‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 151 sur 172 · DU GAZ ACIDE SULFHYDRIQUE · texte numérisé non relu

DU GAZ ACIDE SULFHYDRIQUE

tané des lapins et des grenouilles du gaz acide sulfhydrique ou de l’eau suif hydrique, la mort arrive au bout de quelques secondes. Les chiens périssent aussi en très peu de temps , au milieu des convulsions et après avoir poussé des cris aigus. Les organes intérieurs n’offrent point de lésion remarquable ; mais les vaisseaux disséminés dans la portion du tissu cellulaire dans laquelle l’injection a été faite sont gorgés d’un sang noir visqueux ou d’une teinte verdâtre ; les muscles les plus superficiels participent à cette teinte.

Expérience vne. — Les lapins , les canards et les jeunes cabiais périssent en quelques minutes lorsqu’on plonge tout leur corps, excepte la tète, dans des vessies contenant du gaz acide sulfhydrique. Un lapin a succombé quoique la cuisse seule plongeât dans la vessie. La mort est plus prompte lorsqu’on déplume ces animaux. En ouvrant leurs cadavres, on a trouvé les vaisseaux sous-cutanés remplis d’un sang brunâtre, visqueux , le tissu cellulaire mollasse, la peau se déchirant avec facilité, mais les autres parties conservaient leur couleur et leur consistance naturelles. Un chien a été soumis à une expérience de ce genre, en n’exposant â l’action du gaz qu’une patte de derrière que l’on avait topdue. L’animal n’avait rien éprouvé au bout d’une heure , ce qui dépend sans doute de ce que l’absorption est nulle ou extrêmement faible à la surface du derme de ces animaux.

Expérience viii. — Injectés dans les gros intestins des lapins et des chevaux , le gaz acide sulfhydrique et l’eau sulfhydrique font périr ces animaux en moins d’une minute , et on trouve les vaisseaux abdominaux remplis de sang noir, épais; le gros intestin d’une couleur brunâtre, le foie , la rate et les reins plus foncés que dans l’état naturel ; il n’y a aucune altération dans les viscères du thorax et de la tète. Qn observe des effets analogues lorsque ces poisons ont élé injectés dans l’estomac. Après la mort , leur sang est fluide et d’une couleur brune foncée dans les artères; la membrane muqueuse de l’estomac est molle, se déchire avec la plus grande facilité , et offre une couleur noirâtre. Les autres viscères paraissent sains.

Il résulte de ce qui précède, 1° que le gaz acide sulfhydrique et l’eau sulfhydrique sont des poisons énergiques pour tous les animaux ; que le gaz est très actif lorsqu’il est respiré , qu’il l’est moins quand il a été introduit dans la plèvre ou dans la veine jugulaire ; qu’il l’est encore moins si on l’injecte dans le tissu cellulaire , dans l’estomac ou dans les intestins; enfin que son action est moins rapide lorsqu’on l’applique sur la surface de la peau , et , comme Nvsten 1 a observé dans ce cas, cette action est d’autant plus énergique que les animaux sont d’un plus petit volume; en sorte que l’homme peut sans inconvénient se soumettre à l’usage des bains hydrosulfureux, dans lesquels ce gaz se dégage , pourvu qu’il n’y reste pas trop longtemps, et que le gaz n’entre pas dans les poumons ; 2° qu il est en-

DES POISONS SEPTIQUES, tièrement absorbé sans éprouver la moindre décomposition ; que , porté dans le torrent de la circulation , il détermine une faiblesse générale, une altération prolongée dans la texture des organes, et principalement dans le système nerveux , et probablement dans la composition du sang ; 3" que cependant il peut être injecté à petite dose dans le système veineux des animaux sans déterminer de symptômes funestes; qu’il ne tue pas en opérant la distension du cœur pulmonaire, puisqu’il est très soluble dans le sang; 5° qu’il paraît agir sur l’homme comme sur les animaux.

Traitement. (Voy. p. 626.)

Ce gaz, connu vulgairement sous le nom de plomb, est le plus souvent formé de beaucoup d'air atmosphérique et d’une certaine quantité de sulfhydrate dé ammoniaque (composé de gaz acide suifhydrique et de gaz ammoniac) , qui est fourni par l’eau de la fosse : en effet, il résulte des expériences de M. Thénard que l’eau dont il s’agit contient quelquefois jusqu’à un tiers de son volume de ce sulfhydrate. Quelquefois aussi, mais plus rarement, le gaz des fosses d’aisances, loin d’être composé comme le précédent, est formé d’environ 94 parties de gaz azote , de 2 parties de gaz oxygène , et de 4 d’acide carbonique ou de sesqui-carbonate d’ammoniaque. Quelle que soit sa composition , il contient en outre une certaine quantité de matière organique putréfiée qui lui communique une odeur désagréable. On peut aisément se procurer l’une ou l’autre de ces variétés de gaz en suivant le procédé décrit en parlant de la vapeur du charbon (voy. p. 593 ).

Caractères du gaz composé d'air atmosphérique et de sulfhydrate d' ammoniaque. — Il a une odeur très marquée d’œufs pourris et d’alcali volatil ; il irrite fortement les yeux ; il n’éteint point les corps en combustion ; il précipite à l’état de sulfure noir les dissolutions d’azotate d’argent et d’acétate de plomb ; enfin il produit , par son mélange avec le gaz acide chlorhydrique, un nuage blanc très épais, formé d’acide chlorhydrique et d’ammoniaque.

Caractères du gaz composé de 94 parties d'azote , de 2 parties d’oxygène et de 4 parties d’acide carbonique. — Il est incolore et transparent; il éteint les corps en combustion; il rougit faiblement l’eau de tournesol, et précipite l’eau de chaux en blanc. Lorsqu’on en sépare l’acide carbonique au moyen de la potasse caustique, comme je l’ai indiqué (voy. p. 594), on voit que le résidu, qui est presque entièrement formé d’azote , éteint encore les corps en combustion ,

mais il ne rougit plus l’eau de tournesol , et il ne précipite plus l’eau de chaux. Si le gaz dont il s’agit contient du sesqui-carbonate d’ammoniaque au lieu d’acide carbonique , il offre une odeur d’alcali volatil, verdit le sirop de violettes, et donne naissance à des vapeurs blanches plus ou moins épaisses, lorsqu’on le mêle avec du gaz acide chlorhydrique ; du reste il agit sur les corps en combustion , sur l’eau de chaux et sur la potasse caustique, comme s’il était simplement formé d’azote , d’oxygène et d’acide carbonique.

Les symptômes et les lésions de tissu déterminés par le gaz qui se dégage des fosses d’aisances, varient suivant qu’ils sont le résultat de l’inspiration de l’une ou de l’autre des variétés de gaz dont je viens de parler, ce qui m’engage à les exposer séparément.

Symptômes et lésions de tissu déterminés par le gaz composé d’air atmosphérique et de sulfhydrate d’ammoniaque.

Observation l,e. — Quelquefois, dit Dupuytren, les individus sont fortement empoisonnés, et la mort arrive en très peu de temps ; maisdans d’autres circonstances, les symptômes de l’empoisonnement sont moins intenses; alors on peut transporter les malades dans l’atmosphère, et on remarque qu’après avoir resté quelque temps dans un état de mort apparente, ils font de grandes inspirations; peu à peu la respiration se rétablit et persiste à être laborieuse; les mouvements du cœur deviennent sensibles: cependant le pouls est faible et petit, les appareils digestif et locomoteur ont perdu de leur contractilité , les fonctions cérébrales sont suspendues, et si le malade recouvre la santé, il tarde beaucoup à reprendre des forces.

Observation 2e. — Trois maçons réparaient une fosse d’aisances vide depuis quinze jours, et se disposaient à vider l’eau, qui, filtrant des terres voisines, avait déjà 33 centimètres de hauteur. A peine l’un d’eux avait-il ôté quelques unes des pierres qui affermissent le sol , que l’eau vint en plus grande abondance , et laissa dégager des émanations d’une grande fétidité qui le suffoquèrent et le firent tomber dans le bourbier, où il se débattit pendant quelque temps avant de perdre connaissance. Son camarade vient et le lire de l’eau ; mais frappé lui-même , il ne tarde pas à tomber. Le père de l’un d’eux, apprenant que son fils est en danger, vole vers lui , et déjà il était parvenu à le tirer de l’eau , ainsi que son camarade , lorsqu’il éprouve des étourdissements qui l’obligent à les abandonner, et ils tombent tous dans le cloaque. On ne tarde pas à venir à leur secours, et on les transporte à l’Hôtel-Dieu, à neuf heures du matin.

Le premier qui arriva était le plus faible des deux jeunes gens . il était tombé le premier dans la fosse , et il en fut retiré le dernier, il était âgé de vingt et un ans et assez bien constitué. Voici quel était son état . il était privé de connaissance, de sentiment et de mouvement ; le coips

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était froid, les lèvres violettes, la face livide; une écume sanglante s’échappait de la bouche ; les yeux étaient ternes, sans éclat, les pupilles dilatées et immobiles; le pouls était petit et fréquentées battements du cœur désordonnés et tumultueux , la respiration courte , difficile et comme convulsive ; les membres étaient dans le relâchement. Le malade , confié aux soins de M. Réeamier, fut mis sur un lit, et exposé à l’air; on lui fit respirer du chlore gazeux qui détermina une excitation momentanée. On ouvrit une des veines brachiales , qui ne donna point de sang ; on se décida à ouvrir l’autre, et on en obtint environ trois palettes. Les battements du cœur devinrent plus réguliers , le pouls se développa un peu, la respiration parut moins pénible; mais la peau était toujours froide et la face livide. On fit des frictions sur le tronc et sur les extrémités , et on administra plusieurs cuillerées d’une potion éthérée. Il n’y avait plus d’écume à la bouche ; la prostration était moins marquée ; de temps à autre, le malade poussait quelques plaintes ; bientôt après l’agitation la plus violente se manisfesta et dura environ deux heures : on se décida à le mettre dans un bain froid , et on lui fit quelques affusions. L’immersion dans l’eau parut d’abord accroître le désordre; la respiration fut très pénible et Jes mouvements plus violents ; la face pâlit , la saignée se rouvrit et laissa couler une très grande quantité de sang. Le malade tomba dans l’abattement et fut transporté dans son lit : il était froid , immobile , le pouls misérable , et la respiration haletante. Oh parvint à le ranimer au bout de quelques heures , en lui faisant des frictions sèches et en chauffant les draps du lit : alors le pouls se releva , la peau devint chaude et se couvrit d’une légère moiteur; les yeux s’entr’ouvrirent : cependant la respiration était toujours courte et pénible. A quatre heures, le pouls paraissait calme et régulier ; la peau était humide et chaude. Le soir, on appliqua des sinapismes aux pieds, qui déterminèrent une vive stimulation : la nuit fut assez tranquille, et la connaissance revint vers trois heures du matin; dès lors tous les symptômes diminuèrent, et le rétablissement fut complet vers le troisième jour.

Le père de ce malade , âgé de soixante ans , d’une forte constitution , avait été beaucoup moins affecté ; il avait pris sur-le-champ une potion à l’aide de laquelle il avait rendu l’eau qu’il avait avalée : il conservait l’usage de ses sens; tout son corps était agité de mouvements spasmodiques ; les muscles du thorax en particulier étaient le siège de contractions qui laissaient apercevoir chaque faisceau de leurs fibres ; les mâchoires offraient de temps à autre quelques mouvements convulsifs ; la peau était froide, la respiration libre, mais irrégulière; le pouls très embarrassé; il n’y avait point d’écume à la bouche ; le malade avait souvent des envies de vomir. Au bout de deux heures , le spasme avait cessé ; le pouls était régulier, les nausées persistaient. Petit ordonna 1 gramme 30 centigrammes d’ipécacuanha, de la limonade sulfurique et un lavement, qui amenèrent le calme , et le malade fut en état de sortir le lendemain.

Le troisième malade était âgé de dix-neuf ans , d’un tempérament bilioso-sanguin très prononcé ; il avait le col court, la poitrine large, et les

muscles bien développés. Voici quel était son état lorsque je l’observai à son entrée à l’IIôtel-Dieu : il était dans une agitation extrême ; tous ses muscles offraient des contractions violentes de peu de durée, mais qui étaient remplacées par des mouvements spasmodiques avec courbure du tronc en arrière. Il paraissait éprouver des douleurs aiguës, et poussait des cris semblables aux mugissements d’un taureau. La face était moins pâle que chez le premier malade ; les pupilles étaient dilatées et immobiles, et la bouche remplie d’écume blanche ; la respiration était convulsive , les mouvements du cœur désordonnés et la peau froide. On lui fit respirer du chlore , ce qui parut le saisir vivement. On pratiqua une saignée au bras, et on eut beaucoup de peine à arrêter le sang. Les mouvements et les vociférations du malade étaient tels qu’il fallut l'attacher. Une heure après , on le mit dans un bain froid : chaque allusion le rendait comme stupide ; du reste , l’effet du bain fut le même que chez le premier malade ; le calme qui en résulta fut de peu de durée ; les cris et les contorsions recommencèrent ; la respiration était laborieuse et entrecoupée ; le pouls filiforme, et d’une rapidité qui ne permettait pas dé compter les pulsations. Une heure après, tout le Corps devint brfilant, quoique couvert de sueur ; la face pâlit , l’agitation diminua par degrés , et le malade expira au bout de deux heures , sans avoir recouvré l’usage des sens. L'ourerlure du cadavre fut faite quarante heures après la mort : le temps était orageux, La tête et le tronc paraissaient déjà putréfiés; la peau était bleuâtre , soulevée par des gaz ; le sang contenu dans les cavités splanchniques était noir et fluide. Le cerveau était verdâtre et peu consistant. Les bronches offraient une couleur d’autant plus rouge que l’on se rapprochait davantage de leurs dernières divisions. La partie postérieure des poumons était gorgée de sang noir ; mais en général , cet organe était crépitant. L’estomac présentait des traces d’une irritation récente , et plusieurs marques d’une irritation plus ancienne. Le canal intestinal était verdâtre. Le foie, d’une couleur noire tirant sur le vert, était gorgé de sang. Tous les viscères exhalaient une odeur de poisson pourri. La membrane interne de quelques gros vaisseaux était d’un rouge assez vif. Plusieurs des personnes qui assistèrent à cette ouverture éprouvèrent des lassitudes , de la stupeur, un état de somnolence , et des coliques plus ou moins violentes. (Nouveau journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie, etc., tom. Ier, avril 1818. )

Observation 3e. — Dam... { Jean-François), âgé de vingt-cinq ans, garçon vidangeur ( ancien écarrisseur de Montfaucon , qui avait l’habitude de manger des rats tout crus ), mourut empoisonné , dans la nuit du 5 au 6 mai ; il était tombé ivre dans une fosse d’aisances où il paraissait avoir été sous l’influence du gaz ammoniac ou du sulfhydrate d’ammoniaque ; il fut apporté à la Morgue, à trois heures du matin, le 6 mai.

Etat extérieur du cadavre dans l’ après midi. — La peau de la face et celle de tout le corps offrent une teinte blanche-bleuâtre, se rapprochant un peu de la couleur opaline que l’on remarque chez certains noyés qui ont long-temps séjourné dans l’eau. Le pourtour des lèvres est d un

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brun violet ; les oreilles , la paume des mains, présentent aussi celle teinte, mais d’une manière beaucoup moins prononcée. Tout le cadavre exhale une odeur ammoniacale.

8 mai , jour de l'ouverture. — La peau des joues , du front, du nez et du menton est fortement injectée; la couleur de ces parties est d’un rouge violet ; la teinte des oreilles est beaucoup plus foncée que le jour de l’arrivée. Le cadavre ne répand plus d’odeur ammoniacale. La peau du col est d’un bleu verdâtre ; le reste de la surface du corps a légèrement changé de teinte ; elle est d’un blanc un peu plus mat. La peau des mains est d’un brun violet.

Toutes les veines superficielles du col sont gorgées d’un sang noir fluide ; le tissu des muscles, dans cet endroit, n’est plus rouge, comme dans l’état naturel ; il tire sur le bleu. La cavité de la bouche contient quelques matières fécales ; le larynx et la trachée-artère sont d’un blanc bleuâtre ( couleur que nous n'avons point encore observée dans aucun autre genre de mort ). Intérieurement , ces conduits contiennent des matières fécales et une certaine quantité d’eau. Cette eau se retrouve en abondance dans les dernières ramifications bronchiques.

Les veines jugulaires et sous-clavières sont fortement distendues par du sang noir très fluide. Les artères carotides en contiennent à peine.

Thorax. — Les poumons sont très volumineux; libres dans les cavités thoraciques et sans aucune adhérence, ils recouvrent complètement le péricarde , et se touchent tous les deux ; leur couleur est brune à l’extérieur. Ils sont crépitants ; leur tissu est rouge , gorgé dans toutes ses parties d’un sang rouge-brun écumeux , qui sort par nappe , quand on incise une portion de ces organes (c’est ici le type de l’empoisonnement; jamais nous n’avons rencontré de poumons aussi gorgés de sang).

Le péricarde a une teinte bleuâtre; il contient une très petite quantité de sérosité.

Le cœur est assez gros; ses cavités droites sont gorgées d’un sang noir très fluide. Le tissu du ventricule droit a une teinte toute particulière qui tire un peu sur le rouge bleuâtre. Le ventricule gauche contient à peine du sang; ses parois sont moins foncées que celle du ventricule droit. L’oreillette et l’aorte renferment un peu de sang.

Le diaphragme paraît refoulé en haut.

Abdomen. — L’estomac est plein d’aliments solides, non digérés, mais il ne contient aucune trace de matières fécales , comme on en a rencontré dans l’arrière-bouche et le larynx. Les intestins sont distendus par des gaz. Le foie est très volumineux, gorgé de sang, son parenchyme offre une couleur brune- violette.

La vésicule biliaire contient peu de bile.

La vessie est presque vide.

Les muscles des cuisses et des jambes n’ont point la couleur brune que présentent ceux du col ; leur teinte est comme dans l’état naturel.

Crâne. — Le cuir chevelu est très fortement injecté ; les vaisseaux de la dure-mère sont gorgés de sang; ceux de l’arachnoïde ne sont pas aussi

distendus par ce liquide. La subslance cérébrale, piquetée dans toute son épaisseur, n’a plus sa teinte habituelle; la subslance grise est beaucoup plus brune , et la substance blanche est d’un blanc bleuâtre. Peu de sérosité dans les ventricules. ( Devergie. )

En résumant le symptômes qui ont été observés dans les différents cas de ce genre, on voit que lorsque la maladie est légère, l’individu éprouve du malaise , des envies de vomir, des mouvements convulsifs de toutes les parties du corps , et principalement des muscles de la poitrine et des mâchoires ; la peau est froide , la respiration libre , mais irrégulière ; le pouls est très embarrassé.

Si l’affection est plus grave , le malade est privé de connaissance, de sentiment et de mouvement; le corps est froid , les lèvres et la face violettes ; une écume sanglante s’échappe de la bouche ; les yeux sont fermés, sans éclat, les pupilles dilatées et immobiles, le pouls petit et fréquent, les battements du cœur désordonnés et tumultueux; la respiration est courte, difficile et comme convulsive; les membres sont dans le relâchement. A cet état succède quelquefois une agitation plus ou moins vive.

Lorsque la maladie est encore plus grave , les muscles offrent des contractions violentes de peu de durée , maisqui sont remplacées par des mouvements convulsifs avec courbure du tronc en arrière; l’individu paraît éprouver des douleurs aiguës , et pousse des cris semblables aux mugissements d’un taureau; la peau , la respiration, les battements du cœur, la face, les lèvres, la bouche et les pupilles sont comme je l’ai dit à la page 626.

.4 V ouverture des cadavres des individus qui ont succombé à l’action de ce gaz , on découvre des altérations analogues à celles dont j’ai fait mention en parlant de l’acide sulfhydrique , et à celles qui font le sujet des observations 2e et 3e. ( Voy. p. 621.)

Symptômes et lésions de tissu déterminés par le gaz des fosses d’aisances,

composé d’azote, d’oxygène et d’acide carbonique ou de sesqui-carbonate

d’ammoniaque.

L’individu éprouve de la gêne dans la respiration, qui devient grande, élevée et plus rapide que de coutume, et un affaiblissement progressif sans aucune lésion des fonctions nerveuses. Ici la mort n’a lieu que par défaut d’air respirable : aussi le plus souvent les malades reviennent-ils à leur premier état, sans se ressentir aucunement de ce qu’ils ont éprouvé, dès l’instant où ils sont exposés à l’air libre.

A V ouverture des cadavres , on trouve cjue le système artériel est rempli de sang noir.

DES POISONS SEPTIQUES.

Traitement de l’empoisonnement produit par le gaz des fosses d’aisances.

1° L’exposition du malade au grand air, les aspersions avec l’eau vinaigrée froide , les frictions avec une forte brosse de crin : tels sont les premiers secours à donner aux personnes empoisoilnées dans les fosses d’aisances. En parlant de la vapeur du charboii, j’ai dit comment ces secours devaient être administrés.

2° Si la maladie est produite par l’acide sulfhydrique , et que l’oti puisse se procurer du chlore, ou mieux encore du chlorure de chaux , on promènera sous le nez le flacon qui le contieilt , ou bien un mouchoir ou une éponge que l’on aura imprégnés de cette liqueur ; mais oïl ne le laissera que peu de temps , crainte d’irriter les poumons.

Observation. — Appelé auprès d’un ouvrier qui avait été asphyxié en remuant les plâtres provenant de la démolition d’une fosse d’aisances, I\l. Labarraque lui fit respirer de l'ammoniaque , moyen jadis vanté dans ces sortes de câs pour stimuler le système nerveux. Le malade ne reprenant pas connaissance, il trempa un linge dans du chlorure de sotidè et le plaça sous le nez; aussitôt un effort respiratoire eut lieu. Voulant savoir si ce mieux-être devait être attribué au chlore , M. Labarraque fit de nouveau usage de l’ammoniaque; mais cette fois encore, il n’oblint aucun succès. Il revint au chlore, et dans peu d’instants l’ouvrier avait recouvré sa connaissance.

3° Si, comme il arrive souvent, le malade a avalé de l’eau contenue dans la fosse , on se hâtera de le faire vomir en lui donnant un verre d’huile, ôu mi’eüx encore 10 cênligranlmes d’émétique ou 1 gramme 30 centigrammes d’ijiécacuanha.

lx° Dans le cas où ces moyens seraient insuffisatits , et les battements du cœur désordonnés ou tumultueux , on pratiquerait une saignée au bras , et on laisserait couler une quantité de sang proportionnelle à la force de l’individu. On n’hésiterait pas à le saigner de nouveau quelque temps après, si l’on était persuadé que la première saignée avait produit un effet favorable.

5° On chercherait à calmer les désordres nerveux, les spasmes, lés convulsions , par les bains froids , et par l’usage de quelques cuillerées d’une potion antispasmodique. Après l’emploi du bain, on placerait le malade dans un lit chaud , et on continuerait à faire des frictions sur l’épine du dos.

6" Enfin , on appliquerait des sinapismes et des vésicatoires aux pieds si , Ùialgré l’usage de ces moyens, l’individu était encore privé de connaissance , de sentiment et de mouvement.

DU MÉPHITISME DÈS ÉGOUTS

DU MÉPHITISME DES ÉGOUTS

Je ne saurais mieux faire, pour donner une idée convenable des accidents qui peuvent être la suite du séjour des ouvriers chargés du curage des égouts , que d’indiquer sommairement ce qui a été dit à ce sujet par Parent-Duchatelel dans un excellent rapport qu’il a rédigé au nom d’une commission composée de MM. Darcet, Girard, Cordier, Devilliers, Parton , Gaultier de Claubry , Labarraque et lui, à l’occasion du curage des égouts Amelot , de la Roquette, Saint- Martin et autres.

Analyse de l’air des égouts. — Lorsque la masse des matières h’ est pas remuée, l’air contient de un à quatre Centièmes de moins d'oxygène. Treize fois sur vingt et une , la diminution était de trois centièmes , et six fois de quatre centièmes. — L’azote s’est trouvé six fois dans les mêmes proportions que dans l’air , et treize fois , il y ett avait un centième de moins. Constamment J’air contenait une proportion notable d’acide carbonique ; quatre fois la quantité de ce gaz s’élevait à un centième plus une fraction , et deux fois à trois centièmes. Dans la plupart de ces analyses, on a trouvé de vingt-cinq à quatre-vingts millièmes de gaz acide sulfhydrique ; cependant deux fois il y en avait deux centièmes. Évidemment, la composition de cette atmosphère n’est pas de nature à produire les accidents graves que l’on a remarqués chez les ouvriers qui n’y séjournent que peu de temps ; on doit donc attribuer ces accidents à une altération de l’air plus profonde occasionnée par le remuement des matières ; en effet, l’air de l’égout d’Amelot, analysé par M. Gaultier de Claubry, après avoir agité et remué fortement la vase , s’est trouvé formé d’oxygène 13,79, d’azote81, 21, d’acide carbonique 2, 01, et d’acide sulfhydrique 2,99. (Annales d’hygiène et de méd. légale, t. Il, p. 82.)

Symptômes. — L’accident le plus commun que l’on ait observé a été Vophthalmie , désignée sous le nom de mitle , et déterminée par l’action directe de la boue des égouts ou par l’impression des gaz échappés de cette boue lorsqu’on la remuait ; quelquefois cette maladie a été légère; mais, dans certaines circonstances aussi, loin d’être bornée à la conjonctive, elle a gagné la cornée, et a été suivie d’accidents cérébraux. En général , les adoucissants et les émollients ne faisaient que prolonger le mal , tandis que les collyres toniques et astringents étaient suivis des plus heureux résultats.

Huit ouvriers ont été pris de fatigues , de courbatures, de céphalalgie, de malaises, d’envies de vomir, en un mot, d’embarras gas-

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trique, qui cédait aux boissons délayantes et acidulées, ou au tartre stibié.

Six ont été atteints de coliques extrêmement violentes, qui cependant se dissipèrent en peu de jours , sous l’influence de traitements variés. Chez l’un d’eux, la paroi de l’abdomen était rétractée et presque appliquée sur la colonne vertébrale , comme dans la colique des peintres.

Une jaunisse très intense a été remarquée chez un ouvrier. Un autre eut un érysipèle à la jambe droite ; un autre une angine tonsillaire, et un autre un lumbago.

Lorsque le feu s’éteint ou lorsque le ventilateur n’est pas mû avec la rapidité convenable, le courant d’air s’arrête dans l’égout, et les gaz délétères ne sont pas expulsés ; aussi les ouvriers ressentent-ils bientôt après une faiblesse, un anéantissement et un malaise général ; ils sont à chaque instant menacés de syncopes , ils ont des vertiges et d’autres accidents; si , malgré cet avertissement, ils persistent à rester dans l’égout , ils perdent complètement connaissance et tombent à terre. L’impression du grand air et quelques excitants ramènent les mouvements d’inspiration ; mais à mesure que cette fonction se rétablit, on voit quelquefois survenir un claquement de dents et un tremblement général , suivi de mouvements convulsifs dans tous les membres; les facultés intellectuelles ne reprennent pas leur intégrité ; au contraire, le désordre le plus complet de ces fonctions se manifeste par un délire dont l’intensité va toujours en augmentant et devient véritablement furieux. L’un des ouvriers dont parle Parent éprouvait ces divers accidents; il ne reconnaissait ni ses proches ni ses amis; sa figure était rouge, ses yeux animés ; mais au milieu de ce désordre, il n’existait pas de fièvre; le pouls n’avait qu’un peu de fréquence. ( Ibid. , p.62.)

Traitement. — - On applique en général avec succès aux ouvriers qui sont sous l’influence du méphitisme des égouts le traitement que j’ai déjà fait connaître en parlant de l’empoisonnement par la vapeur du charbon , et surtout on se hâte de les retirer de l’atmosphère infectée. (Voy. p. 589. ) Parent-Duchatelet, en indiquant les procédés employés pour le curage , et les moyens divers qui ont contribué au succès de cette opération, a décrit soigneusement et avec détail les précautions à prendre pour éviter les accidents; je crois devoir renvoyer le lecteur à ce qu’il a dit à cet égard , plutôt que de donner une idée sommaire et inexacte de son travail. ( Voyez p. 22 du mémoire cité.)

Après avoir dit que les gaz des fosses d’aisances occupent des places différentes dans ces fosses , qu’ils remplissent la partie dépourvue de

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matières fécales solides ou liquides , c’est-à-dire l’atmosphère de la fosse , ou bien qu’ils s’accumulent sous la croûte , ainsi que dans l’épaisseur de la pyramide, ou heurte , ce qui est beaucoup plus rare, ou enfin dans la partie que l’on nomme gratin, et principalement dans celle qui remplit les angles d’une fosse quadrilatère , M. Devergie indique les moyens d’éviter les accidents résultant de la présence des gaz répandus dans l’atmosphère d’une fosse , en y descendant des lampes allumées, afin d’observer si elles y brûlent, et, dans le cas contraire, en introduisant des réchauds remplis de charbon bien allumé, que l’on renouvelle au fur et à mesure que le combustible s’éteint, jusqu’à ce qu’il brûle dans la fosse, comme s’il se trouvait exposé à l’air libre. Un phénomène particulier accompagne souvent cette opération , que tous les vidangeurs prudents pratiquent ordinairement avant de descendre dans la fosse, c’est la production d’une auréole lumineuse autour du foyer ; elle a lieu toutes les fois qu’il existe de l’acide sulfhydrique en quantité suffisante dans l’atmosphère de la fosse, et les gens du métier disent alors qu’ils brûlent le plomb lorsqu’ils opèrent la combustion. Il peut y avoir, et il y a quelquefois détonation par le contact d’un corps enflammé. Pour brûler complètement le gaz , il faut descendre dans la fosse un tuyau qui communique avec le cendrier d’un fourneau pioduisant un fort appel. — On pourrait aussi éviter les accidents qui résultent le plus souvent de la présence des gaz sous la croûte et dans la pyramide de matière fécale, en ayant le soin de la crever avant de retirer les réchauds ; mais les vidangeurs ne prennent pas toujours cette précaution, en sorte qu’au moment où ils commencent la vidange, ils tombent souvent empoisonnés dans un espace de temps plus ou moins court. Cet effet peut même être instantané lorsque le gaz se dégage en masse , et qu’il est formé par de l’acide sulfhydrique ou du sulfhvdrate d’ammoniaque, et comme les individus rappelés à la vie disent tous avoir éprouvé une vive pression sur l’épigastre et la sensation d’un poids exerçant une forte pression sur la tête, on a nommé cet empoisonnement, empoisonnement par le plomb. La prédominance de l’ammoniaque peut quelquefois être portée à un tel degré , que toute odeur est masquée; cet effet a lieu surtout pendant les temps de pluie. C’est à cette quantité d’ammoniaque que l’on doit attribuer I’ophthalmie des vidangeurs 4 connue sous le nom de mille.

Une autre circonstance induit souvent les ouvriers en erreur, c’est celle dans laquelle la fosse n’est pas sensiblement odorante, lorsquel’air est vicié par la présence seule de l’azote et de l’acide carbonique. Alors l’empoisonnement ne survient que lentement, et par un état de faiblesse que les travailleurs cherchent en vain à surmonter; cet état de fai-

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blesse peut être porté jusqu’à la syncope et même jusqu’à l’extinction de la vie , si des secours ne sont pas administrés à temps.

Une fosse vidée peut empoisonner les ouvriers qui y descendent avec la même rapidité qu’une fosse pleine : c’est qu’il s’est opéré alors un dégagement de gaz délétères des murs qui ont été imprégnés de matière fécale, et ce n’est qu’après douze ou quinze jours que la fosse a été vidée et laissée ouverte , que les ouvriers peuvent impunément y descendre pour faire les réparations que les constructions en maçonnerie peuvent exiger. (Tome nr, ouvr, cité, p, 154.)

DES MATIÈRES PUTRÉFIÉES

Les qualités nuisibles des matières putréfiées sont mises hor6 de doute par les expériences que j’ai publiées en 1815, par celles qui ont été faites postérieurement par MM. Gaspard et Magendie , et par des observations recueillies chez l’homme.

Expérience ire. — A huit heures du matin, j’ai appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien robuste et de moyenne taille, 46 grammes de sang de chien pourri. L’animal n’a éprouvé aucun symptôme remarquable dans le courant de la journée. Le lendemain, à cinq heures du matin , il a vomi après avoir fait plusieurs fois des efforts infructueux; il était abattu et couché sur le côté ; il faisait de temps à autre des inspirations profondes, On l’a relevé; il a marché sans chanceler, mais lentement; il n’a pas tardé à se coucher de nouveau; l’abattement a été en augmentant, et il est mort à dix heures et demie. On l’a ouvert trois heures après : le membre sur lequel on avait opéré, et tout le côté correspondant jusqu’à la troisième côte sternale, étaient très enflammés et d’un rouge livide ; le canal digestif paraissait sain ; les poumons contenaient une assez grande quantité de sang noir, fluide; il y avait dans les ventricules du cœur quelques caillots noirâtres.

Expérience iic. — La même expérience a été répétée sur un autre chien moins fort, qui est mort dix-huit heures après l’application du sang, et qui a offert les mêmes résultats à l’ouverture du cadavre.

Expérience me. — J’ai injecté dans le tissu cellulaire de la partie interne de deux gros chiens environ 24 grammes de bile de bœuf pourrie. Au bout de quinze heures , ces animaux ont fait des efforts de vomissement et opt rejeté des matières alimentaires ; ils ont poussé des cris plaintifs et sont tombés dans l’abattement. Six heures après , on les a trouvés morts. 11 m’a été impossible de découvrir la moindre altération dans les organes intérieurs; tout le côté correspondant au membre sur lequel on avait opéré était en suppuration et d’une couleur rouge-clair, tandis que l’autre côté était sain.

Expérience ivc. — Deux chiens ont été opérés de la même manière ; je leur ai appliqué sur le tissu cellulaire environ 30 grammes d’une P9r*

DES MATIÈRES PUTRÉFIÉES. fi.Vl

tion d’estomac complètement pourri, mais n’ayant subi qu’un léger ramollissement. Ils n'ont éprouvé aucun accident ; l’appétit n’a point été perdu , et la plaie a été guérie au bout de cpielques jours.

Expérience vc. — J’ai substitué à ces matières une portion d’encéphale tellement pourrie qu’elle était sous forme de bouillie épaisse. L’animal, qui était robuste, est mort dans l’abattement dix-huit heures après. L’inflammation de la plaie était peu étendue, mais la suppuration était assez abondante.

Expérience vie. — L’injection du pus plus ou moins fétide dans les veines, dans le tissu cellulaire et dans les cavités séreuses permet d’établir, 1° que ce liquide introduit dans les vaisseaux sanguins à petite dose peut y circuler sans causer la mort , pourvu qu’après avoir déterminé un trouble considérable des fonctions, il soit expulsé de l’économie animale au moyen de quelque excrétion critique, surtout de l’urine ou des matières fécales; 2° qu’introduit plusieurs fois de suite en petite quantité chez le même animal , il finit par occasionner la mort ; 3” qu’à plus forte raison il la détermine encore plus vite quand il est injecté dans les veines à une dose trop forte, et alors il produit diverses plilegmasies graves, telles que la pneumonie, la cardite, la dysenterie; h° qu’il est susceptible d’être absorbé lorsqu’on l’applique sur les membranes séreuses et sur le tissu cellulaire, dont il occasionne néanmoins l’inflammation ; 5" que la plupart des symptômes que l’on observe dans les fièvres lentes ou chez les phthisiques , semblent pouvoir être rapportés à la présence du pus dans l’économie animale, puisque dans ces cas il y a toujours suppuration abondante et profonde avec trouble général des sécrétions. (Gaspard, 1809.)

Expérience vne. — On injecta dans la veine jugulaire d’une petite chienne 16 grammes d’un liquide fétide provenant de la putréiaction simultanée de viande de bœuf avec du sang de chien. Au moment même l’animal exécuta plusieurs mouvements de déglutition, et bientôt après il éprouva de la dyspnée , du malaise et de l’abattement ; il se coucha sur le côté , refusant tout aliment , et ne tarda pas à rendre des excréments, puis de l’urine. Mais au bout d’une heure, prostration des forces , déjections alvines gélatineuses et sanguinolentes , souvent renouvelées , apparence de dysenterie, rougeur de la conjonctive, ensuite poitrine douloureuse, ventre rénitent et sensible au toucher, extinction progressive des forces, vomissement bilieux, gélatineux et sanguin. Mort trois heures après l’injection (1 )* Ouverture du cadavre. Le corps était encore chaud. Les poumons étaient gorgés de sang , peu crépitants , d’une couleur violette ou noirâtre , avec beaucoup de taches ecchymosées ou pétéchiales qui existaient aussi dans le tissu du ventricule gauche du cœur, dans celui de la rate , des glandes mésentériques , de la vésicule biliaire , et même dans le tissu cellulaire sous-cutané. Le péritoine contenait quelques cuillerées de sérosité rougeâtre ; mais la membrane muqueuse du canal digestif était principalement affectée ; celle de l’estomac était légè-

(1) Dans une autre expérience de ce genre , l’animal eut des sejles liquides très fétides, noires comme de la suie, analogues aux déjections du metœna.

DES POISONS SEPTIQUES.

rement enflammée ; celle des intestins et surtout du duodénum et du rectum l’était considérablement, avec couleur livide, ponctuation noire, enduit gélatineux et sanguinolent , semblable à de la lie de vin ou à de la lavure de cbair. Au reste cette inflammation était accompagnée d'un faible épaisissement des tissus , et avait un aspect hémorrhagique ou scorbutique. ( Ibid. )

Expérience vme. — L’injection dans la veine jugulaire de 75 grammes du liquide non acide, provenant de feuilles de chou fermentées, a développé des accidents semblables à ceux de l’expérience précédente , mais à un moindre degré; il en a été de même lorsqu’on a injecté 30 grammes du liquide résultant de la fermentation pendant trois jours de cardes et de feuilles de poirée ou bette blanche. [Ibid. )

Expérience ixe. — Cent cinquante grammes d’un liquide très infect, provenant de sang et de viande de bœuf pourris dans l’eau , furent injectés en dix reprises dans le péritoine d’un chien : à chaque injection , l’animal poussa des plaintes, s’agita beaucoup, et rendit presque à chaque fois une quantité abondante d’urine claire et inodore. Après l’expérience, refus complet des aliments, vomissements, excrétions alvines avec de pénibles efforts de ténesme, abattement, décubitus abdominal, ventre sensible à la pression. Au bout d’une heure, les vomissements et les déjections recommencèrent, et furent réitérés dès lors fréquemment ; les selles devinrent muqueuses, gélatineuses et dysentériques , la plaie du ventre prit une lividité scorbutique ; l’animal ne marchait qu’en chancelant, et poussait des cris atroces aussitôt qu’on le touchait; il éprouva une dyspnée plaintive, un ténesme continu, et il mourut neuf heures après l’injection. Il y avait dans l’abdomen une bouteille environ de sérosité sanguinolente. Le péritoine était enflammé, surtout le long des vaisseaux mésentériques, où l’on voyait des taches noires ; depuis le cardia jusqu’à l’anus, la membrane muqueuse était fortement enflammée; celie de l’estomac n’était phlogosée qu’à ses rides : la vessie vide, resserrée , enflammée à l’extérieur, était très blanche au dedans , la plèvre gauche contenait de la sérosité sanguinolente ; la rate et les poumons étaient parsemés d’ecchymoses; enfin la plaie, qui avant l’injection était couverte de bourgeons d’un beau rouge , avait un aspect noirâtre , comme scorbutique ou gangréneux. (Ibid. )

Expérience xc. — L’injection de matières putrides dans le tissu cellulaire sous-cutané a fourni des résultats semblables à ceux que j’avais déjà obtenus ( voy. pag. 630 ).

Ces travaux ont conduit M. Gaspard à rechercher quelle peut être la substance active de ces divers putrilages. Il établit par des expériences directes , 1° que l’injection dans les veines de 16 grammes de sperme humain étendu de moitié d’eau, de 32 grammes de salive humaine, de ù5 grammes d’urine humaine récente et médiocrement colorée , de 16 grammes de bile de veau , et de ù5 grammes de sérosité abdominale, ne développe que des accidents légers, et qu’il est

DES MATIÈRES Pl’TRÉFlÉES. 633

par conséquent impossible d’admettre que les effets obtenus soient le résultat de l’introduction d’un liquide animal dans les veines; 2° qu’il ne faut pas non plus attribuer la mort à l’acide carbonique ni à l’acide sulfhydrique qui entrent dans la composition des liquides pourris; 3° que tout en reconnaissant que l’ammoniaque a quelque part dans la production de ces effets, puisque étant injectée dans les veines elle développe une phlegmasie intestinale , et que d’une autre part le putrilage végétal est bien moins funeste que celui qui est azoté , il ne faut pas cependant conclure qu’il faille la considérer comme étant exclusivement la cause de ces effets , attendu qu’elle n’a jamais déterminé l’inflammation hémorrhagique des intestins, qui a toujours été constante lors de l’injection des matières pourries (voy. expér. 7*", pag. 631).

M. Magendie fait observer que les diverses sortes de chairs n’ont pas la même activité dans leur putréfaction, que les muscles des mammifères herbivores paraissent moins actifs que ceux des carnivores , que l’eau putréfiée d’huître n’a pas eu d’effets très violents, mais qu’il a suffi d’injecter dans les veines quelques gouttes d’eau putride de poisson pour produire en moins d’une heure des symptômes qui ont la plus grande analogie avec le typhus et la fièvre jaune; que dans ce cas la mort arrive ordinairement dans les vingt-quatre heures, et qu’à l’ouverture du corps on trouve toutes les traces d’une altéraration chimique du sang , qui du reste conserve presque partout sa fluidité et traverse les divers tissus, surtout la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins. — La même eau putride n’exerce aucune action délétère quand elle est introduite dans l’estomac ou dans le rectum ; il paraîtrait que dans ce cas il n’y aurait d’absorbé que la portion aqueuse, tandis que les particules animales putréfiées seraient arrêtées par le mucus qui revêt la membrane interne du canal digestif. — L’injection du même liquide dans le poumon a des suites moins graves que l’injection dans les veines. — Ayant disposé un tonneau de telle façon que son fond pût contenir des matières putréfiées, tandis que des animaux étaient plaeés sur un grillage en double fond, exposés aux miasmes qui s’échappaient continuellement , on a pu se convaincre que des pigeons, des lapins et des cochons d’Inde qu’on y a laissés pendant environ un mois n’ont éprouvé aucun accident. Au contraire , les chiens soumis à la même épreuve commencent à maigrir dès le quatrième jour, et bien qu’ils conservent leur gaieté et leur appétit , ils meurent pour ainsi dire exténués au bout de dix , quinze ou vingt jours, sans offrir aucun des symptômes observés chez les animaux dans les veines desquels on a injecté des matières putrides, notamment le vomissement noir; ces animaux périssent

634 DES POISONS SEPTIQUES,

évidemment par l’influence des miasmes qu’ils ont respirés et avalés avec les aliments. A l’ouverture des cadavres on voit que la membrane muqueuse intestinale est enflammée , mais beaucoup moins que dans le cas de l’injection putride dans les veines; l’estomac contient des aliments : il y a du chyle dans les vaisseaux lactés et dans le canal thoracique. ( Journal de Physiologie expérimentale, année 1823.)

Ces divers travaux sont on ne peut plus propres à nous éclairer sqr la cause de plusieurs maladies typhoïdes, putrides, etc., car il est évident que nous avons produit sur les animaux, en très peu de temps, plusieurs affections semblables à celles que les exhalaisons putrides déterminent chez l’homme. Des recherches nouvelles , il est vrai , sont indispensables pour éclairer ce sujet important , et ce serait rendre un important service à la science que de résoudre , comme je l’ai dit dans la première édition de ce traité , les problèmes suivants : 1° quelle est l’altération chimique qu’ éprouvent les fluides animaux après la mort des individus; 2° quelle est leur action sur l'économie animale ou le genre de maladies locales et générales auxquelles ils donnent lieu lorsqu’ils ont été 'putréfiés ; 3° quelles sont les décompositions que les fluides animaux subissent dans certaines maladies du vivant de l’individu ( décompositions qui me paraissent incontestables, malgré l’opinion des médecins solidistes) , et quelles sont les affections qu’ils développent par leur contact avec les tissus animés.

Observation lre. — Fodéré rapporte qu’au siège de Mantoue , plusieurs individus s’étant nourris de chair d^ cheval à demi pourrie , eurent la gangrène sèche des extrémités et le scorbut.

Observation 2°. — Le docteur Kerner, médecip à Weinsberg , a publié en 1820 (1) un travail sur les boudins fumés qu’il regarde comme un aliment putréfié , capable de produire les accidents les plus graves. Il a rassemblé 135 observations de 1793 à 1822, et sur ce nombre d’empoisonnements 84 ont été suivis de la mort. Dans 36 cas les accidents survinrent chez 24 individus après avoir mangé du boudin de foie fumé, et 12 d’entre eux succombèrent; les 12 autres éprouvèrent les mêmes symptômes d’empoisonnement par l’usage de boudins ordinaires fumés, et parmi ces derniers il en mourut 3. Ces divers boudins fumés avaient été exposés à l’actjpn de la fhthée aussitôt après leur (confection et y avaient été laissés quelquefois pendant des mois entiers. Les ravages qu’ils ont produits ont été comparés par M. Kerner à ceux qu’exerce le venin des serpents dans les régions voisines des tropiques. Les boudins blancs ont paru plus actifs que les noirs , et leurs effets délétères ont semblé proportionnés à la quantité employée.

(I) Nouvelles observations sur les empoisonnements mortels qui arrivent si souvent dans le W urtemberg par f usage des boudins fumés. Tubingue , brochure ip-12.

DES MATIÈRES PUTRÉFIÉES

Les phénomènes de l’empoisonnement se développent communément vingt-quatre heures après l’ingestion de cet aliment, rarement plus tôt , quelquefois plus tard. Une douleur vive et brûlante se fait alors sentir dans la région épigastrique , et il survient en même temps des vomissements de matières sanguinolentes ; bientôt les yeux deviennent fixes, les paupières immobiles ; les pupilles se dilatent et restent insensibles à l’action de la lumière ; le malade voit double ; la voix est altérée; souvent il y a aphonie plus ou moins complète; la respiration est gênée ; on ne sent plus les battements du cœur ; syncopes fréquentes, pouls plus faible que dans l’état naturel; veines du cou dilatées et saillantes; la déglutition est d’une difficulté extrême ; les boissons tombent dans l’estomac comme dans un vase inerte; les aliments solides s’arrêtent dans l’œsophage; toutes les sécrétions paraissent suspendues ; constipation opiniâtre , ou bien les matières excrétées sont sèches et durés, comme terreuses ; la bile ne les colore point ; les facultés intellectuelles se conservent intactes , seulement , dans beaucoup de cas , le caractère devient irascible ; il y a rarement insomnie ; appétit souvent conservé ; soif très grande ; les téguments perdent de leur sensibilité; le malade perçoit à peine les impressions du chaud et du froid; paume des mains dure et coriace ; il en est de même de la plante des pieds, qui semble tapissée par une lame cornée, absolument insensible ; la peau en général est froide et sèche; rien ne peut rappeler la transpiration dont elle était le siège; urine très abondante; son excrétion est difficile ; mouvements lents à cause des syncopes dont le malade est menacé au moindre effort ; cependant nulle fatigue dans les muscles du dos ni des lombes. La mort , quand elle a lieu , arrive du troisième au huitième jour ; la respiration s’embarrase , la voix se perd entièrement , le pouls tombe et la vie s’éteint , quelquefois après de légers mouvements convulsifs , le malade ayant conservé jusqu’au dernier instant sa pleine connaissance. Dans le cas de guérison , la convalescence est extrêmement longue ; il se fait souvent une sorte d’exfoliation à la surface des membranes muqueuses. Le malade reste long-temps exposé à des syncopes ; les battements du cœur ne paraissent qpe fort tard. Ces symptômes présentent quelques variétés dans différents cas ; on peut ne pas les observer tous chez le même individu , et quelquefois on en remarque un certain nombre dont je n’ai pas parlé ; tels sont la diarrhée, l’hydrophobie, un délire furieux, des vertiges? l’atrophie des testicules , etc.

A l’ouverture des cadavres , on trouve : 1° les muscles très contractés, les membres roides et inflexibles, le ventre dur et tendu ; 2" souvent des traces d’inflammation dans le pharynx et dans l’œsophage, quelquefois seulement à la surface externe de ce dernier et à sa partie inférieure; 3° une ou plusieurs plaques inflammatoires gangréneuses , dans quelques cas , de la largeur de la main , occupant la surface interne de l’estomac aux environs du cardia ; quelquefois la membrane interne de ce viscère se détache aisément ; 4° les intestins enflammés en divers endroits , ou même en partie gangrenés ; 5° le foie sain dans la plupart des

DES POISONS SEPTIQUES.

cas, quelquefois seulement il est pénétré de sang noir; la vésicule considérablement distendue, dans certains cas enflammée, et alors remplie d’un fluide sanguinolent; 6" la rate saine, de même que les reins et le pancréas, qui pourtant offraient une inflammation manifeste dans deux cas de ce genre; T la vessie pleine ou vide, saine ou enflammée; 8° la trachée-artère souvent enflammée et remplie d’un mucus sanguinolent ; les poumons parsemés de taches noirâtres ou bien hépatisés; 9° le cœur flasque et affaissé sur lui-même, quelquefois enflammé dans ses cavités ; l’aorte , dans un cas , était très rouge et comme maroquinée à l’intérieur. L’auteur dit aussi avoir observé que les cadavres de ces individus ne répandent aucune espèce d’odeur, même dans leurs cavités intérieures. ,

M. Kerner pense que le poison contenu dans les boudins agit particulièrement en paralysant tout le système nerveux des ganglions et des nerfs cérébraux qui ne sont point exclusivement destinés aux organesdes sens. Suivant lui. le cerveau, la moelle et les nerfs qui lui appartiennent en propre ne se ressentent nullement de ce genre de lésion. Il regarde les inflammations locales comme une suite de la lésion du système nerveux, et il fait remarquer que dans un cas de ce genre l’inflammation s’était propagée le long de l’œsophage, non à sa surface interne, qui était parfaitement saine, mais à sa surface externe, en suivant le trajet des nerfs vagues.

Observation 3e. — Le docteur Schumann expose ainsi les symptômes et les lésions de tissu occasionnés par les viandes fumées et les boudins. Les personnes affectées ressentent, après douze ou vingt-quatre heures, quelquefois plus tard, une grande lassitude et des douleurs violentes, accompagnées de sécheresse de la bouche, du nez , de la langue, de l’arrière-gorge et du larynx, en sorte que la voix est enrouée, rauque, la soif continuelle, la déglutition difficile, douloureuse, quelquefois impossible, et cependant il existe ordinairement en même temps un appétit prononcé. Plus tard, des nausées et des vomissements se manifestent ; il survient des alternatives de frissons et de chaleur, les éructations avec saveur acide ou amère, une toux croupale avec aphonie presque complète vers la fin de la maladie. Abdomen tantôt douloureux et météorisé, tantôt souple et indolent; le plus souvent constipation , évacuations de matières dures, noires, globuleuses; pouls dur, petit, tantôt lent, d’autres fois un peu accéléré ; battements du cœur à peine sensibles; peau sèche, froide, rude au toucher; paupières affaissées ; pupilles plus dilatées ou plus rétrécies que dans l’état naturel, ou bien sans changement appréciable; vue trouble; quand les accidents se prolongent, la sensation du toucher devient de plus en plus obtuse, la tête est pesante ; céphalalgie violente, rougeur et gonflement de la face, anxiété, vertiges, étourdissements, défaillances, assoupissement. Le malade maigrit beaucoup et s’affaiblit rapidement. Lorsque l’issue est funeste, on observe une diarrhée subite, excrétion involontaire de l’urine, faiblesse augmentée de la vue; la déglutition devient libre tout-à-coup, et le malade suc-

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combe sans agonie pénible, et en conservant jusqu’à la fin toute l’intégrité de ses facultés intellectuelles.

La durée de ces accidents est variable, et dépend de la quantité d'aliments altérés qui a été prise, et de la susceptibilité propre à chaque individu. Quand ces différents symptômes se développent dès le début avec intensité, ils se succèdent rapidement , et la mort ne tarde pas à en être la suite; lorsqu’ils se manifestent, au contraire, avec peu d’intensité, l’état de souffrance peut se prolonger pendant des mois et même des années (il est probable qu’alors , quoique l’auteur n’en dise rien , les accidents se prolongent ainsi , parce que les individus affectés continuent de manger des mêmes viandes) ; dans ce cas, les malades se plaignent d’une sécheresse continuelle de la bouche et de l’arrière-gorge, de douleur en avalant, d’enrouement, de constipation, de dysurie, etc.; le corps s’amaigrit et prend un aspect cadavéreux. En général , la convalescence est toujours longue, et chez des individus qui n’avaient été que légèrement indisposés, plus d’une semaine s'écoulait avant qu’ils revinssent à leur étal de santé ordinaire.

A l’ouverture des cadavresdes individus qui ont succombé, on a trouvé les organes dans l’état suivant. Le plus souvent le vaisseaux cérébraux sont remplis d’un sang liquide, bleu-noirâtre; les ventricules du cerveau contiennent, tantôt du sang pur, tantôt de la sérosité sanguinolente, et d’autres fois une grande quantité de sérosité limpide. Le plus ordinairement, la substance cérébrale est dans l’état normal, quelquefois elle est très injectée de sang, dans quelques cas elle est dans un état de ramollissement très prononcé. Tous les nerfs qui traversent la cavité thoracique , comme le diaphragmatique , le pneumo-gastrique , le grand sympathi que, offrent un grand changement de couleur dans le voisinage du cœur. Leur névrilème est enflammé, et la pulpe nerveuse a une teinte plus foncée que dans l’état naturel.

La langue et les gencives sont recouvertes de mucosités épaisses, l’épiderme de ces parties est blanc et ridé ; l’œsophage est communément enduit d’un mucus tenace, quelquefois sanguinolent ; la membrane muqueuse est enflammée , couverte de taches et souvent d’aphlhes: quand on ouvre l’abdomen , il se dégage quelquefois des gaz d’une extrême fétidité. Le péritoine offre çà et là des rougeurs. On observe des points d’inflammation à la face interne de l’estomac, surtout vers l’orifice cardiaque. Les vaisseaux de cet organe sont très gorgés de sang , ses tuniques épaissies, et la membrane muqueuse enduite d’une mucosité jaune et visqueuse. L’intestin grêle, quelquefois très distendu par des gaz, présente des traces d’inflammation très intense , et souvent des plaques gangréneuses. Dans le gros intestin, on trouve des matières noires et durcies. Le foie est singulièrement développé et d’une couleur noire ; quelquefois il est enflammé (l’auteur aurait dû décrire cet état au lieu de l’indiquer simplement), il contient un sang noir et liquide, Ja vésicule est souvent remplie de bile. Le plus fréquemment, la rate elle panci éas sont dans l’étal sain. Les vaisseaux du mésentère sont ordinairement

6Î8 DES POISONS SEPTIQUES.

gorgés de saiig. Il en est de même des teins. La vessie offre des traces d’inflammation , elle est quelquefois contractée sur elle-fhême.

La plèvre costale est comme Injectée de sang, les poumons ont une teinte bleu-noirâtre, marbrée; leitr tissu est plus ferme que dans l’état naturel , il est gorgé d'une grande quantité de sang noirâtre et visqueux: la trachée-artère et les bronches contiennent , le plus communément, itn mucus épais, tenace, quelquefois sanguinolent. Le péricarde est aussi enflammé , et sa cavité remplie parfois d’une abondante quantité de sérosité. Le cœur est flâsque, moü, facile à déchirer; le ventricule droit Contient ordinairement des caillots noirs, visqueux, polypifotmes : le ventricule gauche est habituellement vide. La meitbfahe qui tapisse les cavités du cœur et des gros vaisseaux est très rouge (fortement phlogosée , dit le docteur Schumann ).

Les animaux qui périssent empoisonnés par les mêmes viandes altérées ont Offert les mêmes altérations cadavériques. Mais le docteur Schumann fait remarquer que l’action délétère de ces aliments est bien moins énergique chez les animaux que chez l’homme ; qu’il en est qui peuvent en manger une grande quantité sans éprouver autre chose que quelques vomissements et des déjections alvines, et qu’ils offrent ainsi une très grahde différence sOUs le rapport de leür susceptibilité â éprouver des accidents d’empoisonnement. ( Archivés générales de médecine, tome 22.)

Observation h*. — Weiss , qui a observé virtgt-neuf cas d’empoisonnement de ce genre , dont six oht été mortels, dit, en parlant de l’ingestion des saucisses gâtées : L’eflet de cet aliment ne s’est jamais manifesté immédiatement après son usage, il s’écoulait constamment au moins un jour avant qu’on observât la moindre indisposition. Après ces moments d’incubation , survenait une sorte de paralysie des organes soumis à l’influence du système nerveux ganglionnaire, et surtout des organes de la circulation ; les veines se gorgeaient de sang, la chaleur du corps diminuait; en même temps toutes les sécrétions étaient suspendues. Le système cérébro-spinal était le moins affecté. La scèné commençait ordinairement par un dégoût , un malaisé géhéral et des Vomissements d’un liquide jaunâtre Visqueux ; bientôt se joignaient à ces phénomènes des vertiges, un sentiment de pesanteur dans la tête et des élancements dans les membres inférieurs. Les yeux s’obscurcissaient , et dans les cas les plus graves il y avait diplopie; lés pupilles étaient dilatées. L’ouïe en échange paraissait exaltée chez plusieurs malades ; elle était naturelle chez les autres. Lês paupières étaient paralysées , ce qui obligeait le malade à soulever les supérieures poür y voir. La bouche était sèche, le pharynx rouge et enflammé; la déglutition, très difficile ou presque impossible, donnait lieu â une toux croupale. La voix était faible et quelquefois nulle, le pouls n’offrait âü'cun changement, mais le plus souvent on ne sentait pas les battements du cœur. La respiration s’exécutait avec Une extrême lenteur, et l’air expiré ne présentait pas sa chaleur ordinaire. Dans un cas on observa l’excrétion involontaire de l’urine : ce liquide sortait froid

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de la vessie. La sécheresse (le la peau était en raison dilectede ia gravité du nriài ; la constipation se montrait constamment opiniâtre.

A l’âül'ëHurè des cadavres , on trouvait les organes renfermés dans la poitrine; le conduit laryngo-tracliéen et le canal intestinal enflammés. M. Weiss observa une inflammation dû diaphragme et de l’enveloppe celluleuse (névrilème) des nerfs voisins; la substance de ceux-ci, ayant été mise à nu, présenta une couleur sale. Le cœur était flasque et ramolli. Cet organe et les gros troncs qui en partent offraient des escarres et des trâces d’une vive inflammation. L’estomac et le canal intestinal contenaient un fluide jaunâtre, semblable à celui qui était rendu par le vomissement. ( Die neuesten Vergiftungen durchverdorbenenWurste. Carlsruhe , année ±824 , p. 2Z|7, in-8.)

Observation 5e. — Le 25 juillet 1834 , le sieur Plassiard acheta chez M. Lesage un .pâté de jambon; le jour même on ne mangea que l’intérieur du jiùlé, et le lendemain la croule. Trois heures après ce repas, le sieur Plassiürd fut pris d’un malaise général avec sueür froide, frissons, violentes douleurs d’abdomen et vomissements répétés; le malade est tourmenté par une soif ardente; le ventre devient douloureux , et des déjections alvines très abondantes succèdent à des coliques excessivement aiguës. Sa fille, âgée de vingt-sept ans, et un enfant de neuf ans, éprouvèrent également les mêmes accidents. Un médecin déclara que ces trois personnes avaient une phlegmasie intense de l’estomac et des intestins, et soupçonna le vert-de-gris comme coupable de les avoir causés. Ces accidents graveé se dissipèrent après quelques jours d’un traitement antiphlogistique énergique. Il fut constaté que ce pâle était dans un état de môisissürë très àbûncê. (Ollivier d’Angers, Journ. de ch. médicale , tome 6.)

Observation 6e. — Huit personnes éprouvèrent des accidents aussi graves pour avoir mangé du pâté pourri dans lequel il fut impossible de déceler la moindre trace de sel métallique vénéneux. (Lecanu, Labarraque et Lamorlière.)

Observation 7e. — M. le docteur Westerhoff fut appelé en 1836 auprès de deux enfants appartenant à un pauvre ouvrier , chez lesquels des accidents assez graves s’étaient manifestés simultanément. L’aîné , âgé de dix ans, avait le visage rouge et gonflé, le regard était animé et effaré, la lângüe sèche; pouls faible et accéléré; céphalalgie , étourdissements , soif inextinguible , coliqües Vi'ôletites, enVies de Vomit- et vomituritions alternatives ; enfin vomissements subits et évacuations alvines abondantes ; après quoi abattement très grand , indifférence à tout et sommeil par moments. Le cadet; âgé de huit ans, était un peu plus fortement affecté que son frère ; chez lui aussi les vomissements survinrent et procurèrent quelque soulagement. M. Westerhoff, ayant appris qu’ils n avaient mangé la veille qu’un morceau de pain de seigle vieux et moisi , piesciivit un traitement adoucissant, qui ne tarda pas à les ramener à la santé.

Qhelque temps après, des bateliers ayant mangé du pain de seigle également moisi, furent pris d’accidents semblables ; mais ils en furent

6ft0 DES POlSOiNS SEPTIQUES.

bientôt délivrés par des vomissements qui eurent lieu spontanément.

Le docteur Westerhoff demande si cette espèce d’empoisonnement reconnaît pour eause l’altération de la qualité du pain ou la végétation que l’on a désignée sous le nom de moisissure {mucor, mucedo). ( liijdragen tôt de naturkund, Wetenschapp, t. iv, p. 110, ou Archives générales de médecine, tome 2Zi.)

Observation 8e. — Un homme eut tous les symptômes d’un empoisonnement violent après avoir mangé du bœuf gras fumé. Kruger éprouva des accidents analogues à la suite d’un repas avec des haranguets fumés {clapea sprattus). ( Archiv . gén. de méd., tome 22.)

Quelle peut être la cause des accidents développés par ces substances alimentaires? M. Kerner, après avoir dit qu’il a été impossible jusqu’à présent de démontrer la présence d’aucune substance vénéneuse, minérale ou végétale dans les boudins fumés, rejette l’opinion d’Emmert, qui avait pensé que ce principe pouvait être l’acide cyanhydrique ; il crut d’abord devoir attribuer cet empoisonnement à un commencement de décomposition putride , éprouvé par les boudins pendant le temps qu’on les laisse exposés à l’action de la fumée. Voici les raisons qui lui faisaient adopter cette manière de voir : 1° les accidents sont plus fréquents au mois d’avril , et après que les boudins ont gelé et dégelé plusieurs fois de suite; or, rien n’est plus propre à hâter la putréfaction des matières animales; 2° les boudins qui ont produit des accidents avaient une saveur et une odeur putrides ; on y remarquait des masses graisseuses, molles, et plus ou moins semblables au gras des cadavres ; 3" il y a beaucoup d’analogie entre les phénomènes observés et ceux qui dépendent des exhalaisons putrides. Plus tard il pensa, d’après de nouvelles recherches, que l’agent vénéneux est une matière alcaline combinée avec un acide; mais cette matière n’a pu encore être isolée.

Weiss admettait que ce principe agissait chimiquement sur le sang et était analogue à celui du typhus contagieux. Berres considérait à tort l’acide pyroligneux comme étant la cause de ces accidents. Buchner, après avoir opéré sur des boudins de foie fumés, s’assura que le solutum aqueux n’incommodait pas les animaux; mais une dissolution alcoolique faite à chaud, évaporée lentement, donna une masse brune d’une saveur piquante analogue à la graisse altérée , en partie soluble dans l’eau ; la portion dissoute par l’eau n’était point vénéneuse , tandis que le résidu insoluble dans ce liquide, mis sur la langue, déterminait un sentiment de sécheresse dans l’arrière-gorge et dans l’oesophage qui dura plusieurs heures. Un chien, auquel on en fit avaler, succomba au bout de treize jours. Ce résidu avait l’aspect d’une graisse molle et gluante , de couleur jaune devenant brune au

ACCIDENTS DÉVELOPPÉS PAR DES SURST. ALIMENTAIRES. 6â 1

contact de l’air, d’une odeur particulière et nauséabonde, d’une saveur rebutante, qui décelait un corps gras. Buchner considère ce principe actif comme un acide qu’il nomme acide gras des boudins et qui serait insoluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool et dans l’éther, se combinant avec la potasse avec laquelle il formerait un savon brun très soluble dans l’eau.

Schumann, de son côté, arrivait à peu près aux mêmes résultats, et concluait de son travail : 1° que les boudins de foie sont plus sujets à se gâter que les boudins ordinaires ; 2° que la formation du principe délétère est due à une décomposition putride favorisée par l’action de la fumée et surtout par l’huile empyreumatique que cette dernière contient : ce principe vénéneux développe particulièrement son énergie lorsqu’il a été mêlé aux sucs gastriques ; 3° que ce principe a de l’analogie avec l’adipocire , la butyrine , la phocénine ; 4° qu’il est probable que dans l’estomac, le principe vénéneux se dégage sous forme gazeuse , ce que tend à prouver la mauvaise odeur qui s’exhale de la bouche des malades pendant la durée de l’empoisonnement. ( Archives générales de médecine , t. xxil, Ollivier d’Angers.)

Sertuerner , après avoir examiné des fromages altérés qui avaient déterminé des accidents assez graves , dit en avoir retiré du caséate acide d’ammoniaque, une matière grasse ou résine caséuse acide et une substance acide moins grasse que les précédentes. Ces trois matières sont vénéneuses, mais la seconde agit plus que les deux autres sur les animaux.

Évidemment de nouvelles recherches sont encore nécessaires pour arriver à la connaissance des causes qui produisent les effets délétères susmentionnés.

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