‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 117 sur 172 · DE LA NOIX VOMIQUE. Ô · texte numérisé non relu

DE LA NOIX VOMIQUE. Ô

Elle est formée, suivant Pelletier et SI. Caventou, de strychnine et de brucine combinées avec un acide particulier auquel on a donné le nom à'igasurique , de cire , d’une huile concrète, d’une matière colorante jaune, de gomme , d’amidon , de bassorine et de libre végétale.

Caractères de la poudre de noix vomique. — Elle est d’un gris fauve, d’une saveur amère, et d’une odeur particulière ayant de l’analogie avec celle de la réglisse. Slise sur des charbons ardents , elle s’enflamme si la température est assez élevée ; dans le cas contraire , elle se décompose , répand une fumée blanche épaisse , d’une odeur particulière, et laisse du charbon pour résidu. L’acide sulfurique concentré la noircit. L’acide azotique lui communique une couleur jaune-orangée foncée. Si on la fait bouillir pendant quelques minutes avec de l’eau distillée, on obtient un liquide jaunâtre , opalin, amer, qui devient d’un jaune plus foncé par l’ammoniaque et d’un jaune rougeâtre par l’acide azotique ; l’infusion alcoolique de noix de galle le précipite en blanc légèrement grisâtre. Lorsqu’on la traite par l’eau bouillante aiguisée d’acide sulfurique , le liquide filtré est trouble et légèrement jaunâtre; l’infusion de noix de galle le précipite en blanc jaunâtre ; l’acide azotique le rougit au bout de quelques instants ; l’ammoniaque le brunit et en précipite des flocons noirâtres.

Action de la noix vomique sur l’économie animale.

Expérience ire. — On a fait avaler à un chien de moyenne taille un peu moins de 2 grammes de noix vomique mêlée à du miel. Trois quarts d’heure après , l’animal a eu des mouvements convulsifs dans les membres supérieurs , qui étaient écartés l’un de l’autre et portés en avant , en sorte que le chien reposait sur les talons. Tout-à-coup il s’est levé, a roidi fortement ses membres, et les a écartés; il a fait quelques bonds tout d’une pièce, le cou et le rachis dans une roideur tétanique , et courbés en arrière, la queue ramenée sous le ventre; il est retombé ensuite sur les pattes en touchant la terre seulement avec l’extrémité des doigts. Peu de temps après, chute sur le côté, tremblements, queue redressée, enfin relâchement de tous les muscles. L’animal a eu une seconde attaque qui a débuté par des mouvements convulsifs de la face , la mobilité des paupières , tandis que les yeux , immobiles par la contraction tétanique de leurs muscles , faisaient saillie hors des orbites. Bientôt après , roideur tétanique générale. On pouvait le soulever tout d’une pièce ; tremblement général : la langue sortait de la bouche; elle était violette, ainsi que les lèvres ; la respiration suspendue par la contraction tétanique des muscles du thorax ; relâchement général. Dans les attaques qui ont précédé la mort, la respiration s’est exercée pendant le paroxysme, et alors la langue et les lèvres ont repris leur couleur naturelle. 11 a expiré à la quin-

zième attaque, vingt-huit minutes après l’invasion des accidents; il a toujours conservé l’usage de ses sens. On pouvait augmenter l’intensité des symptômes et même déterminer les attaques par le toucher, la menace ou le bruit ; mais ces moyens n’excitaient pas les mouvements convulsifs de la face. Quelques instants avant la mort , la respiration est devenue un peu bruyante, comme si l’animal eût eu le râle. Ouverture du cadavre. 11 n’y avait aucune trace d’inflammation dans le canal digestif, ni dans l’appareil respiratoire , ni dans le cerveau ; les sinus cérébraux paraissaient un peu plus gorgés que dans l’état naturel; presque toute la noix vomique était contenue dans l’estomac ; le cœur renfermait du sang noirâtre et un peu coagulé , surtout dans l’oreillette droite.

Cette expérience, répétée avec 2 grammes sur un autre chien , a fourni des résultats analogues, si ce n’est que l’animal, qui était plus faible, n’a été affecté qu’une heure après l’ingestion de la noix vomique, et qu’il a vécu une heure à dater du moment de l’invasion : en général aussi les symptômes ont été plus prononcés.

Un autre petit chien , qui a avalé 6ü centigrammes de noix vomique en morceaux , a éprouvé des accidents analogues aux précédents une demi-heure après l’ingestion, et il est mort vingt-cinq minutes après.

Bontl a décrit avec détail des expériences faites sur de jeunes chiens, dont les résultats ont beaucoup de rapport avec ceux que je viens d’exposer. ( Theophili Boneti Sepulchretum , tome m , page 497. Lugduni, 1700. )

Expérience iic. — On a fait prendre â une grenouille de moyenne taille environ 15 centigrammes de noix vomique râpée et mêlée à du miel. Un quart d’heure après, la respiration a été accélérée et le ventre gonflé; le tronc s’est redressé pendant que les yeux s’enfoncaient; les pattes étaient dans l’état naturel, et l’animal faisait entendre un léger bruit. Il est resté tranquille pendant quelques minutes, puis il a eu trois autres accès séparés par un même intervalle de repos, et marqués par les mêmes phénomènes, mais plus prononcés. Cinquième accès. Mouvements convulsifs et roideur considérable des membres et du tronc : on pouvait tourner l’animal tout d’une pièce. La durée du mouvement de flexion était très courte relativemenlà celui d’extension : le toucher, l’agitation, l’ébranlement du sol déterminaient ces effets. 11 a été impossible de s’assurer de l’état de la vue, à cause des mouvements continuels des paupières. La roideur a diminué d’intensité ; l’action des membres thoraciques s’est éteinte lorsque les doigts exerçaient encore des mouvements. Ouverture du cadavre. La bouche et l’œsophage étaient remplis de mucosités épaisses ; la majeure partie des bols ingérés était arrêtée à l’orifice œsophagien de l’estomac; il y en avait aussi une petite quantité dans ce viscère; les portions de l’œsophage et de l’estomac sur lesquelles le poison était appliqué offraient une couleur rouge; la membrane qui enveloppe le cervelet et la première partie de la moelle de l’épine présentaient des vaisseaux veineux un peu plus engorgés que dans l’état naturel (1;.

(l) Ces expériences ont été faites par M. le docteur Desporles, (Voyez Dis-

Page 1