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DELPHINIUM

ration, nausées, renvois, démangeaisons cutanées et besoin d'uriner, ainsi que besoin de défécation. Appliqué sur le cuir chevelu des enfants pouilleux, l'extrait alcoolique fait apparaître de Teczéma à la face et aux mains. Ont été observés à la suite de l'ingestion de deux cuillerées à café de semences : collapsus, pouls faible, gpastralgies et respiration laborieuse.

Autopsie. — Chez les animaux ayant reçu les semences ou la delphinine par la bouche ou par la voie rectale (1), on peut trouver, de places en places, la muqueuse g^astro-intestinalo enflammée et couverte d'ecchymoses. Les mêmes lésions ont été trouvées chez un-homme.

Becherohe. — La delphinine aurait été isolée du foie et du contenu gastro-intestinal. Elle est enlevée par l'éther à ses solutions alcooliques et peut être purifiée par le chloroforme. La coloration rouge-brun de la solution de delphinine dans l'acide sulfurique passe au violet ou au rouge-sang, grâce à l'eau bromée. Si l'on hroie de la delphinine avec de l'acide malique et de l'acide sulfurique, on voit ce mélange prendre successivement les colorations rouge-brun, rouge-orangé et violet-clair. On peut aussi l'expérimenter sur la grenouille.

Traitement. — Evacuer le poison, prescrire des boissons correctives (émulsion d'amandes, émulsion de semences de pavot), respiration artificielle, analeptiques.

Delphinium ajacis (L.). Les fleurs tuent les insectes et rubéfient la peau. Les semences de D. peregrinum (L.) et de D. mav^ ritanum (Coss.) contiennent de la delphinine et de la staphysagrine (2). D. hicolovj D. glaucum empoisonnent très souvent les troupeaux de moutons au Canada et dans quelques Etats de l'Amérique du Nord. A la suite des quantités mortelles surviennent : raideur de la marche, crampes dans les muscles et mouvements involontaires.

ACONITUM. — Presque toutes les espèces d'aconit (les Romains

;i) Falck und RÔHRiG, Arch. f.phys Heilk., Bd XI, p. 546. (2) RocBEBRUNE, Toxtcol. ufric, 1896, p. 43, 70 et 164.

le savaient déjà) sont toxiques et contiennent le poison dans la racine, la plupart aussi dans les feuilles ; font seules exception à cette régule, VAconitum lycoctonum (L.) et VA. septentrionale (Koelle), dont le feuillage, et V Aconitum heterophyllum (Wall.) (Atées, Wakhma), dont les tubérosités sont non toxiques. Les plus intéressants sont V Aconitum napellus (L.) (chaperon de nioiyie, napel) dont les Romains faisaient déjà usage dans un but thérapeutique, VAconitum ferox (Wall.) (Bikh ou Bisch), dont quelques peuplades montagnardes de l'Himalaya se servent pour envenimer les flèches (1) et 1'^. japoyiicum (Decne) (Kusa-uzu). Les mêmes espèces d'aconit agiraient différemment suivant leur pays d'origine, ainsi, par exemple, VA. napellus suisse serait doué de propriétés toxiques plus énergiques que celui provenant des Vosges. Tout en devenant moins toxique par la dessiccation, l'aconit n'est jamais absolument dénué de toute action toxique. La partie active principale de l'aconit, c'est l'alcaloïde aconi- TINE qui autrefois était divisée, suivant son activité croissante, en allemande, française et anglaise : cette différenciation est parfois injuste, l'Allemagne fabriquant elle aussi une bonne aconitine. Quant aux autres bases trouvées dans les diverses espèces d'aconits, telles que, par exemple, lycoctonine, agoltgtine

(ISOAGONITINE) (2), PSEUDOAGONITINE, PIGROAGONITINE, AGO-

NINE, NAPELLINE, etc., ce sont, vraisemblablement, en partie des produits de décomposition de l'aconitine, en partie des substances indépendantes agissant moins énergiquement. La plupart des aconitines du commerce sont impures. De l'examen des diverses espèces d'aconit il résulte que chaque espèce contient son aconitine cristalline et probablement encore deux bases amorphes qui ne sont douées que des propriétés affaiblies de l'aconitine (3). Ainsi, par exemple, on trouve dans VA. septentrionale la LAPPAGONITINE cristalline et, en outre, la septen- TRIONALINE et la GYNOGTONINE amorphes (4). Au point de vue

(1) Lewin, Die Pfeilgifte, Berlin, 1894.

(2) DuNSTAN and Harrison, Chem. News, 1893, p. 67.

(3) LvBORDE et Dui^UESNEL, ûes Aconits et de l Aconitine, Paris, 1883, p. 22. — Lubbe^ Uaters. d. Kusaûsu-Kuollen, Dorpat, 1883.

(4) RosENDAHL, Dorpat. Arb,, Bd XI et XII, 1895, p. 1.

ACONITUM 567

chimique, l'aconitino est de V acétylbenzoylaconine (C^4l*'AzO**) et, soumise à rhydrolyse, elle fournil de l'acide acétique et de la PicaROACONiTiNE (isoaconit iné). Cette dernière peut, à son tour, se dédoubler en aconine et en acide benzoïque (1). Les feuilles et les tubérosités à^açonitum napeïlus renfermeraient encore du camphre d'anémone.

Toutes les parties de l'aconit (racine, feuilles, fleurs) et leurs préparations galéniques, ainsi que l'aconitine ont donné lieu à des empoisonnements. Les causes des empoisonnements consistaient, au Moyen Age, dans les expériences sur des criminels faites avec la permission d'un empereur et d'un pape, pour en découvrir l'antidote ; plus tard en : ^léprises (2), emploi de la teinture d'aconit aux lieu et place de la teinture de quinquina (3), ou ingestion d'un Uniment à l'aconit; en plus : hasard (petits enfants ayant mâché les feuilles ou la racine d'aconit) (4), suicide (5), très rarement homicide par empoisonnement (6), souvent l'administration, dans un but thérapeutique, des préparations d'aconit ou de l'aconitine pure à doses par trop élevées. La mort peut survenir à la suite de 2 à 4 g-r. de racine, mais la çuérison est parfois obtenue encore après 7 gr. La mort fut causée par Ogr.l3 d'extrait frais et par 4 à 30 gr. de teinture d'aconit (7). Toutefois on a observé la guérison après 40 gr. de cette dernière (8). L'azotate d'aconitine amena la mort d'un adulte à la dose de 4 milligrammes et même de trois-quarts de milligramme, mais l'aconitine pure à la dose de 12 milligrammes a encore permis le rétablissement du malade (9). Les phénomènes d'intoxication commencent à se manifester après un espace de temps variant de un quart d'heure à deux heures. La mort peut arriver dans l'espace de une heure à douze heures.

(1) Freund und Beck, Ber. d, d. chem, Ges,, Bd XX VII, p. 433 et 720.

(2) KocH, Wûrtlemb. CorrespondenzbL, 1856. no75.

(3) La France méd., 1892, n» 10.

(i) Baker, Brit, med, Joum,, 1882, p. 1143.

(5) Easton, Lancet, 1866, II, p. 34.

(6) Stevenson, Guy's Hosp, Rep., 1883, p. 307.

(7) Médical Press, 1892, p. 287.

(8) Canstatfs lahresbericht f. 1843, p. 297.

(9) Veil, La France méd,, 1893, n» 39, p. 610.

L'absorption des préparations solubles d'aconit se fait par les muqueuses et le tissu cellulaire sous-cutané, tandis que la teinture alcoolique d'aconit est aussi absorbée par la peau (1). L'aconitine est éliminée telle quelle et relativement vite par l'urine, les fèces et la salive; et en cas d'injection sous-cutanée, par la muqueuse gastro-intestinale. Quelques aconitines du commerce provoquent, sur la peau, une sensation de picotement se transformant en engourdissement et, sur les muqueuses, des phénomènes d'irritation, par exemple larmoiement. \Jaconitine commence par exciter transitoirement, chez les animaux à sang chaud, les centres ganglionnaires du cœur ainsi que les terminaisons périphériques des pneumogastriques pour les paralyser en fin de compte. Dans les stades ultérieurs de l'empoisonnement survient l'arythmie des pulsations (2) et la pression sanguine, primitivement élevée, finit par s'abaisser. Les centres cérébraux el spinaux moteurs, ainsi que les nerfs périphériques sensitifs d'abord irrités (picotement, cuisson), sont plus tard paralysés. La mort arrive par asphyxie (paralysie du centre respiratoire ou des muscles respiratoires). Augmentation des sécrétions glandulaires, surtout de la salive.

La lappaconitine provoque d'abord des convulsions, plus tard la paralysie, par exemple des muscles respiratoires et des vaisseaux, tandis que l'énergie cardiaque et la pression sanguine baissent. La dose léthale par kilo de chien est de 1 milligramme en injections sous-cutanées et de 5 milligrammes par la bouche. La septentrionaline qui ne cause pas de phénomènes d'intoxication lorsqu'elle est administrée par la bouche, paralyse les terminaisons nerveuses motrices et sensitives et amène la mort par paralysie des muscles respiratoires survenant après la paralysie des extrémités, lorsqu'elle est administrée par voie d'injection hypodermique. La cynoctonine est un poison convulsivant.

Des bovidés qui avaient mangé de 1'^. napellus tombèrent malades en présentant les symptômes suivants : gémissements, tarissement de la sécrétion lactée, impossibilité de se relever et

[{) Kebnl, Bost. med, Joum., 1872, 1 février.

(2) L. Lewin, Unters. ûb, d. Wirk. r. Aconitin auf. d. Herz, Berlin, 4875.

ACONÎTUM 569

de se tenir debout, abaissement de la température jusqu'à 36^7, et mydriase. Sur vingt-huit animaux empoisonnés, un seul mourut.

V intoxication se caractérise chez Yhomme par les symptômes (jne voici diversement combinés : après l'ingestion de la racine une sensation de raideur ou de cuisson à la langue qui devient comme tremblotante, nausées, souvent dix à quinze minutes plus lard vomissements; dans des cas isolés, hématémèses et coliques (ces dernières font défaut en cas d'empoisonnement par l'aconiline); en outre, douleurs aux jambes, refroidissement des pieds, sensation de froid, parfois grincement des dents, raideur de la langue, déglutition difficile, difficulté de prononcer des sons articulés (1), lassitude générale, vertige (il manque souvent), engourdissement et fourmillements dans les doigts et les orteils, angoisse précordiale, troubles visuels, amblyopie ou cécité transitoire, et faciès hippocratique. Les pupilles, rétrécies d'abord, se dilatent ensuite et réagissent mal à la lumière dès que la respiration devient spasmodique et s'accompagne éventuellement de râles. Le pouls devient dicrote, irrégulier, très ralenti (parfois jusqu'à dix battements par minute), quelquefois imperceptible, et la température s'abaisse. Les convulsions font rarement défaut (2). Anurie ou oligurie. Le malade perd connaissance, le délire survient et la mort peut arriver par asphyxie. La respiralion survit rarement au cœur. En cas de guérison, les convulsions, les troubles respiratoires, etc., cessent; et le rétablissement complet peut survenir dans l'espace de cinq heures à trois jours. Le pouls peut demeurer encore ralenti pendant quelques jours.

Les lésions trouvées à Tautopsie ne sont point caractéristiques. A la suite de l'empoisonnement par la racine d'aconit, on a constaté de la rougeur et de la tuméfaction dans la bouche, et, dans l'estomac, des hémorrhagies sous-muqueuses ; quant à l'entérite, on l'a ttouvée aussi en cas d'intoxication par l'aconitine (3). On

(4) Thompson, Brit. med. Joum., 1872, p. 579.

(2) Me Whannell, Brit. med. Joum., 1890, H, p. 732.

(3) BusscHER, Berl. klin. Wochensch., 1880, p. 337 et 356 ; — Med. Press,, 1882, p. 439.

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a noté, chez rhomme, de l'œdème dans les parties inférieures du poumon, et des extravasations sanguines punctiformes dans le foie hypertrophique dont la surface semble comme tachetée; chez les animaux, on trouve dans des cas typiques des ecchymoses sous-pleurales. L'endocarde serait aussi quelquefois atteint.

Recherche. — Pour démontrer la présence du poison (ce qui présente de très grandes difficultés) on se servira de la salive, du contenu gastro-intestinal, de l'urine, des reins et du sang. Si les parties végétales ont été avalées, le diagnostic botanique fournira un point d'appui. Le procédé de Stas-Otto permet d'extraire, par l'éther, l'aconitine de sa solution alcoolique : elle peut aussi Hre extraite par le chloroforme et la ligroïne. Un précipité cristallin est obtenu par l'iodure double de bismuth et de potassium, ainsi que par le chlorure d'or (ce dernier doit être manipulé d'une manière appropriée) et le permanganate de potasse, en solution dans l'acide acétique. On peut aussi l'expérimenter sur les grenouilles (action sur les muscles striés analogues à celle de la vératrine, augmentation de l'énergie cardiaque suivie d'arythmie et de mouvements péristaltiques du cœur) ou en l'appliquant sur la langue de l'homme (paresthésies). La putréfaction senihle laisser l'aconitine telle quelle (1).

Traitement. — Vomitifs et autres remèdes pour expulser le poison, antidotes généraux des alcaloïdes (tannin, charbon animal, eau iodée, solution de Lugol, tous d'une très faible valeur), analeptiques, excitants de la peau (sinapismes, etc.). J'ai démontré que, après l'administration des doses léthales, on peut, par la respiration artificielle longtemps continuée, retarder la mort de plusieurs heures et, par conséquent, il devient possible de sauver la vie aux malades ^2). On a également vanté l'emploi des opiacés et de la teinture de digitale à doses élevées.

ACTiBA. — L'herbe de saint Christophe^ Actœa spicata (L.), serait vésicante, sa racine provoquerait des vomissements et de la

(i) Consulter également au sujet de Taconitine et de la delphînine, G. Pouchet, Leçons de pharmacody nantie et de matière médicale, 4® série. (2) L. Lewin, /. c.

MAGNOLIACéES 571

dyspnée, et les baies noires, du délire. Une seule baie suffit pour tuer une poule (1). Les chèvres jouiraient d'une immunité particulière et pourraient mang^er cette plante.

La partie constituante du Cimicifuga racemosa (Nutt.),

Adœa racemosa (L.)] est une résine acre. Après 5 gr. d'herbe

ou 12 d'extrait fluide on a vu survenir: nausées, vomissements,

céphalée violente, vertiges, angoisse, douleurs aux extrémités,

rougeur des yeux et affaiblissement du pouls.

PJEONIA. — Les pétales rouges et les semences de pivoine (rose de Pentecôte) Pœonia officinalis (L.) sont toxiques. Les dernières provoquent des vomissements, tandis que les premières causent de la gastro-entérite et ses conséquences. Chez une fille ayant absorbé une décoction de fleurs dans le but de provoquer Favortement, des vomissements incoercibles se déclarèrent au milieu des phénomènes de gastrite intense. La racine de P. nwutan (Sims), espèce originaire du Japon, contient une cétone aromatique, le péonol.

DILLÉNIACÉES

L'écorce de Tetracera assa (DC.) engourdirait les poissons. Les baies de Doliocarpus strictus (Poir.) provoquent : vomissements, sensation de brûlure à la gorge, et elles amèneraient la mort au milieu du délire.

MAGNOLIACÉES

ILLICIUM. — Vanis étoile, Illicium anisattim (Lovr.), coniicni Vhiiile d'anis constituée principalement d'anélhoL L'anis étoile est parfois adultéré avec les fruits toxiques d^Illicum religiosum (Sieboldt) {fruits de sikkime) dont l'odeur diff^ère de celle de l'anis étoile et ressemble à celle de l'huile de cajeput; ce dernier arbuste se trouve dans les Indes au voisinage des temples (2). Ce sont les semences d'/. religiosum qui renferment la sikki- MINE, un poison non-azoté qui n'est pas un glucoside. La sikkimine agit comme la picrotoxine et, à la dose de Ogr.012,

(1) Sauvages, Hist, de l'Acad. des Sciences, Paris, i741, p. 470.

(2) HusEMANN, Pharm. Zeit,, 1881, n« 17.

tue les chiens en deux heures au milieu de dyspnée, de convulsions, de vomissements et de diarrhée. L'huile éthérée des feuilles d7. religiosiim contient de Teugénol et du safrol et, à la dose de 10 gr., tue les lapins au milieu de convulsions. Les fruits de sikkime ont provoqué aussi des empoisonnements chez l'homme. Les corpuscules d'aleurone d'/. verum sont lobés, ceux de l'anis étoile toxique sont ronds.

Le Talauma macrocarpa (Zucc.) (Toloxochitle) contient vraisemblablement dans les semences un gflucoside qui dissout les globules sangfuins et arrête, chez les grenouilles, la respiration et le cœur.

Le Liriodendron tulipiferum (L.) contient un alcaloïde, la TUUPIFËRINE, et une huile éthérée ; on le suppose être toxique. L'alcaloïde provoque, chez les grenouilles, tout d'abord de l'excitation et ensuite des paralysies ; chez les animaux à sang chaud, il cause du coma.

ANONAGÉES

Guatteria veneficiorum (Mart.). On s'en servirait pour la préparation d'un curare.

[Le curare des Indiens Juris est préparé, entre autres plantes, avec une espèce de Guatteria, le Cananga Johertiana (H. Bn.), dont la toxicité vient trancher sur les propriétés aromatiques, mais ordinairement non vénéneuses, des plantes de cette famille].

UAnona palustris (L.) serait toxique et engourdirait en outre les poissons. Les semences de A. squamosa (L.) tuent les poux de tête et, appliquées sur des muqueuses, elles y provoquent des inflammations intenses. Il est encore incertain si cette action toxique est due à une toxalbumine ou à une résine. \JA. reticvr lata (L.) et VA. spinescens (Mart.) sont également des poisons pour la vermine.

MÉNISPERMAGÉES

ANAMIRTA COCCULDS(Wight. et Arnott.). — Cette plante grimpante fournit les Coques du Levant employées pour tuer les poissons, rarement comme médicament. Outre la picrotoxine non-azotée, amère, neutre, les semences renferment la cocctJLiNE

MÉNISPERMACËËS o73

identique avec I'anamirtine (1). Les causes des empoisonnements et des morts par les Coques du Levant sont : méprises (on les a prises pour des fruits de cubèbe (2) ou des baies de sorbier), ingfestion des poissons intoxiqués par elles, par exemple des truites, ou d'une amorce préparée avec ces coques, absorption de Teau-de-vie (3) ou de la bière auxquelles on les avait ajoutées, enfin usage externe de la poudre ou de la teinture de Coque du Levant contre les poux et la teigne, ou bien ingestion dans des tentatives de suicide (4).

La Coque du Levant est déjà toxique pour l'homme à partir de 3 centigrammes; toutefois, la dose toxique moyenne est de Ogr.24 de poudre, soit deux drupes; la mort est amenée par 2gr.4, environ, de poudre. Déjà à la dose de Omilligr.Ol (un centième de milligramme), la picrotoxine provoque chez le crabe de mer la contracture de tous les membres (5); elle tue les lapins à la dose de Ogr.03, les chiens à la dose de Ogr.05 à Ogr.l (en injection sous-cutanée et par la bouche), et, à la dose de Ogr.02, elle provoque chez l'homme des phénomènes d'intoxication grave. Les vomissements précoces peuvent amener le rétablissement. Les premiers phénomènes toxiques se manifestent peu de minutes après son administration, la mort arrive dans un espace de temps variable, depuis douze heures jusqu'après dix-neuf jours. L'absorption, à ce que l'on prétend, se ferait aussi par la peau (6). La picrotoxine passe dans l'urine.

Outre les convulsions, la picrotoxine provoque che:; les grenouilles le gonflement de l'abdomen et des cris singuliers causés par l'occlusion de la glotte, l'air étant chassé en même temps d'une manière convulsive par la contraction des muscles expirateurs. Les poissons exécutent des mouvements serpentants. Chez les chiens surviennent : vomissements, diarrhée, salivation, tremblements, secousses des muscles masticateurs et delà nuque.

(l) LùvENHARDT, Arck. d. Pharmacie, 1884, p. 484. {i) V. ïsGuuDi, Die Kokkelskôrner, 1847, p. 52.

(3) Taylor, Die Gifle (trad. allem. par v. Skydeler), Bd lU, p. 257.

(4) PoME, Gaz. med. Lomb., 1870, v. XXI, p. 163.

(5) De Varigny, Journ. de VAn. et de la Phys., t. XXV, p. 187. (0) KossA. Ungar. Arch.f. Med., 1893, Bd II, II. 1,

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ainsi que secousses généralisées avec des mouvements de rélroou de laléro-pulsion, mouvements de natation et de manège (I). Le cœur et la respiration se ralentissent, celle-ci prend le type dyspnéique; rexcltabilité réflexe diminue. L'intestin et l'utérus exécutent des mouvements. Les femelles pleines peuvent avorter. Les convulsions peuvent être suivies d'un stade d'épuisement. La mort survient, dans la majorité des cas, pendant les convulsions qui sont d'origine médullaire et bulbaire (2).

Les Coques du Levant ou leurs préparations alcooliques provoquent chez r/iomme : sensation de brûlure dans les premières voies digestives, salivation, vomissements, douleursabdominales, selles liquides, engourdissement, confusion mentale, vertiges, sensation d'angoisse, sueurs froides, pâleur du visage, mydriase, soif ardente, pouls et respiration augmentés de nombre, ralentis ou demeurés normaux, sommeil profond, délire et convulsions cloniques aussi bien que toniques avec cris et perte de connaissance. Les convulsions peuvent éclater peu de temps après le début de l'empoisonnement (3).

[L'action convulsivante exercée par la picrotoxine emprunte un caractère particulier à sa ressemblance étroite avec les symptômes de Tépilepsie classique. L'électivité d'action exercée par la picrotoxine sur le bulbe est extrômemenl remarquable : elle a été mise en lumière, d'une façon tout à fait indiscutable, par les recherches de Vulpian, montrant que l'ablation secondaire de toutes les parties de l'encéphale autres que le bulbe ne modifie en rien les phénomènes convulsifs, tandis que la section de la moelle les fait disparaître dans les territoires nerveux sous-jacents. Ce fait seul suffit à différencier nettement raclion convulsivante de la picrotoxine de celle de la strychnine. Pour une môme dose de picrotoxine, l'activité de la Coque du Levant (ou de ses préparations galéniques) est très sensiblement la même. D'ailleurs, la différence de toxicité entre la picrotoxine et les autres principes, plus ou moins actifs, qui l'accompagnent est telle, que ces derniers ne peuvent intervenir que d'une façon fort atténuée.

L'absorption est reniarquablement lente (4) : l'injection hypodermique des doses mortelles ne détermine les premières manifestations toxiques qu'au bout

(1) Falck, Deutsche Klinik., 1853, no» 47, 49, 52.

(2) RoEBEtK, Arch.f. Anat, u. />%«., 1869, p. 38.

(3) SuAW, Med. News, 4891, p. 39.

(4) L. Glinard et F. Dumarest, Recherches expérinieatalcs de pharmacodynaroie sur la Coque du Levant et la picrotoxine. Archives internationales de pharmacodynamit et de thérapie y t. VI, p. 283, et Echo médical de Lyon, janvier 1901.

mi^mspëkmacëes 575

de trente à quatre-vingt-quinze minutes; et l'injection veineuse elle-même laisse encore un délai de trois à dix minutes avant que Ton ne puisse voir apparaître les phénomènes s^^mptomatiques de Tintoxication. Avec la plupart des substances exerçant une action intense sur Torganisme animal, les manifestalions toxiques se montrent à peine au bout de quelques secondes après l'injection veineuse et semblent môme souvent instantanées. La Coque du Levant en nature paraît contenir une ou plusieurs substances qui activent l'apparition (les phénomènes toxiques, et, par conséquent, l'absorption. Cette lenteur d'apparition des phénomènes toxiques est en rapport avec la résistance normale des centres sur lesquels la picrotoxine porte son action élective. Elle permet égfalement de comprendre la gravité de Tempoisonnement lorsque ses manifestations apparaissent, la non-intégrité, même peu durable, des centres bulboprotubérantiels étant incompatible avec le maintien de la vie.

Chez les animaux à sang froid, la grenouille par exemple, on peut arriver à mettre en évidence une action secondaire et tardive de la picrotoxine sur les centres médullaires : mais les accidents d'origine bulbaire sont, de beaucoup, prédominants et accaparent le plus l'attention. D'ailleurs, au moment où ces accidents d'origine médullaire commencent à se montrer, l'animal, déjà épuisé par les manifestations d'origine bulbaire, est devenu presque tout à fait incapable de réaction soutenue et la phase médullaire se trouve souvent remplacée par une phase paralytique présageant une mort plus rapide. Chez les mammifères, la picrotoxine se comporte exclusivement comme un convulsivant bulbaire. Ici la gravité des manifestations bulbaires est telle qu'elle ne laisse pas aux autres accidents le temps de se révéler.

On a prétendu, à tort, que l'action de la picrotoxine se localisait sur les centres moteurs corticaux ; les hémisphères, de môme que le cervelet, sembleraient plutôt, au contraire, capables d'exercer une influence modératrice sur les convulsions provoquées par ce poison.

Les troubles des fonctions cardiaques et respiratoires s'interprètent facilement comme conséquence de l'électivité sur les centres bulbaires. C'est par l' intermédiaire des pneumogastriques que se produisent les effets de ralentissement et de renforcement des contractions cardiaques, suivis, lorsque les doses sont suffisammrent élevées, d'effets contraires d'accélération avec diminution de l'énergie. Dans cette seconde phase, la paralysie du modérateur cardiaque est démontrée par l'inefficacité de l'excitation du bout périphérique des nerfs vagues. La tension artérielle augmente notablement : la persistance de cette hypertension^chez des chiens curarisés, en même temps que la constatation de véritables spasmes vaso-moteurs démontrent que l'origine de cette augmentation de tension ne réside pas dans la contraction exagérée des muscles de la vie de relation, et qu'il faut admettre une influence certaine de la picrotoxine sur les nerfs de la vie végétative. Aux doses toxiques, cette élévation de pression, toujours assez persistante, finit par faire place à un abaissement marqué de la tension. C'est également par suite d'actions d'origine centrale et non pas

Cil raison d'une action directe sur les éléments g'iandulaires que l'on explique les eflfets sécrétoires : hypersécrétions salivaire et intestinale chez le chien; hypersécrétions sudorale, salivaire et lacrymale chez le cheval.

Du côté du système musculaire, l'influence de la picrotoxine se traduit par des modifications dans lesquelles l'analyse permet de retrouver les éléments de deux actions en apparence contradictoires : d'une part, la fatigue musculaire révélée par rallongement de la phase d'énergie décroissante ; d'autre part, l'hyperexcitabilité démontrée par l'accroissement de l'amplitude et la tendance au tétanisme. Cette modification, aboutissant à l'allongement notable de la courbe du tracé musculaire, persiste malgré la section du nerf moteur et la séparation du muscle d'avec les centres.

De toutes les substances qui peuvent, soit partiellement, soit sur la plupart des points, être considérées comme antagonistes ou antidotes de la picrotoxine, une seule, le chloral, a donné, chez les animaux, des résultats efficaces. Encore faut-il que l'on ait recours aux injections intra-veineuses et que l'intervention de la substance antagonistique soit prompte, hâtive et énergique. C'est encore là un exemple venant à l'appui de ma manière de voirsur l'utilisation des pfaé* nomènes généraux d'antagonisme et d'antidotisme (1).]

Autopsie. — Chez les animaux intoxiqués par la picrotoxine, on trouve : congestion et œdème du poumon, liyperhémie des méninges cérébrales; presque toujours aussi, tuméfaction des glandes salivaires, rarement rougeur de la muqueuse œsophagienne et stomacale. Chez un homme ayant rapidement succombé^ on a constaté la stéatose du foie et des reins qui n'a aucune valeur diagnostique. Ici, comme dans la plupart des questions toxicologiques, Tanatomie pathologique fait défaut.

Recherche. — On utilisera dans ce but le sang, l'urine, le contenu gastro-intestinal, ainsi que le cerveau. La putréfaction détruit la picrotoxine. Soumise aux réactifs chimiques, elle met en liberté delà Picrotoxinine qui possède les réactions chimiques et toxicologiques de la picrotoxine. Le produit enlevé par l'éther à la solution acide est-il mélangé avec de l'azotate de potasse et II gouttes d'acide sulfurique, on voit apparaître une coloration rouge-brique lorsque le mélange est alcalinisé par la lessive sodique. La picrotoxine réduit la liqueur de Feiu^ing. Pour plus de

(1) Voir à ce sujet : G. Pouchkt, Leçons de pharmacodynamie et de matière tnédicaie, â»» série., p. 615 cl 6i{\,

BERBÉRIDACÉES o77

sûreté, le produit obtenu sera administré aux crabes, aux poissons et aux grenouilles.

Traitement. — Enlèvement du poison, morphine et narcose chloroformique contre les convulsions, lavements au vinaigre, compresses chaudes sur Tabdomen et compresses froides sûr la tête. La poudre de Coque du Levant sera enlevée de la surface de la peau (tête, etc.) à l'aide des irrigations d'eau froide.

Le Cocculus toxi férus et C. amazonum (Mart.) sont employés pour la préparation du curare. Le C. laurifolius (DG.) contient, d'après Greshoff, un alcaloïde (Coclaurine) paralysant les terminaisons nerveuses intramusculaires (1).

Abuta imene (Eichl.). — Il est douteux que cette espèce soit employée dans l'Amérique du Sud comme poison pour les poissons et pour envenimer les flèches.

Pericampylus incanus (Miers). — L'écorce du rhizome contient un poison engourdissant les grenouilles.

Pachygone ovata (Miers) [Cissampelos ovata (Poir.).] — Les fruits auraient été employés autrefois en guise de Coques du Levant.

Cissampelos Pareira (L.). — La racine fournirait aux IndeSy par distillation, une substance narcotique (Watt).

BERBÉRIDACÉES

PODOPHTLLUM PELTATUM (L.). — Le rhizome fournit le PODOphyUjIN dont la partie constituante active est la podophyllo- ToxiNE. Le podophyllin provoque l'inflammation de la peau et des muqueuses. La podophyllotoœine provoque : vomissements, diarrhée sanguinolente et, sur les tissus entrés directement en contact avec elle, phlegmons et abcès. Les reins sont atteints de néphrite glandulaire. On trouve aussi de l'entérite (2). Les personnes occupées à réduire le rhizome en poudre peuvent être atteintes d'ophthalmie. Le podophyllin provoque chez les

(1) Plugge, Arch. f, exp, Path. u. Phavmak., Bd XXXH, p. 267.

(2) Neuberger, Arch, f, exp. Path, u, Pharmak., Bd XXVIIl, p. 32.

animaux: vomissements, diarrhée, ténesme. Chez Vhomme oni été observés, deux heures après l'administration de Ogr.6 de podophyllin (1) : coliques, faiblesse musculaire, vertiges (2), céphalée, vomissements bilieux, et huit heures environ après l'ing-estion : collapsus, refroidissement de la peau et petitesse du pouls. La mort est survenue au cours de la guérison chez une femme ayant pris Ogr.3 de podophyllin : la respiration était geignante. Dans un autre cas, la mort, dans le coma, est arrivée cinquantre-quatre heures après l'administration de Ogr.5 (3 ).

BERBERIS VULGABIS (L.). — Uépine-vineUe et son alcaloïde la BEHBÉRINE (4) manifestent des propriétés toxiques. Ogr.5 de berbérine en injection sous-cutanée tue les lapins au milieu de troubles respiratoires, de tremblements et de convulsions. Les tissus entrés en contact direct avec l'alcaloïde sont colorés en jaune (v. aussi Hydrastis).

B. aristata (D C). — Le liber est employé dans les Indes orientales comme poison pour poissons.

PAPAVÉHAGÉES

PAPAYER SOMNIFERUM (L.). OPIUM. MORPHINE. — L'incision des capsules non parvenues à maturité du pavot fournit un suc lactescent blanc, que la dessiccation à l'air transforme en une matière brune, l'oPiUM. Ce dernier présente un conglomérat d'environ vingt alcaloïdes, pour la plupart non préformés dans la plante ; c'est la morphine qui, au point de vue qualitatif et quantitatif (3 à 20 p. 100 environ), en forme la partie constituante la plus essentielle. Les tentatives de suicide par le pavot, l'opium et la morphine se sont augmentées dans une proportion effroyable dans ces dernières dizaines d'années. En Angleterre il y en eut cent quatorze en 1891, cent quarante-neuf en 1892 et cent quatre-vingt-cinq en 1894. Les empoisonnements aigus sont provo-

(i) ScuMiDT, Bayr, IntelligensbL^ 1866, n" i3.

(2) Prentiss, Phil. med, Times, 1882, 6 mai.

(3) DuDLEY, Med. Record, 1890, p. 409.

(4) FxLCKy Deutsche Klinik., 1854, no** 14 et 15, et J, KôHLEh, thèse de Berlin, 1883«

qués par : OPiUM et ses teintures, extraits et les mélang'es dont on se sert pour la préparation des remèdes secrets, surtout le chlorodyne (l)j ainsi que les têtes de pavot à leur maturité dont on obtient la morphine, la narcotine, etc. (2), et morphine. Les causes de ces empoisonnements sont : rarement homicide, très souvent suicide, trop souvent dispensation dans les pharmacies aux lieu et place d'un autre médicament (calomel); malheureusement aussi administration aux enfants, par des personnes incompétentes, pour les calmer et les endormir, des décoctions de têtes de pavot, de l'opium (3) et du suc des têtes de pavot non mûres (4); et le plus souvent administration, dans un but thérapeutique, de doses par trop élevées en soi-même ou par rapport aux sujets (par exemple, hystériques) (5) auxquels elles sont prescrites, ou parce qu'on les a élevées dans les pharmacies. \^' intoxication chronique par les sels de morphine et les opiacés provient de leur emploi prolongé dans un but thérapeutique, mais surtout par suite de leur emploi à titre de substances enivrantes.

Les intoxications ont lieu quel que soit le mode d'administration, par exemple; ingestion, injections sous-cutanées, badigeonnages avec des onguents sur des muqueuses et des plaies, introduction des suppositoires et des ovules dans le rectum et le vagin, injections intra-uréthrales, inhalation de vapeurs d opium. En règle générale, les adolescents et les femmes succombent plus facilement à l'action toxique que les adultes et les hommes; l'intoxication se manifeste chez les premiers à la suite de doses moins élevées que chez les seconds. L'opium provoque de préférence chez les Malais et les Nègres des convulsions et des délires. L'accoutumance et quelques affections, par exemple délire alcoolique et tétanos, augmentent considérablement la tolérance envers les opiacés. A ce que l'on prétend, l'administration par la voie rectale est plus dangereuse que celle par la voie

(1) Pickles, Phat^m. Journ.^ III' série, 1880, p. 926.

(2) Groves, Chem, and Drug., 15 sept. 1881, p. 376.

(3) Williams, Canslati's Jahresber., 1843, p. 29.

(4) GoTTEL, RusCs Magas., Bd XVIII, p. 416. (o) LEGENDaE, France méd,, 1883, no 50.

slomacale. Ce qui entre principalement en ligne de compte, ce n'est pas la forme de la préparation, ni le lieu de rabsorption, mais bel et bien sa teneur en morphine.

Ont provoqué la mort les préparations suivantes obtenues des tètes de pavot : une décoction de trois têtes vertes chez un enfant de un an dans l'espace d'une heure (1), même deux cuillerées à soupe d'une décoction de deux têtes (2), tandis que, en revanche, un enfant de six mois eut la vie sauve après avoir absorbé une décoction laiteuse de vingt têtes de pavot (3). Les lavements à la décoction de têtes de pavot peuvent provoquer des empoisonnements même chez les adultes. On voyait tomber malades des veaux et des bœufs qui avaient ingéré, avec de la paille hachée, des têtes de pavots desséchées réduites en petits fragments; ils présentèrent de l'excitation s'élevant jusqu'à la fureur et de la rétention d'urine. Des canards qui avaient mangé des têtes de pavots vertes furent rapidement empoisonnés. Les semences 7ion mûries (4) sont toxiques, les semences mûres ne le sonV point ; cependant, elles auraient exceptionnellement provoqué des phénomènes d'intoxication dans un cas. Les teintures d'opium ont produit la mort des enfants à desJ doses correî^ pondant à Ogr.0006 à Ogr.003 d'opium (5). En revanche la guérison fut obtenue chez des enfants ayant pris une cuillerée à café, même une cuillerée à soupe de laudanum et chez d'autres auxquels furent donnés trois lavements avec XXXV gouttes de laudanum (6). Chez les adultes, on a vu la mort survenir, en cas de non-accoutumance, à la suite de 4 à 8 gr. de teinture d'opium, et le rétablissement avoir lieu souvent après 30 à 90 gr. (7) et même après 180 gr. (8). La guérison fut obtenue chez un sujet ayant reçu en lavement lgr.50 à'extrait dopiuîu (9); dans un

(i) Lederer, Wiener med. Presse, 4866, p. 378.

(2) KocH, liusts Magasin, Bd L, 1837, p. i-51.

(3) Wendt, Gerson's Magasin , Bd VI, p. 71.

(4) Leghler, WUrttemberg , CorrespondenzbL, Bd I, 1831, p. 213.

(5) Taylor, Die Gifte, Bd IIÏ, p. 30.

(6) Blanc, Canstatt's Jahresber., 4857, Bd V, p. 120.

(7) ScHOLZ, Wien, med, Btàtler, 4894, p. 32.

(8) Margbt, Canstatfs Jahresber., 4843, Bd IV, p. 20.

(9) Olivier, Gas. des Aôp.,4874, p. 25.

OPIUM MORPHINB 381

autre cas, la mort est survenue après l'ingestion de deux pilules contenant Ogr.lo d'extrait d'opium. Un enfant de quatre ans et demi fut tué en douze heures par 24 milligrammes à^opium ; et un enfant âgé de quatre semaines périt dans le même espace de temps à la suite de 7 milligrammes d'opium mélangea autant de jusquiame. Chez les adultes Ogr.06 en lavement ont provoqué (les phénomènes d'intoxication (1), Ogr.3, Ogr.48 et Ogr.6 ont amené la mort, mais la guérison a été observée même après 30 gr. (2). Une dose de Ogr.24 de poudre de Dower tua un enfant de quatre ans et demi. Le sirop de pavots peut, lui aussi, causer la mort. Un vieillard mourut après en avoir absorbé 30 gr. Chez un enfant de onze semaines, Ogr.005 d'un sel de morphine ont provoqué des phénomènes d'intoxication (3), la mort d'un enfant âgé de six mois fut amenée par Ogr.Ol (4), mais la guérison eut lieu après Ogr.Ol et Ogr.15 (5). La dose léthale moyenne pour les adultes est de Ogr.4. La guérison fut obtenue après Ogr.5 à IgT. (6) et même après 2gr.5, on prétend même après 3 gr. (7) chez des sujets non accoutumés et après 2gr.7 de sulfate de morphine chez des personnes accoutumées (8), quoique, dans un cas, le traitement médical n'ait pu être institué qu'après trois heures.

[Bien qu'il y ait d*assez nombreux faits d'individus ajant résisté à des doses considérables de différents sels de morphine, je pense qu'il s'agit, dans toutes ces circonstances, de cas heureux dans lesquels il se produisit une véritable inhibition des phénomènes d'absorption sous l'influence sidérante exercée par cjs fortes doses sur le système nerveux. Dans tous les cas, on ne peut faire entrer de pareils faits en liiî^-ne de compte pour établir la toxicité, et, pour ma part, je m'en tiens à un chiffre très différent de celui de 40 centigrammes rapporté ci-dessus.

Des faits que j'ai été à môme d'observer, aussi bien que des résultats expéri-

(1) Steinthal, Casper's Wochenschr.y 1845, p. 294.

(2) Crommelinck, Cansiaifs Jahresber,, 1843, Bd IV, p. 29. |3) Zepuder, Wien. Med.-ffalle, 1861, Bd II, p. 14.

(4) ScuNYDEa, CorrespondenzbL f. Schweir, Aerzte, 1886, p. 608.

(5) WiMMER, Vierteljahrsschr, f, ger, Med., Bd IX, p. 284.

(6) HoLST, Petersburger med. Wochenschr., 1882, n«4.

(7) NoTHNAOEL, Allç . Wieu. med. Zeit., 1894, n» 3.

(8) Walker, Med. News., 1894, p. 380.

mentaux obtenus sur les animaux, je crois que Ton est en droit de fixer la dose toxique mortelle de morphine à un milligramme par kilo pour Thomme, à la condition que cette dose soit absorbée en une seule fois par un sujet non accoutumé à la morphine. La dose toxique mortelle serait donc de 6à 7 centijs^rammes pour un adulte (1).]

Voici les doses toxiques moyennes de la morphine pour quelques animaux psr voie hypodermique : Le cheval 7 milligrammes par kilo, l'âne 9, le bœuf 15, le chat 40, le chien 65, le porc 200 et la chèvre 400 milligrammes. Une vache tolérait bien Igr.oO de morphine mais fut tuée par 2 gr. (2).

Les phénomènes toxiques peuvent se manifester dans l'espace de cinq à dix minutes, plus rarement au bout de une à deux heures, et la mort survenir en quarante minutes, mais aussi seulement après dix-sept à trente heures. Dans des cas rares, la rechute survient après une guérison apparente (forme rémittente de l'empoisonnement par l'opium) ; elle peut se terminer après plusieurs jours par la mort ou le rétablissement, ^absorption de l'opium et des préparations d'opium n'a pas lieu par la peau saine, mais bel et bien par la peau enflammée et par tous les autres tissus absorbants. Un morceau d'opium séjournant dans l'oreille, peut amener l'empoisonnement et la mort. Les reins fonctionnant normalement, l'opium et ses préparations peuvent s'éliminer en partie par l'urine. Quel qu'ait été le mode d'administration de la morphine, elle passe toujours dans l'estomac et l'intestin (3) et, par conséquent, se trouve dans les fèces; elle passe aussi à coup sûr dans la glande mammaire, et peut-être la salive en contient-elle des traces. Une minime partie en est, en cas d'intoxication aiguë, détruite dans le corps, mais une beaucoup plus grande quantité est transformée dans l'organisme chez les morphinomanes.

A part quelques différences qui sont dues à l'organisation variable du système nerveux ainsi qu'à la corrélation et à la dépendance plus intime des organes influencés ou de leurs fonctions,

(1) G. PouGHET, Leçons de pharmacody nantie et de matière médicale^ 2» série, p. 670.

(2) GuiNARD, Étude expérimentale de pharmacodynamie comparée sur ]a morphioe et l'apomorphine, Thèse de Lyon, 1898.

(3) Leinweber, Ueb, Elimination subc. applic. Arsneimiftel, Gôttiogea, i883, p. 7.

la morphine exerce partout et toujours la même action (1). Après un stade d'excitation parfois peu net, les centres nerveux se paralysent ; la paralysie débute par l'encéphale et se termine par le bulbe (centre respiratoire). La respiration se ralentit, devient dyspnéique et s'arrête en fin de compte. La pression sanguine pt le nombre des pulsations (2) diminuent, non seulement par suite de la paralysie des org-anes régulateurs centraux, mais aussi à cause de l'action exercée par le poison sur le pneumogastrique et peut-être le cœur lui-même (3). Partout où existent des ganglions la morphine exerce son action. Les poules et les canards supportent énormément de morphine, les chèvres en tolèrent jusqu'à Ogr.2 à Ogr.3 par kilo. Les doses très élevées provoquent chez elles : salivation, rigidité des muscles et troubles respiratoires. Les chevaux sont atteints d'excitation maniaque. Les grenouilles tombent dans un, sommeil léger suivi souvent de convulsions. L'hyperexcitabilité réflexe et le tétanos apparaissent chez les chiens et les chats et parfois aussi chez l'homme. L'urine des chiens contient du glucose {jpeyitose). C'est l'excitation des fibres de l'oculomoteur commun qui est cause du myosis qui survient en cas d'empoisonnement par la morphine, mais qui ne se produit pas après l'instillation de la morphine dans l'œil. Les vomissements doivent être considérés comme étant d'origine centrale.

L'emploi thérapeutique des opiacés et de la morphine provoque chez certaines personnes des effets secondaires ç[\x\ peuventacquérir de l'importance au point de vue médico-légal (4). Rappelons les suivants : nausées, vomissements, céphalée, vertiges, spasme de l'accommodation, scintillements, amblyopie, amaurose, dysurie, rétention d'urine, insomnie persistante malgré l'administration de la morphine à doses élevées, hallucinations, impulsions impérieuses à exécuter des mouvements, tremblements, convulsions, respiration du type Cheyne-Stokes, irrégularité du pouls,

(1) WiTKOwsKi, Arch. f, eœp, Path, u, Pharm., Bd VII, p. 247.

(2) GscHEiDLEN, Ufiters. aus d. phys. Lahor, in WûrzburÇy 1869, Bd II; — Binz, Deutsche med. Wochenschr,, i879, nos 48 et 49, et 1880, n^ 13.

(3) GSCHBIDLEN, /. C. BiNZ, /. C.

(4) L.Lev/1^, Die Nebenwirkungender Arznetmtttei, 1899, p. 90.

exanthèmes, tuméfaction et démangeaisons de la peau, etc. La morphine ayant été accidentellement injectée dans un vaisseau au lieu du tissu cellulaire sous-cutané, il survint : bourdonnements d'oreilles, accélération des battements cardiaques, troubles de la conscience. Ces symptômes s'évanouissent rapidement (1).

Les symptômes de l empoisonnement aigii^ quant à leur intensité et à leur étendue, dépendent des conditions extérieures el individuelles, de sorte que leur nombre et leur groupement varient d'un cas à l'autre. Ont été observés : bourdonnements d'oreilles, photopsie, peau rouge et chaude avec vaisseaux congestionnés (2), sueurs, besoin extrême d'uriner avec impossibilité d'évacuer la vessie, élimination par l'urine de substances réductrices, parfois glycosurie, douleurs à l'épigastre et étal soporeux au début duquel la conscience n'est pas encore abolie et où le sujet réagit aux excitations extérieures par des mouvements réflexes, mais qui ne tarde pas à se transformer en sommeil avec perte de connaissance. C'est à ce moment ou plus tard que surviennent : vomituritions et vomissements et, en cas d'administration de l'opium ou de la morphine à doses très élevées, diarrhée, parfois sanguinolente, remplaçant, à titre exceptionnel, la constipation habituelle. Les yeux sont immobiles, les pupilles sont rétrécies généralement pendant plusieurs heures. La mydriase s'y substitue la plupart du temps dans l'agonie quand éclatent les troubles respiratoires; ce n'est que rarement qu'elle se montre déjà dès le début de l'intoxication. La respiration est ralentie, ronflante, intermittente, ou bien il apparaît des accès passagers de suffocation. Une écume sanguinolente sort p'arfois de la bouche. Le pouls est ordinairement ralenti, à peine perceptible, souvent intermittent; quant au pouls incomptable ou au pouls alternativement accéléré et normal, ces faits ne se rencontrent que dans des cas isolés. Le corps est froid, cyanose et la température est, dans quelques cas, abaissée de l®à P5. Dans

(1) NussBAUM, Aerztliches Inielligenzblatt, 4865, n«36; — Chouppe, Gaz. hebdom., i876, 47 mars.

(2) Kennedy, Edinb. med, Journ.y XVHI, p. 343.

ce stade le sang est surcharg^é d'acide carbonique. Le malade étant plongé dans un sommeil profond, il survient parfois, surtout chez les enfants : convulsions, accès rappelant le trismus et opisthotonos (1), ce qui n'aggrave guère le pronostic. La mort arrive dans le sommeil le plus profond par arrêt de la respiration, le cœur continuant souvent à battre encore pendant un court laps de temps, comme c'est le cas avec tous les poisons qui paralysent le centre respiratoi7*e.

Si l'empoisonnement est combattu victorieusement dans le cours de douze à quarante-huit heures et s'il ne se produit pas de rechute dans le collapsus, il ne persiste pas ordinairement de troubles graves. De temps en temps, on note encore de Talbuminurie (néphrite thébaïque) ou pendant un court laps de temps : prurit cutané, perte d'appétit, gastralgies, anurie, faiblesse des membres inférieurs et somnolence.

Empoisonnement chronique par Topium ou la morphine. —

L'opiophagie et la morphihomanie, dont la première est déjà connue dès l'antiquité, ne doivent pas être considérées comme des maladies propres, mais comme une intoxication chronique, comme l'alcoolisme. J'ai reproduit le morphinisme il y a plus de vingt-cinq ans chez les pigeons : ils voletaient avec impatience dans la cage à ma rencontre, dès que je m'apprêtais à pratiquer les injections à l'heure réglée une fois pour toutes. Un chien ayant reçu journellement en injection sous-cutanée, pendant sept mois et demi, Ogr.08 à Ogr.6 de morphine, devint morphinomane. Les symptômes ci-après furent observés : salivation, vomissements, perte de puissance génitale, somnolence, abolition des réflexes pupillaires, amaigrissement (perte de 8 kilos en 3 mois) et faiblesse générale (2). La tolérance envers des doses fortes du poison ne peut être obtenue qu'en les élevant graduellement. Elle n'existe que relativement à la dose donnée la dernière fois ou seulement un peu plus élevée ; elle est due à une adaptation graduelle^ peut-étre aussi à la faculté croissante

[i) SHEÀiiMANy Med, Times and Gazette, i857.

(2) GUINARO, /. C.

des tissus de détruire la morphine^ mais sûrement pas à une antitoxine mystérieuse se formant dans l-e corps. L'usag*e chronique de l'opium en Turquie, dans l'Afrique, les Indes, la Chine (50 à 70 p. 100 de la population), l'Amérique et plus rarement l'Europe, est attribuable à la propriété qu'il possède, lorsqu'il est administré à dose appropriée, de provoquer un état ressemblant à l'ivresse et pendant lequel les peines ne pénètrent pas jusqu'à la conscience. Tandis qu'en Angleterre se manifestent des tendances à tempérer et à enrayer le mal, l'opium constitue un monopole d'Etat dans les Indes anglaises et, partant des Indes, il a en partie ruiné la Chine; et une corruption analogue des indigènes s'accomplit dans toutes les îles de la Sonde et les Moluques appartenant aux Pays-Bas, où l'Etat a le monopole du commerce de l'opium.

V opium est fumé et m/ingé. Dans le premier cas, l'opium en pilules est porté dans le fourneau de pipe : on l'allume et les vapeurs dégagées par lui sont aspirées dans les poumons. J'ai observé à plusieurs reprises des Chinois fumant l'opium en Californie, dans l'île de Vancouver, etc., et chaque fois il m'était impossible de ne pas prendre en pitié cette « image de Dieu » dégénérée, qui était jetée comme une loque sans conscience au fond de ces caves infectes. Les doses initiales sont, pour les mangeurs dopium^ de Ogr.03 à Ogr.l2. Plus tard, ils atteignent des doses quotidiennes de 8 à 10 gr., même, à ce que rapporte Gargias, des doses de 40 gr. et, dans des cas isolés, de 250 gr. par vingt-quatre heures. Les Persans(l) sont presque tous des mangeurs d'opium, mais ils n'élèveraient pas la dose initiale. Les opiophages (thériaki, afiondji) succombent à ce vice pour les mêmes raisons que leswiorphinomanes. Les causes les plus importantes de l'usage chronique de l'opium consistent en : manque d'énergie pour cesser l'emploi du médicament, plus souvent encore l'impatience imitative de se plonger dans le Nirvana agréable évoqué par l'opium, ou encore le désir d'exalter les fonctions génitales affaiblies avanl le délai physiologique, souvent aussi des conditions sociales miséables. Les tablea ux superbes créés par une fantaisie excitée à l'ex-

(i) PoLAK, Wiener Médicinal' ffalle, i^^.

ces seraient si enivrants que le renoncement à ce vice devient presque impossible. Mais la persistance dans la perpétration de ce vice est en g^rande partie attribuableà l'état de profonde mélancolie qui s'empare de ces individus dès qu'ils osent essayer de se déshabituer de l'opium ou dès qu'ils n'élèvent plus la dose quand l'organisme cesse de fonctionner normalement après l'absorption de petites quantités.

Le morphinisme y qui commence à devenir une calamité sociale, se comporte d'une façon analogue. On a observé la morphinomanie chez des enfants et des femmes. La morphinomanie sévit parmi les hommes politiques, les officiers, les géographes, les juges, les professeurs à l'Université, et 40 p. 100 environ de médecins et de pharmaciens s'adonnent à ce vice. Dans une annonce fin de siècle, un pharmacien américain demandant un emploi, en énumérant ses qualités, se vante de ne pas être morphinomane ! Si l'alcool détruit la main de la nation, la morphine s'attaque à la tête. La morphinomanie s'établit par suite de différentes causes. Elle s'est extraordinairement répandue grâce à l'abandon de la seringue à injection dans les mains des malades, de leurs parents ou de leur personnel auxiliaire. Au début, les injections sous-cutanées de morphine sont employées, dans la majorité des cas, pour combattre les douleurs. Plus tard, les mêmes personnes s'adressent à la morphine même en cas de malaise plus bénin ; et ensuite, ce remède fournissant l'oubli béat des soucis pendant des heures entières et une aliénation agréable de la conscience, elles le prennent pour combattre des influences psychiques, telles que, par exemple, chagrin, ennuis, ainsi que excitation, dépit, colère, etc. Finalement lescomplexus cellulaires de l'organisme, affaiblis dans leur énergie vitale, exigent des stimulations nouvelles de plus en plus puissantes pour remplir même à moitié leurs fonctions, de sorte que l'usage de la morphine devient une nécessité absolue.

Les conséquences du morphinisme chronique sont : relâchement des devoirs familiaux, professionnels et sociaux, perte d'énergie et de pouvoir créateur, abaissement à un niveau très inférieur des facultés intellectuelles et des qualités morales dont pâtissent naturellement les subordonnés et, quand il s'agit

d'examinateurs et de juges, les candidats et les accusés, rarement états de paranoïa hallucinatoire et troubles somatiques, par exemple : anorexie, faciès pâle, amaigri, tremblement des mains, myosis, sensations douloureuses dans le domaine de distribution des nerfs les plus variés, parestliésies, accès fébriles, troubles visuels, sueurs, impotence transitoire et, chez la femme, aménorrhée et parfois stérilité; en outre, marche difficile, le malade ne peut parfois s'avancer qu'en s'appuyant sur un bâton et produit l'effet d'un ataxique dans un stade avancé (1). Existent ordinairement : insomnie difficilement remédiable, inquiétude et sensation d'angoisse qu'il est impossible de définir plus en détail. Apparaissent dans quelques cas comme phénomènes morbides plus rares : albuminurie légère transitoire sans lésion rénale ou albuminurie permanente plus abondante (2) ainsi que glycosurie ou pentosurie ; des épaississements, des nodules, des gangrènes cutanées phlegmoneuses s'observent aux centaines des points de piqûre de la seringue de Pravaz ; le bord libre des paupières ainsi que la conjonctive sont souvent fortement rougis, et le malade est atteint de coryza. Les morphinistes peuvent aller jusqu'à prendre la morphine à la dose quotidienne de 2 à 3 gr., même 5gr.5. D'après une nouvelle statistique, sur 1000 morphinomanes, 40 p. 100 prennent journellement de Ogr.5 à i gr., et 25 p. 100 de Ogr.l à Ogr.5 de morphine.

Quant à la question mêdico-légale qui se pose de savoir si les morphinomanes et les mangeurs d'opium sont responsables des suites de leurs actions^ j'y réponds parla négative (3), Il est donc indispensable, en premier lieu, que le mx)rphinism^ ou Vapiopha-gie avères soient^ comme ralcoolisme^ incompatibles avec les fonctions d'état. Les examinateurs, les juges, etc., atteints de cette intoxication doivent être internés dans des asiles, et les candidats, les accusés et les subordonnés doivent être mis à l'abri de leur « moral insanity ». Des juristes compétents se sont aussi ralliés à ma proposition de mettre en tutelle ces personnes comme

(1) L. Lewin, Deutsche Zeitschr. /*. prakt. Med., i874, n» 27.

(2) HucuARD, Soc. méd. des hôpitaux, i890, 9 mai.

(3) L. Lewin, Berliner klin. Wochenschr.. 4891, n^ 51.

on le fait avec les ivrog^nes. Il y a plus : un jury angolais a acquitté un médecin ayant tué trois enfants en leur prescrivant incorrectement de l'opium, et cela pour la raison qu'il s*ag^issait d'un opiophage. Au point de vue psychique, le morphinomane est moins libre que l'alcoolique. Le besoin de la morphine se manifeste plus souvent, et, pour le satisfaire, le sujet peut, le cas échéant, commettre un vol. On ne devrait jamais le punir pour cela. Le plus facile moyen de dévoiler un morphinomane^ c'est, d'aj>rès mon expérience personnelle, de soumettre le corps, surtout les cuisses, à un examen minutieux. On y reconnaîtra, dans tous leurs stades, les suites des injections fraîches et d'ancienne date mal pratiquées. Quant à la démonstration chimique et à l'observation du malade interné, elles offrent de plus grandes difficultés.

Les lésions trouvées à Vautopsie des sujets intoxiqués par Popium et la morphine n'ont aucune valeur au point de vue du diagnostic. Ni la congestion cérébrale ou méningée rencontrée parfois, ni l'anémie de la substance blanche ne sont nullement caractéristiques. En cas d'ingestion de décoctions de têtes de pavots ou d'opium, des particules de ces substances peuvent se trouver dans le tractus gastro-intestinal où l'on peut aussi sentir l'odeur de l'opium. Dans quelques cas isolés à'* intoxication chro^ niqtce par la morphine^ le cœur droit a été noté comme hypertrophié (1). On fera attention aux lésions traumatiques subies par la peau à la suite des injections multiples et qui se présentent sous forme d'abcès guéris ou non guéris, d'induration, etc.

On réussit facilement à démontrer chimiquement l'existence d'un empoisonnement aigu par la morphine ou l'opium toutes les fois que l'on se trouve en présence des matières à examiner convenables (estomac et intestin avec leur contenu, urine, reins, sang, foie, poumon), que la mort est survenue peu de temps après l'empoisonnement et qu'il s'agit au moins de doses thérapeutiques élevées. Dans des cas favorables, la morphine sera décelée dans le cadavre encore après quatre semaines. On est arrivé une fois à l'y découvrir treize mois après la mort. La

(i) ScHWENiNGER, Deutschc med. Wochenschr., i879.

morphine résiste à la putréfaction pendant au moins six à quinze mois.

Les parties cadavériques peuvent être traitées d'après le procédé de Stas-Otto. On ne réussit à enlever la morphine qu'en traitant sa solution ammoniacale par Talcool amylique chaud* De meilleurs résultats sont fournis par la modification que voici (1). Le liquide alcalinisé, dans la deuxième phase de la reprise, par la lessive de soude, sera additionné de bicarbonate alcalin, la morphine et la narcéine en seront extraites par le chloroforme contenant 10 p. 100 d'alcool et les deux alcaloïdes seront enlevés au chloroforme en l'agitant avec de l'eau acidulée.

Le picrate de morphine se dissout dans un liquide aqueux contenant du chlorure d'ammonium, tandis que le picrate de narcéine y est insoluble.

Pour déceler spécialement la morphine, on se servira des procédés suivants : — 1. Réactif de Frœhde{^o\\xiïoiï de molybdate de soude dans l'acide sulfurique) : la solution de morphine prend successivement les colorations violet, vert, brun-verdâtre, jaune et après vingt-quatre heures bleu-violet. — 2. D'après Huse- MANN, l'alcaloïde sera dissous dans l'acide sulfurique concentré et additionné, après quinze heures environ, d'une petite quantité d'acide azotique, ou bien la solution chauffée à 100^ sera, après refroidissement, additionnée d'un peu d'acide azotique : la zone de contact se colore en bleu-violet passant ensuite au rouge sang (2). — 3. Chauffez la morphine au bain-marie avec une petite quantité d'une solution de Ogr.3 d'acétate d'urane et de Ogr.2 d'acétate de soude dans 100 gr. d'eau vous obtiendrez des anneaux rouge-brun. — 4. Les solutions d'acide iodique additionnées de morphine ou de ses sels, mettent en liberté de l'iode qui est coloré en rouge-violet par le sulfure de carbone. — 5. Une petite quantité de perchlorure de fer, ne contenant pas d'acide chlorhydrique libre, additionnée de sels neutres de morphine donne une coloration bleu-foncé virant graduellement

(1) KippENBERGËR, Beitràge sur halirung von Alkal,^ 4895, p. i9. {t) BnuYLANTS, Journ. de phann. et de chim,^ i895, 1. 1, p. 4i4, propose uue moditicatioD à cette réaction.

au vert et au brun, — 6. Je considère comme tout à fait concluante la réaction de Pellagri basée sur la formation de l'apomorphine. L'alcaloïde, dissous dans l'acide chlorhydrique fumant, sera additionné de quelques g^outtes d'acide sulfurique concentré et évaporé à 100** : une coloration rouge apparaîtra, passant au vert si l'on y ajoute de nouveau un peu d'acide chlorhydrique, que l'on alcalinise par le carbonate de soude et que l'on y verse quelques gouttes d'une solution concentrée d'iode dans l'acide iodhydrique. — 7. En présence d'une solution sulfurique de formaline (II à III gouttes de solution de formaldéhyde et 3 centimètres cubes d'acide sulfurique concentré), la morphine prend d'abord une coloration rouge-pourpre qui passe ensuite au violet et, finalement, au bleu. — 8. \]n^ solution sulfurique de morphine mise en présence de peroxyde de plomb et agitée pendant six à huit minutes, donne naissance à une coloration rose passant au brun sous l'influence de l'ammoniaque. L'opium sera décelé à l'aide de l'acide méconique qui se colore en rouge-sang par le perchlorure de fer et que l'on peut obtenir à l'état pur en précipitant par Tacétate de plomb dont on se débarrassera ensuite au moyen de l'hydrogène sulfuré. Les têtes de pavot contiendraient aussi un corps possédant les réactions de la strychnine (1).

Grâce à un procédé spécial, la morphine non altérée a été découverte seulement quinze minutes environ après son injection intra-veineuse dans : sérum sanguin, ainsi que foie, reins, urine, salive, etc. On ne la trouve dans la rate que sous forme de morphine conjuguée qui, à l'encontre de la morphine pure se colorant en rouge-violet parle réactif de formaline (40 p. 100 de formaldéhyde et acide sulfurique concentré), ne subit sous son influence aucun changement. La morphine transformée (?) se trouve souvent dans le foie et les reins, plus rarement dans l'intestin à côté de la morphine non décomposée ; le réactif formaline la colore en vert (2).

La pentaglycosurie trouvée chez les morphinomanes par Sal-

(\) Paul, Prager fned, Wochenschr.^ i893, p. 197. {i) Marquis, Pharm, ZeiUchr, f. liussL, 18%, p. 549.

KowsKi et Jastrowitz, a été observée à plusieurs reprises chez les chiens, non seulement chez ceux qui recevaient la morphine à la dose quotidienne de Ogr.02, mais même dès après la première injection de morphine. D'autres poisons, comme : cocaïne, strychnine, atropine, vératrine, n'ont pas été suivis de pentaglycosurie (1).

Traitement de rempoisonnement aigu par ropium ou la morphine. — On commencera toujours par évacuer l'estomac à l'aide des lavag-es énergiques ou des vomitifs, en cas de nécessité, après ouverture forcée de la bouche, et par y introduire une solution de tannin qui se combinera avec les alcaloïdes de l'opium. On prescrira en outre des irritants chimiques et extérieurs : sinapismes, ablutions froides suivies de frictions avec des draps chauds, bouteilles chaudes ou couvercles de casserole chauffés appliqués aux pieds, ainsi que mouvements forcés en secouant souvent le malade ou en le traînant par la chambre pour que, autant que faire se peut, il ne perde pas conscience. On peut administrer simultanément à l'intérieur des infusions de café, de l'éther, de l'ammoniaque (Il à III gouttes dissoutes dans de Teaude-vie). Si la respiration commence à être atteinte, on instituera la respiration artificielle (après trachéotomie, préalable, en cas de besoin) qui sera continuée pendant dix à seize heures s'il le faut. Agiraient encore favorablement les inhalations d'oxygène ou de nitrite d'amyle (2). Est aussi vanté, mais sans raison aucune, le permanganate de potasse {Ogr.5 pour un demi-litre d'eau; le cas échéant, administrer cette dose à deux ou trois reprises) qui rendrait l'alcaloïde inoffensif en l'oxydant. Les injections souscutanées de permanganate de potasse (plus de 1 gr. en trois heures) proposées dernièrement, ne fourniront pas de meilleurs résultats. Les expériences instituées sur le chien et sur le lapin démontrent que, injectés séparément sous la peau, les deux poisons sont absolument sans action l'un sur l'autre.

C'est l'atropine qui occupe Inaintenant le premier rang parmi

(1) Capohali, Riviiita ciin. et terap., i896, I.

(2) TuHNER, L'Union méd., 1882, n<' 72.

les antidotes. L'injection sous-cutanée de 1 à 3 milligrammes a sauvé la vie sinon toujours, du moins souvent. C'est surtout JoHNSTON, après avoir traité en Chine, pendant sept ans, plus de trois cents empoisonnements par l'opium, qui vanta sa valeur dans les cas graves, mais il l'injectait à dose plus élevée que nous ne pouvons prendre la responsabilité de le recommander, à savoir, Ogr.015 à Ogr.025 (quinze à vingt-cinq milligrammes 1) : dix à vingt minutes après l'injection, il survenait de la mydriase et, après une à deux heures, la respiration devenait calme, le pouls devenait plus torl, etc. (1). On peut aussi prescrire l'extrait de belladone (20 centigrammes dans 30 grammes de véhicule, à prendre goutte à goutte) (2). La saignée, si prônée autrefois, sera faite dans des cas convenables. Dans une intoxication grave par 62 gr. de teinture d'opium, Tatropine et la respiration artificielle avec de l'oxygène n'amenaient pas de résultat favorable, tandis que la saignée et l'injection intraveineuse d'une solution salée firent disparaître le coma et les troubles de la respiration.

La nitroglycérine (environ Ogr.003 en trois fois, en injections sous-cutanées) a sauvé la vie dans un cas (Ogr.3 de morphine) où Ton avait échoué avec l'atropine (3).

[Le sujet me paraît bien choisi pour exprimer mon opinion personnelle relativement à remploi de certaines pratiques dans le traitement des empoisonnements aigus. Autant je suis partisan de l'évacuation, puis du lavage de Testomac à Taide de la sonde ou du tube de Faucher, autant je suis l'adversaire de l'emploi des vomitifs. Dans un grand nombre de circonstances, et Ton peut certainement dire dans tous les cas où Taction de la substance toxique sur le système nerveux est intense et prépondérante, les centres bulbo-protubérantîels sont assez énergiquement intéressés pour que Faction émétique soit difficile, sinon même impossible à déterminer. Dans ces conditions, l'intervention du vomitif ne fera qu'ajouter inutilement à l'épuisement nerveux et provoquera un abaissement de la tension sanguine avec diminution de l'énergie cardiaque pouvant atteindre, avec certains médicaments tels que l'apomorphine, Témétique, pour ne citer que les principaux et les plus fréquemment employés, une Importance tellement considérable que je n'hésite pas à accuser ces pratiques d'avoir entraîné la mort d'individus dont le système nerveux avait été impres-

(1) JoHNSTON, Am, Journ. of med. Sciences^ v. LXVI, i87!2, p. in\). (t) NicHOLsoN, Brit. med, Journ,, i889, II, p. 132. (3) Spëer. yeW'York tned, Journ,, i6 nov.

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sionné, ju.squ*à la limite extrême compatible avec la vie, par les substances toxiques dont l'emploi de ces vomitifs avait l'intention, bonne en théorie, mais néfaste dans la circonstance particulière, de les débarrasser.

On pourrait faire les mêmes objections pratiques (j'entends ici la pratique courante de l'exercice médical en ce qui concerne le traitement des empoisonnements) à remploi des antidotes et des antagonistes. 11 serait injuste autant qu'anti physiologique de nier les services que ces derniers peuvent rendre, dans certaines circonstances spéciales et sur des points particuliers de détail, mais je ne crois pas que l'on soit jamais autorisé à faire de l'emploi de ces antidotes et antagonistes la base unique et exclusive du traitement rationnel d'un empoisonnement. J'ai, d'ailleurs, exposé ma manière de voir à ce sujet, avec preuves à Tappui, dans des leçons publiées voici déjà quelque temps, et je ne puis mieux faire que d'y renvoyer le lecteur désireux d'approfondir cette question (1)].

Le traitement de Vintoxication chronique par la morphine^ ou Vopiuniy consiste en la suppression brusque ou lente du narcotique. En cas de suppression lente, chaque diminution de la dose de morphine administrée provoque des phénomènes morbides, psychiques et somatiques^ qui ne surviennent qu'une seule fois en cas de suppression brusque, mais qui sont alors plus intenses et de durée plus longue (2).

Ces phénomènes d'abstinence qui seraient attribuables à la présence dans l'organisme de Voxydimorphine (3) sont, à moins que le malade n'ait occasion de se procurer de la morphine, toujours identiques quanta leur caractère et ne présentent des variations qu'au point de vue de leur intensité. On observe : agitation, fugacité des idées, besoin extrême de la morphine se manifestant par des crises de désespoir et des accès de fureur accompagnés parfois d'impulsions destructives, douleurs névralgiques, accès de frissons, sueurs, constipation ou diarrhée, vomissements (surtout après l'ingestion des aliments), et, dans la plupart des cas, anorexie. Outre le collapsus survenant fréquemment, on a encore à craindre les états d'excitation (confusion mentale hallucinatoire, attaques hystériques, etc.) dans lesquels les malades attentent assez souvent à leurs jours. Aussi prendra-t-on garde de ne lais-

(i) G. PoucHET, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, ic série, p. 615.

(2) Levinstein, Die Morphitimsucht, Berlin, 1883.

(3) Marmé, Deutsche med. Wochenschr.y 1883, n» 14.

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