‹ Traité de toxicologieChapitre 82 sur 126 · MYRTACÉES · texte numérisé non relu

MYRTACÉES

PDNICA GRANATUM (L.). — L'écorce du grenadier renferme des alcaloïdes volatils, peUiEtiërine, pseudopelletiërine (^ranotonine), isopelletiërine et mëthtlpelletiérine. Grâce à sa teneur en tannin et aux bases, elle peut, donnée à doses élevées, provoquer des empoisonnements graves, môme mortels — j'en connais trois — avec vomissements continus, hématémèses, verliges, tremblements et coUapsus. L'administration de la pelleliérine fut suivie après dix minutes de : troubles visuels avec mydriase, impossibilité de distinguer les objets les uns d'avec les autres, plus tard : céphalée atroce, vertiges, troubles gastriques, vomissements, diarrhée, prostration extrême avec troubles cardiaques et respiratoires, sueur froide à la tête et oligurie. Les troubles visuels ne disparurent qu'après trente-six heures (2). Un homme ayant pris une dose de Ogr.5 de sulfate

(1) Greshoff, Mededeelingeriy VIT, p. 98.

(2) Landis, Univers, Med. Mag., 1889, 1, p. 639.

de pelletiérine succomba quelques heures après dans le coma, après avoir présenté obnubilation de la vue, crampes, etc.

U Eucalyptus glohulus (Labu.l.) et les autres espèces d'eucalyptus contiennent dans les feuilles I'huile D'EUGALTPTUS {aldéhyde vaUrianique^ aldéhyde butyrique^ aldéhyde caprique^ pinêney cinéol, ou cymol et aldéhyde cuminique^ ou géraniol et citronellaly etc.). Inhalée, l'huile d'eucalyptus peut provoquer de l'albuminurie chez l'homme et les animaux. Administrée à la dose de 4 gr., elle peut être suivie de phénomènes graves d'intoxication, et la mort peut ôtre amenée à la suite de 15 à 30 gr. Un garçon de dix ans en ayant absorbé 15 gr. comme prophylactique contre le refroidissement, tomba malade peu de temps après l'ingestion de l'huile et mourut au bout de quinze heures, la mort était précédée de vomissements, pâleur des lèvres, pouls petit et incomptable, respiration haletante et dyspnée extrême. A Tautopsie on a trouvé du sang dans la cavité pleurale.

Myrtus com^nunis (L.). — Donné à doses par trop élevées, le MTRTOL contenu dans l'huile éthérée de la plante provoque chei l'homme de la céphalée et de l'abattement. L'urine sent les violettes.

Le Myrcia acris (DC.) contient dans les feuilles une huile éthérée irritante {myrcène^ phellandrène^ eugénol^ cfiavicol). Le rhumrbay, employé pour lavages du cuir chevelu, provoque parfois des éruptions cutanées qui sont peut-être attribuables en partie à l'huile.

EU6ENIA. — Eugénia caryophyllata (Thb.). — Les girofles fournissent de l'huile de girofle (eugénolC*W*0, eugénine), toxique pour les animaux inférieurs, et à doses élevées aussi pour Thomme. Donné à la dose quotidienne de 7 à 8 gr., l'eugénol provoque chez les chiens de la polyurie, quelquefois aussi de la diarrhée, chez l'homme les doses supérieures à 3 gr. sont suivies de vertiges et d'un état ressemblant à de l'ivresse (1); elle est

(i) De Regibus, lahresb. f. Thierchemiey 1886.

LYTHRARIACÉES ONAGRARIACEES 663

éliniinéede Torganisme en combinaison avec l'acide sulfurique (1). L'absorption de 30 gr. d'buile de girofle a provoqué : perte de connaissance, cyanose, sueurs froides et vomissements. On n'a pas trouvé d'eugénol dans l'urine (2). VE. Chekan (DC.) peut occasionner cbez l'homme des gastralgies et des vomissements. VE. pimenta (DC.) irrite la peau. Les fruits mûrs de E\ jaiwholana (Lam.) servent pour la préparation d'une boisson enivrante.

Les fruits de Careya arhorea (Roxb.) sont toxiques. L'écorce est employée comme poison pour poissons.

BARRIN6T0NIA. — Barringtonia speciosa (L.). Dans les îles de l'Océan Pacifique et ailleurs la noix broyée est employée pour engourdir les poissons, Gomme le démontrent les homicides par empoisonnement, le suc constitue également un poison pour l'homme. Le B. splendida (Mies.), le B. rubra (Bl.), le B. intermédia (Vieill.), le B. insignis (Miy.) et d'autres espèces sont employées pour la pêche.

Gustavia aiigusta (L.) et G. hrasiliana (DC). L'écorce et les fruits sont toxiques et employés pour engourdir les poissons.

LYTHRARIACÉES

h'Ammania haccifera (L.) appliqué sur la peau, agit comme vésicant; la formation des bulles est accompagnée de douleurs.

ONAGRARIACEES

Les fleurs à'Epilobium hirsutum (L.) peuvent produire des convulsions. Un enfant de trois ans en ayant mangé eut les pupilles rétrécies, le ventre ballonné et fut agité de convulsions épileptiformes.

[VE, spicatum (L.) [laurier de ISaint-A^itoine) renferme, dans ses feuilles, une substance active capable ég-alement de déterminer parfois des accidents d'intoxication].

(1) KûHUNG, (^eb, Stoffwechselprod, arom. Kdrper , BerViu , 1887. (i) Pfkiffer, Deutsche med. Wochenschr., 1895,- n<* 29.

LOASACÉES

Le Loasa tricolor (Wkinm.), le L. hispida (L.), le Meatzelia oliffo^pernia (Ni TT.)^ le Bhinienhachia insignis (Schrad.) agissent sur la peau comme l'orlie.

PASSIFLORAGÉES

Carica Papaya (L.). La racine du Figuier des Indes renferme un ferment doué des propriétés de la myrosine et un glucoside analogue au myronatc de potasse. La distillation fournit un liquide contenant de Tallyle (I). Les feuilles sont pauvres en glucoside, mais riches en ferment et contiennent en outre Talcaloîde car- PAÏNE (G*W*AzO*) qui, diaprés toutes vraisemblances, n'est pas un poison cardiaque, ni respiratoire. De plus, les fruits fournissent la PAPAÏNE qui digère de Talbumine. Injectée sous la peau, elle provoque dans le tissu cellulaire sous-cutané des altérations peptiques ; elle serait inoffensive dans l'estomac, mais les injections intra-veineuses seraient suivies de paralysie du cœur et du système nerveux (2), ce qui, du reste, est contesté. Le SU4^ du tronc a tué en quelques jours un homme avec des phénomènes de péritonite et d'entérite.

Carica spinosa (Aubl.). Le suc est un vésicant.

Adenia venenata (Forsk.). Je n'ai pas trouvé de poison dans l'alcool où étaient conservées les plantes apportées par M.Schwein- FURTH. L'ingestion des jeunes pousses ferait gonfler le corps.

SAMYDÉES. — Le Casearia graveolens (Dalz.), [Guidonia (H. Bn.j, serait doué de propriétés toxiques.

[Dans la classification botanique adoptée en France, le Carica papaya fait partie de la famille des Bixacées, tribu des Papayées^ dont les Samydées représentent une autre tribu. Si Ton en excepte les Papayers que Bâillon el d'autres botanistes rangent dans la famille des Bixacées, la famille des Passifloracêes,

{{) GuiGNARD, L'Union pharm., 1894, p. 202.

(2) HossBACH, Zeilxrhr. /*. klin. Med., Bd VI, H. 6.

passifloraCées 665

voisine de celle des Cucurbita cf.es, ne renferme plus que des espèces peu intéressantes pour la toxicologcie, en ce sens que les propriétés toxiques de la plupart des plantes de cette famille ne sont connues que par des récits plus ou moins fabuleux et ne permettant pas de leur attacher grande créance.

Le Papaya digitata du Brésil [Carica papaya (Pœpp. etENDL.)] est considéré comme un poison mortel, aussi terrible que VUpas des Javanais. Son latex mis en contact avec la peau y détermine des phlyctènes. Les fleurs mâles possèdent une odeur excrémentitielie repoussante. La plupart des animaux s'abstiennent de loucher à cette plante et, surtout, à ses fruits. D'autres espèces fournissent, au contraire, des fruits comestibles, comme les Carica cauliflora (Jacq.), C. dodecaphylla (Wei.l.), C. microcarpa (Jacq.), G. nan a (Benth.) et G. pyriformis (Hook. et Arn.). Beaucoup de fruits de Bixacées sont, d'ailleurs, comestibles.

VHydnocarpus venenata (G^ertn.), de la tribu des Pangiées^ possède un fruit très dangereux et toxique, servant à Geylan pour empoisonner les rivières ; mais le poisson qu'on se procure de la sorte peut causer à ceux qui le mangent des accidents redoutables. A Amboine, les graines de Pangium edule (Reinw.) sont utilisées pour l'alimentation après une macération prolongée dans l'eau froide qui leur enlève leurs qualités nuisibles. L'amande est employée alors comme aliment ou pour l'extraction d'une huile servant à la préparation des aliments. Toutefois, cette huile détermine des effets purgatifs chez les personnes qui n'y sont pas accoutumées. On a prétendu avoir retiré du P. edule de Java un alcaloïde assez peu actif, analogue à celui signalé sous le nom de Ménispermine, par Pelletier et Couërbe, dans la Coque du Levant.

Cette famille des Bixacées qui ne semble guère fournir, comme substance toxique, que de l'acide cyanhydrique provenant vraisemblablement de la décomposition d'un glucoside (voir p. 606), contient des représentants offrant un certain intérêt au point de vue de la Matière Médicale, notamment les /îocout/ers {^Bixa) qui ont donné leur nom à la famille. La matière colorante rouge des semences de Bixa orellana (L.) possède des propriétés éméto-cathartiques qui ont fait comparer ces semences à la racine d'ipécacuanha et les ont fait employer dans les pays chauds pour le traitement de la dysenterie. Un grand nombre de Samydées se font remarquer par des propriétés astringentes, amères et même purgatives. La tribu des Tui^nerées renferme des espèces réputées aphrodisiaques dont le Tumera aphrodisiaca (L.-F. Ward), croissant dans la chaîne des Andes occidentales du Mexique, a été préconisé, sous le nom de Damiana, comme le représentant le plus remarquable. Il existe quelques faits d'accidents causés par l'abus de l'extrait des feuilles de Tumera {Damiana), mais il est impossible de les attribuer exclusivement à l'emploi d'une espèce bien déterminée de Tu}merd\.

CUGURBITAGÉES

Le Telfairia pédala (Hook.) est une plante vénéneuse de l'Afrique de l'est.

Le Trichosanthes amara (L.) tue les rats. La pulpe et la coquedu T. palmata (Roxb.) sont douées de propriétés drastiques intenses et, comme cela est déjà arrivé (1), elles peuvent amener la mort chez l'homme. Le T. ciiciimerina (L.) agpit comme émétique.

Le Liiffa acutangula (Roxb.) provoque des vomissements et de la diarrhée.

Lagenaria vulgaris (Seringe). Les feuilles et les semences de cette plante provoqueraient des phénomènes ressemblante ceux du choléra.

Cucumis myriocarpus (Naud.). Le fruit {Cacur) provoque chez l'homme des vomissements et de la diarrhée. Le fruit de Cucumis trigonus (Roxb.) provoque des vomissements et de la diarrhée, et dans quelques cas il fut administré dans le but de causer l'avortement criminel.

Cucumis sativus (L.). De petits cochons ayant mangé des épluchures de concombres périrent en proie aux symptômes d'une entérite.

BRTONIA ALBA (L.). — La teneur de la racine de Couleuvrée (Rave de serpent) Br. alba et Br. dioica (L.), en brtonine et en BRTORÉSINE (2) varie d'après les saisons. Longtemps conservée, la racine devient moins efficace (3). Son goût est acre et elle provoque l'inflammation de la peau, soit des bulles. Incorporée aux plaies, la poudre en provoque l'inflammation et la suppuration et amène la mort dans l'espace de quatre à cinq jours. Chez les chiens elle est amenée par 15 gr. de Navet du diable en poudre ou en infusion. On trouve la muqueuse gastro-intestinale

(i) KiRTiKAR, Poison, plants of Bombay, fasc. I, p. 45.

(2) Masson, Journ, de pharm. et de chim., l. XXVII, 0° 6, p. 300.

(3) WoLODZKO, De niater. ad Elater. ord. pertin., Dorpat, 4857, p. 20.

EGBALION ELATERIUM 667

enflammée, celle de l'estomac est, en outre, parsemée d'hémorrliagies (1).

Donné à la dose de 3gfr.5 environ, il provoque chez l'homme de la nausée et des vomissements, et, à doses plus élevées : diarrhée, vertiges, collapsus et délire. La mort est survenue en quatre heures, une fois après l'ingestion d'une infusion de 30 gr. environ et une autre fois après l'administration en lavement d'une infusion de la même quantité de racine. Des lambeaux de la muqueuse rectale auraient été expulsés dans ce dernier cas avant la mort. Les baies de Bryone auraient, entre autres, provoqué du tétanos (2). Les baies de Bryonia laciniosa (L.) ont amené la mort d'un enfant de quatre ans.

EGBALION ELATERIUM (Ricii.). — Le suc laiteux desséché des fruits de Concombre d'âne fournit l'élaterium renfermant I'éla- TËRINE active qui passe vraisemblablement en partie dans l'urine sans changement aucun. Le contact prolongé de l'élaterium avec la peau en provoque l'inflammation. Les chats meurent en cinq heures à la suite de 0gr.l2 d'élatérine (plus rapidement si elle est administrée en injection intra-veineuse) ; la mort est précédée de convulsions et de troubles respiratoires.

L'élatérine à la dose de Ogr.005 ou l'élaterium à la dose de Ogr .05 provoque chez l'homme : diarrhée avec coliques, salivation et céphalée; à la suite des doses plus élevées surviennent en outre des convulsions. Donné à une dose supérieure à Ogr. 6, le suc pourrait parfois amener la mort (3). Toutefois l'issue fatale peut survenir déjà après des doses inférieures (4). Chez les animaux on trouve l'estomac enflammé et l'intestin ecchymose.

Recherche. — Les objets à examiner seront extraits par l'alcool bouillant, l'alcool sera évaporé, on ajoutera de l'eau bouillante et le résidu, desséché à 110°, sera repris par l'éther de pétrole. Traitée par un peu d'acide sulfurique et de phénol, l'élatérine se colore en rouge carmin.

(1) Orfila, ToxikoL (Irad. allem. par Krupp), 1854, Bd II, p. 86.

(2) Pritghard, Gas. hebdom., 1857.

(3) FucHS, De venants libr., XXX, Francf., 1606.

(4) Graig, analysé dans Husemann und Hiljçer, Pflanzemtoffe^ 1884, p. 1351.

CITRULLUS COLOCTNTHIS (Schrad.). — Les Coloquintes^ les fruits de Citrullus colocynthis [Cucumis colocynthis (L.)], ont produit des empoisonnements même mortels (la mort est parfois causée par leur emploi pour provoquer l'avortement), le plus souvent employés en nature, mais aussi en décoctions, en infusions, en teintures. Le principe actif, la colocynthine, tue les lapins à la dose de Og-r.S; les coloquintes amènent la mort des chiens à la dose de 6 à 8 gr. et celle de l'homme, à la dose de 4 gr. L'administration de Ogr.6 à 1 g*r. de coloquintes est suivie chez rhomme de : douleurs stomacales et intestinales, selles aqueuses ou même sanguinolentes expulsées avec ténesme, gonflement de l'hypogastre qui est douloureux, vomissements, diurèse augmentée, plus tard rétention d'urine et pouls petit. A la suite des doses plus élevées, 2 gr. et au-dessus, peuvent s'y associer : faiblesse, lipothymies, angoisse, divagation et, en cas où ces symptômes ne sont pas combattus, on voit apparaître : collapsus, intermittence du pouls, gémissements, refroidissement des membres et enfin la mort arrive. A ce que l'on prétend, il suffirait quelquefois de faire bouillir de l'urine avec des coloquintes (dans le but de se débarrasser des punaises) pour voir survenir un empoisonnement par les vapeurs avec : vertiges, sensation de froid, céphalée et albuminurie.

Autopsie. — On a trouvé l'estomac et l'intestin enflammés ou ulcérés, les anses intestinales sont parfois agglutinées entre elles. Chez les animaux, la muqueuse du colon et du rectum est enflammée et parsemée d'ecchymoses. L'inflammation peut aussi se propager au péritoine, au foie, à la rate, aux reins et à la vessie. Dans un cas, les ventricules cérébraux étaient remplis de liquide, et il y avait de la congestion cérébrale et méningée.

Recherche. — En cas d'administration d'une préparation pharmaceutique de coloquintes, le contenu gastro-intestinal, l'urine, les reins pourront être extraits par l'alcool, l'alcool sera évaporé, le résidu sera bouilli avec un peu d'eau et filtré à chaud : la colocynthine sera précipitée dans le filtrat par le tannin, le précipité, mélangé avec du carbonate de plomb, puis desséché, sera extrait par l'alcool, et, après son évaporation, on trouvera de la colocynthine. Quant à la colocynthéine qui se forme lorsque la colo-

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cjnthine est mélangée à des matières en putréfaction, elle se laisse extraire par la benzine. Les parties végétales seront soumises à un examen botanique.

Traitement. — Evacuation aussi parfaite que possible, avec lavages de l'estomac et de l'intestin, ensuite boissons enrobantes, huileuses ou mucilagineuses, glace, opiacés et, le cas échéant, excitants, ainsi que stimulation de l'énergie cardiaque.

Le Corallocarpus epigœa (Hook.) tue les vers intestinaux.

BÉGONIACÉES Bégonia Rex (Putz). Le suc tue les sangsues.

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