‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 150 sur 172 · DU GAZ ACIDE SUI.FHYDRIQUE · texte numérisé non relu

DU GAZ ACIDE SUI.FHYDRIQUE

se transforme en acide chlorhydrique , et le soufre est mis à nu ; il est soluble dans l’eau , et précipite en noir les sels de cuivre , de plomb et de bismuth , et en orangé plus ou moins foncé ceux d’antimoine.

On sait depuis long-temps que les animaux périssent peu de secondes après qu’on les a plongés dans le gaz acide sulfhydrique , que l’on regarde par cela même comme un des poisons les plus délétères. Chaussier a fait, à cet égard, un grand nombre d’expériences (1); Nysten a entrepris depuis de nouvelles recherches fort intéressantes sur ce même objet, que l’on doit regarder comme le complément du travail de Chaussier (2). J’ai soigneusement répété les expériences de ces deux médecins , et j’ai reconnu qu’elles étaient exactes : c’est donc d’après leurs écrits que je vais rédiger cet extrait.

Expérience irc. — Un animal quelconque périt dans l’espace de quelques secondes si on le plonge dans une atmosphère de gaz acide sulfhydrique ; il larde un peu plus à mourir lorsque ce gaz est mêlé à une très grande quantité d’air atmosphérique. D’après MM. Thénard et Dupuyiren, il suffit que l’air en contienne 1/1500 pour tuer un oiseau en très peu de temps ; celui qui en renferme 1/800 donne la mort à un chien de moyenne taille, et un cheval finit par succomber dans un air où on en a ajouté 1/250. Après la mort, on observe que les cavités nasales et bronchiques sont tapissées d’une mucosité visqueuse , brunâtre ; le sang est épais et noir; les poumons, le foie, la rate, les reins, le cerveau, et en général tous les organes qui reçoivent beaucoup de vaisseaux sanguins , ont une teinte brunâtre ou noirâtre; les muscles ne jouissent presque plus de leur contractilité et sont également noirâtres; la consistance est diminuée dans toutes les parties molles, qui se déchirent facilement, répandent une odeur fétide , et passent promptement à la putréfaction.

Expérience ne. — On injecta dans la veine jugulaire d’un carlin dont le pouls battait cent deux fois par minute , 10 centimètres cubes de gaz acide sulfhydrique. Quelques secondes après, l’animal parut très agité et poussa des cris aigus ; mais il ne tarda pas à se calmer : le pouls était très faible et ne battait que soixante-huit fois par minute. Huit minutes après l’injection , l’animal avait repris des forces , et le pouls battait soixantedix-huit fois par minute. Alors on fit une nouvelle injection de 20 centimètres cubes de gaz : immédiatement après, cris , mouvements convulsifs, renversement du torse en arrière, insensibilité du pouls, mort. On ouvrit le cadavre dans le même instant : le système sanguin ne contenait point de gaz ; le cœur était gorgé de sang noir ; les poumons offraient une belle couleur rose.

Expérience iiie. — A neuf heures cinquante-deux minutes, 10 centi-

(1) Journal de Sédillot, octobre 1802.

(2) Ouvrage cité, p. 1.6.

DES POISONS SEPTIQUES.

mètres cubes de gaz ont été injectés dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille, dont le pouls battait cent six fois par minute. Aussitôt après, l’animal a été agité et a fait quelques grandes inspirations ; son pouls ne battait plus que quatre-vingts fois par minute. A neuf heures cinquante-cinq minutes , la respiration était naturelle et l’animal calme. On a injecté de nouveau la même dose de gaz : la respiration a été liante et très fréquente; il y a eu des mouvements convulsifs; le pouls battait soixante-doqze fois par minute : ces symptômes n’ont point tardé à se calmer. A dix heures deux minutes , nouvelle injection de la même quantité de gaz: sur-le-champ l’animal s’est agité et a poussé des cris; les membres se sont allongés , la respiration était suspendue , et il paraissait mort. Au bout de quelques minutes , la respiration s’est rétablie ; elle était d’abord grande et rare. A dix heures sept minutes, elle s’exercait comme dans l’état naturel. L’animal a été détaché ; il est resté couché sur le côté , dans une grande prostration ; ses membres étaient très flasques et son pouls battait soixante-dix fois par minute. Trois minutes après, il paraissait moins accablé; il s’appuyait sur les extrémités antérieures; sa tête chancelait par intervalles; il a pu marcher quelques moments après ; mais sa progression était vacillante. A dix heures cinquante-cinq minutes, il était debout et paraissait stupéfié, sans donner le moindre signe de souffrance ; le pouls était très faible et battait quatrevingt-dix fois par minute. Le lendemain il était rétabli. Une des artères crurales a été ouverte , et il en est sorti du sang vermeil. ( Nysten . )

Expérience ive. — On a injecté dans la plèvre droite d’un chien de moyenne taille ZiO centimètres cubes de gaz acide sulfhydrique. Dans le même instant, le tronc s’est renversé en arrière, les membres sont devenus roides , il y a eu éjection d’urine et de matières fécales, et l’animal est mort. On l’a ouvert peu de temps après : la plèvre sur laquelle on avait opéré était d’une couleur verdâtre; le cœur, qui ne fut ouvert qu’au bout de vingt-quatre heures, contenait du sang noir coagulé, sans concrétion d’apparence gélatineuse. Il n’y avait point de gaz dans le système sanguin.

Expérience ve. — La même expérience, répétée sur un autre chien, avec 20 centimètres cubes de gaz, offrit d’abord des phénomènes analogues. Au bout d’une minute , il n’y avait plus de mouvement respiratoire ; les muscles locomoteurs étaient agités de légers mouvements convulsifs ; le pouls était fréquent et fort , mais devint bientôt insensible. A cet état succéda un relâchement général. Deux ou trois minutes après , l’animal fait une inspiration profonde , le pouls redevient sensible et la respiration se rétablit; mais la vie animale parut éteinte pendant un quart d’heure ; il ne pouvait pas faire deux pas sans chanceler et tomber. Demi-heure après l’injection , les fonctions cérébrales ne présentaient plus aucun signe de lésion grave; l’animal offrait un tremblement général et de l’écume à la gueule. Une heure cinq minutes après l’injection , sa démarche était encore chancelante. Le lendemain , il était entièrement rétabli.

Expérience vie. - - Lorsqu’on injecte dans le tissu cellulaire sous-cu-

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