‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 145 sur 172 · DU GAZ ACIDE CARBONIQUE. 5Û · texte numérisé non relu

DU GAZ ACIDE CARBONIQUE. 5Û

de 21 d’oxygène. (Varin , Dissertation physiologique et médicale sur les asphyxies et la respiration. Thèse, Paris, an x, n° 81.)

Expérience iic. — M. Collard de Martigny a plongé des oiseaux dans des cloches remplies de gaz acide carbonique, et de manière que la tèle seule sortît d’un parchemin qui fermait l’ouverture de la cloche ; les animaux n’étaient pas étranglés, car ils pouvaient manger au commencement des expériences ; mais au bout d’une heure ou d’une heure et un quart , ils éprouvaient des symptômes d’asphyxie , et succombaient après une heure trois quarts de séjour sous les cloches. ( Archives de médecine , tom. xxvi , pag. 203. )

Expérience iiic. — Landriani ayant enveloppé le corps d’une poule dans une vessie pleine de gaz acide carbonique , de manière à empêcher son accès dans les poumons , vit bientôt l’animal frappé d’une paralysie générale ( Anglada, Toxicologie generale , pag. 123. )

Expérience ivp. — Les petits poissons meurent en quelques minutes dans de l’eau aérée tenant en dissolution les trois quarts de son volume de gaz acide carbonique. Les grenouilles ne peuvent vivre au-delà de dix à douze minutes dans un pareil liquide.

Observation lrc. — Dans le mois d’avril 1806, une famille de sept individus fut empoisonnée à Marseille, hors la barrière Saint-Victor, par la vapeur d'un four à chaux qu’on faisait brûler clandestinement dans la cour delamaison, vapeur qui s’était introduite par la porte et parles fenêtres. De ces sept individus cinq périrent et deux furent sauvés ; tous cherchèrent à fuir la mort en désertant la maison ; et , comme c’était la nuit que l’accident était arrivé , on en trouva sur l’escalier et sur le seuil de la porte , une lampe à la main , dans l'attitude de fuir ; mais le gaz délétère leur en avait ôté la force et les moyens. (Fodéré, Médecine légale , tom. iv, pag. 37. )

Observation 2e. — Altumonelli raconte ainsi ce qu’il éprouva pendant qu’il respirait le gaz acide carbonique qui s’exhale de la grotte du Chien près Pouzzole : « Les larmes coulaient abondamment de mes yeux et une chaleur mordicante se faisait [sentir au visage, même lorsque je tenais la tête dans la vapeur sans respirer. » Le chien plongé dans celte moffette, éprouve une gêne de la respiration qui augmente peu à peu; le sang se porte à la tête, les yeux sont à demi ouverts, l’abdomen très tendu ; enfin après six ou sept minutes , l’animal reste immobile et roide ; mais quoique mort en apparence , il peut , si on ne le laisse pas trop longtemps dans l’acide, être rappelé à la vie. ( Mémoire sur les eaux minérales de Naples , 180/t. )

Observation 3e. — Un vigneron fort et bien portant fut empoisonné en foulant une cuve de raisin. Sa figure légèrement tuméfiée, dit M. Collard de Martigny, est très rouge; ses yeux sont humides et étincelants; la respiration paraît suspendue entièrement , mais une glace présentée sous le nez paraît légèrement ternie; l’action du cœur et du pouls est insensible. Le malade', promptement déshabillé, porté au grand air, est

DES POISONS NARCOTlCO-AClîES.

couché horizontalement, la tête et les épaules légèrement élevées; il est aussitôt soumis à des lotions d’eau froide et vinaigrée, à des irritations sous la plante des pieds, le long de la moelle épinière, dans les fosses nasales, etc.; on lui fait respirer de l’ammoniaque, on lui donne un lavement de décoction de tabac et on lui insuffle de l’air dans les poumons. 11 semble renaître un instant par cette persévérance ; puis, on le croit sauvé ; mais tantôt le délire, tantôt le coma, persistant, on essaie une nouvelle stimulation , une saignée de pied , l’application de sangsues aux tempes : vains efforts ; le malade succomba aux accidents secondaires. ( Arch. de mèd. , t. xxvi. )

Observation /i€. — M. Collard de Martigny s’étant plongé dans l’air d’une cuve en fermentation, en s’enveloppant le corps d’un drap, disposé sous forme de cylindre, dont une extrémité était adaptée à la cuve , tandis que l’autre était fixée à la tète , respirant d’ailleurs par la bouche à l’aide d’un tuyau qui communiquait avec l’air extérieur, commença à éprouver les symptômes de l’empoisonnement dès la cinquième minute ; mais ce ne fut qu’à la vingtième qu’il fut forcé de se retirer, rabattement étant tel alors, qu’il avait abandonné le tuyau, appliqué à sa bouche, à l’aide duquel il respirait l’air extérieur. ( Ibid. )

Symptômes et lésions de tissu.

Ils diffèrent à peine de ceux que détermine la vapeur du charbon. (Voyez p. 586. )

Conclusions. Le gaz acide carbonique est délétère par lui-meme , malgré l’opinion contraire émise par Nysten , qui attribuait ses effets toxiques à ce qu’il ne contenait pas à l’étatde liberté l’élément indispensableà la respiration, l’oxygène. L’empoisonnement que déterminent le charbon de bois et la houille enflammés , la carbonisation des poutres ou l’air vicié que respirent les individus rassemblés en grand nom bre dans des locaux resserrés, où l’air ne se renouvelle pas facilement, est principalement occasionné par le gaz acide carbonique. ( Voyez pour plus de détails les articles Vapeur du charbon et Air non renouvelé , aux pages 55A et 580. )

Il résulte des expériences de Varin que les animaux périssent en trois minutes lorsqu’ils respirent de l’air atmosphérique mêlé à un cinquième de son volume de gaz acide carbonique , et que la plus forte proportion à laquelle ce gaz puisse être ajouté à l’air sans le rendre nuisible à la respiration est de deux centièmes. D’après M. Leblanc, lorsque l’air contient 10 pour 100 d’acide carbonique, les chiens sont déjà très souffrants , et le malaise est déjà très prononcé quand la proportion de ce gaz est de 5 pour 100. (Ann. de chim. et de plrys.,

série , tome V.) Nous verrons , en parlant de la vapeur du charbon, que celle-ci, alors même qu’elie ne contiendrait que des quantités

Page 1