‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 158 sur 172 · SES ARAIGNÉES · texte numérisé non relu

SES ARAIGNÉES

Si l’on devait ajouter foi aux écrits de Turner, Lister , Scaliger , Flacourt , Brogiani et autres , les araignées seraient placées parmi les animaux les plus venimeux ; d’un autre côté , Hoffmann , Bon , Robert , Bogie , etc. , prétendent qu’elles n’ont rien de nuisible et qu’on peut les avaler impunément. Amoreux assure que la piqûre des grosses araignées de France est peu apparente , qu’il se forme autour de la partie piquée une enflure de couleur livide , quelquefois avec phlyclènes , qui semble annoncer un venin septique ; il pense que les autres symptômes graves décrits par les auteurs sont infiniment exagérés.

33E AiA TARENTULE ( Lycosa tarentula de Latreille.

Voy. pl. 21, flg. 1 de ma Médecine légale).

Caractères de la Tarentule. Insecte de l’ordre des pulmonaires, famille des aranéides, tribu des citrigrades, du genre hjcosa (La treille). Longueur du corps environ 3 centimètres; palpes safranées, avec l’extrémité noire; mandibules noires, avec la base supérieure safranée; bord antérieur du tronc et contour des yeux de la seconde ligne de cette couleur; yeux rougeâtres; dessus du tronc noirâtre, avec une bande longitudinale dans le milieu de sa longueur ; une autre tout autour des bords et des lignes en rayon , partant de la bande du milieu, d’un gris cendré; une ligne noirâtre longitudinale

682 DES POISONS SEPTIQUES,

de chaque côté , sur la bande de la circonférence ; dessus de l’abdomen noirâtre, ponctué de gris cendré; une suite de taches presque noires , plus foncées au bord postérieur dans le milieu de sa longueur; les deux supérieures, la première surtout, allongées en fer de flèche, bordées tout autour de gris roussâtre; les suivantes transverses, en forme de cœur élargi, bordées postérieurement de gris cendré, ou séparées par des lignes chevronnées de cette couleur; ventre safrané, avec une bande très nojre , transverse au milieu ; poitrine et origine des pattes très noire; pattes d’un gris cendré en dessus, grises en dessous, avec deux taches aux cuisses et aux jambes, et les tarses noirs; dessous des cuisses et les jambes antérieures ayant une teinte roussâtre. On la trouve dans l’Italie méridionale , particulièrement en Calabre et aux environs de Naples.

Cet insecte a été l’objet d’une multitude de récits fabuleux, enfantés par l’ignorance et la superstition ; cependant des auteurs estimables , parmi lesquels nous citerons Baglivi , ont écrit longuement sur les effets qu’il produit. On trouve, dans quelques uns d’eux, que la morsure de la tarentule peut donner une fièvre lente dont on ne guérit qu’en dansant au-delà de ses forces, au son d’un tambour ou d’un autre instrument sonore : aussi a-t-on vu des malheureux, tout chamarrés de fleurs et de rubans comme des victimes , parcourir les places dans la plus forte chaleur du jour, danser nu-tête , la tête tournée du côté du soleil, jusqu’à ce que la perte totale de leurs forces les plongeât dans un assoupissement profond : alors leurs parents les portaient sur un grabat , et la musique continuait encore long-temps après qu’ils avaient cessé de l’entendre. D’autres auteurs prétendent avoir vu tous les symptômes de la lièvre ataxique se développer après la morsure de cet insecte.

Serrao , premier médecin du roi de Naples, a détrompé le public, trop long-temps abusé par les prestiges du merveilleux. Un homme se laissa mordre par la tarentule, en présence du comte polonais de Borch : il n’en résulta qu’un peu de tuméfaction dans la main et dans les doigts , et une démangeaison assez forte (AMOREUx). Pttlli assure que le tarentisme est fréquemment une maladie simulée : tel est le fait de cette femme fanatisée par un ecclésiastique superstitieux, et qu’on ne parvint à guérir qu’à force de menaces et de mauvais traitements. (Alibert, Eléments de Thérapeutique , t. U, p. 506 , 3e édit.)

Ëpiphane Ferdinand avouait en 1621 que, depuis vingt ans qu’il exerçait la médecine à Naples , il n’avait vu mourir personne de la piqûre de la tarentule; mais il soutenait que le tarentisme n’était pas une maladie feinte.

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