‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 138 sur 172 · DE L’IVRAIE ET DU FROMENT · texte numérisé non relu

DE L’IVRAIE ET DU FROMENT

Icraie ( lolium temulentum). — Expérience. — Seegerlit prendre à un chien 90 grammes de bouillie faite avec la farine d’ivraie et de l’eau. Cinq heures après, l’animal eut des tremblements très violents qui durèrent trois heures; il ne pouvait plus marcher; ses yeux étaient fixes, sa respiration gênée. Neuf heures après l’ingestion du liquide, il était profondément assoupi et insensible : cependant, le lendemain il fut rétabli. D’autres animaux soumis à la même expérience ont éprouvé des vomissements violents, des convulsions; la sueur et l’urine ont été augmentées.

Observation. — Deux paysans, leurs femmes et une autre vieille femme mangèrent ensemble 2 kilogrammes 500 grammes de pain d’avoine mêlée d’ivraie. Deux heures après, ils se plaignirent tous d’une pesanteur de tête, accompagnée d’une douleur qui paraissait fixée principalement au front. Ils eurent des vertiges et un tintement d’oreilles tel qu’ils croyaient entendre un bruit continuel de tambours et de timbales ; la langue offrait un tremblement très fort ; ils ne pouvaient ni avaler ni prononcer un mot en entier; la respiration était gênée, l’estomac douloureux. Ils rejetèrent un peu d’eau claire après avoir fait plusieurs fois des efforts inutiles pour vomir. Us n’avaient point d’appétit. Us avaient fréquemment de fortes envies d’uriner, sans cependant ressentir de douleur marquée ou d’autre incommodité ; tout leur corps était tremblant , couvert de sueur froide et accablé de lassitude. Us tombèrent, quelques heures après, dans un état d’assoupissement. (Seeger, Disse: t. latine sur l’ivraie. Tuhingœ , 1710.) Suivant cet auteur, un des signes les plus certains de l’empoisonnement par l’ivraie est le tremblement général de tout le corps.

Froment. — Il arrive quelquefois que la partie farineuse du froment se convertit en une poussière noire qui donne au pain de mau-

vaises qualités. Fodéré dit avoir observé en 1808 des coliques et des diarrhées qui dépendaient de cette cause. Les grains rouillés peuvent aussi donner lieu à des accidents.

DES PÏ.ARJTES ODORANTES.

Action des plantes odorantes sur l’économie animale.

Parmi les plantes dont j’ai parlé jusqu’ici , il en est un très grand grand nombre dont les fleurs répandent une odeur qui paraît dépendre de la volatilisation d’une huile essentielle qui a occasionné souvent des accidents funestes. Je ne crois pas devoir regarder cette odeur comme un poison absolu , c’est-'a-dire comme capable d’empoisonner tous les individus placés dans toutes les circonstances possibles, mais seulement comme un poison relatif, dont les effets dépendent de la plus ou moins grande susceptibilité nerveuse et de l’idiosyncrasie. Combien de personnes ne voit-on pas qui couchent impunément dans des chambres étroites et fermées où il y a plusieurs pots remplis de fleurs odorantes, tandis que d’autres ne pourraient pas y rester quelques minutes sans éprouver des symptômes plus ou moins fâcheux! Je vais rapporter succinctement les principaux accidents occasionnés par les émanations de ces plantes odoriférantes.

Observation lre. — Madame Norry , âgée de cinquante-huit ans , d’une forte constitution, ne pouvait se trouver dans aucun lieu où l’on préparait une décoction de graine de lin sans éprouver, quelques instants après, une tuméfaction considérable de la face, suivie de la perte des facultés intellectuelles et de syncope. J’ai été témoin de ce fait surprenant, et je l’ai vu se renouveler chez cette dame par l’administration de lavements préparés avec la même graine. La tuméfaction du visage ne se dissipait qu’au bout de vingt- quatre heures.

Observation 2e. — Vincent , célèbre peintre de celte capitale, ne pouvait rester dans un appartement où se trouvaient des roses sans être promptement attaqué de céphalalgie violente suivie de syncope. Morrigucs s’exprime ainsi dans le Journal de physique (année 1780) : « J’ai connu un chirurgien qui ne pouvait flairer les roses sans éprouver dans le moment un étouffement singulier, qui se dissipait aussitôt que les roses étaient écartées de lui, et une demoiselle qui perdait la voix lorsqu’on lui mettait sous le nez un bouquet de fleurs odorantes. » Ledelins parle d’un marchand à qui l’odeur des roses causait une opiithalmie (1).

(1) Ephémérid. Cttr. Nat., déc. u , an 2, obs. xc.

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