, placés au-dessus de ces obturateurs, ne donnaient absolument aucun indice de réaction. Lorsque les vapeurs de mercure peuvent subir une condensation partielle, par exemple, lorsqu'elles ont été émises à haute température et que les téguments jouent, par rapport à elles, le rdle de corps froid, on a pensé (et telle était l'opinion de Gubler) que les gouttelettes, à l'état d'extrême division, condensées sur les parois des cavités et des conduits des glandes cutanées à l'intérieur desquelles les vapeurs s'étaient introduites par diffusion, se transformaient en sels solubles sous l'influence des agents chimiques contenus dans les sécrétions fournies par les organes glanduleux de la peau ; mais Merget estime que cette attaque, cette solubilisation du mercure est au moins contestable, et que, si elle se produit, elle est toujours assez faible et assez lente pour rendre à peu près nul le danger d'absorption qui en résulterait. Les expériences de Fûrbringer ont démontré que, contrairement à l'opinion soutenue par Gubler, les vapeurs mercurielles même émises à haute températi^re, c'est-à-dire avec un excès de tension accroissant considérablement leur puissance de diffusibilité, sont incapables de pénétrer dans les cavités glandulaires de la peau (1). L'avant-bras, préalablement desséché avec soin, d'un individu qui voulut bien se prêter à cette expérience, fut exposé,

(i) FûRBRiNGBB, fUêorpLund Wirk.desreg. Quecks, dergraue Salbe, Virchov's Archiv., Bd LXXXH, p. 491.

pendant un temps assez long* aux vapeursde mercure chauffe. La peau se recouvrit d'un dépôt gris-clair, au milieu duquel on disting'uaità la loupe, principalement au fond des sillons épidermiques, de petits g'iobules miroitants ; cette sorte de voile gris, examiné au microscope, se montra composé d'une quantité considérable de fines g'outtelettes mercurielles. Après un nettoyag-e aussi parfait que possible de la surface cutanée, un petit lambeau de peau fut excisé, plong'é immédiatement dans de Talcool absolu, et les coupes pratiquées sur ce lambeau, rendues transparentes par immersion dans la glycérine additionnée d*acide acétique ou dans une solution de potasse, furent soumises à Texamen microscopique. Fûrbringer trouva des globules de mercure isolés, adhérents à la surface externe de Tépiderme et qui étaient des restes du dépôt primitif, mais il ne put en découvrir ni entre les cellules de la couche cornée, ni dans le réseau de Malpighi, ni dans les canaux excréteurs des glandes cutanées, ni dans les follicules pileux. Ces vapeurs se condensent donc exclusivement sur la surface épidermique, et Merget assure que les gouttelettes provenant de cette condensation ne sont absorbées ni mécaniquement, ni chimiquement.'Pour que l'absorption puisse se produire, il est indispensable quele tégument cutané soit plusou moins énergiquement lésé ; et une irritation, même assez faible, de la peau, suffit pour déterminer un commencement d'absorption. J'ai déjà exposé les résultats des observations, très probantes, faites à ce sujet par Rindfleisch sur la muqueuse de l'intestin chez les chiens.

C'est par la muqueuse pulmonaire que se fait l'absorption des vapeurs mercurielles, les autres muqueuses jouant un rôle, sinon absolument nul, du moins tout à fait négligeable. Mais tandis que certains savants, avec Mialhe, Overbeck, Gubler, estiment que ces vapeurs, introduites dans le sang grâce aux échanges gazeux respiratoires y trouvent des conditions les rendant attaquables et susceptibles de fournir des composés solubles se transformant finalement en chloralbuminates, d'autres, avec Lewald, Michaelis, Hermann, Kirchgasser, Fûrbringer, nient toute possibilité d'échanges gazeux entre les fluides élastiques du sang et les vapeurs mercurielles par suite de la faible tension de ces dernières, et ils en reviennent à Thypothèse d'une condensation en gouttelettes très fines sur la muqueuse pulmonaire, gouttelettes qui seraient alors solubilisées par les agents chimiques contenus dans les sécrétions glandulaires, aidés des conditions physico-chimiques permettant leur oxydation. Nothnagel et Rossbach, adoptant une opinion mixte, pensent que le mercure introduit dans le sang par inhalation des vapeurs se transforme pour une part en albuminates solubles, tandis que l'autre partie reste à l'état métallique susceptible de reparaître tel dans les sécrétions et les excrétions. Les expériences de Merget ont nettement démontré qu'il ne pouvait y avoir condensation que lorsque l'élément anatomique avec lequel la vapeur de mercure venait en contact jouait le rôle d'un corps froid ; aucune muqueuse ne possède un pouvoir condensant spécifique, et à cet égard, les essais pratiqués à l'aide de diverses membranes, animales ou végétales, de tranches de poumons frais de chiens.

de lapins, d'oiseaux ont fourni des résultats tout à fait probants. Le même sa- Tant fait remarquer que, relativement à la di£Fusion des gaz, ça n'est pas la teDsion qui joue le rôle prépondérant, mais la vitesse de translation des molécules, et que cette vitesse atteignant 180 mètres par seconde pour les vapeurs mercurielles est d'un ordre de grandeur qui la rend comparable à celle des autres gaz : on ne peut donc établir de différence entre les gaz du sang et les vapeurs mercurielles en ce qui regarde la production des phénomènes d'échange par voie de diffusion réciproque et il n'y a pas de raison qui puisse faire refuser d'admettre qu'elles participent, comme l'air inspiré, aux échanges. gazeux respiratoires. Mergeta d'ailleurs démontré expérimentalement que l'épithéliumpulmonaire est directement perméable aux vapeurs mercurielles comme il l'est aux gaz contenus dans l'atmosphère.

Pour cet observateur, le mercure en vapeur circulerait à cet état dans l'organisme où il ne subirait aucune modification, comme le prouve notamment la différence des plus tranchées entre l'absence des phénomènes toxiques ou seulement offensifs immédiats après l'introduction dans l'économie du mercure parfaitement pur, soit à l'état de métal, soit à l'état de vapeur, et les manifestations toxiques toujours très graves succédant rapidement à l'introduction des composés mercuriels susceptibles de se solubiliser. Le sang n'est altéré ni dans sa constitution chimique ni dans sa constitution histologique par le mercure liquide ou à l'état de vapeur, et, quand le sang est saturé de vapeurs mercurielles, ce qui arrive rapidement, le mercure en excès tend à se fixer dans la trame des tissus auxquels ce sang le cède par diffusion d'autant plus marquée que le point de saturation est plus proche. En d'autres termes, les vapeurs mercurielles pénètrent, par la voie de la circulation sanguine, dans tous les territoires de l'économie et il semble que l'élimination se fasse à ce même état de vapeurs par les différents émonctoires, pourvu que le point de sursaturation ne soit pas dépassé. Les reins, le foie et les poumons des animaux intoxiqués par le mercure à l'état de vapeurs ne contiennent pas la moindre trace de sels soluhks de ce métal qui reste intimement fixé dans les éléments cellulaires d'où il ne peut être retiré que par l'attaque au moyen de l'acide nitrique bouillant ou du mélange d'acide chlorhydrique et de chlorate de potassium. Merget pense que le mercure se trouve fixé dans les organes à l'état de métal et il rappelle, à l'appui de cette opinion, les faits rapportés par un certain nombre d'observateurs (Lacarterie, Beigel, Frerichs) qui ont reconnu la présence de mercure métallique dans des calculs biliaires de syphilitiques traités par la méthode^des frictions.

L'action physiologique du mercure, débarrassée de toute action concomitante déterminant une influence énergique et altérante sur les éléments aiiatomiques et exercée par les sels solubles, serait donc une action purement dynamique, et ce serait en se fixant en nature sur les éléments anatomiques qu'il se comporterait comme un modificateur plus ou moins actif de leur vitalité. Les organes de structure relativement grossière tels que le foie, les reins, les pou-

mons, le cœur n'éprouveraient pas de troubles profonds et accentués dans Texercice de leurs propriétés fonctionnelles, tandis que les org-anesde structure particulièrement délicate, comme le système nerveux, seraient l'objet de modifications provoquant les désordres tels que les tremblements, les convulsions, les paralysies. Les progrès réalisés au cours de ces dernières années dans la technique pour l'étude histologique du système nerveux permettront peut-être de donner à cette interprétation une sanction expérimentale analo^e à celle obtenue pour élucider le mécanisme de l'action de certains hypnotiques (chloroforme, éthers, chloral, morphine) ou celle de la production de l'amaurose déterminée par la quinine (1).

C. Action des composés mercuriels. — Jusqu'à 1843, époque à laquelle Mialhe fit ses premières recherches (2), aucun observateur ne s'était préoccupé de savoir comment et sous quelle forme le mercure circulait dans l'organisme. Seul Hunter, dans son Traité des maladies vénériennes publié en 1786, avait émis l'hypothèse que ce métal devait se trouver sous une forme unique et toujours la même dans la circulation générale, mais il ne chercha pas à déterminer exactement la nature de cette forme ultime dont l'intervention constituait pour lui la condition sine quâ non de l'efficacité de toute médication mercurielle. En 1857 les travaux de Voït et de Blomberg", en 1861 ceux d'Overbeck parurent élucider et résoudre définitivement la question. Repoussant tout à fait l'opinion émise avant eux par nombre d'observateurs de la pénétration du mercure en nature dans l'économie, ces savants crurent avoir démontré d'une façon péremptoire que tous les modes d'administration, soit du mercure, soit des raercuriaux, revenaient en définitive à la pénétration dans l'appareil circulatoire de sels solubles résultant de la combinaison du chlorure mercurique avec lesalbuminoïdes et les chlorures alcalins (chloralbuminates de Mialhe, Voït et Overbeck) ou de l'oxyde mercurique avec ces mêmes composés (oxychloralbuminates de Blomberg). Cette théorie, modifiée seulement en quelques points d'importance tout à fait secondaire, fut à peu près généralement adoptée, jusqu'à ce que les recherches très précises de Merget vinssent en montrer la complète inexactitude. Ce savant prouva, en eflFet, que les combinaisons solubles du mercure avec les peptones ou les albuminoïdes, en présence ou en l'absence des chlorures et autres sels alcalins de l'organisme, sont immédiatement précipitées dès qu'elles se trouvent en présence d'une solution d'hémoglobine. Ce précipité renferme la presque totalité du mercure contenu dans la combinaison, et ce mercure s'y trouve en partie combiné et pour la plus grande partie à l'état libre : on trouve également du mercure à l'état de liberté dans le sang qui n'a pas participé à la réaction. Le sang veineux, ou l'hémoglobine réduite, précipitent plusrapide-

(1) Voir à ce sujet : G. Pouchet, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, l»^e série, p. il5 ; 2* série, p. 586 et 3« série, p. 245.

(2) MiAjLBB, Chimie appiiqtêée à la physioloffie et à la thérapeutique y 1856.

MBRCURE 317

ment et le précipité obtenu est de coloration plus foncc'^e. Avec le sang* frais, à hématies normales, la précipitation n*estpas immédiate et n'apparaît qu'après viogt-quatre heures environ, lorsque Thémog'lobine a abandonné le atroma g'iobulaire. L'observation directe des hématies montre que, sous Tinfiluence des albuminates et peptonates de mercure en solution dans des liqueurs contenant UD excès d albumine et de chlorures alcalins, elles deviennent sphériques et se détruisent promptement, surtout à la température de37»-38*». Dans tous les cas, oDDepeut jamais démontrer l'existence d'une trace d'un selmercuriel en dissolution si la quantité d'hémoglobine est en lég'er excès par rapporta la proportion des composés mercuriques ; la totalité du mercure est précipitée par l'hémog'lobine, soit sous forme de mercure réduit, soit sous forme de mercure combiné.

Exceptionnellement, certains sels, comme le cyanure mercurique, Tiodure doublede potassium et de mercure, le chlorure double de sodium et de mercure De précipitent ni le sérum, ni l'hémoglobine; et les solutions d'hémoglobine conservent, en présence de ces composés, leurs propriétés optiques. Le lactate mercurique acide ne précipite pas non plus l'hémoglobine ; mais on observe au spectroscope le spectre de Thématine acide. Toutefois, les mélanges de sérums ou de solutions d'hémoglobine avec les composés ci-dessus précipitent du mercure réduit, instantanément à la température de l'ébullition, plus ou moins rapidement suivant le degré d'élévation relative de la température, avec l'intervention de quantités même extrêmement minimes d'alcalins. L'action d'un alcali minéral, même énergique, le carbonate sodique par exemple, n'étant pas suffisante, dans certains cas, pour produire la décomposition de la combinaison mercurielle, il faut en conclure que les produits ulmiques provenant de la réaction des matières organiques en présence des alcalis, jouent dans cette précipitation et dans cette réduction un rôle prépondérant. Les milieux de l'orji^isme possédant, pour la plupart, une réaction plus ou moins énergiquement alcaline, on peut trouver dans ce fait, joint à la présence de matières organi- <{Hes facilement réductrices et à l'élévation de la température, et sans même {Mrler des influences ressortissant à l'évolution des phénomènes physico-chimiques dont la résultante constitue la vie, tous les éléments nécessaires pour se convaincre que cette apparente exception rentre dans le cadre des réactions que je viens d'exposer précédemment.

Un point très intéressant relativement à la toxicologie des composés mercunels, réside dans ce fait que les lésions anatomiques, et par conséquent les manifestations les plus intenses de l'action toxique, sont justiciables du contact des éléments anatomiques avec le chlorure mercurique. Les observations de Rindfleisch, que j'ai déjà eu l'occasion de citer, viennent à l'appui de cette assertion; celles de Merget, de Blarez et d'autres expérimentateurs ont démontré que le mercure, à l'état d'extrême division, était facilement transformé au contact de Tair en sels solubles sous l'influence d'une infinité de substances, en apparence indifférentes, telles que gomme, sucre, amidon, extraits végétaux, solutions de sel marin, etc. En dehors de la pénétration dans l'économie du mercure à l'état

de vapeurs émises à une température inférieure à37^, pénétration qui ne donne lieu qu'à des accidents nerveux tardifs et s*il j a absorption continue, l'absorption intermittente permettant l'élimination par les diverses glandes qui n'éprouvent alors aucune modification apparente dans leur fonctionnement physiolog'ique normal, le mercure métallique et tous ses composés doivent subir soit une attaque, soit une métamorphose par voie de double décomposition qui amène, en fin de compte, à la formation de chlorure mercurique puis de chloralbuminate. Or, c'est précisément pendant cette série de métamorphoses, de doubles décompositions, de formation de sels doubles, etc., que les composés mercuriels exercent leur action néfaste sur les éléments anatomiques ; et l'agent principal, sinon même exclusif, de cette altération est le chlorure mercurique. Les expériences de Merg'et l'ont prouvé avec toute l'évidence nécessaire : lorsque du mercure, en vapeurs émises à une température inférieure à celle de l'organisme, pénètre dans l'économie d'une façon non continue, de manière que cet organisme ait le moyen et le temps de l'éliminer, il n'en subit absolument aucun dommage. L'effet nuisible ne commence à se produire que lorsque l'entrée est supérieure à la sortie, si je puis ainsi dire; mais dans tous les cas, les symptômes manifestant l'entrée en jeu de l'action toxique sont très différents de ceux qui caractérisent l'intervention des composés mercuriels soluhles. Les effets déterminés par les seules vapeurs de mercure sont éminemment et rapidement curables, tandis que les atteintes portées à l'intégrité des éléments anatomiques par le contact des composés mercuriels solubles sont irrémédiables. Pour ne citer à l'appui que ce seul exemple, dans toutes les intoxications mercurielles, tant accidentelles qu'expérimentales, il est très facile de reconnattre toujours les lésions inflammatoires et ulcéreuses que détermine le sublimé corrosif, et cela, quel que soit le composé mercuriel ayant provoqué l'intoxication. La composition des divers milieux de l'organisme humain est telle que, quelle que soit la forme sous laquelle le composé mercuriel lui sera présenté, les réactions chimiques aboutiront toujours à la formation de chlorures mercureux et mercurique. L'étude des métamorphoses subies par ces deux sels suffit donc à révéler l'odyssée des composés mercuriels dans l'organisme. Très stable dans un assez grand nombre de circonstances, et notamment, contrairement aux assertions de Mialhe, en présence des solutions de chlorures alcalins, le calomel est altéré par l'eau distillée à la condition que Ton fasse intervenir l'action de l'air et une certaine élévation de température : le calomel attaqué dans ces conditions se transforme en chlorure mercurique avec formation correspondante de mercure métal ; et la proportion de sublimé produite varie avec la quantité d'eau entrant en réaction, la durée du contact, l'agitation et l'élévation de la température. L'eau ordinaire exerce une action décomposante plus intense par l'intermédiaire des bicarbonates alcalino-terreux. Cette action décomposante est portée au maximum par les carbonates alcalins. Les albuminoYdes facilitent également l'action décomposante de l'eau, mais dans une proportion beaucoup moindre que les bicarbonates alcalins. En présence égale-

ment des albumÎDoïdes, les chlorures alcalins exercent une action décomposante appréciable, due sans doute à la tendance à la production de chloralbuminates aux dépens du chlorure mercurique formé, car ces mêmes chlorures alcalins entravent au contraire l'action décomposante des carbonates alcalins.

II va sans dire que la réunion de ces différentes causes : eau, ag'itation, intervention de Toxyg-ène de l'air, température relativement élevée, albuminoîdes, chlorures et bicarbonates alcalins, active très manifestement la décomposition da calomel. Quant au chlorure mercurique, abstraction faite de son action locale irritante, caustique, les tissus vivants tant animaux que vég-étaux, réduisent le sublimé à Tétat de calomel et on observe l'acidification, conséquence de Tacide chlorhjdrique produit simultanément. L'action irritante de cet acide chlorhydrique qui favorise l'absorption et provoque l'hypersécrétion g'iandulaire vient s'ajouter à celle produite, au premier contact, par le chlorure mercurique. En présence des alcalins, le calomel qui a pris naissance se dédouble en chlorure mercurique et en mercure métallique à l'état d'extrême division qui, g-râce à l'action irritante détcfrminée dans la phase précédente, pénètre dans les capillaires sang-uins dénudés et se trouve ainsi introduit dans la circulation g-énérale où il va pouvoir se vaporiser et imprég^ner l'org-anisme. D'autre part, une certaine quantité de chlorure mercurique pourra, g'râce aux albuminoîdes et aux chlorures alcalins avec lesquels ce sel se trouve en contact, fournir un chloralhuminate immédiatement résorbé par les capillaires sanguins et sur lequel 1 hémoglobine viendra exercer son action réductrice. Dans tous les cas, on aboutit toujours à la production de mercure métallique infiniment divisé, ce qui favorise sa dissémination à l'état de vapeurs.

Si l'action ag'ressive déterminée sur le système nerveux et caractérisée par le tremblement mercuriel peut être considérée jusqu'à un certain point, comme caractéristique de l'influence exercée par le mercure, il n'en est plus de même delà plupart des autres manifestations. L'altération du sang- provoquée pal* les chloralbuminates peut fort bien être considérée, ainsi que le pensait Gubler, comme la cause prochaine de désordres fonctionnels tels que : phlogoses, hyperémies, cong'estions sanguines, troubles nutritifs. D'autre part, l'injection veineuse de ces mêmes chloralbuminates reproduit identiquement, quant à ses manifestations toxiques, l'action g'énérale du chlorure mercurique ; mais ces lésions ne se rattachent pas exclusivement à la présence du mercure, car on les retrouve, absolument identiques, avec les composés solubles du platine, de l'or, de l'arsenic, et même avec le bismuth et le cuivre lorsqu'ils sont introduits dans l'org-anisme à l'état de solutions alcalines. Aucune de ces lésions, ni par conséquent des modifications fonctionnelles qu'elles entraînent, n'est donc patho^omonique de l'intoxication mercurielle; et, comme je le disais précédemment, ces phénomènes viennent se surajouter à ceux ressortissant à la seule influence des vapeurs du mercure.

En définitive, quelle que soit la forme sous laquelle du mercure divisé ou bien un composé mercuriel, soluble ou insoluble, pénètrent dans l'économie,

les manifestations consécutives à cette absorption seront justiciables de deux ordres de causes : 1° action spécifique du mercure ag^issant à Tétat de Tapeurs, forme à laquelle doit toujours aboutir l'introduction d*un composé raercuriel quel qu'il soit ; 2° modifications plus ou moins marquées des éléments anatomiques au cours des métamorphoses subies par les composés mercuriels, ou en raison d'une simple action traumatique ; ce dernier ordre de causes remportant, la plupart du temps, de beaucoup sur le premier par l'importance et l'éclat de ses manifestations.]

Les empoisonnements aigus par le cuivre ont pour cause, dans des cas isolés, les tentatives de suicide et d'homicide ou, exceptionnellement, des accidents malheureux, par exemple l'ingestion d'aliments gras ou acides ayant donné naissance dans les marmites en cuivre à du vert-de-gris ou à un sel de cuivre à acide gras qu'ils se sont ensuite incorporés, ou, à ce que l'on prétend, — je le conteste absolument, — l'ingestion des cornichons, des mixed'pickles ou des légumes de conserve colorés en vert par le sulfate de cuivre (reverdissage, phyllocyanate de cuivre) (1). Aussi a-t-on proposé de soumettre à une amende les fabricants vendant des conserves contenant plus de 0,004 p. 100 de cuivre (2). En Autriche, en 1900, le ministère a décrété qu'il ne serait pas permis désormais d'ajouter aux conserves plus de 55 milligrammes de cuivre par kilo, et cela seulement si la fabrique consent à se laisser surveiller par le gouvernement. Parfois, on ajoute aussi à la farine jusqu'à 0 gr. 5 de cuivre par kilogramme, pour en augmenter la teneur en eau, et la rendre plus apte à faire de bon pain. Mais, à n'en pas douter y on exagère trop le danger que présentent les substances alimentaires contenant du cuivre. Il n'existe aucun métal qui soit absolument inoffensif, surtout si, comme c'est le cas pour les sels de cuivre solubles, il précipite l'albumine et altère, par suite, l'albumine nutritive et, le cas échéant, la muqueuse stomacale. Mais les quantités de

(1) TscHiRSCH, Dos Kupfer, Stuttgart, 4893.

(2) Brouakdel et Gauppb, An, (Tkyg. pubL, 4880, p. 493 et 534.

CUIVBE 3âl

cuivre contenues dans les substances alimentaires et boissons sus-énumérées, ne peuvent devenir nuisibles à Torg^anisme, d'autant plus que le cuivre s'élimine en majeure partie sous forme de sulfure de cuivre. Il y a plus : l'albuminate de cuivre, ingéré avec les aliments ou formé dans l'estomac, ne peut, lui non plus, provoquer des intoxications aig-uës ou chroniques bien graves. Un grand nombre des prétendus empoisonnements aigus par le cuivre s'évanouissent dès qu'on les examine attentivement et, ainsi que je Vai démontré il y a déjà des années pour la glace à lavanille, se dévoilent comme des intoxications par des substances alimentaires corrompues. Ainsi, par exemple, l'ingestion de haricots verts ayant provoqué, dans un cas, des vomissements, des coliques, de la diarrhée, etc., on a prétendu faussement que ces phénomènes d'intoxication étaient dus à ce que ces haricots, ayant été plantés au milieu de la vigne, auraient été arrosés comme celle-ci avec un mélange de sulfate de cuivre et de lait de chaux. Le vin mis en contact avec le cuivre pourrait devenir toxique par suite de la formation du tartrate cupro-potassique (1). Je conteste ce fait.

On ne trouve point chez V homme d'intoxication chronique par le cuivre pouvant être mise en parallèle avec l'intoxication plombique correspondante.

Introduit dans Testomac, \e cuivre métallique n'exerce aucune action sur l'économie. Les enfants ayant avalé des monnaies de cuivre qu'ils gardent pendant un temps prolongé ne tombent jamais malades. On ne connaît qu'un seul cas où une monnaie de cuivre avalée aurait provoqué, cinq mois durant, des vomissements, de la cardialgie, et de la céphalée ayant persisté même après l'évacuation de la monnaie avec les selles (2). J'ai retiré une monnaie de cuivre absolument incrustée dans l'estomac d'une chèvre qui l'avait gardée pendant des années sans inconvénient aucun. L'administration par la bouche, à la dose de 0 gr. 6, de cuivre finement pulvérisé aurait tué des lapins dans l'espace de huit à vingt-quatre heures; l'issue fatale serait arrivée dans le même

(i) FiLKHNE, Deutsche med. Wochenschr., 4895, n^ 19. (i) Sknfft, Wûi^tburger fned. Zeitschr,, 1865, VI, p. 135.

Toxicologie. 21

322 POfSONS INORfiANTQïîRS

laps de temps, à la suite de l'injection sous-cutanée de 0 gr.04 à 0 §:r. 08 de cuivre en suspension dans l'huile (1). Les chiens sont peu affectés, même s'ils en prennent très longtemps. Uoxyde de cuivre et le sulfure de cuivre ne sont pas toxiques, à moins qu'ils ne soient ingérés avec des acides. Le chlorure de cuivre peut provoquer des vomissements. Les vomissements survinrent chez un chien après l'administration de 1 gramme, tandis que continué à la dose de Ogr. 1 à 2 gr., il n'altéra en rien l'étal de santé de ce même animal. Volèate et le butyrate de cuivre ont pu être administrés aux animaux sans donner naissance, à aucun phénomène toxique (2). Le stéarate de cuivre ne provoque jamais, chez les chats ni chez les chiens, une intoxication aiguë amenant la mort. Donné d'une manière continue, il cause la dégénérescence du foie et des reins (3), mais seulement à longue échéance. Sur 120 cochons de lait qui avaient bu du pelit^lait aigre cuit dans un chaudron de cuivre^ 85 moururent après avoir souffert de vomissements, de convulsions, etc. On a mis ces morts sur le compte du lactate de cuivre^ mais moi je les considère comme la conséquence d'une intoxication alimentaire, ou du moins d'un empoisonnement par un excès d'acide libre.

Le mélange d^acétate neutre et basique de cuivre (vert-de-gris allemand), ainsi que Vacétate basique de cuivre (vert-de-gris de Montpellier), administrés à la dose de 15 à 20 gr., tuent un adulte dans l'espace de soixante heures; des doses plus petites (3 à 10 gr.) sont suffisantes pour provoquer des symptômes du côté du tractus gastro-intestinal. Une fille ayant introduit un tube de laiton dans un tonneau de vin, fut atteinte de gastralgie et perdit connaissance après avoir dégusté six cuillerées environ do vin trouble s'échappant du tube : on considère ce fait comme un cas d'empoisonnement par le vert-de-gris (4); à mon avis ce n'est nullement une intoxication par le tartrate cupropotassique, mais plutôt un cas d'alcoolisme aigu. L'injection sous-cutanée de sutfate de cuivre tuerait les lapins à la dose de Ogr. 4, et les chiens

(1) MooR, An. de la Soc. de mèd, de Gand, 4893, p. 287.

(2) Meyerhardt, Studien ûber d. hyg., Dedeut. d, Kupfers, Wûrzbur^, 1890, p. 68.

(3) FiLEHNE, Deutsche med. Wochensch., 1896, p. Ii7.

(4) Dauscher, Wiener med. Presse, 1889, p. 780.

à la dose de Ogr. 08. On a prétendu que deux chevaux devinrent malades après ingestion de froment mélangé avec du sulfate de cuivre. Ils éprouvèrent une forte fièvre, de la constipation, des coliques, de la contracture musculaire, etc. L'un mourut, l'autre resta contracture pendant plusieurs semaines. Ces symptômes ne plaident pas en faveur de l'action du cuivre. De petites quantités de feuillage de vigyie traitée avec le mélange très répandu de chaux et de sulfate de cuivre (bouillie bordelaise) ne causèrent aucun dommage à des chèvres et à des boeufs; il en faut de grandes quantités pour provoquer l'intoxication.

Pour l'homme, la dose mc^rtelle serait de 10 grammes, quoiqu'on ait encore observé la guérison survenir après l'administration de 16 gr. (enfant de 4 ans 1/2), de 32 gr. et de 150 gr. (adulte) de vitriol bleu. Les phénomènes d'intoxication apparaissent dix à trente minutes après l'administration du sulfate de cuivre. La mort a lieu dans l'espace de cinq à dix heures ou après huit jours (1). Ayant inhalé du chlorhydrate d'ammoniaque à travers un inhalateur de Siegle, dont le tube en cuivre était mal nickelé, une dame fut atteinte de cholérine et de collapsus, et de la fièvre s'alluma : elle avait inhalé de Voxyde de cuivre ammoniacal.

Les sels de cuivre qui altèrent l'épithélium stomacal et intestinal sont très rapidement absorbés par la muqueuse de ces orçanes. Appliqué sur les plaies des chiens, le sulfate de cuivre ''Si si bien absorbé qu'ils en meurent; on trouve l'estomac ♦enflammé. Le verMe-gris n'est pas absorbé dans ces conditions, ^élimination du cuivre se fait par la bile, les glandes gastroinlestinales, les reins, les glandes salivaires et, à ce que l*on prétend, aussi par les glandes cutanées. Le cuivre est partiellenient emmagasiné pour des années entières dans le foie, le pancréas, les reins, le système nerveux et les muscles (2). Moindre *sl la dose administrée, plus est grande la proportion locali- *ée. C'est grâce à ce dépôt, ainsi qu'à la transformation des ^Is solubles du cuivre en sels insolubles, transformation qui

(1) Maschjca, Wiener med, Wochenschr., 1874, n<> 26, p. 627.

(2) Ellknberokr et Hofmeistea, Arch. /*. Thierheiik,, Bd IX, Hefl 4 et 5.

324 POfSONS mORGANl<JIÎES

se fait dans restomac, grâce à l'albumine, et dans l'inleslin, grâce à l'hydrogène, qu'est due la non-loxicilé relative de ce métal. Les sels de cuivre solubles donnent avec l'albumine de l'albuminate de cuivre soluble dans les acides et les alcalis dilués. C'est ce qui explique l'action corrosive de ces sels de cuivre qui attaquent l'albumine de la muqueuse gastro-intestinale, etc. Vaction éloignée du cuivre apparaît le plus nettement quand on administre aux animaux, en injection sous-cutanée, des sels de cuivre dépourvus de toute action locale, par exemple, tartrate oxycuprosodique ou albuminate cuivrique dissoies. On voit survenir des secousses fibrillaires et la paralysie des muscles striés (1). L'énergie du cœur va en diminuant, et on observe bientôt l'arrêt du cœur et de la respiration. Lès vomissements ne font jamais suite à l'injection sous-cutanée de sulfate de cuivre ; les injections sous-cutanées à^ acétate de cuivre Aonueni naissance à de la néphrite, à des troubles respiratoires et à la paralysie du cœur.

Sjrmptômes aigus consécutifs au sulfate de cuivre ou à l'acétate basique de cuivre. — Goût métallique, nauséabond ; masses verdâtres ou bleues expulsées par vomissements, coloration verte des commissures des lèvres et de la langue; bouffissure de la face et des paupières, soif ardente, douleurs à la région épigastrique, plus tard au ventre tout entier (il est parfois ballonné) et céphalée. Le pouls devient petit, les extrémités se refroidissent. Ténesmeet évacuation de selles aqueuses, quelquefois sanguinolentes. Oligurie (l'urine est parfois sanguinolente). L'ictère s'y associe rarement du deuxième au septième jour, il survient de l'engourdissement, du vertige, des convulsions, du tremblement et des paralysies, et la mort s'ensuit. Si, ce qui est le cas le plus fréquent, le malade guérit, la cachexie n'apparaît jamais.

D'après mes recherches personnelles (2) continuées depuis plusieurs années et effectuées sur plusieurs centaines de travailleurs dans les plus grandes forges à cuivre, usines à laiton et

(1) Harnack et Hafemann, Arch. f, exp, Path, u. Pharmak,, Bd XVIÏ, p. 445.

(2) L. Lewin, Deutsche med, Wochenschrift, 1900, n' 43.

fonderies de cuivre, de laiton et de bronze qui se- trouvent à Berlin et dans ses environs, il rCexiste pas d^ intoxication chronique par le cuivre chez l'homme, La coloration verte des cheveux et des poils (tête, barbe et corps) contenant du cuivre, la coloralion en pourpre des gencives et la coloration des dents, plus ou moins tachetée en vert ou bordée d'un liseré vert-noirâtre plus ou moins large, qui présentent un aspect presque patiné et dans lesquelles fai démontré à plicsieurs reprises la présence du cuirre^ sont, à n'en pas douter, dues à l'action locale du cuivre, peul-etre à son absorption sur place. Quant aux autres prétendus phénomènes d'intoxication par le cuivre, tels que, par exemple, coliques, tremblement des extrémités, . faiblesse, paralysie des extenseurs, etc., ils sont causés par le plomb et les autres métaux mélangés au cuivre. Je ne crois pas non plus que le cuivre introduit dans l'économie soit en relation avec la mortalité tuberculeuse extrême observée chez les horFogers, surtout chez les apprentis qui sont préposés, dans quelques manufactures, au polissage du cuivre (?) (cette mortalité était attribuée à la poussière de cuivre inhalée), ni avec les symptômes morbides ci-dessous survenant, d'une manière constante, chez ces ouvriers, a savoir: ralentissement du pouls, chaleur à la peau, sensation de sécheresse à la gorge, céphalée, douleurs épigastriques et lombaires, entérite, diarrhée, etc. Je suis plutôt enclin à considérer comme attribuables au plorrib ou au zinc les symptômes susénumérés, de même que les phénomènes cachectiques, plus grades, qui s'accompagnent de coliques violentes, de fièvre, de constipation opiniâtre, etc. Les prétendues intoxications par le cuivre, décrites comme survenant chez les ouvriers aux usines de Freyberg, sont également des intoxications saturnines. Toussaint (1) prenait tous les jours, pendant plus de six mois consécutifs, des préparations de cuivre sans que sa santé s'en fût ressentie; et d'autres auteurs (2) ont démontré que l'inhalation permanente de l'air imprégné de poussière de cuivre ne nuit nullement à la santé des ouvriers. Quant à la communication

11) Toussaint, Vierteljahrssckr, f, ger. Med., 1887, Bd XII, p. 228.

(î) HocLÊB et DE PiETRA Santa, Joum. de phy$. et de chim., série V, t. IX, p. 303.

qu'un électrotechnicien qui portait souvent à la bouche les extrémités des électrodes pour s'assurer de l'intensité du courant, aurait été atteint d'une maladie alvéolaire par suite de l'intoxication par le cuivre, c'est tout bonnement un conte à dormir debout.

L'administration quotidienne de Ogr. 5 à 3 gr. de sulfate de cuivre à des moutons a provoqué chez eux un état morbide qui, suivant moi, ne présente absolument rien de caractéristique relativement à l'action du cuivre. Ont été observés : albuminurie, ictère (chez les lapins même gflycosurie), hémoglobinurie, hématurie, faiblesse musculaire, lassitude, nutrition insuffisante, diminution du poids du corps et constipation. D'autre pari, des lapins ayant reçu pendant long^temps tous les jours jusqu'à 0 gr. 8 de sulfate de cuivre sont restés aussi bien portants qu'avant; et l'administration quotidienne de 2 gr. à^acétate de cuivre non seulement ne leur porta pas |)réjudice, mais encore leur poids doubla même après six mois de ce traitement.

Autopsie. — On a trouvé chez les personnes tuées par le sulfate de cuivre et le vert-^e-gris : ictère, tuméfaction, plus rarement ulcération des org^anes situés dans la cavité buccale; et tuméfac^ tion, corrosions, eschares, voire ulcères de l'estomac et de l'intestin jusqu'au rectum. On n'a pas rencontré de perforation. T^ vert'de-gris est, dans la majorité des cas, reconnaissable aux particules vertes trouvées dans l'estomac et l'intestin. Dégénérescence graisseuse du foie, néphrite. Le sang ne présente jamais d'altérations reconnaissables par l'analyse spectroscopique. Chez les moutons ayant succombé à V intoxication chronique par le sulfate de cuivre^ on trouve : néphrite parenchymateuse hémorrhagique, dégénérescence graisseuse du foie, dégénérescence granuleuse du muscle cardiaque ainsi que d'autres muscles, entérite catarrhale, tuméfaction de la rate; et presque toutes les cavités du corps contiennent des matières colorantes de la bile. Les tartrates doubles et les stéarates de cuivre donnent, eux aussi, naissance à des altérations rénales.

Recherche. — Les solutions de cuivre sont colorées en bleu foncé par l'ammoniaque; elles fournissent un précipité rouge-brun avec

le ferrocyanure de potassium et un précipité noir avec l'hydrogène sulfuré; un morceau de fer poli, trempé dans une solution de cuivre acidulée, se recouvre d'un enduit rouge-clair de cuivre mtallique. A Vautopsie^ il faut faire autant que possible le dosage quantitatif An cuivre, presque tout cadavre contenant des traces de cuivre provenant des substances alimentaires (farine, pain, etc.). On en trouve, par exemple, dans les légumes frais et dans différentes sortes de fruits de 0 milligr. 15 jusqu'à 1 millier. 5 par kilo (1). On le recherchera dans le foie avec la vésicule biliaire, le pancréas, le contenu stomacal et intestinal, et Torine. Le cuivre passe dans le lait des chiennes allaitant et dans le fœtus. Si le cuivre se trouve, par exemple, en solution dans le contenu stomacal, il suffira de plonger dans la masse acidulée un morceau de fer poli, ou une aiguille à tricoter entourée d'un fil de platine, pour voir le cuivre se déposer sur le fer. On peut aussi incinérer la masse ou la détruire à l'aide de l'acide chlorhydrique et du chlorate de potasse, le liquide débarrassé du chlore sera traité par l'hydrogène sulfuré qui précipitera du sulfure de cuivre, on filtrera, on portera au rouge, on dissoudra dans l'acide azotique et c'est dans cette solution que l'on recherchera le cuivre.

Traitement. — Lavage de l'estomac, blanc d'œuf, lait et magnésie calcinée, solutions alcalines chaudes de sucre de raisin ou de sucre de lait (pour produire le protoxyde de cuivre), limaille de fer (pour précipiter le cuivre métallique), solution de ferrocjanure de potassium (ferrocyanure de cuivre) et charbon animal (à la dose de 10 gr. répartis dans l'eau).

[La toxicité du cuivre qui était reg-ardée autrefois comme un fait indiscutable est actuellement niée d'une façon à peu près unanime. Sauf dans des conditions tout à fait exceptionnelles et qui paraissent devoir se réaliser bien rarement, riugestion massive des divers composés de cuivre n*est jamais suivie d'accidents graves, et l'on n'a pu, jusqu'ici et malgré que l'attention fût tout spécialement attirée sur ce point, mettre en évidence le moindre s^^ndrome nettement déterminé caractéristique d'une intoxication chronique.

Ça n'est pas que l'on ne puisse arriver à déterminer la mort d'animaux en

(1) S. vASi DE Berche, Journ, de pharm. et de chim,, juillet 1882.

expérience soumis à raction de certaios sels de cuivre, et les expérieDces de Harnack, de Feltz et Riller, deRabuteau, de Filomusi-Guelfi, etc., sont tout à fait convaincantes à cet é|?rard. Mais il est nécessaire, pour que l'action toxique du cuivre puisse s'exercer à coup sûr, que ce métal circule dans le sang afin de pouvoir aller, par son intermédiaire, impressionner les éléments anatomiques sur lesquels il est capable d'exercer son action élective. Or, cette condition n'est que très difficilement et rarement réalisée.

Dans la plupart des cas, l'action violemment irritante du sel de cuivre détermine très rapidement soit son rejet, soit la mort de l'élément anatomique au contact duquel il se trouve et, par suite, empêche l'absorption ultérieure. Cette action irritante peut même devenir parfois assez intense pour déterminer des altérations profondes et provoquer la mort qu'il serait alors inexact d'attribuer à l'action toxique du cuivre. Dans d'autres circonstances, l'action réductrice exercée sur les sels de cuivre par certains tissus ou par des composés chimiques bien déterminés tels que beaucoup de sucres, peut soustraire l'organisme à l'action du composé toxique et c'est, bien certainement, un mécanisme des plus importants à prendre en considération. Enfin, le foie joue ici, à titre d'antitoxique, un rôle tout particulièrement remarquable en raison de Télectivité de localisation du cuivre dans le foie et d'élimination par la bile. Toutes ces conditions réunies expliquent comment les faits certains d'intoxication exclusivement cuprique sont d'une rareté telle que l'on est en droit de se demander, après les avoir attentivement étudiés et discutés, s'il en existe un seul bien et incontestablement avéré.

Il existe cependant des conditions dans lesquelles le cuivre se montre comme une substance toxique extrêmement active ; mais ces conditions sont tellement artificielles, si je puis ainsi dire, qu'il n'y a pas à compter avec elles au point de vue de la pratique de la toxicologie. Lorsqu'on fait pénétrer le cuivre par voie d'injection veineuse et sous forme d'albuminate dissous dans une liqueur faiblement alcaline, il manifeste alors des propriétés violemment toxiques qui se traduisent, grosso modo, par de la paralysie musculaire et une asphyxie déterminant la mort. Le sel de cuivre peut alors se di£Fuser librement dans l'organisme et exercer son action nocive sur les éléments anatomiques. J'ai déjà appelé l'attention à propos du bismuth (voir p. ^44) sur cet artifice permettant d'introduire et de faire circuler la substance toxique dans l'économie, d'en imprégner l'organisme. Ce sont les phénomènes de paralysie motrice qui constituent les symptômes les plus marqués de l'intoxication cuprique ainsi provoquée, la sensibilité paraît seulement atténuée. Après une période très passagère d'hyperexcitabilité musculaire, il survient d'abord de la parésie et bientôt une véritable paralysie qui suit une marche progressive ascendante. Les membres postérieurs sont a£Fectés en premier lieu, puis les membres antérieurs, enfin les muscles du thorax et l'on voit alors s'établir la dyspnée à laquelle succombe bientôt l'animal en expérience. Les contractions cardiaques persistent quelque temps après l'arrêt de la respiration. Quant aux troubles

nerveux, il doit certainement en exister, mais ils manquent de netteté et de caractère spéci6que.

La toxicolog'ie du cuivre est donc, en définitive, une question presque abso- Inment théorique ; et les nombreuses discussions auxquelles a donné lieu, dans ces dernières années, le reverdissag'e des conserves de légumes au moyen des sels de cuivre, n'ont pas été inutiles pour fixer définitivement cette question de la toxicité (i). Sous Tempire de faits que Ton peut qualifier de légendaires, non pas tant à cause de l'époque à laquelle ils remontent que par cette raison que personne ne s'était donné la peine de les vérifier et d'en étudier le déterminisme, on admettait comme une sorte de dogme toxicologique la vénénositédu cuivre en nature, aussi bien que de ses composés, et les hygiénistes admettaient môme Fexistence de maladies professionnelles imputables au cuivre seul. Il était cependant bien simple et bien facile d'observer les faits sans parti pris et l'on aurait vu alors que bien des ouvriers en cuivre, comme cela a été constaté chez ceux de Durfort (Tarn) et de Villedieu-les-Poèles (Normandie) absorbent peu à peu une telle quantité de cuivre que leurs cheveux, leur peau et même leurs os prennent une coloration bleuâtre ou verdâtre et que leur urine contient assez de métal pour colorer en vert les murs ou le sol qui la reçoivent journellement. On a cependant signalé chez ces ouvriers des coliques, de la sécheresse de la çorge, une saveur styptique, des crachotements, de la soif, de la chaleur è la peau, voire de la fièvre, de l'abattement et une sorte de cachexie que l'on a cru devoir attribuer à l'action répétée du cuivre. Mais ces phénomènes, cependant assez bénins pour la plupart, ne peuvent pas, sans la moindre hésitation, être mis sur le compte exclusif de l'action exercée par le cuivre. Tant de causes étrangères peuvent intervenir et compliquer les modes de manifestation d'une seule et même cause de nuisance dans une industrie qu'il est au moins prudent de ne pas se prononcer sans une certitude complète qui fait précisément défaut en ce qui regarde le cuivre.

Bien que, pour ma part, je considère comme absolument inoffensives, au sens étroit du mot, les quantités de cuivre pouvant être contenues dans les conserves de légumes reverdies, je suis pourtant l'adversaire irréductible de ce procédé, mais pour des raisons très différentes de celles invoquées le plus généralement, je veux dire de l'action nocive du cuivre. En admettant même, comme je le fais, une innocuité complète de ces petites quantités de cuivre, il n'est pas moins certain que ce cuivre joue, dans la conserve de légumes, un rôle antiseptique facile à constater et qu'il s'oppose, par conséquent, dans une certaine mesure, aux modifications que cette conserve doit subir ultérieurement de la part des sucs digestifs. J'ai eu, à maintes reprises, l'occasion d'insister sur ces faits, à propos de l'application à la conservation des aliments d'antiseptiques

(1) Voir notamment à ce sujet : Gallard, Rapports sur le reverdissage des conserves de légumes ; Recueil des travaux du comité consultatif d'hygiène publique, t. XI, 1881, p. 362 et t. XII, 1882, p. 270 ; — Du Mouun, La Toxicologie du cuivre (tirage à part de la discussion soulevée devant TAcadéraie de médecine de Belgique), 1886.

variés : l'instabilité de la substance organique est une des conditions essentielles des échangées nutritifs, et toutes les substances, comme toutes les pratiques qui auront pour résultat de rendre cette matière org-anique plus difficilement métamorphosable dans l'appareil dijçestif ne devront pas être tolérées, la répétition de ces phénomènes, si bénins qu'ils puissent paraître au premier abord, ne pouvant manquer de finir par entraîner une perversion plus ou moins jprave des actes fonctionnels de la dig'estion. Lorsqu'une fonction est troublée, d'une façon légère et passagère mais répétée d'une façon sinon constante, au moins très fréquente, on trouve réunies les meilleures conditions pour aboutir à une lésion définitive. C'est la raison pour laquelle, bien que n'admettant pas l'influence toxique du cuivre, je réprouve absolument son addition aux substances alimentaires.]

Les préparations de plomb agissent sur l'organisme animal en y provoquant des troubles locaux et généraux. Le trouble local est dû, presque exclusivement, à l'empoisonnement aigu par les composés de plomb qui précipitent l'albumine; quant aux troubles de l'état général, ou ils sont consécutifs aux altérations locales, ou ils sont primaires et produits par l'administration chronique du plomb en petites quantités. Parmi les autres composés, les suivants peuvent produire des intoxications aiguës et chroniques : acétate neutre de plomb (sucre de saturne) [(C*H'0*)* Pb+ 3H^0], sous-acétate de plomb liquide [Pb (GWO^)' + nPbO], les carbonates basiques de plomb (céruse), les oxydes de plomb (litharge, massicot, PbO), le minium (Pb*0*), le plomb métalliquey le chroniate de plomb. Par suite de l'action prolongée ou de l'administration en grande quantité, ces composés plombiques, ou d'autres non énumérés ici, provoquent chez l'homme des intoxications dont l'intensité n'est pas en rapport direct avec la quantité de métal administré. On ne connaît pas d'immunité véritable, ni d'accoutumance à ce poison. Mais grâce aux différences individuelles des hommes et même des animaux, le saturnisme éclate chez les divers sujets à des époques très variables depuis le début de l'intoxication et ces manifestations diffèrent d'un cas à l'autre.

Les cdiU^Çi^ àe^ empoisomiements aigus soni : homicide, suicide.

emploi dans le but de provoquer ravorlement (emplâtre de lithargé dans quelques régions de l'Angleterre), emploi thérapeutique (emplâtre diachylon mal appliqué sur des surfaces par trop étendues) (1), méprises ou par mégarde (petits enfants). Sur 1089 empoisonnements enregistrés en 1894 en Angleterre, il y en eut 139 par le plomb.

L'intoxication chronique prend ses victimes depuis les mines d'où est extrait le minéral brut, jusqu'à la fonderie et de là dans les ateliers, les maisons et les cuisines. On connaît à présent cent onze professions qui exposent aux dangers de l'intoxication saturnine. Les personnes exposées à l'action du plomb peuvent se diviser en : 1® celles qui, par leurs occupations, sont forcées de manier le plomb métallique ou ses composés, et 2° celles chez lesquelles le plomb est incorporé à l'aide des aliments et des boissons, des substances médicamenteuses ou cosmétiques et par des objets contenant du plomb qui viennent en contact avec le corps.

.Appartiennent au premier groupe : les mineurs et les ouvriers des plomberies qui absorbent le plomb en le touchant ou en inhalant ses vapeurs, les ouvriers travaillant dans les chambres de plomb (fabrication de l'acide sulfurique), les cèrusiers (2), ceux qui préparent le minium, les poseurs des conduites à eau ou à gaz, les tailleurs de limes (les limes sont battues sur des plaques en plomb), les ouvriers travaillant l'ambre (qui nettoient l'ambre sur des blocs en plomb), les fondeurs de caractères d'imprimerie, les stéréotypeurs, les ouvriers qui préparent le plomb de chasse, les lapidaires (qui taillent les pierres sur des roues en plomb et inhalent la poussière plombique) (3), les compositeurs (qui louchent sans cesse les caractères d'imprimerie), les ouvriers préposés au nettoyage des types, les ferblantiers (soudure), les ouvriers qui fabriquent les instruments à vent (dans lesquels on coule du plomb pour la décentration), les chapeliers et les fourreurs qui teignent les peaux avec du plomb, les ouvriers qui préparent les couleurs pour teindre la corne (ils se servent de l'oxyde de plomb dans la lessive sodique), les teinturiers sur

(1) PiESSLBRy Mûnchen med, Wochenschr,, 1894, 30 juin.

(2) BHtish med.joumaly 1887, H, p. 196.

(3) FiESSiNGER, Bullet.de V Académie de Médec, 1900, n' 40, p. 446.

soie et les ouvriers dans les manufaclures de crins (les crins contenant du soufre sont teints en noir par les sels plombiques), les tisserands ;la poussière de plomb se détachant des poids en plomb suspendus aux chaînes), les blanchisseuses de gants (emploient de la céruse pour rafraîchir les gants), les potiers, les faïenciers (on se sert pour les vernis de la Utharge^ du minhini et du sulfure de plomb en poudre ; dans un arrondissement allemand, sur seize potiers semblables, sept ont déjà été atteints de saturnisme), les émailleurs, les ouvriers des manufactures de papiers glacés et colorés, les verriers, les broyeurs, les ouvriers travaillant au chinage et les dévideurs (chromate de plomb), les peintres en bâtiments et sur porcelaine, les vernisseurs et les ouvriers travaillant dans les usines de braise chimique (charbon contenant du plomb). Les cérusiers qui mâchent du tabac, en seraient moins affectés.

Les produits des industries sus-énumérées contenant du plomb, leur usage provoque l'intoxication des personnes apparu tenant au second groupe. Ainsi des intoxications ont été causées par : les aliments contenant du vinaigre qui ont été bouillis et conservés dans des vases d'argile mal vernis; les conserves de viande (0,008 à 0,15 pour 100 de plomb) (1), les conserves de poisson, les tomates, etc. qui se trouvent dans des boîtes soudées au plomb, ou les aliments que l'on sert sur des assiettes en étain contenant du plomb; un sopha rembourré de crin contenant du plomb dont on se servait aux lieu et place d'un lit ; du vin conservé dans une bouteille où étaient restés quelques grains de plomb ayant servi pour la nettoyer. Une vache, qui avait avalé trois cents grains de plomb environ, mourut intoxiquée. Une balle en plomb ayant pénétré dans un os, où elle était restée pendant dix-huit ans, a pu encore provoquer après ce délai des phénomènes appréciables d'intoxication par le plomb (2). Un homme qui avait avalé vingt-quatre balles en plomb dans le ^ but avoué d'atténuer la gastralgie qui le tourmentait, fut atteint

d'intoxication saturnine grave; il devint anesthésique, paralysé

(1) ScHUTZENBEROER ct BouTMY, ^«. rf'Ay^T. pubL^ 1882, sérî© IV, n» 17, mars.

(2) KusTKR und L. Lewin, Langenbeck's Arch,, Bd XLHI.

et muet, et la mort s'ensuivit. Les intoxications auraient parfois pour cause la pulvérisation dans la chambre d'un enduit plom'bifère ancien (jauni dans la plupart des cas), ainsi que le séjour prolongé dans une pièce récemment peinte à la céruse. Deux enfants ayant séjourné dans une chambre, huit jours environ après qu'elle était peinte à la céruse, tombèrent malades : il survint chez eux des coliques, le liseré des gencives et la paralysie des extenseurs (1). Les tailleurs, les couturières, etc. qui travaillent avec des étoffes contenant du plomb, peuvent tomber malades à cause du métal qui leur adhère. Se trouvent dans le même cas les trieurs des timbres-poste : les timbres jaunes surtout ont été trouvés à plusieurs reprises contenant du chromate de plomb. Plus nombreux encore sont les cas d'intoxication provoquée par l'usage prolongé des objets et des aliments contenant du plomb, par exemple: poudre, fard (les nourrissons peuvent présenter de l'intoxication saturnine si les nourrices se servent des fards au plomb), substances pour teindre les cheveux (2), peignes en plomb, ondulateur(un bâton en plomb recouvert de cuir), amadou contenant du chromate deplomi) (3) (pour allumer les pipes), pâtisseries et bonbons (colorés par le chromate de plomb). Les intoxications saturnines sont aussi causées par les aliments et les boissons enfermés dans des enveloppes contenant du plomb (papier d'étain mal préparé, papier-parchemin avec parfois 0,27 p. 100 de plomb, etc.), par exemple : le tabac à priser (4), le fromage, le thé ; le vin additionné de litharge (pour énjousser les acides libres) ou de sucre de saturne (pour la clarification), pratique contre laquelle des prescriptions ont été édictées dès 1497; la farine qui emprunte le plomb à la meule garnie de plomb, et les eaux minérales qui l'empruntent au revêtement en plomb des siphons. Conservées dans des bouteilles en grès munies de couvercles en étain, les boissons alcooliques peuvent devenir nuisibles à la santé : l'alcool évaporé se condensera sur le couvercle et, s'étant transformé en acide acétique, produira de

(1) Thomas, BriLmed. Journal, 1887, II, p. 349.

(2) ÂuoiER, Journal des sciences médicales de Lille y t. IV, p. 665.

(3) ScHucHARDT und Weiiung, Corresp, Blâtter, 1893, p. 144.

(4) Meybh, Virchow*i Archiv, 1857, Bd XI, p. 1.

l'acétate de plomb. On a vu des intoxications causées par du sucre cassé sur des plaques en plomb. Des particules de plomb se détacheraient du vernis pour planchers contenant du plomb : ces particules pourraient pénétrer dans les voies respiratoires. L'intoxication chronique peut aussi être provoquée par l'usag-e médicamenteux du plomb.

Ueau coulant à travers des conduites en plomb peut devenir nuisible à la santé dans certaines circonstances. Dans la plupart des cas, elle sera considérée comme inofFensive. L'eau contenant de l'oxygène n'attaque le plomb que modérément, beaucoup plus énergiquement quand elle contient de l'acide carbonique, et surtout quand sa teneur en cet acide est le double de sa teneur en oxygène. L'oxyde de plomb ainsi produit se transforme en carbonate et lentement en bicarbonate. L'oxyde de plomb continuet-il à se former, il enlève au bicarbonate de plomb, en l'absence de l'acide carbonique libre, l'acide carbonique à demi enchaîné, d'où précipitation de tout le carbonate de plomb sous forme d'une couche protectrice de revêtement insoluble. Tous les bicarbonates alcalins et terreux protègent cette couche de revêtement, tandis que les acétates, les sulfates et les sels ammoniacaux la dissoudraient. Grâce à l'action de ces sels, l'eau peut dissoudre du plomb, cette eau donnera alors naissance soit à un empoisonnement aigu, soit, par la consommation de petites quantités, à une intoxication chronique. A ce que l'on affirme, l'eau commencerait à devenir nuisible à la santé quand sa teneur en plomb oscille entre 0,35 à 0,75 milligrammes par litre d'eau. L'eau provenant d'un réservoir en plomb contient, il va sans dire, plus de plomb : aussi cause-t-elle assez souvent des intoxications. On a vu aussi survenir une intoxication saturnine par l'eau d'une pompe avec tuyau en plomb (1). Les tuyaux au voisinage d'une source de chaleur abandonnent à l'eau plus de plomb.

L'organisme (estomac, muqueuse des voies respiratoires, etc.) jouit de la propriété de transformer les composés plombiques insolubles (litharge, minium) en composés solubles et de les absorber. La cèruse semble se dissoudre grâce à l'acide carbo-

(1) Lemaistre, BuUet, de l'Acad, de Médec, 1900, no 25, p. 648.

nique des tissus. Même le sulfate de plomb peut provoquer l'empoisonnement pourvu qu'il soit porté dans les bronches à lelat pulvérulent. Les sels de plomb peuvent aussi être absor* bés par la peaUy mais à la condition expresse que les solutions ou les onguents plombiques soient concentrés et que les frictions soient continuées longtemps avec des brosses (I). D'après les recherches faites sur les animaux (2), le plomb se répartit, suivant un ordre descendant, dans les organes et les tissus que voici : foie, os, rein, moelle épinière, intestin, cerveau et muscles. Quant aux autres organes, ainsi qu'au sang et à l'urine, on n'y en trouve que des traces. Les sécrétions nasales, buccales et bronchiques sont, elles aussi, ordinairement dépourvues de plomb. L'élimi' nation du plomb se fait le plus énergiquement par les masses fécales, l'urine, la salive (on l'y a trouvé chez les sujets atteints de paralysie saturnine) (3) et la peau (4). Môme nettoyée soigneusement pour la débarrasser du plomb qui lui adhérait, la peau fut tout de même trouvée contenant du plomb. Le fait suivant démontre, à n'en pas douter, que le plomb peut aussi s'éliminer avec le lait : la vache qui avait avalé des grains de plomb fut intoxiquée par ce métal et, ainsi que nous l'avons dit plus haut, en DQourut ; or, le veau, nourri avec le lait de cette vache, ne larda pas à mourir à son tour en présentant le tableau de l'intoxication saturnine. Mais, à tout considérer, le plomb déposé dans les organes y est si bien fixé qu'il est encore possible de le trouver chez des personnes qui, après leur première attaque de colique saturnine, ont été soustraites à l'influence du plomb pendant des années.

Rien ne s'oppose à la supposition que n'importe quel composé plorabique, après être absorbé dans l'organisme, se transforme toujours dans un composé identique auquel serait due l'action loxique du plomb. Les sels plombiques dissous fournissent avec les solutions d'albumine des albuminates de plomb solu- Wes dans les acides, les alcalis et l'albumine en excès. Grâce

(1) L. Lewin, Deutsch, Medicin. Zeitung, 1883, n» ii.

(2) Heubcl, Pathol, u. Symplom, d. chron, Bleiverg,, Berlin, i871.

(3) PoucHKT, Gaz. hebdom, de méd., 1879, p. 502.

(4) Du MouuN, Ann, et Bull, de la Soc, de Gand, 1884, p. 172.

à ces propriétés des albuminates plombiques^ le plomb pénètre facilement dans la circulation. Quant au planb triéthylèy c'est vraisemblablement après sa décomposition qu'il provoque chez les animaux une intoxication saturnine chronique (colique et action sur le système nerveux central) (I).

Les empoisonnements aigus sont, dans la plupart des cas, causés par Vacétate et le sous-acétate de plomb. La mort n'est pas survenue même après l'administration de 25 à 50 g-r. de sucre de Saturne. La g-uérison fut obtenue dans l'espace de quatre à cinq jours après l'ingestion de 30 gr. 11 est inadmissible qu'un phtisique ait été intoxiqué mortellement par 4 gr. de ce sel ingéré dans le cours de dix-huit jours (2), des hémorrhagies eussent-elles même été trouvées dans l'estomac et l'intestin. On a observé la guérison survenir chez des adultes ayant pris 15 gr. d'ac<?to<^ rf^ ;?/(9m6 et même davantage (3). Mort d'un nourrisson ayant ingéré deux cuillerées à café (4). Donnée à la dose de 20 à 25 gr., la céruse provoque chez les adultes des phénomènes d'intoxication générale grave. Dans un cas, il suffit de la dose de I gr. 5, prise en plusieurs fois pour donner naissance à des ulcérations buccales ; les doses plus élevées amènent la mort chez les enfants. Un garçon de trois ans et demi ingéra un morceau de céruse de la grosseur d'une noix : guérison.

Les empoisonnements aigus chez les animxiux^ surtout par la céruse ou par le minium, sont nombreux. Le pouls peut être normal, augmenté ou diminué (5). S'y associent : ptyalisme, constipation avec coliques, refus du lait, vertiges, crampes des muscles (par exemple des masséters), mydriase, perte de la vue, convulsions, manie périodique ou paralysie. Une vache ayant reçu 48 gr. d'acétate de plomb en trois jours, et une autre 52 gr. tombaient malades après sept ou huit jours en présentant des symptômes convulsifs ou paralytiques.

Les phénomènes d^ intoxication chez Vhomme éclatent seule-

(1) Harnack, Arch, f. exp, Path, u. Pharmak., Bd IX, p. 152.

(2) Israël, Berliner klin. Wochenschr,, 1895, p. 575.

(3) Gasco, El siglo med,, 1881, 4 sept.

(4) Aigre et V. Planghon, Ann, d*hyg., 1890, t. XXIV, p. 444.

(5) L. Lewin, Deutsche Medic. Wochenschr., 1897, n» 12.

ment après quelques heures, même s'il s'ag:it de l'acélale de plomb. Ont été observés : goût métallique répugnant, sensation de brûlure ou douleurs au pharynx, à l'œsophage et dans Téstoraac, nausées et vomissements, selles sanguinolentes, le ventre pour la plupart rétracté, sensible à la pression, crampes stomacales et, l'absorption du poison continuant, paralysie de la musculature intestinale et constipation consécutive. Le corps est couvert de sueur, l'haleine est fétide, la respiration est laborieuse, les malades se plaignent de douleurs aux extrémités et de fourmillements, et les battements cardiaques deviennent moins fréquents et moins énergiques. S'y associent parfois, entre autres : vertiges, lassitude, céphalée, anesthésie et phénomènes paralytiques. Dans des cas rares les malades meurent en convulsions et après avoir perdu connaissance. Les mouvements spasmodiques des membres supérieurs, ainsi que les convulsions généralisées, à part l'insomnie, l'haleine fétide et la constipation, peuvent constituer, à eux seuls, tout le tableau symptomatique de l'intoxication. Ils furent observés chez un enfant auquel on avait donné le sein dont le mamelon gercé était badigeonné avec de la cèruse. A titre exceptionnel, dans un autre cas, apparurent, dès l*" troisième jour après l'administration de lgr.50 de cèruse a doses réfractées, un liseré saturnin bien accusé et une stomatite avec ulcérations étendues (1). Dans la majorité des cas l'améliora- 'ion survient au bout de trois jours. Cependant une intoxication chronique peut se. développer déjà après treize jours. L'usage thérapeutique des sels plombiques {Rcéiaie de plomb à l'intérieur, comp)*esses d'eau blanche^ onguent de Saturne) a provoqué parfois des phénomènes d'intoxication aiguë ou chronique. Ces accidents ne surviennent que chez des sujets prédisposés. Outre les exant/ièmes, la cardialgie, les coliques, la néphrite, les troubles visuels, lecollapsus et la dyspnée, la respiration de Cheyne-Stokes ou seulement des accès d^ asthme j on a encore noté : raideur du cou, parésie, paralysie, convulsions et fièvre. La guérison survient dans la majorité des cas après un certain laps de temps ; plus rares sont les paralysies qui persistent pour quelque temps ou pour toujours.

(i) ScHMiDT, CentiabL f. klin. Med., 1891, no 28.

Toxicologie. 2i

Autopsie. -^ Dans les cas plus légers, on a trouvé la muqueuse gastro-intestinale recouverte d'un enduit gris-blanchâlre sous lequel peuvent exister des ulcérations. Le poison a-t-il agi plus longtemps, les muqueuses sont recouvertes d'une couche griscendré, l'inflammation gagne aussi les couches profondes qui sont ratatinées, parfois ecchymosées et ulcérées. Exsudât séreux dans les méninges cérébrales et spinales, infiltration inflammatoire dans les reins et les poumons.

INTOXICATION SATURNINE GHRONIOUE. — A. Troublos de

Tétat général et des échanges. — Même lorsque le poison n'a pas été ingéré directement par la bouche, les troubles digestifs, ainsi que l'amaigrissement consécutif, doivent toujours être mis sur le compte de l'action directe du plomb sur l'estomac. Diminution du nombre des globules sanguins rouges et de l'hémog-lobine. Coïncident avec la perte des forces : tension vasculaire plus élevée, aspect cachectique, gris-plombé ou légèrement ictérique, tremblements des mains, sécheresse de la peau, haleine fétide (haleine plombique), parfois dégoût pour les aliments, nausées, vomissement et ralentissement ou accélération du pouls. Dans un cas, les symptômes du saturnisme consistaient exclusivement en : respiration laborieuse (asthme saturnin), sensation de constriction à la poitrine, toux et sueurs. Après la cessation des troubles visuels et psychiques on a vu survenir chez un homme : toux, matité au sommet, râles crépitants, haleine fétide, hémoptysies ; mort par gangrène pulmonaire. Uasthme saturnin est surtout fréquent à la suite des inhalations de plomb finement pulvérisé (céruse, ou nettoyage des casses à l'aide d'un soufflet). Il débute par de légers troubles respiratoires auxquels font suite : agitation, palpitations, sensation de picotement au diaphragrne dansl'inspiration profonde, toux ; et, six heures environ plus tard, éclate un accès d'asthme type avec expectoration visqueuse. Je ne crois pas pouvoir attribuer à ces accès, qui peuvent aussi être consécutifs à l'emploi thérapeutique du plomb, une origine centrale. Ainsi, par exemple, les troubles respiratoires causés par lésiops centrales dans la région du pneumogastrique, consistent seulement en accélération du pouls et delà respiration. Le satur-

nisme chronique peut aussi donner naissance à des lésions valvulaires (rétrécissement mitral). II y a déjà longtemps que Tinsuffisance aortique précédée de dyspnée, de toux et d'hémoptysies qui était survenue chez une femme occupée à nettoyer les caractères d'imprimerie, fut considérée comme étant d'origine saturnine. L'albuminurie n'est pas une rareté, mais on n'est cependant pas autorisé à attribuer quelques symptômes d'origine cérébrale ou d'une autre provenance à l'intervention de l'urémie. Dans l'anémie saturnine, le fer s'élimine par la peau.

Le premier symptôme pathognomonique consiste souvent en un liseré sombre des gencives ramo??î>5, ratatinées dans la plupart des cas; du reste, il peut faire défaut. Tantôt il se dessine sous forme d'un trait à peine perceptible sur une ou plusieurs dents incisives et surtout aux canines de la mâchoire inférieure, tantôt c'est une large bande occupant toutes les dents. On ne le trouve pas ordinairement chez les sujets ayant perdu les dents ou aux espaces interdentaires. Très rarement on voit l'empreinte du liséré saturnin sur la muqueuse buccale. J'ai démontré la présence du plomb dans des dents semblables. Le liséré est formé par du sulfure de plomb qui peut se produire grâce à l'hydrogène sulfuré contenu dans la bouche. Il faut faire attention à ce que l'on ne prenne pas pour un liseré saturnin le liseré noir dû à l'emploi des poudres dentifrices contenant du charbon. L'examen microchimique (que l'on peut entreprendre sur les tissus vivants) permet de trancher facilement la question : le sulfure de plomb est soluble dans l'acide azotique, tandis que les particules charbonneuses ne s'y dissolvent pas. La pointe de la langue est parfois noire, ainsi qu'en témoigne le nourrisson qu'allaitait pendant huit jours environ une femme dont le mamelon était badigeonné arec un onguent à la céruse. La parotidite saturnine chronique, unilatérale ou double, parfois douloureuse, se rencontre fréquemment et peut être accompagnée d'une stomatite très marquée (1). Le plomb s' éliminant par la peaUy peut être décelé comme sul-

{{) TmiKtxMAns, Contribution à rétude de manifestations parotid,, thèse de Paris, 1895. — CiiouTss, Gat. hebd, de Médec, 4897, n» \\, — Achard, La France wiérffr., 4896, p. 832.

340 POISONS INORGANfQITRS

fure de plomb en enduisant la peau d'une solution de sulfure de sodium à 5 pour 100. La puissance sexuelle serait abaissée chez rhomme (dès l'antiquité le plomb passait pour amener la frigidité) et, dans des cas très rares, il amène l'atrophie du testicule. Des vaches qui se désaltéraient à un petit ruisseau contenant du plomb provenant d'une plomberie voisine, ont présenté des troubles sexuels (conception anormale, avortement, etc.). Soumises à la même cause morbigène, les oies et les canes fournissaient souvent des œufs nains. Chez les femmes on a observé : diminution ou même cessation complète de la sécrétion lactée, aménorrhée (1), règles précoces ou retour des règles après la ménopause, dans un cas vaginisme, souvent avortement^ enfants morts-nés. Les fœtus et les nouveau-nés ont la tête augfmentée de volume et de forme toute particulière (2) caractérisée par des tubérosités frontales et pariétales très saillantes : cette tête presque quadrangulaire rend très difficile l'issue hors des organes maternels. Les enfants sont parfois atteints de cachexie saturnine. Dans un village hessois presque tous les habitants s'adonnent au vernissage de la poterie et, par conséquent, sont plus ou moins saturnins; or, la mortalité des enfants y est de 50 pour 100 dans les cinq à six premières années de leur vie. Les survivants sont atteints d'hydrocéphalie et de mégalocéphalie. \]ïie compositrice, ayant souffert pendant douze ans d'accidents saturnins, s'est mariée à un compositeur saturnin lui aussi : sur cinq grossesses, il y eut qua^tre avortements, et le dernier enfant mourut de convulsions à l'âge de sept mois ; à la sixième grossesse, il y eut accouchement prématuré et mort de l'enfant le quinzième jour. A l'autopsie: cirrhose hépatique; le foie, du poids de 45 gr., contenait 16 p. 100 environ de plomb. Dég-énérescence de l'épithelium rénal, prolifération du tissu interstitiel, endartérite dans un grand nombre d'organes.

[L'influence du saturnisme sur la grossesse et le produitde la conception a été Tobjet, de la part du docteur Balland, d*un travail fait en 1896 sous la direction

(1) Strecht Dowse, Med, Times and Gazette, 1867, p. 387. (i) PuL, Gncette ftes hôpitatuv, 1861, d» 35.

PLOMB 34 i

de oioD collëgae et ami le professeur Pinard pour la partie clinique, et sous la mienne en ce qui regarde la toxicologie (i). Les recherches de Féré avaient déjà démontré l'influence néfaste des poisons sur Tœuf, soit avant, soit au cours de riocubation ; mais, en ce qui concerne le plomb, tout au moins, il n'avait pas été fait de recherches expérimentales tendant à démontrer le passage de la substance toxique de la mère au fœtus et essayant d'évaluer la proportion de poison. Le chiffre élevé de fausses-couches chez les femmes exposées aux causes avérées d'intoxication saturnine, celui de la morti-natalité et la grande mortalité chez ies enfants des ouvriers maniant le plomb et ses dérivés avaient depuis longtemps attiré l'attention ; et il n'était pas sans intérêt de chercher à fixer expérimentalement le mécanisme au moven duquel se réalisait cette intoxication. Après les expériences de Majer, en i8i7, qui retrouva dans l'urine des nouveau-nés le ferrocjanure de potassium administré à la mère au moment de l'accouchement et surtout après les expériences encore plus décisives de Flourens avec la garance,il devint évident que les substances toxiques et médicamenteuses se transmettaient de la mère au fœtus par la voie de la circulation placentaire. J'ai pu, en effet, constater avec toute certitude la présence de quantités de plomb, très faibles mais parfaitement appréciables dans le placenta, dosables dans le lait, chez des femmes saturnines et des femelles d'animaux intoxiquées expérimentalement.

Les résultats des statistiques rapportées parM. Balland sont des plus démonstratifs. Sur 438 grossesses on trouve 56 enfants vivants et 8â morts se décomposant ainsi : 36 avortements, 9 mort-nés et 37 enfants morts. Il y eut 57 accouchements prématurés et 45 accouchements à terme. Je ne puis que renvoyer le lecteur que ces détails intéresseraient à la lecture des tableaux dressés par M. Balland et d'où il résulte que, pour les femmes, la profession donnant lieu au plus ?rand nombre d'intoxiquées est celle de typographe (21 accouchées et il intoxiquées). La conséquence immédiate de l'intoxication est de provoquer un nombre d'accouchements prématurés et d'avorîcincnts équivalant aux deuxtiers du nombre total. Quant aux résultats des grossesses, l'intoxication est responsable d'une mortalité d'environ 50 p. 100. Les femmes qui accouchent à terme ne donnent le jour qu'à des enfants faibles, d'un poids très inférieur à la normale, et qui meurent dans les premiers mois ou les premières années. Pour la presque totalité des accouchements prématurés, les enfants ne sont pas viables.

Les résultats des expériences effectuées sur les animaux concordent en tous points avec les faits cliniques : débilité de la mère, intoxication du produit de la conception qui se trouve directement touché par l'intoxication maternelle. Les conséquences du saturnisme sur le fœtus et sur la mère sont en rapport direct avec le degré de l'intoxication ; ce qui permet de comprendre que chez une

(1) J. Balland, Influence du saturnisme sur la marche de la grossesse, le produit de la conception et Vallaitement, Recherches cliniques^ expérimentales et toxicologiques. Thèse de Paris, 1896.

même femme il se produise tantôt des avortements, tantôt des accouchements prématurés, tantôt des accouchements normaux avec des enfants naissant plus OU moins viables. La susceptibilité et Timpressionnabilité individuelles s'observent chez les femelles d'animaux comme chez la femme, les unes résistant alors que les autres présentent des accidents graves pour des doses égales absorbées. Le passage du plomb dans le lait, et l'intoxication consécutive des petits par le lait de la mère, ont pu être démontrés dans une série d'expériences exécutées dans des conditions de certitude parfaite.]

Un nouveau facteur, jusqu'ici inconnu, est sans doute nécessaire pour que survienne la goutte saturninej c'est-à-dire, pour que les urates se déposent dans les reins, ainsi qu'on l'admettait jusqu'à présent, ou pour qu'il y ait surproduction d'acide urique se trouvant dans le sang*. La g-outte saturnine, tout à fait semblable à la goutte ordinaire, s'étend rapidement à un grand nomlye d'articulations et amène facilement la formation des tophus et diverses déformations. Cette maladie se rencontre le plus souvent chez les saturnins âgés de trente à cinquante ans et qui ont longtemps travaillé le plomb (1). Un peintre ayant eu déjà des coliques de plomb fut atteint subitement A^arthrite urique (tuméfaction des jointures, douleurs dans un gros orteil) contre laquelle l'acide salicylique s'est montré impuissant; bientôt survint Vurèthrite urique (blennorrhagie goutteuse). Il était possible d'exclure à coup sûr la blennorrhagie et les affections prostatiques (2).

Les troubles dans l'échange des matières^ survenant dans le cours du saturnisme et pendant les exacerbations, sont confirmés aussi par l'examen chimique. Ont été observés : augmentation surprenante de l'urée et des chlorures, élimination de l'azote augmentée pendant l'accès aigu, tandis que la quantité d'acide urique est, dans l'accès dégoutte et des coliques, à la limite inférieure de la normale et, en cas d'intoxication chronique, oscille dans les limites de la normale. Dans plusieurs cas on a trouvé une hématoporphyrinurie. Les troubles dans l'échange des matériaux des os se manifestent comme carie et nécrose (os de l'avant-

(1) NoBÉcouRT, La Semaine médic, 1897, u?l,

(2j ScHRADER, Deutsche med. Wochenschr,, 1892, p. 181.

bras, de la cuisse, les côtes, le sternum, mais surtout maxillaire supérieur); chez les animaux on a trouvé des dépôts de phosphate de chaux dans les reins. ^

A Vautopsie des saturnins on a constaté : dégénération graisseuse et atrophie des glandes stomacaleSy hypertrophie de la soics-muqueuse gastro^intestinale par suite delà prolifération du lissu conjonctif et de l'épaississement de la gaine adventice des vaisseaux^ atrophie de la muqueuse du jéjunum, de l'iléon et du colon ascendant et dégénérescence graisseuse des tuniques musculaires de l'intestin (1). A trois reprises, on a trouvé, dans le duodénum des saturnins, des ulcères arrondis. Chez les lapins intoxiqués par V acétate de plomb, l'inflammation de la muqueuse intestinale s'élend jusqu'à la tunique musculaire. L'épithélium des glandes de Lieberkuhn présente des figures de karyokinèse ; Tendothélium des petits vaisseaux sanguins était, çàet là, en voie de division nucléaire. Le plomb s'éliminant par le rein peut provoquer une néphrite chronique atrophique. On a noté dans une partie de la substance corticale : diminution, voire disparition des canalicules urinifères, prolifération du tissu conjonctif interstitiel, oblitération ou dégénérescence hyaline des glomérules de Malpighi et de leurs vaisseaux. Vinhalation d'acétate de plomb provoque, elle aussi, des altérations rénales (2). La néphrite chronique atrophique peut amener l'hypertrophie cardiaque, Tascite, etc. Chez les sujets ayant eu des accès de coliques saturnines, Vatrophie du foie esi très fréquente. Le protoplasma du foie a subi chez les animaux une dégénérescence : il est nécrosé et lombéen détritus granuleux. Périangiocholite, d'abord purement exsudative, allant progressivement jusqu'à néoformation du tissu conjonctif: en d'autres termes, nous avons affaire à une périangiocholite chronique hyper plastique très accusée (3).

De tout ce qui précède il résulte que le plomb provoqua la dégénérescence des éléments spécifiques des organes, qu'il agit sur les vaisseaux sanguins, qu'il diminue l'élasticité des parois arté-

(1) KussMAUL, Arch, f. kUn. Med.. Bd IX, p. 285.

(2) Stibgutz, Arch, f. Psychiatrie, Bd XXIV, 4, 1.

(3) CoEN und d'Ajutolo, Ziegler's Beitr,, Bd III, Heft 5.

rie lies et quil donne naissance à des foyers inflamtnatoires et à la nèo formation du tissu conjonctif.

B. Troubles de la sensibilité. — Ils comprennent : 1. Coliques de plomb (coliques saturnines). Elles ont été observées quatre cent ving^t-sept fois en sept années dans une seule et même zinguerie.

Un sujet ayant présenté depuis longtemps divers troubles digestifs ressent, surtout après les repas, de la pesanteur à Tépigastre ou des douleurs lancinantes à la région ombilicale ou aux hypochondres, et immédiatement après éclate un accès de colique persistant presque sans rémission aucune durant quelques jours, et parfois se prolongeant pendant quelques semaines avec des intermittences plus ou moins considérables. Le malade garde le lit à cause des douleurs térébrantes survenant par accès et s'exacerbant surtout la nuit; ces douleurs sont ordinairement localisées à la région ombilicale, mais avec des irradiations possibles vers le testicule, par exemple, ou le vagin ; elles s'atténuent par la pression. Pendant l'accès, tous les muscles abdominaux sont contractures et le ventre est creusé en gouttière. L'accès douloureux est toujours apyrétique. Quand les douleurs sont à leur apogée, on peut observer : ténesme, strangurie, ischurie avec oligurie, rarement albuminurie, urobilinurie et soif. Le pouls est ordinairement ralenti (1), quelquefois élevé et dur (comme , un fil de fer fortement tendu). La respiration n'est accélérée que quand les douleurs sont au point culminant (asthme saturnin). Le malade ne va à la garde-robe qu'au bout de quelques jours ou môme après une semaine. La diarrhée ne s'observe que rarement; au contraire, dans les intervalles des accès, le malade est souvent tourmenté de nausées et de vomissements. Chez certains malades l'insomnie alterne avec des réveils en sursaut fréquents. Après la cessation de l'accès, les douleurs lancinantes et les crampes qui existaient quelquefois auparavant peuvent réapparaître exacerbées. Quelques ouvriers ont des coliques a deux et jusqu'à dix reprises différentes ; les récidives peuvent

\) Li. Lewiw, I. c.

apparaître à des intervalles éloignés sans que le malade se soit exposé de nouveau à faction nocive du plomb. La mort ne survient que dans I pour 100 environ de tous les cas de colique. Elles éclatent le plus souvent au cours des mois d'été, quand la transpiration cutanée est activée aux dépens de l'excrétion urinaire; ou bien à la suite des affections rénales, même les plus léçères, qui diminuent l'élimination du plomb par le rein (1). La cause directe de la colique saturnine, c'est l'irritation des nerfs Yaso-moteurs ou des ganglions intestinaux.

2. L'arthr algie saturnine. Peuvent être considérés comme précurseurs la faiblesse musculaire, l'engourdissement des membres et la lassitude. L'arthralgie se caractérise par une douleur rémittente ressentie principalement aux muscles fléchisseurs des membres inférieurs, plus rarement aux fléchisseurs des membres supérieurs, mais aussi à d'autres muscles, os, articulalions. La fièvre n'est pas constante. Ces douleurs rendent toujours les membres atteints impotents et s'accompagnent souvent de secousses et de raideur. L'accès se termine dans l'espace de cinq à huit jours, rarement après avoir persisté pendant des semaines. La paralysie consécutive est absolument exceptionnelle. On a observé souvent la tuméfaction des jointures et des névral- ^es (nerfs frontal, sous et sus-orbitaire, etc.). Le point de départ de l'arthralgie a été cherché, entre autres, dans les muscles ou les appareils moteurs centraux.

3. Trophonévroses saturnines. Chez un homme ayant eu la colique de plomb, on a vu apparaître aux mains, aux orteils des taches rouge-bleuâtres et des phlyctènes avec un contenu noirâtre. L'éruption était douloureuse. Les bains d'oxygène ont fait disparaître tous ces symptômes. Dans d'autres cas (aliments sprvis sur une assiette en étain contenant du plomb) il se fit, sur diverses parties du corps, une éruption constituée par des taches presque noires et des papules; disparition dans l'espace de six à huit semaines. Dans des cas isolés on a noté, chez les saturnins, la formation de bulles dans la bouche, sur le voile du palais, le pharynx et le larynx.

(4) L. Lewin, Real^Encyclop. d. ges. Heilk,, Bd III, article plomb.

4. Vanesthésie saturnine consiste en insensibilité de la peau (parfois aussi des parties nnolies) à n'importe quelle irritation. Cette insensibilité dure de huit à quatorze jours, elle est locale, mais change continuellement de place. Des hypéresthèsies peuvent accompagner les troubles cérébraux.

5. Vaynaiirose et Vamhlyopie saturnines surviennent ordinairement quelques heures après cessation de la colique de plomb, parfois d'une manière indépendante (elles sont alors souvent précédées d'un accès de vertige), ou simultanément ou après divers processus encéphalopathiques, par exemple, coma, ou après une arthralgie. Elles sont toujours bilatérales, mais pas toujours de la même intensité. Les pupilles sont dilatées, ne réagissant plus à la lumière directe ; rarement elles sont rétrécies ou normales. L'amaurose dure des heures, des jours entiers et quelquefois même jusqu'à la mort. On peut distinguer : a) Troubles visuels j V examen ophthahnoscopique ne découvrant rien

Fig. 8. — Troubles visuels chez un saturnin.

/ ^■^— — lumière blanche.

\ --- — -— lumière bleue.

Limiles des champs visuels : \ lumière rouge.

j —.-..... lumière verte.

\ xxxxxx cécité absolue.

cV anormal ou presque rien; h) Amhlyopie chronique avec des symptômes de névrite. L'examen ophthalmoscopique plaide en

faveur d'une névrite, accessible à la thérapeutique, du moins autant qu'il s'agit encore d'inflammation aiguë et qu'il n'existe pas encore de dégénération atrophique. c) Troubles visuels avec pa^ pillite très accusée (hémorrhagie au bord du renflement du nerf optique et rétrécissement des artères de la rétine). Ils peuvent éclater d'une manière aiguë (cécité brusque) ou progresser lentement jusqu'à se terminer par l'amaurose et l'atrophie du nerf optique. Ils sont, dans la majorité des cas, accompagnés de symptômes cérébraux et d'autres symptômes généraux. Dans un cas semblable, on a trouvé atrophiés les vaisseaux du nerf optique, de la rétine et de la choroïde. Cette forme correspond au pronostic le plus grave; toutefois, on a observé quelques cas de guérison relative, d) Troubles visuels avec rètinite albu^ minurique. Peuvent y être associés : Paralysie des muscles externes de l'œil (ophthalmoplégie externe), diplopie, asthénopie, diminution du pouvoir accommodateur, diminution de l'acuité visuelle. On a vu l'hémianopsie homonyme guérir, mais parfois elle est incurable (1).

C Surdité saturnine^ anosmie saturnine uni ou bi-latérale, aktt que ageustie saturnine. Le malade peut, par exemple, n'atA perdu que la sensation de l'acide, mais dans d'autres cas on mli l'absence de toute sensation gustative.

6. Troubles cérébraux (Encéphalopathie saturnine). — Ils Àviennent seuls ou en compagnie d'autres troubles saturnins, fiifox^ déjà six mois après le début du travail et peut-être de |ri|Kérence chez les alcooliques. Ils se présentent? sous quatre tt^cts différents : a) forme délirante ne persistant, dans la majorité des cas, que pendant quelques jours, parfois précédée par un stade mélancolique et accompagnée quelquefois d'hallucinations et d'illusions. Ce délire fait rarement place à un état physique ressemblant à la paralysie générale, b) Forme mélan-

(1) Bergmeister, Wienermed, BlàCier, 1886, p. 169; — Vhthoff,* Arch. fur Ophalm.^ Bd XXXUI, p. 271. Les champs visuels représentés daos la figure ci-dessus (fig. 8) ont été fournis par un peintre dont les troubles visuels dataient de neuf mois : atrophie partielle du nerf optique, décoloration atrophique des moitiés externes des papilles, acuité visuelle diminuée, perte absolue de la vision centrale avec intéfl^té du champ visuel périphérique.

colique avec conceptions délirantes (hallucinatoires), c) Forme comateK^e persistant un à deux jours (jactitation, g-émissements, jfrincement de dents), dont le pronostic est le plus g^rave et d) forme convulsive. Les convulsions surviennent quelquefois isolément, présentent parfois une durée allant jusqu'à trente minutes et portent l'empreinte de Vépilepsie ou de Véclampsie saturnine.

Il serait sans utilité aucune de vouloir délimiter exactement les diverses formes de l'encéphalopathie saturnine, beaucoup d'autres symptômes cérébraux intervenant sans qu'il soit possible d'assigner la période de l'affection à laquelle ils apparaissent habituellement. S'y rapportent les symptômes morbides que voici : céphalée et douleurs persistantes aux membres avec ou sans anémie, mouvements choréiques, vertige, tremblement des extrémités et marche titubante, insomnie, hyposthénie généralisée, hémianesthésie, hémiplégie, troubles de la parole, aphasie souvent associée à l'hémianopsie, accélération du pouls et de la respiration sans affections cardiaques ni pulmonaires concomitantes (troubles cérébraux dans le domaine du pneumogastrique), troubles dans les domaines du facial, de Tacoustique et du glossopharyngien, très rariement dans celui de l'hypoglosse. L'aflFection peut aussi persister pendant deux mois en présentant le tableau clinique de la fièvre typhoïde. La mémoire, l'intelligence et la volonté sont touchées. Quelques malades deviennent irritables, maussades ou présentent des accès d'angoisse (neurasthénie saturnine). Certains cas caractérisés par l'amaurose, l'hémianesthésie, l'ageustie, l'anosmie, sont considérés par Gharcot comme attribuables à l'hystérie, qui, restée jusqu'ici latente, est devenue active grâce à l'influence du plomb comme agent provocateur.

La mortalité des sujets atteints d'encéphalopathie saturnine est de 23 p. 100 environ. Quelques symptômes d'origine centrale, tels que, par exemple, paralysie faciale, gêne de la déglutition, hémianopsie, hémianesthésie, peuvent disparaître après quelques jours, mais parfois ils persistent pendant des années. La cause de cette affection doit être cherchée dans l'action du plomb sur le cerveau. On a démontré à plusieurs reprises la présence du plomb dans le cerveau, parfois même sous forme de chromate de

plonib. Chez un sujet ayant succombé à Vèpilepsie saturnine^ on a relire du cerveau environ lgr.l7 p. 1000 de sulfate de plomb. Quant au coma, etc., on en a rendu responsable l'anémie cérébrale par suite de l'irritation des muscles lisses des vaisseaux cérébraux ou l'œdème du cerveau. Peut-être les processus artériliques, décrits plus haut, jouent-ils ici un certain rôle (1). La néphrite saturnine peut, à son tour, provoquer des phénomènes eocéphalopathiques urémiques. Chez les chiens intoxiqués chroniquement par le plomb, on a vu, pour la plupart des cas vers la quatrième et la cinquième semaine, éclater brusquement des accès d'éclampsie qui peuvent être mis en parallèle avec ceux observés chez l'homme.

D. Troubles moteurs. — La paralysie saturnine (elle fut observée aussi chez les animaux auxquels fut administrée une eau contenant du plomb) est rarement générale; dans la plupart des cas elle est partielle et attaque ordinairement les deux, rarement un seul côté des extrémités supérieures (chez les gauchers de préférence le bras gauche, en cas d'affection unilatérale). Aux membres supérieurs, ce sont le plus souvent les extenseurs del'avantbras qui sont atteints, les malades ressentent préalablement, dans les membres qui seront pris, de la faiblesse, du tremblement ou de l'engourdissement. Un cocher qui ramassa avec une de ses mains de la cèruse tombée d'un tonneau crevé, ressentit le soir même des fourmillements dans les doigts de la main dont il s'était servi pour ramasser la céruse : il fut paralysé sur-le-champ sans qu'il survînt aucun autre phénomène d'intoxication saturnine. La force motrice des muscles ne diminue pas proportionnellement à la diminution de l'excitabilité électrique.

Ordinairement c'est l'extenseur commun des doigts qui est atteint le premier, viennent ensuite dans l'ordre de succession : Textenseur propre de l'index et l'extenseur propre du petit doigt, le long extenseur du pouce, le cubital postérieur et le long radial, le court extenseur du pouce et le long abducteur du pouce. Si la paralysie se montre aux extrémités inférieures — ce qui est rare

(1) VVestphal, Ueber Encephalop. saturn., Berlin, 1888.

— ce sont, pour la plupart des cas, les adducteurs et les abducteurs qui sont attaqués. Les longes supinateurs ne sont atteints qu'exceptionnellement (1). L'éminence thénar peut participer à la paralysie sans que sa musculature soit sujette à du surraenagre professionnel, malgré ce que Ton a affirmé au sujet des tailleurs de limes. Le deltoïde, le biceps, et le brachial ne présentent que rarement des anomalies dans leur réaction électrique. Mais en cas d'épilepsie saturnine, de délire et de somnolence, on a observé aussi la paralysie de toutes les extrémités. Les malades sont parfois hors d'état de marcher ni de se tenir debout, ils ne peuvent pas fléchir le pied sur la jambe, la pointe du pied regarde en avant et en bas, la plante du pied est concave. Si la jambe et la cuisse sont paralysées à leur tour, la jambe est en demi-flexion, elle ne peut pas s'étendre sur la cuisse et le pied ainsi que les orteils sont en flexion vers la plante. Le réflexe patellaire, souvent aboli complètement, est quelquefois exagéré.

On a observé aussi la paralysie de l'appareil vocal. C'étaient, dans un cas, les muscles thyréo-aryténoïdiens internes et, dans un autre cas, les adducteurs des cordes vocales qui étaient paralysés; dans ce dernier cas il y avait, en outre, de la paralysie du releveur du voile du palais. Chez les chevaux employés dans les manufactures de plomb, il survient parfois de la paralysie des cordes vocales par suite de la paralysie du nerf récurrent; aussi, pour prévenir l'asphyxie, est-on obligé de pratiquer la trachéotomie. Il survient des contractures et les muscles s'atrophient. La contractilité faradique disparaît plus rapidement que la contractilité galvanique qui est passagèrement exaltée. La réaction de dégénérescence a été parfois rencontrée même dans des muscles non paralysés. Dans dès cas isolés on a noté des troubles de la coordination (ataxie). La paralysie saturnine peut guérir même après avoir persisté longtemps.

Les lésions circonscrites des cornes antérieures ont été considérées comme étant la cause des paralysies saturnines (2). Les lésions rencontrées quelquefois dans la moelle épinière (polio-

{i) Dreisch. Zwei seitene FàllevonBleivergiftung, ^890. (2) Remak, Arch. f. Psych , ^875, Bd VI, p. 1.

myélite avec dég^énéralioii et atrophie de quelques cellules gpan- ^'lionnaires, îlots de sclérose dans les racines du renflement cervical), n'ont pas été trouvées dans d'autres cas. Cependant, on a réussi à démontrer chez les animaux qui inhalaient longftemps l'acétate de plomb que, en cas de paralysie, il y a des processus inflammatoires dans la substance grise de la moelle épinière et, de plus, des lésions de dégénération dans les grosses cellules ganglionnaires des cornes antérieures (vacuolisation), ainsi que dans les racines, etc., les nerfs périphériques étant demeurés absoluments intacts. Quant aux muscles atteints, les fibrilles musculaires ont été trouvées amincies, les noyaux du sarcolemme en prolifération, et la substance contractile ayant en partie subi la dégénérescence granulo-griaisseuse (i) . Dans les branches motrices des nerfs se distribuant aux muscles paralysés, la gaine de myéline est parfois fissurée, le cylindre axe fait en partie défaut el les noyaux du névrilemme ont proliféré. Quelques auteurs contestent cette vue que la paralysie saturnine serait une névrite Iropho-motrice ou une myo-névrite. 11 existe aussi des partisans de l'opinion d'après laquelle, dans la paralysie saturnine, concurremment, ou consécutivement aux lésions périphériques primaires, il y aurait, en outre, une affection poliomyélitique. Dans un cas, outre l'atrophie dégénérative du radial, il y avait encore un épaississement considérable des parois des artérioles de l'épinèvre, du périnèvre et de Tendonèvre (2).

Traitement de rempoisoxmement aigu par le plomb. — Sulfate de soude, ou sulfate de magnésie, solution d'albuniine, lavages de l'estomac; ensuite, purgatifs, diurétiques et diaphorétiques.

Thérapeutique prophylactique de rintozication saturnine chronique. — Les cas considérés comme dus à l'immunité individuelle ne doivent être regardés que comme des intoxications différées plus longtemps que d'ordinaire, et concernent des per-

{{) FRiEDLiENOER, Arch. fûv pathoî . Ànat., Bd LXXV, p. 24, et Eisenlohr, Detttsehes Arckiv. f. klin, med., Bd XXVI.

(2) E1CHHOR8T, Arch, /•. path, Anat., Bd CXX, p. 217.

sonnes qui ont manié le plomb dans des conditions hygiéniques favorables ou qui, sciemment ou inconsciemment, se sont défendues contre l'intoxication. Ceci permet de supposer qu'il existe des mesures sanitaires qui mettent à l'abri pour un temps plus long, et peut-être garantissent complètement contre l'intoxication. C'est ainsi que les propriétaires des usines dans lesquelles les préparations de plomb sont fabriquées très finement pulvérisées ou dans lesquelles se dégagent des vapeurs de plomb, devraient non seulement être obligés de pourvoir à une ventilation suffisante^ mais encore d'établir des chambres pour poussière (dans une usine de minium on recueillait, bon an mal an, plusieurs milliers de kilogrammes de cette poussière), à^s puits de dégorgement^ ainsi que de nombreux lavabos appropriés, approvisionnés d'eau chaude en quantité suffisante et répartis dans tous les ateliers (les lavabos laissent beaucoup à désirer dans certaines grandes imprimeries), mais aussi de protéger la santé des ouvriers en leur fournissant des respirateurs, etc. 11 importe également de mettre les ouvriers en garde contre le danger qui les menace. On leur indiquera qu'ils ne devront rien manger dans les ateliers, n'y pas fumer, mais qu'ils mangeront et fumeront dans des pièces à l'abri du plomb et après avoir nettoyé soigneusement les mains et la face de toutes les particules de plomb qui y adhéraient. Us porteront à l'usine des vêteûients de travail qu'ils quitteront en cessant ce travail, et ils prendront des bains fréquents. Il vaudrait encore mieux que dans chaque grande usine il y eût un établisse ment de douches chaudes bien aménagées où chacun pourrait prendre des doucher trois à quatre fois par semaine. Je considère comme très important que VÉtatcoyUràle soigneusement l'emploi des matières colorantes contenant du plomb dont oo se sert pour peindre les objets de la vie courante, et entre autres, interdise absolument remploi du chromate de plomb dans V industrie (inàxxsivie textile, fabrication des papiers peints, coloration des aliments, des boissons, des joujoux). L'enduit de laque et de vernis qui recouvre ^^L. i^Wt^i^ «û fr..if.nif i>as de garantie suffisante pour la santé

'cliniques de sûreté contre les conduites

deau en plomb (la surface interne des tubes enduite d'une couche de sulfure de plomb, le tube en plomb contenant à son intérieui» UD autre tube en étain, ou tubes émaillés), je les tiens pour su^ perflues. Les tubes en plomb peuvent être admis toutes les fois qu'il s'agit de conduites fermées, surtout de canalisation sous pression, mais ils seront interdits pour les canaux à ciel ouvert. C'est le charbon animal qui est le meilleur épurateur de l'eau contenant du plomb (1). L'eau ayant passé sur des morceaux de quartz perdrait ses propriétés dissolvantes vis-à-vis du plomb.

Dès l'année 1543 la teneur permise de rétain en plomb éi^\i réglée à Anvers par une loi (2,5 p. 100). D'après la loi de l'empire allemand les vaisselles et les ustensiles de cuisine en métal ne devront pas contenir plus de 10 p. 100 de plomb ; la vaisselle vernissée ou émaillée soumise pendant une demi-heure à l'ébuUition avecdu vinaigre dilué (4 p. 100 d'acide acétique) ne doit pas lui céder du plomb. Le caoutchouc dont on se sert pour conserver les substances alimentaires ou pour la fabrication des joujoux, m contiendra pas de plomb. Les couronnes en caoutchouc destinées à servir d'obturateurs contiennent dans la majorité des cas jusqu'à 60 p. 100 de litharge. Les feuilles de métal pour emballer le tabac à priser et à mâcher, le fromage, ne devront pas contenir plus de 1 p. 100 de plomb et les masses pour soudures ou pour étaniages n'en contiendront pas plus de 10 p. 100.

Traitement curatif. — a) Coliques de plomb : purgatifs {huiles de ricin, calomel, huile d'olive à doses élevées), calmants (eau chloroformée saturée et eau aa^ morphine, inhalation de nitrite d'amyle ou atropine en injections sous-cutanées), antidotes (soufre avec miel, sulfates, tous les deux tout à fait inutiles) ; tout récemment, on a chaudement recommandé le sulfure de sodium en pilules, à la dose quotidienne de Ogr. 3 à Ogr. 4, et, pour activer l'élimination, l'iodure de potassium. — b) Arthralgie saturnine : bains sulfureux (50 à 100 gr. de sulfure de potassium pour un bain). — c) Paralysie saturnine : bains de vapeur et traitement électrique, injections de strychnine (0 gr. 005, à doses progressivement croissantes) ; guérison par l'iodure de polas-

(1) Peyrou, Annales de la Policlinique de Paris, 1894^ p. 131.

Toxicologie. 23

3*^>4 IM»IS()NS INORCANrç^lTKS

siuni ci le soufre dans un cas de paralysie faciale gauche, d'hémianopsie et de paralysie motrice et sensitive (1). — d) Encèpha" ïopathie saturnine : éviter les saig^nées, l'abaissement notable de la température et les drastiques; mais, en revanche, employer bains tièdes, stimulants du cœur, iodure de potassium, une saignée suivie d'une infusion de chlorate de soude.

Recherche. — Les organes seront bouillis avec de la lessive sadique : s'ils contiennent du plomb, le sulfure de plomb qui se forme colorera le liquide en brun allant jusqu'au noir (le sulfure provient de l'albumine). L'acide azotique permet d'enlever le plomb aux métaux, aux os, etc., la solution ainsi obtenue sera chauffée après addition de l'albumine et de la lessive sodique : on obtiendra de la sorte du sulfure de plomb. L'urine sera additionnée d'albumine et de lessive de soude et chauffée (2). D'après le procédé analytique ordinaire, on commencera par détruire les organes à l'aide de l'acide chlorhydrique et du chlorate de potasse, on fera passer un courant de H^S dans le liquide débarrassé du chlore, le précipité sera dissous dans l'acide azotique et additionné d'acide sulfurique. Si on recherche le plomb par Télectrolyse, le métal se déposera sur l'électrode négative. On peut aussi joindre les deux méthodes. On détruit les organes par la méthode Pouchet (bisulfate de potasse et acide azotique fumant, acide sulfurique et nitrate de potasse), le résidu sera neutralisé presque complètement par la soude puis dissous dans l'eau chaude et soumis à l'action d'un courant d'hydrogène sulfuré. Le précipité de sulfure, recueilli et lavé, sera dissous dans l'acide nitrique; on filtre, on évapore et on reprend par l'eau additionnée d'acide azotique. Cette liqueur filtrée est introduite dans l'appareil Riche et électrolysée. On pèse enfin le dépôt do peroxyde formé au pôle positif (3).

[A la suite de recherches poursuivies avec persévérance dans le service de Vulpian àThôpital de la Charité, j*ai montré, en 1879(4), l'influence remar-

(1) Hertel, Chirité-Annalen, 1890, p. 220.

(2) L. Lkwin, Dâutftche Medicinal-Zeitung, 1883, n» 12.

(H) Hur.ouNKNQ, Jnurn. dp Pharm. et de Chimie^ 1898, p. 529.

(4) Ci. l'oLciiET. Arcurex de physiologie ^ 2e série, t. VII, 4880, p. 74. Action de l'io dure de polassium sur rclimioalioa du plomb par ruriue chez les saluruins.

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