MATIÈRES COLORANTES ORGANIQUES ARTIFICIELLES
L'usage de divers tissus colorés par des matières colorante:^ cTaniline et de goudroUy ou l'ingestion des aliments et des boissons colorés par elles, ou leur maniement dans l'industrie peuvent provoquer des phénomènes d'intoxication locale ou générale, à savoir: eczéma, tuméfaction de la face, vomissements, diarrhée, anesthésie, paresthésie, etc. Ils sont, pour la plupart, causés par les propriétés toxiques particulières à chaque matière colorante, parfois par des mélanges délétères, presque jamais par des mordants toxiques.
Un grand nombre d'ouvriers occupés dans les industries des matières colorantes d'aniline portent des taches indélébiles, par exemple: sur la cornée et la conjonctive, à la tête, à la poitrine, à la face et au cou, sans aucun trouble de l'état général. On a
(1) Nengki, Bet\ d, deutsch, chem, Ges., i876, p. 299.
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trouvé souvent des altérations locales plus graves sur la peau et les muqueuses. Ainsi un pinceau trempé dans une matière colorante d'aniline a-t-il touché l'œil, celui-ci est d'abord seulement coloré en violet bleuâtre, mais plus tard il survient de l'inflammation et du chémosis. Chez les enfants ayant porté pendant quelques jours des bonnets colorés en rouge par les couleurs d'aniline, j'ai observé des tuméfactions et des indura^ tions circonscrites de la peau des joues. Un sujet ayant essayé de faire sortir, à l'aide d'un « crayon d'aniline indélébile », les débris d'une dent restée après l'extraction, aurait été atteint de vomissements, de diarrhée, d'un accès épileptoïde et de collapsus.
I. DÉRIVÉS DU TRIPHÉNTLHÉTHANE. — a) GROUPE DE LA ROSA- NiLiNE. - FUCHSINE {vougc MagcntUy chlorhydrate de rosani- Une). — Contrairement à l'assertion de quelques auteurs d'après laquelle elle aurait provoqué chez les chiens : coloration de l'urine, albuminurie, cylindrurie ethydropisie; et chez l'homme : prurit cutané, coliques et diarrhée (1), d'autres recherches ont démontré que la fuchsine pure est inofFensive pour l'homme (2) et les animaux (les lapins en supportent bien 8 gr. administrés en huit heures). Mais, dans le commerce, on introduit des préparations de fuchsine contenant de l'arsenic qui, ingérées avec les vins ou les pâtisseries, ou appliquées sur la peau, peuvent causer des intoxications et même nuire à la santé des ouvriers occupés à leur fabrication ou des personnes habitant dans le voisinage des usines, grâce à l'arsenic qui empoisonne le sol et l'eau potable (3). Je ne nie nullement que les ouvriers occupés pendant des années à la fabrication de la fuchsine peuvent ne pas s'intoxiquer, mais ce cas ne constitue point la règle générale. On a, par exemple, démontré que des tumeurs vésicales, même malignes, se rencontrent assez souvent chez ces ouvriers (4). Au début de leur travail dans le local où se pra-
(4) Feltz et RiTTER, C. /?. de l'Ac. d. Se, t LXXXHI, p. 985.
(2) Bergeron et Clouet, Joum, de chim. et de pharm., l. XXV, p. 296 ; — Cazeneuve, Lyon méd,, t. LXX, i892, p. 245.
(3) Chevallier, An, d'hyg. pubL, 4866, p. 42.
(4) Rehm, Arch, f, Klin. Chitmrg., Bd. L, p. 588.
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tique la fabrication de la fuchsine, ils sont souvent atteints d'un besoin si impérieux d'uriner que l'urine coule involontairement dans leurs vêtements. Les tuméfactions peuvent régresser. Outre ces symptômes vésicaux, il survient encore de la cyanose et du vertige.
Les substances obtenues à l'aide des résidus de la fonte de fuchsine, à savoir, le marron (brun d'aniline) et la céynne se comporteraient d'une manière analogue. La grenadine est généralement riche en arsenic: elle tue les animaux en provoquant chez eux de la diarrhée et de l'amaigrissement. Le hleu turquin -provoquerait l'inflammation de la peau chez les personnes qui le manient. Le bleu à Valcool (sels de triphénylrosaniline) se comporte de la même manière, mais les lapins l'ingéreraient sans inconvénient aucun. Le violet de mèthyle (matière colorante de dahlia^ pyoctanine hleue^ sels de penta- et hexaméthyle-pararosaniline), ainsi que Vauram^ine (pyoctanine jaune) prescrits pour l'usage externe, ont provoqué souvent : inflammation grave, nécrose, douleurs, œdèmes, fièvre, vomissements, céphalée, xanthopsie, etc. Son ingestion longtemps continuée aurait été bien supportée par les lapins (l).
b) GROUPE DU VERT-MALACHITE. — Le vert-malachite et ses homologues ne seraient toxiques que dans les mêmes conditions que la fuchsine, c'est-à-dire à l'état impur. Chez un ouvrier ayant manié le vert brillant cristallisé^ il est survenu : démangeaisons, sensation de brûlures, inflammation, tuméfaction aux mains et aux pieds où des bulles se formèrent. Or, un grand nombre d'autres ouvriers y travaillaient déjà depuis longtemps sans s'en ressentir d'aucune façon.
c) GROUPE DE L* ACIDE R080LIQUE. — Vacide rosoUquc est à coup sûr non toxique. Les petits animaux en supportent 1 gr. et davantage. En Autriche, la loi défend de colorer les substances alimentaires avec cet acide. Les corallines sont des couleurs rouges (péonine) ou jaunes, composées d'aurine et d'acide roso-
(1) Consulter aussi au sujet de Faction de Taniline et de se» dérivés : G. Pouchkt, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale y 4« série.
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lique. Des sujets les maniant étant tombés malades, on entreprit sur les animaux des recherches qui les ont fait déclarer comme étant toxiques (i); mais elles ne le seraient que si.elles contiennent de Farsenic, du phénol ou de Taniline (2). Il est défendu de se servir de ces substances pour colorer les aliments et les boissons.
d) GROUPE DES PHTALÉINE8 (composés de l'acide carbinolorthocarbonique). — Même ingérée longtemps par les lapins, IVosine (tétrabromofluorescéine) s'est montrée non-toxique, ainsi que Vérj/throsi ne (sel potassique de tétraiodofluorescéine). Je considère comme nuisible, de par l'action de la matière colorante, Tusage prolongé de ces substances, ainsi que celui de la phénolphtalèine qui se colore dans l'organisme. Les ouvriers maniant l'éosine sont atteints de douleurs, d'hyperidrose et d'abcès aux doigts qui sont pourtant attribués au chlorure de chaux dont ils se servent pour le nettoyage des mains.
n. MATIÈRES COLORANTES AZOÏQUES. — La chrysoïdine (chlorhydrate de diamidoazobenzol), le hrun de Bismarck ou bru7i de phènylène (chlorhydrate de triamidoazobenzol ou un corps diazoîque), le vrai jaune (sel sodique de l'acide amidoazobenzolmonosulfonique), le vrai bleu (indulinsulfonate de soude) auraient provoqué de l'eczéma, he jaune de mètanile (acide azodiphénylamine métanilique) n'est pas toxique. Un chien a pu en supporter une dose de 5 gr. et, en outre, neuf doses journalières de Ogr.5. Le jaune Mandarin (dérivé du sulfanil-azo-|3-naphtol) se comporte de même.
m. DÉRIVÉS NITRÉS ET NITROSÉS. — V acide picrique (v. p. 510) est toxique. Les lapins supportent le vert contenant de Vacide picrique à la dose quotidienne de Ogr.Ol, mais non à la dose de 0gr.O2 par vingt-quatre heures : ils périssent en présentant diverses paralysies. Le safran bâtard {orange d'aniline^ jaune Victoria^ dinitrocrésoly v. p. 533) employé pour la coloration des substances alimentaires est toxique. Il paraît attaquer la
(i) Tardieu, L'Union méd., i869, no» U et 23.
(2) GuYOT, C. R. de VAc. d. Se, 1869, t. LXIX, août.
matière colorante du sang et provoque chez les chiens : vomissements, tremblements, convulsions. La mort est survenue chez une femme l'ayant absorbé à la dose de quelques grammes aux lieu et place du safran, probablement comme emménagogue. Les organes internes étaient colorés en jaune. Les plumes colorées par l'orange d'aniline provoquaient chez les ouvrières une sensation de brûlure et des démangeaisons aux mains qui étaient colorées en jaune, plus tard apparurent des bulles qui finirent par devenir confluentes ; les mêmes lésions se montrèrent aux pieds et présentèrent la même marche ; le tout était accompagné d'anorexie et de fièvre. Le jaune de naphtaline {jaune de naphtoly jaune de MartiuSy jaune d'or) est le sel sodicocalcique de dinitronaphtoL II est aussi toxique que le précédent. Un expérimentateur a observé que, donnée à doses élevées, celle substance provoqua, entre autres, la coloration jaune de la peau de tout le corps. Sont survenus dans un cas d'intoxication par le jaune de Martius terminé par la mort après cinq heures : vomissements, coloration jaune de la peau et des muqueuses, tandis que, dans le cadavre ayant conservé longtemps sa rigidité, on a trouvé, entre autres, une gastrite hémorrhagique (1). Les doses minimes employées pour colorer les pâtisseries, seraient dépourvues de toute action toxique (2). Le jaune brillant (dinilronaphtolsulfonate de soude) provoquerait de la dermatite après un contact souvent répété avec la peau. La viridine (mélange de dinitronaphtolsulfonate de potasse avec carmin d'indigo) agit sans doute comme le précédent. La dinitrosorèsorcine (vert de rèsorcine) tue les chiens en injection sous-cutanée.
IV. COULEURS A L^ACRIDINE, A LA PHÉNAZINE ET A LA DIPHÉ- NTLAHINE. — Administrée à la dose de 1 gr., la phosphinc (dérivé de Vacridine^ v. ce mot), provoque chez l'homme des vomissements et de la diarrhée. La safranine en injection intraveineuse est un toxique pour les animaux (accélération du pouls, dyspnée et convulsions). Donnée en poudre aux chiens, elle ne
(i) Jacobson, Hosp, tid., 1893, p. 765.
(2) ViTALi, BofL chim. farmac , i893. p. 738.