CACTÉES
ANHALONIDM LEWINH (Henn.). —J'ai démontré (1) que ce Mélocactus employé au Mexique comme inébriant (il y est appelé « Peyotl ») et que les cactées en général contiennent des poisons pouvant provoquer des phénomènes généraux. J'ai obtenu de YAnhalonium Lewinii une base cristalline, I'anhalonine. Le chlorhydrate de cette base (C^^H^^AzO^) empoisonne les lapins à la dose de 0gr.02 à 0gr.04 et les tue à la dose de 0gr.l6 à Ogr.2 par kilo d'animal. Le symptôme le plus frappant, ce sont des convulsions ressemblant à celles causées par la strychnine ; elles peuvent être provoquées plusieurs jours durant chez les grenouilles par suite de l'hyperexcitabilité réflexe dégagée ou même persister pendant tout ce laps de temps. Outre l'anhalonine, la plante renferme les alcaloïdes lophophorine (C"H*'AzO^), MEZGALINE et ANHALONIDINE. La lophophorine, à la dose de Omilligr.27, provoque des convulsions chez les grenouilles (2). La plante elle-même agit comme narcotique (le sommeil dure de un à trois jours), ou son administration est suivie
(1) L. Lewin, Avch, f. exp. Path. u, Pharm., 1888, Bd XXIV et 1894, Bd XXXIV, et Ber. d. botan. Geselùtch,, 1894.
(2) HEKFTERy Ber. d, deutsch, chern. des., 189().
d'un état ressemblant au sommeil, entremêlé d'hallucinations ou interrompu par elles. Pendant ces interruptions les sujets se mettent à vociférer et à chanter. L'anhalonine provoque, elle aussi, le sommeil chez l'homme.
Recherche. — Voici les réactions caractéristiques trouvées par moi : au chauffag^e, l'acide sulfurique provoque une coloration rouge-violet, et l'acide azotique, une coloration rouge-violet foncé passant vite au brun.
\J Anhalonium Williamsi (Lem.) contient un alcaloïde, la PEiiiiOTiNE (1), dont l'action est analogue à celle de l'anhalonine et qui provoque des convulsions chez les animaux et le sommeil chez l'homme. Quant à 1'^. fissuratum (Engelm.), il renferme I'anhaline qui paralyse le système nerveux central.
\jA. Jourdanianum contient un alcaloïde qui donne des sels et qui provoque des convulsions chez les grenouilles (2). VA, Visnagra et le Cereus peruvianm (Mill.) agissent de même (3).
Le Cactus grandiflorus (L.) agirait à la manière de la digitale.
Quant aux : Cereus grandiflorus (Mill.), C. flagelUformis (Mill.), Peirescia lychnidiflora (DC.) et Cactus pentagonm (L.), ils sont doués de propriétés phlogogènes purement locales.
De mes observations, il résulte que le Rhipsalis conferta (Salm-dyk) paralyse les muscles volontaires et arrête le cœur. Agit aussi comme paralysant VEchmocereus mammillosuSy tandis que VAstrophytum myriostygma (Lem.), le Phyllocactus Ackermannii (WALP.)ei VEpiphyllumRusselianum (Hook.) contiennent des alcaloïdes.
FICOÏDÉES
Le Gisekia pharnacioides (L.) tue les vers intestinaux. Trianthema monogyna (L.) et T. pentandra (L.). Les feuilles et la tige provoqueraient quelquefois de la diarrhée et des para-
(1) Heffter, Ardu f. e.rp. Path. u. Pharm., Bd XXXIV, 4894.
(t) L. Lewin, Ber. d. botan. Geselisch., Bd XII, p. 283.
(li) Heffter, Naturforsckerver's. s. Frank furt a. M., oct. 1896.
lysies; les feuilles et la lige de la seconde plante causeraient aussi parfois l'avortement (1).
Uécuelïe d^eau^ Hydrocotyle vulgaris (L.), possède une saveur cuisante acre et provoque chez les moutons Tinflammation des voies dig^estives supérieures et de l'hématurie. UH. Javanica (Thlxb.) est employée Java comme poison pour poissons. VH. umbellata ag;it comme émétique.
CONIUM MACULATUM (L.). — La Ciguë officinale possède une racine fusiformcjune tige tachetée rouge-brun et porte ses fleurs de juin à août. La racine contient de mai à juin très peu de poison, les feuilles et la tige ainsi que les semences sont très riches en poison au mois de mai, tandis qu'en septembre la plante annuelle est plus vénéneuse que la plante bisannuelle. La toxicité est essentiellement due à la conicine [ou coniine, ou cicutine (C«H*^Az)] qui est une Propylpipèridine. Cet alcaloïde liquide, non oxygéné, à odeur repoussante, dont les solutions aqueuses se troublent par le chauffage, se trouve, dans la plante entière, dans la proportion maxima de 0,1 p. 100 et dans les semences mûres jusqu'à 1 p. 100 environ. La teneur en alcaloïde varie suivant le développement des semences (2). La ciguë contient en outre un alcaloïde cristallin, la conhydrine (C**H*^AzO) qui agit moins énergiquement que la conicine, et la mëthtlgonigine GWAz) toxique.
Les empoisonnements par la ciguë ont pour causes : méprises (les feuilles et les racines ont été prises pour persil (3), céleri, panais, cerfeuil, etc.), rarement tentatives d'homicide et de suicide. Dans un cas d'homicide par empoisonnement, on se servit de la conicine, tandis que dans l'antiquité le suc de ciguë était employé pour punir les criminels (4). Le suc de ciguë soumis à
(1) Watt, Dictionary, VI, 2, p. 77.
(2) Farr and Wright, Pharm. Journ. a. Transact,, 1895, p. 188.
(3) Bennet, Edinb. med. Journ,, v. LXIV, 1845.
(4) Platon, Phédon (trad. allem. par Sguleiermacher), Bd V, p. 123.
rébullilion aurait été pris sans inconvénient aucun à la dose de 15 gr., tandis que le suc non bouilli provoquait des empoisonnements. Donnée à la dose de I à II gouttes, la conicine donne naissance à des phénomènes d'intoxication ; les lapins sont tués par I goutte de conicine instillée dans l'œil ; la dose léthale est, pour les chiens, de Ogr.l à Ogr.6. Les premiers phénomènes d'intoxication par la ciguë se manifestent dans l'espace de vingt à trente minutes. Certains empoisonnés peuvent pendant ce temps continuer à s'adonner à leurs occupations. La conicine agit plus rapidement. L'ingestion de fragments de ciguë amène la mort dans l'espace d'une à cinq heures. La conicine est absorbée même par la peau. Une petite portion du poison est vraisemblablement détruite dans l'organisme, tandis qu'une partie s'élimine par l'urine, et une autre partie par les poumons. D'après des données anciennes, on pourrait s'accoutumer à la ciguë. L'action locale de la conicine consiste en cautérisation et en inflammation.
Surviennent ches les animaux : sécrétion augmentée de la salive et des larmes et abolition des mouvements associés des yeux (1). La paralysie des rameaux cardiaques du pneumogastrique précède celle des nerfs moteurs ; la respiration, accélérée d'abord, s'arrête avant le cœur. La paralysie musculaire qui apparaît est attribuée à la paralysie des terminaisons périphériques des nerfs moteurs ou des centres moteurs (2). Les nerfs vasomoteurs sont, eux aussi, paralysés chez les grenouilles. La conicine vacuolise les globules sanguins de la grenouille. Administrée à doses élevées, elle provoque, chez les animaux à sang chaud, des convulsions asphyxiques qui peuvent être suspendues par la respiration artificielle (3).
Les chevaux supportent sans aucun inconvénient appréciable des quantités de 750 à 1000 grammes de la plante fraîche. Des vaches au fourrage desquelles avait été mélangée de la ciguë présentèrent : salivation, gonflement, douleurs abdominales et petitesse du pouls. La plante même desséchée les intoxique. Les
(1) HôGYES, Arch. f. exp. Path, u. Pharm,, Bd XVI, p 81.
{È} KoLLiKER, Virchow's Arch., Bd X, i856, p. 235 et Guttmann, Berliner klin. Wochenschr.y 1866, no 5-8.
(3) PaEvosT, Arch. de physiol. norm, et path,, 1880, t. VÏI, p. 40.