‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 139 sur 172 · DES PLANTES ODORANTES · texte numérisé non relu

DES PLANTES ODORANTES

Observation 3e. — Vallain rapporte qu’un officier éprouva des convulsions et perdit connaissance pour avoir laissé dans sa chambre une certaine quantité de fleurs d’œillet, qu’il aimait beaucoup. On fit aussitôt enlever la corbeille remplie de ces fleurs et l’on ouvrit les fenêtres. Au bout d’une demi-heure , les convulsions cessèrent , et le malade reprit l’usage de la parole. Depuis cette époque, l’officier ne put jamais, pendant douze ans, sentir l’odeur d’œillet sans tomber en syncope (1).

Observation Zie. — Valmonl deBomare dit que les parties subtiles et odorantes de la bétoine fleurie sont si vives, que l’on assure que les jardiniers qui arrachent cette plante deviennent ivres et chancelants comme s’ils avaient bu du vin (2).

Observation 5e. — Boyle affirme que lorsqu’on se repose à l’ombre d’un noyer ou d’un sureau , on ne tarde pas à s’endormir, et on éprouve une céphalalgie intense (3).

Observation 6e. — Mademoiselle J. D. , âgée de vingt -quatre ans, était assise 5 sa croisée et se plaignait d’un violent mal de tête. Tout-àcoup ses muscles extenseurs se contractèrent, elle devint roide, et tomba à la renverse en jetant un cri. On lui prodigua des secours qui la firent revenir bientôt. M. Barthélémy, auteur de cette observation, ayant appris que depuis quelque temps la malade renfermait dans sa chambre des roses , des lis , des œillets, des chèvrefeuilles , la fit renoncer à cet usage, et elle ne se trouva plus incommodée : seulement une fois encore elle éprouva de légères crispations pour avoir gardé à sa ceinture un bouquet de chèvrefeuille; mais l’éloignement du bouquet les fit disparaître de suite. ' Dissertation inaugurale soutenue à Paris en 1812, n° 158.)

Observation 7e. — Sennert et Boyle ont vu des effets purgatifs produits par l’odeur que répandent l’ellébore noir et la coloquinte que l’on pile (h). L’ellébore blanc a occasionné des vomissements à ceux qui l’arrachent (5).

Quelle foi doit-on ajouter à ces historiens qui prétendent que l’on empoisonnait jadis des gants, des boîtes, etc. , et qu’il s’en exhalait une matière subtile assez énergique pour déterminer les accidents les plus graves chez les personnes qui la respiraient? J’ai été consulté, il y a quelques années, par le ministère public, pour savoir s’il était possible que des étourdissements, des nausées , etc. , éprouvés par madame X*** et par quelques autres personnes au moment de l’ouverture d’un paquet rempli de son, eussent été occasionnés par quelque substance vénéneuse volatile que l’on y aurait préalablement mêlée : le mari de cette dame était soupçonné d’avoir voulu l’empoi-

(1) Prix de l’Académie, Hygiène chirurgicale , p. 2G.

(2) Dictionnaire cl' Histoire naturelle.

(3) Eoyle , De nul. determ. effluv., in-4, p. 38.

(4) Encyclopcil. , /. c., p. 402.

(5) yfmœnitates acadcmicœ, p. 200.

DES POISONS NATtCOTICO-ACRES.

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sonner par ce moyen. L’examen le plus scrupuleux n’a fait découvrir aucune matière délétère dans le son ; mais comme celui-ci avait été exposé à l’air pendant cinq jours depuis l’ouverture du paquet , on pouvait supposer que la substance vénéneuse s’était volatilisée. J’ai voulu savoir jusqu’à quel point celte supposition était fondée, et j’ai tenté les expériences suivantes.

Expérience. — Du son mêlé avec une assez forte proportion d’ammoniaque liquide pour être excessivement odorant , a été exposé à l’air : au bout de trois jours, il n’y avait plus d’odeur ; l’ammoniaque était entièrement volatilisée. Une autre portion de son a été mêlée avec une assez grande quantité d’acide cyanhydrique médicinal pour qu’il fût sensiblement humecté : cinq jours après l’exposition de ce mélange à l’air, l’odeur d’acide cyanhydrique , quoique excessivement affaiblie , était encore sensible : distillé avec de l’eau , il a fourni un liquide contenant un peu de cet acide. Dans aucun cas, ces mélanges n’ont occasionné le plus léger accident : je les ai flairés pendant long-temps au moment où ils venaient d’être faits ; plusieurs personnes ont tenté la meme expérience, et aucun de nous n’a été incommodé.

Je ne balance donc pas à conclure qu’il n’existe point de substance volatile (à moins que ce ne soit l’acide cyanhydrique concentré, qu’on ne trouve jamais dans le commerce) qui soit capable de produire des étourdissements, des nausées, et à plus forte raison des symptômes plus fâcheux, lorsqu’on ouvre une boîte dans laquelle elle aurait été renfermée avec du son ou avec tout autre matière solide, puisque l’on peut sans inconvénient rester pendant quelque temps au-dessus de paquets d’où il s’exhale de l’acide cyanhydrique médicinal, de l 'acide sulfhydrique , de l’ ammoniaque , etc. Sans doute il y aura des exceptions, et certains individus doués d’une grande sensibilité pourront être incommodés pour avoir flairé à plusieurs reprises les matières dont je parle ; mais il n’est guère probable que des accidents soient le résultat de la simple ouverture d’un paquet, lorsqu’on ne flaire pas obstinément la poudre qu’il contient. Les anciens connaissaient-ils des poisons volatils plus actifs que ceux que nous possédons? Non certes; aussi je n’hésite pas à regarder comme fabuleux les récits de ces empoisonnements de l’empereur Henri IV, d’un prince de Savoie, du pape Clément VII et de quelques autres personnages , où l’on tombait à la renverse pour avoir flairé des boîtes et des gants parfumés (Ambroise Paré , liv. xxi, ch. x).

Je pourrais encore rapporter un très grand nombre d’observations analogues aux précédentes ; il me suffira de dire qu’en général on a remarqué les symptômes suivants : engourdissements, pal-

nu GAZ PROTOXYDE D’AZOTE. 565

pitations , syncope , convulsions , céphalalgie , aphonie , plusieurs autres névroses , enfin l’asphyxie.

Traitement. — On commencera par éloigner les fleurs qui entourent le malade ; ensuite on traitera la maladie qu’elles auront fait naître. L’asphyxie sera combattue par les moyens que j’indiquerai bientôt (voy. p. 589) ; la céphalalgie , les syncopes , les névralgies exigeront l’emploi des toniques et des antispasmodiques.

DE t’EMPOISOMNSMSHT FROBUÏT FAR. X.ES GAZ.

J’ai déjà parlé des effets délétères de certains gaz irritants, qui, indépendamment de l’action qu’ils peuvent exercer sur le système nerveux, sur le sang, etc., produisent une inflammation grave des organes de la respiration , tels sont les acides azoteux , sulfureux et chlorhydrique, l’ammoniaque, le chlore, etc.; il me reste maintenant à examiner plusieurs autres gaz dont le mode d’action n’est pas le même, et ressemble au contraire, sous bien des rapports, à celui de quelques poisons narcotico-âcres ; ces gaz sont : les gaz protoxyde d’azote, hydrogène phosphore, hydrogène arsénié, hydrogène bicarboné , acide carbonique, oxyde de carbone , le gaz de l’éclairage et la vapeur du charbon.

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