‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 136 sur 172 · DU SEIGLE ERGOTÉ · texte numérisé non relu

DU SEIGLE ERGOTÉ

des intervalles de repos. Sur cinq cents personnes , trois cenls enfants périrent. » ( Satij . medicor. Sites, specin). iil.)

Ergotisme gangréneux. — Lorsque le seigle ergoté a été pris en grande quantité , ou qu’on en a fait usage pendant long-temps, la maladie débute par une douleur très vive avec chaleur intolérable aux orteils. La douleur monte , s’empare du pied , et gagne la jainbe. Le pied devient bientôt froid , pâle , plus livide. Le froid s’empare de la jambe , qui est très douloureuse , et le pied est devenu insensible. Les douleurs sont plus vives la nuit que le jour ; il y a de la soif, mais l’appétit se soutient , et le malade fait régulièrement ses fonctions. Il ne peut se mouvoir ni se soutenir sur ses pieds. Bientôt il paraît des taches violettes, des ampoules ; la gangrène se montre avec toute son horreur, et monte jusqu’au genou. La jambe se détache de son articulation , et laisse voir une plaie vermeille qui se ferme avec facilité , 'a moins que le malade, mal nourri, habitant un lieu froid et humide, couché dans un lit infecté de matières gangréneuses , ne pompe de nouveau des miasmes putrides. ( Lettre de M. François au rédacteur de la Gazette de Santé , année 1816.)

Expérience. — Salerne donna à un petit cochon mâle déjà coupé, de l’orge dans lequel il y avait un tiers d’ergot. Au bout de quinze jours , les jambes de l'animal devinrent rouges , rendirent une humeur verdâtre et fétide ; le dessous du ventre et le dos étaient d’une couleur noire ; les excrétions étaient comme dans l’état naturel. On continua cette nourriture pendant quinze autres jours : alors on lui donna du son pur bouilli et chaud. L’animal parut d’abord un peu mieux; mais il ne tarda pas à se plaindre; il se soutenait avec peine , et mourut en conservant son appétit. Le mésentère, le jéjunum et l’iléum étaient enflammés; le bord tranchant du foie présentait deux taches livides; il y avait sous la gorge et aux jambes quelques boutons noirs et entr’ouverts , qui rendaient une humeur roussâtre; il n’y avait point de gangrène aux pieds. D’autres expériences faites par le même auteur, par Iléad et par Tessier, ont offert des résultats analogues : les animaux sont morts avec des signes de gangrène dans la queue , les oreilles, les pieds, etc. , et on a trouvé des taches gangréneuses au foie et aux intestins.

Traitement de l’empoisonnement par le seigle ergoté.

Si la maladie est légère, qu’il n’y ait qu’un peu de fièvre, de l’embarras dans la tête et quelques mouvements convulsifs, on donnera k ou 5 cuillerées d’une potion antispasmodique , et on fera boire de l’eau vinaigrée ou de l’eau dans laquelle ou aura exprimé du jus de citron.

. Si les douleurs , l’engourdissement et le froid qui leur succèdent

annoncent l’approche delà gangrène sèche, on cherchera à la prévenir. On placera le malade dans un appartement sec et chaud , et dans un lit bien propre, dont on renouvellera fréquemment les couvertures.

Plusieurs médecins ont recommandé de faire prendre l’émétique 'lorsque la bouche est amère, la langue chargée , et les envies de vomir fréquentes : l’expérience prouve pourtant que ce médicament augmente l’irritation , et peut occasionner une diarrhée qui est toujours à craindre : cependant, comme on est quelquefois obligé d’administrer un vomitif pour faire cesser les symptômes dont je parle , on doit avoir recours à l’ipécacuanha : alors on verse , sur 4 grammes d’ipécacuanha , trois verres d’eau bouillante ; dix minutes après , on passe la liqueur ; si le premier verre détermine des vomissements abondants, on ne donne point les autres : on favorise l’effet de ce vomitif par l’eau tiède.

Dans le cas où le malade se plaindrait d’engourdissement et de froid aux membres , on lui ferait prendre des bains de jambes avec une décoction de plantes aromatiques , telles que la lavande , le romarin , la sauge , animée avec du vinaigre; au sortir du bain , on frotterait le pied et la jambe avec la main ou avec de la laine ; on les couvrirait de compresses trempées dans l’infusion de fleurs de sureau ou d’oranger, à laquelle on ajouterait 15 ou 20 gouttes d’alcali volatil par verre : ces compresses peuvent également être trempées dans la lessive de cendres ou dans la décoction suivante, dont on administre trois verres par jour au malade. On fait bouillir pendant demi-heure 120 grammes de quinquina concassé dans un litre d’eau ; au bout de ce temps , on ajoute 16 grammes de sel ammoniac et deux pincées de fleurs de camomille; on laisse refroidir et on passe. On peut encore donner avec succès une tisane d’infusion A' arnica ou de serpentaire de Virginie, édulcorée avec du sirop de vinaigre ou de l’oxymel.

Si l’engourdissement et le froid persistent , on met de larges vésicatoires sur les endroits voisins des membres engourdis; enfin si rien ne peut empêcher le développement de la gangrène , on applique plusieurs fois par jour sur les membres la fomentation suivante : on fait bouillir dans un litre d’eau 120 grammes d’alun calciné, 90 grammes de vitriol romain , 30 grammes de sel de cuisine ; on réduit la liqueur jusqu’à moitié. M. Janson , ex-chirurgien en chef du grand Hôtel-Dieu de Lyon, a retiré des avantages marqués de l’emploi de l’opium à l’intérieur , dans les cas nombreux de gangrène aux membres abdominaux , par suite de l’ingestion du seigle ergoté, qui se sont présentés à lui dans le courant des années 1818, 1819 et 1820. La gangrène, du reste, continuait ses ravages tant que la douleur persistait dans le membre affecté, tandis que le cercle inflammatoire

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