ANÉMONES
chiens, à la suite de sort administration : vomissements, somnolence, faiblesse, convulsions et arrêt du cœur (1).
ANÉMONES. — Presque toutes les espèces de ce genre, par exemple : Anémone nemorosa (L.), A. silvestris (L.), A. pul-salilla (L.), Pulsatilla vulgaris (Mill.) (Coquelourde)y A. pratensis (L.), Pulsatilla praùensis (Mill.) contiennent une huile jaune vésicante : ce principe actif de la plante peut être obtenu sous forme d'huile ou cristallisé (camphre d'anénome) en agitant avec du chloroforme le distillât aqueux de la plante. Exposé à l'air, le camphre d'anémone se dédouble en anémonine et en acide anémonique, tous les deux inactifs.
Les plantes fraîches provoquent sur la peau et sur les muqueuses : démangeaisons, rougeur et bulles, ulcérations et même gangrène. L'inflammation consécutive à l'injection sous-cutanée du suc de ces plantes est également violente, par exemple, du suc de V Anémone ranuncoloïdes (L.) dont les Kamtschadales se serviraient pour envenimer les flèches. La mort surviendrait dans l'espace de six heures, chez l'homme, après l'ingestion de trente plants à^ Anémone nemx)rosa (L.), et, chez les chiens, après l'administration de 15 gr. de suc frais A'' Anémone pulsatilla ÇL.). L'application sur des plaies provoquerait aussi l'intoxication chez les animaux. Le Camphre d^ anémone irrite les muqueuses, provoque sur la peau de la rougeur et des bulles. Administré à la dose de Ogr.2 à 1 gr., le principe actif dénommé autrefois ANÉMONINE, provoquc : vomissements et diarrhée, hématuries, engourdissement, respiration laborieuse, aflFaiblissement de l'énergie cardiaque, faiblesse des membres et parfois convulsions. A Tautopsie des animaux intoxiqués on trouve la muqueuse gastro-intestinale enflammée et les reins congestionnés. On pourrait démontrer la présence du principe actif dans les matières vomies en les épuisant par l'acide acétique et le benzol, tandis que l'urine et les organes n'en contiendraient pas trace (2). Dans la plupart des cas on ne réussira qu'à déceler l'anémonine à l'état cristallin.
(1) BocHEFOîO-AiNE et DoissANS, C. R, de l'Ac. des Se, t. XG, 1880, p. U3i.
(2) Basinbr, Z)ie Vergift. mit. Ranunkelôl yDorpsii, i881.
558 POISONS véGJÎTAUX
RAHDHCDLDS. — Les diverses espèces de RenonculeSy telles que Ranunculus acer (L.), R. aquatilis (L.), R. bulbosics(L.), R. ficor na(L.), i2. scelefatus(L.)^ R. /lammula(L.), comme c'est le cas pour les anémones, possèdent probablement toutes à l'état frais comme principe actif le camphre d'anémone (huile de renoncule). On a trouvé récemment que iî. aquatilis^ R. flammula et R. scelerattcs contiennent, outre une huile vésicante, encore un alcaloïde qui tue les cobayes à la dose de 1 milligramme. Le bétail ne mange généralement pas ces plantes aux pâturages, mais bien quand elles sont fauchées ou échaudées : le camphre se dédouble facilement en parties constituantes inactives, ce qui explique l'inertie de la plante sèche.
Ranunculus repens a intoxiqué des moutons, avec météorisation, diarrhée et convulsions. 11 en mourut cent trente-sept, à l'autopsie desquels on trouva de la gastro-entérite. R. sceleraius a provoqué, chez des vaches, de la salivation, du tournoiement, des tremblements, de la perte de conscience avec chute et mort subite. Celles qui résistèrent ne présentaient plus aucun symptôme déjà après une heure. R. arvensis mangé, par nécessité, par des vaches, détermina des bâillements, des grincements de dents, de la fièvre, un pouls petit et des douleurs abdominales; chez des brebis, on observa du tremblement, de la titubation, des convulsions, des cris, suivis de mort. R. ficaria a tué trois génisses avec des symptômes, tels que salivation, secousses musculaires et fureur. Dans la panse, on trouva de l'inflammation hémorrhagique.
Ingéré à la dose de II gouttes le suc de R. acer (L.) cause à la bouche une sensation de brûlure et de constriction. Les doses plus élevées de ce suc provoquent : vomissements, douleurs gastriques et abdominales, diarrhée, endolorissement ' de tout le corps, accès de convulsions, affaiblissement de l'énergie cardiaque et dyspnée. La mort est survenue chez un enfant ayant mangé aux champs R, acer.
Ranunculus thora (L.), de par son âcreté, l'emporte sur R. sceleraius (L.). C'est R. breyninus (Ckkstz) qui agirait le plus énergiquement. Appliquées sur la peau pendant deux heures, les fleurs de toutes ces plantes (à la dose de 20 gr.) en provoquent
ADONIS o59
la rougeur et la tuméfaction et, malgré leur enlèvement, des bulles qui finissent par devenir confluentes. La plaie guérit dans l'espace de dix à quatorze jours.
Outre une huile vésicante non volatile, le Ranunculus aqua^ mis (L.) contiendrait un alcaloïde, la renoncuunb, qui, à la dose de Ogr.OOl amène, en huit minutes, la mort des cobayes, précédée de : troubles respiratoires et cardiaques, ainsi que convulsions. Le R. flammula (L.) et le R. sceleratus (L.) se comportent d'une manière analogue (1).
CALTHA PALUSTRIS (L.). — La Calthe des marais {SotCci d'eau) contiendrait un alcaloïde volatil ressemblant à la nicotine ou un principe actif toxique d'une autre nature. Chez une famille intoxiquée par cette plante on a observé : douleurs stomacales et abdominales, envies de vomir, bourdonnements d'oreilles, vertiges et petitesse du pouls; tuméfaction de la face après quatre à cinq heures, et le lendemain tout le corps se couvrit d'une éruption cutanée ressemblant à du pemphigus. Le suc de Caltha^ non toxique pour les lapins, en injections sous-cutanées, tue les souris au milieu de convulsions et provoque chez les grenouilles des paralysies d'origine centrale.
ADONIS VERNALIS (L.). — Cette plante contient un glucoside ADONIDINE qui est doué des mêmes propriétés cardiaques digilaloïdes que l'extrait aqueux de l'adonis. L'adonidine est, chez les animaux à sang chaud, un poison bulbaire, tandis que, chez les animaux à sang froid, elle agit comme poison myocardique (2). Donnée à la dose de Ogr.2, l'adonidine a provoqué, chez l'homme, des vomissements et de la diarrhée.
Agissent de la même façon V Adonis œstivalis (L.) et VA. cupa^ niana (Guss). UA. amurensis (Regel et Radde) contient un glucoside à action moins énergique que celle de l'adonidine. La KnowUonia rigida et la Knowltonia graciliSy Adonis capensis (L. et Thunb) sont employées comme vésicants.
(1) RoGHBBRUNE, ToxicoL afric, Paris, 1896, p. 43, 70, 164.
(2) Sergiejenko, Gaz. lekarska, 1888, Bd VH!, p. 32.
HTDRASTIS CANADENSIS (L.). — Cette plante contient les alcaloïdes hydrastiney herbérine et canadine. L'oxydation de Thydrastrine fournit de l'%rfm6*^mm^. L'hydrastine (C^*H**AzO^) paralyse les gpanglions cardiaques excito-moteurs, irrite divers centres bulbaires et médullaires et, en injection sous-cutanée, tue les chiens à la dose de Ogr.o par kilo d'animal. LaBERBÉRiNE (C^H*'AzO*) commence par exciter certains centres cérébraux et médullaires, ainsi que des nerfs périphériques pour les paralyser ensuite; elle provoque en outre : vomissements, salivation, diarrhée, néphrite et inflammation au lieu d'administration. Là CANADINE (méthylberbérine) provoque chez les animaux à sang froid des paralysies généralisées ; administrée aux animaux à sang chaud à doses toxiques, elle fait apparaître d'abord des phénomènes d'excitation psychique et motrice suivis de paralysie cérébrale et médullaire, elle agit défavorablement sur le fœtus, provoque l'arythmie cardiaque et tue par arrêt de la respiration. La dose léthale pour les chats est, en injection intraveineuse, de Ogr.2 à Ogr.25 par kilo d'animal. L'hydrrasti- NINE paralyse le pneumogastrique et le centre respiratoire, dilate les vaisseaux et, en injection sous-cutanée, tue les lapins à la dose de Ogr.3 par kilo d'animal. Un produit de dédoublement de l'hydrastinine, I'hydrohydrastinine, provoque en outre des convulsions.
Administré pendant longtemps chez l'homme, Vextrait d'hydrastis a provoqué, à plusieurs reprises, de l'excitation et des hallucinations; dans des cas isolés, on a observé en outre du délire avec perte de connaissance et pouls faible.
La MÉTHYiiHYDRASTiMiDE produit de la paralysie périphérique, de l'abaissement de la tension sanguine et la mort par arrêt de la respiration.
La MÉTHYLHYDRASTAMIDE provoquc d'abord de la paralysie, puis des convulsions avec exagération des réflexes. Il en est de même de la méthylnargotimide, tandis que la mëthyl- NARGOTAMIDE détermine de la narcose, de la paralysie périphérique et l'arrêt de la respiration.
HELLEBORUS 561
L'acide opianique (C*^H*^0^) retiré de l'hydrasiine provoque chez les grenouilles, d'abord des paralysies d'origine centrale et ensuite des convulsions; il est non toxique chez les animaux à sang chaud.
Le Trollius exiy^opaeus (L.) fut considéré par les anciens comme toxique (herbe et racine). Le bétail mangerait volontiers cette plante.
[Elle est cependant susceptible de provoquer des accidents chez les animaux qui la mang-ent, mais seulement quand la plante est jeune, g^org^ée de sucs et, principalement, au moment de la floraison, avant la chute des pétales.]
HELLEBORUS. — Les racines à'Helleborus viridis (L.), d'^. niger (L.) et d'^. foetidus (L.) contiennent deux poisons cardiaques, les glucosides helléboréine et helléborine. Les empoisonnements et les issues fatales observées jusqu'à' présent ont été causés par : administration des racines d'hellébores et de leurs extraits (1) à doses thérapeutiques par trop élevées, méprise (on l'a prise pour de la rhubarbe (2), on l'a mangée en prenant du cidre et de la compote de pommes dans laquelle elle était tombée), et, une fois, tentative d'homicide. Les animaux sont souvent intoxiqués par l'hellébore. Des bœufs ayant mangé de VHelleborus foetidus présentèrent des convulsions épileptiformes, du tremblement, des chutes répétées, de la dilatation de la pupille, etc. Un cheval qui avait mangé un kilo de feuilles d'i?. niger succomba avec des symptômes d'entérite. Chez des bœufs et des moutons il provoqua des diarrhées hémorrhagiques et des convulsions. Dès l'antiquité, on rapporte que des cailles s'étant nourries, sur l'ile de Capri, des semences d'hellébores, furent atteintes de convulsions. La dose léthale pour Vextrait aqueux d^Helleborus niger s'éleva à 2 gr. (3). L'empoisonnement fut provoqué par lgr,2 de racine pulvérisée. Toutefois, la guérison fut encore obtenue après l'ingestion d'une cuillerée à dessert de racine pulvérisée, à ce que l'on prétend même après
(1) FiNGERHUTU, Prcuss, Veretnsstg., 1862, Bd V, p. 22.
(2) ¥ \URESH0RST, Hust'8 Magas.yhâ XXHI, 1827, p. 190.
(3) MoRGAGNi, De ca::s, et sed, morb., Episl. 59, u" 15.
Toxicologie. 36
60 gr, (1), ou après une décoction de 22 gr. environ, ou encore après une infusion de 45 gr. de celle racine. L'aclion loxique peut se nianifesler dans l'espace d'une heure et la mort survenir après deux heures et demie à treize heures. Uhellébo7^éin€y en injection sous-cutanée, lue un chien à la dose de ()gr.l25 tandis que Vhellèboynne amène la mort à la dose de Ogr.24 (2). Ufielléboreine est douée de propriétés cumulatives; elle paralyse les muscles, arrête le cœur (excitation du pneumogastrique), rend la respiration dyspnéique, provoque des vomissements ainsi que de la diarrhée, et cause l'inflammation des muqueuses. hlielWxh rinCy elle aussi, provoque : vomissements, diarrhée, parésie des extrémités ainsi qu'engourdissement et anesthésie, et amène la mort par paralysie cérébrale.
Symptômes chez l'homme. — Apparaissent diversement combinés : salivation, nausées, vomissements répétés, gêne de la déglutition, douleurs stomacales elabdominales, diarrhée, pâleur de la peau, vertiges, tintements d'oreilles, sensation de pesanteur à la tête et adynamie; peuvent s'y associer plus tard : délire, sanglots, secousses, mydriase, petitesse et ralentissement du pouls, dyspnée et somnolence, et la mort survient en convulsions, ou, en cas de guérison, la lassitude, les bourdonnements d'oreilles et la mydriase peuvent persister encore pendant plusieurs jours. Les lésions trouvées à l'autopsie sont sans valeur aucune au point de vue du diagnostic. On constate, après l'administration de l'helléboréine et de l'hélléborine, que l'estomac et l'intestin sont enflammés et ecchymoses ; l'helléboréine provoque en outre une entérite uhîéreuse.
Reoherohe. — Diagnostic botanique des parties végétales contenues dans les matières vomies ou se trouvant dans le contenu gastro-intestinal. Jusqu'ici on n'a pas réussi à déceler les deux glucosides dans l'urine, ni les organes. Le contenu gastro-intestinal sera extrait par le chloroforme ou l'alcool amylique en solution acide, et l'helléboréine qui s'y trouve sera reconnue grâce à son action sur le cœur de la grenouille, ou à ce que, traitée par
(1) Ilott, Brit. med. Journ,, 1889, II, p. 819.
{t) Marsié, Zeitschr. f. rat. Med,, 4866, Ul, Bd XXVI, 1.
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lacide sulfurique concentré, elle se colore en rouge. L'helléborine qui, elle aussi, se trouve dans la solution, se colore en violet par l'acide sulfurique. Les objets à examiner sont-ils soumis à Tébullitionavecde l'eau et leur filtrat est-il bouilli avec de l'acide chlorhydrique, une coloration bleue apparaîtrait, attribuable à l'helléboréine.
Traitement. — Vomitifs, lavages de l'estomac et de l'intestin, frictions cutanées avec des serviettes chaudes, teinture de musc, camphre, etc., et opium contre les coliques.
COPTIS. — Le rhizome amer de Coptis /^^^a (Wall.) contient un poison cardiaque. Les infusions à 10 à 20 p. 100 provoquent chez les grenouilles : d'abord accélération, ensuite ralentissement des battements cardiaques et finalement arrêt du cœur en systole. Le C. anenionaefolia (Sieb. et Zucc.) renfermerait de la berhérine.
NIGELLA. — A la dose de 20 gr. la poiv7*ette^ Nigella saliva (L.) peut provoquer des vomissements et, en cas de grossesse, déterminer l'avortement. On a trouvé dans la nigelle cultivée un glucoside ressemblant à la saponine, la mélanthine (1), tandis que les alcaloïdes nigelline et connigelline (2), n'existeraient que dans la Nigella Damascena (L.); de ces alcaloïdes, le premier agit sur les grenouilles à la manière du curare et provoque, chez les animaux à sang chaud, la salivation et le larmoiement; le second agit sur le pneumogastrique comme le fait Tatropine. Donnée à la dose de Ogr.002 par kilo de chat, la mé" lanthine tue cet animal en provoquant une apathie progressive et des troubles de la motilité. On trouve une néphrite hémorrhagique et une entérite.
Grâce à sa teneur supposée en nigelline qui se trouve aussi dans la plante desséchée, le Nigella Damascena (L.) provoquerait, à la dose de Ogr.002, chez les cobayes et après vingt-quatre minutes : dyspnée, spasmes musculaires, relâchement des mus-
(1) GiiEENisii, Pharm. Journ. and Transactions^ d883, p. 863.
(2) Fellucam, Arch, /*. exper, Path. u. Pharmak., Bd XVI, p. 440.
des, aneslhésie el arrêt du cœur. On trouverait dans Tintestin des hémorrhagies et des ulcérations.
AQUILEGIA. — Vancoliey Aquilegia viilgaris (L.), contiendrait l'alcaloïde aquilégine qui, ainsi que le fait l'extrait de la plante, ag-it chez les cobayes, à la dose de Ogr.OOl, comme l'aconit (troubles de la respiration, convulsions et troubles cardiaques).
DELPHINIUM. — Vherbe aux pouXj Delphiniwn staphisagria (L.), possède des semences à arêtes vives renfermant quatre alcaloïdes : delphinine, delphinoîdine, staphtsagrine et
DELPHISINE (1).
Dans des cas isolés, les semences de la plante, prises pour d'autres ou employées dans un but thérapeutique (2), ont provoqué des empoisonnements et même amené la mort. L'empoisonnement peut être produit par l'administration de deux cuillerées à café environ de semences. Les chiens périssent à la suite de 6 gr. de semences pulvérisées. La delphinine (à l'état cristallin ou amorphe) provoque, chez les grenouilles, à la dose de Omilligr. 1, des paralysies et l'arrêt du cœur en diastole et tue les lapins à la dose de 0 gr. 3. L'administration aux chiens et aux chats de 0 gr. 03 de delphinine cristalline est suivie de : salivation, efforts pour vomir, gémissements, marche titubante, mouvements de roulement, diminution de la sensibilité et de l'excitabilité réflexe, dyspnée, convulsions cloniques, sommeil profond et mort après deux à vingt-quatre heures, dans un spasme d'extension, par arrêt de la respiration. Après élévation préalable, le pouls et la pression sanguine diminuent jusqu'à arrêt du cœur en diastole. Le pneumogastrique perd graduellement son excitabilité. A part les vomissements et quelques secousses isolées, Xes semences provoquent la paralysie des sphincters. La staphysagrine tue les chiens à la dose de Ogr.2 à Ogr.3 sans influencer en rien le cœur.
La delphinine provoque, chez l'homme^ la rougeur et l'inflammation de la peau et l'engourdissement de la langue. Donnée à l'intérieur à la dose de Ogr.OlS, elle provoque : pharyngite, sali-
(\) DuLVGENDORF uQtl MvR^»uis, Avcli.f, Bip. Palh. u Phami , Bd VII, p. 55. (2) BEaNOu, Jauni, de méd. de V Algérie, 1880, p. 398