‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 7 sur 172 · DE L’AZOTATE DE BISMUTH · texte numérisé non relu

DE L’AZOTATE DE BISMUTH

ham, et on mit le malade dans un bain chaud. Ce dernier moyen produisit surtout de bons effets , car les douleurs spasmodiques se calmèrent et le pouls se releva. Les vomissements cessèrent ; cependant les autres accidents allèrent croissant ; les douleurs du pharynx devinrent plus fortes, et la difficulté d’avaler plus grande; les nausées, le hoquet, la saveur métallique persistèrent; le pouls s’accéléra; la face, les mains se tuméfièrent ; le ventre se météorisa , la peau devint brûlante et la respiration pénible; la vue s’obscurcit ; la paume des mains et la plante des pieds furent le siège d’une sécheresse considérable accompagnée d’une forte tension ; la salive prit un aspect brunâtre, et les renvois ainsi que les selles liquides se firent remarquer par leur odeur Insupportable; quelques indices de delirium tremens furent observés, elles urines cessèrent d’être rendues jusqu’au 21 mai, non qu’il y eût rétention, mais parce que les reins n’en sécrétaient point et que la vessie n’en contenait pas une goutte. On recourut successivement aux applications de sangsues au cou, à la saignée du pied, aux cataplasmes et aux frictions calmantes sur le bas-ventre, aux frictions d’huile de térébenthine sur la région des reins, à l’infusion d’arnica, au musc; tous ces moyens furent employés sans succès, et le malade succomba dans la nuit du 22 au 23 mai, neuf jours après l’ingestion du poison.

A l’autopsie, on trouva des lésions dans toute l’étendue du canal digestif, depuis l’arrière-bouche jusqu’au rectum; le nombre d’intervalles sains était très petit. Les amygdales , la luette , la base de la gorge , l’épiglotte, la membrane interne du larynx étaient gangrenées. L’œsophage présentait une couleur livide sans traces d’inflammation. L’estomac était fortement enflammé, surtout dans son grand cul-de-sac; la membrane muqueuse était comme macérée et se détachait avec la plus grande facilité de la tunique nerveuse, qui était pleine de papilles d’un rouge pourpre. Tout le canal intestinal , fortement distendu par des gaz , était plus ou moins enflammé ou gangrené ; on remarquait surtout la gangrène vers le rectum ; d’ailleurs la tunique muqueuse se détachait dans tous ses points avec la plus grande facilité. L’extrémité inférieure de la moelle épinière et l’intérieur des ventricules du cœur étaient également enflammés. Les poumons étaient sains, mais la trachée était parsemée de points noirâtres. 11 n’y avait rien d’anormal dans l’encéphale ni dans les reins. (J. Kerner, Heidelberg, K linisehe Annalen, tom. v, pag. 248. )

Symptômes et lésions de tissu produits par l’azotate de bismuth.

Des angoisses , des anxiétés très alarmantes (1 ) , des nausées , des vomissements , la diarrhée ou la constipation , des coliques , une chaleur incommode dans la poitrine , des frissons vagues , des vertiges et

(I) On lit dans les Mémoires de l' Académie des Sciences de Berlin , année 1 " 5 5 , un exemple qui nous apprend que ce sel a occasionné des angoisses et des anxiétés très remarquables.

DES POISONS IRRITANTS

de l’assoupissement , tels sont les symptômes auxquels l’emploi de ce sel a donné lieu chez l’homme. Mes expériences font voir qu’il peut rendre la respiration très difficile, et que la mort est quelquefois précédée de mouvements convulsifs.

Lésions cadavériques. (Yoy. les expériences 3% hc et 5e, p. 11. )

Conclusions. — 1° L’azotate et le sous-azotate de bismuth irritent et enflamment vivement les tissus avec lesquels ils sont mis en contact : ils sont absorbés, et portent particulièremeut leur action sur le système nerveux ; 2° injectés dans les veines, ils agissent encore avec plus d’énergie.

Traitement de l’empoisonnement par l’azotate de bismuth.

Les boissons albumineuses , mucilagineuses , etc. , doivent être administrées pour provoquer les vomissements et pour diminuer l’irritation; les saignées générales, les sangsues et tous les autres moyens antiphlogistiques seront mis en usage pour combattre l’inflammation des organes atteints par le poison.

Recherches médico-légalés.

Azotate de bismuth cristallisé. — Il peut être partagé par l’eau distillée en deux sels , l’azotate acide soluble , et le sous-azotate insoluble.

Azotate acide. — Il est incolore et doué d’une saveur styptique caustique, désagréable ; mis en contact avec des charbons rouges , il accélère la combustion , se décompose et laisse de l’oxyde jaune. L’eau ne l’altère pas immédiatement ; mais au bout de quelque temps il se trouve décomposé, devient laiteux, se trouble de plus en plus, et dépose une petite quantité de sous-azolate de bismuth blanc ; il reste dans la liqueur de l’azotate de bismuth plus acide que celai qui constitue la dissolution dont je parle (1) ; l’ammoniaque en sépare de l’oxyde blanc de bismuth ; l’acide sulfhydrique et les sulfures le décomposent sur-le-champ , et donnent naissance à du sulfure de bismuth insoluble , d’une couleur noire.

Sous-azotate de bismuth ( blanc de fard). — Il est sous forme de flocons blancs ou de paillettes nacrées, insolubles dans l’eau ; lorsqu’on le traite par l’acide azotique à une température un tant soit peu

(I) Ce caractère n'appartient pas exclusivement aux dissolutions de bismuth : quelques sels solubles d’antimoine, de mercure, de cuivre, etc. précipitent également par l’eau.

DE l’azotate d’argent. 17

élevée , il se dissout complètement et en très peu de temps ; les alcalis , versés dans cette dissolution , la décomposent et en séparent 1 oxyde blanc; 1 acide sulfhydrique en précipite du sulfure de bismuth noir ; enfin l’eau distillée , employée en assez grande quantité , y fait naître un dépôt blanc de sous-azotate de bismuth. , et il reste dans la liqueur de 1 azotate acide de ce métal. Le blanc de fard , calciné fortement avec du charbon, se décompose , perd l’acide azotique et l’oxygène , et le bismuth est mis à nu.

Mélangés d azotate acide de bismuth et de liquides alimentaires , de la matière des vomissements, de celles que l’on trouve dans le canal digestif , etc. — Les infusions de thé et de noix de galle, le vin îouge, 1 albumine, le lait et la bière, précipitent plus ou moins abondamment ce sel ; la gélatine ne le trouble point.

On fdtreia les portions liquides et on les évaporera jusqu’à siccité ; le produit sera carbonisé par l’acide azotique mélangé du quinzième de son poids de chlorate de potasse (voy. t, i,p. Ô89), et traité comme il a été dit à 1 exp. 6e, p. 12 ; dès que l’on aura obtenu du sulfure noir de bismuth , on le décomposera à une douce chaleur par l’acide azotique faible; on filtrera pour séparer le soufre; et en faisant évaporer la dissolution , il restera de 1 azotate de bismuth facile à reconnaître. (Voy. pag. 16. )

Les matières solides seront carbonisées, comme il vient d’être dit , et traitées de même.

Si ces diverses recherches ont été infructueuses , on fera bouillir

1 estomac et les intestins, ou le foie, la rate, l’urine, etc, avec de l’acide azotique étendu de 20 à 25 parties d’eau distillée ; le solution filtié seia carbonisé par 1 acide azotique et le chlorate de potasse, et le chai bon sera traité comme il a été dit à l’expérience 6e. (Voy. pag. 12.) Il faut renoncer à l’emploi du chlore, conseillé par M. Devergie , parce que cet agent détruit la matière organique trop lentement , et qu il faut faire passer trois ou quatre fois un courant de ce gaz pour peu que cette matière soit considérable.

Mies M°i'éiitss'tefèt»ats tS’Ærffetil.

DE L’AZOTATE ©’ARGEKTT.

Expérience ir0. — A onze heures trente-cinq minutes, on a injecté dans la veine jugulaire d’un chien fort, quoique d’une petite taille,

2 centigrammes d azotate d’argent dissous dans B grammes d’eau distillée : au bout d’une demi-heure la respiration est devenue difficile et bruyante

DES POISONS IRRITANTS

l’animal a paru suffoqué ; un quart d’heure après il était calme; il a fait quelques pas sans donner le moindre signe de vertige ni de paralysie. Il y avait à peine dix minutes qu’il était couché qu’il a eu de nouvelles attaques de suffocation ; sa respiration était très fréquente et très gênée , et l’extrémité antérieure gauche était agitée de légers mouvements convulsifs. On a voulu savoir s’il pouvait encore se tenir debout : il a fait quelques pas sans trébucher ; mais il a eu de nouvelles attaques de suffocation ; les mouvements convulsifs continuaient dans le même membre et devenaient de plus en plus forts. A tfois heures il ne pouvait plus marcher ; sa respiration était excessivement accélérée et difficile; des plaintes et des cris horribles annonçaient la douleur à laquelle il était en proie ; il avait de temps en temps des secousses pendant lesquelles tous ses muscles étaient fortement contractés ; la lèvre supérieure était agitée de mouvements convulsifs. Il est mort à quatre heures six minutes. Plusieurs portions des lobes des poumons étaient livides , d’un tissu compacte , comme hépatisées , nullement crépitantes lorsqu’on les pressait ou qu’on les coupait; elles ne surnageaient point l’eau; d’autres portions étaient roses, crépitantes et plus légères que ce liquide. La membrane muqueuse qui revêt le duodénum était d’un rouge cerise très intense et se détachait facilement : les autres parties du canal intestinal n’offraient aucune altération remarquable.

Expérience 11e. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien

10 centigrammes d’azotate d’argent dissous dans 12 grammes d’eau distillée : sur-le-champ anhélation, étouffement, suffocation et vertiges; ces symptômes sont devenus plus intenses; au bout de deux minutes, grands efforts de vomissement , quelques légers mouvements convulsifs de l’extrémité antérieure droite ; la bouche, les lèvres et la langue étaient livides ; une grande quantité de sérosité sanguinolente s’est écoulée par la narine gauche : l’animal était près d’expirer. On a voulu savoir si le sang contenu dans les artères était noir : on a ouvert l’artère crurale, et

11 en est sorti 32 grammes de sang rouge ; puis toiit-à-coup l’écoulement s’est arrêté ; il y avait à peu près quatre minutes que l’injection avait été faite : on a examiné l’ouverture artérielle, et on a vil qu’elle était bouchée par un caillot de sang d’un rouge clair; on l’a enlevé, et alors il s’est écoulé une petite quantité de sang d’un rouge noirâtre. L’animal a fait de nouveaux et infructueux efforts pour vomir. Il est mort six minutes après l’injection. L'autopsie a été faite -sur-le-champ. Les muscles se contractaient par le simple contact de l’air; le cœur, d’une couleur livide tirant sur le noir, était gonflé par une très grande quantité de sang ; celui qui était contenu dans le ventricule gauche était noir; l’oreillette droite seule se contractait légèiement; les artères de cet organe étaient vides; l’aorte descendante était d’un petit diamètre. Les poumons offraient dans presque toute leur étendue une couleur rose foncée; le lobe postérieur, d’un rouge noirâtre, renfermait une grande quantité de sang noir.

Expérience iii“. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille h centigrammes d’azotate d’argent dissous dans G gram-

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