DU PROTÜCHLORU UE D’ÉTAIN
d’un chien de moyenne taille une ouverture dans laquelle on a placé un entonnoir au moyen duquel on pouvait faire parvenir les liquides jusqu’à l’estomac; on a versé dans cet instrument 3 grammes de protochlorure d’étain dissous dans 64 grammes d’eau distillée, et D ois minutes après on y a introduit environ 400 grammes de lait ; on a lié l’œsophage afin d’empêcher le vomissement. L’animal n’a manifesté aucune envie de vomir ; il ne paraissait pas souffrir. Le lendemain il était agité et tourmenté par une soif ardente, mais il marchait bien. Il a vécu quatre jours dans cet état , et sa mort n’a été précédée ni de mouvements convulsifs ni de paralysie. A l’ouverture , on n’a trouvé aucune altération dans la membrane muqueuse du canal digestif.
Cette expérience prouve que le lait a empêché l’action du chlorure d’étain; car 3 grammes de ce sel, en dissolution concentrée, introduits dans l’estomac d’un chien dont l’œsophage est lié , détruisent la vie en quelques heures en développant une inflammation considérable des membranes des premières voies.
J’ai voulu déterminer si le lait agissait comme délayant, ou bien s’il exerçait une action chimique analogue à celle qui a lieu dans nos laboratoires.
Expérience iii°. — A neuf heures trente-cinq minutes, on a pris deux chiens à peu près de même taille et du même poids; on leur a détaché l’œsophage et on a injecté dans l’estomac de chacun d’eux 3 grammes de protochlorure d’élain dissous dans 12 grammes d’eau distillée ; immédiatement après on a donné à l’un 400 grammes de ce même liquide, et à l’autre 400 grammes de lait : on leur a lié l’œsophage. Le premier est mort le lendemain à cinq heures du matin ; celui qui avait pris du lait a vécu cinq jours sans avoir éprouvé d’autres symptômes qu’un mouvement fébrile et un état de langueur. La membrane muqueuse de l’estomac du chien qui n’avait pris que de l’eau était d’une couleur rouge de sang, principalement dans sa portion pylorique ; celle qui tapisse le duodénum offrait également des plaques très rouges, il n’y avait aucune altération dans le canal digestif de l’animal auquel on avait fait prendre du lait.
Il résulte de cette expérience que le lait n’agit point par l’eau qu’il contient , ipais parce qu’il forme avec le chlorure d’étain un composé insoluble à peine vénéneux.
Guidé par ces faits , le médecin appelé pour secourir des individus empoisonnés par ce sel aura recours sur-le-champ au lait étendu d’eau pris en très grande quantité; à défaut de cette substance, il gorgera les malades d’eau tiède ou de décoctions douces et mucilagineuses : par ce moyen , le poison se trouvera délayé ou combiné , et il ne tardera pas à être expulsé à raison de la plénitude du viscère qui le
DES POISONS IRRITANTS
contient. Dans le cas où , par l’action rapide et énergique de cette substance vénéneuse, il se manifesterait des symptômes d’inflammation d’un ou de plusieurs des organes renfermés dans la cavité abdominale, il faudrait employer les saignées générales et locales, les bains tièdes, les fomentations et les lavements émollients et narcotiques. Si le malade était en proie à des symptômes nerveux alarmants, il ne faudrait pas négliger d’administrer les opiacés et les antispasmodiques les moins irritants.
Recherches médico-légales.
Protochlorure d’ctain pur. — Il est en petites aiguilles réunies par faisceaux , blanches , d’une saveur fortement styptique , attirant l’humidité de l’air et rougissant l’infusion de tournesol. Il se comporte avec les charbons ardents, l’air, l’acide sulfureux , le sublimé corrosif ( bichlorure de mercure ), le chlorure d’or, l’azotate d’argent et l’ammoniaque , comme le sel d’étain du commerce , dont je vais parler. L’acide suif hydrique précipite sa dissolution en chocolat (protosulfure d’étain) et le cyanure jaune de potassium et de fer, en blanc légèrement jaunâtre.
Sel d’étain du commerce, composé de protochlorure d’étain et de sous-oxychlorure , mêlé à un sel ferrugineux. — Il offre les mêmes propriétés physiques que le précédent, si ce n’est qu’il est légèrement jaunâtre. Mis sur les charbons ardents, il se volatilise en partie, en répandant une fumée épaisse d’une odeur piquante. L’eau distillée ne le dissout pas en entier, quelle que soit sa température , ce qui dépend de l’insolubilité du sous-oxychlorure qu’il contient. Le protochlorure dissous est transparent et incolore; il rougit Yinfasum de tournesol , et peut être décomposé par un très grand nombre de réactifs, principalement par ceux qui peuvent lui céder une quantité quelconque d’oxygène. Chauffé à l’air, il s’empare de l’oxygène, se trouble sur-le-champ , et se transforme en sous-oxychlorure. Mêlé à l’acide sulfureux, il le décompose et en précipite du soufre : le précipité est laiteux et d’un blanc légèrement jaunâtre. U donne avec le bichlorure de mercure un précipité blanc de protochlorure de mercure qui ne tarde pas à passer au gris, et dans lequel on peut apercevoir du mercure métallique. Le chlorure d’or le précipite le plus ordinairement en pourpre. Les sulfures en séparent une poudre noirâtre formée de sulfure d’étain mêlé à une petite quantité de sulfure de fer. Le cyanure jaune de potassium et de fer donne un précipité blanc qui ne tarde pas à devenir bleu par le contact de l’air. L’azotate d’argent en précipite du chlorure d’argent blanc insoluble dans l’eau et dans l’acide
DU PROTOCHLORURE D’ÉTAIN, azotique même bouillant. L’ammoniaque en sépare de l’oxyde d’étain blanc-jaunâtre, dont on retire facilement l’étain par le charbon à une température rouge. M. Devergie s’est trompé en annonçant que l’on obtenait de l’étain en globules lorsqu’on calcinait dans un petit tube le protochlorure d’étain avec de la potasse.
Bichlorure d'étain. — 11 est solide, cristallisé en aiguilles blanches, d’une saveur styptique et déliquescent. Chauffé dans un creuset avec de la potasse et du charbon , il donne de l’étain. Il se dissout dans l’eau; la dissolution est incolore , transparente, et rougit le tournesol; l’air, l’acide sulfureux et le chlorure d’or n’agissent point sur elle. L’acide sulfhydrique concentré la précipite en jaune ; le précipité est légèrement soluble dans l’ammoniaque; la dissolution ammoniacale perd sa couleur jaune , mais reste opaline , ce qui n’a pas lieu avec le sulfure d’arsenic. L’azotate d’argent y fait naître un précipité blanc. Le zinc en sépare l’étain à l’état métallique.
Sel d'étain du commerce mêlé avec des liquides végétaux et animaux, à la matière des vomissements , à celle qui se trouve dans le canal digestif , etc. — L’eau sucrée ne le trouble point; l’infusion de thé est précipitée en jaune clair, et le vin de Bourgogne en violet. L’albumine le précipite en blanc et redissout le dépôt si elle est en excès. La gélatine le décompose sur-le-champ et y fait naître un précipité blanc floconneux assez abondant ; le lait est coagulé en grumeaux épais , même par une petite quantité de ce sel ; ces grumeaux composés de matière animale et de protochlorure d’étain sont jaunes , fragiles et assez durs pour qu’on puisse les réduire en poudre quand ils ont été desséchés. La bile de l’homme fournit avec le sel d’étain des grumeaux floconneux et comme fdamenteux d’un jaune clair.
Quelle que soit l’intensité avec laquelle la plupart des liquides végétaux et animaux décomposent les sels d’étain ou se combinent avec eux , il n’en est pas moins vrai que dans beaucoup de circonstances l’expert pourra trouver dans les liquides suspects filtrés une certaine quantité de sel d’étain non décomposé. (Voy. expér. 6e, p. 3.) Il importe peu de s’occuper dans ces cas de l’existence dans la liqueur d’un chlorure ; car en agissant sur des matières semblables , on trouvera toujours des chlorures en dissolution , qu’il y ait eu ou non empoisonnement par un chlorure d’étain ; ce qu’il faut démontrer, c’est la présence d’un sel d’étain. Pour cela, on fera évaporer les matières jusqu’à siccité, on les carbonisera, puis on traitera le charbon comme il a été dit à l’expérience 6e, p. 3. Dansla dernière partie de l’opération, quand on aura obtenu du bichlorure d’étain presque incolore , on le reconnaîtra à l’aide des réactifs qui viennent d’être indiqués, et notamment par le zinc , qui en séparera l’étain à l’état métallique.
DES POISONS IRRITANTS
Si les recherches faites sur les liquides provenant des matières des vomissements ou de celles qui sont contenues dans le canal digestif sont infructueuses , on cherchera le sel d’étain dans les matières solides, dans les tissus du canal digestif, dans le foie et la rate , et même dans l’urine, en procédant comme il a été dit à l’expérience 6e. (Vov. page 3.)
Sel d’étain dans un cas d’exhumation jur idique. — Expérience. — Le 10 juillet 1826, on mit dans un bocal à large ouverture, contenant environ le tiers d’un canal intestinal, 8 grammes de protoclilorure d’étain dissous dans un litre et demi d’eau. Le 2 août suivant, le mélange répandait une odeur très fétide. Le liquide filtré et mis en contact avec l’acide sulfhydrique et les sulfures ne.se colorait même pas, tandis qu’en desséchant séparément les intestins et une matière grisâtre floconneuse qui s’était précipitée , on retirait par la calcination de ces matières de l’étain métallique; d’où il suit qu’il suffit de fort peu de temps pour que les matières animales rendent le sel d’étain complètement insoluble.