DU NARCISSE DES PRÉS
qu’elles ne dépassent pas. Le style est simple, terminé par un stigmate trilobé ; la capsule est ovoïde, comme à six côtes ; elle est à trois loges et s’ouvre en trois valves. Le narcisse faux narcisse, ou des bois, croît dans les bois ombragés. Il n’est pas rare aux environs de Paris , où il fleurit pendant les mois de mars et d’avril. (Rich. , Bot. méd. )
Cent parties de bulbe de narcisse des prés contiennent , d’après Jourdain, trente-sept parties de navciline, matière blanche à peine odorante et sapide , dont on n’a pas encore déterminé les effets physiologiques. ( Journal de Chimie médicale, année 18ù0.)
Action du narcisse des prés sur l’économie animale.
Expérience ire. — A neuf heures et demie , on a introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille 16 grammes d’extrait aqueux de narcisse des prés , et on a lié l’œsophage. Au bout d’une heure , l’animal a fait des efforts pour vomir. A midi , il a eu une selle dans laquelle il y avait une assez grande quantité de matières solides. Quarante minutes après, il a fait de nouveau des efforts de vomissement. A huit heures du soir, il était lin peu agité; il poussait des cris plaintifs et il éprouvait quelques légers vertiges ; sa respiration n’était point gênée. 11 est mort dans la nuit. Le lobe gauche des poumons offrait, vers son hord inférieur, une tache violette contenant du sang veineux, et large comme un écu de six livres ; les autres portions de ce viscère étaient saines (1). L’estomac contenait une petite quantité d’un fluide muqueux brunâtre que l’on pouvait facilement détacher; la membrane muqueuse présentait plusieurs taches irrégulières et assez étendues, d’une couleur rouge cerise, sans ulcération apparente ; le duodénum était un peu enflammé; la membrane muqueuse qui tapisse les parties les plus inférieures du rectum était un peu rouge. Les ventricules du cerveau ne contenaient point de sérosité ; les vaisseaux veineux qui rampent à la surface externe de cet organe étaient gorgés de sang noir.
Expépjence ue. — A deux heures, on a appliqué U grasimes d’extrait aqueux de narcisse des prés sur une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un petit chien. L’animal est mort dans la nuit sans qu’on ait pu l’observer. La membrane muqueuse de l’estomac était remplie de petites taches d’une couleur rouge cerise; la plaie n’était pas très enflammée ; les autres organes n’offraient pas d’altération marquée.
Expérience me. — A neuf heures du matin , on a appliqué à la partie interne de la cuisse d’un petit chien 6 grammes du même extrait , et on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points de suture. A quatre heures , l’animal n’avait éprouvé aucun symptôme remarquable. Il est
(1) Ces taches doivent être considérées souvent comme des ecchymoses déxeloppées dans les poumons, à la sni'e d’un effort violent qui peut avoir déterminé la rupture de quelques petits vaisseaux.
DES POISONS IRRITANTS
iîk
mort dans la nuit. Les poumons contenaient un peu de sang noir ; la membrane muqueuse de l’estomac et celle du rectum offraient des zones d’un rouge vif ; le membre , peu enflammé , était cependant le siège d’une infiltration sanguine assez marquée.
Expérience iv*. — A onze heures du soir, on a répété la même expérience , avec 2 grammes 60 centigrammes du même poison, sur un chien robuste et de moyenne taille. L’animal a vomi au bout de trois quarts d’heure. Le surlendemain il se portait assez bien et s’est échappé.
Expérience ve. — Désirant connaître quels étaient les symptômes développés par l’extrait de narcisse des prés appliqué à l’extérieur, on a recommencé, à minuit, l’expérience sur un chien fort, et l’on a employé Zi grammes d’extrait. L’animal a vomi six fois pendant la nuit ; il a poussé quelques cris plaintifs. A cinq heures du matin, il était couché sur le côté, dans un état de grande insensibilité; ses membres, flasques, n’étaient le siège d’aucun mouvement convulsif; la respiration était profonde et un peu gênée. Il est mort une heure après. La plaie était peu enflammée. La membrane muqueuse de l’estomac offrait quelques stries rougeâtres; le canal intestinal n’était le siège d’aucune altération. Les poumons étaient grisâtres à l’extérieur, rougeâtres à l’intérieur, et contenaient un fluide séreux assez abondant. Le cœur était rempli de sang coagulé.
Il résulte des expériences précédentes , 1° que l’extrait du narcisse des prés détermine une irritation locale peu intense; 2° qu’il ne tarde pas à être absorbé et à développer des symptômes graves suivis d’une mort prompte ; 3° qu’il est émétique ; k° qu’il paraît agir sur le système nerveux en détruisant la sensibilité , et sur la membrane muqueuse de l’estomac ; 5° que son action est plus énergique lorsqu’on l’applique sur le tissu cellulaire.
Traitement. ( Voy. t. Ier, p. 51.)
DE LA GRATIOEE.
La gratiole ( gratiola offtcinalis) appartient à la famille des antirrhinées, et à la dyandrie monogynie de Linnæus. (Voy. planche 1 de ma Médecine légale.)
Caractères du genre. — Calice à cinq sépales , accompagné à sa base de deux bractées; corolle tubuleuse , bilabiée; lèvre supérieure émarginée ; lèvre inférieure à trois divisions obtuses et égales ; quatre étamines, dont deux seulement sont fertiles , les deux autres avortant presque constamment ; style court , terminé par un stigmate un peu oblique et concave.
Caractères de la gratiole officinale. — Sa racine est une espèce de souche rampante , rameuse , émettant des radicules chevelues de ses
DE LA GRATIOIÆ.
nœuds. Sa tige est herbacée, dressée, un peu rameuse, marquée d’un sillon longitudinal rompu à chaque paire de feuilles, et haute d’environ 33 centimètres. Les feuilles sont opposées, sessiles, ovales, lancéolées, aiguës, glabres, un peu denticulées sur leurs bords. Les fleurs sont solitaires , rougeâtres , grandes , dressées , portées sur un pédoncule aplati , à peu près de la longueur de la fleur, et offrant , à son sommet , deux bractées lancéolées , aiguës , entières , redressées et plus longues que le calice. Les sépales de celui-ci sont lancéolés , aigus , un peu inégaux ; le supérieur est plus grand que les quatre autres. Le tube de la corolle est allongé , un peu plissé longitudinalement; limbe à deux lèvres, la supérieure échancrée , l’inférieure à trois lobes égaux et arrondis; les deux latéraux sont un peu redressés. Les deux étamines antérifères sont attachées à la partie supérieure du tube ; les deux autres , sous forme de filaments capillaires , sont attachées à la base du tube. L’ovaire est ovoïde , terminé en pointe à son sommet ; il offre deux loges polyspermes , et est appliqué sur un disque hypogyne jaunâtre qui forme un bourrelet circulaire autour de sa base. Le style , un peu oblique , glabre , légèrement épaissi à son sommet , est terminé par un stigmate concave. Le fruit est une capsule ovoïde , glabre , à deux loges , et s’ouvrant en deux valves. La gratiole croît dans les lieux humides , sur les bords des étangs aux environs de Paris. Elle est en fleur au mois de juillet. (Richard , Bot. méd. )
Action de la gratiole sur l’économie animale.
Expérience ir'. — A dix heures un quart, on a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste IA grammes d’extrait aqueux de gratiole, et on a lié l’œsophage. A huit heures du soir, l’animal n’avait offert aucun phénomène remarquable. Le lendemain, à dix heures du matin, il poussait des cris plaintifs ; il était couché sur le côté, et il a c-xpiré une heure après : sa respiration n’avait pas été gênée. La membrane muqueuse de l’estomac offrait , dans toute son étendue, une couleur rouge-cerise ; elle était noire partout où elle forme les plis que l’on remarque dans l’intérieur de ce viscère ; il était aisé de se convaincre que cette dernière altération tenait à une certaine quantité de sang noir extravasé dans l’intervalle qui la sépare de la tunique musculeuse sous-jacente : celle-ci était presque dans l’état naturel ; l’intérieur du rectum était évidemment enflammé; tout le reste du canal digestif était un peu rouge. Les poumons ne paraissaient pas affectés. Il n’y avait point de sérosité dans les ventricules du cerveau ; les vaisseaux cérébraux veineux extérieurs étaient gorgés de sang noir; la pie-mère était injectée et rl’un rouge vermeil.
Expérience ii*. — On a répété cette expérience avec 12 grammes de la même substance vénéneuse. L’animal est mort douze heures après ,
DES POISONS IRRITANTS
dans la nuit. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge vif dans presque toute son étendue ; les intestins et les poumons ne paraissaient pas altérés.
Expérience iiic. — A midi , on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille ; on a appliqué sur la plaie 12 grammes d’extrait aqueux de gratiole, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Une demi-heure après, l’animal n’avaitrien éprouvé ; il en était de même à six heures du soir. Le lendemain, à une heure, on l’a trouvé mort. Le cadavre était encore chaud ; la blessure était assez enflammée. Le membre sur lequel on avait opéré offrait, dans toute son étendue, une infiltration séro-sanguinolente. L’estomac n’était que très légèrement rouge , et contenait des aliments. Il n’y avait aucune altération dans le canal intestinal. Les poumons paraissaient sains.
Expérience ivc. — On a répété la même expérience à dix heures et demie du soir. Le lendemain matin, à six heures, l’animal ne semblait éprouver encore aucune incommodité. A dix heures, il a vomi, et il cherchait à mordre lorsqu’on le secouait. A une heure, il se tenait couché sur le côté , dans un léger état d’abattement ; lorsqu’on le mettait sur ses pattes , il ne changeait pas de position : cependant il conservait le libre usage des sens et du mouvement ; il ne poussait aucune plainte. A trois heures et demie, il était expirant : couché sur le côté, il ne pouvait plus se mouvoir ; on le déplaçait sans qu’il opposât la moindre résistance : cependant il conservait un peu de sensibilité, car il poussait alors de petits cris , et roidissait un peu les pattes ; il voyait à peine , en sorte qu’il fallait approcher les objets de très près pour qu’il cherchât à en éloigner la tète; sa respiration était très lente; on ne pouvait plus sentir les battements du cœur; il n’y avait aucun mouvement convulsif. Dix minutes après, il expira. On l’ouvrit sur-le-champ. Le cœur ne battait que très faiblement, et il cessa de se mouvoir une minute après. Le sang était fluide et d’un rouge assez vif dans les cavités aortiques; les poumons dans l’état naturel , l’estomac sain et vide ; le rectum offrait çà et là quelques taches rougeâtres. La plaie était très enflammée , sans escarre ; le membre opéré et tout le côté du corps qui y correspondait étaient infiltrés.
Expérience Ve. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien robuste et de moyenne taille 1 gramme du même extrait dissous dans 20 grammes d’eau distillée. Au bout de six minutes , l’animal a commencé à faire des efforts pour vomir, qu’il a renouvelés souvent pendant un quart d’heure. Vingt-huit minutes après l’injection , il a eu deux selles ; le lendemain , il ne paraissait pas malade.
Expérience vic. — On injecta dans la veine jugulaire d’un autre chien robuste et de moyenne taille 1 gramme et demi de la môme substance vénéneuse dissoute dans 16 grammes d’eau. Une heure après, l’animal eut une selle; il éprouva quelques vertiges, devint comme insensible, se coucha , et expira deux heures après l’injection. Il fut impossible de dé-
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couvrir la moindre trace d’altération dans les tissus qui composent le canal digestif.
Buchner, Blair, Boerhaave , etc., ont vu plusieurs fois des accidents graves développés par cette plante.
Observation lre. — Une jeune personne de dix-neuf ans, scrofuleuse, prenait chaque jour, depuis plusieurs mois, avec un succès marqué, une poudre composée de 2 grammes de feuilles de gratiole et de 10 centigrammes de celle de digitale pourprée. Les accidents allaient en diminuant , lorsqu’on proposa à la malade d’ajouter à ces remèdes des lavements faits avec la décoction d’une forte poignée de gratiole. Le premier lavement fit rendre une grande quantité de glaires épaisses, condensées et très larges; le second produisit, de plus, des démangeaisons insupportables aux parties ; le troisième fit rendre des matières semblables à des ratissures de boyaux, et augmenta surtout le prurit : on n’en continua pas moins, et on donna le jour suivant un quatrième lavement qui occasionna de vives tranchées et des évacuations abondantes, suivies de palpitations, et enfin de la plus hideuse nymphomanie , avec tout le délire qui accompagne ce misérable état. Le calme ne fut ramené qu’après trois semaines de saignées, de bains, de boissons abondantes, enfin d’un régime doux et rafraîchissant , secondé par l’application d’un vésicatoire au-dessus de chaque genou , et dont l’effet était soutenu par des corrections et des menaces continuelles. Cette jeune personne , revenue à elle -même, conserva un tel chagrin de ce qu’elle avait éprouvé, que, trois mois après, elle se jeta dans un puits et y perdit la vie.
Observation 2e. — Une jeune. femme éprouva de semblables accidents pour avoir pris ainsi, durant trois jours, un lavement de décoction de gratiole ordonné par un herboriste, dans la vue de guérir de prétendues obstructions. L’intensité des symptômes obligea de renfermer la malade à Charenton , d’où elle ne sortit bien guérie qu’au bout de deux mois.
Observation 3e. — Une troisième dame , affectée depuis plusieurs mois d’une fièvre quotidienne , ayant aussi pris , par 1e conseil d’un herboriste , deux lavements'avec la décoction d’une forte poignée de gratiole , fut effectivement guérie de la fièvre ; mais elle tomba dans un état permanent de nymphomanie qui, après l’avoir rendue un objet de haine pour son mari, l’a réduit à se séparer d’elle.
Observation 4e. — Une demoiselle de vingt-quatre ans était depuis long-temps affectée d’une pesanteur fort incommode à la région des reins. On l’assura qu’elle guérirait avec la décoction d’une forte poignée de gratiole prise en lavement , et qu’un seul lavement suffirait si elle pouvait le garder seulement un quart d’heure. Elle parvint à le garder une demi-heure, après quoi elle eut des évacuations abondantes , des vomissements, une syncope , et enfin tous les accidents et les excès de la nymphomanie, qui obligèrent , le quatrième jour, d’enfermer la malade. Elle fut néanmoins assez promptement guérie; mais la pesanteur des reins reparut avec la même violence qu’auparavant.
DES POISONS IRRITANTS
M. Bouvier, rapporteur de ces quatre faits, ajoute que les femmes qui ont fait le sujet de ses observations avaient les veines grosses, le pouls fort, des menstrues chaudes, souvent propres à excorier les parties naturelles, une disposition habituelle aux flueurs blanches, aux affections hystériques et à la constipation ; qu’elles avaient la peau lisse , garnie de poils très noirs. (6 'azrltede santé du 1er août 1816.)
Observation 5e. — Une femme de cinquante-huit ans, affectée de dartres depuis la cessation de ses évacuations périodiques, prit, parle conseil d'un herboriste, des lavements avec une forte décoction d’un mélange de feuilles sèches de gratiole et d'asarum ou cabaret ; les accidents, qui, depuis le premier lavement, avaient toujours été en augmentant, furent à leur comble au quatrième ; à la fureur utérine se joignit une constriction spasmodique du gosier, avec hydrophobie et convulsions générales. Ces symptômes persistèrent avec une égale intensité pendant deux jours, et la malade mourut malgré l’emploi de tous les calmants et des narcotiques qu’on put mettre en usage. (Ibidem.)
Je crois pouvoir conclure des faits qui précèdent , 1° que l’extrait de gratiole détermine une irritation locale très vive; 2° que ses effets dépendent surtout de la lésion du système nerveux ; 3° qu’il est beau- , coup plus actif lorsqu’on l’injecte dans les veines.
Traitement. (Voy. tom. 1er, pag. 51.)
DU SÉDUM ACRE (Joubarbe des toits).
Cette plante appartient à la décandrie pentagynie de L. , et à la famille des crassulacées. Caractères. Calice à cinq folioles ovales; corolle de cinq pétales jaunes et lancéolés ; cinq écailles nectarifères à la base du germe; cinq capsules. Tiges basses, redressées, un peu flexueuses , tendres et couvertes de feuilles dans toute leur longueur. Ses feuilles sont presque ovales , courtes , peu épaisses , mais charnues, pointues et triangulaires, sessiles, d’un vert jaunâtre, qui rougit en vieillissant , grasses au toucher, naissant autour de la tige en manière de spirales composées de cinq feuilles , et disposées de telle sorte que la cinquième naît immédiatement au-dessus de la première, et que la tige , qu’elles couvrent entièrement , paraît cylindrique ; deux à quatre feuilles sessiles sur les bifurcations de la tige.
Action du sédum âcre sur l’économie animale.
Expérience ire. — A huit heures (lu matin, on a introduit dans l'estomac d’un carlin assez robuste 135 grammes de suc de cette plante, et on a lié l’œsophage. L’animal a fait des efforts pour vomir au bout d’une demi-heure. Le soir il était abattu et conservait le libre usage des sens