‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 154 sur 172 · DES SERPENTS A SONNETTES · texte numérisé non relu

DES SERPENTS A SONNETTES

On sait combien l’histoire des serpents 'a sonnettes abonde en récits fabuleux que je né crois pas devoir rappeler au lecteur : mon objet n’est point de reproduire ici tout ce qui a été écrit de merveilleux sur l’instinct, les mœurs, et les autres particularités concernant ces reptiles; ces détails sont du ressort de l’histoire naturelle et de la physiologie : je me bornerai donc à prouver que la morsure de ces serpents est extrêmement dangereuse , et à faire connaître les principaux accidents qu’elle détermine.

Observation. — Thomas Soper, âgé de vingt-six ans, d’une faible constitution, fut mordu le 17 octobre, à deux heures et demie, deux fois de suite à la première phalange du pouce , et deux fois sur le côté de la seconde jointure de l’index, par un serpent à sonnettes de 1 mètre 66 centimètres de long. On lui administra , peu de temps après, une dose de jalap, et on fit appliquer quelques drogues sur les blessures; la main se tuméfia , et le malade , effrayé , entra à l’hôpital Saint-Georges à trois heures. Le poignet de sa chemise avait été défait , et l’enflure s’étendait jusqu’à la moitié de l'avant-bras ; la peau du dos de la main était très tendue et très douloureuse. A quatre heures, la tuméfaction avait gagné jusqu’au coude, et à quatre heures et demie, la moitié du bras était déjà enflée; la douleur s’étendait jusqu’à l’aisselle. M. Brodie , qui visita d’abord le malade , trouva que la peau était froide ; le pouls battait cent fois par minute; les réponses étaient incohérentes, et il avait des envies de vomir. On lui administra AO gouttes d’ammoniaque liquide pure , et 30 gouttes d’éther sulfurique dans 32 grammes d’une mixture camphrée ; le malade vomit aussitôt cette potion. On appliqua sur les blessures de l’ammoniaque pure , et sur le bras et l’avant-bras des compresses imbibées avec de l’alcool camphré. A cinq heures , il prit 8 grammes d’esprit d’ammoniaque composé, 30 gouttes d’éther et A5 grammes de mixture camphrée : cette potion ne fut point vomie. A six heures , le pouls était plus fort ; il était très faible à sept heures et demie ( 30 gouttes d'éther et la même quantité d’ammoniaque dans de l’eau). Cette dose fut renouvelée à huit heures et demie. A neuf heures, il sentait qu’il était très abattu ; la peau était froide ; le pouls , faible , ne battait que quatre-vingt-dix fois par minute. On donna de nouveau jusqu’à 50 gouttes des mêmes médicaments, et on les renouvela. A dix heures un quart , la douleur du bras était très aiguë, le pouls plus fort; mais le malade tombait en défaillance tous les quarts d’heure. Dans cet état , le pouls devenait imperceptible ; mais dans les intervalles son esprit n’était pas extrêmement abattu. Il eut deux selles dans la soirée. Everard Home le vit pour la première fois à onze heures et demie. La main, le poignet, l’avant-bras, le bras, l'épaule et l’aisselle étaient excessivement tuméfiés ; le bras était presque froid , et il était imposssible d’apercevoir les pulsations dans aucune de ces parties , sans excepter même celles de l’artère axillaire: les blessures du pouce étaient peu apparentes ; celles de l’index étaient très visibles ; la peau était froide. On chercha à

DES POISONS SEPTIQUES.

le tranquilliser sur son état, et il dit qu’il espérait se rétablir. Le 18, à une heure du malin, il parla d’une manière confuse; son pouls battait cent fois par minute ; les défaillances étaient fréquentes. On administrait le même médicament toutes les heures. A huit heures du matin, son pouls était très faible et battait cent trente-deux fois par minute; l'enflure n’avait point gagné le cou , mais il y avait une plénitude le long du côté ; le sang était extravasé sous la peau jusqu’à la région lombaire, ce qui donnait au côté droit du dos une couleur bigarrée; la totalité du bras et de la main était froide et douloureuse par la pression ; la peau était très tendue ; il y avait des ampoules à la partie inlerne du bras , au-dessous de l’aisselle et près du coude; au-dessus de chaque ampoule, la peau offrait une tache rouge de la grandeur d’un écu de six francs ; elle avait généralement repris sa chaleur; le malade était très faible et abattu ; ses lèvres tremblaient, et les défaillances se reproduisaient à peu près comme dans la soirée précédente. La dernière dose du médicament avait été vomie ; mais il gardait du vin chaud qu’on lui avait donné à midi. Il eut des mouvements convulsifs dans les membres ; la peau de tout le bras paraissait livide , analogue à celle des cadavres qui commencent à se putréfier; il y avait de la fluctuation au-dessous de la partie externe du poignet et de l’avant-bras, ce qui détermina à faire une piqûre avec la lancette; il s’écoula une petite quantité d’un fluide séreux. On continua les mêmes médicaments jusqu’à onze heures du soir; mais voyant qu’ils étaient souvent vomis, on lui ordonna 10 centigrammes d’opium toutes les quatre heures. Le pouls était à peine perceptible au poignet; les défaillances n’étaient pas moins fréquentes; les ampoules et les taches avaient augmenté de volume.

19 octobre. — A neuf heures du matin , son pouls était à peine sensible, les extrémités froides, les ampoules plus grandes, et le volume du bras était diminué. Il était assoupi , ce qui dépendait probablement de l’opium. Il n’avait pris pendant la nuit que de l’eau-de-vie. A trois heures de l’après-midi , il était plus abattu ; il parlait tout bas ; les ampoules étaient encore plus grandes, les défaillances moins fréquentes; le volume du bras était diminué , et il avait recouvré le sentiment dans les doigts. A onze heures du soir, son pouls battait cent trente fois par minute et était petit. On suspendit l’opium , et on fit évacuer le malade au moyen d’un lavement. On ordonna en outre pour boisson une mixture camphrée, de l’eau-de-vie et du vin.

20 octobre. — Il avait été assoupi par intervalles pendant la nuit ; ses facultés intellectuelles étaient dans un meilleur état, et ses extrémités plus chaudes. A neuf heures, il déjeuna avec du café; quelque temps après, il mangea du poisson qu’il vomit. Alors il ne prit par intervalles que de l’eau-de-vie et du café à la dose de 16 grammes à la fois, parce qu’il les rejetait lorsqu’on lui en faisait prendre davantage.

21 o'tobre. — Il dormit de temps à autre pendant la nuit, mais il eut du délire ; son pouls battait cent vingt fois par minute ; son estomac ne

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