‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 152 sur 172 · APPARENTE · texte numérisé non relu

APPARENTE

On est réellement embarrassé quand on aborde ce sujet; il est bien constaté, en effet, que certaines substances alimentaires, non moisies, non putréfiées , non fumées, ont donné lieu à des accidents graves, alors que l’analyse chimique ne pouvait y déceler aucune trace de matière toxique. Est-on autorisé à considérer ses substances comme vénéneuses , et ne serait-il pas plus rationnel de classer parmi les indigestions les maladies qu’elles ont déterminées? D’un autre côté, comment admettre qu’il y a simplement indigestion, lorsqu’on voit la totalité des membres d’une famille et même des centaines d’individus atteints par ces aliments aussi bien en été qu en

hiver, et comment ne pas supposer dans ces aliments un principe quelconque, qu’il nous a été impossible de reconnaître et à plus forte raison d’isoler jusqu’à présent? Quoi qu’il en soit, enregistrons les faits qui motivent ces réflexions.

Observation lrc. — Cadet de Gassicourt a été quelquefois appelé pour analyser des mets qui avaient occasionné des empoisonnements, et qui avaient été achetés chez les charcutiers de Paris, et il lui a été impossible de découvrir la moindre trace de poison minéral , soit dans les aliments, soit à la surface des vases métalliques dans lesquels ils avaient été cuits. ( Journal de pharmacie.) J’ai été consulté deux fois par l’autorité pour des cas de ce genre , et j’ai obtenu les mêmes résultats; les aliments sur lesquels j’opérais n’étaient ni moisis ni putréfiés, et n’avaient pas été fumés.

Observation 2e. — Un manœuvre , employé aux salines , reçoit de son maître un potage de gruau et un morceau de bœuf bouilli , dont il enferme le reste dans un lieu frais, après en avoir mangé, ainsi que sa femme et ses deux enfants. Le lendemain, il le fait réchauffer dans le bouillon ; il le mange encore, et dépose le peu qui reste (120 ou 150 grammes) dans une assiette de porcelaine, sur un poêle assez fortement chauffé. Le troisième jour, ce morceau de bœuf, racorni par la chaleur, est sauté au beurre avec du veau frais ; il n’a ni saveur ni odeur désagréables; toute la famille fit honneur au ragoût. Bientôt les deux enfants et la mère sont pris de vomissements, de douleurs épigastriques, de coliques atroces , de diarrhée séreuse. Les traits sont décomposés, la peau froide, le pouls faible et concentré, la partie inférieure de l’épine du dos sensible à la pression. Ces accidents se dissipèrent promptement par l’emploi du carbonate d’ammoniaque et des applications narcotiques. Hunkel soumit une partie de la viande suspecte à l’analyse chimique, sans y découvrir le moindre indice de substance vénéneuse ; et il se demande s’il n’y a pas eu ici de l’analogie entre l’altération qu’aurait éprouvée cette viande à la suite des préparations successives qu’on lui avait fait subir, et celle qui se développe dans les boudins fumés. Cette opinion me paraît très probable. ( Ollivier d’Angers , Annales d'hygiène , tom. xx.)

Observation 3e. — Plusieurs personnes furent empoisonnées par un plat de pommes de terre; l’une d’elles succomba à une gastro- entérite aiguë. Les pommes de terre restant furent analysées, ainsi que les matières contenues dans le tube digestif, et on ne trouva pas de traces de poison. (Ibid.)

Observation Zte. — Il y a quelques années, plusieurs centaines d’individus qui avaient pris des glaces au café de la Rotonde pendant les mois d’été, éprouvèrent les symptômes d’un choléra sporadique , tantôt léger, tantôt assez intense. Aujourd’hui, quinze ou vingt individus étaient atteints , tandis que plusieurs autres ne ressentaient aucun accident ; pendant quelques jours ensuite , les glaces étaient prises irnpuné-

DE LA VIPÈRE

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ment , puis les jours suivants elles développaient encore des symptômes fâcheux. Rien de semblable n’avait lieu à la même époque dans les autres cafés du Palais-Royal ; on pouvait donc supposer, jusqu’à un certain point , que les glaces du calé de la Rotonde étaient parfois empoisonnées. Nous fûmes invités par le ministère public, Barruel et moi, à nous rendre sur les lieux, afin d’examiner les matières premières avec lesquelles on confectionnait les glaces, ainsi que les vases et les ustensiles dont on se servait ; après nous être assurés que ces objets ne contenaient aucune substance vénéneuse appréciable par les réactifs, nous suivîmes attentivement la préparation des diverses espèces de glaces, et nous ne vîmes dans les opérations rien qui pût nous faire supposer que les accidents se renouvelleraient. 11 n’en fut pourtant pas ainsi, car un grand nombre des habitués qui vinrent le soir manger de ces glaces, furent en proie à des douleurs abdominales, à des vomissements, à des selles, à des crampes, etc. Je fus ensuite désigné avec M. Marjolin pour rendre compte à la justice des causes qui pouvaient donner lieu aux accidents qui avaient été observés, et nous fûmes obligés de convenir que la solution du problème était au-dessus de nos forces.

Des Animaux venimeux.

On donne le nom d 'animaux venimeux, 1° à ceux qui renferment un réservoir à venin et dont la morsure , même légère , fait naître des symptômes graves suivis quelquefois de la mort ; 2° à ceux dont les liquides ont été tellement pervertis par les maladies antécédentes, que leur contact détermine des effets aussi funestes.

§ Ier.

Des animaux venimeux dont la morsure ou la piqûre est accompagnée d’accidents plus ou moins graves.

DE IiA VIPÈRE. (Vipera berus , coluber berus, anguis cinerea,

MACULA DORS! FUSCA , LONG1TUDINALI , DEKTATA , Linnœus .)

Caractères du genre vipère. — Reptile de l’ordre des ophidiens , offrant des plaques transversales sous le ventre, deux rangs de demiplaques sous la queue , et dont la tête est triangulaire, aplatie, large postérieurement , terminée en forme de museau à bords saillants. Crochets à venin à l’extrémité antérieure de la mâchoire supérieure. (Voy. pi. 20, fig. lrc de ma Médecine légale.)

Vipère commune. — Sa longueur totale est ordinairement de 7 0 centimètres, rarement de 76 à 85 centimètres; celle de la queue est de

bhk DES TOISONS SEPTIQUES.

8 à 10 centimètres. Sa grosseur dans le milieu du corps est d’environ 3 centimètres ; elle est beaucoup moindre du côté de la queue ; celleci est communément plus longue et plus grosse dans le mâle que dans la femelle. Sa couleur est d’un cendré olivâtre , verdâtre ou grisâtre , plus intense sur le dos que sur les flancs. Depuis la nuque jusqu’à l’extrémité de la queue, le long du dos, on remarque une bande noirâtre composée de taches de la même couleur, de forme irrégulière , qui, en se réunissant en plusieurs endroits les unes aux autres, représentent assez bien une chaîne dentelée en zigzag. On voit sur chaque côté du corps une rangée de petites taches noirâtres , symétriquement espacées, dont chacune correspond à l’angle rentrant de la bande en zigzag. Un nombre infini d’écailles carénées (voy. pl. 20, figure 2 de ma Médecine légale) couvrent la tête et le dos; la couleur de ces écailles varie suivant qu’elles répondent aux taches noirâtres dont j’ai parlé, ou aux autres parties du dos. Le ventre et le dessous de la queue sont garnis de plaques transversales d’une couleur d’acier poli : les plaques abdominales sont simples , et au nombre de cent cinquante-cinq; les plaques caudales, plus petites, d’un noir bleuâtre, avec le bord plus pâle, sont disposées sur deux rangs, et au nombre de trente-neuf paires. La tête est en cœur, plus large posrieurement, plus plate et moins longue que celle des couleuvres; quoique sa largeur soit un peu plus considérable que celle du corps, elle est encore susceptible de s’élargir dans la colère ; parmi les écailles qui la recouvrent, celles qui sont au-dessus des veux sont un peu plus larges; le bout du museau comme tronqué, forme un rebord saillant, retroussé comme le boutoir des cochons, sur lequel on voit une grande écaille trapézoïdale tachetée de blanc et de noir. Le sommet de la tête présente deux lignes noires, divergentes d’avant en arrière, très écartées , de manière à représenter la lettre Y ; ces lignes sont séparées par une tache noirâtre en forme de fer de lance. Les yeux sont très vifs, étincelants, l’iris rouge et la prunelle noire; on voit derrière chaque œil une bande noire large qui se prolonge jusqu’à la quinzième plaque abdominale. Le bord de la mâchoire supérieure est blanc, tacheté de noir; celui de l’os maxillaire inférieur est noir. La langue est fourchue, grise, susceptible de s’allonger, molle et incapable de blesser; l’animal la âarde souvent lorsqu’il est en repos. La queue, plus courte que celle des couleuvres , est un peu obtuse. La vipère commune ne se trouve qu’en Europe (1).

(1) appareil venimeux {voy. pl. 20, fig. 3 de ma Médecine légale). Le venin de la vipère est sécrété par deux glandes a, situées une de chaque côté de la tète, derrière le globe de l’œil, sous le muscle crotaphyte (temporo-maxil-

DE LA VIPÈRE

Les principales variétés de la vipère commune sont : 1° celle dont la bande en zigzag est formée de taches arrondies sur le dos et de taches transversales sur la queue ; 2° la vipère commune roussàtre , ayant le cou très mince et la tête bigarrée; 3° la vipère commune, avec une tache blanche entourée d’un trait arqué brun sur l’occiput ; 4° celle qui offre sur le sommet de la tête une tache divisée en plusieurs parties; 5° la vipère aspic , dont la bande anguleuse et noire du dos est souvent interrompue par la couleur brune ou rousse du fond, avec les taches des flancs plus marquées.

Le venin de la vipère est un liquide jaunâtre, ni acide ni alcalin, car il ne rougit point la teinture de tournesol , et il ne verdit point le sirop de violettes. Il n’est ni âcre ni brûlant; il ne produit sur la langue qu’une sensation analogue à celle de la graisse fraîche des animaux; il a une légère odeur semblable à celle de la graisse de vipère , mais beaucoup moins nauséabonde ; il ne fait pas effervescence avec les acides; mis dans l’eau, il en occupe le fond; si on le mêle à ce liquide , il le trouble et le blanchit légèrement. 11 ne brûle pas lorsqu’on l’expose à la flamme d’une chandelle ou sur des charbons ardents. Lorsqu’il est frais , il est un peu visqueux ; et lorsqu’il est desséché, il s’attache comme de la poix. Il paraît être de nature gommeuse.

Action du venin dé la vipère sur l’économie animale.

Observation!/0. — Laurino, grenadier de la garde impériale, est vivement mordu à la deuxième phalange du doigt index de la main gauche. Il éprouve à l’instant une douleur exessivement vive; la partie mordue s’enfle presque immédiatement après. On fait une forte ligature au haut de la première phalange, près de son articulation avec le métacarpe. La partie inférieure se tuméfie considérablement. Poulet . qui voit ce grenadier une heure après , trouve la peau du doigt mordu

laire); ces glandes présentent un canal excréteur L>. La mâchoire supérieure offre une, ou plus communément deux dents très différentes des autres, connues sous le nom de crochets à venin d, environnées jusqu’aux deux tiers d’une poche membraneuse c, mobile d’avant en arrière, sur la convexité desquelles on aperçoit une petite cannelure qui conduit à un canal dont l’intérieur de la dent est creusé. D’autres dents, beaucoup plus petites que les précédentes , et destinées à les remplacer lorsqu’elles sont cassées, se trouvent également attachées à l’os maxillaire supérieur. Lorsque l’animal veut mordre, il ouvre sa bouche; le muscle élévateur de la mâchoire supérieure, en se contractant , presse la glande , et facilite la sécrétion du venin : celui-ci sort du canal excréteur, arrive à la base de la dent, traverse la gaine qui l’enveloppe , et entre dans sa cavité par le trou qui se trouve à cette base; alors il coule le long de la rainure des dents, et sort par le trou qui est près de leur pointe, pour pénétrer dans la blessure.

DIS POISONS SEPTIQUES.

dans uti état de tension extrême, et plus paie que celle des environs. Il fait huit ou dix scarifications sur toute l’étendue du doigt tuméfié. Le malade, qui n’avait éprouvé ni syncope, ni vomissements, ni d’autres douleurs que celles qu’avait produites la morsure, eut une faiblesse semblable à celle qu’aurait pu causer une forte saignée. La partie déliée fut dégorgée entièrement. On lui fit prendre Zi grammes de thériaque dans un verre de vin, et la partie fut pansée avec des compresses d’eau-de-vie camphrée. On lui administra l 'infusum de fleurs de tilleul. Le lendemain , la partie mordue était en bon état ; mais quelqu’un y fit appliquer de l’alcali volatil, qui détermina une vive douleur et une tuméfaction qui se communiqua de la main jusqu’au haut du bras. On revint aux compresses imbibées d’eau-de-vie camphrée; la sueur ne tarda pas à s’établir, et le malade fut entièrement guéri au bout de dix-sept jours. ( Observations sur la vipère de Fontainebleau, par Paulet, 1805.)

Observation 5e. — Charles Nava, âgé de quatorze ans, d’une constitution grêle, fut mordu, dans la matinée dti 6 mai 1823, par une vipère, à la dernière phalange du doigt indicateur de la main gauche ; il éprouva aussitôt une douleur très aiguë qui se fit sentir dans tout le bras jusqu’à l’épaule, et lui arracha un cri perçant. On fit pénétrer dans les morsures, qui étaient à peine visibles, de l’acide azotique concentré. Ce moyen fut employé environ une demi-heure après l’accident ; le malade n’éprouvait alors que beaucoup d'inquiétude. Il tomba bientôt dans un état de somnolence et de prostration ; la partie mordue se tuméfia, le gonflement tarda peu à s’étendre jusqu’au bras. On lui fit avaler cinq gouttes d’ammoniaque étendue dans 32 grammes d’eau commune. Aux symptômes déjà indiqués s’étaient joints la perte de la vue, beaucoup de difficulté dans la respiration, des efforts pour vomir et des vomissements, des convulsions, une douleur très vive à la région ombilicale, avec tension de l’abdomen ; le pouls était petit et fréquent. On prescrivit 1 gramme 30 centigr. d’ammoniaque dans 96 grammes d’eau de menthe poivrée, à prendre deux cuillerées chaque heure. Il pouvait à peine marcher quoiqu’il fût soutenu ; d’une voix presque éteinte il priait qu’on le laissât dormir, la mort ne lui causant aucune crainte, si elle devait être le résultat de son sommeil. On plaça la partie du membre qui avait été mordue, ainsi que la tête du malade , sous un filet d’eau très froide; on ne laissa la tête qu’un moment, et on l’essuya immédiatement àprès; bientôt le malade la releva de lui-même et se trouva un peu éveillé ; ce moyen fut répété trois ou quatre fois, et toujours avec plus d’avantage. Alors on fit plonger le malade nu dans un bassin formé par un torrent , et on fit répandre avec un seau de l’eau sur sa tète ; on le retira deux minutes après du bassin, et il était ejicore moins assoupi ; le pouls s’était relevé, il était moins fréquent, cependant un peu irrégulier; la vue était en partie revenue, quoique les yeux fussent encore troubles; la physionomie était moins abattue, la douleur de l’ombilic moins vive, le ventre plus souple; mais les efforts pour vomir continuaient. Il pouvait faire quelques pas de lui-même. En peu de temps, on prescrivit cinq affusions

DE LA VIPÈRE

sur la tête; le malade les désirait, et il n’éprouvait plus de douleur à l’abdomen dès qu’il était dans l’eau. Deux heures après l’emploi de ce moyen , il se promenait seul , et à l’exception de légères douleurs dans le bas-ventre, tout était rentré dans l’ordre, et le pouls était presque naturel.

Le siège de la morsure était tuméfié ; on y fit appliquer des morceaux de flanelle trempés dans une décoction de mauve et de fleurs de sureau; on ordonna de nouveau la potion ammoniacale : le malade dormit tranquillement pendant une heure, et passa éveillé le reste de la nuit; mais le gonflement de la partie se soutenait, les petites plaies étaient livides. Le troisième jour, vers le soir, ce gonflement était presque dissipé : il s’y était formé, au lieu de la blessure , une petite vessie qui, lorsqu’elle fut ouverte , laissa couler un ichor jaunâtre: on y appliqua un petit morceau de feuille de poirée enduite de beurre ; deux jours après la petite plaie était entièrement guérie, et la tuméfaction complètement dissipée.

Le docteur J’rina , médecin à Erba , auteur de celte observation , n’hésite pas à attribuer la guérison du malade aux moyens employés; car, dit-il , de tous ceux qui ont été mordus par les vipères et les aspics de nos montagnes, et chez lesquels les symptômes généraux se sont développés avec une certaine intensité , il n’en est pas un qui ne soit mort. Un homme robuste de Villabesse périt dans l’espace de huit heures, quoiqu'il n’eût été mordu qu’une seule fois à un doigt de la main, ( Gazette de Santé du 5 juillet 1824.)

Observation 3e. — Un étudiant en médecine, âgé de quinze ans, bien constitué, est mordu, le 5 juillet 1820, à dix heures, à deux reprises différentes, à la main droite, par la vipère de Fontainebleau; les deux plaies occupaient, l’une la seconde phalange du pouce, l’autre la première de l’indicateur. Ces morsures, peu douloureuses d’abord, laissèrent couler une assez grande quantité de sang, et furent lavées avec de l’eau fraîche. Un demi-quart d’heure environ après l’accident, les deux doigts mordus se tuméfièrent; des phlyctènes brunâtres se formèrent à l’endroit des blessures , et le jeune homme tomba en syncope ; quelque tempsaprès, il urina sur sa plaie, d’après le conseil d’un de ses camarades. Cependant la douleur et la tuméfaction allaient en croissant rapidement, et celle-ci s’étendait déjà à toute la main et à une partie de l’avant-bras. On lui fit plonger la main dans du vinaigre rouge pendant environ une heure. La tuméfaction parut marcher avec plus de rapidité ; des douleurs vives se firent sentir à l’endroit des morsures, à l’avant-bras, à la saignée , au creux de l’aisselle, et même jusqu’à la partie antérieure de la poitrine. Vers midi et demi , le médecin du lieu se contenta de lui frictionner le bras avec du laudanum liquide, et peu de temps après il lui administra trois ou quatre gouttes d’ammoniaque dans un verre d’eau, mais ne cautérisa pas les plaies. Après quelques moments de repos à Montmorency , il lut reconduit en voiture à son domicile a Paris, où il arriva vers six heures du soir.

Les secousses de la voilure l’avaient considérablement fatigué ; la main

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et l’avant-bras avaient tellement augmenté de volume, que pour retirer sa redingote il fallut en découdre la manche. Le bras et l’épaule même commençaient à être envahis par le gonflement ; les phlyctènes qui s’étaient formées autour des plaies étaient plus volumineuses. Un médecin fut appelé , et annonça que les symptômes cesseraient par les seules forces de la nature ; cependant il fit envelopper la main dans un cataplasme préparé avec la graine de lin et l’eau vinaigrée, et il ordonna de la thériaque, la liqueur d’Hoffmann, et une infusion de fleurs de tilleul et d’oranger. Dans la soirée, les différents symptômes, et surtout l’enflure, augmentent d’intensité ; les douleurs sont très vives et continues : celles qui se propagent à la poitrine deviennent et plus vives et plus marquées; agitation extrême, dispositions continuelles à la syncope et au vomissement. Pendant la nuit, insomnie, délire.

Le lendemain , à neuf heures du matin , on ouvrit les deux phlyctènes qui s’étaient formées aux deux doigts mordus , et on pansa avec un Uniment composé d’onguent styrax, de styrax liquide et de baume du commandeur; on appliqua sur le bras un cataplasme fait avec des plantes aromatiques. Peu de temps après , les plaies étaient excessivement douloureuses (1). A une heure , le bras malade était étendu le long du corps, et placé de manière à ce que la main était la partie la plus déclive. Le pouce était presque entièrement recouvert de phlyctènes à sa face dorsale ; celles qui avaient été ouvertes peu de temps auparavant laissaient écouler une sérosité sanguinolente, mêlée d’un peu de pus. Tout le membre, y compris l’épaule , se trouvait dans un état de tuméfaction extraordinaire; il était d’un rouge livide et marbré. Sa dureté était telle, que l’on pouvait facilement supposer que la gangrène par étranglement était imminente, puisque le gonflement augmentait. Les douleurs étaient excessives, lancinantes, et ressenties surtout aux doigts blessés, au poignet, à la saignée et principalement au creux de l’aisselle. La poitrine était oppressée , surtout dans les fortes inspirations et dans les mouvements de déglutition ; le toucher le plus léger était insupportable à l’endroit des morsures ; le bras tout entier participait de cette extrême sensibilité. Il y avait de plus céphalalgie violente, propension au sommeil empêché parles douleurs, inquiétude portée jusqu’au désespoir; yeux brillants; visage offrant une légère teinte jaune, joues rouges; soif vive; langue humide , blanche au milieu, rouge sur les bords; pouls faible et petit, tendance continuelle à la syncope; douleurs lombaires, peau chaude et sèche ; constipation, urine claire et abondante.

M. G. Pelletan vit le malade à cette époque pour la première fois. Le membre, placé sur un oreiller, fut mis dans une position telle que la main en devînt la partie la plus élevée , ce qui soulagea instantanément le blessé. Il n’était plus temps de cautériser les plaies : on fit sur tout le membre des embrocations avec un Uniment volatil; on le recouvrit de flanelle; des linges imbibés d’huile d’olives pure servirent à envelop-

(1) Il est peu d’exemples d’un traitement ausii mal dirigé.

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per les doigts mordus. On ordonna une infusion antispasmodique avec 12 à 15 gouttes d’acétate d’ammoniaque par tasse. Un mieux sensible ne tarda pas à se manifester. Cependant le liniment, s’étant répandu jusque sur les plaies, causa une cuisson assez forte pour que l’on fût forcé de changer l’appareil; les plaies furent pansées avec de la charpie sèche et douce, et toute la main enveloppée dans des compresses imbibées d’eau de sureau. A une heure on renouvela l’embrocation sur le bras; la dose d’ammoniaque fut diminuée ; le mieux continua. Les douleurs étaient moins fréquentes, moins aiguës; une légère moiteur commençait à se manifester. Le soir il y avait une légère exacerbation. Deux lavements avaient été donnés sans effet ; on renouvela le pansement , et on ordonna une potion avec le sirop diacode et l’acétate d’ammoniaque, à prendre par cuillerées dans une infusion de sureau et une tisane sudorifique. Pendant la nuit, redoublement des symptômes, qui cependant ne reprennent point leur première intensité; fièvre avec soif intense, délire, extrême agitation , insomnie complète. On cessa l’usage de la potion vers trois heures du matin, et on continua la tisane diaphonique. Sur les cinq ou six heures l’exacerbation commença à diminuer. A neuf heures du matin le bras était moins tendu; sa teinte, auparavant livide, était devenue rougeâtre ; il y avait quelques petites phlyctènes au moignon de l’épaule; les douleurs étaient moins vives; la poitrine était toujours oppressée et douloureuse lors des fortes inspirations; le pouls avait pris du développement; la figure était plus calme. Les plaies, toujours très douloureuses, furent pansées avec de la charpie imbibée d’eau de sureau ; le reste du pansement fut renouvelé sans y rien changer. On appliqua sur la poitrine une flanelle trempée dans l’infusion chaude de fleurs de sureau, puis des flanelles sèches. (Infusion sudorifique , 3 petits bouillons , lavement émollient. ) Il survint une douce transpiration générale , et le malade dormit pendant deux heures. La teinte livide du bras était changée en une couleur jaunâtre. Le soir on pansa comme à l’ordinaire. Nous vîmes le malade , et nous prescrivîmes d’ajouter à l’infusion des fleurs de sureau , de la racine de serpentaire de Virginie ; nous ordonnâmes, en outre, 16 grammes de sirop diacode à prendre pendant la nuit en plusieurs doses. 11 y eut des rêvasseries et des sueurs assez abondantes; le malade dormit pendant cinq heures. (Lavement qui produisit une légère évacuation. )

Le jour suivant, il n’y avait plus de céphalalgie ni d'oppression; tout annonce une prompte guérison , et en effet le malade put sortir le 13 juillet. (Observation rapportée par M. Richard dans le Nouveau Journal de Médecine, t. viii% année 1820.)

Observation 4e. — Le 20 juillet 1820 , un paysan d’environ vingt-cinq à vingt-six ans, fort et vigoureux, est mordu à la cheville du pied droit par une vipère grise : aussitôt après on incise la plaie avec un canif, on y verse de l’ammoniaque liquide, et on applique une petite compresse trempée avec cet alcali ; on fait boire de l’eau tenant en dissolution quelques gouttes de la même substance; cependant des accidents graves se

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manifestent ; en peu de temps un gonflement énorme s’empare de tout le membre , et devient presque général ; des syncopes ont lieu ; il y a aussi des vomissements bilieux très abondants , qui même plusieurs fois sont mêlés de sang. Mais peu à peu ces accidents se calment, les symptômes diminuent rapidement d’intensité, et au bout de vingt-quatre heures la tuméfaction a presque entièrement disparu ; trois jours après la guérison était complète. [Ibid.)

Observation 5e. — Un autre individu avait été mordu une quinzaine de jours auparavant. Le médecin , au lieu de cautériser la plaie, s’était contenté d’y appliquer une ventouse. Les symptômes les plus formidables s’étaient manifestés , et duraient encore quinze jours après l’accident. (llid.)

Le célèbre Fontana , qui a fait près de six mille expériences sur la morsure et le venin de la vipère , a cru pouvoir établir les faits suivants :

1° Le venin de la vipère n’est pas un poison pour tous les animaux : les sangsues ne périssent pas, lors même qu’on l’introduit dans leurs blessures ; la même chose a lieu pour les limaces , Yescargot , Y aspic , la couleuvre et les orvets; les anguilles , la vipère elle-même, les petits lézards , et tous les animaux à sang chaud en meurent ; la mort n’arrive que très difficilement chez la tortue, quelle que soit la partie qui ait été mordue.

2" Le venin de la vipère n’est constamment mortel que pour de très petits animaux ; il est d’autant plus dangereux pour les gros, que la vipère a une plus grande quantité de venin en réserve , qu’elle mord plus souvent et en plus d’endroits différents, et probablement que le temps est plus chaud. Un 1/2 milligramme de venin introduit dans un muscle suffit pour tuer un moineau. Il en faut six fois davantage pour faire périr un pigeon; et en ayant égard à la grandeur et au poids, Fontana calcule qu’il en faudrait environ 15 centigrammes pour tuer un homme , et 60 pour faire mourir un bœuf. Or, comme une vipère n’offre dans ses vésicules qu’environ 10 centigrammes de venin , qu’elle n’épuise même qu’après plusieurs morsures, il en résulte que l’homme peut recevoir la morsure de cinq ou six vipères sans en mourir (1).

(1) Bosc rapporte un fait curieux dont il a été témoin pendant son séjour en Amérique. <, Deux chevaux furent mordus dans une enceinte, le même jour, par une vipère noire , l’un à la jambe de derrière et l’autre à la langue: ce dernier mourut en moins d’une heure, et l’autre en fut quitte pour une enllure de quelques jours et une faiblesse de quelques semaines. La perte du premier fut causée par une vive inflammation , qui avait fermé la glotte et causé l’asphyxie. La morsure de la vipère ne serait-elle pas beaucoup plus dangereuse , et même mortelle, lorsque les parties mordues sont peu éloignées du cœur P» ( Dictionnaire d’histoire naturelle, article vipère.)

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5° Le venin de deux vipères , injecté dans la veine jugulaire de plusieurs gros lapins, détermine la mort en moins de deux minutes, au milieu de cris et de fortes convulsions. Le sang des ventricules du cœur est coagulé. Fontana ajoute encore que les intestins , le ventricule, le mésentère et les muscles du bas-ventre sont enflammés.

4° Le venin de la vipère , appliqué par morsure , produit les symptômes suivants : sentiment de douleur aiguë dans la partie blessée, qui se répand dans tout le membre et même jusqu’aux organes internes, avec tuméfaction et rougeur, qui passe ensuite au livide et gagne peu à peu les parties voisines; syncopes considérables; pouls fréquent, petit, concentré, irrégulier; difficulté de respirer, sueurs froides et abondantes , trouble de la vision et des facultés intellectuelles , soulèvement d’estomac , vomissements bilieux et convulsifs , suivis presque toujours d’une jaunisse universelle ; quelquefois douleurs dans la région ombilicale. Le sang qui s’écoule d’abord par la plaie est souvent noirâtre ; quelque temps après il en sort de la sanie, et la gangrène se déclare lorsque la maladie doit se terminer par la mort. Les climats, les saisons, le tempérament, etc., influent singulièrement sur la nature et la marche plus ou moins rapide des symptômes occasionnés par la morsure de ces animaux. Les accidents sont beaucoup plus à redouter dans l’Amérique méridionale, et pendant l’été, qu’en Europe, comme Bo&c l’a observé. Chez les personnes faibles , timides, dont l’estomac est plein, les symptômes se manifestent avec beaucoup plus de rapidité et sont plus graves que chez les individus robustes et difficiles à effrayer.

5° Le venin de la vipère , appliqué sur la peau légèrement écorchée des chapons d’Inde et des lapins , n’est pas mortel.

6° Il ne produit qu’une légère maladie de la peau chez les cochons d’Inde, et une maladie un peu plus grave chez les lapins.

7° Cette maladie est circonscrite dans la partie de la peau qui a été touchée par le venin.

8° Lorsque la vipère mord, dans toute son étendue, la peau de ces animaux, ils périssent en peu de temps.

9° Le venin paraît ne pas être mortel s’il ne pénètre pas dans le tissu cellulaire.

10° Il est tout-à-fait innocent s’il est simplement appliqué sur les fibres musculaires.

11° Les animaux mordus ou blessés par une dent venimeuse de vipère, à la poitrine, au ventre, aux intestins et au foie, périssent en un espace de temps plus ou moins court.

12° On observe le contraire si le venin est appliqué sur les oreilles, le péricrâne , le périoste , la dure-mère , le cerveau , la moelle des

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os, la cornée transparente, la langue , les lèvres , le palais et l’estomac ; il arrive même assez souvent que plusieurs animaux soumis à ces expériences n’offrent aucun phénomène sensible.

13° Le venin de la vipère, appliqué sur les nerfs, ne produit aucun effet , et il n’accélère point la mort de l’animal ; il est aussi innocent pour les nerfs que l’eau pure ou la simple gomme arabique.

1/i° Il ne détermine aucun changement apparent sur les parties qui viennent d’être détachées d’un animal, et qui , par conséquent, palpitent encore.

15° L’action de ce venin n’est pas instantanée; il faut un certain temps avant que les effets deviennent sensibles, soit dans la partie mordue , soit dans les autres organes : ce temps varie dans les divers animaux selon leur constitution, leur grosseur , etc. D’après Fontana, on peut l’cvafher, pour un certain nombre d’animaux, à quinze ou vingt secondes.

16° Les accidents qu’il développe dépendent de son absorption, de son transport dans le torrent de la circulation , et de l’action qu’il exerce sur le sang , qu’il coagule en partie , et sur l’irritabilité nerveuse, qu’il détruit en portant dans les fluides un principe de putréfaction.

17° Il conserve encore son énergie dans une tête de vipère qui a été coupée depuis long-temps , ou simplement lorsqu’on l’a laissé dans la cavité de la dent qui a été séparée de l’alvéole. Des animaux sont morts pour avoir été piqués par la dent seule. Desséché depuis plusieurs mois dans un endroit découvert , il perd sa propriété, et ne laisse aucune impression sur la langue.

18" Les animaux meurent plus promptement s’ils sont mordus un égal nombre de fois dans deux parties, que s’ils ne le sont que dans une seule.

19" La partie qui a reçu seule autant de morsures que les autres ensemble , est sujette à une maladie externe beaucoup plus considérable.

Je puis ajouter à ces observations les résultats des travaux de Paulet et du professeur Mangili. Le premier de ces auteurs établit, dans un mémoire publié en 1805, et qui a pour titre : Observations sur la vipère de Fontainebleau , que la morsure de ce reptile, qui est également le viper a berus , peut devenir mortelle pour l’homme, malgré l’assertion de Fontana.

Observation lre. — Le venin qu’elle renferme , inoculé par une plaie ou par la piqûre qu’elle fait , est , en général, mortel pour les hommes et pour les animaux, principalement pour ceux qui sont faibles et susceptibles de s’effrayer facilement. Un enfant âgé de sept ans et demi, fut

DE LA VIPÈRE

mordu au-dessous de la malléole interne du pied droit, et mourut dixsept heures après. Un autre enfant de deux ans expira trois jours après avoir été mordu à la joue. Un cheval , affaibli par des maladies précédentes, périt également d’une morsure à la joue, au bout de dix-huit heures.

Les symptômes les plus ordinaires de l’action de ce venin sont : une tumeur ferme d’abord et pâle, ensuite rougeâtre, prenant un caractère gangréneux, et faisant des progrès plus. ou moins rapides du côté du cœur ; cette tumeur est bientôt suivie de syncope , de vomissements, de mouvements convulsifs et de la mort : l’intensité de ces symptômes est en raison inverse de la grandeur de l’animal piqué, ou de l’éloignement de la plaie au cœur, et de la lenteur des pulsations des artères.

Le professeur Mangili a entrepris une série d’expériences pour déterminer, l°si le venin de la vipère, introduit dans l’estomac, pouvait occasionner la mort comme Fontana l’avait annoncé ; 2° s’il ne jouissait plus de propriétés vénéneuses après avoir été desséché et conserve pendant neuf mois, ainsi que l’avait annoncé ce même auteur. Il résulte de ses travaux que l’une et l’autre de ces assertions sont erronées, comme on pourra s’en assurer par les faits suivants.

Expérience ir<'. — On (il avaler à un petit merle le venin fluide de trois vipères; un autre prit le venin de quatre de ces animaux; on introduisit dans l’eslomac d’un troisième le venin de cinq vipères , et dans celui d’un quatrième le venin de six de ces animaux. Ils parurent d’abord plongés pendant quelque temps dans un état de stupeur et d’inertie ; mais une heure s’était à peine écoulée qu’ils se montrèrent , comme auparavant, vivaces et pleins d’appétit.

Expérience iic. — Un des assistants avala tout le venin qui put être extrait de quatre grosses vipères, et n’en fut nullement affecté.

Expérience iiic. — Un corbeau qui était à jeun depuis douze heures prit sans inconvénient le venin de seize vipères.

Expérience ivc. — Quatre petits morceaux de mie de pain trempés dans le venin lancé par sept grosses vipères, furent donnés à un pigeon , qui d’abord parut abattu , mais qui redevint bientôt tout aussi bien portant qu’auparavant.

Expérience Ve. — Un autre pigeon avala , avec les précautions convenables, tout le venin que purent fournir dix vipères très grosses, sans offrir la moindre trace d’empoisonnement.

Expérience vie. — Quelques jours après, on introduisit dans une des pattes de deux pigeons un petit fragment de venin bien sec, recueilli et conservé depuis quatorze mois dans un petit vase de verre bien fermé ; l’un et l’autre donnèrent bientôt des signes manifestes d’empoisonnement , et succombèrent au bout de deux heures environ.

Expérience vne. — Du venin conservé avec soin pendant dix-huit

654 DES POISONS SEPTIQUES.

mois , fut introduit dans la patte de plusieurs pigeons , et tous moururent empoisonnés au bout d’une demi-heure ou d’une heure. ( Giornale di Fisica , Chimiea , etc. , vol. ix , p. 458 ; et Annales de Chimie et de Physique , février 1817.)

DE XiA VIPÈRE NAJA, (Coluber naja de Limite, chinta nagoo des Indiens , cobra de capello) (1).

Expérience ire. — Dans le mois de juin 1787, un chien fut mordu à la partie interne de la cuisse par le comboo nagoo (variété de celte espèce de serpent). L’animal poussa aussitôt des cris très plaintifs; il se coucha deux ou trois minutes après, et continua à se plaindre et à aboyer. Au bout de vingt minutes il se leva , mais il se soutenait avec la plus grande difficulté et ne pouvait pas marcher; son organisation paraissait profondément atteinte: il ne tarda pas à se coucher de nouveau, fut agité, quelques instants après, de mouvements convulsifs, et mourut vingtsept minutes et demie après avoir été mordu.

Expérience 11e. — Dans le mois de juillet de la même année, un gros chien robuste fut mordu à la partie interne de la cuisse par une autre variété de la vipère naja. Deux minutes après, la cuisse était tirée en haut, symptôme qui prouve en général que l’animal est sous l’influence du poison. Il continua cependant à marcher pendant une heure, en s’appuyant sur ses trois autres membres , sans manifester d’autre symptôme : alors il s’étendit par terre, parut très inquiet, eut une selle , mais ne poussa point de cris. Peu de temps après, il fut agité de mouvements convulsifs violents à la tête et à la gorge; ses extrémités postérieures se paralysèrent , et il faisait des efforts infructueux pour se relever. Cet état dura jusqu’au moment de la mort, qui eut lieu deux heures après la morsure.

Expérience me. — Immédiatement après, on fit mordre par le même reptile, et à peu près sur le même point, une chienne noire. Voyant qu’elle n’offrait aucun symptôme remarquable au bôut d’une heure et demie, on la fil mordre sur l’autre cuisse par un cobra qui n’avait point mordu depuis plusieurs jours. La piqûre fut faite avec fureur: nonobstant cela , aucun symptôme ne s’était manifesté deux heures après. Pendant l’heure qui suivit, l’animal fut en proie à tous les accidents précédemment rapportés; il mourut cinq heures après la seconde morsure.

Expérience iv*. — Le 20 juillet de la même année, un gros chien robuste fut mordu au même endroit par le scinta nagoo, variété de la vipère naja. Bientôt après il fut sous l’influence du venin , et au bout d’une demi-heure il était assez mal. Les symptômes acquirent plus d’in-

(1) Tout ce que je vais dire de ce serpent et des quatre qui suivent, est extrait de l'admirable ouvrage de P.ussel , intitulé : An accoum of indian Serpenis collected on ilie coasl of Coromandel, by Patrick Russel. London, 1796, 2 vol. in-fol.

DE LA VIPÈRE

tensité pendant la deuxième heure; la respiration était laborieuse, surtout lorsqu’il était couché sur le côté. Tout-à-coup il se leva et poussa des cris horribles; il offrait un tremblement général. Peu de temps après il tomba dans la stupeur. Cet état dura environ une heure. Quatre heures après la morsure , il paraissait rétabli.

Expérience vc. — Le même reptile , après avoir mordu un autre chien, piqua un poulet à la cuisse, que l’on avait préalablement frottée avec de l’huile. Au bout d’un quart d’heure, l’animal commença à être abattu, et ne se mouvait qu’avec difficulté. Ces symptômes augmentèrent, et il expira une heure vingt minutes après la morsure. Il n’eut point de convulsions.

Expérience vie. — Un autre poulet fut mordu sans que l’on eût appliqué de l’huile. Voyant, au bout de quatre heures, qu’il n’offrait aucun symptôme remarquable, on le lit mordre une seconde fois. Il survécut deux heures à la blessure, et mourut aussi sans convulsions. On ne tarda pas à se convaincre, par plusieurs autres expériences, que l’application de l’huile sur la partie mordue n’empêchait pas les effets du venin.

Expérience vu'. — Dans le mois de novembre, un gros chien fut mordu à la cuisse par le male nagoo, variété de la vipère naja. L’animal éprouva les symptômes décrits ci-dessus , et expira cinquante-six minutes après.

Expérience viii°. — Un chien très fort , mordu à deux reprises par le même reptile, se coucha sur le côté, éprouva un tremblement dans les muscles de la cuisse, et fut parfaitement rétabli au bout de huit heu.es.

Expérience ixe. — La morsure de Yarege nagoo , autre variété de cette espèce, développa les mêmes symptômes sur un chien robuste, qui périt trois heures après.

Expérience Xe. — Un chien très fort fut mordu à la cuisse par un cobra de caprllo , qui avait perdu les deux dents les plus longues. Immédiatement après, l’animal se plaignit beaucoup; cependant la cuisse n’était pas tirée en haut , et il n’y avait aucun symptôme apparent un quart d’heure après. Dans ce moment . il s’échappa , fit une longue course , et on ne put l’amener qu’au bout d’une heure et demie : il était très fatigué et très échauffé : il refusa de l’eau un quart d’heure après; mais il mangea du pain trempé dans ce liquide. Au bout de quinze minutes, il vomit, aboya , et parut inquiet. Les vomissements se renouvelèrent au bout de dix minutes, et l'animal devint furieux; il se débattait pour s’échapper, cherchait à briser le poteau auquel il était attaché, et aboyait continuellement. Il se coucha après le second vomissement, et paraissait éprouver une grande agitation dans le ventre et dans l’estomac; les muscles de la face étaient agités de mouvements convulsifs; ses extrémités n’étaient point paralysées, et il pouvait marcher. Vers la fin de la troisième heure.il était tellement furieux, qu’il fallut lui lier les pattes. Depuis ce moment, l’agitation et les hurlements diminuèrent; mais les mouvements convulsifs augmentèrent dans la face. Cet état dura

UES POISONS SEPTIOUES.

à peu près une lieure , et il expira. La partie mordue était presque noire dans l’étendue d’environ un écu de trois francs.Cette expérience offre deux phénomènes remarquables ; savoir: la non-apparition des symptômes locaux avant la course, et le retard dans l’apparition de ces symptômes , qui ne se manifestèrent que deux heures après la morsure.

Expérience xic. — Plusieurs poulets furent mordus par le cobra de capello. On mit de l’acide sulfurique sur la blessure : ils périrent beaucoup plus vite que ceux qui avaient été mordus en même temps, et sur la blessure desquels on n’avait point appliqué ce caustique.

Expérience xiic. — Un cochon fut mordu à la partie interne de la cuisse par un cobra de capello, que l’on tenait enfermé depuis six semaines , et auquel on n’avait donné que du lait tous les sept jours. Il n’y eut point d’effet sensible pendant les dix premières minutes ; alors l’animal se coucha et parut affecté ; il ne poussait aucune plainte. Dix minutes après, sa respiration était laborieuse, et il se tenait couché sur le côté. 11 resta dans celte position pendant un quart d’heure : alors il fut saisi de convulsions, et il expira une heure environ après avoir été mordu.

Expérience xiii*. — Un cobra de capello , connu à Ganjam sous le nom de salanag , mordit une autre variété de cobra, qui ne parut ressentir aucun effet de cette morsure : à la vérité , on n’apercevait point la marque des dents.

Expérience xivc. — Le coodum nagoo fit une morsure au ventre d’un autre reptile, connu sous le nom de coultia'u. La blessure saigna, et il n’y eut pas d’autre phénomène apparent. Le tartutta, mordu immédiatement après le même reptile, au même endroit, périt au bout de deux heures.

Expérience xv'. — Plusieurs poulets et plusieurs pigeons furent mordus impunément par le cobra de capello, auquel on avait enlevé les dents; mais lorsqu’on se procura le poison de ce reptile, et qu’on l’appliqua sur ces mêmes poulets, soit par incision , soit par piqûre , ils périrent après avoir éprouvé tous les symptômes de l’empoisonnement.

Expérience xvic. — On fit une incision à la partie interne de la cuisse d’un chien ; on introduisit dans la plaie, à l’aide du tranchant d’un scalpel et d’un peu de charpie, une certaine quantité du venin du cobra de capello : l’animal fut assujetti de manière à ne pas pouvoir lécher la plaie. Il ne parut pas en ressentir d’effet marqué ; mais comme il perdit beaucoup de sang par la blessure , on pouvait présumer que l’expérience n’avait pas été bien faite.

Expérience xviic. — On fit plusieurs plaies à la partie interne de la cuisse d’un fort cbien , et on appliqua sur chacune d’elles du venin frais du comboo nagoo , variété de cette espèce ; l’autre cuisse fut piquée à plusieurs reprises par des épingles envenimées avec le même poison. Ces piqûres étaient profondes et pénétraient les muscles. Il ne se développa aucun symptôme.

DE LA VIPÈRE. 657

Expérience xvme. — La même expérience fut répétée avec du venin épaissi à l’air. Elle fournit des résultats analogues.

Expérience xixe. — On appliqua plusieurs fois du même venin sur la cuisse de quelques poulets, soit en pratiquant des incisions, soit en les piquant, line se manifesta aucun symptôme fâcheux, tandis que ces animaux périrent en peu de minutes lorsqu’on les fit mordre par le serpent. Un pigeon mourut sept heures après avoir été piqué aux muscles de la cuisse par une lancette envenimée.

Observation lrc. — Dans le mois de janvier 1788, une femme du Malabar fut mordue au bas de la jambe par un cobra de capello. M. Duffin la vit dix heures après. Elle avait perdu la faculté de voir et de sentir; la déglutition était tellement difficile, qu’il aurait été impossible d’introduire la moindre chose dans l’estomac; il n’y avait point de spasmes dans les autres parties du corps; mais depuis l’accident, tous les systèmes avaient été plongés dans un état de torpeur qui allait en augmentant. On parvint à lui faire avaler avec peine une pilule de lanjorc ( voy. , pour la composition de ces pilules , article Traitement) ; on agrandit la plaie , et on y appliqua de l’onguent mercuriel. Trois heures après, on administra une seconde pilule, qui, comme la première , ne produisit aucun effet; enfin, on en donna une troisième quelques heures après, qui détermina des évacuations alvines et une légère moiteur à la peau. Dix-huit heures après la morsure, la malade recouvra le sentiment et la faculté de voir et d’avaler. Pendant les trois jours qui suivirent , on donna une pilule tous les matins, qui occasionna des nausées et augmenta la transpiration. La malade resta faible pendant huit ou dix jours , et se rétablit ensuite.

Observation 2e. — Un Indien fut mordu à la cheville du pied par un gros cobra de capello. Au bout d’un quart d’heure, ses mâchoires étaient serrées l’une contre l’autre, et il paraissait mort; la partie mordue offrait quatre piqûres très larges, sur lesquelles on appliqua de l’eau de Luce. Aussitôt l’individu donna des signes de sensibilité, et tira le membre en liant. On fit chauffer deux bouteilles de vin de Madère, qu’on le força â avaler, en séparant les mâchoires et en introduisant un entonnoir dans la bouche. Presque tout le liquide était dans l’estomac. Une demi-heure après, on continua à appliquer extérieurement de l'eau de Luce pendant trois heures. L’individu était tellement insensible qu’on l’aurait cru mort s’il n’eût pas respiré de temps en temps. Cet état dura quarante heures, après lesquelles il parut recouvrer le sentiment. Ce ne fut que douze heures après qu’il commença à parler, et il resta quelques jours faible et langoureux. Le vin de Madère paraît avoir été ici, comme dans beaucoup d’autres circonstances analogues , un remède héroïque, 5 moins qu’on n’attribue la guérison de la maladie à l’eau de Luce. ( Russel.)

Observation 3e. — Au commencement du mois de juin 1788, après le coucher du soleil, un homme de quarante ans fut mordu â la partie

DES POISONS SEPTIQUES.

charnue qui se trouve entre le pouce et l’index par un cobra de capello.

11 éprouva sur-le-champ une vive douleur, qui s’étendit bientôt jusqu’au haut du bras: il eut des nausées, mais ne vomit pas. En moins d’une heure, la main et le poignet furent considérablement enflés; l’épaule du même côté était douloureuse , la lêle pesante , et il avait beaucoup de tendance à l’assoupissement, en sorte qu’il passa plusieurs heures sans pouvoir juger son état ; mais on apprit que tantôt il était très inquiet sans se plaindre, tantôt il souffrait et retombait dans l’assoupissement. Les symptômes augmentèrent d’intensité vers minuit; il eut des mouvements convulsifs à la gorge; sa respiration devint pénible; il ne pouvait plus parler ni voir, quoique ses yeux fussent ouverts. On avait ap pliquésur le bras un cataplasme composé de plusieurs herbes, et l’on avait donné intérieurement un antidote secret. A deux heures du matin, il allait beaucoup mieux; il avait recouvré l’usage des sens; son bras était excessivement tuméfié. Dans le courant de la journée, les symptômes avaient singulièrement diminué. On lui fit prendre quelques doses de quinquina : le dos et la paume de la main , ainsi que le poignet, furent gangrenés; les tendons étaient à nu, et il en résulta un large ulcère qui fut guéri par les remèdes ordinaires. Le malade avait recouvré la santé dix jours après; mais il ne put se servir de la main qu’au bout de plusieurs mois.

DE DA VIPÈB.E Éz,ÉG A.BITE de Daudin. (Coluber russelianus , katuka rekula pgda des Indiens.)

Expérience i'c. — Le 17 octobre 1787, un poulet fut mordu à l’aile par ce reptile. Il eut sur-le-champ des convulsions, et il expira trente-, huit secondes après. L’ouverture du cadavre ne fit voir aucune altération.

Expérience ne. — Immédiatement après, on fit mordre par le même animal la cuisse d’un chien robuste. Cinq minutes s’étaient à peine écoulées qu'il parut stupéfié; le membre était tiré en haut, et il le remuait souvent comme s’il eût été douloureux. Il resta cependant debout, et mangea du pain qu’on lui offrit ; il eut une selle. Dix minutes après la morsure, la cuisse commença à se paralyser, et elle n’exerçait plus de mouvements cinq minutes après ; l’animal se coucha, poussa des cris horribles, lécha souvent sa blessure, et fit par intervalles de vains efforts pour se relever. Au bout de quatre minutes, il recommença à aboyer et re plaignit souvent ; la respiration devint pénible , et les mâchoires étaient fortement serrées l’une contre l’autre : il éprouva alors alternativement les symptômes de l’agonie et de la stupeur, et mourut vingt-six minutes après l’opération. Ouverture du cadavre. Il s’écoula du sang de la bouche et du nez. Les parties voisines del endroit mordu étaient très entlatnmées.

Expérience iiic. — -La partie interne de la cuisse antérieure d’un lapin fut dépouillée de la peau et mordue par le même reptile, qui avait déjà

DE LA VIPÈRE

mordu quatre autres animaux. Sur-le-cliamp la cuisse fut tirée en haut; cependant l’animal chercha à marcher. Trente-cinq minutes après, il eut des convulsions, perdit la faculté de se tenir debout , et fut affecté, par intervalles, d’un tremblement universel. Il mourut une heure après la morsure.

Le même reptile mordit le même jour, pour la sixième fois, un poulet , qui périt au bout de six minutes.

Expérience ive. Le 13 mars 1788, un gros chien fut mordu par un rekula poda qui était enfermé depuis douze jours sans manger. Une des dents toucha accidentellement le scrotum et en tira du sang; l’autre fut légèrement appliquée sur la cuisse. Il ne se manifesta aucun symptôme pendant la première heure : alors le scrotum et les parties génitales se tuméfièrent considérablement ; mais la cuisse n’était pas tirée en haut. Durant la troisième heure, l’animal fut plongé dans un état comateux ; il ne pouvait pas se tenir sur les pattes, et le membre blessé était paralysé. Les symptômes acquirent de l’intensité ; l’animal était couché, dans un état de grande insensibilité ; sa respiration était pénible ; mais il ne poussait aucun cri. Huit heures après, il respirait avec la plus grande difficulté. Cet état de langueur dura encore deux heures, après lesquelles il mourut sans convulsions. Les parties blessées étaient considérablement enflées.

Expérience ve. — Un cheval fut mordu sur les parties latérales du nez par un katuka rekula. La morsure du côté droit était plus profonde que celle du côté gauche. Au bout d’un quart d’heure, la partie droite ^tait légèrement tuméfiée et décolorée; il s’écoulait des narines une grande quantité de matière fluide. Dix minutes après, la face et la gorge étaient très enflées. On offrit du foin à l’animal, qui le rejeta par l’impossibilité dans laquelle il était de mâcher et d’avaler. Quarante minutes après la morsure, la lèvre inférieure fut agitée de mouvements convulsifs qui durèrent jusqu’à la nuit"; les yeux étaient chassieux , et le nez continuait à fournir une grande quantité d’humeur. Pendant la deuxième heure, le cheval parut affecté; la tuméfaction augmentait, principalement à la gorge et à la lèvre inférieure : il refusa les aliments ; mais la respiration n’était pas aussi pénible qu’elle aurait semblé devoir l’être par la suppression de l’écoulement qui avait eu lieu par les narines. L’enflure augmenta pendant la nuit. Le lendemain matin , l’animal était dans le même état, sans pouvoir boire ni manger. On appliqua des émollients qui diminuèrent la tuméfaction ; il put manger le soir. Le troisième jour, le mieux se soutenait , et il était parfaitement rétabli deux jours après.

Expérience vic. — On fit une incision à la partie interne de la cuisse d’un chien qui avait été impunément mordu, deux heures auparavant, par le katuka rekula poda. On introduisit dans la blessure de la charpie imbibée du venin du même reptile. L’animal n’éprouva aucun phénomène remarquable; la plaie était parfaitement guérie quelques jours après : le venin du serpent conservait cependant sa force, puisqu’il détermina, dans l’espace d’une minute un quart, la mort d’un poulet qui avait été

C60 DES POISONS SEPTIQUES.

mordu immédiatement après que l’incision fut faite sur la cuisse du chien.

Expérience viic. — On introduisit dans les muscles des deux cuisses d’un chien robuste un crochet cannelé, imitant la dent du serpent, et contenant une goutte et demie du venin de deux individus de l’espèce katuka rekula pocla. Le chien parut perdre l’usage de ses membres; il fut abattu, se plaignit et se coucha: les environs des blessures se tuméfièrent ; mais le lendemain il était rétabli.

Expérience vme. — On appliqua près de l’aine d’un chien faible de la charpie imbibée du venin d’un de ces reptiles. L’opération fut faite comme lorsqu’on pratique celle du seton. Peu de temps après , les membres furent légèrement affectés; mais l’animal était parfaitement rétabli au bout de quelques heures.

On répéta l’expérience en délayant le venin dans un peu de rhum : les effets furent les mêmes.

Expérience ixc. — Le poison de ce reptile fut mis en contact avec les cuisses, le cou et la poitrine de plusieurs poulets, tantôt en faisant une incision, tantôt en les piquant, tantôt en appliquant la charpie imbibée de venin. On en mit aussi en contact avec la poitrine et les cuisses de plusieurs pigeons : aucun de ces animaux n’éprouva de symptômes fâcheux ; mais les poulets périrent quelquefois lorsqu’on piqua à deux ou trois reprises, avec un crochet cannelé contenant du venin frais, les différentes parties charnues des muscles pectoraux. On s’assura , par des expériences réitérées, que la diversité des effets de ce venin ne dépendait point de l’épaississement qu’il éprouvait au contact de l’air. L’auteur de ces expériences avait cru , pendant quelque temps, qu’il ne s’était développé aucun symptôme chez quelques uns de ces animaux, parce qu’ils avaient perdu du sang, et que le poison pouvait avoir été expulsé; mais d’autres données le firent renoncer à cette opinion; en sorte qu’il ne cherche pas à expliquer la cause de la différence des résultats qu’il a obtenus.

Expérience x°. — On piqua à plusieurs reprises , avec une lancette imprégnée du même venin , les muscles biceps de plusieurs poulets. Ils périrent au bout de trois ou quatre minutes.

Il résulte de ces expériences, 1° que le venin du katuka rekula poda, qui est excessivement dangereux pour les chiens lorsqu’il est appliqué par morsure , ne l’est presque pas dans le cas où ou l’introduit par une incision; 2" que les poulets et les pigeons, qui meurent constamment après la morsure d’un de ces serpents, survivent quelquefois à l’insertion de leur venin dans une incision , et n’en ressentent même que de très légers effets -, mais qu’ils peuvent aussi périr à la suite de cette application artificielle , sans qu’on puisse , jusqu’à présent, assigner la cause de cette différence.

DU COLUBEU GRAMINÆUS.

S)U COEUBER GRAMIMÆÜS de Shaw (Rodroo pam des Indiens).

Expérience ire. — Le là octobre 1788 , on fit mordre par ce reptile la cuisse d’un poulet : sur-le-champ elle fut tirée en haut, et l’animal eut une selle. Deux minutes après il se coucha: on le mit sur les pattes, et il ne put pas se soutenir. Cinq minutes après la morsure, il fut agité de mouvements qui devinrent très forts, principalement dans la tète et dans le cou, et auxquels succédèrent , au bout de deux minutes , tous les symptômes de la stupeur. La mort eut lieu huit minutes après le commencement de l’opération. On disséqua la peau qui recouvrait la partie mordue, et on remarqua une ligne noire d’environ 3 centimètres de long qui s’étendait vers l’aine, et qui , ayant été incisée , fournit du sang noirâtre.

Expérience iic. — Le même jour, un cochon fut mordu à la patte antérieure par ce reptile : les poils n’avaient point été enlevés. Sept minutes après , l’animal était sensiblement abattu , et il tomba dans la stupeur un quart d’heure après la morsure. Cet état dura jusqu’à la fin de la deuxième heure; l’animal ne pouvait point se relever, et il poussait des cris plaintifs lorsqu’on le mettait debout. Les symptômes parurent augmenter pendant la troisième heure; il se plaignait de temps à autre, et ne tardait pas à retomber dans la stupeur. Ces accidents commencèrent à diminuer deux heures après, et l’animal chercha à marcher. Il était parfaitement rétabli sept heures après la morsure.

Expérience iiic. — Un autre poulet fut mordu par le même reptiL une demi-heure après la morsure du cochon. Il eut de légères convulsions, et mourut au bout de trente-trois minutes.

Expérience ivc. — Le 20 octobre, on fit mordre un chien à la cuisse par le même reptile. Seize minutes après, il eut un tremblement de tête et des extrémités antérieures. On le mit debout , et il fil quelques pas sans chanceler. Cinq minutes après, le tremblement augmenta, et la cuisse était contractée. Cinquante-cinq minutes après la morsure, le tremblement était général, et l’animal étendait le cou; sa bouche était tournée en haut, et exécutait des mouvements de bâillement comme s’il eût fait des efforts pour respirer; mais il ne poussait aucun cri plaintif. Pendant la deuxième heure , il fut couché sur le côté , dans un état de torpeur ; mais il tordait ses membres par intervalles , et il avait de temps à autre des soubresauts des tendons. Ces symptômes diminuèrent après la troisième heure , et il ne tarda pas à être rétabli. Deux jours après, on le fit mordre de nouveau aux deux cuisses par le même reptile, qui avait mordu, dans l’intervalle, trois poulets. L’animal éprouva les mêmes symptômes, et fut rétabli au bout de trois heures. On imagina que le venin avait dû perdre de sa force après tant de morsures. Pour s’en assurer, on fit mordre un poulet, qui ne périt pas, quoiqu’il eût été pendant deux heures sous l’influence du poison.

Ces faits tendraient à prouver que ie venin de ce reptile n’est pas

(362 DES POISONS SEPTIQUES.

aussi délétère que ceux du cobra de capello cl du katuka rchtla

poda.

Il existe encore un très grand nombre d’espèces du même genre vipera, qui sont vénéneuses : je vais en faire l’énumération.

La vipera chersea de Linnée (æsping de Suède). Elle habite les contrées septentrionales de l’Europe. Linnée rapporte qu’une femme fut mordue par ce reptile, et périt en très peu de temps. ( Amœnit . acad. , vol. VI , pag. 214.) La vipère de Rédi ; la vipère noire ( coluber prœster de Linnée); la vipère Cléopâtre (haje) , ammodyte, scythe , céraste; la vipère occellée de Latreille et Daudin; la vipère lébétine , fer-de-lance , à tête triangulaire , hébraïque, atropos, dipsas , severa, stolata, coralline, atroce (que les Portugais appellent cobra de capello)', la vipère blanche (nivea) , brasilienne , lobéris tigrée , lactée et hæmachate.

DU GÉDI FARAGOODOO des Indiens (Boa de Russel).

Expérience irc. — Dans le mois d’août 1788 , un gros chien robuste fut mordu à la cuisse, près de l’aine, par un de ces serpents, qui y fut tenu pendant plus de vingt secondes : mais la peau seule paraissait avoir été entamée ; il n’y avait à l’endroit de la blessure qu’un peu de sang et un peu de venin. Le chien poussa des cris au moment de la blessure, mais il marcha librement un instant après. Au bout de dix minutes, il urina; le membre blessé était un peu tiré en haut; cependant l’animal pouvait se tenir sur ses paltes. Cinq minutes après, il se coucha et aboya ; le mouvement de la cuisse était sensiblement affaibli, quoique l’animal pût encore se tenir debout. Vingt-cinq minutes après la piqûre, les extrémités postérieures étaient paralysées. Dans le courant de la deuxième heure, la maladie fit des progrès; l’animal vomit plus d’une fois, devint plus engourdi , se coucha sur le côté et haleta. 11 mourut à la (in de la deuxième heure , et il n’eut presque pas de convulsions. La partie mordue fut examinée quatre heures après: elle était à peine tuméfiée et décolorée, ce qui ne s’observe guère dans la morsure des autres reptiles venimeux.

Expérience ii". — Un poulet fut mordu à l’aile par ce serpent. Peu de temps après, il tomba dans la stupeur; cependant il pouvait marcher et rester debout. Au bout de dix minutes, il lui était impossible de se soutenir. Cinq minutes s’étaient à peine écoulées, qu’il se coucha et paraissait endormi. Pendant quelques minutes, il fit , à plusieurs reprises, de vains efforts pour se relever en portant la tête tantôt d’un côté, tantôt d’un autre. Peu de temps après, il eut de légères convulsions, et expira demi-heure après avoir été piqué. La partie blessée n’était pas décolorée; mais la crête et les côtés de la bouche étaient d’un rouge foncé ; le bec et quelques uns des doigts olfraient une couleur livide.

Expérience me. — Une petite chienne fut mordue à l’aine par ce rep-

DU BUNGARUM PAMAIv.

tile. Au bout d’un quart d’heure, on n’avait observé qu’une légère faiblesse dans les membres. Cinquante minutes après, l’animal se coucha sur le côté et paraissait plus mal; ses extrémités postérieures, principalement celle qui avait été mordue , étaient paralysées. Une heure après la piqûre, il vomit, eut des convulsions pendant dix minutes, et expira.

DU BUWGARUM PAMAR des Indiens et SACKEEOT du Bengale (Boa de Russe] ).

Expérience. — On ht mordre un poulet par ce reptile. L’animal ne tarda pas à se coucher, eut deux selles , et ne pouvait plus se tenir debout; il fit des efforts infructueux pour se relever pendant les dix premières minutes, et éprouva un tremblement de tête. Cinq minutes après, il semblait être sur le point d’expirer; les convulsions ne tardèrent pas à se déclarer, et il mourut vingt-six minutes après la morsure. Il est probable que cet animal serait mort plus tôt si le serpent qui le mordit eût été en pleine vigueur.

Observation 1". — Un homme de cinquante ans fut mordu par un de ces animaux au petit orteil du pied droit. 1) ne ressentit d’abord qu’une douleur analogue à celle qu’aurait déterminée une grosse fourmi , et il fut se coucher. Dix-huit heures après, on le trouva presque roide, et il dit que la mort lui paraissait inévitable ; il ne souffrait guère , mais il était stupéfié ; il perdit la faculté de voir, et il expira deux heures après.

Observation 2e. — Le même serpent mordit à peu près en même temps la partie interne du poignet gauche d’un soldat. Celui-ci éprouva peu de douleur, mais tomba dans l’assoupissement et fut s’endormir. On le réveilla dix-huit heures après; il avait un obscurcissement de la vue, et on lui conseilla de marcher. En examinant le poignet trois heures après , on aperçut deux petites piqûres à la distance de 3 millimètres l’une de l’autre. Deux heures après, il n’y voyait plus, ne pouvait pas se tenir debout, et se plaignait principalement de ce qu’on l’empêchait de dormir. Il fut se coucher, et périt une heure et demie après, sans avoir eu de convulsions. Les cadavres de ces deux individus commencèrent à se putréfier quatre heures après la mort. Les Indiens appellent min naig paum le serpent qui a produit ces accidents.

Observation 3e. — Un jeune domestique , intimidé par une circonstance antécédente , fut mordu par un serpent. Il se plaignit vivement , et fut dans l’impossibilité de rendre raison , quelques instants après , de ce qui lui était arrivé : il expira au bout de dix minutes.

Voici les conclusions tirées par l’illustre voyageur Russel des faits qui précèdent :

1° Les divers reptiles mentionnés sont tous venimeux , mais à des degrés différents; 2° les symptômes qu’ils développent chez les différents animaux sont à peu près semblables, paraissent à peu près dans

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le même ordre , mais avec plus ou moins de rapidité : en général , leur invasion a lieu depuis la troisième jusqu’à la dixième minute; rarement elle larde plus d’une demi-heure; 3° lorsque le reptile est pris depuis peu , sa morsure est plus délétère que dans le cas où on l’a gardé long-temps; cependant il ne perd pas entièrement ses qualités vénéneuses, lors même qu’on l’a tenu enfermé sans lui donner de nourriture. Dans ce cas, s’il n’a plus la force de tuer les quadrupèdes un peu robustes, il conserve la faculté de faire périr les poulets, les pigeons, etc. , à la vérité, avec moins d’énergie que s’il était récemment pris ; 4° lorsqu’on fait faire plusieurs morsures au même reptile dans la même journée, la première est la plus délétère, toutes choses égales d’ailleurs ; 5° le poison de ces reptiles ne tue pas toujours les animaux; il y en a même qui se rétablissent après avoir été en proie à des symptômes funestes; en général, le danger qu’ils courent est en raison de l’intensité et de la prompte manifestation de ces symptômes; 6° le moment où la mort arrive varie considérablement ; les chiens ne périssent jamais aussi promptement que les oiseaux : cette différemce ne paraît pas dépendre de la grosseur des animaux ; 7° il est beaucoup moins sûr de développer les symptômes d’empoisonnement en appliquant le venin sur une partie incisée, qu’en la faisant mordre par le serpent ; mais dans le cas où ils se manifestent, ils sont identiques, et aussi funestes pour les petits animaux.

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