DU TANGUIN DE MADAGASCAR
train postérieur : cris plaintifs , nouvelles nausées, évacuation de matières fécales consistantes. A vingt-sept minutes , il tombe sur le côté ; les membres antérieurs sont faibles, mais moins que les postérieurs ; mouvements convulsifs des muscles de la face ; les yeux sont fixes, les pupilles dilatées et immobiles lors de l’approche d’un corps extérieur; il n’entend point , et agite seulement un peu les membres antérieurs quand on le touche avec la main : déjection involontaire de matières fécales liquides; respiration lente et diaphragmatique. A trente-quatre minutes, il se relève spontanément ; la paralysie des membres a disparu ; il court pendant une demi minute , puis retombe dans le même état qu’auparavanl ; les nausées et la paraplégie reparaissent; nouvelle déjection. A trente-six minutes, les symptômes offrent plus d’intensité. A quarante minutes, l’animal se relève une seconde fois, fait quelques pas et retombe. A quarante-cinq minutes, contractions spasmodiques très marquées dans les muscles du tronc et qui semblent affecter plus spécialement ceux de la région dorsale dans toute sa longueur. A quarante-sept minutes, renversement de la tête en arrière , lequel se prononce de plus en plus. A cinquante minutes, mouvements lents et convulsifs des yeux , dont le globe reste fortement abaissé. A cinquante-cinq minutes, le renversement de la tête est moins considérable; les mouvements de la respiration se ralentissent. A cinquante-sept minutes, le corps devient flasque , insensibilité générale et absolue , paralysie complète des quatre membres. A soixante-quatre minutes, opistliotonos momentané, avec tremblement dans toutes les parties du corps. A soixante-six minutes, mort tranquille. Ouverture du cadavre. Le cerveau, le cervelet, la moelle épinière, étaient dans l’état naturel. Les poumons , exsangues , étaient peu crépitants. Le ventricule droit du cœur était rempli de sang noir coagulé; celui du ventricule gauche était liquide; la membrane intérieure des artères était blanche; la trachée-artère ne contenait pas de mucosités écumeuses. L’estomac et le duodénum offraient des traces non équivoques d’inflammation. Le foie, la rate et les reins contenaient très peu de sang. La vessie était vide et contractée sur elle-même.
Expérience ii". — On appliqua sur le tissu cellulaire de la cuisse d’une chienne robuste une pâte liquide faite avec 25 centigrammes d 'amandes. Au bout de trente-cinq minutes , l’animal , qui avait perdu de sa vivacité , éprouva à plusieurs reprises des contractions convulsives dans les quatre membres. A trente-sept minutes , assoupissement très marqué ; l’animal se couche sur le côté ; si on le relève, il se recouche ; une bave liquide et filante sort constamment de sa gueule ; il est évidemment endormi ; lorsqu’on le réveille et qu’on le place debout sur ses pattes, il reste immobile dans cette position ; ses yeux se ferment peu à peu , sa tête se penche en avant par mouvements saccadés, et il finit véritablement par dormir debout. A quatre-vingt-dix minutes, il sort tout-à-coup de cet état , et court pendant quelque temps avec vitesse ; bientôt il s’arrête et éprouve des nausées et des vomissements fie matières alimentaires; il reprend sa gaieté , la somnolence disparaît. 11 y a pendant quelque temps
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alternaliyes d’excitation et de narcotisme ; l’animal vomit encore trois fois et se trouve parfaitement rétabli le lendemain malin.
Expérience in'. — Un centigramme de la matière blanche cristalline, dissoute dans de l’alcool très faible et introduite dans l’estomac d’un cochon d Inde âgé d’un an environ , a occasionné la mort au bout de sept heures, sans donner lieu au narcotisme, mais en déterminant des symptômes d’irritation. La même dose , appliquée sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un lapin, n’a produit aucun effet, probablement parce que la matière n’avait pas été dissoute dans l’alcool.
Expérience ive. — Quinze centigrammes de tanguine (matière brune) dissoute dans 2 grammes d’eau distillée, furent introduits dans l’estomac d’un cochon d’Inde âgé d’un mois : au bout de cinq minutes, tout annonça une disposition marquée à l’assoupissement ; l’animal dormait debout et n’était réveillé que par un hoquet assez fréquent , dù sans doute à une déchirure assez étendue de l’œsophage qui avait été faite pendant l’opération.
Il résulte de ce qui précède, 1» que le tanguin agit à la manière des poisons narcotico-âcres ; 2° qu’il est absorbé , et que ses propriétés âcres résident dans la matière blanche cristalline, tandis que le narcolisme est dù à la tanguine. ( Archives générales de Médecine , tom. IV, Mémoire de MM. Ollivier et Henry fils.)
Traitement. (Voy. p. 345.)
BS QUELQUES AUTRES F1AMTES RÉPUTÉES VÉBJÉNEUSES.
Le cerbera ahovaï, de la famille des apocynées , offre un fruit dont le noyau est très délétère. Le bois jeté dans un étang stupéfie les poissons. Le fruit du cerbera mangbas est d’une saveur âcre et amère; il est émétique.
Les apocynum androsœmifolmm , cannabinum , venelum , offrent un suc laiteux doué d’une saveur âcre qui enflamme et ulcère la peau.
Asclcpias gigantea (famille des apocynées). — Bauchin dit que le suc de cette plante , pris à la dose de 6 grammes , a déterminé des symptômes très graves et une hémorrhagie mortelle. J’ai administré souvent à des chiens de Vasclepias vincetoxicum (dompte-venin) : ces animaux sont morts au bout d’un jour ou deux, et leur estomac s’est trouvé enflammé.
Les feuilles de cynanchum erectum (famille des apocynées), administrées à un chien à la dose de 2 grammes , ont occasionné des vomissements violents , un tremblement , des convulsions et la mort
DU CYANURK D’IODE. 447
( Plenck ). Le cynanchum vimiale fournit un suc laiteux très caustique.
Mircurialis perennis (mercuriale des montagnes). — Cette plante est nuisible aux moutons et à l’homme. Elle a occasionné chez plusieurs personnes qui en avaient mangé des vomissements violents, une diarrhée excessive, une chaleur brûlante à la tète, un sommeil profond , et des convulsions qui , dans un cas, ont été suivies de près de la mort (Vient, ouvrage cité, page 215). Hans Slotne dit qu’elle a une malignité narcotique et funeste. liomare pense qu’elle produit des effets analogues à ceux du palma-chrisli.
Chœrophyllum sylvestre (cerfeuil sauvage). — On dit que la racine de cette plante, cueillie en hiver, a occasionné le délire , un assoupissement très profond , de l’engourdissement et de l’étranglement, qui n’ont cependant pas été suivis de la mort. On assure aussi que les semences et la racine du chœrophyllum bulbosum ont excité des vertiges et des douleurs de tête. Plenck dit qu’il en a mangé souvent sans aucun inconvénient. (Ouvrage cité, p. 126.) Le chœrophyllum temulentum paraît aussi déterminer l’ivresse.
Sium lati folium. — Beyersten assure que la racine de cette plante, cueillie au mois d’août, a occasionné un délire furieux à des enfants et à des bestiaux. Quelques uns d’entre eux sont même morts. Elle ne paraît pas nuisible lorsqu’on la mange avant le milieu de l’été. Les feuilles ne sont point malfaisantes, d’après Gmelin.
Coriaria myrtifolia. — Sauvages rapporte qu’un enfant de dix ans et un laboureur de quarante ans périrent au milieu des convulsions les plus horribles une demi- heure après avoir mangé des baies de cette plante. ( Histoire de l’Académie royale des sciences, 1739, p. 473.)
DU CYAMURE B’IQBE.
Action sur l’économie animale.
M. Scoutetten établit , après avoir fait quelques expériences sur les lapins et sur les chiens, 1° que chez la plupart des animaux qu’il a tués avec le cyanure d’iode , des convulsions violentes sont survenues presque à l’instant : chez quelques uns elles étaient accompagnées de cris aigus; chez d’autres on n’entendait point de cris, et plusieurs sont morts avec une rapidité si grande qu’on n’avait pas le temps de les poser à terre; 2° que 3 centigrammes de cyanure complètement ingéré suffisent pour tuer des lapins : si cette quantité n’est pas introduite entièrement, l’accélération de la respiration et même des convulsions plus ou moins fortes ont lieu; mais la mort n’arrive pas;
3° que les chiens paraissent en supporter mieux l’action , puisqu’il en faut au moins 25 centigrammes pour les tuer, et encore ne réussira-t-on que lorsque l’estomac ne sera pas trop rempli d’aliments : sans quoi ils vomissent , et une grande partie du poison est rejetée; 4” qu’il détermine chez l’homme des étourdissements lorsqu’on est exposé à son émanation , et que lorsqu’on en place sur la langue il y produit une sensation de causticité très vive et très tenace : nul doute qu’il ne développât les accidents les plus graves et même la mort s’il était introduit dans l’estomac à la dose de quelques décigrammes ; 5° que chez les animaux qui succombent à l’action de ce poison, l’on remarque des anomalies dans les lésions organiques : parfois l’estomac est peu enflammé ; les poumons n’offrent que des taches ecchymosées peu profondes , et le cœur est dans l’état naturel : ces particularités tiennent à des causes qu’il n’est pas facile d’assigner, ayant trouvé des lésions graves chez des animaux tués promptement, et de légères chez d’autres morts avec lenteur ; 6° qu’il exerce une action spéciale sur les organes de la digestion et de la circulation , dans lesquels il détermine ordinairement des désordres profonds : quant à la congestion du cerveau , elle semble due en grande partie à l’engorgement des poumons ; 7° qu’il doit être rangé parmi les poisons narcoticoâcres.
Traitement de l’empoisonnement par le cyanure d’iode
Il faut, d’après M. Scoutetten, chercher d’abord à provoquer le vomissement au moyen de l’eau ou des boissons mucilagineuses prises en grande quantité : s’il se manifeste des mouvements convulsifs, on frottera les tempes avec de l’alcool , de l’ammoniaque liquide ou mieux encore de l’éther ; on pourra également faire respirer ces liqueurs , et on évitera soigneusement l’emploi du café, du quinquina , etc. La saignée générale , les saignées locales et les autres moyens antiphlogistiques seront mis en usage plus tard , lorsque les accidents inflammatoires se développeront.
Recherches médico-légales.
Le cyanure d’iode, découvert en 1824 par Sérullas, est sous forme d’aiguilles blanches , très longues et excessivement minces, d’une odeur très piquante qui irrite vivement les yeux et provoque le larmoiement, d’un poids spécifique plus considérable que celui de l’acide sulfurique. Mis sur les charbons ardents, il donne d’abondantes vapeurs violettes; il se dissout dans l’eau et surtout dans l’alcool. Ces