‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 156 sur 172 · DU SCORPION D’EUROPE · texte numérisé non relu

DU SCORPION D’EUROPE

Caractères du genre scorpion. Genre d’arachnides, ordre des pulmonaires , famille des pëdipalpes de Latreille. ( Voyez pî. 21 , fig. 3 , de ma Médecine légale. ) Abdomen intimement uni au tronc par toute sa largeur, offrant à sa base inférieure deux lames mobiles en forme de peignes; dessus du tronc recouvert de trois plaques dont la première très grande, en forme de corselet , porte six à huit yeux ; deux de ces yeux sont situés au milieu du dos, rapprochés et plus grands ; les autres sont plaeés près des bords latéraux et antérieurs ; trois ou deux de chaque côté ; mandibules en pince. Corps allongé et terminé brusquement par une queue longue, composée de six nœuds, dont le dernier, plus ou moins ovoïde, finit en une pointe arquée et très aiguë, sorte de dard sous l'extrémité duquel sont deux petits trous servant d’issue à une liqueur vénéneuse

DES POISONS SEPTIQUES.

contenue dans un réservoir intérieur. Les pieds palpes sont très grands, en forme de serres, avec une pince au bout, imitant, par sa figure, une main didactyle ou à deux doigts, dont un mobile. Tous les tarses sont semblables, de trois articles, avec deux crochets au bout du dernier.

Scorpion d' Europe ( scorpio evropœus). — Il a environ 3 centimètres de longueur; son corps est d’un brun très foncé, noirâtre; ses bras sont anguleux , avec la main presque en cœur, et l’article qui la précède est unidenté ; la queue est plus courte que le corps, menue: le cinquième nœud est allongé; le dernier est simple, d’un brun jaunâtre ainsi que les pattes; les peignes ont chacun neuf dents. On le trouve en Languedoc, en Provence, et en général dans l’Europe méridionale , sous les pierres et dans l’intérieur des habitations.

La piqûre du scorpion produit sur l’homme des accidents qui varient en raison de la grosseur de l’animal et du climat auquel il appartient : en général , elle est beaucoup plus dangereuse dans les pays méridionaux que dans les autres.

Observation lrc. — Bontius dit que le grand scorpion des Indes jette dans la démence ceux qui en sont piqués.

Observation 2e. — Mallet de la Brossière a vu à Tunis deux personnes qui , ayant été piquées par un gros scorpion , éprouvèrent des symptômes graves qui ne cédèrent qu’à l’emploi de l’alcali volatil. (Société royale de Médecine , tom. n , pag. 315. )

Observation 3e. — Un homme adulte, de Montpellier, fut piqué par un scorpion au bas de la cuisse gauche. Il fut d’abord moins sensible à celte piqûre qu’à celle d’une abeille. Le lendemain , il épiouva une grande tension avec sensibilité jusqu’au milieu de la cuisse, accompagnée d une rougeur érysipélateuse. Le lieu de la piqûre était d’un rouge plus foncé , tirant sur le noir, de 1 à 2 centimètres de diamètre , et sans forme régulière. Il n’y eut point effusion de sang; les symptômes persistèrent pendant six à sept jours et se dissipèrent d’eux-mèmes , sans qu’on eût recours à d’autre application qu’à celle de la salive. La tache brune persista environ quinze jours. (Notice des Insectes de la France réputés venimeux , par Amoreux, 1789 , pag. 199. )

Observation û'. — Le célèbre Mauperluis , qui a fait un très grand nombre d’expériences sur cet objet, a prouvé que la piqûre des scorpions du Languedoc peut être mortelle , mais que cela arrive très rarement. Parmi un très grand nombre de chiens et de poulets piqués par ces insectes, il ne mourut qu’un seul chien qui avait reçu «ous le ventre trois ou quatre coups de l’aiguillon d’un scorpion irrité. Il devint très enflé une heure après avoir été piqué; il chancela, rendit tout ce qu’il avait dans les premières \oies, tomba en convulsion, mordit la terre, se traîna sur ses pattes, et expira au bout de cinq heures. (Académie des Sciences , année 1731. )

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