‹ Traité de toxicologieChapitre 90 sur 126 · SOLANUM · texte numérisé non relu

SOLANUM

Donnée à la dose de Ogr.2 à OgT.4, elle provoque chez l'homme des phénomènes d'intoxication légère. U empoisonnement par la Solanine se manifeste chez les animaux par : tremblements musculaires, vomissements, hématurie, abaissement de la température, paralysie du centre respiratoire et accélération du pouls, les pupilles restant normales. La mort est causée par l'asphyxie. La Solanidine provoque chez les animaux : élévation de température, paralysie descendante d'origine centrale (le centre respiratoire est paralysé lui aussi), paralysie des ganglions cardiaques (1), mydriase chez les lapins et convulsions. Les animaux nourris avec des pommes de terre en germination deviennent amaigris et cachectiques. Apparaissent en outre : paralysie des extrémités, du rectum, de la vessie et de la paupière supérieure, opacités et ulcères de la cornée.

Les lésions trouvées à Tautopsie sont essentiellement identiques avec celles causées par les sapotoxines.

Les vomissements, la diarrhée et la céphalée sont fréquents chez les hommes empoisonnés par la solanine ou des plantes la contenant, par exemple, pommes de terre non-mûres. Apparaissent en outre : sensation de constriction, raideur de la langue, yeux hagards, gastralgies, vertiges, adynamie générale, sensation d'angoisse, mydriase ou myosis, pesanteur aux yeux, troubles visuels, pouls lent ou intermittent — il peut aussi demeurer normal (2), — sueurs froides, pâleur de la face, tremblements et tressautements des membres, troubles du langage hallucinations et perte de connaissance. Le rétablissement ne se fait que lentement ; par çxemple, il n'était complet qu'après quatre à huit jours chez cent soldats ayant mangé des excroissances de pommes de terre anciennes. On ne peut rapporter l'intoxication d'une façon absolument certaine et exclusivement à une proportion exagérée de solanine dans les pommes de terre insuffisamment mûres ou vieillies et pourvues d'excroissances, ou anormales pour toute autre cause. Peut-être des produits de décomposition de nature albuminoîde jouent-ils encore ici un rôle plus ou moins important.

(i) Perles, Arch. f, exp. Path. u. Pharm., Bd XXVI, p. 88. (2) BouRNEviLLE, Gaz . des. hép., 4864, p. 35.

Becherche. — Si Ton a recours au procédé de Stas-Otto, la solanine, dans la majorité des cas, se transformera probablement en solanidine qui est enlevée à ses solutions alcalines par Téther et qui se colore en violet par l'acide sulfurique concentré. La solanine n'est pas extraite de sa solution alcaline par l'éther, mais par l'alcool amylique. Chauffée en présence de l'alcool et de l'acide sulfurique, elle se colore en rouge; le séléniate de soude et l'acide sulfurique la colorent en violet ; le vanadate d'ammonium et l'acide sulfurique, en rouge. La solanine et la solanidine se prennent en gelée après dissolution à chaud dans l'alcool amylique. On peut aussi faire l'analyse quantitative exacte de la solanine dans les pommes de terre, etc. (1).

Solarium pseudocapsicum (L.). — Un enfant en ayant mangé trois à quatre fragments, fut atteint de : nausées, coliques, somnolence et mydriase. Chez un autre, les convulsions ne sont survenues qu'après quelques heures. Le S. paniculatuni (L.) (Jurubéba) contiendrait un alcaloïde. Les extraits de la drogue abolissent, chez les animaux à sang chaud et à sang froid, l'excitabilité réflexe et rendent les battements cardiaques lents et irréguliers. Le 5. Carolinense (L.) contient le poison dans l'écorce de la racine ; il peut provoquer chez les chevaux et les vaches des empoisonnements graves et chez l'homme, de la somnolence. Le -S', esuriale (Lindl.) a provoqué des intoxications dans la Nouvelle Galles du Sud.

CAPSICtiM ANNUUM (L.). — Les fruits de piment, poivre (TEspagne, poivre long, poivre de Cayenne, poivre d'Inde, poivre rouge {Paprika) contiennent le capsicol liquide dont on a isolé la CAPSiciNE cristalline. Le capsicol provoque sur la peau et les muqueuses : rougeur, brûlure et inflammation. A part les vomissements, les chiens supportent bien jusqu'à 50 gr. de poivre long, mais le capsicol introduit dans. l'estomac à la dose de 1 ce, provoque : tremblements passagers, frisson et un état semi-somnolent (2). Donné à doses élevées, le capsicum provoque ches

(1) G. Meyer, /. e.

(2) HôGYES. Arch. f, exp, Path, u. Pharm,, Bd IX, p. 423,

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rhomme : renvois, sensation de brûlure à la bouche et au pharynx, envies de vomir, coliques et diarrhée. L'intoxication pourrait même se terminer par la mort.

Withania somnifera (Dun.). La plante contient un alcaloïde narcotique dont l'application locale n'est pas suivie de mydriase. Dans un cas d'empoisonnement par les semences on a observé : vomissements, anesthésie, perte de connaissance, mydriase, et secousses tétaniques de portions localisées du corps.

NICOTIANA TABACUM (L). — La production totale de tabac sur la terre est évaluée à plus de 1300 millions de kilogr. La nicotine (G*^H**Az*), isomère avec les deux hexahydrodipyridilènes connues, est contenue dans le tabac, suivant sa provenance, au taux de 0,5 à 8 p. 100 : c'est le tabac de peu de valeur qui est le plus riche en nicotine, tandis que le tabac de la Havane en contient le moins. Elle se présente sous forme d'un liquide volatil prenant graduellement à l'air une coloration brun-rougeâtre, miscible à l'eau, l'alcool et l'éther; elle est dextrogyre. C'est la nicotine qui serait la seule partie constituante toxique de la fumée de tabac. Le cigare en brûlant ne détruit que très peu de nicotine (1). L'essence de tabac est non toxique (2).

Les empoisonnements aigus ont été causés par : a) nicotine pure : homicide (3) ou suicide (4) ou encore, comme je l'ai observé chez un chimiste, solution de nicotine répandue sur les vêtements qui ont mouillé la peau ; h) tabac fumé k l'excès, pari à qui fumera le plus ; c) tabac : ingéré à dessein (.5) ou tombé par hasard dans les aliments ou les boissons (6) ou enroulé autour du corps nu par des contrebandiers (7), emploi thérapeutique

{{) KissLiNG, Chemiker-Zeitung, 4883.

(2) ScHMiEDEBERO, GruTidz. rf. Arsueimittellehre^ 4895, p. 400.

(3) Annales d*hygiène,i^^i y p. 467.

(4) FoNssAGRiVES Cl Bernou, An, d'hyg,, 2e série, t.XV, p. 404.

(5) Skae, Med, Centralzeit,, 4856, p. 94.

(6) Barkhausen, Preus, Vereinszeit., 4836, n^ 7.

(7) Namias, Gaz. des hôp,, 4864, p. 336;— Hildebrand, Hi^land's Journal, 4804, p. 457.

(infusions de tabac en lavement (1), décoction pour compresses contre la gale et tabac en poudre contre le favus) ; d) jus qui s'accumule dans les pipes : soit versé par bravade dans l'eau-devie (2), soit employé pour l'usag-e externe (frictions) contre la . gale et d'autres affections cutanées ou pour Tusage interne comme ténifuge (3); enfin e) tabac à chiquer ou à priser pris ou administré à autrui à doses par trop élevées (4). Des raisins aspergés d'une préparation de tabac pour détruire les insectes et ingérés six semaines plus tard, auraient provoqué chez l'homme des vomissements et de la syncope.

L'intoxication chronique est causée, dans la majorité des cas, par le tabac fumé ou chiqué à l'excès.

La valeur de la dose toxique et léthale dépend, entre autres, de l'accoutumance du sujet au tabac. L'opinion d'après laquelle l'accoutumance à ce poison ne consisterait que dans la capacité de l'organisme de produire une antitoxine, est dénuée de tout fondement. V accoutumance n'est autre chose que Vadaptation des organes atteints par les poisons. En élevant graduellement, chez les animaux, les doses de nicotine administrées, on a réussi aussi à provoquer chez eux une certaine tolérance envers cet alcaloïde. La nicotine tue les grenouilles à la dose de un quart de goutte, les chiens à la dose de I à II gouttes. Grâce à l'accoutumance, les animaux finissent par en supporter II à III gouttes. Il gouttes de nicotine suffisent déjà pour provoquer chez Thomme des phénomènes d'empoisonnement. La mort fut amenée par 30 gr. de tabac découpé et 4 à 12 gr. de tabac pris en décoction, Tempoisonnement fut provoqué par 2 gr. et la guérison fut obtenue après un lavement avec 15 gr. de feuilles de tabac. Un grand fumeur mourut après avoir, en travaillant et en se nourrissant mal, fumé, pendant douze heures environ, quarante cigarettes et quatorze gros cigares. Pris à l'intérieur, le jus de tabac des pipes amènerait la mort à la dose de 30 gr., et le tabac à priser, à la

(1) Krauss, WiHHiemb, CorrespondenzbL, Bd X, p. 82.

(2) SoNNENSGHEiN, Gei\ Chemte, 18(59, p. 200.

(3) Wëstrumb, Rusrx Magas., Bd XUI, H. 3.

(4) Reil, Journ. /*. Pharmakod., Bd II, 1860. p. 249.

NICOTÎANA TABACUM 767.

dose de 2 gr. Un enfant de deux ans ayant sucé la pipe de son père, mourut après quelques heures.

Les phénomènes d'intoxication par la nicotine se manifestent quelques minutes après l'absorption du poison, la mort survient dans l'espace de trois à cinq minutes à la suite de la nicotine pure et dans l'espace de trois quarts d'heure à sept heures à la suite du tabac et de ses préparations. L'alcaloïde est absorbé par les muqueuses, l'absorption s'effectue plus rapidement par l'intestin que par le tissu cellulaire sous-cutané. L'urine en élimine peu. Mise en contact direct avec les globules sanguins rouges, la nicotine les dissout ; elle cautérise les muqueuses. Le labac à priser projeté par l'orifice de la trompe d'Eustache dans la caisse du tympan quand l'éternuement a lieu la bouche fermée, provoque une otite moyenne grave. Les battements cardiaques sont secondairement (paralysie du pneumogastrique) accélérés, deviennent irréguliers, intermittents et finissent par s'arnHer (paralysie du cœur lui-même). Le spasme des vaisseaux et l'élévation de la pression sanguine sont dus à l'excitation du centre vasomoteur. La respiration, accélérée d'abord, finit par se ralentir. Les mouvements péristaltiques de l'intestin sont activés, peut-être par suite de la paralysie des nerfs inhibitoires des mouvements intestinaux. L'élévation de la pression sanguine s'accompagne, dans la majorité des cas, de tétanos intestinal et de contractions utérines. Le myosis est constant à la suite de l'application locale de la nicotine, et fréquent après son administration à l'intérieur. Donnée à une dose supérieure à Ogr.0055, la nicotine annihile chez les lapins l'action centrale (au delà du ganglion) de l'oculomoteur commun sur la pupille. Survient ensuite la paralysie du ganglion cervical supérieur, plus tard celle des terminaisons de l'oculomoteur commun, de l'oculomoteur externe et du pathétique dans les muscles externes des yeux, et enfin celle des terminaisons intramusculaires du trijumeau et du facial (1). Chez les animaux à sang chaud et à sang froid, on a observé des secousses fibrillaires cl des convulsions qui cèdent plus tard à la paralysie des ter-

(1) Langley and Anderson, The Journ, of PhysioL, XÏII, p. 460.

minaisons nerveuses intramusculaires. La mort est due à la paralysie du centre respiratoire.

Empoisonnement aigu par la nicotine ou les préparations contenant de la nicotine. — Il peut se manifester chez rhomme par : sensation de brûlure et de raclement à la gorge, même après usage externe, ptyalisrae, nausées, vertiges, céphalée, tremblements, vomissements, de temps en temps affaissement brusque, ainsi que pâleur de la face et décomposition des traits. Les yeux sont entourés de cercles bleuâtres, la peau est froide et couverte de sueurs ; les pupilles, rétrécies le plus souvent, sont exceptionnellement extrêmement dilatées. Le lavement au tabac fut une fois suivi de troubles visuels allant jusqu'à cécité complèle pendant quatre heures, avec mydriase et anesthésie de la conjonctive. Surviennent en outre: faiblesse, respiration laborieuse, irrégulière (aux points de vue de la fréquence et de Tamplitude), parfois stertoreuse, air expiré et sueurs dégageant Todeur du tabac, affaiblissement de l'énergie cardiaque, battements irréguliers, petitesse du pouls, angoisse, lipothymies, gastralgies, ainsi que douleurs abdominales lancinantes exacerbées par le contact, de temps en temps selles aqueuses ou sanguinolentes ainsi que dysurie; faiblesse musculaire ressemblant à des paralysies (du reste, les muscles peuvent aussi être complètement soustraits à la volonté). Dans un cas terminé par la mort, les jambes étaient courbées et tordues. Il peut y avoir troubles du langage et de la conscience. Peuvent s'y associer encore : délires, tremblements et convulsions, et la mort par arrêt de la respiration peut survenir les pupilles étant dilatées. Un lavement de tabac fut immédiatement suivi, chez un homme, de perte de connaissance et délire. Si l'empoisonnement se termine par la guérison, quelques symptômes morbides persistent souvent, par exemple : faiblesse, tremblements, raucité et, surtout, arythmie cardiaque.

A Fautopsie des sujets morts peu de temps après rerapoisonnement, les cavités naturelles dégagent l'odeur du tabac. On a trouvé parfois : muqueuse stomacale ecchymosée, intestin grêle et gros intestin contractures tétaniquement, leur muqueuse couverte de mucosités sanguinolentes et les glandes intestinales

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hypertrophiées. Mais parfois on ne découvre rien dans le tractus intestinal, surtout si le tabac était employé pour l'usage externe. Intoxication chronique par la nicotine. — L'intoxication chronique par la nicotine dont le dang-er, quant au tabac à fumer, va en décroissant des cigarettes, aux cigares, aux pipes et aux narguilehs, provient aussi de l'habitude de chiquer ou de priser le tabac et se manifeste chez les sujets occupés dans les manufactures de tabac (1) ou séjournant habituellement dans des localités remplies de fumée de tabac qui se trouve aussi mélangée à une certaine quantité d'oxyde de carbone. Le nicotinisme chronique ne survient, dans la majorité des cas, qu'après une dizaine d'années d'abus de tabac. S'il y a accoutumance au poison, il n'existe point d'immunité envers lui. On a observé les symptômes que voici : pharyngite chronique, leucoplasie buccale, rhinite et laryngite, gastralgies et, dans des cas isolés, aussi troubles dyspeptiques et asthmatiques avec battements cardiaques faibles, intermittents (2), ou angine de poitrine (cette dernière aussi à la suite du séjour dans des chambres remplies de fumée), palpitations et d'autres phénomènes morbides constituant ce que les Anglais appellent « weakened heart ». La nicotine est peutêtre la cause la plus importante de quelques troubles cardiaques. Surviennent en outre : angoisse précordiale, tressautements musculaires et rachialgie, de même que parfois sensation de raideur et d'incertitude dans les mouvements (3), convulsions épileptoïdes ou lipothymies. Apparaissent quelquefois : amaigrissement, atrophie de la puissance génératrice et u}ème anaphrodisie et impuissance, faiblesse des sphincters ressemblant à des paralysies. Il est avéré que les ouvriers occupés, dans les manufactures de tabac, mais aussi les individus fumant à l'excès, sont atteints de : bronchite, laryngite et emphysème pulmonaire. Partout où existe une prédisposition aux dégénérescences caséeuses du poumon, celles-ci ne tarderont pas à se produire.

{{) ChapmaNj Virgin, med. Monthly, nov. 4891, p. 638 (Intoxication par la fumée de tabac),

(2) Décaisse, C. H, d. VAç. d. Se, 1864, t. LVni, p. 1017.

(3) RicHTER, Arch, /*. Psychiatrie^ Bd X, H. 1.

Toxicologie. 49

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Très fréquents sont les troubles visuels, comme, par exemple, scintillements, pesanteur aux yeux, vision voilée et amblyopie. L'affection peut être uni- ou bi-latérale. Il s'agit, dans la plupart des cas, d'un scotome central pour le rouge et le vert, plus rarement d'un scotome moins accusé pour le bleu, ainsi que de petites pertes du champ visuel central et de rétrécissement périphérique. La cécité ne survient que rarement. L'acuité visuelle ne tombe pas, dans la majorité des cas, au-dessous de 6/200. L'ophthalmoscope laisse apercevoir la région temporale de la papille présentant une coloration lactescente atrophique et des vaisseaux amincis. S'observent plus rarement : dureté de l'ouïe, affaiblissement de la mémoire, humeur larmoyante, capricieuse ou peureuse et même illusions, hallucinations de tous les sens, manie, etc., etc. Les psychoses tabagiques surviendraient le plus souvent chez les priseurs et les chiqueurs. On trouve de plus : lourdeur de tête, vertiges, céphalée, névralgies et angoisse précordiale. La mort peut être subite.

Autopsie. — Sont sans valeur aucune au point de vue du diagnostic : anémie cérébrale, vaisseaux delà pie-mère à demi remplis et flaccidité du cœur qui ne contient pas de caillots. Chez un garçon qui, à force d'avoir fumé énormément de cigarettes, fut atteint de vomissements, perdit connaissance, présenta des troubles cardiaques et mourut après six heures environ, on trouva : ventricules cérébraux remplis de sang coagulé, ventricule gauche hypertrophié et lésion aortique. Dans ce cas, soit le tabac fumé, soit les vomissements n'étaient que des causes occasionnelles de l'hémorrhagie cérébrale.

Recherche. — On utilisera dans ce but : sang, urine, salive, estomac, intestin avec contenu, ainsi que foie. La nicotine est enlevée à sa solution alcaline par l'éther. L'éther chassé (pour déshydrater on peut l'additionner d'un peu de chlorure de calcium fondu), la nicotine apparaît sous forme d'un liquide huileux. La nicotine est aussi obtenue en faisant évaporer l'éther de pétrole ayant servi à épuiser une solution ammoniacale, ainsi qu'en soumettant les objets à examiner à la distillation en présence de la lessive potassique. L'iode et la nicotine dissous dans l'éther fournissent une masse oléagineuse, d'où cristallisent petit à

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petit des aiguilles rouge-rubis, d'un bleu-foncé chatoyant à la lumière réfléchie (cristaux de Roussin). La nicotine fût retirée des poumons et du foie d'un homme ayant prisé du tabac pendant des années. Les poils des feuilles de tabac ne sont pas suffisamment caractéristiques pour permettre de faire le diag^nostic. Les expériences sur les grenouilles sont absolument indispensables pour tirer une conclusion médico-légale. Presque immédiatement après l'injection d'une minime quantité de nicotine, la grenouille rabat en arrière les extrémités antérieures et les applique contre les parois latérales de l'abdomen ; les cuisses sont à angle droit avec l'axe longitudinal de l'animal et les jambes sont en flexion complète, de sorte que les tarses se mettent en contact sur le bassin (1). On fera aussi attention aux secousses fibrillaires des muscles.

Traitement. — Evacuation et lavages de Testomac et de l'inlestin, le cas échéant, avec une grande quantité de teinture de noix de galles diluée ou la solution de Lugol (Ogr.5 p. 500 gr. d'eau), — les vomitifs (apomorphine en injection sous-cutanée) présentent dans ce cas un certain danger à cause des variations de la pression sanguine, — lait tiède, compresses chaudes sur le ventre, boissons alcooliques, teinture d'opium. On considère la morphine comme antagoniste de la nicotine (2). Les inhalations de nitrile d'amyle seront prescrites pour combattre le spasme des vaisseaux. Quant à l'intoxication chronique par la nicotine, on commencera par proscrire le tabac à fumer ou la chique et on prescrira l'hydrothérapie et l'électrothérapie. L'iodure de potassium activerait l'élimination du poison. La pilocarpine en injections sous-cutanées s'est montrée utile contre les troubles visuels. L'amélioration de l'acuité visuelle peut être déterminée à l'aide de l'optomètre (3). Au point de vue prophylactique, la loi devrait défendre de vendre du tabac à des adolescents audessous de quinze ans et les écoliers ne devraient pas avoir la permission de fumer. Les enfants ne devraient même pas inhaler la fumée de tabac.

(i) Van Praao, Arch. f. path. Anat., 1855, Bd VIII, p. 56.

(2) BoNAccoRsi, Pharm. Joum. a, Transact.^ 30 juin 1883.

(3) CouRssERANT, Gaz. des hôp., 1885, n® 20.

Le Nicoliana stiaveolens (Lehm.) est vénéneux à cause d*un alcaloïde dont Taciion est analogue à celle de la nicotine. On a noté en Australie la cécité chez 25 p. 100 de chevaux rayant ingéré; l'amblyopie était encore plus répandue parmi eux. L'afFection débute par Théméralopie. L'affection reste stalionnaire si on déplace les animaux.

[La famille des Solanacées intéresse le médecin à bien des points de vue; c'est qu'en effet, Thyg^iène alimentaire et la thérapeutique lui font de larges emprunts : d'un autre côté» la toxicologie relève d'assez nombreux cas d'intoxication produits par des plantes de cette famille. La toxicité de bon nombre de Solanacées se manifeste par une action élective sur le système nerveux et celle toxicité se révèle, la plupart du temps, à des doses extrêmement faibles. On a pu, isç'râce à des propriétés physiologiques différentes, établir dans celle famille divers types de toxicité : !• Le type atrofa (jusquiame, belladone, dalura), à action stupéfiante et non pas narcotique. — 2® Le type nicotiana, à action plutôt en rapport avec les poisons jadis appelés narcotico-âcres et dont la vératrine peut être regardée comme le principal représentant. — 3** Le type strtcilnos convulsivant ou curarisant.

Les principes immédiats toxiques peuvent se rencontrer dans toutes les parties de ces plantes: la richesse de ces parties en principes actifs est variable suivant l'âge de la plante ou son degré de maturité; enfin la quantité de principes actifs qu'on peut recueillir varie avec la portion de la plante qui la fournil: en effet, les racines, les tiges, les feuilles, les fleurs, les fruits, les semences et même diverses parties de ces organes ou de ces produits en renferment des proportions fort différentes.

Les racines ou les tiges souterraines sont, de tous les organes végétaux, ceux qui généralement sont le plus riches en principes actifs et, de fait, les racines de belladone, de scopolia, de jusquiame, de mandragore, de nicotiane sont toxiques. Par contre, les tubercules féculents du Solanum tuherosum et ceux du Solanum hulbocastanum jouissent de propriétés alimentaires extrêmement appréciées, mais il ne faut pas perdre de vue qu'ils peuvent être toxiques au moment de la germination, c'est-à-dire à une époque où ils peuvent renfermer dans leur tissu de la solanine. On a môme cherché jadis à utiliser les propriétés irritantes des pommes de terre germées en prescrivant leur pulpe sous forme de cataplasme. Les racines du Solanum trilobatum dans l'Inde, celles du Solanum sodomeum, au Gap, sont utilisées à titre d'amer comme succédanés du Colombo. On a vanté comme diurétiques les racines du Solanum mammosum; enfin, à Madagascar, celles du Solanum undatum sont regardées comme fébrifuges.

Les feuilles de belladone, de scopolie, de jusquiame, de datura sont toujours plus ou moins toxiques. Les feuilles jeunes ou mieux encore les jeunes pousses

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de morelles sont utilisées, pour Talimentation, à Saint-Domin|ecue, à Tllc-de- France et jusque dans le midi de la France. Les feuilles jeunes du Solanum oleraceurriy originaire dos Antilles, et celles du Solanum sessifolinm du Brésil sont comestibles, lorsqu'elles ont été soumises à la cuisson. Les tiges de la douce amère passent pour dépuratives, celles du Solanum pseudoquina d\i Brésil, du Bellonia aspera des Antilles sont fébrifuges. Pour les autres espèces, les propriétés des tiges sont en rapport avec celles qu'offrent les feuilles ou les racines.

Les fruits du Solanum esculentum, du Sola7ium lycopersicum, du Solarium edule sont comestibles lorsqu'ils sont milrs ; mais, à l'état vert, ils peuvent renfermer des proportions variables de Sola^iine et, par suite, devenir la cause d'accidents plus ou moins graves. Les baies d'alkekenge, à la fois condiment et purgatif léger, ont vu le calice persistant qui les enveloppe vanté comme fébrifuge; les fruits du Physalis pubescens sont comestibles. Les fruits de belladone, de scopolie, de mandragore, de datura, du Cestrum vencnosum du Gap, du Solanum mammosiim, des Solanum fuscatum et Carolinense de l'Amérique septentrionale, du Solanum acanthifoUum des Antilles et ceux de morelle et de douce-amère ont une action toxique plus ou moins violente, manifeste surtout sur les centres nerveux. Les fruits des divers Capsicum ont des propriétés différentes : on les utilise comme irritants. Les semences provenant de plantes toxiques sont toujours toxiques.

Les premiers essais d'extraction des principes actifs renfermés dans les Solanacées remontent à 1818. A cette époque, Brandes retira du datura, de la bella" done et de la jusquiame trois substances qu'il nomma respectivement daturin, atropin, hyosciamin. En 1832, Mein en Allemagne et Sims aux Etats-Unis signalèrent dans la belladone une substance présentant tous les caractères d'un alcaloïde et qu'ils nommèrent Atropine. Depuis cette époque, Geiger et Hesse, Otto, Baumann, Planta, Kraut et Lossen, Ladenburg, Merling, WillstvBtter ont multiplié leurs études sur les propriétés chimiques et physiologiques de ce corps.

La Solanine fut isolée par Desfosses, en 1820, dans la morelle, plus tard dans la douce-amère et les tiges de pommes de terre. En 1825, Payen et Chevallier la retrouvèrent dans le Solanum verhascifoliumy et, en 1834, Otto de Brunswick confirma sa présence dans la pomme de terre. Foderé et Hecht trouvèrent également de la solanine dans les fruits verts de la tomate. Pelletier risola dans ceux du Solanum feroXy Marcano la trouva dans la Pommepoison.

La Nicotine, entrevue par Vauquelin en 1809, fut isolée par Posselt et Rei- MANN, étudiée par Ortigosa, Boutron et Henry, Barral, Melsens, Gahours et Etard.

La Strychnine et la Brucine furent trouvées par Pelletier et Gaventou en 1817 dans la noix vomique, recherchées dans le curare par les mêmes savants, et plus tard par Boussingault et Roulin, Pelletier et Petroz. En 1865 Preyer isola la Curarine du curare.

Je crois qu'il est nécessaire d'entrer dans quelques détails sur les alcaloïdes renfermés dans les solanacées proprement dites ; ces détails sont utiles parce que ces alcaloïdes sont des substances fort importantes, aux points de vue pharmacologique et toxicolog'ique, et.parce que la question a été suffisamment embrouillée pour qu'il soit nécessaire de la remettre au point. Quelques mots sur la constitution chimique de ces alcaloïdes permettront de voir comment cette question peut être élucidée et comment il est possible de l'envisager à l'heure actuelle. Je laisse de côté la strychnine, la solanine et la nicotine, qui ne sont pas comparables à l'atropine, et je ne parlerai que des alcaloïdes renfermés dans les belladone, datura, jusquiame, mandragore, scopolia et duboisia.

Les plantes sauvages sont toujours plus riches, en principes actifs que les plantes cultivées. Pour la belladone, notamment, on constate que la richesse en alcaloïdes est variable suivant l'âge de la plante, le climat sous lequel elle s'est développée et l'époque où elle a été récoltée. Gerrard a dressé le tableau suivant, de la teneur différente en principes actifs de la plante sauvage et de la plante cultivée ainsi que des diverses parties de ces plantes.

QUANTITÉ p. iOO d'alcaloïdes

Belladone

Sauvage Cultivée

Racines 0,45 0,35

Tiges 0,li 0,07

Feuilles 0,58 0,40

Fruits 0,34 0,20

La racine de belladone s'appauvrit en principes actifs à mesure qu'elle vieillit. Une racine âgée de deux ans est plus riche en atropine que les feuilles du même âge, mais à partir de la quatrième année par exemple, la proportion d'atropine décroît chez elle au point de devenir inférieure à celle que renferment les feuilles. Je crois donc qu'il est préférable, dans tous les cas, de s'adresser aux feuilles dont la richesse en atropine est sensiblement constante et représente environ 4 à 4,5 p. iOOO de leur poids. Toutes les autres espèces énumérées renferment des substances alcaloïdiques et c'est ici que se montre surtout l'inconvénient que présente la multiplicité des dénominations. Suivant que ces alcaloïdes ont été retirés de la belladone, de la jusquiame, du daf ura, du duboisia, du scopolia on les a appelés : atropine, hyosciamine, daturine, duboisine, scopolamine.

Ces noms seraient excellents s'ils représentaient des individualités diflFérentes; malheureusement il n'en est rien et, presque toujours, ils s'appliquent à des mélanges, en proportion plus ou moins définie, de dififérentes substances, devenues la source de discussions dont la multiplicité n'exclut pas la confusion. Je ne saurais trop insister sur le danger que présente l'emploi de ces mélanges, non seulement parce que leur étude est encore incomplète, mais en outre parce

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qu'ils renferment certainement, à côté de corps connus, des substances encore indéterminées dont l'action physiolojçique, l'activité sont loin d'être nettement établies.

Il se peut que les alcaloïdes constituant ces mélanges ne diffèrent que par la seule isomérie physique : dès lors leur action physiologique pourrait -être, sinon différente, au moins variable par l'intensité. Je ne vois pas la nécessité de revêtir de noms très différents des substances au moins extrêmement voisines les unes des autres ; les divers aconits renferment des produits actifs à constitution chimique très rapprochée, or je ne sache pas qu'il ait été nécessaire, pour leur étude, de les désigner par des noms différents. Cette isomérie physique a été démontrée pour les plus importants des alcaloïdes fournis par lessolanées.

L'atropine ordinaire, que le commerce fournit en cristaux aciculaires, est un mélange d'Atropine inactive sur la lumière polarisée et d*Hyosciamine lévogyre. Ladenburg a émis l'hypothèse que cette atrppine présentait avec Thyos* ciamine une isomérie physique, analogue à celle qui existe entre l'acide tartrique racémique et l'acide tartrique gauche. C'est ainsi quel'hyosciamine donne de l'atropine lorsqu'on vient à la chauffer en tubes capillaires à une température de lOOo-iiO^ou lorsqu'on la soumet, en solution alcoolique à 10 p. 100, à l'action d'une lessive de soude.

Mais la meilleure étude, au point de vue pharmacologique, qui ait été encore faite jusqu'à présent sur les alcaloïdes des solanées est due à J. Regnauld. En tenant compte de l'action physiologique, de la composition chimique et des réactions fournies par l'hyosciamine, il arriva à constater que cet alcaloïde présente les plus étroites analogies avec l'atropine, et il proposa de substituer à ce nom d'hyosciamine celui d'AxROPiDiNEqui fait mieux voir quels liens de parenté unissent ces deux corps : il se basait sur ce qui avait été fait pour la quinidinc isomère de la quinine et pour la cinchonidine isomère de la cinchonine.

L'action physiologique de V Atropine et deVAtropidineesi identique à l'intensité près, qu'il s'agisse de l'action de ces substances sur les centres nerveux, sur le pneumogastrique, sur les fibres sécrétoires de la corde du tympan, ou sur la pupille. L'atropidine est plus active que l'atropine, c'est-à-dire qu'une proportion plus faible de cette substance déterminera l'apparition de phénomènes qu'une dose plus élevée d'atropine pourrait produire.

Regnauld a démontré que ces deux produits seuls étaient nettement définis et qu'il était possible de les séparer l'un de l'autre, en mettant à profit des propriétés différentes de leurs chloraurates. Celui d'atropine se présente sous forme de cristaux blancs, ternes, fusibles à 139*»-140^, liquéfiables dans l'eau à 100°. Le chloraurate d'atropidine, par contre, est constitué par des cristaux jaunes, brillants, fusibles entre ISO»* et l60^ V Atropine fond à 114°; elle est inactive sur la lumière polarisée. VAtropidine fond à 109<>; elle dévie à gauche le plan de la lumière polarisée. La belladone en renferme plus que la jusquiame. L'atropine du Codex renferme deux tiers d'atropidine et fond à 104<»-105° comme le produit artificiel qu'on peut réaliser en mélangeant les deux corps

dans les proportions ci-dessus. Tous les deux répondent à la même formule (]l7Hâ3Az03 et tous deux se dédoublent, par fixation d'eau, en tropine et acide tropique.

Gi7H*3Az03 + H20 = G8H*5AzO + G^HtoQ^

On peut dès lors comprendre comment Tatropidine combinée ou mélang-écà des proportions variables d'atropine peut former de la daturine, de l'hyosciamine, de la duboisine, de la mandra^orine, de la scopolamine, etc.

Une dernière preuve de l'identité presque absolue de ces deux corps, atropine et atropidine, est fournie par ce fait que les deux substances, traitées par l'acide sulfurique, donnent le même sulfate. Hegnauld a en effet démontré que leur forme cristalline est identique et que tous deux fondent à la même température de 184". Au point de vue pratique, ce dernier fait a une importance capitale parce qu'il rend comparables toutes les médications réalisées avec le sulfate d'atropine, quelle que soit son orif^ine. Il explique, en même temps, que ron n'ait pas vu se produire, avec des sulfates d'atropine de provenance différente, les irrégularités, les inconstances d'action et même les accidents qui ont été signalés au sujet de l'emploi des iodhydrate, bromhydrate d'hjoscine, de scopolamine, etc.

Malgré les très nombreuses publications parues dans ces dernières années relativement à ces alcaloïdes, leur individualité ne me paraît pas suffisamment démontrée, tant par les données d'ordre purement chimique que par celles d'ordre physiologique, et je crois que les différences de toxicité, ainsi que les différrences d'intensité dans l'action physiologique peuvent s'expliquer, comme pour les digitalines, par le mélange de principes actifs avec des produits inconnus, peut-être des albumoses, que les procédés de purification séparent au fur et à mesure que l'on obtient des alcaloïdes plus purs et mieux définis quant à leur composition chimique. Il est remarquable, en effet, que la toxicité, en d'autres termes l'impressionnabilité des organismes supérieurs à l'influence toxique, est plus considérable avec les produits incomplètement purifiés, c'està-dire se rapprochant davantage de l'état sous lequel ils existent dans la plante même. Ces observations sont également applicables à la solanine et aux plantes qui sont capables d'en fournir.

J'ai insisté à dessein sur les propriétés de ces deux corps, atropine et atropidine, car, à l'heure actuelle, la littérature médicale est véritablement encombrée de faits touchant ces substances, ce qu'on aurait pu éviter en suivant le judicieux avis de Regnauld. J'ai fait remarquer que l'atropine gauche ou atropidine était la plus active. Il semblerait même que certains composés ou mélanges encore mal définis, tels que ceux désignés sous les appellations d'hyoscine, de scopolamine, etc., possèdent une activité toxique encore beaucoup plus considérable. Il faut sans doute faire intervenir, pour interpréter ce phénomène, la notion du rapport existant entre la constitution moléculaire des corps et leur action physiologique, notion sur laquelle les toxicologues ont, depuis long-

• SOLANACÉES 777

temps et par de nombreux exemples, appelé l'attention. G est ainsi que Je phosphore roug-e n'est pas toxique alors que le phosphore blanc est doué de propriétés énergiques : ce fait, il est vrai, n'est g-uère susceptible de vérification expérimentale, car nous sommes en présence d'un corps simple, mais des exemples capables d'être expliqués abondent dans le domaine des composés organiques.

Lorsqu'on vient par exemple à faire passer un courant d'acide carbonique dans une solution de phénol sodé, on obtient Vorthoxyhenzoate ou salicylate de soude, doué de propriétés thérapeutiques énerg-iques. Si, par contre, on substitue dans cette préparation la potasse à la soude, on obtient non pas le sel de potasse de l'acide orthoxvbenzoïque, mais le sel de son isomère, l'acide paroxyhenzoïquey absolument dépourvu des propriétés thérapeutiques du sel précédent, et cependant ces deux acides possèdent la même composition ccn^ tésimale, les mêmes fonctions chimiques; seule, une isomérie dite de position les distingue. Gela ne peut donc être que par suite de la modification déterminée par la vibration moléculaire de chacun de ces deux corps que l'un est actif sur les cellules de l'organisme, l'autre, au contraire, inactif. Je pense qu'il sera possible d'interpréter de la môme manière l'action des toxines et des antitoxines, faits qui sont exactement de môme ordre et que Ton ne peut s'empêcher de comparer aux précédents, lorsqu'on voit des quantités impondérables d'une antitoxine suffire pour annuler des quantités à peu près impondérables, bien que beaucoup plus prrandcs, d'une toxine virulente.

J'ai appelé tout à Theure l'attention sur les différences que présentaient, au point de vue physiologique, les combinaisons des deux acides oxybenzoïques; or il est aisé de constater avec quelle facilité on peut former des isomères avec la base provenant du dédoublement de l'atropine. Les recherches de Laden- BURG, notamment (et plus récemment encore, celles de M. Willst.«tter confirmant et précisant davantage les faits), ont démontré que l'atropine pouvait être considérée, en quelque sorte, comme le chef de file d'une classe importante de composés, à fonction chimique bien déterminée, auxquels il a donné le nom de Tropéines. Ges tropéines prennent naissance dans les circonstances suivantes. Une base pyridique hydrog-énée possédant une fonction alcool, base appelée Tropine, perd, en se combinant avec une molécule d'un acide aromatique, les éléments de l'eau et engendre ainsi un éther d'amine-alcool, c'est-à-dire une Tropéine. Nous prendrons comme exemple la formation de l'homatropine :

G8Hi5AzO + G8H«03 = G«6H2iAz03 -f- H^ Tropino Acide Oxytoluiquo Homalropine Eau

L'un des termes constants du dédoublement des tropéines est la base C^H'-^AzO, appelée Tropine, base qui peut elle-même se présenter sous plusieurs modifications isomériques.

Mais ce qui vient encore compliquer la notion d'isomérie des tropéines et, par conséquent, les propriétés physiologiques possibles de ces composés, c'est

que des produits isomériques peuvent être fournis, d'une part par les différents isomères de la base tropine, et d*autre part à Taide des isomères de l'acide qui peut sy combiner. C'est ainsi que trois acides isomères, par exemple, les acides tropique, atrolactique, phényllactique, combinés respectivement à une molécule de tropine, donnent, tous les trois, une tropéine présentant la môme composition centésimale, la même fonction chimique, mais dont les propriétés physiolog'iques doivent être différentes, si je m'en rapporte aux propriétés différentes des deux acides isomères oxybenzoïques.

Je crois donc qu'il est absolument indispensable, pour éviter des accidents analogues à ceux que relatait une communication récente, faite par le D' Valude à la Société de médecine légale, de ne s'adresser, dans la pratique médicale, qu'à V Atropine ou à l'Atropidine, seuls produits absolument définis, et d'éviter ces alcaloïdes d'origine étrangère, presque toujours impurs, et dont l'étude chimique et physiologique est à peine ébauchée.]

SGROFULARIACÉES.

Verbascum Thapsus (L.). — Les semences de bouillon-hlanc ainsi que celles de V, thapsiforme (Schrad), V. phlomoïdes (L.), F. nigrum (L.) et d'autres molènes engourdiraient les poissons.

Le Linaria vulgains (Mill.) est un poison pour les insectes. V Antirrhiniim Orontium (L.) {gorge-de-lion^ muflier) était considéré autrefois comme vénéneux. Les chevaux se montrent particulièrement impressionnables à l'action de cette plante. On voit survenir à sa suite : stupeur, perte du sentiment, accélération du pouls et de la respiration, sueurs et démarche titubante.

Les SGROFULARIÉES provoquent chez le bétail de l'entérite et de l'hématurie. Scrofularia nodosa (L.) détermina chez une vache : faiblesse, tarissement de la sécrétion lactée, démarche vacillante et diarrhée.

GRATIOLA OFFICINALIS (L.) — U herbe au pauvre homme contient les glucosides gratioline et gratiosoline. Administré par la bouche à la dose de 14 gr., l'extrait aqueux de la plante provoque chez les chiens : vomissements, diarrhée, convulsions et la mort (1). L'administration de l'herbe fraîche (I gr.) ou de

(1) Oafila, 7V)j?t^o/.(trad. allem. parKRUpp), Bd II, p. 125.

DIGITALIS PURPUREA 779

son infusion ou de l'extrait en lavement fut suivie ches rhomme de : vomissements, coliques, diarrhée, ainsi que lipothymies et nymphomanie. Ces effets toxiques semblent être attribuables à la g^ratiosoline ; en effet, administrée à la dose de 0gr.l2, elle provoque chez les lapins des troubles cardiaques et respiratoires et, à la dose de Ogr.3 : diarrhée, avortemenl, convulsions et la mort.

Vandellia diffusa (L.) peut provoquer des empoisonnements.

DIGITALIS PURPUREA (L.). — Les empoisonnements par la digitale pourprée (doigtier, gmit de Notre-Dame) ou ses parties constituantes actives ont pour causes : infusions de feuilles à doses par trop élevées (1), ainsi que granules de digitaline d'HoMOLLE (à Ogr.OOl de digitaline) (2), ou teinture de digitale, feuilles prises pour celles d'autres plantes (3), l'extrait ou la teinture de digitale, en outre le suc de digitale employé pour provoquer l'avortement (4), et la digitaline pour suicide ou homicide par empoisonnement (5). L'intoxication chronique par la digitale peut avoir pour origine l'emploi de la plante dans un but thérapeutique ou son usage abusif dans le but d'être réformé du service militaire (6).

La composition chimique des semences diffère de celle des feuilles (7). Les assertions sur les parties constituantes actives sont passablement contradictoires. Voici ce qui semble bien établi : Les feuilles de digitale contiennent un glucoside, la digitoooine : c'est à elle et à d'autres glucosides que la digitale est redevable de son action cardiaque. Elles ne renfermeraient pas de digitoniney ni de digitaline^ ce qui a été contesté dernièrement. Il y a une digitonine cristalline et une autre amorphe. Les semences de digitale^ outre la digitaline^ sont très riches en digitonine et contiennent de petites quantités de digitoxine (0,5 p. 100).

{{) A. M.VRTIN, LUn, méd., 1883, p. 491.

(2) Mawer, Lancet, 1880, v. I, p. 167.

(3) Mazel, Gaz. des hôp., 1864, p. 301.

(4) Gaussé, Canstatt's lahresber,, 1859, Bd V, p. 103.

(5) Tardieu et Roussin, Gaz. des hop., 1864, p. 330.

(6) Kœhnhorn, Vierteljahrschr. f. ger. Med., Bd XXIV, p. 402.

(7) KiLiAM, ^rcy^. d. Pharm., Bd GCXXXUI, 1895, p. 307.

Quant à la digitalêinej son existence est sujette à caution. Jusqu'ici on admettait, d'après Schmiedeberg, la prt^sence dans les feuilles des g-lucosides : digitaline, digitaléine, digitonine agissant à la manière des saponines, et digitoxine qui ne serait pas un glucoside. La digitaline Nativeij.e contient principalement de la digitoxine, tandis que la digitaline du commerce est un mélange de digitaléine, de digitoxine, de digitonine et de produits de décomposition.

Malgré les objections présentées, il est vrai que la digitale sauvage est plus riche en parties constituantes actives que la digitale cultivée, et que les feuilles de digitale conservées longtemps sont moins efficaces que les feuilles fraîches. Les sujets atteints d affections rénales seraient prédisposés à être intoxiqués par elles, peut-être à cause de l'élimination entravée..

La digitaline allemande ou la digitaline Nativelle peut provoquer des phénomènes d'empoisonnement h la dose de Ogr.OOH à Ogr.005, la digitaline HomoUe, à la dose de Ogr.006. Mais la guérison peut encore être obtenue après 0gr.0o6 de celle-ci. IVise par KoppE k la dose de Ogr.002, la digitoxine a provoqué un empoisonnement (i); elle tue les chiens à la dose de 0gr.(K)8. I^ digitaléine, à la dose de Ogr. 00025 à Ogr.OOl *, provoque chez les grenouilles l'arrêt du cœur en systole. Deux infusions de feuilles de digitale, à Sgr.o, prises en deux heures, ont amené la mort; mais, d'autre part, la guérison fut obtenue après 45 gr. de digitale en infusion. De même aussi la mort est survenue à la suite de 2gr.4 de digitale en poudre^ et la guérison eut lieu après 4 gr. Tandis que, dans des cas isolés, la vie fut sauvée après 50 et même 100 gr. (2) de teinture de digitale^ l'issue fatale fut observée déjà après 30 gr. environ (3) de cette dernière et après Igr.2 d'extrait de digitale. Les vomissement précoces rendent vraisem-

(1) KoppE, Àrch. /*. exp, Path, u. Pharm., Bd III, p. 274.

(2) JoussET, Gaz. des Hôp., 1876, p. 858.

(3) Rames, Gas. des ffôp.y 1876, p. 756.

' [Je prie le lecteur de vouloir bien se reporter à raddition en petit texte insénfe à la suite de ce chapitre digitale (p. 785) pour comprendre rimportaDcc capitale de la synonymie à ce sujetj.

DIGITALIS PURPUREA 784

blable la terminaison favorable. Les phénomènes d'empoisonnement apparaissent dans l'espace de une à quatre heures, ou seulement après quelques jours, et la mort survient soit après cinq à treize jours, soit brusquement au milieu d'une santé complète (1).

Les parties constituantes de la digitale sont absorbées difficilement par l'estomac et d'une manière non uniforme, par suite de leur solubilité variée. On ne sait rien sur les altérations qu'elles subissent dans l'organisme animal. A ce qu'il paraît, elles ne passent point dans l'urine. L'injection sous-cutanée de digitaline provoque souvent de l'inflammation et de la tuméfaction locales la digitoxine en injection sous-cutanée produit aussi des phlegmons. L'analyse des effets, quantitativement différents, de la digitaline, de la digitaléine et de la digitoxine a fourni les résultats suivants : chez les animaux à sang froid aussi bien que chez ceux à sang chaud, l'élévation de la pression sanguine dans le système artériel est due à l'augmentation de l'amplitude des pulsations cardiaques (2). L'élasticité du myocarde subirait des changements d'après Schmiedeberg. Le ralentissement du pouls est causé par l'excitation du pneumogastrique ; la paralysie du pneumogastrique ou les altérations ultérieures du myocarde peuvent amener l'arrêt du cœur. L'arrêt du cœur en systole est, chez les grenouilles, précédé de mouvements péristaltiques des ventricules. Il est certain à présent que, sous l'influence de la digitale, les vaisseaux se rétrécissent partout dans l'organisme (comme par la digitoxine) ou seulement dans le rayon des nerfs inhibitoires des mouvements intestinaux (comme par la digitaline). La respiration s'affaiblit ; chez les animaux à sang chaud, il peut survenir de la dyspnée. Les vomissements semblent être attribuables à une action locale sur l'estomac. La digiloaine de KiLiANi provoquerait du tétanos chez les grenouilles. Quant aux produits de décomposition des parties constituantes de la digitale, par exemple, cliffitalirésine, toxirèsine^ ils agissent comme convulsivants (3).

(i) JoRET, Arch. génér, de méd., t. XXXIV, p. i05.

(2) Williams, Arch. /*. exp. Path. u. Pharm., Bd XIII, p. 1.

(3) [Voir au sujet de Taction physioloiçique de la Digitale et de ses principes

Il n'y a pas d'accoutumance à la digitale ; elle est, au contraire, douée de la qualité d'accumulation chimique et fonctionnelle si on l'introduit souvent en faibles doses dans l'organisme. Le crapaud jouirait d'immunité envers la digitale.

Les symptômes toxiques chez Thomme peuvent débuter par de la céphalée et du vertige qui s'accuse surtout pendant les mouvements. Les premiers phénomènes sont souvent : envie de vomir et, le cas échéant, vomissements de plusieurs jours de durée, soif et quelquefois douleurs épigastriques intolérables survenant immédiatement ou seulement plus tard. S'y associent: mydriase, aussi sensation de froid, refroidissement des membres couverts de sueurs, coliques avec ou sans évacuation des selles, respiration ralentie, suspirieuse, pouls ralenti et irrégulier, abattement, angoisse précordiale, insomnie, tressautements des muscles, amblyopie, diminution de l'acuité visuelle centrale, scintillements, chloropsie ou xanthopsie, rarement cécité, bourdonnements d'oreilles, névralgies, hoquet persistant, hallucinations, délires, troubles de la miction (besoin impérieux, rétention, miction douloureuse ou involontaire) et, le cas échéant, avortement et métrorrhagies. La conscience est, dans la majorité des cas, conservée longtemps. La mort arrive au milieu de convulsions, soit en dyspnée, souvent dans une tentative de se mettre debout. En cas de guérison, les pulsations augmentent graduellement de fréquence, la dyspnée disparait, mais le rétablissement ne s'effectue que dans l'espace de trois à onze jours. Au cours de la convalescence (comme, du reste, aussi pendant la période d'état) peuvent survenir : éruptions cutanées (érythème, dermatite érisypélatoïde, papules, urticaire), soit aphasie transitoire, soit ruptures vasculaires.

Sur soixante-dix chevaux ayant mangé die la digitale avec du trèfle deux succombèrent après être devenus aveugles, et les autres montrèrent comme symptômes : faiblesse des membres, larmoiement et salivation, soif, diarrhée et pouls intermittent.

L'intoxication chronique consécutive à T usage prolongé de la digitale

actifs : G. Pouchet, article Digitale du Dictionnaire de physiologie de Charles Richct, t. V, p. 1 ; dans lequel j'ai longuement discuté la question de synonymie et les modes d'isolement des principes actifs].

DIGITALIS PURPUREA 783

se manifeste par : amaigrissement rapide, dégoût, anorexie, scintillements, engourdissement, faiblesse des membres, arthralgies (1), parfois aussi diminution de la puissance virile et affaiblissement de la mémoire (2), lipothymies et, à côté des irrégularités du cœur, accès de vertiges (3).

Autopsie. — Les lésions trouvées chez l'homme sont absolument banales. De temps en temps on a noté des phénomènes d'irritation ou d'inflammation stomacale chez l'homme et les animaux.

Recherche. — On recherchera avec soin les parties de la plante dans les matières vomies, ainsi que dans le contenu gastrointestinal. L'examen microscopique permet de découvrir des poils de feuilles pluricellulaires ou céphalophores qui, tout en n'étant pas caractéristiques, sont au moins suspects. Les restes du poison et les autres objets seront, pour l'examen chimique, extraits par l'alcool à 90' chaud. La digitaline qui s'y dissout en profusion doit être soumise ultérieurement à l'épuration. La digitaline française se dissout aussi dans le chloroforme. Si elle est pure, elle se sépare sous forme de granulations. L'acide sulfurique concentré la colore en jaune et cette solution jaune est colorée transitoirement en rouge-violet par l'eau bromée. La digitaline colore en bleu-verdâtre l'acide sulfurique alcoolisé (mélange à parties égales) et le perchlorure de fer. La digitoxine, l'oléandrine, l'adonidine et la sapotoxine, elles aussi, fourniraient cette réaction de Lafon. La solution de sulfate de fer(l ce. d'une solution à 5 p. 100) dans l'acide sulfurique concentré (100 ce.) est recommandée comme réactif pour les principes actifs de la digitale : elle colore en rouge-violet la digitaline (en petite quantité), en rouge ou brun la digitoxine, tandis que la digitonine reste telle quelle. Si un mélange de digitaline et de digitoxine est additionné d'acide acétique glacial contenant du fer (1 gr. sulfate de fer p. 100 ce. d'acide acétique glacial) et si l'on verse dessus, en

(1) Stadion, Prag. Vierteljahrschr., 1862, Bd II, p. 97 el 435.

(2) Bbrg, Wûrtt. CorrespondenzbL, Bd XXXI V, p. 29.

(3) L. Lewin, Nebenwirk, d. Arzneimittel, 1899, p. 557.

couche surnagfeanic, l'acide sulfuriqiie contenant du fer décrit plus haut, au bout de trente minutes, l'acide acétique sera coloré en bleu-indigo (digitoxine) et l'acide sulfurique,en rougeviolet (i). Des fractions de inilligTanime de dig-llaline suffisent pour instituer l'expérience sur une grenouille; injectées sous la peau, elles provoquent : ralentissement des mouvements cardiaques, mouvements péristaltiques des ventricules, arythmie et finalement arrêt du cœur en systole ; chez les animaux à sang chaud, l'arrêt a lieu en diastole.

Traitement. — Enlever le poison, analeptiques, sinapismes contre les douleurs épigastriques, immobilité. En cas de vomissements spontanés opiniâtres (on les combattra à Taide de glace, des eaux gazeuzes ou des opiacés) qui ne permettent pas de nourrir les malades par la bouche, les lavements nutritifs seront prescrits. Le Serpentaria viryinica a été recommandé comme antidote (2).

Le Digilalis nervosa (Steid.), le D. gigantea (Fiscn.), le D. parviflora (Jacq.), le D. ambigua (Mitrr.), le D, eriostachya (Bess ), et d'autres espèces agissent comme le D. piirpiirea^ mais le D. ferriiginea (L.) environ dix fois plus énergiquement (3i. Ce sont les semences qui contiennent le plus de digitaline, viennent ensuite les feuilles, les capsules et les tiges.

Le Pedicularis palustris (L.) possède une saveur brûlante, acre, tue les insectes, et provoquerait de l'hématurie chez les bêles à laine ^t à cornes ainsi que chez d'autres animaux.

Le Rhinanthus Alectorolophiis (VoiAMAi) est un poison pour les insectes. Le Rh. minot* (Ehrh.), le Rh. hirstitus (Lam.), et le i?A. angiistifolius (Gmel.) semblent être non vénéneux pour l'homme et le lapin ( i).

(1) KiLiANi, Arch. d. Pharm , Bd CCXXXIV, 18%.

(2) Adelmann, Bayr. Mcd. Correspondenebl., 1843, p. 330.

(3) GoLDENBERG, (ffiters ûb. Digitalis-Sppcies, Dorpat, 1892.

(4) Lehmann, Arch. f. Hyg., Bd V, p. 124.

biGÎTALlS PORPÙHEA 788

Le Melampyrum silvaticum (L.)et d'autres espèces provoquent l'engourdissement des lapins et des souris nourris par ces plantes. Les semences de M, silvaticum contiennent de la rhinan- THINE toxique. Chez Vhomme'û surviendrait : céphalée et vertige.

[Il y aurait un très g'rand intérêt, axissi bien au point de vue de la physiolog-ie et de la toxicolog^ie qu'à celui de la thérapeutique, à s'entendre pour uniformiser les appellations des principes actifs de la dig^itale. J'ai essavé de faire les premiers pas dans cette voie en rédig-eant l'article Digitale du Dictionnaire de physiologie dont j'utilise ici les passages se rapportant plus particulièrement aux choses intéressant la toxicologie. Cette confusion dans la dénomination de principes d'activité très variable a déjà donné lieu à des accidents fort ' regrettables et il me paraît absolument nécessaire de la faire cesser. J'ai exposé, avec tous les détails circonstanciés, dans l'étude précitée, les arguments qui me paraissent militer en faveur de l'opinion que j'ai adoptée et que j'expose à nouveau ici.

Un certain nombre de principes actifs d'origine végétale, neutres, non azotés, et dont la plupart sont constitués par des glucosides, possèdent, à l'intensité près, sur le cœur des différentes espèces animales, aussi bien à sang chaud qu'à sang froid, une action tellement semblable qu'il est absolument avantageux, au point de vue pharmacodynamique, de grouper leur étude : et en effet l'aclion de chacun d'eux pris isolément peut servir de type pour l'étude de tous les autres. Le myocarde, aussi bien que le système nerveux, système nerveux intrinsèque et système nerveux central, sont également affectés par ces substances dont les principes actifs contenus dans la digitale sont le plus habituellement choisis comme type.

Bien que ces substances aient été, depuis une soixantaine d'années surtout, l'objet d'un nombre considérable de recherches ayant donné lieu à de remarquables travaux, l'étude de leur action physiologique est plus éclaircie aujourd'hui que celle de leur composition chimique; et les physiologistes sont beaucoup plus d'accord lorsqu'il s'agit de reconnaître les effets produits chez l'homme et les animaux par la digitale que ne le sont les chimistes lorsqu'il s'agit de distinguer les principes immédiats tour à tour désignés par l'appellation de Digitaline.

On a donné ce nom à ce que l'on a cru d'abord constituer le principe actif de la digitale. En réalité, les principes actifs contenus dans les diverses variétés de digitale sont assez nombreux ; et il est même difficile, actuellement, de résumer ce sujet d'une façon claire et précise, au milieu du grand nombre de mémoires et de travaux contradictoires auxquels il a donné lieu. Dans ces dernières années, la pureté de la digitaline cristallisée, type Nativelle, a été mise en doute, au moins en Allemagne, et on a tenté de lui substituer, comme seul principe déBni, la Digitoxine, substance encore plus énergiquement active que la digitaline cristallisée de Nativelle, mais aussi inconstante dans ses Toxicologie. 50

78(5 POISONS VÉGÉTAITX

efPets et ne présentant certainement pas des caractères de pureté plus incontestables que ceux du produit isolé par Nativelle.

Qu'il y ait dans la digitale, à côté de la digitaline chloroformique cristallisable, un autre produit encore plus actif et plus toxique sur le cœur et la circulation, cela n'aurait rien d'extraordinaire ; mais la digitaline cristallisée française n'en constitue pas moins un produit nettement défini, constamment identique et actif, lorsqu'on a pris soin de le préparer par des procédés convenables et de le purifier exactement.

C'est à lui que j'accorderai la plus grande importance. Elle me parait justifiée, tant par sa prédominance au point de vue de l'action toxique et thérapeutique, que par les belles et intéressantes recherches de phvsiologie qu'il a inspirées à François-Franck.

La digitale sauvage est beaucoup plus active que celle cultivée dans les jardins; mais le terrain, le climat, c'est-à-dire l'humidité, la température, l'exposition à la lumière, les variations atmosphériques, et, probablement, d'autres circonstances encore inconnues* exercent une action prépondérante sur la synthèse des principes toxiques. Ces considérations sont des plus importantes au point de vue des applications à la thérapeutique. Ainsi, comme le fait remarquer HucHARD, à Edimbourg, la dose usuelle de 15 grammes de feuilles en infusion est bien tolérée, tandis qu'à Londres on observe des troubles gastriques avec les quantités beaucoup moindres, quoique très élevées encore, de 4 à 8 grammes.

La variabilité de composition de la digital^ est extrême : l'infusion ou la macération de poudre de feuilles peut donner des effets médicamenteux depuis la dose de 25 à «HO centigrammes ; et on a pu employer, en Roumanie notamment, jusqu'à 12 et 15 grammes de poudre de feuilles sans avoir d'effets toxiques. La digitale des Vosges, récoltée dans certaines conditions déterminées, est celle qui paraît la plus constante dans son action.

Il est impossible de savoir si la toxicité de la digitale était connue des Anciens ; dans tous les cas, cette plante n'était d'aucun emploi, et c'est Léonard FucHs, de Tubingue, qui lui donna, vers 1542, le nom de digitale, en raison de la forme en doigt de gant de ses fleurs, et en fit la première description botanique précise dans son ouvrage De historiâ stirpium commentarii insignes. Elle ne fut admise qu*en 1721 dans la pharmacopée de Londres, d'après Murray, et inscrite seulement à partir de 1788 dans les traités concernant les drogues simples.

Il faut en effet arriver jusqu'à Withering, en 1775, pour voir attirer l'attention des thérapeutes sur ses propriétés hydragogues ; dix ans plus tard, en 1785, Withering et Gullen, frappés de l'action sédative qu'elle exerce sur le cœur, la dénomment opium du cœur; l'année suivante, en 1786, Sghieman constate, par l'expérimentation sur les animaux, le ralentissement du coeur; en 1801, Beddoes noie l'augmentation de la pression sanguine et, cette môme année, Klnglake constate qu'elle exerce son action tonique à la fois sur le cœur et sur les vaisseaux. Enfin, Beau, en 1839, montre que la comparaison faite par

DIGITAUS PURPUREA 787

WiTHERiNG et CuLLEN n*est pas rig'oureusenient exacte, que les qualités toniques de la dig'itale remportent de beaucoup sur ses qualités sédatives; et il l'appelle, en conséquence, le quinquina du cœur. C'est à une époque très récente que l'action physiologique des principes actifs de la dig-itale a été élucidée, au moins en partie, grâce aux travaux de Stannius, de Traube, de Vulpian, de Lauder-Brunton, de Mégevand, de Gourvat, mais surtout de François-Franck.

Relativement à la composition immédiôte de la digitale, les premiers essais d'analyse immédiate sont ceux de Paucquy, d'Amiens, en 1820. Leroyer, de Genève, isola en 1824 un principe actif auquel il donna le nom de digitaline, et qu'il décrit comme cristallisant très difficilement sous forme de cristaux microscopiques formés par des prismes droits à base rhombe. En 1834, Lan- CELOT publie un travail très documenté d'analyse immédiate inséré dans VObservateur de Vlndre, et il signale, comme principe actif de la digitale, une substance presque incolore, comme cristalline , verdissant le sirop de violettes et ramenant au bleu le papier de tournesol rougi, soluble dans les acides et précipitant par addidion d'eau en excès : c'est avec ce produit que Bretonneau Ht ses essais d'application à la thérapeutique. Henry, de Phalsbourg, reprit ces essais en 1837 sanâ arriver à des résultats plus précis.

C'est en réalité du travail de Homolle et Quévenne, en 1844, que datent nos premières connaissances précises relativement aux principes actifs de la digitale. Leur digitaline était une substance amorphe, mélange en proportions variables des différents principes actifs; et il était réservé à Nativelle d'isoler de la digitale, en 1868, un principe défini, bien cristallisé, possédant une activité constante et dont le mélange aux autres principes, plus ou moins actifs, leur imprimait une énergie variable. Depuis cette époque, un grand nombre de travaux sont venus compliquer et embrouiller, comme à plaisir, cette question déjà fort obscure : les travaux de Schmiedeberg, de Kiliani, notamment, ont tenté de faire considérer la digitaline cristallisée de Nativelle comme un produit non défini; et, d'autre part, des appellations différentes appliquées à une même substance extraite de la digitale sont encore venues contribuer à augmenter le chaos dans lequel il est aujourd'hui difficile de se reconnaître.

L'insolubilité de la digitaline dans la plupart des dissolvants est un gros écueil relativement à sa préparation et à sa purification ; et les méthodes d'extraction jouent évidemment un rôle considérable dans la nature et la composition des produits obtenus.

Quelques mots sur la composition immédiate de la digitale, et pour compléter ce que j'ai dit sur la richesse des diverses parties de la plante en principes actifs. Les feuilles, les fleurs, les graines, présentent une richesse croissante, mais leur activité n'est pas due exclusivement à la digitaline; aussi les feuilles (le limbe seul) dont la composition et la richesse en principes actifs sont plus constants sont-elles seules utilisées pour la thérapeutique. Les nervures des feuilles, les tiges, les racines, sont, au contraire, fort pauvres et les proportions de principes actifs très inconstantes : on peut observer une dififérence de

plus de 50 p. 100 entre la richesse de ces parties de la plante et celle des graines, des fleurs ou des feuilles.

Les substances ci-après ont été mentionnées comme faisant partie de la composition immédiate de la digitale : digitaline, digitoxine, digitaléine, digitonine, digitine, digitalose, digitalin, digitalide, acide digitalique, acide antirrhinique,*acide digitaléique, acide tannique, inosite, amidon, sucre, cellulose, pectine, matière mucilagineuse (surtout dans les graines), matières albuminoTdes, matières colorantes, chlorophylle, huile volatile, sels minéraux.

Parmi ces nombreuses substances, quelques-unes sont constituées par un même principe immédiat désigné par des noms différents, d'autres sont dépourvues de tout intérêt, aussi bien au point de vue chimique que physiologique ; d'autres enfin, quoique inactives par elles-mêmes (digitonine et certains albuminoïdes, par exemple), ont une grande importance parce qu'elles permettent la dissolution d'autres principes extrêmement actifs.

KiLiANi a déterminé les formules et les métamorphoses subies par les différents corps qu'il a isolés de la digitale et qu'il réduit à trois : digitonine, inactive, n'exerçant aucune influence toxique sur le cœur ; digitaline, très active, poison cardiaque ; et digitoxine, très active, poison* cardiaque. Toutes trois sont des glucosides : sa digitonine est soluble dans l'eau, cristallisable ; sa digitaline vraie est presque insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, amorphe ; la digitoxine est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcdoi et le chloroforme, cristallisée. Le tableau suivant résume les dédoublements par hydrolyse de chacun de ces corps.

i Dextrose C«H'«OV Digitonine (C"H*«0"). • • • ] Galactose C«H"OV

( Digitogénine C'*H"0'.

( Dextrose C*H'0«.

DigUaline (C"H"0'') . . . . | Digiulose C"H'*0*.

( Dijçiuligénine C"H'*0\

Digitoxine (C-H-0-) ) Digitoxose OW^0\

uigiioxine (I. n u ). . . . ^ Digiioxigénine C"H«0*.

Par oxydation chromique, la digitaline et la digitoxine fournissent un même dérivé cétonique : la tozigénone G'*H"0'. — Ce sont donc deux composés extrêmement voisins au point de vue de leur constitution, sinon même absolument identiques ; et cela explique leufs similitudes de réactions chimiques et physiologiques.

J'ai tenu, avant de résumer les travaux antérieurs et d'exposer la manière de voir que j'ai adoptée et développée dans mon enseignement depuis 1895, à reproduire les méthodes relatives à la préparation des principales variétés de digitaline (1), afin que le lecteur puisse juger, en toute connaissance de cause,

(1) Voir pour rexposé de ces méthodes : Dictionnaire de physiologie de Charles Richet^i. V, p. 4 à 43.

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des résultats plus ou moins comparables, plus ou moins identiques parfois même, que ces méthodes peuvent donner. Si l'on tient compte de ces comparaisons ainsi que des recherches analytiques très documentées d'ARNAiin et des essais de Houdas, on arrive à conclure qu*en schématisant et synthétisant quelque peu ces résultats, il est possible de rapporter à trois groupes, trois chefs de file en quelque sorte, les principes immédiats les plus importants, par leur activité physiolog'ique ou leur quantité, que l'analyse permet d'isoler des diverses variétés de dig^itale.

A. Digitonine. — Analogue aux saponines. Elle est inactive, comme la plupart des saponines lorsqu'elles sont extraites de plantes desséchées d'une part, et qu'elles ont subi, d'autre part, l'action altérante des réactifs nécessaires pour leur extraction : mais il est fort probable que si l'on pouvait l'isoler directement de la digitale fraîche, sans l'intermédiaire d'aucun réactif, son action sur l'organisme animal serait bien loin d'être négligeable. Kobert a d'ailleurs signalé sa puissante r.ction hémoly tique, une des plus considérables des diverses variétés de Saponines, Elle est soluble dans l'eau, susceptible de cristalliser dans des conditions particulières; et c'est en grande partie à sa présence qu'il faut attribuer la solubilité, dans les infusions aqueuses, des autres substances actives, insolubles ou fort peu solubles dans l'eau. Aussi, voyons-nous les diverses variétés de digitalines amorphes être d'autant plus solubles dans l'eau qu'elles renferment une proportion plus considérable de digitonine. Cette digitonine, elle-même, est d'autant plus soluble dans l'eau qu'elle est moins pure, c'est-à-dire accompagnée de produits amorphes, notamment des albuminoîdes qui se dissolvent en même temps qu'elle pendant l'action exercée par l'eau sur la digitale.

B. Digitaléine (Synonymie : digitalinv m verum de Kiliani ; se trouve en proportion plus ou moins considérable dans les diverses variétés de digitalines amorphes auxquelles elle donne une activité physiologique variable avec cette proportion). — Je crois bon de conserver pour cette substance l'appellation de digitaléine qui lui a été donnée autrefois par Nativelle : s'il est juste de reconnaître que ce produit a été nettement défini et préparé à l'état parfaitement pur par Kiliani, cela ne me semble pas une raison suffisante pour lui enlever l'appellation qui lui fut donnée par celui qui le découvrit et reconnut le premier ses principaux caractères, tant chimiques que physiologiques.

C. Digitaline (Synonymie : digiioxine de Schmiedeberg et de Kiliani ; digitaline cristallisée chloroformique). — La même raison qui me faisait préférer précédemment le nom de digitaléine me fait préférer ici celui de digitaline. Nativelle a, le premier, c'est absolument incontestable, donné ce nom au produit cristallisé et presque chimiquement pur qu'il a retiré de la digitale. Schmiedeberg, d'abord, et surtout Kiliani, plus récemment, ont mieux défini ce produit, l'ont obtenu dans un plus parfait état de pureté. Kiliani a donné une méthode de préparation certainement plus simple et plus efficace

que celle de Nativelle ; mais tout cela ne me paraît pas une raison pour changer une dénomination que seul fauteur de la découverte aurait eu le droit de changer.

C'est vouloir, comme à plaisir, porter la confusion dans une question déjà fort obscure et difficile, que de changer, sans raisons valables, les dénominations attribuées aux substances par ceux qui les ont obtenues et décrites en premier lieu. Autant il est équitable de reconnaître l'utilité et la portée des travaux de ceux qui ont perfectionné l'étude d'une substance, autant il est injuste de vouloir, par un changement inutile d'appellation, enlever tout mérite à l'auteur de la découverte qui s'est trouvé aux prises avec toutes les difficultés d'une question encore inexplorée et a ouvert, en définitive, la voie à ceux qui s'y sont engagés après lui.

L'identité existant entre les digitoxines allemandes et les digitalines cristallisées chloroformiques françaises, ne peut plus actuellement faire de doute ; et c'est, non seulement rendre justice aux travaux, remarquables pour leur époque, de Homolle et Quévenne et de Nativelle, mais encore simplifier autant que possible la question de l'étude des principes actifs des digitales que d'adopter la classification et les dénominations que je viens d'exposer.

Maintenant, à côté de ces trois groupes de substances, digitonine, digitaléine, digitaline, existerait-il, dans les digitales, une autre substance, plus ou moins analogue à ces toxines d'une activité presque prodigieuse, telles que Touabaïne et la tanghinine ? C'est là l'opinion de Houdas, opinion que je partagerais assez volontiers, pour ma part, bien qu'elle ne paraisse pas fondée jusqu'ici sur des preuves expérimentales inattaquables. Dans tous les cas, rimpressioo que me produirait cette substance, c'est qu'elle doit être éminemment altérable, à un degré encore plus accentué que les saponines, par les différents réactifs ou dissolvants neutres auxquels on est obligé d'avoir recours pour isoler les divers principes immédiats.

Je me demande môme s'il ne s'agirait pas d'une substance aîbuminoTde, d'une albumose, comme celle que j'ai isolée il y a quelques années des oronges vénéneuses, albuminoïde dont il serait difficile de séparer complètement les produits cristallisables, et dont l'action toxique viendrait s'ajouter à celle du glucoside ou même Texalter. Ce que j'ai vu relativement à l'action que les albuminoïdes des Amanita muscaria et A. bulhosa exercent lorsqu'ils sont unis à la muscarine, me paraît permettre d'accorder quelque créance à celte hypothèse. Dans tous les cas, ces matières albuminoïdes me semblent jouer un rôle assez important, bien que cependant inférieur à celui de la digitonine, dans la dissolution des principes actifs insolubles dans l'eau à l'état isolé et pur. On peut trouver encore dans ce fait une explication des difficultés que Ion éprouve à isoler les différents glucosides à l'état de pureté parfaite.

Cela expliquerait, précisément, pourquoi les diverses variétés de digitalines amorphes que l'on peut se procurer dans le commerce de la droguerie et qui sont, évidemment, moins pures que les variétés de digitalines cristallisées.

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possèdent une activité physiologique beaucoup plus considérable que celle correspondant à la somme des proportions de digitaline pure et de digitaléine qu'elles renferment. Gela expliquerait encore cette observation, confirmée par les essais d'expérimentation physiologique de François-Franck, que certaines préparations officinales de digitale manifestent une toxicité de neuf à douze fois plus forte que ne le laisserait supposer la somme des quantités de digitaline et de digitaléine que Ton peut extraire du poids de feuilles qui leur correspondent. La macération aqueuse de i gramme de poudre de feuilles de di|^itale, bien préparée, équivaut, au point de vue toxique, à 12 ou 15 milligrammes de digitaline et digitaléine ; et elle en renferme, tout au plus, de 4 à 6 milligrammes. Peut-être faut-il aussi compter dans ce cas avec la digi. tonine, dont Tactivité propre se manifesterait tout en entraînant la solubilisation d^autres produits actifs.

Peu importe à présent, je pense, la présence, dans la digitale, de produits autres que ceux que je viens d'étudier, au point de vue chimique, avec les détails justifiés par leur importance. L'action physiologique, au moins douteuse sinon tout à fait nulle, de la plupart de ces substances, comme la digitine qui ne paraît pas être un principe immédiat bien défini, ne présente pour le physiologiste ou le thérapeute aucun intérêt.

Je crois devoir étendre cette remarque à la digitoflavone (G'^H'"0«-H*0, dérivée de la phénopyrone) composé phénolique que Franz Fleischer vient d'isoler tout récemment de la digitale, en traitant par une solution diluée de soude l'éther ayant servi à épuiser le macératum de poudre de feuilles de digitale dans l'alcool à 50 p. 100, distillant l'éther et épuisant le résidu par le chloroforme qui laisse la digitoflavone à l'état insoluble. Cette substance serait insoluble dans l'eau et le chloroforme, .soluble dans l'alcool et l'éther ; très difficile à séparer complètement de la digitoxine.

Toutes ces substances me paraissent ne présenter qu'un intérêt bien restreint, inférieur de beaucoup à celui que peut présenter le ou les albumoses dont je viens de parler ; et il ne me reste plus qu'à indiquer les caractères généraux des glucosides et à signaler quelques réactions qui ont été données comme plus ou moins caractéristiques de ces diverses substances.

Tout d'abord, la digitaline se dissout dans le chloral anhydre qui prend alors une coloration rose passant peu à peu au rouge-vineux pour devenir finalement bleu-verdâtre.

On avait observé depuis longtemps que les divers glucosides de la digitale donnent lieu à des colorations particulières lorsqu'on fait réagir sur eux l'acide sulfurique concentré en présence d'un oxydant, tel que le brome, le pcrchlorurc de fer, l'acide azotique : Kiliani a donné, en 1896, les procédés d'essai suivants. Le réactif qu'il préfère est composé de 100 centimètres cubes d'acide sulfurique concentré pur additionnés de 1 centimètre cube d'une solution aqueuse de sulfate ferrique pur à 5 p. 100. On verse dans un tube à essai de 4 à 5 centimètres cubes de ce réactif, et on y fait dissoudre une parcelle du

glucoside à essayer, en mélangeant au besoin avec un ag-itateur pour favoriser la dissolution de la substance.

La digitaléine se colore, au début, en jaune-d*or et fournit ensuite une solution rouge qui passe au rouge-violet persistant pendant une journée : si Ton a ajouté le glucoside en trop forte proportion, la solution reste rouge, et la couche superficielle se colore seule en violet par agitation. Le produit de l'hydrolyse de ce glucoside, la digitaléigmine, donne lieu aux mêmes colorations et se montre même plus sensible à l'action du réactif; c'est-à-dire qu'il en faut une quantité moindre pour donner une réaction colorée aussi intense. La digitaline brunit au premier moment, comme si elle était carbonisée, puis fournit une solution de couleur rouge-brun .sale. Le produit de l'hydrolyse de ce glucoside, la digitaligénine, ne noircit pas comme la digitaline, mais fournit une coloration rouge spéciale en même temps que le liquide devient fortement fluorescent.

La digitonine et son produit d'hydrolyse, la digitogéniney ne donnent pas de coloration lorsqu'on opère sur de très petites quantités, cependant suffisantes pour donner les réactions ci-dessus : à doses trois ou quatre fois plus fortes, elles donnent seulement lieu à une coloration jaune peu accentuée.

La réaction fournie par la digitaline est banale, un grand nombre de substances organiques ayant la propriété de se colorer en brun puis en rouge plus ou moins brunâtre sous l'influence de l'acide sulfurique. Une autre réaction, due à Keller, est plus caractéristique : elle consiste à dissoudre la digitaline dans l'acide acétique, à ajouter une goutte de perchlorure de fer, puisa verser avec précaution, dans le mélange, de l'acide sulfurique concentré pur, de façon à superposer les couches liquides ; à la surface de séparation, il se produit une zone foncée et, au-dessus, dans la solution acétique par conséquent, un anneau de couleur bleû-foncé.

Kn^iANi a montré qu'on pouvait reconnaître simultanément la présence de la digitaléine et celle de la digitaline en modifiant ce procédé de la façon suivante. L'acide acétique et l'acide sulfurique utilisés pour cette réaction sont additionnés, chacun de leur côté, de 1 centimètre cube pour 100 delà solution aqueuse à 5 p. 100 de sulfate ferrique ; on dissout quelques dixièmes de milligramme du mélange de glucosides dans 3 ou 4 centimètres cubes de l'acide acétique, puis on ajoute, avec précaution et en ayant soin d'éviter le mélange intime des liquides, un égal volume de l'acide sulfurique. Il se produit alors au niveau de la surface de séparation des deux liquides une zone de couleur très foncée ; au bout de quelques minutes, se montre au-dessus une bande colorée en bleu par la digitaline et celte coloration gagne peu à peu la totalité du liquide acétique : ce phénomène s'est produit au bout d'une demiheure environ, et quelques heures plus tard, cette coloration passe au bleuverdâtre. Quant à l'acide sulfurique de la couche inférieure, il est coloré en rouge-violacé par la digitaléine.

La réaction de Lafon est également fort sensible : elle consiste à humecter

DIGITALIS PURPUREA 793

la dijs^italine avec une très petite quantité d'un mélan|{!^cà parties ég-ales d'acide sulfuriqueet d*alcool, à chaufiFer très légèrement, sur un bain-inarie, jusqu'à apparition d'une teinte jaunâtre, puis à additionner le mélanjg^'e d'une goutte de perchlorure de fer très dilué (solution à 1 p. iOO de perchlorure de fer sublimé) ; on obtient une magnifique coloration bleu-verdâlre, dans laquelle la couleur bleue prédomine d'autant plus que la digitaline est plus pure.

La réaction indiquée par Dragendorff est également assez nette, mais s'applique à des glucosides non rigoureusement purifiés, ce qui est sans doute le cas se présentant le plus fréquemment. L'acide sulfurique concentré pur fournit, au contact de la digilaléine, une coloration vert-jaunâtre sale, devenant successivement jaune-brun, brun-rougeâtre, puis rose-cerise : des traces de brome, de perchlorure de fer, d'acide nitrique, ainsi que les réactifs d'ERDMANN et de Frôhde font passer la coloration au rouge-pourpre. La meilleure manière d'efiFectuer cette réaction consiste à ajouter un tout petit cristal de bromure de potassium h la solution sulfurique des glucosides.

L'acide chlorhydrique concentré' fournit, à froid, une coloration vert-jaunâtre avec la digitaline et avec la digitaléine ; cette coloration est peut-être un peu plus intense avec la digitaline. La coloration, d'abord jaune, puis devenant peu à peu verdâtre, tarde d'autant plus à apparaître que la digitaline est plus pure : la digitaline cristallisée donne une solution qui reste un moment incolore avant de devenir jaune, puis verte. A l'ébullition, la coloration jauneverdâtrc est d'autant pins allércc que la digitaline et la digitaléine sont moins pures. La digitonine donne avec Tacide chlorhydriquç une coloration jaune devenant rouge-grenat à l'ébullition ; en même temps la solution mousse abondamment : avec l'acide sulfurique dilué (4 de SO*H* pour 2 à 3 H*0) et à l'ébullition, la coloration est aussi d'un rouge-violacé, ou violet-rose si la quantité de digitonine est très petite.

Toutes ces colorations sont d'ailleurs assez variables, s.uivant la pureté du produit sur lequel on les essaie. On les voit se modifier successivement à mesure que, partant des glucosides mélangés provenant d'un premier traitement de la digitale, on applique ces réactions à des produits de plus en plus purifiés et difiFérenciés. Pour ne prendre que deux exemples, l'acide chlorhydrique donne, à froid, une coloration verte d'autant plus accentuée que les glucosides sont plus purs ; et, au contraire, la coloration rouge-violacé à Tébullition est d'autant plus nette que les produits sur lesquels on l'exécute sont moins purs. Gela se comprend facilement puisque cette réaction est due à la digitonine qui se trouve surtout dans les glucosides de premier jet. Avec l'acide sulfurique concentré, la coloration du début est variable ; la digitonine donne une coloration jaune-brun, la digitaléine donne une coloration brunrouge, et la digitaline semble se carboniser ; l'addition du cristal de bromure de potassium provoque une coloration qui peut varier du brun-verdâtre avec la digitaline absolumentpureau rouge-violacé (on l'a comparée, non sans raison, à celle des fleurs de la digitale) au rouge-pourpre vif et même au violet-bleuâtre.

Au reste, comme toutes les réactions colorées, ces réactions ne peuvent être considérées comme absolument caractéristiques, même lorsqu'elles sont réalisées sur des produits rigoureusement purs. Une réaction colorée produite par des matières organiques en présence de réactifs déshydratants et oxydants est d'un déterminisme éminemment variable et ne saurait offrir la certitude des réactions colorées produites par des composés minéraux, par exemple la coloration bleu-azur des composés de cuivre dissous dans l'ammoniaque. Aussi, en toxicologie, est-il absolument indispensable de contrôler ces réactions colorées, qui doivent être considérées seulement comme des indications, par la constatation de propriétés plus exclusives, plus particulières à chaque substance toxique, l'action physiologique notamment.

Les réactions colorées prétendues caractéristiques des glucosides de la digitale sont précisément l'un des meilleurs exemples que l'on puisse fournir de l'infidélité de ces colorations. Les réactions de Kiliani, si nettes en présence de glucosides parfaitement purifiés, peuvent être reproduites avec la plus étroite analogie à l'aide des extraits d'écorces de Quinquina et de China cuprea, comme Ta signalé récemment A. Beitter. D'après ce dernier observateur, cette coloration serait due à la présence de l'acide quino-tannique, et le tannin de guarana la fournirait également. J'ai, en effet, vérifié ces faits qui démontrent combien il faut être circonspect en matière de réactions colorées, dites caractéristiques, des alcaloïdes et des glucosides.

Voici les caractères des glucosides purs :

Digitonine. — Masse amorphe quand elle provient de l'évaporation d'une solution aqueuse ou d'une solution dans l'alcool fort ; cristaux aiguillés lorsqu'elle provient de l'évaporation d'une solution dans l'alcool à 85 p. 100 : ces cristaux renferment cinq molécules d'eau et sont beaucoup plus difficilement solubles dans l'eau que la variété amorphe. Elle fond vers 225*.

Ses solutions aqueuses précipitent par le tannin, l'hydrate de baryte, et les acétates de plomb : le tannate est soluble dans l'alcool fort et décomposable par les hydrates de zinc et de plomb.

Elle présente de très étroites analogies avec les di verses variétés deSaponines. notamment avec celle que l'on peut extraire du bois de Panama.

Digitaléine. — Poudre composée de sphérules cristal loïdes, mais non cristallisés, de couleur presque complètement blanche. Insoluble dans le chloroforme, dans le benzol et dans Téther, se gonflant dans l'eau et s'y dissolvant môme dans la proportion d'un millième environ : cette solubilité est fortement accrue par la présence de la digitonine et il semble même que, de son côté, la digitaléine facilite aussi la dissolution dans l'eau de la digitonine. La digitaléine est soluble dans 100 parties environ d'alcool à 50 p. 100 et beaucoup plus soluble dans l'alcool absolu.

Quelques parcelles de digitaléine introduites dans un- tube à essai avec ^ centimètres cubes de solution aqueuse de potasse à 10 p. 100 doivent fournir une solution incolore, au moins pendant quelques minutes : la présence d'im-

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puretés (oléo-résines, autres g'iucosides amorphes, etc.) serait révélée par une coloration jaune immédiate.

On fait avec la dig'italéine et de l'eau une pâte fine et on y ajoute, en a/gcitant, 22 parties d'alcool amvliquc pour 400 parties d'eau employée, puis l'on place le tout dans un flacon bouché : s'il y a de la digilonine, etie se sépare, après vingt-quatre heures, en petites masses cristallines agg-lomérées.

Quand elle est pure, la solution aqueuse de dig'italéine ne précipite pas en présence de l'acétate ou du sous-acétate de plomb. Elle empêche môme la précipitation de la digitonine par ces réactifs. Elle n'est pas précipitée non plus par l'hydrate de baryte en solution.

Ses solutions aqueuses ou dans l'alcool très dilué précipitent par le tannin : le tannate est soluble dans l'alcool fort et décomposable par les hydrates de zinc et de plomb.

Digitaline. — Prismes d'aspect nacré, chatoyants, complètement insolubles dans l'eau qui ne contracte aucune amertume, môme après ébullition. Gomme pour la dig'italéine, la présence de la dig'itonine (peut-ôtre môme aussi celle de la dig'italéine) facilite sa dissolution dans l'eau. La dig'italine est insoluble dans le benzol, peu soluble à froid dans l'alcool et l'éther, presque complètement insoluble dans l'éther exempt d'alcool, beaucoup plus soluble dans ralcool chaud, très soluble dans le chloroforme qui en dissout lentement de jurandes quantités. Les cristaux abandonnés par le chloroforme sont anhydres; ils fondent à 245-250° : les cristaux abandonnés par l'alcool (à 85-95 p. 400) contiennent une molécule d'eau et fondent à 445**-i50«.

Les solutions dans l'alcool ne précipitent ni par la baryte, ni par les acétates de plomb, ni par le tannin, le tannate étant soluble dans l'alcool. Ce tannate ne se précipite que par dilution dans une grande quantité d'eau : il est décomposé par les hydrates de zinc et de ploml».

Action physiologique de la digitale. — Très discutée, au moins quant à son mécanisme, l'action physiolog-ique de la dig-italc a été considérablement élucidée dans ces dernières années, g'râce aux belles expériences de François- Franck. Ses recherches ont démontré avec la plus entière certitude que la digitaline exerce à la fois son action, mais à des deg-rés différents, sur le myocarde, sur son appareil nerveux, sur les vaisseaux. L'action sur le myocarde est directe, elle n'affecte pas plus spécialement un des ventricules que l'autre ; et les vaisseaux pulmonaires paraissent seuls échapper à cette action directe.

A côté de l'action cardiaque et circulatoire qui domine, de beaucoup, toute son action thérapeutique ou toxique, la dig'itale exerce, occasionnellement , une action diurétique dont on peut tirer les effets les plus avantageux. Quant à son action sur l'appareil gastro-intestinal, elle est déjà, lorsqu'elle se manifeste par des symptômes attirant l'attention, l'indice d'un début d'action toxique : c'est en effet par des phénomènes violents intéressant l'estomac et les intestins que se manifestent les premiers symptômes de l'intoxication, qu'elle soit primi-

tivc OU qu'elle succède à uoe administration inconsidérément prolongée de la substance médicamenteuse.

L*action physiolog^jque exercée parla dig^italined*une part, par la dig-italéine d*autre part, sont, de tous points, identiques : tout au plus pourrait-on faire quelques réserves relativement à l'intensité de cette action et dire que la digitaline est, à poids égal, plus énergiquement active que la digitaléine. Mais si Ton peut dire que l'action physiologique de la digitale peut être calquée sur celle de la digitaline, elle ne lui est certainement pas absolument identique, supcrposable ; et la différence très accentuée dans les résultats thérapeutiques obtenus, d'une part avec la digitaline, d'autre part avec les préparations galé- RÎques de digitale, est une des meilleures et des plus incontestables preuves de l'utilité de ces préparations galéniques, en môme temps que des différences, très minimes et de détail, il est vrai, dans l'action physiologique. En d'autres termes, la digitaline ne résume pas exclusivement l'activité de la digitale ; et, en dehors de la digitonine dont l'activité, ou tout au moins l'intervention ne doit pas être négligeable, il faut compter encore avec des alI)uminoTde5> sur le rôle desquels je viens de m'expliquer précédemment.

Gomme toujours, c'est l'isolement d'un principe nettement défini qui a permis de pénétrer les mécanismes de l'action physiologique exercée par la digitale ; et c'est l'étude de l'action exercée sur l'organisme animal par la digitaline /digitoxinc allemande, digitaline cristallisée chloroformique française, voir plus haut la synonymie), qui va nous servir de type. La digitaline est, en effet, le poison-médicament cardiaque type ; et la connaissance de son action rend plus aisée la détermination de celle des autres substances du même groupe.

Les diverses espèces animales sont très inégalement sensibles à l'action de la digitaline. Chez le chien, la dose mortelle est de 1 milligramme par kilo. Chez les animaux à sang froid, l'action de la digitaline est lente, irrégulière dans la succession et la durée de ses manifestations. Malgré cela elle est identique, dans ses grandes lignes, à celle que ce poison exerce sur le cœur des mammifères. Le plus souvent, lorsque la dose injectée est efficace, on observe la mort brusque, avec le cœur en tétanos : le ventricule est inexcitable par les courants faradiques. La lenteur dans la façon dont les phénomènes toxiques se développent, la brusque apparition des accidents mortels, lorsque la dose est suffisante, font des animaux à sang froid de mauvais sujets d'expérimentation et rendent absolument indispensable la nécessité d'expérimenter sur des mammifères chez lesquels les phénomènes toxiques se déroulent plus lentement et de façon à permettre de les étudier. Mais on se heurte alors à des difficultés considérables de technique qui n'ont été résolues, au moins en grande partie, que dans ces dernières années, grâce aux travaux de Kaufmann (d'Alfort) et de François-Franck.

L'exploration des changements de la pression intra-ventriculaire associée k l'inscription des pulsations des ventricules permet de vérifier l'indépendance de

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Ténerçie des impulsions ventriculaires par l'excitation des nerfs accélérateurs : Taction cardio-tonique se dégag-e ainsi de Taclion cardio-accélératrice, et Ton voit aug'menter d'une façon très notable la puissance des systoles, en même temps que Ton observe de brusques et énergiques variations de pression, sans que la fréquence et Tamplitude des pulsations ait varié proportionnellement. Ces changements de pression intra-ventriculaire sont appréciés au moyen de sondes manométriques à ampoule élastique.

Le grand nombre de travaux, tant cliniques qu'expérimentaux, et visant tous plus particulièrement certains points de l'action thérapeutique ou toxique, n'ont pas. fourni de résultats indiscutables. Les méthodes d'appréciation expérimentale étaient jusqulalors insuffisantes et avaient permis d'arriver à des conceptions erronées, en opposition absolue les unes avec les autres, de l'action physiolog-iquedela digitaline. Les interprétations admises par les divers physiologistes peuvent se rapporter à trois théories principales.

La première, celle de Stannius, rapportait les effets de la substance active à l'action qu'elle exerce sur le tissu musculaire du cœur; l'excitabilité du myocarde serait complètement abolie. La théorie de Traube attribue à l'action exercée sur le fonctionnement de l'appareil nerveux cardiaque une prépondérance qui relègue au second plan l'influence exercée sur le myocarde : en admettant même, comme l'ont fait certains partisans de la théorie de Traube, une action plus puissante sur les ganglions intra-cardiaques, cela ne suffit pas à interpréter complètement et exactement les phénomènes.

Enfin, la théorie de Vulpian envisage cette action comme complexe et portant à la fois, sur le système nerveux central, sur le système nerveux intra-cardiaque et sur le myocarde.

L'ablation de la totalité du myélencéphale chez la grenouille n'empêche pas l'extrait d'inée introduit sous la peau d'arrêter le cœur; seulement cet arrêt est relardé, par suite de l'affaiblissement extrême de la circulation périphérique qui entraîne une lenteur exagérée dans l'absorption de la substance toxique. PoLAiLLON et Carville avaicut, par cette constatation, démontré que l'expérience ayant servi de pointde départ à l'hypothèse de Traube est inexacte ; et il futreconnu, en effet, que la section des nerfs vagues est, presque toujours, sauf circonstances accidentelles spéciales, incapable d'empêcher l'action de la digitale sur le cœur. D'autres procédés expérimentaux sont encore capables de démontrer que, si rinfluence exercée par la digitaline sur le bulbe rachidien et sur les nerfs vagues est insuffisante pour interprétercomplètement le mécanisme par l'intermédiaire duquel se produit cette action, il en est de même du rôle que l'on peut attribuer aux extrémités cardiaques des nerfs vagues, c'est-à-dire aux extrémités des fibres nerveuses cardiaques fournies aux pneumogastriques j^ar les nerfs accessoires de Willis. Vulpian a montré que la diç;'italine, injectée dans une des veines crurales chez un chien curarisé soumis à la respiration artificielle, déterminait l'arrêt du cœur: cet arrêt se produit même après section préalable des deux nerfs pneumogastriques. Gourvat a répété ces expériences, rapportées en

détail dans sa thèse inaug-urale. De môme, Polaillon et Carville ont vu Texlrail d'inéc déterminer Tarrêt du cœur sur des chiens chez lesquels la curarisation avait été poussée assez loin pour abolir l'action des nerfs vagues.

Il faut, toutefois, reconnaître que cet arrêt déterminé par ladigitaline est plus lent et plus inconstantque sur un animal noncurarisé : ainsi, il est difficile d'obtenir Tarrêt du cœur chez une grenouille complètement curarisée, et l'expérience nous a appris que le curare abolit, chez ces animaux, l'action des nerfs pneumogastriques sur le cœur ; mais il j a lieu également de compter avec la lenteur de Tabsorptionetla diminution d'activité de la circulation périphérique chez les animaux curarisés.

L'amoindrissement du volume des ondées sanguines lancées par le cœur, chez un animal soumis à l'influence d'une dose un peu considérable de curare, amoindrissement dû autant à l'action du curare sur le cœur qu'à la vaso-dilatation des vaisseaux munis d'une tunique musculaire, peut empêcher la digitaline de se trouver en quantité suffisante dans le sang pour que son action propre sur le myocarde puisse se produire. En expérimentant avec des poisons du cœur notablement plus énergiques, upas-antiar, inée ou son principe actif strophantine, ouabaïne, tanghinine, l'arrêt du cœur est déterminé d'une façon constante et plus facilement; il n'japlus qu'un simple retard, comme dans les expériences de Polaillon et Carville, dans la production du phénomène.

On est donc autorisé à dire avec Vulpian que si la digitaline agit sur le cœur par l'intermédiaire du système nerveux, son influence ne se produit pas exclusivement par une excitation des nerfs vagues, soit au niveau de leurs extrémités centrales, soit au niveau de leurs extrémités périphériques, ni même par une influence irritante exercée sur les ganglions avec lesquels ces nerfs entrent en relation dans l'épaisseur du myocarde.

L'action exercée directement par la digitaline sur le myocarde est démontrée nettement par l'état caractéristique du ventricule chez la grenouille. La contractilité est diminuée d'abord ; et, quelques instants après l'arrêt, le myocarde est devenu complètement inexcitable. C'est d'ailleurs là un effet commun à tous les muscles à fibres striées dont la contractilité est abolie plus rapidement, sous l'influence de la digitaline, que si la circulation avait été purement et simplement arrêtée par ligature ou excision du cœur.

L'influence sur le système nerveux central se trouve prouvée par l'expérience de Traube qui consiste à pratiquer la section transversale de la moelle dans la région cervicale : on observe alors que la digitaline produit encore le ralentissement du pouls, mais sans augmentation de la tension artérielle, les vaisseaux se trouvant soustraits à l'action du myélencéphale (partie supérieure du bulbe rachidien et partie inférieure, contiguô, de la protubérance), centre principal des actions vaso-motrices : la vaso-constriction se produit si Ton vient à faradiser le segment inférieur de la moelle. On est ainsi conduit à considérer l'action produite parla digitaline sur les vaisseaux comme indépendante et distincte de celle exercée sur le cœur. Cette conception de l'action indépendante sur

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le cœur et les vaisseaux ne peut, bien entendu, être absolument rig-oureuse, car il est impossible de faire abstraction des influences réciproques qu'exercent les modifications éprouvées par le myocarde sur les vaisseaux, d'une part, et, d'autre part, le retentissement sur le rythme et l'énergie des contractions cardiaques des variations du calibre des vaisseaux : le cœur et les vaisseaux sont, en effet, dans des relations tellement étroites, soit directement, soit par l'intermédiaire du système nerveux, qu'on ne peut prendre au sens étroit du mot la qualification a d'action indépendante •> exercée par une substance toxique sur l'un ou l'autre de ces appareils.

D'un autre côté, l'action sur les extrémités terminales intra-cardiaques se trouve prouvée par le ralentissement, empêché ou tout au moins notablement retardé par l'atropine, et par ce fait que la pression, abaissée au bout d'un certain temps, remonte et dépasse même la valeur normale si l'on vient, comme l'ont fait Carville et Gourvat, à sectionner les deux nerfs déprcsseurs au milieu de la hauteur du cou. Sous l'influence de cette excitation des extrémités intracardiaques des nerfs dépresseurs, les vaisseaux des diverses rég'ions, mais surtout ceux de la cavité abdominale se dilatent, et il en résulte une diminution de la quantité de sang* lancé par chaque ondée ventriculaire dans l'aorte et toute ses branches : la pression artérielle doit donc s'abaisser, comme lorsqu'on excite les nerfs dépresseurs par un courant faradique.

Pour ces diverses raisons, Vulpian estimait que l'on est en droit d'affirmer que les cfl^ets produits sur le cœur, tant par la digitaline que par les autres poisons du cœur, ne sont pas dus à des modifications primitives des vaisseaux ; c'est-à-dire que les changements dans la force, la fréquence et le rythme des mouvements du cœur ne sont pas sous la dépendance des modifications subies par la circulation périphérique. Les autres modifications fonctionnelles, telles que les troubles gastro -intestinaux, l'algidité, la diurèse, sont encore moins facilement explicables par des altérations fonctionnelles de l'appareil vasomoteur.

Tout cela vient d'être rigoureusement confirmé par les expériences de Fran-^ çois-Franck ; mais, avant d'entrer dansleur détail, en raison de leur importance capitale, je crois devoir dire quelques mots de certaines interprétations qui ont eu cours à un moment.

Germain Sée pensait que la digitaline exerçait une action élective sur le cœur droit, tandis que Openchowski localisait cette action élective dans le cœur gauche. Ces deux opinions sont absolument erronées ; et les recherches de François- Franck ont démontré d'une façon péremptoire que si les apparences semblent confirmer l'opinion de Germain Sée, l'étude approfondie du déterminisme expérimental doit la faire rejeter.

On voit, relativement à la façon dont se produit la mort du cœur, une diverg'ence apparente absolue suivant que l'on expérimente sur les animaux à sang chaud ou sur les animaux à sang froid. On a dit que le cœur mourait en systole chez lesanimaux à sang froid, en diastole chez les animaux à sang chaud, sans

s'arrêter à ce qu*avait de vraiment anti-physiologique renonciation de deux résultats, aussi précisément opposés, inconciliables, appliqués à Tinfluence exercée par une même substance toxique. Les recherches de François-Franck ont encore élucidé ce point et montré qu'il ne saurait y avoir pareille diverg-ence dans la manière dont les propriétés fonctionnelles d'un même organe soot affectées par une même substance.

La détermination précise de l'état du cœur au moment de la mort a une importance d'autant plus considérable, comme le fait justement remarquer François-Franck, que l'idée que l'on se fait du g-enre de mort du cœur influe nécessairement sur la conception du mode d'action physiologique d'un poison cardiaque. Si l'on envisage la mort du cœur comme l'expression maximade l'action physiologique, on conçoit d'une façon très différente la succession Jes phénomènes qui l'ont précédée, suivant que l'on a vu ce cœur mourir en diastole ou en systole. La mort en diastole fait supposer soit uneélongation plus complète de la fibre musculaire cardiaque, soit une élasticité plus marquée du myocarde pendant sa diastole ; on est tout naturellement entraîné à attribuer l'augmentation de travail du cœur à une réplétion diastolique plus abondante, et c'est ainsi qu'a pu s'établir la théorie de l'action diastolique de la digitale, par effet passif ou actif, suivant l'opinion qu'on s'est fait de la nature du phénomène. La mort en systole évoque une série de renforcements d'action du myocarde, survenant à chacune des phases de l'action du poison, pour interpréter l'exagération évidente d'énergie du myocarde soumis à l'action de la digitaline. Les conclusions se ressentent naturellement de ces interprétations ;et tandis que l'on fait de la digitaline un poison toni-cardiaquesil'on a vu le cœur mouriren systole, on en fait, au contraire, un poison diastolique si Ton a vu ou cru voir le cœur mourir en diastole.

Les expériences, aussi nombreuses que variées et ingénieusement conduites, de François-Franck ont démontré que, chez tous les animaux, le cœur meurt en état de tétanos ; tétanos dissocié et passager, suivi de relâchement continu et plus ou moins rapide chez les mammifères, les animaux à sang chaud ; au contraire, tétanos parfait, indéfiniment prolongé, chez les animaux à sang froid. Ainsi s'explique l'apparente contradiction que je signalais tout à Theure.

On peut résumer de la façon suivante la succession de ces phénomènes : !• Excitation, puis dépression toxique des appareils modérateurs; 2" Excitation, suivie de dépression toxique des appareils accélérateurs qui résistent beaucoup plus longtemps que les premiers ; 3<> Excitation du myocarde énervé qui ne peut subir longtemps la stimulation et meurt brusquement après un court accès de tétanos à secousses dissociées, puis subit, chez les mammifères, le relâchement de tout muscle à la fin du tétanos provoqué.

Cœur et circulation. — Ralentissement, régularisation du cœur préalablement arythmique, quelle que soit la cause de cette arythmie, et cela avec un synchronisme parfait et constant, tels sont, sous l'influence des doses faibles de digitaline, les effets caractéristiques accompagnés d'une augmentation d'énergie

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du myocarde. Avec des doses fortes, ou la continuation de faibles doses, à cette première phase succède une période d'arythmie caractérisée par des systoles redoublées, avortées, des accès de palpitations, du renforcement de l'accélération arythmique, une exaspération de la tachycardie à laquelle succède un retour apparent des deux ventricules à la régularité et à Ténergie, puis on observe la mort subite et synchrone des deux ventricules après quelques rares accès demi-tétaniques bientôt suivis de trémulation fibrillaire.

La digitaline exerce sur les vaisseaux contractiles une action constrictive intense. Deux mécanismes président à cette vaso-conslriction. L'influence exercée par le système nerveux central est indéniable. J'ai déjà parlé de cette expérience qui consiste à pratiquer une section transversale de la moelle dans la région cervicale, section à la suite de laquelle on observe que la digitaline produit bien encore le ralentissement du pouls, mais sans augmenter la tension artérielle comme cela se produit lorsque la moelle n'est pas isolée du myélencéphale, centre principal des actions vaso-motrices. Mais les variations locales du calibre des vaisseaux aortiques tendent à faire admettre une action constrictive indépendante du système nerveux central. Les circulations artificielles dans des tiâsus isolés de Torganisme et dont l'innervation a été supprimée par le fait même de leur séparation des centres, prouve mieux encore l'action sur l'appareil musculaire des vaisseaux. Cette intervention active des éléments contractiles vasculaires est môme tout à faitdémontrée par la suppression de l'activité des muscles vasculaires au moyen de la cocaïnisation préalable du tissu soumis à la circulation arli6cielle.

Cette action vasculaire périphérique montre que l'intervention du surcroît d'énergie du myocarde n'est pas indispensable pour produire l'augmentation de la tension artérielle : la résistance à la propulsion de l'ondée ventriculaire gauche se trouve par suite augmentée. Le surcroît d'énergie du myocarde vient certainement contribuer pour sa part à cette augmentation de tension artérielle; mais il était logique de se demander si le ralentissement du cœur n'était pas subordonné à cette augmentation de tension, et cette hypothèse a été, en effet, acceptée et défendue par quelques physiologistes. La tachycardie simple ou arythmique des phases toxiques pourrait môme à la rigueur ôtre subordonnée à cette augmentation de la pression artérielle, puisque, à une certaine période, comme nous le verrons bientôt, les appareils d'arrêt du cœur sont paralysés et que les accélérateurs conservent seuls leur activité. Marey a depuis longtemps démontré que le cœur se ralentit sous l'influence d'une augmentation de pression artérielle déterminée par la compression incomplète de l'aorte abdominale, ou par la constriction d'un vaste territoire aortique réalisée, par exemple, au moyen de l'excitation des nerfs splanchniques. Ce ralentissement se produit toujours lorsque le cœur est pourvu de ses organes nerveux modérateurs; mais il fait place à une accélération lorsqu'on l'a mis dans des conditions où il est incapable de réagir par ralentissement, par exemple, lorsque l'action des appareils d'arrêt est paralysée par l'atropine.

Toxicologie. 51

L'analyse minutieuse des phénomènes montre cependant des différences remarquables dans ces expériences et dans celles que Ton peut réaliser à l'aide de la digitaline. Avec la di/^citale, l'aug-mentation d'énergie porte sur les deui ventricules ; dans les expériences d'augmentation artificielle de tension artérielle, les deux ventricules sont effectivement ralentis, mais leur énergie n'est pas augmentée simultanément, et le ventricule gauche seul développe un effort sjstoliqUe plus considérable, tandis que l'effort du ventricule droit diminue. Avec la digitale, l'expansion diastolique ventriculaire est proportionnée à l'augmentation d'énergie de la systole, dans l'autre cas, les diastoles du ventricule gauche sont, au contraire, moins amples. Avec une haute tension artérielle, la pression s'abaisse dans l'artère pulmonaire, tandis qu'elle s y élève sous l'influence de la digitaline.

On pourrait, il est vrai, penser que la digitaline exerce également une actioD vaso-constrictive sur les vaisseaux pulmonaires. Une expérience réalisant une élévation parallèle de pression dans les réseaux aortique et pulmonaire, par exemple la provocation simultanée d'un spasme aortique et pulmonaire déle^ miné par l'excitation des nerfs vaso-constricteurs, ou la compression simultanée d'une bifurcation de l'artère pulmonaire et de la portion inférieure de l'aorte, détermine des effets généraux rappelant l'augmentation simultanée d'énergie que la digitaline produit dans les deux ventricules ; cependant, une différence persiste, l'expansion diastolique n'est toujours pas proportionnée à l'augmentation de vigueur de la systole et les minima diastoliques sont même moins accentués qu'à l'état normal, les ventricules résistant à la surcharge par une augmentation permanente de la tonicité de leur tissu.

D'ailleurs, si l'action vaso-constrictive exercée par la digitaline sur le réseau pulmonaire, comme sur le réseau aortique, est légitime, elle est, par contre, absolument hypothétique, et l'on ne possède jusqu'ici aucune preuve directe et irréfutable de cette action. D'autre part, la disparition de l'excitabilité des nerfs d'arrêt ne coïncide pas, d'une façon absolue et suffisante, avec cette phase de l'intoxication où le cœur réagit par accélération à l'influence exercée sur lui par l'excès de résistance : on observe, par exemple, une accélération considérable en même temps qu'une haute pression, puis un renforcement de la fréquence alors que la pression artérielle redescend, pendant la phase toxique ; les tracés de François-Fhanck sont, à cet égard, des plus démonstratifs.

On ne peut donc subordonner les changements de fréquence et de rythme du cœur aux variations déterminées primitivement dans les deux circulations aortique et pulmonaire; et il faut admettre que la digitaline exerce sur le cœur une influence primitive, à laquelle vient s'ajouter l'intervention, à titre d'effet mécanique, du spasme vasculaire. Chacune de ces actions réagit effectivement sur l'autre, mais chacune d'elles, isolément, est insuffisante pour interpréter exactement et complètement les phénomènes.

La démonstration de cette action directe, primitive, exercée sur le cœur par

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la dig'îtalîne a été fournie, voici déjà longtemps, par les expériences de circulations artificielles pratiquées sur le cœur des animaux à sang* froid à Taide de san^ défibriné ou de sérum chloruré. Un cœur de tortue, ainsi soustrait à toute influence extérieure d'innervation ou de résistance variable, montre toutes les phases de ralentissement, de régularisation, d'arythmie, d'accélération, comme le cœur en rapport avec le système nerveux central et les vaisseaux périphériques.

François-Franck a cherché à réaliser, dans la mesure du possible, de semblables expériences sur les animaux à sang- chaud. N'ayant pu parvenir à soumettre le cœur des mammifères à une circulation artificielle, il a réussi à réduire le circuit aux vaisseaux pulmonaires-coronaires, en conservant la propre circulation de l'animal, et à rendre ainsi le cœur indépendant, non seulement du système nerveux central, mais aussi des variations de la pression artérielle; les variations de résistance vaso-motrice qui peuvent alors se produire dans ce circuit sont négligeables, en raison de leur faible importance mécanique. Le chien sur lequel était pratiquée cette expérience était installé dans la baignoire-étuve imaginée par François-Franck pour éviter le refroidissement. Son bulbe était détruit, et la respiration artificielle maintenue pendant toute la durée de l'opération. Après ligature de la veine cave supérieure, et de la veine azygos, des artères aortiques supérieures, de l'aorte à la partie inférienre du thorax et de la veine cave inférieure, la circulation se trouve réduite au circuit pulmonaire et au circuit coronaire. La masse du sang se trouvant ainsi réduite, il faut diminuer dans une proportion adéquate la quantité de digitaline injectée, de manière à obtenir une dilution sanguine équivalente, et pratiquer des injections partielles par le tronçon cardiaque de la veine azj'gos, afin d'éviter le contact rapide et brutal d'upe trop grande quantité de poison avec le myocarde. Le cœur était isolé du système nerveux central par la section ou la ligature des nerfs extrinsèques, précaution d'ailleurs à peu près inutile, par suite de la perte rapide d'action des centres nerveux anémiés. Les branches de l'aorte étant liées, on évite ainsi la répercussion des variations de résistance du circuit aortique. Un large circuit était ménagé de l'aorte à la veine cave pour éviter une trop grande surcharge venlriculaire, les tronçons artériels et veineux pouvant, par leur extensibilité, servir de trop-plein, et le dispositif permettant d'enlever à volonté le sang digitaline. L'expérience ne réussit qu'avec des cœurs préalablement refroidis d'une façon graduelle.

L'action exercée par la digitaline sur l'élément anatomique musculaire intervient pour une large part dans la production de cette action constrictive.

Diurèse. — L'action diurétique de la digitaline est incontestable, bien qu'elle ait donné lieu à un assez grand nombre de discussions ; mais elle me paraît très efficacement favorisée par des produits qui l'accompagnent dans la digitale. . .

Faire de la diurèse une conséquence de l'augmentation de tension artérielle est une hypothèse plus qu'insuffisante et qui ne résiste pas à l'analyse. Les

expériences, efiTectuées il y a déjà longtemps par Lauder-Brunton et Power, n'étaient cependant guère favorables à cette interprétation. Ces observateurs avaient montré que, sous Tinfluence d*une injection de digitale dans la circulation d*un chien, on notait une élévation de la pression sanguine, mais, en môme temps, une diminution, voire même un arrêt de la sécrétion urinaire : les artères rénales, fort contractées, mettaient obstacle à la circulation du saoi^ dans le rein ; et Ton peut voir apparaître un faible degré d'albuminurie, comme après la ligature ou la compression de Tarière rénale. Lorsque la diurèse s'établissait, cela coïncidait avec l'abaissement de la pression artérielle ; de sorte que la quantité d'urine émise est minima alors que la pression sanguine est maxima. Ces expériences ont été vérifiées à maintes reprises ; et Ton savait d'ailleurs, par les observations cliniques, que l'action diurétique de la digitale se manifeste chez des sujets présentant une tension vasculaire tantôt élevée, tantôt abaissée^ d'autres fois absolument normale.

D'un autre côté, la digitaline n'exerce, très probablement, aucune action sur l'épithélium rénal ; elle ne s'élimine pas en nature, et jamais, il n'a été possible de la déceler dans l'urine : il est vrai que cela ne préjuge rien de l'action que ses produits de transformation pourraient exercer sur cctépithélium.

Ce qui rend le mieux compte du mécanisme de cette diurèse, ce sont les modifications qui se produisent dans la circulation rénale, c'est l'action exercée par la digitaline sur la vitesse du courant sanguin et sur l'amplitude des systoles et des diastoles : le cœur est vidé plus complètement pendant la svstole dont l'énergie est accrue, il est distendu davantage pendant la diastole, qui permet la pénétration d'une plus grande quantité de sang ; et il en résulte une accélération de vitesse, malgré l'augmentation de tension artérielle, et après une diminution passagère.

L'accélération du cheminement d'un liquide dans un tube poreux augmente l'intensité des phénomènes d'endosmose ; et ce fait permet d'interpréter l'action diurétique que la digitaline exerce chez les individus affectés d'hydropisie ou d'œdème. Cette action était, d'ailleurs, bien connue des cliniciens, et, en 1870, LoRAiN disait : « On pourrait croire que les litres d'urine que la digitale a fait rendre en vingt-quatre heures sont empruntés aux tissus, tandis qu'ils appartiennent à la résorption du liquide épanché (anasarque et ascite), d'où il suit que la diurèse est plus facile chez les hydropiques qui ont du liquide en réserve. Ainsi, la digitale serait d'un effet réellement efficace et rapide dans les maladies du cœur avec anasarque et ascite. » Il ne faisait, par cette phrase, que donner plus de précision aux assertions de Withering qui avait fait la même observation près de cent années auparavant, et à celle de Vassal qui, déjà en 4809, affirmait la nécessité d'un état d'infiltration pour que l'action diurétique de la digitale se manifestât.

C'est donc à juste titre que C. Potain qualifie la digitale (et du même coup la digitaline) de « diurétique indirect, dont l'action consiste à faire rentrer dans la circulation, pour les éliminer par les reins, les liquides des hydropisies

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et des œdèmes », et que Sidney Ringer fait observer que cette résorption est la cause et non la conséquence de son action diurétique. Telle est également l'opinion de Huchard, qui trouve sa confirmation dans le fait, sij^nalé par Neubauer et VoGEL, de Taug^mentation, parfois considérable, des chlorures, liée à la diurèse dig-italinique : il n'est pas rare de voir l'élimination urinaire des chlorures atteindre 20, 30, 40, et jusqu'à 50 g^rammes par ving^t-quatre heures, après l'administration bien appropriée de la digitale ; et ces chlorures ne peuvent provenir que des liquides d'infiltration.

Je pense donc qu'il faut conclure en disant que la digitaline est un diurétique occasionnel qui ne déterminera cette action que lorsque les conditions physicochimiques favorisant l'endosmose dans le liquide sanguin se trouveront réalisées. Que cette action diurétique soit facilitée, non par une augmentation, mais bien par des variations de la tension sanguine, cela me paraît certain et concordant avec ce mécanisme. Je crois, en eflFet, qu'il y a, dans les variations de pression sanguine déterminées par le spasme artériel suivi du relâchement des artérioles favorisant la diurèse (et cela quelle que soit la substance sollicitant celte diurèse) un point crxtiquey analogue à celui que Ton observe dans la liquéfaction des gaz, au-dessus ou au-dessous duquel l'action diurétique est plutôt entravée.

Système nerveux. — En dehors de ce que j'ai exposé précédemment, relativement à son influence sur le système nerveux cardiaque, le système nerveux n'éprouve pas de modifications appréciables sous l'influence de la digitaline employée à doses thérapeutiques et pendant peu de temps. On constate plutôt une sédation du système nerveux central qui doit jouer un rôle efficace dans la régularisation de la circulation. Mais, si la dose est trop forte, ou bien si l'administration de doses faibles est trop longtemps prolongée, on voit survenir des phénomènes d'intolérance qui se traduisent par de l'excitation, de la susceptibilité aux bruits, des soubresauts tendineux, des mouvements tumultueux du cœur. L'atteinte supportée par le système nerveux se traduit encore par de l'inquiétude, de la pesanteur de tétc, des vertiges, des hallucinations, des bourdonnements d'oreilles, de la dilatation pupillaire, de l'amblyopie, quelquefois même du délire : un indice très sensible de la saturation de l'organisme et de la démonstration que le système nerveux commence à ressentir rinfluence toxique de la digitaline est le délire nocturne, analogue au délire alcoolique, et que l'administration de la digitale détermine avec une grande facilité chez les alcooliques. Toutes ces manifestations sont précédées, en général, de l'apparition brusque, on pourrait dire de l'explosion, d'une céphalalgie sus-orbitaire intense et particulière qui constitue l'un des symptômes les plus importants de l'intolérance : elles aboutissent, le plus souvent, à une syncope, qui est comme le signal de l'apparition des accidents graves, parfois irrémédiablement mortels.

Je m'occuperai spécialement, tout à l'heure, des accidents gastro-intestinaux qui éclatent à ce moment avec une intensité remarquable. La part du système

nerveux consiste dans la paralysie du système nerveux moteur de la vie de relation, puis du système nerveux de la vie organique, que suit bientôt la perte de l'intellig-ence, un état comateux avec insensibilité générale. La moelle subit une diminution graduelle de son excito-motricité qui a disparu à pea près complètement, avant que les muscles ne soient atteints.

Certains phénomènes caractérisant l'action de la digitaline à doses ihérapeu* tiques sont certainement ^^our une large part, sinon môme entièrement, des manifestations de Tinfluence exercée sur le système nerveux. C'est ainsi que la vaso-constriction du début est bien plutôt un phénomène consécutif à l'excitation du sympathique (excitation des vaso-constricteurs des capillaires artériels) qu*à celle de la tunique musculaire des vaisseaux contractiles : ce n'est qu'à la période toxique, que l'élément musculaire a pu être suffisamment influencé par la digitaline pour répondre par une contracture tétanique. Ici, comme pour le cœur, il est assez difficile de dissocier les phénomènes et de déterminer exactement la part qui revient à l'élément nerveux et celle qui est l'apanage de l'élément musculaire. Cependant, l'expérience de Traude confirmée par Lauder- Brunton et A. Bernard Meyer, prouvant que la digitaline, à petite dose, ne produit plus d'augmentation de la tension artérielle, après section de la moelle épinière dans la région cervicale, bien que le ralentissement des contractions cardiaques se manifeste encore, cette expérience paraît bien démontrer l'intervention efficace d'une action de la digitaline sur le sympathique : si, à plus fortes doses, cette augmentation de la tension artérielle se manifeste, c'est parce qu'on a dépassé la dose thérapeutique et que l'action sur le système musculaire peut alors entrer en jeu.

Dans son étude sur l'action physiologique de la digitale, Gourvat donne comme preuve de l'action exercée par la digitaline sur les vaso-moteurs une expérience qui me paraît plutôt justifier l'interprétation précédente. Il pratique, chez un lapin, la section du sympathique au cou d'un seul côté ; il en résulte la vascularisation de l'oreille et de l'œil, la dilatation de l'artère auriculaire centrale dont les pulsations deviennent nettement isochrones avec celles du cœur, une augmentation de la température de l'oreille, de l'atrésie pupillaire par congestion de l'iris. L'animal reçoit alors une injection de digitaline,^ à faible dose : au bout de quelque temps, rien n'est changé du côté de la section, tandis que de l'autre côté, l'artère centrale est diminuée de volume, à peine perceptible sous le doigt ; l'oreille pâle ; la pupille dilatée. Si l'on vient alors à pratiquer une injection de digitaline dans l'oreille énervée, la vasoconstriction se produit.

VuLPiAN estimait que cette expérience ne prouvait pas l'action de la digitaline sur les nerfs vaso-moteurs enx-mêmes, attendu que la digitaline, apportée par la voie circulatoire dans l'oreille énervée, pouvait encore atteindre les terminaisons du cordon cervical du grand sympathique, et, par conséquent, les extrémités périphériques des fibres qu'il fournit aux vaisseaux. Cette objection est très juste et se présente immédiatement à l'esprit, mais il faut tenir compte aussi

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de la dose ; et ce qui me paraît le prouver, c'est le fait de la vaso-constriction par injection directe de dig'italine dans Toreille énervée. Telle dose de digitaline, capable de déterminer la vaso-constriction lorsque les fibres terminales du cordon cervical du g-rahd sympathique sont en relation normale avec le myélencéphale, est peut-être insuffisante lorsque ce cordon est sectionné et queTinfluence vaso-motrice sympathique se trouve réduite àcelleexercée par les g'anglionsde la tunique vasculaire: il faut, dans ce cas, l'intervention de la contracture musculaire, ce que me semble produire l'injection directe de la solution de digitaline dans le tissu de l'oreille énervée.

Système musculaire. — La dig-italine exerce, localement, aussi bien sur les muscles à fibres lisses que sur les muscles à fibre* striées, une action tétanisante analogue à celle de la vératrine, ou mieux encore de la caféine. Le muscle meurt en état de contracture persistante, et le nerf n'est pas affecté. C'est ce que Ton peut vérifier aisément en mettant ungastrocnémien de grenouille au contact d'une solution de dicritaline.

Par la voie de la circulation générale, l'action delà digitaline sur le système musculaire se traduit d'abord par de l'excitation, bientôt suivie de paralysie: le muscle meurt en état de tétanos, comme le myocarde. L'action sur les muscles à fibres lisses est plus lente et plus prolongée que sur les muscles à fibres striées. Celte influence sur les muscles lisses se traduit par les évacuations alvines, les vomissements, la fréquence des envies d'uriner (je ne dis pas la fréquence des mictions, carl'anurie est souvent à peu près complète), les contractions utérines ; tous phénomènes que l'on observe couramment au cours des intoxications. Quand on expérimente sur les grenouilles, on constate que les muscles striés perdent Iciur excitabilitéenvironhuitàdix heures après la mort lorsqu'elle a été déterminée par la digitaline, alors que cette excitabilité persisté plus de dix-huit heures lorsque la mort a été déterminée, comparativement, par excision du cœur.

Delà comparaison de ces phénomènes avec ceux qui caractérisent l'action de la digitaline sur le myocarde, il résulte que ce poison exerce une action élective sur la fibre musculaire cardiaque ; et que Tintervention de doses relativement massives est nécessaire pour que l'impression sur les autres muscles se manifeste. L'expérience montre en effet que le cœur est déjà tué et la circulation suspendue alors que les appareils nerveux (central et périphérique), musculaire et respiratoire sont encore intacts. Cela résulte des expériences effectuées par Vu lpiANSur la grenouille et parCADiAT sur des roussettes (Scyllium canicula).

Respiration. Température. Nutrition. — La diminution du nombre des mouvements respiratoires est la règle, avec les doses faibles, thérapeutiques, de digitaline : aux doses toxiques, on observe une accélération suivie de ralentissement.

Ce ralentissement circulatoire et respiratoire concordant avec un abaissement, parfois notable, de la température, facilité par la constriction vasculaire et le resserrement des artérioles, comme dansTexpérionce de Gourvat, tend àdémon-

trer une diminution dans les échangées organiques, un ralentissement dans la dénutrition. Des expériences de Mégevand, effectuées à Taide de la variété de digitaline portant dans le commerce la dénomination de digilaline d'HouoLhEel QuÉvENNE, ont confirmé ces déductions. Sous Tinfluence de Tabsorption, parla vofe gastrique, de un quart de milligramme de cette digitaline, Mégevand observa le ralentissement du pouls jusqu'à 60 et même 40 pulsations par minute ; la température s'abaissa de !<> à 1^5 ; il se produisit une légère diurèse aqueuse etTurée tomba de 21 à 15 grammes par vingt-quatre heures. Ceseffefs se prolongèrent encore pendantquelques jours après la cessation de Tabsorption de la digitaline.

Toutefois, ces effets sur la nutrition peuvent être variables, car il résulte d'expériences de Lauder-Brunton que l'élimination de l'urée et de l'acide carbonique exhalé est plus considérable qu'à l'état normal durant la période d'augmentation de la tension artérielle. Ce résultat concorde avec les expériences de GuiDO Cavazzini qui aurait constaté, à cette même période, une augmentation de la capacité du sang pour l'oxygène.

A l'inverse de ce qu'on observe sous l'influence de la caféine, on constate la production d'une hypothermie centrale, tandis que la température périphérique s'élèverait de quelques dixièmes de degré.

Ces résultats sont assez discordants et nécessiteraient de nouvelles recherches.

Appareil digestif. — L'appareil digestif n'est intéressé que par l'introduction brusque de fortes doses d'emblée, ou bien lorsqu'il éclate tout à coup des phénomènes d'intolérance succédant à une administration trop longtemps prolongée. La sécheresse de l'arrière-bouche, des nausées, des éructations, des vomissements, des coliques, de la diarrhée, sont les manifestations d'une action irritante locale en rapport avec l'élimination de la substance toxique. C'est, en effet, seulement dans ces déjections, alvines et stomacales, que l'analyse chimique permet de déceler la présence de la digitaline et de démontrer ainsi, en quelque sorte, l'effort de la natura medicatrix pour se débarrasser du poison. Ces phénomènes se produisent aussi bien, quelle que soit la voie d'introduction du poison : gastro-intestinale, sous-cutanée, veineuse. Les troubles gastrointestinaux constituent toujours une manifestation grave de l'intoxication digi* talinique : ils traduisent la .stimulation du péristaltisme intestinal, sans hypersécrétion nécessaire, et se montrentsouvent sous forme decoliques sans diarrhée, témoignant delà tétanisation des fibres musculaires lisses de l'intestin. Quant aux vomissements, ils sont caractérisés par leur ténacité et leur caractère laborieux, la violence des efforts, la douleur persistante et à caractère pongitif qu'ils produisent, ainsi que par leur tendance à reparaître spontanément après une certaine période de calme relatif.

Accumulation. Espèces réfractaires. — Je ne saurais terminer cette étude de la digitaline sans dire quelques mots de deux phénomènes plutôt susceptibles d'intéresser la pratique thérapeutique, mais qu'il faut au moins signaler.

Chez les mammifères, et surtout chez les mammifères supérieurs, onn'observe

DIGITALIS PURPUREA 809

pas d*accoutumancc à Taction de la di/ti^italine. Bien mieux, il se fait une sorte d'accumulation si Ton introduit journellement dans l'organisme des doses faibles et incapables, isolément, de déterminer des accidents ; et l'on voit éclater tout à coup ces accidents d'intoxication, comme si Ton venait d'administrer •brusquement, en une seule fois, une dose toxique. En administrant, par exemple, à un chien du poids de 20 kilos une quantité de digitaline de 5 milligrammes pendant plusieurs jours de suite, on voit, vers le septième où le huitième jour et sans que rien ait pu le faire prévoir, survenir tout à coup des accidents d'intoxication aussi violents et aussi subits que ceux qui résulteraient de l'introduction, en une seule fois, dans l'organisme du même animal d'une dose de 35 à 40 milligrammes de digitaline ; absolument comme si les doses journalières s'étaient ajoutées les unes aux autres, attendant pour démasquer leur action que la dose toxique fût atteinte.

C*est de cette façon que, chez l'homme, l'usage prolongé de digitaline, ou de préparations de digitale, détermine tout à coup l'apparition de ces accidents d'intolérance, toujours extrêmement graves, souvent même mortels. Pour donner une idée de la gravité de ces accidents, il faut ajouter qu'il n'existe pas d'antidotes réels de la digitaline ; et rappeler que l'action élective sur le myocarde peut en déterminer la mort, par une tétanisation irrémédiable, avant que l'action de la digitaline ne se soit manifestée d'une façon évidente sur les autres appareils.

Cette accumulation cela digitaline est en rapport avec ce fait que l'expérience vérifie et sur lequel j'ai déjà attiré l'attention. La digitaline ne s'élimine que très lentement de Torganisme, et sous une forme encore inconnue, car on Ta toujours vainement recherchée dans l'urine et les diverses excrétions. Elle n'apparaît dans les déjections alvines et stomacales que lors des accidents graves d'intoxication, et parce que, alors, elle s'élimine en nature par les glandes de la muqueuse gastro-intestinale. Elle paraît offrir une résistance notable aux actes physico-chimiques qui s'accomplissent dans l'organisme vivant, et ne subirque très lentement les modifications qui la rendent inoffensive; de là son action médicamenteuse à longue portée.

Certains animaux sont réfractaires à l'action de la digitaline. Vulpian avait signalé le fait pour le crapaud qu'il considérait comme le seul animal vraiment réfractaire à l'action toxique de la digitale. Cette observation était d'autant plus intéressante que ce même expérimentateur avait démontré l'action du venin de crapaud sur le cœur de la grenouille dont il arrête les mouvements avant d'abolir la motricité des nerfs de la vie animale ou la contractilité des muscles des membres. Depuis, des recherches nouvelles ont permis d'envisager le rat, sinon comme absolument réfractaire, au moins comme tout particulièrement résistant. On a pensé que le sang de cet animal exerçait peut-être une action antitoxique sur la digitaline ; et cette hypothèse a inspiré à Binet (de Genève) la pensée de pratiquer quelques essais de sérothérapie qui n'ont pas confirmé ces prévisions. Ses recherches ont, en effet, abouti aux résultats suivants : le sérum du

sang de rat, injecté à un cobaye, n'atténue en aucune façon l'action exercée sur cet animal par la digitaline. D'autre part, le sérum de rat intoxiqué par la dig-italine ne s'est pas montré toxique pour le cobaye, mais il n'a pas non plus atténué Faction toxique d'une injection subséquente de digitaline.

Dans une thèse reproduisant les recherches et les essais de Binet, L. Scofone* énonce les conclusions ci-après. La digitaline ne perd pas son pouvoir toxique après macération à Tétuve avec divers tissus organiques appartenant à une espèce insensible à ce toxique (rat, couleuvre, crapaud). Le sang et le sérum des animaux insensibles à l'action de la digitaline n'exercent pas de pouvoir antitoxique vis-à-vis de cette substance. Les animaux sensibles à l'action delà digitaline ne sont pas rendus réfractaires à ce toxique par Tinjection de sérum appartenant à un animal insensible à cette substance.

Il serait néanmoins intéressant de reprendre ces essais avec du sang de crapaud, ou de salamandre aquatique, dont le venin exerce sur le cœur de la grenouille une action analogue à celle du venin de crapaud.]

LENTIBULARIÉES

Pinguicula vulgatis (L.). Les feuilles de grassette rendent le lait épais. Les bêles ne mangent pas cette plante qui, entre autres, agit comme purgatif et transforme l'albumine eh peptone. Elle pourrait tuer les moutons.

Utricularia. — Les bêtes ne mangent pas les espèces d'utriculaire, mais les canards les mangent. Certaines espèces, par exemple, U. neglecta (Lehm.), contiennent une substance digérant l'albumine.

BIGNONIACÉES

Le Bignonia crucigera (L.), le B. Catalpa (L.), le B. petiolaris (DG.) [Tecoma leucoxylon (Mart.)], le B. radicans (L.) et le B. procera (Willd.) sont vénéneux, irritent la peau et font partie des substances employées dans l'Amérique du Sud pour engourdir les poissons.

ACANTHACÉES

Grâce, vraisemblablement, à la présence d'un alcaloïde volatil, VAdhatoda Vasica (Nées.) est vénéneux pour les animaux infé-

MYOPORINÉES — SÉLAGINACéES 811

rieurs, les insectes, les grenouilles, les sangsues, etc. ; il ne le serait pas pour les animaux supérieurs.

Le Paulowilhelmia speciosa (Brown) est une plante africaine dont on se sert comme poison pour poissons.

Le Rueîlia sufft^uticosa (Roxb.) est employé dans certaines réglions de l'Inde pour la préparation de la bière de riz (i).

Le Strobilanthes callosus (Nées) provoque de la gastro-entérite (2).

MYOPORINÉES

Les baies et les feuilles de Myoporum deserti (A. Cunn.) et de M. acuminatum(K. Br.) mangées par les troupeaux de moutons en Australie, les déciment d'une manière effrayante, par exemple cinq cents cas mortels sur sept mille moutons.

Eremophila maculata (F. Muell.). Les moutons qui ne sont pas accoutumés à cette plante, succombent en présentant : exophthalmie, gonflement et écoulement d'une sécrétion nasale. La mort d'un mouton est amenée par quatre fruits.

SÉLAGINAGÉES

GLOBULARIA ALYPUM (L.). — On a retiré de la Globulaire frutescente {Herbe terrible^ Séné des Provençaux^ Globulaire-turbith) le glucoside globularine et, comme produit de décomposition, la aiiOBUiiARÉTiNE. Donnée à la dose quotidienne de Ogr. 1 5 à Ogr.45, la globularine provoque chez rhomme : oligurie et ralentissement du pouls. Son administration à la dose de Ogr. 5 fut suivie de : coliques, diarrhée, angoisse précordiale, vertiges, céphalée, frissons, douleurs aux membres et abaissement de la température. A la dose de Ogr.l à Ogr. 3, elle provoque chez les grenouilles :

(1) Watt, Dictionary, U, p. 259, VI, p. 7.

(2) KiRTiKAR; Pois, plan U of India, fasc. I.

ralentissement du pouls et de la respiration, abolition de l'excitabilité réflexe et de la motilité, et les animaux meurent en deux heures environ. On trouve des ecchymoses aux lieux d'injection. La globularétine, à la dose deOgr.i à Ogr.4, ag-it chez l'homme comme purgatif, diurétique et drastique (1).

VERBÉNACÉES

Lippia dulcis (Trevir.). — Uhuile de lippia contenue dans la plante provoque du malaise et le UPIOL, à la dose de Ogr.2, produit chez les chats : vomissements, agitation, sommeil.

Verbena officinalîs (L). — Les chevaux et les vaches ne mangent pas cette plante.

[Le nom vulg-airc à' Herbe aux Sorcières donné à la verveine officinale rappelle les propriétés fabuleuses qui ont été faussement attribuées à cette plante; elle est simplement amère et aromatique. Les Lippia nodiflora et pseudo-thea servent à préparer des infusions di^estives et sudorifiques].

Lavandula. — Uessence de lavande et Vhuile de Spic obtenues du Lavandula vera (DG.) et du L. Spica (DC.) sont toxiques. Donnée à la dose de 3gr.6, la dernière provoque chez les lapins: troubles respiratoires, secousses et mort rapide. Chez un homme dans la poche duquel une bouteille remplie d'essence s'était brisée, l'essence de lavande inhalée ou absorbée par la peau a donné naissance à : nausées, vomissements, céphalée el frissonnements (2). Chez une dame à laquelle on avait pratiqué par mégarde une injection sous-cutanée d'huile de Spic^ il est survenu : céphalée, douleurs au lieu d'injection, abcès, ainsi que vésicules blanches dans la bouche. Les huiles de Serpi/lluniy Melissaj Thymus^ Ruta^ sont douées de propriétés paralysantes^ comme l'essence de lavande.

(1) Heckel, Gaz, hebd,, 4882, p. 409 et 4i4.

(2) Crucis, Action de h Tkérèbenth., Paris, 1874, p. 26.

Mentha piperita (L.). La menthe poivrée contient une huile élhérée qui, ainsi que le fait le menthol (C*^H*^0) que Ton peut en obtenir, irrite d'abord les muqueuses pour les anesthésier ensuite, amène de Thypoleucocytose, provoque de l'hypoexcitabilité réflexe et, à doses élevées, élève la pression sanguine et agit sur le cœur comme le camphre (1). La solution de menthol dans le chloroforme additionnée d'un peu d'iode, prend une coloration bleu-indigo.

Mentha Pulegium (L.). — L'essence de chasse-puce qui contient de la PUiiÉGONE, est employée pour provoquer l'avortement; donnée à la dose de 5 gr. environ, elle a produit : collapsus avec refroidissement des membres, perte de connaissance, salivation, battements cardiaques irréguliers et affaiblis. Les vomitifs et le brandy amenèrent la guérison (2).

Origanum vulgare (L.). L'essence d'or/^an 5awz;a^^ appartient au groupe des huiles éthérées (CalaminthUy Mentha^ Ocimum Basilicum (L.) Salureia^ Angelica^ Cainomilla^ Valeriana) qui provoquent des paralysies précédées d'excitation (3).

Thymus vidgaris (L.). — L'essence de thym, à la dose de Ogr.03 environ par kilo de chien, provoque chez ces animaux : abolition de l'excitabilité réflexe, contractures, tremblements et contorsions.

Le thymol (C*^H^*0) que Ton en peut retirer produit sur les muqueuses des taches corrosives blanches qui s'évanouissent après expulsion de la couche épithéliale (4). Administré, à la dose de 3 à 4 gr. en injection sous-cutanée et à la dose de 5 à 6 gr. dans l'estomac vide, le thymol tue les lapins (5), par arrêt de la respiration en provoquant chez eux : abaissement de la pres-

(1) Pellagani, Arch. f. exp. Path. u, Pharm., Bd XVII, p. 314.

(2) GiRLiNG, Brit. med, Journ,, 4887, p. 1214 ; — Flynn, ibid., 1893, II, p. 1270 ; — Prov. med. Journ., 1894, p. 466.

(-3) Consulter à ce sujet : G. Pouchet, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, 2* série, p. 295.

(4) L. Lewin, Arch, f. path, Anat., Bd LXV, 1875.

(5) HusEMANN, Arch. f, exp. Path. und Pharm.^ Bd IV, p. 280.

sien sangfulne et coma. L'urine contient : albumine, cylindres, parfois sangf, indican. La respiration artificielle peut sauver la vie. Il peut y avoir néphrite et stéatose du foie.

Le thymol, à la dose de 6 à 10 gr., a parfois provoqué chez rhomme : vomissements, gastralgies et coliques, diarrhée, vertiges, bourdonnements d'oreilles, dureté de l'ouïe et collapsus.

Le thymol^ en présence de l'acide acétique glacial et de l'acide sufurique concentré, prend une coloration violette et, à l'examen spectroscopique, fournit des raies d'absorption. Dissous à chaud dans la lessive potassique et additionné de chloroforme, le thymol se colore en violet. Il se trouve dans Purine des sujets ayant pris du thymol, sous forme de : chromogène d'une matière colorante verte, acide thymolglycuronique, acide thymolsulfurique et acide thymolhydroquinonesulfurique (1).

Thymus Serpyllum (L.). — L'essence de serpolet, à la dose de 3 gr. environ, provoque chez les chiens : anesthésie, abolition de l'excitabilité réflexe, incoordination motrice et la mort.

Hedeoma pulegioides (Pers.). — L'absorption d'une cuillerée à café d'essence {essence poley ou pennyroyal) associée à l'ergoline, pour provoquer l'avortement, fut suivie de : perte de connaissance, refroidissement des membres, tremblements, opisthotonos et contractions tétaniques des membres avec rémissions. La faiblesse musculaire a persisté quelque temps après la guérison (2).

Hyssopus officinalis (L.). L'huile d'hysope provoque des convulsions comme l'huile de sauge.

Salvia officinalis (L.). — L'injection intra-veineuse de Ogr.05, d'huile de sauge, qui est une partie constituante de l'eau d'Arquebuse bue en France, suffit pour provoquer chez les chiens des accès épileptiformes. Les contractions cloniques succèdent à

(1) Blum, Zeitschr. f. physioL Chemie, XYl^ H. 6; — Bâter und Heinrich, Ber, d. d, chem. Ges., XXVHI, p, 652.

(2) WiNGATE, Gaillard med, Journ., 1889, p. 162.

la rigidité tonique. La dose léthale pour les chiens est de Ogr.2 à Ogr.o (I).

Le S. pratensis (L.) aug^menterait le pouvoir enivrant de la bière et nuirait au bétaiL Agissent comme convulsivants, outre Tessence de sauge, les essences de : fenouil^ absinthe^ romarin^ cina.ei cèdre.

Rosmarinus of/icinalis (L.). — L'essence de romarin empoisonne les lapins à la dose de X gouttes et les tue par paralysie du centre respiratoire à la dose de igr.2; la mort est précédée de convulsions épileptiformes et d'abolition dé l'excitabilité réflexe. La pression sanguine s'abaisse et le pouls devient lent et dicrote. L'intoxication chronique se manifeste par : hémorrhagies stomacales, albuminurie, cylindrurie et stéatose du foie et des reins (2). Un enfant est mort après avoir absorbé une cuillerée à soupe d'un mélange de six parties d'huile de romarin et de deux parties d'huile de cina.

Stachys arvensisih.). Cette mauvaise herbe tue en Australie un grand nombre d'animaux. Les chevaux sont atteints de vertige, se mettent à trembler et peuvent périr de même que les bœufs de somme, ou deviennent inaptes au travail. On a trouvé l'estomac cautérisé*

Le Leonurus cardiaca (L.) est soupçonné d'être vénéneux. On lui attribue une action sur le cœur et l'utérus.

UEremostachys superba (Royle) serait employé dans l'Inde pour engourdir les poissons.

Teucrmm Scordium (L.). La germandrée donne au lait de vache un arrière-goût d'ail.

Ajuga. Les vaches ne mangent pas ces plantes.

(1) CÀDÉAcet Meunier, C. R. de la Soc. de Biol., 1891, p. 230.

(2) ScHREiBER, Ueber Rosmarinôl, Halle, 1878

816 POISONS VÉGKTAUX

ILLÉGEBRACÉES

Le Dysphania myriocephala (Benth.) est vénéneux pour les moutons; la mort a lieu quelques minutes après rapparition des premiers symptômes morbides.

AMARANTHACÉES

V Achryanthes aspera (L.) provoque de l'entérite ; il est employé dans l'Asie Orientale pour produire l'avortement.

CHÉNOPODIACÉES

VAnsérine anguleuse ou Patte d'oie, Chenopodium hybridiitn (L.) aurait provoqué dans un cas : vertige, obscurité devant, les yeux, tremblements, mydriase et cyanose, soit ictère persistant longtemps. Le Ch. vulcària (L.) {A nsèrine fétide, Vulvairé) contient de la triméthylamine. Prise avec de l'essence de térébenthine, l'essence de Ch. anthehninticum (L.) a provoqué à dose élevée : céphalée, bourdonnements d'oreilles, dureté de l'ouïe, perte de connaissance, mydriase et vomissements. L'état semi-conscient persista cinq jours (1). Le Ch. Quinoa (Wlld.) agit comme vomitif.

PHYTOLAGCACÉES

La Marelle des Indes, Phytolacca decandra (L.), possède des baies rouge-foncé employées pour la teinture. La plante ne serait plus vénéneuse après cuisson. C'est la phytoIiACCOTOXINE agissant à la manière de la picrotoxine, qui constituerait la partie constituante active de la plante (2). Les empoisonnements, même avec issue fatale, ont été observés aussi bien avec la racine

(1) Med, Rec, 1880, p. 349.

(2) Kashimuva, Pharm. Joum. a, Transact,, 1891, p. 4170.

POLYGONACÉES 81 7

(on Ta prise pour la racine d'autres plantes) (l) qu'avec les baies (2).

Les phénomènes toxiques surviennent après une heure environ et consistent en : dégoût, pesanteur à la rég^ion épigastrique, vomissements, soif, sensation de faiblesse ; de plus : diarrhée sanguinolente, refroidissement et cyanose de la peau, petitesse et irrégularité du pouls, mydriase, tuméfaction de la muqueuse buccale et engourdissement. La guérison peut avoir lieu dans le cours de vingt-quatre heures. La déglutition de petits morceaux de glace et les analeptiques l'activeront.

p. slricta (Hoffm.). La « pomme de terre sucrée sauvage du Cap » a provoqué souvent des empoisonnements.

Le Petiveria alliacea (L.) est employé dans les Indes occidentales pour provoquer l'avortement.

POLYGONAGEES

Les expériences sur les animaux ont démontré les propriétés ectrotiques de Polygonum hydropiperoides (Puasn.) qui serait aussi employé comme poison pour poissons. Donné à dose^ élevées, l'extrait alcoolique de la plante a provoqué, entre autres, chez les chats : mouvements musculaires incoordinés, paralysies généralisées et coma (3). Il faut ajouter que l'extrait était injecté dans la cavité péritonéale, ce qui rend les résultats presque sans valeur aucune. De même que P, ^naritimiim (L.), la plante est douée de propriétés irritantes locales. Le P. barhalum (L.) serait employé dans les Indes néerlandaises pour engourdir les poissons.

P. Fagopyrum (L.). — L'ingestion du blé sarrasin (probablement attaqué par des champignons) a provoqué parfois chez des

(4) FuMANi, Canstatt's Jahvesber.y i857, V, p. 116.

(2) MoRois, Philad. msd. Report,, XLII, p. 505.

(3) Bautholow, [/item. Journ, of, mtd. Scienc.y 1886, p. 58i. Toxicologie. ^2

moutons, porcs, bœufs, etc. de couleur claire des affections se manifestant par : convulsions, mouvements de rotation, inflammation des voies respiratoires supérieures, dermatite (tuméfaction, vésicules, vésicules purulentes, gangrène de la peau), surtout à la tête et aux parties du corps de couleur claire. La lumière solaire semble exercer une influence sur cet état.

[Des accidents se rapprochant de ceux groupés sous la dénomination de lalhyrisme ont été j à plusieurs reprises, observés chez des hommes dont la farine de sarrasin formait Talimentalion presque exclusive ; mais des recherches suivies et attentives ont presque toujours démontré l'intervention de champignons parasites auxquels ces accidents devaient être rapportés. Toutefois, j*ai pu constater la présence d'une substance toxique (saponine (?) ou albumose) dans la graine incomplètement mûre du blé noir].

Le Ricmex acetosa (L.) [Oseille vulgaire^ Lapalhtim prateme (Lamk)], est suspect d'être vénéneux, non à cause de sa teneur en bioxalate de potasse (10 p. iOO environ), mais paf suite d'une substance inconnue, qui ne s'y trouve qu'exceptionnellement et qui, d'après toute vraisemblance, constitue un champignon inférieur, vénéneux (i). Des garçons en ayant mangé beaucoup, sont tombés malades et l'un d'eux est mort, il est vrai qu'il avait, en dernier lieu, ingéré de la lessive ce qui avait peut-être occasionné une aggravation de la maladie (2). Sur vingt brebis qui avaient ingéré beaucoup d'oseille dans un pacage, sept tombèrent dangereusement malades. Cinq se rétablireni et deux moururent. Les symptômes consistaient en : refroidissement des extrémités, adynamie, diminution du nombre des battements du cœur, accélération respiratoire et diarrhée.

[J'ai vu un cas d'empoisonnement mortel, chez Vhomme, à la suite de Tingestion d'une grande quantité de décoction d'oseille. Les symptômes furent, en tous points, ceux de l'intoxication par l'acide oxalique, ou mieux par les oxalatcs acides. Voir p. 458].

(1) Levi^in, Deutsche Sied, Wochenschr.y 1899, n» 30.

(2) SucKLiNO, Lancet, 4886, II, p. 228.

ARISTOLOCHIACÉES PIPÉRACÉES 819

ARISTOLOCHIACÉES

UAsarum êuropœum (L.) {Cabaret y Oreille (ï homme ^ Nard sauvage) et VA. canadense (L.) sont vénéneux pour les animaux et l'homme. Ils provoquent des phénomènes de gastroentérite et, en outre, irritent probablement la peau qui prend un aspect érisypélatoïde. L'asaret d'Europe est aussi employé comme ectrotique dans quelques endroits de l'Allemagne (1).

\J Aristolochia Clematitis (L.) [Rateliney Poison déterre)^ VA. rotunda (L.) et 1'^. longa (L.) contiennent l'aristolochine, mieux dénommée acide ARiSTOLOCHiASiauE (C^H^Az^O*^), qui, inefficace chez les grenouilles, provoque, à la dose de Ogr.iS, chez les lapins : irritation rénale allant jusqu'à la nécrose des éléments épithéliaux des reins, hématurie, paralysie des membres ; et chez les chiens : vomissements, diarrhée, abaissement de la pression sanguine, accélération du pouls et dégénérescence graisseuse du foie (2). L'ingestion de VA. clematitis par les chevaux fut suivie, entre autres, de : selles sanguinolentes, polyurie, titubation et convulsions. Il empoisonne encore les poissons. UA. grandiflora (Sw.) n'est mangé que par des cochons qui en meurent. \JA. indica (L.) est employé dans l'Inde comme ectrotique. VA. hracteata (Retz.) tue les vers intestinaux et VA. cymhifera (Mart. et Zucc.) est un émétocathartique. On a obtenu un alcaloïde, I'ahistolochine, de 1'^. argentina (Grieseb.) (3).

PIPÉRACÉES

Le poivre noir est le fruit non mûr et desséché de Piper nigrumy tandis que le poivre blanc en est le fruit mûr. Le poivre

(1) Maschka, Vierteljahrsschr. f, ger, Med., 1865, Bd V, p. 54.

(2) PoHL, Arch. f. exp.Path. u, Pharm,, 1891, Bd XXIX, p. 282.

(3) Hesse, Arch, d. Pharm., 1895, Bd CCXXXUI, p. 684.

conlient : Talcaloïde pipémne (C*'H*UzO') dont l'on obtient la PIPËRIDINE et Tagide pipérinioue, et la ghavigine (résine acre de poivre) (1).

[Le Poivre long^ Piper longum ^L.) [Chavica Roxburghil (L.)], et le Poivre des boutiques. Piper officinarum (DC.) [Chavica officinarum (Miq.)] renferment les mômes principes actifs. La racine aromatique du dernier est considérée par les Indous,les Persans et les Arabes comme un médicament précieux].

La Pipèridine (C^H**Az) paralyse chez les grenouilles les terminaisons des nerfs sensitifs, tue les lapins à la dose Ogr, 19, par arrêt du cœur en systole, et provoque : mydriase, hypoesthésie et liypoexcitabilité réflexe (2).

L'action locale du poivre sur la peau peut aller jusqu'à lavésication. Il en est redevable à la pipérine qui, à la dose de Ogr.6 à lg-r.2, provoque: sensation de brûlure à la bouche et au pharynx, rougeur des yeux et tuméfaction des paupières, du nez et des lèvres (3). Le poivre, à la dose de 50 à 60 gr., peut causer : soif, sensation de brûlure dans les voies digestives supérieures, coliques, pâleur, frissons, laryngite, perte de connaissance, secousses, plus tard aussi vomissements et, probablement, urticaire (4).

P. darienense (DC.) [Ottonia glaucescens (Miq.)]. Les feuilles sont employées dans l'Amérique du Sud pour engourdir les poissons. Le P. plantagineum (Schlecht.) fournit dans les Indes Occidentales une boisson enivrante. Le P. ovatum (Vahl.) contient une résine dont on peut obtenir la pipérovatine cristalline qui cause des convulsions ressemblant à celles provoquées par la strychnine (5).

piper Belle (L.). Le Tamhoiil qui est employé comme masli-

(1) BuciiHEiM, Àrch. f, exp. Path, u. Pharm., Bil V, p. 463.

(2) KnoNECKER, Ber,d. chem. Ce.?. ,Bd XIV', p. 7i2.

(3) Chiappa, Schmidts, Jahrb., Bd XUI, p. 153.

(4) Reuscher, RusCs Magazin, Bd XXV, p. 94; — J^ger, lôirf., Bd XXI, p. 549.

(5) DuNSTAN and Garnett, Chem., IVeics, 1895, v. LXXl, p. 33.

PIPERAGÉES 821

catoîre, contient une essence dont les parties constituantes, suivant sa provenance, sont : chavicol (paraoxyallylphénol) et BËTELPHËNOL à côté du CADINÈNE. Injectée à la dose de Ogr.2j l'essence excite les lapins à exécuter des mouvements, ce qui les laisse ensuite très fatigués (1).

Les drupes non-mûres de Piper Ctibeba (L.) [Ciibeba officinalis (Mig.)] contiennent de I'acide cuBÉBÉNiatiE et une essence. Donné à la dose de 10 gr. dans l'espace de six heures, l'acide cubébénique provoque : renvois, sensation de brûlure dans l'estomac et l'urèthre, diurèse augmentée, coliques etcéphalée (2). Par suite de sa teneur en résine, l'urine se trouble lorsqu'elle est traitée par l'acide azotique. L'essence tue les lapins à la dose de 30 gr. Prise à doses réfractées (en tout 6 à 10 gr.), elle provoque chez l'homme : renvois, vomissements, gargouillement abdominal, diarrhée, vertiges et besoin impérieux d'uriner. Elle passe dans l'urine sous forme de résine.

Les cubèbes peuvent produire à la dose de 8 à 20 gr. : nausées, vomissements, diarrhée avec ou sans douleurs abdominales; et même à doses moins élevées : fièvre avec ou sans (3) tuméfaction de la peau, éruptions cutanées (érythème, papules, urticaire, bulles et même pustules ressemblant à celles delà variole), prostration, douleurs aux membres, irritation rénale, pouls faible, perte de connaissance, secousses, myosis (4), délire ou coma. La mort peut avoir lieu en asphyxie. Traitement : remèdes huileux ou muqueux, opium et diurétiques.

L'écorce de Kawa, Piper methysticum (Fokst.), contient la KA^WAÏNE non-efficace et une résine jouissant de propriétés narcotiques et analgésiques locales (elle peut se dédoubler en deux parties constituantes) (5). Le Kawa est employé par les insulaires de l'Océan Pacifique pour la préparation d'une boisson

(1) L. Lbwin, Ueber Areca Ca/ccAu, SluUgarl, 1889, p. 78.

(2) Bernatzik, Vierteljahrsschr, /*. pr. Heilk., Bd LXXXl, p. 9, Bd LXXXV, p. 81.

(3) PuEL, frorieps Notizen, 1825, X, p. 221. (A) Page, Lancet, 1843, p. 672.

(5) L. Lsvvm, Ueber Piper methysticum^ UcrWn, 1880,

enivrante. La face pâlit, la vision se trouble, il survient de la diplopie et les sujets ne peuvent marcher, ni se tenir debout. La conscience est conservée, mais la direction des mouvements des jambes devient impossible. La macération de Kawa prise à doses élevées, peut provoquer un sommeil profond de longue durée. L'usage prolongé du Kaw^a provoquerait des affections du foie et une maladie de la peau, ressemblant à la lèpre, qui s'accompagne d'amaigrissement et d'épuisement.

MYRISTIGACEES

Myristica fragrans (Houtt.). — Les noix de muscade, probablement déjà connues des Egyptiens (1), contiennent l'huile éthérée de muscade (Pinêne^ Myristicine) ; les arilles [Macis], l'huile de macis; et les feuilles, l'huile de feuilles de muscade au taux de iO p. iOO environ (cette huile dégage un parfum délicat). Ces huiles sont proches voisines aux points de vue chimique et toxicologique. Donnée à la dose de 8 à 21 gr., l'essence de muscade provoque chez les lapins: faiblesse musculaire, accélération du pouls, hématurie et diarrhée; la mort arrive dans l'espace de treize heures à cinq jours. Chez les chiens, elle provoque le sommeil et, à doses élevées, l'abolition de l'excitabilité réflexe. L'huile de macis, à la dose de Ogr.03, paralyse les muscles de la grenouille.

L'huile de muscade provoque chez l'homme une sensation de brûlure et la rubéfaction de la peau. Grâce à l'essence, les noix de muscade (dont on disait dans les temps anciens : « Unica nux prodestf nocet altéra^ tertia mors est ») sont toxiques à doses élevées. L'injection intraveineuse de Ogr.5 d'huile éthérée de muscade amena la mort d'un chien de 6 kilos au bout de douze heures, lgr.25 entraîna celle d'un chien de 9 kilos 5 en une heure et demie, et 2gr.73 fît périr un chien de 20 kilos en cinq minutes (2). Quant aux falsifications toxiques étrangères, elles

(1) BoNASTRE, Journ, de Pharm., 1823, IX, p. 281. •

(2) Cadéac et Meunier, Journ, de Méd. vétèr,, 1889, p. 1.

MONIMIAGÉES LAURACÉES 823

n'entrent que très rarement en lig^ne de compte. Les empoisonnements (1) dont trente environ sont rapportés dans la littérature, ont pour causes : tentatives d'avortement criminel, emploi thérapeutique des noix, ou absorption dans des philtres (Java). Dans la majorité des cas, il suffît d'une seule noix pour causer un empoisonnement. La guérison fut obtenue encore après six noix (22 gr. environ). Outre la soif, les nausées, la rougeur et la tuméfaction de la face, les sueurs profuses, le besoin impérieux d'uriner, l'oppression thoracique et l'accélération du pouls, ce sont principalement les phénomènes d'excitation ou de dépression du système nerveux central qui prédominent : céphalée, rire spasmodique, hallucinations, divagation, agitation, vertiges, envie de mordre, la conscience étant conservée, ou engourdissement, somnolence, amblyopie, stupeur, collapsus avec cyanose, paralysie des sphincters, etc., etc.

Traitement : Vomitifs, purgatifs, compresses froides sur la tête et, en cas de besoin, analeptiques.

MONIMIAGÉES

Le Daphnandra repandula (F. v. M.) est vénéneux pour les poissons, les mollusques et les infusoires (2). Dans l'écorce, se trouveraient des alcaloïdes se rapprochant de la digitale par leurs effets toxiques

LAURACÉES

Le Cryptocarya australis (Benth.) contient un alcaloïde qui provoque chez les animaux à sang chaud des troubles respiratoires se terminant par l'asphyxie et la mort (3).

Le Haasia firma (BL.) (Dehaasia) et le //. squarrosa (Miq.)

(1) MiTscHERLicH, Pi\ Vereitiszeit., 4848, no 29 ; — Gaulke, Prakt, Arst., 1880, no 10 ; — GiLLEPSiE, Philad. med. Times, 1887, 6 août. — Med, Rec, 1889, p. 349. - Bbading, Ther, Gaz,, 1892, p. 585. — Hammond, Brit, med. Journ., 1891.

(2) Maiden, Usef, nat. Plants of Aush\, 1889, p. 167.

(3) Banchoft, Austral* Journ, of Phann-, 1887.

contiennent l'alcaloïde laurotétanine qui provoque des convulsions chez les crapauds (1).

Le Persea gratissima (Gaertn.) est employé dans les Indes Occidentales comme ectrotique.

Le Nothaphœbe umhelliflora (Bl.) contient, lui aussi, le poison convulsivant Laurotétanine.

Cinnaniomum Cassia (Bl.) [Laurus Cassîa (Ait.)]. L'huile d'écorce de cannelle exerce sur les animaux une influence à peu près aussi délétère que l'huile de muscade. Les lapins meurent sous l'influence de 24 gr. absorbés en cinq heures. Une femme enceinte qui avait ingéré une grande quantité de cannelle et que j'ai pu observer, présenta de la méthémoglobinurie, de Thématinurie, avec albuminurie et cylindrurie. Un avortement fut la conséquence de cet empoisonnement.

Sassafras officinale (Nées.). — L'écorce, le bois et la racine contiennent l'huile éthérée de sassafras (Safrolj Saft^êne ci Etiffénol) très employée dans l'Amérique du Nord pour aromatiser le tabac, les boissons, etc. L'essence, à la dose de II gouttes, tue les souris en convulsions, tandis que l'injection sous-cutanée de 4 gr. d'essence a provoqué chez un chat une anesthésie absolue, mais l'animal ne tarda pas à se rétablir. Chez un homme ayant avalé deux gorgées d'essence, on a noté immédiatement : pâleur, perte de connaissance, refroidissement, pouls fréquent et filiforme; la guérison survint en peu de temps. Il persista encore longtemps de la lassitude. L'essence peut provoquer aussi des exanthèmes. L'empoisonnement aigu par le Safrol se manifeste chez les grenouilles par la narcose et l'hypoexcitabilité réflexe; chez les chats et les lapins surviennent des phénomènes analogues et la morVa lieu par arrêtde la respiration. L'injection souscutanée produit une cachexie généralisée et la mort survient après un certain temps. A l'autopsie, on trouve le foie et les reins

(1) GiiEsiioFF, Mededeelingeïiy VI!, p. 77.

LAURACÉES 825

ayant subi la dégénérescence g^raisseiise. VIsosafrol est, de beaucoup, moins toxique (1).

UActinodaphne procera (Nées) contient de la laurotétanine ou un alcaloïde s'en rapprochant qui, à la dose de OgT.003, a provoqué du tétanos chez un crapaud.

Grâce, également, à sa richesse en Laurotétanine^ le Litsea chrysocoma (Bl.) provoque du tétanos chez les animaux à sang chaud et à sang froid. Le L, latifolia (Bl.) et le L.javanica (Bl.) agissent de la même manière (2).

Le Telranthera citrata (Nées.), le T. amara (Nées), le T, lucida (Hassk.) et le T. intermedia (Bl.) agissent comme les précédents.

Aperula. Quelques espèces de ce genre contiennent de la Lanrotélani7ie.

LAURUS CAMPHORA (L.). — Le camphre (G*^!!*^), ainsi que ses solutions, l'huile camphrée et l'alcool camphré provoquent souvent des empoisonnements lorsqu'ils sont administrés à doses par trop élevées (par la bouche et par le rectum) dans un but thérapeutique, ou pour provoquer un avortement criminel (3), ou pris par mégarde, ou inhalés en vapeurs. Des issues mortelles furent observées à plusieurs reprises. Ce sont les solutions alcooliques ou huileuses de camphre, surtout celles absorbées parle rectum, qui agissent le plus énergiquement chez les personnes individuellement susceptibles envers cette substance. Des cas de guérison ont été notés après 6 à 10 gr., même en solution alcoolique, et après 9 à 15 gr. de camphre en poudre. L'administration de Ogr.9 de camphre fut suivie chez un enfant de onze ans de : convulsions et collapsus, et la mort fut amenée par 2 gr. (4). La dose

(1) Hefjter. A}^h. f, exp. Path, u. Pharm., Bd XXXV, p. 342.

(2) Greshoff, /. c.

(3) Kl-bx, Friedreich'sBidll., 1881, no 4 ; — Pollak, Wiener med. Pr., 1874, p. 258; — Ledeher, ibid., p. 121.

(4) SciiAAF, Gas^ tnéd. de Strasbourg, mai 1850; — D.vvies, Brit, med. Journ.,iSSl.}, p. 726 : Mort d'un eafant âgé de 2 ans 1/2 ayant mangé « un morceau » de camphre.

toxique pour les adultes peut être évaluée à 2 gr. Une cuillerée à café d'huile camphrée amena la mort d'un enfant âgé de cinq ans.

L'action se manifeste peu de temps après l'administration, au plus tard en deux heures et peut persister vingt heures, tandis que la mort peut n'avoir lieu, même chez les enfants, que dans l'espace de dix-huit heures. Le camphre est absorbé par les muqueuses et les plaies. Le camphre appliqué sur celles-ci peut donner naissance, chez les animaux, à un empoisonnement mortel. L'élimination se fait, en partie, par les poumons et le lait. Les nourrices peuvent de la sorte empoisonner leurs nourrissons. On trouve dans l'urine des acides camphoglycuronîques non-toxiques et un acide conjugué amorphe azoté (I).

Le camphre provoque sur les muqueuses: sensation de brûlure, douleurs et inflammation. Il tue les insectes. Il cause, chez les animaux à sang froid, la paralysie des terminaisons périphériques des nerfs moteurs ainsi que de la moelle épinière, chez les animaux à sang chaud il excite les centres sudoral et respiratoire dans le bulbe, ainsi que le centre convulsivant (2), d^où éclosion des convulsions. Les petites doses sont suivies, chez les grenouilles, de Taugmentation de l'énergie cardiaque (3), tandis que les doses élevées paralysent le cœur (4). L'excitabilité réflexe diminue et, chez les animaux à sang chaud, il y a abaissement de la température (5).

Symptômes d'intoxication chez l'homme. — On observe, après Ogr.7, un état ressemblant à l'ivresse, et, après 2gr.4 : sensation particulière dans les muscles qui force les sujets à exécuter des mouvements, hypoesthésie, fuite des idées, hallucinations visuelles, perte de connaissance, face congestionnée et mouvements convulsifs (6); et après des doses encore plus élevées : sensation de brûlure dans les premières voies digestives, nausées, vomissements, sensation de brûlure violente dans Tes-

(1) ScHMiEDEBERG uQtl Meyeii, ZcUschr. f. phys'toL Chemie, Bd IH, p. 422.

(2) WiEDEMANN, Arck. f. cxp. Patk. u, Pharm., Bd VI, p. 216.

(3) Harnagk und Wittkowski, Avch. f, exp, Path, u, Pharm,, Bd V, p. 427.

(4) Arch. A Heilk., Bd XI, p. 334.

(5) BiNz, Arch, f. exp. Path. u. Pharm,, Bd V, p. 109 et Bd VIII, p. 50.

(6) Pui\KiNjé yeue BresU Samm^-, Bti I, p. 488.

LAURUS CAMPHORA 827

tomac, soif, céj)halée, bourdonnements d'oreilles, yeux brillants, obscurcissement de la vision, scintillements, hallucinations visuelles, vertiges, sensation d'angoisse, pâleur, cyanose, sueurs froides et abaissement de la température. Apparaissent en outre : fourmillements, respiration laborieuse, quelquefois mydriase ou plus rarement myosis, pouls rarement normal, la plupart du temps petit, irrégulier, lipothymies, tremblement des lèvres, secousses cloniques et toniques ou plusieurs accès épileptiformes (dans leurs intervalles la conscience est conservée), délires et manie. Des accès semblables sont survenus vers minuit chez une femme qui, ayant absorbé 3 gr. de camphre dissous dans l'alcool, s'était endormie sans avoir présenté aucun phénomène d'intoxication (I). L'anurie ou la strangurie se rencontrent souvent. L'urine peut contenir des leucocytes et des érythrocytes. La paralysie de la vessie et du rectum ne survient que dans des cas rares. La convalescence peut durer plusieurs jours ou deux à trois semaines. Ce sont surtout les nausées et les vomissements qui persistent.

radministration chronique du camphre fait naître chez les animaux la prédisposition à des accès de convulsions épileptiformes se répétant à des intervalles plus ou moins rapprochés. Un homme ayant tenu habituellement du camphre à la bouche pour se préserver du choléra, fut atteint de : faiblesse musculaire, marche chancelante et tremblement des mains.

Lésions trouvées à Tautopsie des animaux : cavités naturelles, surtout le crâne, dégageant l'odeur du camphre ; en cas d'introduction du camphre en morceaux, inflammation et ulcérations de l'estomac ; ecchymoses à l'endocarde.

Becherche. — L'extraction des objets à examiner par l'alcool ou le chloroforme et la précipitation de ces extraits par l'eau fournit du camphre non décomposé (point de fusion : 175®, dextrogyre). L'acide camphoglycuronique cristallin qui se trouve dans l'urine, est lévogyre; le camphérol que l'on en obtient, à l'aide des acides, dévie à gauche le plan de polarisation.

(i) CuQDOVNSKY, Wiener med. Presse, 1889, p. 262,

Traitement. — Enlèvement rapide du poison (lavag-es de Testomac et de l'intestin), ablutions froides, excitations cutanées et opiacés. On s'abstiendra des remèdes alcooliques et huileux qui dissolvent le camphre.

V Amidocamphre [C'^H*yAzH*)OH] agit comme le camphre : paralysies et secousses fibrillaires chez les grenouilles, convulsions chez les animaux à sangchaud (1).

La Bornylamine (C**H**. GH*. GHAzH*) provoque : élévation de la pression sanguine, arythmie, petitesse du pouls.

Camphèy^oL Donné à la dose de Ogr.Ol, ce dérivé hydroxylé du camphre abolit chez les grenouilles l'excitabilité spontanée et réflexe; chez les mammifères, il donne naissance à des convulsions et ralentit les battements cardiaques (2).

Bromocamphres . Le camphre donne deux composés bromes, le monobromocamphre (G*^H*^BrO) et le dibromocamphre ^QiofjiôQ gpâj Les bromocamphres tuent les grenouilles à la dose de Ogr.Oo, les lapins en supportent 1 gr. Donnés par la bouche à la dose de Ogr.3 à Ogr.5, ils provoquent chez les chiens : mouvements convulsifs des membres, salivation, dyspnée et hyperexcitabilité réflexe extrême. Les battements cardiaques diminuent de fréquence et augmentent d'énergie. L'empoisonnement par i à 3 gr. de monobromocamphre s'est manifesté chez rhomme par : lourdeur et pesanteur de tête, asthme, refroidissement du corps, ralentissement du pouls, secousses dans les membres, plus tard secousses généralisées et perte de connaissance. Les malades sont revenus à eux dans l'espace de six heures grâce à l'administration de l'éther, soit après vomissements survenus (3).

Le Cassytha fiUformis (L.) contient peut-être de la Laiirofè^

tanine.

(i) Alkx\ndei\, Arch. f. e.rp. Path, u. Phavm., Bd XXVIÏ, p. 226.

(2) Pellacani, Avch. f, exp. Palh. u. Pharm., Bd XVII, p. 372.

(3) RosENTHAL, Wien, med, Bidl(er, 1881, a^ 44,

THYMÉLiÇACÉES 829

Grâce à leur teneur en Laurotètanine ou un autre alcaloïde s'en rapprochant, le Hernandia sonora (L.) et le H, ovigera (L.) donnent naissance à des convulsions (1) suivies de paralysie.

THYMÉL.EACÉES

DAPHNE MEZEREUM (L.). — Les empoisonnements par le Boisgentil ont eu pour causes : emploi des fruits rouges {Semina Coccognidii) soit par erreur, soit dans un but thérapeutique comme purgatif, emploi de l'écorce comme rubéfiant, ou mastication d'un rameau. Ces empoisonnements sont dus à la teneur de ces parties en anhydride de I'acide mézéréique. Sur treize cas d'intoxication, on en connaît quatre de mortels (2). La mort des adultes fut amenée par douze baies, tandis que d'autres guérirent encore après soixante baies (3) et qu'un enfant se rétablit après douze baies (4). Comme le fait Vaiihydride de Vacide mézéréique^ les parties de la plante sus-énumérées produisent : tuméfaction des tissus, vésicules et ulcérations guérissant lentement, parfois couvertes de pustules. Les éruptions peuvent aussi apparaître sur des régions du corps éloignées du lieu primitif de l'exanthème (auto-contagion). A côté des altérations locales graves surviennent parfois, par suite de l'absorption cutanée (plante pulvérisée, suc des feuilles), des symptômes morbides généraux, tels que : céphalée, sécheresse au pharynx et délire. Donnée à la dose de 6 gr., la poudre de Laiiréole femelle ou Faux-Garoii provoque chez les chiens des intoxica-tions caractérisées par : vomissements et lassitude ; elle les tue à la dose de 12 gr.

L'ingestion des baies fut suivie chez Thomme de : tuméfaction dès lèvres et de la langue, sensation de brûlure dans les voies supérieures, dysphagie, soif, vomissements, selles aqueuses, parfois sanguinolentes, coliques, hématurie, albuminurie, engourdissement, face pâle, sueurs froides, accélération du pouls et

(1) Greshoff, /. c.

(2) Springenfeldt, Beitr. z, Geschichte d. SeidelbasteSy Dorpal, 1890.

(3) Pluskal, Oesler. mei, Wochenschv,, 4843, p. 478.

(4) Eagar, Brit, med. Journ., 1887, II, p. 239.

respiration laborieuse. On a observé aussi chez les enfants des symptômes narcotiques et des secousses. La guérison survient ordinairement après des semaines ou des mois.

Autopsie. — La poudre de daphné a donné naissance chez les chiens à : ulcères de l'estomac, hémorrhagies stomacales,ainsi que phénomènes inflammatoires dans les portions supérieures de l'intestin. Outre des lésions analogues, on peut trouver encore chez l'homme des néphrites.

Recherche. — Les parties de la plante obtenues, le cas échéant, de l'estomac et de l'intestin, ou leurs extraits éthérés, seront examinés au point de vue de leurs propriétés rubéfiantes.

Traitement. — Boissons huileuses et mucilagineuses après évacuation suffisante de l'estomac, opiacés et sinapismes, sangsues à la région épigastrique.

Le Daphne Gnidium (L.) et le Z). Cneorum (L.) agissent comme le Z). Mezereum, et sont probablement employés quelquefois comme poisons pour poissons; le D, Cneorum serait aussi employé comme ectrotique. Le D. Laureola(L.) possède des feuilles si vénéneuses qu'elles peuvent tuer même des chevaux. On rapporte aussi des empoisonnements chez les chameaux par les feuilles de Z). oleoides (Sghreb.). Le Z). Genkwa (Sieb. et Zucc.) est vésicant.

Le Schœnohiblus daphnoides (Sieb. et Zucc.) serait une partie constituante du curare.

Le Dirca palustris (L.) cause des vomissements et de la diarrhée (I) et, sur la peau, bulles et ulcères.

Le Pimelea hœmatostachya (F. Muell.) agit comme le D. Mezereum et tuerait en Australie les moutons par centaines. Le P. pauciflora (R. Br.) est lui aussi réputé comme vénéneux pour les moutons, et le P. simplex (F. Muell.) est considéré comme vénéneux.

(i) GassHOFF, Medeieelingen, X, p. 122,

SANTALACÉES EUPHORBIAGEES 831

Stellera Chamœjasme (L.). La racine employée autrefois en Russie comme drastique, aurait provoqué la mort de plusieurs personnes.

Le Dais octandra (L.) provoque des vomissements.

Le Wickstrœynîa indica (C. A. Mey.) empoisonnerait en Australie les bêtes à cornes qui le mangent en temps de disette. Il est aussi employé comme poison pour poissons.

Le Lasiosiphon eriocephalus (Decne.) sert dans l'Inde comme poison pour poissons. Il estvésicant.

SANTALACÉES

Sanialum album (L.). — Administrée à l'intérieur, l'essence de santal blanc [Santalol C^^H^^O et un aldéhyde G'^H^^O] a provoqué chez l'homme : éruptions cutanées, troubles du côté de l'estomac et de l'intestin, dysurie, hématurie, etc., etc. Contrairement à l'urine renfermant de l'essence de copahu, l'urine contenant de l'essence de santal ne donne aucune réaction colorée par addition d'acides minéraux et ne montre rien de particulier à l'examen spectroscopique. Elle renferme un acide résineux qui se sépare au moyen de l'addition d'acide chlorhydrique concentré. Elle est réductrice à cause de la présence de la combinaison g-lycuronique. Ces propriétés ne persistent que pendant douze à quinze heures après l'ingestion du médicament.

L'incision pratiquée sur diverses espèces d'Euphot^bey laisse s'écouler un suc qui, à l'état sec, prend une coloration blanc-jaunâtre ou brun-jaunâtre ; ce suc provoque des phénomènes toxiques généraux et locaux. Les indigènes de l'Afrique et des Indes Orientales entourent leurs fermes, pour les protéger, de haies formées par des euphorbes : le suc laiteux s'écoulant après cassure de leurs parties qui se détachent avec facilité, est un caustique

violent. Le suc des euphorbes tropicales, par exemple d'une euphorbe arabe appelée Uioàr^ provoque de la kératite et amène parfois la cécité. Certains herbivores ingèrent sans inconvénient des euphorbes vénéneuses, mais leur lait (1) peut alors devenir nuisible à l'homme.

L^ Euphor^hia resinifern (Berg) fournit le suc d'euphorbe dont la partie constituante active est l'anhydride de I'acide euphor- BIQUE. L'euphorbe donnée à dose par trop élevée ou employée indûment, a provoqué des empoisonnements. Le suc pulvérisé de bonne qualité provoque des phénomènes d'irritation du côté des muqueuses, par exemple : éternuement et parfois épistaxis, hémorrhag-ies bronchiques, conjonctivites, kératite, etc., inflammation des plaies. LIne solution alcoolique d'euphorbe provoque même une dermatite. La dose léthale est de 15 g^r. d'euphorbe pour les chiens (2). Prise à l'intérieur à doses élevées (Ogr.5 et au-dessus), elle provoque chez Thomme : symptômes de gastroentérite et leurs conséquences, lipothymies, arythmie des pulsations et convulsions (3). A l'autopsie des animaux empoisonnés on a trouvé : g-astroentérite, hémorrhag-ies ou ulcères gastro-intestinaux. Seront prescrits pour le traitement: remèdes mucilagineux, pilules de glace, opiacés.

XJEuphorhia canariensis (L.) et l'^'. Cyparissias (L.) [Tithyynalus Cyparissias (Lam.)] [Rhubarbe des pauvres) agissent d'une manière analogue à VE, resinifera. Ils peuvent tuer des moutons. D'après des rapports anciens (mais peut-être ne sont-ils pas bien dignes de confiance quant au diagnostic des plantes), ces drogues en lavement et Tingestion des racines auraient provoqué chez l'homme plusieurs cas d'empoisonnement avec issue fatale. Les frictions avec le suc sont suivies de desquamation de la peau. Le suc peut aussi causer une kératite purulente.

E. Pephis (L.) [lithynialus Peplus (Gaertn)]. Le suc provoque

(4) Orfila, Lehrb. d Toxikol. (trad. allem. par Krupf), 1854, p. 104.

(2) Orfila, Lehrb, d. Toxikol. y traduction de Kruppy 185i, p. 104.

(3) TiMvEus A GuLDENKLEE, Opéra medic, 1677, p. 312.

EUPHORBIACCES 833

à la peau : sensation de brûlure, tuméfaction et inflammation érisypélateuse avec vésication.

UE. Esula(L.} provoque à la peau: inflammation, tuméfaction, nécrose, douleurs, et administré à l'intérieur, ainsi qu'en lavement (décoction), il a amené la mort chez l'homme en peu de temps. La dose léthale pour les semences est de 2 gr. environ. La kératite provoquée par lui peut causer la cécité.

UE. verrucosa (Lam.) possède, ég-alement, un suc laiteux phlogfog-ène. Une femme l'ayant pris en décoction, est morte trois jours plus tard avec des symptômes de gastroentérite (vomissements, hématémèses, diarrhée). La muqueuse pharyngée et stomacale était congestionnée et parsemée de vésicules. La mort subite est survenue après une amélioration apparente. h^E* marginata (Plrsh.) a provoqué une fois à la peau : inflammation et vésication, et VE, co7'ollala(L.)y surtout à l'état frais, agit de même. IJE. Ipecacuanha (L.) qui, à petite dose, agit comme vomitif, provoque en outre à doses élevées : vertiges, sensation de chaleur, etc. h'E. helioscopia (L.) {réveille-matin ou lait de chienne) provoque des ulcérations à la peau et, après absorption, aussi des phénomènes généraux. E. pilulifera (L.): le suc de cette plante, employée à présent contre l'asthme, est un poison pour les serpents et d'autres animaux. Il paralyse le cœur et la respiration.

E. Tirucalli (L.). Ainsi que je m'en suis assuré sur moi-même, le suc provoque l'inflammation intense de la peau. Cette plante est aussi employée pour entourer les fermes. On s'en sert aussi pour tuer les bétes fauves et, au Goa, pour la pêche. Sont aussi utilisés dans ce dernier but-: E. neriifolia (L.), E. aleppica (L.), E. platyphyllos (L.), E. Sihthorpii (Boiss.), etc.

E. Drummondii (Boiss.). Cette plante australienne, ingérée à l'état frais (la plante sèche est inoff'ensive) par les moutons, provoque chez eux : tuméfaction énorme de la tête (les animaux ne pouvant la porter, la traînent par terre), tuméfaction des oreilles qui suppurent. Les parties de l'estomac venues en contact avec la plante sont d'une coloration noire. Une petite dose suffit pour tuer les moutons. UE. ereniophila (A. Cunn.), serait vénéneux pour les moutons. UE. cotinifolia (L.) engourdit les poissons.

Toxicologie. 53

Le suc laiteux d'J?. Lathyris (L.) {Èpurge^ Grande-Calapucé) empoisonne les chats à la dose de lg'r.2. Les semences {Semipia Cataputiœ^ Grana regia minora) contiennent un noyau oléagineux agissant comme poison grâce à l'huile qu'il renferme el peut-être aussi par une substance albuminoïde analogue ou identique à celle signalée il y a quelques années par G. Pouchct dans le suc d'Euphorbe. L'empoisonnement par les semences provoque chez l'homme les phénomènes que voici (1): sensation de brûlure à la bouche, vomissements, diarrhée, mydriase et collapsus avec pâleur, rigidité et refroidissement extrême du corps, sueurs froides, pouls arythmique; de plus, vertiges, délire, parfois secousses et accélération du pouls ; et finalement peau chaude et sueurs profuses.

Diagnostic de rempoisonnement par Teuphorbe. Extraction des masses organiques par l'alcool et examen du résidu alcoolique au point de vue de son aptitude à enflammer la peau aux endroits où elle est plus tendre. Si l'on extrait de nouveau par l'éther de pétrole, on pourra obtenir de VEuphorbone cristalline. Les semences d'jE. lathyris seront soumises au diagnostic botanique ou seront extraites par l'alcool et l'éther pour obtenir l'huile. On réussira parfois à y démontrer la présence de WEsciilètine.

Synàdinium piscatorium (Pax.). Ce sont probablement les semences et les rameaux qui sont employés dans l'Afrique Orientale pour engourdir les poissons.

Le Pedilanthus tithymaloides (Poix.) contient dans toutes ses parties un suc laiteux acre provoquant rapidement à la peau des phlyctènes et, administré à l'intérieur, des phénomènes toxiques généraux. Il aurait aussi été employé comme poison des flèches aux Antilles.

Le Beyeria viscosa (Miq.) est vénéneux pour les animaux.

(1) SuDouR et Caraven-Cachin, C. R. de l'Acad. d. Se, séance du 10 oct. 1884.

Buxus sempervirens (L.). Le buis contient yn alcaloïde, la BixxiNE (Pelosiney Bibirme)^ \a parabuxine et la buxinidine amorphe. La dose léthale de buxine est, pour le chien, de Ogr.S. Les phénomènes d'intoxication consistent en : vomissements, diarrhée, tremblements et vertiges (1). Administrés aux grenouilles, les extraits de buis provoquent chez elles : affaiblissement de la motilité et de l'excitabilité réflexe, tétanos et paralysie d'origine spinale (2).

Le Bridelia montana (Willd.) et le B. retiisa (Spreng.) tuent les vers intestinaux.

Le Cleistanthus collinus (Benth.) [Andrach7ie Cadishato] contient un poison produisant de la gastroentérite ; on s'en sert dans l'Inde comme caustique et comme poison pour poissons. On l'a employé aussi pour suicide et homicide.

Le Phyllanthus Conami (Sw.), le Ph, piscatorum (H. B. et K.), le Ph. falcatus (Sw.) sont employés à la Guyane et au Brésil comme poisons pour poissons. Le Ph. Niruri (L.) contient une substance amère toxique cristalline dont la solution aqueuse à 1 p. 10000 tue les poissons en convulsions (3).

Cicca disticha (L.). Le suc blanc de la racine provoque des vomissements et de la diarrhée.

Les espèces Fluggea sont employées dans les Indes Orientales comme poisons pour poissons, par exemple, Fluggea dbovata (Baill.) et F . Wallichiana (Baill.).

Ayidrachne cordifolia (Muell.) Les rameaux et les feuilles tueraient les bovidés.

Hyœnanche glohosa (Lamb.). — On a retiré des semences une substance amère cristalline chimiquement indifférente, qui passe

(i) CoNZEN, Unters, ûb, Ersatsm. d, Chinins, Bonn, 1869.

(2) RiNGER and Murrel, iVerf. Times, 1876, H, p. 76.

(3) Ottow, Ned. Tijdschr. voor Phat-m., 1891, p. 128, 160.

chez les animaux dans Turine et provoque : vomissemenls, trismus et tétanos. La dose léthale est de OgT.003 pour les chats et de OgT.0i4 pour les lapins. Une préparation amorphe, obtenue autrefois, provoquait chez les chiens, à la dose de 0gfr.O6, des convulsions, et amenait la mort dans l'espace d'une heure et demie. Pas d'hyperexcitabilité réflexe. Les lésions gastro-intestinales sont très peu accusées (1).

Le Piraiihea trifoUata (Baill.) est peut-être employé comme poison pour poissons.

DaphniphyUiim hancaniim (Kitrz.) [Mentjena]. Le liber contient un alcaloïde toxique qui paralyse la respiration ainsi que le cœur et ses gang-lions (2).

JATROPHA CURCAS (L.). — Les semences de cette plante {Sembla ricini majoris) agissent moins énergiquement que celles de croton. L'huile {Oleiim infernale) obtenue de ces semences agit comme purgatif à la dose de XV gouttes. L'ingestion de quinze à vingt semences provoque des phénomènes d'intoxication analogues à ceux que causent les semences de ricin à cause d'une phytalbumose. L'ingestion de cinq semences fut suivie de : sensation de brûlure à la bouche et au pharynx, douleurs, vomissements, diarrhée, chaleur, vertiges, délire et perte de connaissance. Le malade revint à lui, mais la pâleur et le refroidissement du corps persistaient et le nombre des pulsations atteignit cent dix par minute. Ont été observés aussi : secousses musculaires, surdité, diminution de l'acuité visuelle et affaiblissement de la mémoire.

/. mnltifida (L.) {Arbre au corail) : les semences provoquent parfois dans l'Inde des empoisonnements avec phénomènes de gastroentéritc. Le /. gossypifolia (L.), (Médicinier sauvage), est employé dans les Indes Occidentales comme ectrotique.

(1) Henkel, Arch. d. Pharm,, 4858, Bd XCIV, p. 14. — Engelhardt, Dorpat, Arb., i892, Vl[, p. 1.

(2) Gkesuoff und Plugge, Arch, /. exp. Path, u. Pharm., Bd XXXIU, p. 277.

CROTON TIGLIUM 837

JATROPHA MANIHOT (L.). — Les maniocs (au Venezuela : Yiica^ à la Guyane : Cassade; au Brésil : Mandioca) possèdent une racine remplie de suc laiteux. Celui-ci enlevé, on obtient un amidon non toxique introduit dans le commerce sous le nom de: CassacUj Tapioca, Arroio-root. Le suc laiteux frais contient de l'acide cyanhydrique, à savoir: 0,017 p. 100 dans le manioc doux, et 0,027 p. 100 dans le manioc amer. Peut-être y existe-il encore un autre poison. L'injection sous-cutanée de 20 ce. environ de suc provoque chez les chiens des vomissements et des troubles moteurs. A doses plus élevées, le suc provoque des convulsions qui surviendraient plus rapidement après son introduction intrastomacale. L'énergie du cœur s'afFaiblit. La mort est amenée par l'arrêt de la respiration. Les Indiens de la Guyane se servent du Potalia amara (Aubl.) comme antidote du suc de Manihot titilissima.

Johannesia pynyiceps (Vell.). L'écorce et les semences sont employées comme poisons pour poissons. Les dernières sont douées de propriétés drastiques.

Aleiirites triloba (Forst.). Les doses élevées de semences provoquent : vertiges, diarrhée et coliques.

CROTON TIGLIUM (L.). — L'huile des graines (Grana Tiglii) provoque l'inflammation des tissus et la formation de pustules, d'après l'opinion ayant régné jusqu'à présent, par suite de sa teneur en acide crotonique libre, soit en glycéride de cet acide qui le met en liberté dans l'intestin. L' « acide crotonique » vient de se dévoiler comme constitué d'acides gras inactifs et d'une résine de croton vésicante. Les empoisonnements (1) par l'huile de croton ont pour causes : emploi thérapeutique à doses par trop élevées, confusion avec une autre huile, ou homicide (2) dans des cas isolés ; ces empoisonnements surviennent plus rarement par suite de l'ingestion, de l'emballage et de l'exploitation des graines de croton. Les feuilles et les racines de la plante sont vénéneuses elles aussi. On se servait autrefois du

(i) HiRSCiiEYDT, Dorpat. Avb , IV, 4890, p. 5.

(2) Mayet et Hallet, ^;i. d'hi/g.publ., ^anv, iSli,

bois el des semences pour engourdir les poissons. Les phénomènes d'empoisonnement sont déjà provoqués par 1 à II g-oultes d'huile de crolon (Ogr.04 à Ogr.08) ; dans d'autres cas, des doses de beaucoup plus élevées se seraient montrées inoffensives (1). La mort fut amenée par XX gouttes ; mais, en revanche, on a vu la guérison survenir après 4gr. et même logr. (2). Ces différences s'expliquent si l'on prend en considération l'existence ou l'absence des vomissements précoces et profus, ainsi que le degré de plénitude de l'estomac. Quant aux graines, quatre peuvent tuer un homme, huit à dix un chien et quinze graines, environ, un cheval. Les premiers symptômes surviennent dans l'espace de cinq à dix minutes; la mort peut survenir au bout de quatre à douze heures, ou la guérison se produire après six à dix jours.

L'huile de croton produit à la peau : sensation de brûlure et taches rouges à base tuméfiée et, après douze à vingt-quatre heures environ, vésicules dont le contenu devient purulent. Les pustules éclatent ou se dessèchent et ne laissent pas de cicatrice. Les lésions cutanées peuvent aussi se produire secondairement sur d'autres régions du corps. Portée dans l'œil, l'huile de croton provoque : inflammation violente, bourdonnements d'oreilles et vertiges.

Ssrmptômes. — Sensation de brûlure et de ràclement à la bouche et au pharynx, vomissements qui, dans des cas rares, peuvent manquer ou n'apparaître que tardivement, oppression et agitation, selles aqueuses évacuées avec douleurs, céphalée, engourdissement, vertiges, prostration et collapsus. Les membres froids sont couverts de sueurs froides. Peuvent aussi survenir : cyanose, pouls petit, ralenti, parfois arythmique, ralentissement de la respiration, abaissement de la température et adynamie. La mort peut arriver par asphyxie. En cas de marche vers la guérison, le collapsus disparaît, la diarrhée et les douleurs diminuent à leur tour.

Les lésions trouvées à l'autopsie (hommes et animaux) ne sont

(1) Keith, Monthly Journ.y nov. 4843, n« 35.

(2) Smoler, Wien. Med. -Halle, 4863, et Gas, des Hôp., 1861, p. 399.

pas caraclérisliques. L'estomac était trouvé tantôt presque intact, tantôt enflammé et ecchymose. Ont été notés dans le tractus intestinal : hémorrhagies, ainsi que inflammation, ulcérations et décollement de la muqueuse.

Recherche. — Les restes du poison ou l'extrait chloroformique du contenu intestinal, soit des masses fécales évacuées ou du contenu stomacal, seront examinés au point de vue de leur aptitude à provoquer la formation de pustules par application sur la peau, ou mieux par inoculation.

Traitement. — Gomme pour l'huile de ricin.

Le Croton inolnccanus (L.) et les autres espèces de croton agissent à la manière du Croton Tiglium.

Le Chrozophora tinctoria (Juss.) serait la plante vénéneuse connue en Perse sous la dénomination de Tatuleh : quelques personnes l'ayant mangée par mégarde auraient succombé après trois jours environ en ayant présenté : perte de connaissance, gémissements, coloration jaune de la face, mydriase, vomissements, epistaxis. L'urine contenait du sang et présentait une coloration ictérique. Les données sur la toxicité de cette plante qui serait appelée « Tatuleh » en Perse, semblent reposer sur une erreur. Si dans les cas décrits c'est bien le tatuleh qui était administré, l'empoisonnement était alors dû au Datura stramonium var. Tatula (Willd.\, quoique certains symptômes, comme l'ictère et l'hématurie, ne concordent pas bien avec cette supposition. Le C. plicata (Juss.) est extrêmement vénéneux par toutes ses parties.

Claoxylon anguslifolhim (Muell.) passe en Australie pour une plante toxique pour le bétail.

Une euphorbe cactoïde non définie plus en détail qui est appelée Oro à Sierra-Leone et est employée pour suicide, provoque : bulles à la bouche, vomissements, diarrhée, œdèmes généralisés et, après quelques heures, la mort en collapsus.

Mercurialis perennis (L.). On a trouvé dans la Mercuriale de

la Merciirialiney c'est-à-dire de la méihy lamine (CH^. Az H^). L'ingestion de la mercuriale serait suivie de : vomissemenls, diarrhée, engourdissement et même mort. Chez les porcs elle provoquerait de l'hématurie. Elle empoisonne aussi les moutons. Les expériences faites avec un extrait fluide, n'ont fourni comme résultat qu'une diurèse augmentée. Le Merciirmlis anima (L.) [Foxrolle] est aussi un poison qui produit entre autres symplômcs chez des animaux (chevaux, vaches, porcs, etc.) : hématurie, cylindrurie, lait sanguinolent. Bien qu'elle soit moins cnergiquemcnt toxique que la précédente, elle peut cependant entraîner la mort.

Le Macaranga spinosa (MuELL.)cst employé au Sikkim comme poison pour poissons.

RIGINUS COHHUNIS (L.). — Les empoisonnements sont causés chez l'homme par les semences (Semina Cataputiœ majoris) de Pahna-C/ii^istiy très rarement par l'huile, chez les animaux quelquefois par l'ingestion du tourteau resté après expression de l'huile. Ce sont les semences qui contiennent le poison des fruits de ricin, les enveloppes des semences (testa) ne le renfermeraient point, ce qui est faux. Les empoisonnements se rencontrent fréquemment. C'est ainsi, que, en 1886, un grand nombre d'ouvriers au chemin de fer ayant mangé des semences de ricin tombées d'un sac éclaté, furent intoxiqués et quelquesuns d'entre eux en moururent. La guérison fut encore obtenue après l'ingestion de dix-sept semences ; une jeune fille en ayant mangé vingt, est morte après cinq jours (1). La dose léthale pour les enfants serait de cinq à six semences; trois à quatre provoqueraient une intoxication grave. Le tourteau de ricin, à la dose de 2gr., a causé un empoisonnement grave (2). Le principe toxique des semences serait un albuminoïde agissant à la manière des ferments, la Ricineyqui possède la facullé agglutinante pour les erythrocythes. D'après les dernières

(1) Taylor, Die Gifle (trad. allcm. par Seydeler, Bd. II, p. 565,

(2) Calloud, Jouvn, de pharm, et de ckim., i848, p. 189.

EUPHORBIACÉES — RICINUS COMMUNIS 841

recherches la ricine ne serait pas un albuminoïde. Ce qui n'est pas digéré par la ricine produit dans les vaisseaux intestinaux des coagulations, les obstrue, et il survient des ulcérations par autodigestion. Un homme pourrait être empoisonné par Ogr.03 de ricine (1). On a obtenu des enveloppes de semences de ricin la Ricininey substance azotée bien que non alcaloïdique, qui, d'après Giacosa, exciterait les centres de la moelle épinière.

Symptômes. — Peu de temps après ingestion des graines apparaissent des nausées auxquelles succèdent : vomissements persistant pendant quarante-huit heures, gastralgies, ainsi que sensation de brûlure au pharynx, plus tard, douleurs abdominales. La diarrhée, sanguinolente ou aqueuse, peut faire complètement défaut. La face exprime la souffrance (2), devient pâle et cyanosée, la peau est visqueuse, le pouls, fréquent et petit, la température tombe au-dessous de la normale, et il y a anurie. Parfois survient la perte de connaissance dans laquelle peut avoir lieu la mort au milieu de convulsions. Les vomissements, la dysphagie et les douleurs cessent dans la majorité des cas, et le rétablissement s'effectue en trois à dix jours.

A Fautopsie d'un sujet mort empoisonné on a trouvé : muqueuse gastro-intestinale partiellement décollée et enflammée, parsemée d'ulcères et d'ecchymoses. La muqueuse intestinale peut être atteinte toute seule sans participation de la muqueuse stomacale.

Recherche. — Diagnostic botanique des restes de graines que l'on aura trouvées, ou extraction de l'huile.

Traitement. — Compresses froides, morceaux de glace et boissons mucilagineuscs ou huileuses, opium, bains chauds, diurétiques salins et analeptiques. Au point de vue prophylactique, il est absolument urgent d'interdire les plantations de ricin dans les jardins, les promenades publiques, etc.

BaIios2)ermîi7n montanum (Muell.). Les semences, à doses élevées, provoquent de la cholérine et, appliquées sur la peau, elles causent une dermatite. Le B.aO/'^Y/ar^ (BL.)est également vénéneux.

{{) Stillmark, Dorpat. Arb., i889, Bd III, p. 59.

(2) La.ngenfeldt, BevL hlin, Wochenschr.^i^t^ p. 9.

Cnesnione javanica (Blume) (en malais : Djèlatang). Les très grosses feuilles poilues provoquent à la peau un urticaire intense et une dermatite plus grave encore. Le principe actif est sans doute volatil, les préparations qui m'ont été envoyées de Sumatra s'étant montrées inefficaces (1).

"^ Le Homalanthus popiilifolhis (R. Grah.) tue le bétail. C'est l'hématurie qui constitue un des symptômes frappants de l'empoisonnement.

HIPPOMANEMANCINELLA (L.). — Le Mancenillier ou Figuier vénéneux fournit dans les fruits, ainsi que dans toutes les autres parties, un suc laiteux toxique employé autrefois comme poison des "flèches et dont les émanations provoqueraient de l'engourdissement : cette dernière affirmation n'est pas démontrée. Mais en revanche, le suc, même à petite dose, provoque à la peau, souvent déjà après une demi-heure : rubéfaction, tuméfaction, bulles. La pluie dégouttant des feuilles de mancenillier produirait le même effet. Le suc introduit dans l'œil y provoque une inflammation violente. Mais certaines personnes en sont peu incommodées. Son application sur des plaies peut provoquer chez les animaux : vomissements, adynamie et mort. Administrés à doses élevées, les fruits causent chez l'homme : gastro-entérite, fièvre, paralysies et, le cas échéant, mort. Mais la dose léthale paraît être assez élevée ; en eff'et, l'ingestion de vingt-quatre fruits fut encore suivie de guérison (2). Sont considérés généralement comme antidotes: le Bignonia leucoxylon (L.) qui croît dans la majorité des cas en compagnie de l'hippomane, ou l'eau de mer fraîche.

Stillingia silvatica (L.).Le suc de la racine verte provoque l'inflammation et la tuméfaction de la peau.

L'écorce de Sapium Aucupariiim (Jacq.) et celle de S. insigne (Trimen) contiennent un suc toxique qui provoque, par exemple,

(4) L. Lewin, Die Pfeilgifle, 1894, p. 105. (2) Peys80nel, Journ. de méd., l. Vil, p. Mi.

EUPHORBIACÉES — URTICACÉES 843

des phlegmons à la face et, pris à riniérieur, amène quelquefois la mort. Agit de même le S. indicnm (Wlld.) qui est employé comme poison pour poissons et pour former des haies qui mettent à l'abri des voleurs. Le suc laiteux pourrait causer de la cécité. Le S. illicifolium (Willd.) tue les vers.

VExcœcayna Agallocha (L.) [Stillingia AgoMocha (Baill.)] {faux Bois d'aigle) fournit un suc laiteux caustique et phlogogène. Introduit dans l'œil, il cause une cécité persistant plusieurs jours. La fumée du bois embrasé, employée pour le traitement de la lèpre est, elle-même, douée de propriétés corrosives (1). Les bêtes en ayant mangé le feuillage périssent. UE. Dallachyana est, lui aussi, vénéneux. UE. virgata (Zoll. et Mor.) est employé aux Moluques comme poison pour poissons.

Le suc laiteux de Sebastiania Palmeri sert comme poison des flèches (2).

Iliira crepitans (L.). Ingérées plusieurs à la fois, les semences de Sablier élastique peuvent amener la mort chez l'homme. Les singes, les agoutis, etc., les mangent. Le suc laiteux employé comme poison des flèches et pour poissons, contient I'hurine cristalline et provoque à la peau : inflammation, bulles et pustules, et à l'œil : suppuration, ou même cécité. C'est l'embryon qui constitue la partie la plus toxique de la semence. 11 s'agit probablement ici d'une toxalbumine. L'eau des fleuves 6u des ruisseaux dans lesquels tombent des semences, provoquerait de la fièvre intermittente chez les personnes qui la boivent souvent.

URTICAGÉES

Le Ty^ema aspera (Bl.) aurait fait périr les troupeaux qui l'avaient mangé. Le Tï\ amboiyiensis (Bl.) a provoqué à plusieurs reprises des empoisonnements mortels chez les taureaux.

(1) Lewin, Deutsche Med, Wochenschr,, 1899.

(2) RiLEY, Pharm, Journ. a, Transact., 1894, »• 1100, p. 64.

Le bois de Gironniera reticulata (Thw.) conlicnt du scalol et dég-age l'odeur des masses fécales.

HUMULUS LUPULUS (L.)- — Les fructifications du houblon {hipH'lin) peuvent causer des empoisonnements, peut-être par suite de leur teneur en huile essentielle ou en alcaloïdes. Le houblon est employé dans quelques pays comme ectrotique, dans la plupart des cas sans succès. Donné à doses élevées, le lupulin produit: céphalée, dégoût, anorexie et ralentissement du pouls (1). Le séjour prolongé dans les magasins à houblon suffirait pour provoquer de l'engourdissement et de la somnolence. Un garçon ayant cueilli du houblon dans un lieu clos, fut atteint de : vomissements, sommeil profond, délire, respiration ronflante, ralentissement du pouls, tressautements des tendons, mydriase, pulsations violentes des artères temporales, transpiration exagérée, rétention des selles et d'urine. Un érythème scarlatiniforme apparut sur la peau, le troisième jour, et plus tard survinrent des pustules. Les vomitifs, les laxatifs et les lavements vinaigrés furent suivis d'une guérison lente. Mais, même après des mois, les pupilles demeuraient dilatées et les fonctions psychiques et motrices s'accomplissaient paresseusement (2). L'empoisonnement semble avoir même pour cause le contact du houblon avec la. peau. Chez une jeune fille ayant mis ses doigts gelés et crevassés dans une caisse remplie de houblon, il survint rapidement : prurit douloureux, érythème, somnolence puis sommeil de vingt-quatre heures de durée pendant lequel elle se plaignait quelquefois d'avoir mal à la tête. En même temps, il survint du gonflement des mains et de la face qui se couvrirent de bulles dont la disparition s'eff*ectua après desquamation préalable. On connaît Tophthalmie survenant chez les sujets occupés à cueillir le houblon ; elle est due exclusivement à la pénétration du houblon dans les yeux.

[L*action nocive exercée sur Torg-anisme par Thuile essentielle de houblon me paraît suffisamment établie pour que je n'hésite pas à lui attribuer un rôle

(i) Jaungy, Edinb. med. Jonrn.^ 1858, févr.

(2) lÎAUMANN, Wtirttemt). Covrespondenzbl.^ 1804, p. i5|.

URTICACÉES CANNABIS INDICA 845

étioloo^ique dans les déterminations de ralcoolisme chez les grands buveurs de bière (i)].

CANNABIS INDICA (Lam .). — Les effets du Chanvre Indien sont àus à plusieurs substances dont quelques-unes ont été obtenues à l'état pur, mais dont aucune ne donne naissance à tous les symptômes que Ton observe à la suite de l'emploi de la plante sous les tropiques. La Cannahine agirait comme narcotique ; la Cannahinoney qui est une résine visqueuse, provoque : paralysie de la volonté et des mouvements spontanés, hallucinations, vertiges, états maniaques et secousses ; la Tètanocan7iahine causerait des convulsions à la manière de la strychnine; le Baume de Cannabis a produit dans plusieurs cas : hallucinations, collapsus, etc. ; et l'administration de la Cannahindone aurait été suivie d'hallucinations désagréables.

Sont employés chroniquement dans l'Inde : Gànjâh^ c'est-àdire, les inflorescences femelles dont la résine est exprimée mécaniquement; Chay^as ow Churiis, la résine des feuilles, des tiges et des fleurs ; et Bhang, la plante mûre et fécondée qui n'est pas fumée, mais dont on prépare une boisson enivrante, le Haschisch^ ou des sucreries, le Majun. Le chanvre indien, sous la dénomination de Liamha et sous d'autres noms, est aussi employé dans presque toutes les parties de l'Afrique. A Tunis cette préparation s'appelle Schira. Les empoisonnements aigus sont, dans la plupart des cas, produits par l'extrait (pour amener l'ivresse) (2) ou par des doses thérapeutiques par trop élevées (3) (extrait aussi bien que parties constituantes actives susénumérées). Les doses toxiques s'élèvent à 2 à 3 gr., mais les bonnes préparations peuvent causer des empoisonnements déjà à la dose de Ogr.o à 1 gr. On n'a rapporté jusqu'ici qu'un seul cas d'empoisonnement avec issue fatale. Les premiers phénomènes toxiques peuvent apparaître après une demi-heure, mais seulement aussi après trois heures. On a observé chez

(1) Voir à ce sujet : G. Poughet, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, 2e série, p. 379.

(2) RiBDEL, Deutsche Klinik, 1866, n' 19.

(3) Strange, Brit. med, Journ., 4883, 7 juillet.

rhomme : refroidissement et engourdissement des extrémités, anesthésie et angoisses, mydriase et pupilles ne répondant ni à la lumière, ni à Taccommodation. Apparaissent en outre : impulsions énergiques à exécuter des mouvements, hallucinations auditives et visuelles pour la plupart grotesques, perte incomplète de connaissance, diplopie, scintillements et photopsie, délires, expression bruyante de ses sentiments (i), confusion mentale, impulsions motrices intenses, tressautements des tendons, paresthésies aux extrémités, troubles cardiaques, nausées, vomissements et, dans des cas isolés^ convulsions.

Ce stade d'excitation est ordinairement suivi de dépression sous forme de faiblesse généralisée ou d'un état ressemblant à la catalepsie. La guérison a lieu, la plupart du temps, dans le cours de quarante-huit heures. Outre les remèdes pour se débarrasser du poison, seront prescrits : ablutions froides et, dans le stade de dépression, analeptiques (2).

Cannabinisme chronique. — Plusieurs millions de personnes en Asie et en Afrique prennent des préparations de chanvre indien, et quoique l'accoutumance puisse, jusqu'à un certain degré, avoir lieu, néanmoins, un si grand nombre d'individus tombent malades, que cette affection doit être considérée pour toutes ces régions de la terre comme constituant une calamité sociale. Dans les asiles du Bengale, sur deux cent trente-deux sujets atteints d'affections mentales, il y en avait soixante-seize pour lesquels le chanvre constituait la cause de la maladie, et la guérison ne fut obtenue que chez trente-quatre personnes. Pour les années 1891 et 1892, le taux des personnes tombées malades par suite de l'abus du Gànjàh s'éleva même, dans ces asiles, jusqu'à 53 p. 100. Nous ne possédons pas de statistique quant à l'Afrique, autrement, le nombre des malades, p. ex. dans le bassin du Congo à lui seul, atteindrait un chiffre énorme. Le cannabinisme chronique tire son origine de la passion de s'enivrer; de se procurer, à l'aide des doses appropriées, la sen-

(i) Prentiss. Ther, Gac, 4892, p. 104. — Hamaker, lôiV/., 1891, p. 808. (2) Consulter éfçalemenl : G. Poughet, Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale, 2e série, p. 844.

URTICAGÉES 847

salîon particulière, agréable, d'aliénation mentale entremêlée de visions et d'hallucinations. Le sujet ivre est tout heureux, il est devenu immatériel, les notions de temps et d'espace ne le concernent plus, il entend des harmonies, et le rayon du soleil qui atteint sa rétine se transforme en des astres qui font miroiter devant sa vision interne les jouissances les plus merveilleuses. Celte folie délicieuse se renouvelant après chaque dose, ces doses sont répétées de plus en plus fréquemment; les troubles graves de l'activité cérébrale persistant aussi à l'état de veille surviennent inévitablement, les malades deviennent des fous maniaques ou mélancoliques (1).

Trophis anthropophagonim (Seem.). Le suc provoque à la peau des douleurs persistant des semaines, soit des mois.

D'après l'opinion répandue jusqu'à ces derniers temps, le SlreUus asper (Loua.) et VHomoioceltis aspera (Bl.) auraient contenu un principe actif analogue à l'antiarine; mais on vient de trouver dans le St, asper la substance amère toxique stre- BLIDE (2), et le Streblus mauritimiiis (Blume) renfermerait une toxalburaine.

Le Dorstenia contrajerva (L.) contiendrait dé la gajapine et de la GONTRAYERBINB. Les extraits hydro-alcooliques sont toxiques pour les animaux. Introduits dans l'estomac, ils tuent les animaux à sang chaud à la dose de 6gr., environ, par kilo d'animal. Les petites doses abolissent les mouvements, les doses élevées provoquent du tétanos et l'affaiblissement de l'énergie cardiaque.

Ficus àmboinensis (Kostel). La racine engourdit les poissons. Le F, hispida (L.) agit comme émétique et contiendrait de la saponine. Le F. procera (Rnwdt.) est employé comme poison pour poissons. Le F. cordifolia (Roxb.) et le F. toxicaria (L.)

(i) L. Lewin, Die Nebenwirk d, Arzneim,^ 4899, p. 151. (2) Visser, iVei/er Tijdschr, voor Pharm., 189C, juillet.

irritent localement et provoquent en outre des phénomènes généraux.

ANTIARIS TOXICARIA (Lesch.). — L'antiar vénéneux (I) {Tpo^ PohoYi'Upas) possède un suc laiteux jaunâtre qui, une fois desséché, représente la partie essentielle du poison des flèches, VUpas^ Antiar^ employé à Malacca, chez les Bataks à Sumatra et les Dayaks à Bornéo sous le nom àeSiven, Outre l'azotate de potasse, une résine et I'antiarol (éther triméthylique de phénététrol) (2), il contient le g-lucoside antiarine. C'est un poison cardiaque qui tue par arrêt du cœur. 11 fait périr les chiens en neuf minutes à la dose de Og-r.OOl à Ogr.002 en injection intraveineuse (3) et à la dose de 0gr.()2 à Ogr.03 s'il est administré d'une autre façon ; les grenouilles meurent en vingt-quatre heures à la suite de 0 milligr. 009. La pression sanguine s'élève, l'action inhibitoire du pneumogastrique sur le cœur est diminuée. Les muscles striés et les nerfs moteurs se paralysent. La mort est précédée de : arythmie des battements cardiaques, dyspnée et convulsions. Quoique niée, l'action du suc A'Antiaris introduit dans l'estomac a bien lieu (4). Les semences de la plante renferment un glucoside toxique très amer et, à ce qu'il paraît, non identique avec l'antiarine. L'acide chlorhydrique dédouble l'antiarine en Antiarigènine et Antiarose.

Cecropia mexicana (Hemsl.). Le suc laiteux est un caustique violent.

URTICA. — Urtica iirens (L.). L'ortie grièche cause localement une éruption ortiée à la peau. Jusqu'à présent on était d'avis de l'attribuer à l'acide formique contenu dans les glandes pilaires, mais le résidu desséché des glandes exerçant les mêmes effets et l'acide formique ayant dû s'évaporer par la dessiccation, on croit maintenant qu'elle est due à un ferment albuminoïde

(i) L. Lewin, Pfeilgifte, 4894, p. 403. — Gorodetzky, Antiaris toœic, Moscou, 4894.

(2) KiLiANi, Arch. d, Pharm., B. CCXXXIV, 4896, p. 439.

(3) ScHROFF, Wien. med. Jahrb., 4874.

(4) L. Lewin, /. c.

URTICACÉES 849

non org-anisé. L'ortie contient aussi un alcaloïde cristallin qui tue les grenouilles à la dose de Ogr.Ol, par paralysie d'origine centrale et arrêt du cœur, mais agit peu sur les animaux à sang* chaud. Récemment on a nié la présence des alcaloïdes, mais on considère comme probable l'existence d'un glucoside facilement décomposable. L'organe élaborant le poison consiste, comme dans le Cajophora^ en une cellule sécrétante placée sur une base pluricellulaire. Le sommet de la cellule casse en cas de lésion. Une décoction d'f/. iirens^ prise à l'intérieur, a provoqué une fois : eczéma de la face et rétention d'urine.

U.hacciferaih.). L'attouchement de cette ortie arborescente peut causer de la fièvre. L'f/. dioïca (L.) agit comme VU. urens.

U. furialis (Boj.) (à Madagascar Amiana). Les feuilles causent la même sensation de brûlure que celles de l'ortie commune.

VU. nivea (L.). [Bœhmeria nivea (Gaud.)] est ajouté aux poisons des flèches des indigènes de Malacca, principalement pour renforcer l'action de l'antiaris toxicaria.

he F leurra œstuans (Gaud.) [U. œstuans {L.)] est employé aux Indes néerlandaies comme poison pour poissons.

Le Laportea moroïdes (WEDD.)estunedes pires plaies de Queensland. Les feuilles munies de stimules à leurs deux faces provoquent chez les animaux et l'homme des douleurs atroces qui s'irradient au loin. Les ganglions correspondants deviennent tuméfiés, les malades sont tourmentés d'insomnie; et des douleurs sont ressenties encore après des semaines, surtout si l'on mouille d'eau les endroits empoisonnés. A l'attouchement de la feuille, les chiens' hurlent comme s'ils étaient possédés, les chevaux se roulent par terre en souffrant le martyre et peuvent se blesser mortellement en exécutant ces mouvements violents.

[Bâillon et un certain nombre d'autres botanistes répartissent dans deux familles différentes quelques-unes des plantes classées ici dans la seule famille des Urticacées.

Toxicologie.. 54

Les Ulmacêes (comprenant les Artocarpées et les Morées d'un grand nombre d'auteurs) sont subdivisées par Bâillon en quatre séries: I IJlmécs, dont les Tréma {Spofiia) forment un des genres principaux ; II Morées, comprenant les genres TrophiSy Strehlus, Dorsteina; lU AWocarpces, comprenant les genres Aniiaris, Ficus^ Cccropia ; IV Cannabwées, comprenant les genres Cannabis ci H umtdus. Deux de ces tribus sont plus particulièrement intéressantes au point de vue de la toxicologie : celle des Artocarpées et celle des Cannahinées.

RuMPHius et, surtout, Leschenault de la Tour ont démontré ce qu'il j avait d'exagéré dans les récitsque Ton avait faits autrefois de la toxicité dcV Antians toxicaria. Le contact ou seulement le voisinage de cet arbre passait pourt^tre fatal à l'homme ; on prétendait que les esclaves fugitifs périssaient sous ses branches, dans les forêts où ils se réfugiaient; le sol était jonché de cadavres dans les o vallées de la mort p où croissait l'arbre redouté et au-dessus desquelles les oiseaux mêmes ne pouvaient voler sans périr. Leschenault a pu recevoir sans inconvénient, sur différentes parties du corps, le suc laiteux découlant d'incisions pratiquées à l'arbre, mais il a constaté aussi la production d'accidents par le contact du latex avec les muqueuses (conjonctive) ou la peau dans les régions où elle est fine et délicate. Plusieurs des Javanais qui furent emplovés à abattre et à débiter les arbres éprouvèrent des douleurs, des nausées, des vomissements, des vertiges. L'action toxique du suc est plus intense quand il est introduit dans l'organisme par voie d'injection hypodermique. Cette action est variable avec l'espèce animale. On assure que les animaux tués par ce poison peuvent être mangés sans inconvénients.

Les Antiaris innoxia (BL.)et A, BenneUii(SEEu.) ne sont pas toxiques; le dernier est utilisé aux fies Viti pour préparer et teindre les écorces servant à la fabrication de grossiers vêtements. A Geylan,rA. saccidora (Dalz.) est emplové pour les usages domestiques. Parmi les P iraliner a (AvBh.) [Brosimum (Sw.), Galactotendron (H. B. K.)] les uns, tels que P. spuria (H. Bn.) des Antilles renferme un latex acre et caustique, tandis que celui du P. utilis (H. Bn.), Paie de vaca ou Arbre à la vache de l'Amérique équinoxiale, constitue, à la rigueur, un aliment. Lesgrainesdu P.Alicastrum (H. Bn.) sont comestibles, de même que celles de plusieurs autres Arlocarpus dont le représentant le plus remarquable à cet égard estl'il. incisa (L. F.), dit Arbre à pain en raison de la grande quantité de fécule contenue dans le parenchyme de son fruit.

Les Ficus et, surtout, les C aslilloa oni àes latex particulièrement intéressants en raison de leur richesse en caoutchouc.

Les Urticacées ont été subdivisées par II. A. Weddel en cinq tribus : I UrticéeSj II Procridées, III Dœhmériées, IV Pariétariées, V Forskohléées. La première seule sollicite l'attention du toxicologue. L'irritation provoquée par la piqûre des poils des Urlicées (ou Urérées de Weddel), irritation utilisée thérapeutiquement en Europe avec les espèces Vrlica dioicay U, urens et, plus rarement, U. pilulifera, peut atteindre une intensité qui rend certaines espèces tropicales vraiment redoutables. Leschenault a publié la relation d'une piqûre

URTICACÉES PLATAN^ACÉES 851

qu'il se fit, dans le jardin botanique de Calcutta, avec une espèce de Laportea dont les Indiens redoutent particulièrement les atteintes et qu'ils appellent Mealum-ma. Quoique trois doigts seulement eussent été piqués, il survint des accidents graves, une douleur intense, des manifestations inflammatoires et tétaniques qui ne disparurent qu'au bout de huit jours. On prétend même que la piqûre de cette plante a pu causer une fièvre violente et, parfois, occasionner la mort. Dans la Nouvelle-Zélande, ÏUrLica feroXy Ogna-wa des indigènes, détermine, à la suite de sa piqûre, des douleurs persistant jusqu'à quatre jours, au dire de Gollenso; et VU, urentissima (Bl.) de Timor, vulgairement appelée Daoun setan, Feuille du diable, passe pour causer des blessures dont les effets pourraient durer une année et môme amener la mort.

D'après Duval-Jouve, il y a, dans nos orties communes, trois sortes de poils : 4<* des poils courts, non urticants, non visibles à l'œil nu, à tige cylindrique unicellulée, à tête renflée et formée de deux à trois phytocystes ; 2» des poils allongés, coniques, unicellulés, à paroi finement ponctuée, également non urticants; 3» des Slimtdi ou poils urticants, siriiples, longuement coniques, unicellulés formés d'un bulbe basilaire renflé, d'un poinçon conique lui faisant suite et d'un petit sommet incliné, renflé en boule. Ce poil n'est autre chose qu'un phytocyste épidermique allongé. Il constitue un appareil creux rempli d'un liquide acide, irritant, qui produit une sensation douloureuse de brûlure quand le poil se brise dans sa portion supérieure et qu'il y a inoculation du liquide par suite de la pénétration de la portion basilaire dans le derme. La base du stimulus est entourée d'une gaine de cellules saillantes appartenant au parenchyme sousépidermique. C'est à cet ensemble de cellules qu'on attribue la sécrétion du liquide irritant qui passe ensuite dans la cavité du poil où il reste en réserve.]

PLATAN.^ACEES

Platanus occidentalis (L.).Les feuilles sont couvertes de. poils duvetés qui, aspirés dans les voies respiratoires, provoquent des accès de toux persistante.

[Pour Bâillon, les Platanées constituent une des vingt séries dans lesquelles il a subdivisé la famille des Saxlfr agacées, groupe énorme représentant une famille par enchaînement comme celle des RenoncuJacées, des Rosacées, etc. Ces vingt séries sont composées de: ï Saxifragées^ II Penthorées, III Céphalotées, IV ParnassiéeSy V Francoées^ Yl Ilt/drangécs, VII Philadelphées, VIII Escalloniées, IX Brexices {Vénanées),X PittosporéeSy XI RihésiéeSy X\l Bauérées, XIII Cunoniées, X\\\Codiées, XV Bruniëes, XVI Uamamélidées, XVII Liquidaniharécs, XVIIl Platanées, XIX Myosurandées, XX Daliscées (?)..Lcs feuilles du Cephalotus sont regardées comme carnivores, propriété qu'elles de-

vraient à une diastase peptonisante analogue à la papaTne ; les Datisca ont été sig'nalés comme doués de propriétés antipériodiques ;',lcs Parnassia jouissaient autrefois d'une réputation bien imméritée dans les affections oculaires, on pourrait en dire autant des prétendues propriétés lithontriptiques des Saxifrages LesRihésiées, les Liquidambarées, et les Hamamélidées sont les seules renfermant des produits utilisés actuellement en thérapeutique].

CUPULIFERES

Fagus silvatica(h.). — Les faînes fournissent l'huile de faîne et une substance toxique, la pagine, qui tue un chat en neuf heures à la dose de Ogr.4 (1) ; le tourteau du pressurage contient une base de la série de la choline (2). On a observé chez rhomme et chez des animaux des empoisonnements même mortels (3). Les moutons, les cochons, les bœufs, les écureuils et les oiseaux semblent jouir d'immunité envers la faîne. Les empoisonnements ont été causés par : graines fraîches et desséchées, leurs infusions ou émulsions, l'épisperme brun des noix, l'huile exprimée chaude et le tourteau du pressurage donné en nourriture aux animaux.

Symptômes chez Thomme : nausées, gastralgies, vomissements, coliques, céphalée, troubles respiratoires et engourdissement ; rarement état ressemblant à la rage. Ont été observés chez les chevaux : titubation, tremblements, dyspnée, parésie du train postérieur, plus tard : convulsions cloniques ou tétaniques (à la suite de i kilo à i kilo 5) (4) et, plus rarement, épistaxis.

[La toxicité des faînes niée par beaucoup d'auteurs a cependant été signalée depuis fort long-temps et à maintes reprises. Dans sa Disserlatio de venenis vegetabilibus generalim (Erlangen, 1785) et sa Maleriavenenaria reguivegetalis (Leipzick, 1785), Puehn assure que les faînes possèdent une action narcotique et que si Ton mang-e une certaine quantité de ces fruits, on éprouve des maux de tête, on tombe dans une sorte de tristesse et de torpeur, on court même le risque de devenir hydrophobe. Effectus: to}yor, tnslitiay imbecillilaa, cepha-

(1) Herberger. Ârch, d, Apotkekervev., Bd XXXV, 1830.

(2) BoHM, Arch. d, Pharm,, févr. 488i, p. 159.

(3) GoTTscHED, Act. Ilav/i., V. II, p. 160; — Kortum, Beilr. z. prakt.Arsneiw., 1795, p. 145.

(4) Wamrer, BerL thieràrztl. Wochenschr., 1890, p. 53.

SALICACÉES — ORCHIDACÉES 853

lalgia, febris acuta, hydrophohia lethalis, Jean Bauhin, Simon Pauli, Schmi- DZL, MuRRAY, d'autres observateurs reproduisent ces assertions sans toutefois apporter de preuves à Tappui.

Dans tous les cas, les éleveurs savent bien que les faînes, ingérées d'une façon trop continue, rendent la chair molle et la graisse diffluente, surtout chez les solipèdes, les ruminants et les porcs.

Si je m'en rapporte à des recherches personnelles un peu superficielles et qui demanderaient à être reprises et confirmées, le principe toxique serait une albumose localisée dans la coque (induvie) enveloppant les graines].

SALICAGEES

Populus candicans (Lodd.). Les teintures provoquent chez certaines personnes : dermatite ou exanthèmes.

ORCHIDACÉES

Vanilla planifolia (Andr.). — Les conceptacles de la vanille contiennent de la vanilline {aldéhyde méthylprotocatèchique) que Ton peut aussi obtenir des fruits non mûrs et par oxydation de la CONIFÉRINE. Le suc des rameaux renferme de l'oxalate de chaux en aiguilles aiguës qui provoqueraient à la peau de l'urticaire. Chez les ouvriers occupés au triage et au nettoyage de la vanille, surviennent parfois : blépharite chronique et coryza, ou pruritàla face et aux mains; la peau se couvre d'une éruption prurigineuse, gonfle et desquame après quelques jours. Cette affection est causée par unacare qui ne pénètre pas sous la peau, mais agit seulement par contact. Surviennent dans d'autres cas, surtout si l'on travaille avec de la vanille de moindre qualité : céphalée, engourdissement, vertiges, raideur, myalgies et irritation de la vessie qui empêchent l'ouvrier de s'adonner à son métier (1). D'après une autre manière devoir, l'affection locale ne serait point provoquée par un acare, mais par le Cardol provenant de VAnacardium occidentale qui pénètre dans la silique de la vanille pendant son enjolivement.

(1) Layet, Ann, d'hyg., 1883, II, p. 361.

La vanilline, qui est douée de propriétés antiseptiques, provoquerait, chezles grenouilles, d'abord des convulsions, ensuite des paralysies (1) et élèverait la température. On l'a considérée, sans raison aucune, comme étant la cause de l'empoisonnement par les glaces, les crèmes ou les aliments vanillés. 11 ne faut pas non plus rendre responsables de ces accidents le cuivre, le zinc ni le plomb que les aliments ou les boissons vanillés auraient enlevé aux ustensiles, pas plus que le Baume dit Pérou ou le Styrax qui serviraient parfois pour falsifier la vanille, ni Taction mécanique de l'oxalate de chaux sus-mentionné, ni enfin Fingestion possible des siliques de vanille non mûres. Après avoir soumis toutes les circonstances à une analyse critique, il me semble que, dans un grand nombre de ces cas, il s'agit de poisons de décomposition (poisons pidridcs^ ptomaïnes) provenant des œufs gâtés employés pour la préparation de ces aliments. Quant à la teneur de la vanille en Cardol ou en d'autres parties constituantes végétales vénéneuses qui peuvent se trouver dans les siliques de la vanille par suite de son voisinage avec des arbres vénéneux [Jatropha curcas)^ elle ne peut en être rendue responsable que plus rarement.

Symptômes. — Vomissements, gastralgies, évacuation de selles douloureuses (les selles sont parfois sanguinolentes), mydriase, crampes aux mollets, ainsi que cyanose et refroidissement du corps. La guérison peut avoir lieu dans l'espace de dix heures à six jours. La sensation de brûlure et l'inflammation du pharynx peuvent persister pendant un court laps de temps (2).

Cypripedium spectabile (Salisb.), C. pubescens (Willd.) et C. parvifloriirn (Salisb.). Les feuilles provoquent à la peau de l'homme : rougeur et inflammation dont la guérison demande une dizaine de jours. Les poils courts des glandes contiennent un suc cellulaire acide.

Phalœnopsis amabilis (Lindl.) contient, d'après Boorsma, un alcaloïde toxique.

{{) Grasset, Arch. de mèd., 1880, août.

(2) ScHnoFF, Wiener med. Wochenachr , i863, n« 52 ; — Rosentiial, BerL Klin. Wochenschr,, 1874, p. 115; — Davenport, Dost, med. Journ., 4886, H, p. 410.

ZINGIBÉRAGÉES BROMÉLIACÉES — IRIDACÉES — AMARYLLIDACÉES 855

ZINGIBÉRACÉES

Kœmpferia rotunda (L.)* Le suc des tubérosilés provoque chez l'homme : salivation et vomissements (1).

BROMÉLIACÉES

Bromelia silvesMs (Vell) [Ananas silvesMs], Le suc est employé au Brésil comme eclrotiquc. Les fruits causent : cholérine et diarrhée sanguinolente. La broméline qui y est contenue (2) fournit les réactions d'un alcaloïde.

IRIDACÉES

Iris germanica (L.). Un morceau d'une racine fraîche d'iris {GiaggioH) introduit dans une plaie a provoqué, pendant tout le temps qu'on l'y laissait, fièvre et diarrhée. L'/. fœtidissima (L.) {Iris jamhon)^ VL Pseudo-acorus (L.) {Flambe des /ïiaraiSj Acore bâtard)^ et 1'/. sibiyHca (L.) provoquent à l'état frais : vomissements, coliques, et, le cas échéant, selles sanguinolentes. Le suc de ces plantes produit sur les muqueuses une sensation de brûlure.

UHomeria aurantiaca (Sweet.), passe en Australie pour être une plante pernicieuse pour les vaches.

AMARYLLIDACÉES

Le Narcissiis Pseiido-'Narcissiis (L)., à l'état naturel ou sous forme d'extrait aqueux, provoque chez les animaux : vomissements, diarrhée et paralysie s'il y a gastroentérite (3). Je con-

(1) KiHTiKAa, Poison, plants of Bombay^ fasc. I, pari. II.

(2) Peckolt, Pharm, liundsch.y 4895, p. 237.

(3) Orfila, Lehrb. f, Toxik, (Irad. allem. par Kbupp), Bd II, p. 422; — Melle, Canslatls Jahresber., 485G, Dd VI, p. 24.

sidère comme inexact que les rhapides provoquent les effets locaux d'irritation, même si les limaçons rongent la couronne accessoire (parapélale) dépourvue de rhapides (1). X. poéticus (L.): deux hommes ayant mang-é quatre bulbes de çenelte des Jardins furent atteints de : vomituritions, vomissements, gastralgies, obnubilation des sens, lipothymies, sueurs froides, tremblement des membres et diarrhée avec coliques (2). Le N, orientais (L.) contient un glucoside et un alcaloïde. Le N. Tazetta (L.) passe au Japon pour être vénéneux.

Le Galanthiis nivalis (L.) est acre et agit comme émétique.

Leucojum œsthnim (L.). On a observé dans le cours d'un empoisonnement en niasse : nausées, vomissements, céphalée et vertiges; un individu fut atteint en outre de : douleurs au cou, mydriase, accès ressemblant a des coliques et sommeil profond (3).

Le Crimim angustifolium (R. Br.) ainsi que le Cr. jiedunciflatum (R. Br.) sont considérés comme étant vénéneux pour les troupeaux. Le C asiaticiim (L.), mais surtout la racine de C. zeylanicum (L.), enflamment la peau et les muqueuses jusqu'à vésication.

U Amaryllis formas iss hua (L.), qui agit comme émétique, et r^. Belladonna{L.) fournissent deux alcaloïdes actifs, à savoir, I'amarylline et la bellamarine. Les bulbes d'^. belladonna se présenteraient, dans certaines conditions, comme un poison provoquant : gastroentérite et troubles nerveux et amèneraient la mort à la dose de 2 à 3gr. Les Caraïbes s'en serviraient comme d'un poison des flèches.

Le Z/i/wr/5ra6?/ato(HERB.)contientdans le bulbe deux alcaloïdes, dont un, la lycorine, est toxique, et l'autre, la sékisanine,

(1) Lewin, Deutsche med. Wochenschr,, 4900, nos 15 et 46.

(2) Pfau, Canstatfs Jahresber., 184i, p. 246.

(3) Brandis, Deutsche Kiinik, 4856, n^ 33, p. 341.

AMARYLLIDACÉES 857

est inactif. La lycorine provoque : vomissements, diarrhée et collapsus.

Hœmanthus toxicarius (L.). Un extrait aqueux de la plante employée dans l'Afrique du Sud comme poison des flèches, provoque chez les chats : somnolence, faiblesse, tremblements, tétanos, troubles visuels, vomissements, paralysie de la motilité. L'ingestion de la plante est suivie chez l'homme de : faiblesse, délire, sécheresse de la bouche, diurèse augmentée et mydriase.

Le Panc7*atiiim illyricum (L.) contient un poison cardiaque.

\J Agave americana (L.) fournit la Pulque enivrante.

Crocus sativus (L.). — Les empoisonnements par le safran, les stigmates des fleurs de crocus, peuvent avoir pour causes : inhalation prolongée de ses parties constituantes volatiles ou ingestion du safran en trop grande quantité. C'est, probablement, une essence qui constitue la partie toxique. Quant à la matière colorante du safran, la grocine (Polychroïte) et à ses produits de décomposition, leur action n'est pas encore étudiée.

D'après des relations anciennes, des empoisonnements graves, même avec issue fatale, seraient survenus chez des personnes ayant dormi sur ou près du safran (1). On a observé dans ces cas, ainsi qu'après ingestion du safran en grande quantité comme ectrotique : douleurs abdominales intenses, lassitude générale, engourdissement, céphalée, vertiges, délire; plus rarement, métrorrhagies de plusieurs jours de durée. Les résultats négatifs que l'on a obtenus en expérimentant sur des hommes et sur des animaux, sont peut-être dus à la mauvaise qualité des préparations employées. La décoction de safran, ingérée à plusieurs reprises, a amené Tavortement dans l'espace de trois jours. La dose léthale de safran était évaluée dès l'antiquité à 12gr.

Gladiolus conimunis (L.). Le suc de la' racine irrite les muqueuses.

(1) BoRELrLus, Histor, et observ.. Cent. IV, obs. 35, p. 303.

DIOSCORÉACÉES

Dioscorea hirsurta (Bl.) {Gadong). Les bulbes des racines sont vénéneux et sont employés à Malacca comme poisons des flèches et à Java pour engourdir les poissons. On peut les rendre non-vénéneux à Taide de manipulations appropriées. La plante contient un alcaloïde amorphe toxique, amer, la dioscorine, qui tue les chevaux à la dose de Ogr-Ol, en les engourdissant, et un alcaloïde volatil, moins toxique, à odeur rappelant celle delà conicine, la diosgorëine qui, en injection sous-cutanée à la dose de Og'r.04, tue les lapins par paralysie du centre respiratoire avec des symptômes de paralysies généralisées. Le D. villosa (L.) contient une saponine. Les bulbes aériens se développant dans les aisselles des feuilles de Z). hulbifera (L.), contiennent un glucoside paralysant les grenouilles (1). La planta empoisonne aussi d'autres animaux. Le tubercule souterrain est non-vénéneux. On peut rendre les bulbes non-vénéneux en les faisant macérer après les avoir coupés en disques, ou en les plongeant dans des cendres de bois avant de les soumettre à Tébullition. Le D. pentaphylla (L.) et le D. dœmona (Roxb.) sont également vénéneux. Les Carens (tribu indigène de l'Asie dans la région de TAssam) les mangeraient en temps de disette, mais probablement après les avoir rendus non vénéneux.

Tamus commimis (h.). — Les baies de Vigne noire peuvent provoquer des empoisonnements, même mortels. Les jambes des chiens deviennent comme paralysées pendant plusieurs jours après l'ingestion de vingt baies, et l'administration delà teinture alcoolique provoque des secousses chez les grenouilles. Un enfant de deux ans, empoisonné par elles, fut atteint de coliques et vomissements (2).

(i) Heckel et SciiLAGDENHAfiFKEN, anolt/sé tn Pharm. Zeit,, 4892, p. 770. (2) CouTAGNE, Lyon mèd., t. XLVI, 4884, p. 239.

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