DE L’AZOTATE D’ARGENT
nies d’eail : deux minutes après l’animal a eu des vertiges, des sÿhcopes ; sa respiration est devenue difficile ; il ouvrait la gueule et s’efforcait d’introduire de l’air dans les poumons, en faisant des inspirations profondes; il ne pouvait pas marcher sans tomber sur la tête. Ces symptômes ont acquis plus d’intensité jusqu’au moment de la mort, qui à eu lied dix minutes après l’ihjectiôn. Dèux minutes avant qu’il n’expirât, on a ouvert l’artère crurale drôlte : le sang qui s’en est écoulé était noir. On a fait l’Ouverture du cadavre immédiatement après la mort : les poumons étaient tachés en noir dahs plusieurs points de leur partie postérieure ; tous ces points étaient moins crépitants que les autres, et ils étaient gorgés de sérosité et d’un peu de sang. Le tœur ne se contractait dans aucune de ses parties; le ventricule gauche renfermait du sang noir. L’estomac, dans l’état naturel , était rempli par une grande quantité d’aliments.
Expérience ive. — Oh a injecté dans la veine jugulaire d’un petit carlin 2 centigrammes 5 milligrammes d’azotate d’argeht dissous dans 3 grammes d’eau distillée : sur-le-champ l'animal a éprouvé beaucoup d’inqüiétüde et d’agitation ; au bout de deux minutes il a été pris de vertiges, d’anhélation, de suffocation; il a vomi quelques matières blanchâtres nageant dans une très grande quantité d’écume , et il a eU une excrétion d’urine involontaire. Cinq minutes après l’injection il a été agité de mouvements convulsifs des muscles du thorax, et surtout de ceux de l’abdomen. Il est mort onze minutes après l’opération. Les poumons étaient engorgés, et offraient, vêts la partie postérieure, des plaques d’un rouge foncé , dont le tissu était moins erépitant qu’il ne l’est dans l’état naturel.
Expérience v'. — On a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un fort Chien caniche ; on a introduit dans son estômac GO centigrammes d’azotate d’argent solide enveloppé dans un cornet de papier, et on a lié l’œsophage au-dessous dé lduveriure afin d’empêchér le vomissement. L’animal est mort dans la nuit du Sixième jour, sans avoir éprouvé d’autres symptômes que de l’abattement , une soif intense et de la fréquence dans le pouls. La membrane muqueuse de l’estomac était peu rouge ; toute la portion qui avoisine le pylore offrait de petites taches noires , grosses comme des têtes d’épingle, ce qui lui donnait un aspect moucheté : un examen attentif démontrait que ces taches étaient des portions de la membrane muqueuse scarifiées , de véritables trous qui n’intéressaient point la membrane musculeuse. On voyait aussi quelques unes de ces escaf res dans les autres points de cette membrane; les poumons étaient dans l’état naturel.
Expérience vic. — A midi cinq minutes, on a fait avaler à un chien robuste et de moyenne taille 1 gramme 10 centigrammes d’argent dissous dans 28 grammes d’eau distillée ; dix minutes après , l’animal a poussé des cris plaintifs. A deux heures il n’avait point vomi ; il continuait à se plaindre et il était très abattu ; le soir il paraissait peu incommodé. Le lendemain , deuxième jour, il a mangé avec appétit. Le troisième jour, à onze heures, on lui a fait avaler 32 grammes du même sel dissous dans
DES POISONS IRRITANTS
28 grâmmes d'eau distillée ; deux minutes après , il a vomi une très grande quantité de matières molles, muqueuses et filantes, dans lesquelles on pouvait aisément distinguer une partie des aliments qu’il avait pris la veille ; ces vomissements se sont renouvelés cinq fois dans l’espace des quarante-deux premières minutes qui ont suivi le moment de l’intoxication ; sa respiration n’était point gênée, et il ne se plaignait pas. Le lendemain (quatrième jour), il a mangé une assez grande quantité d’aliments. Le cinquième jour, on a détaché son œsophage, et on l’a percé d’un trou par lequel on a introduit dans l’estomac 2 grammes d’azotate d’argent dissous dans 16 grammes d’eau distillée; immédiatement après il a paru éprouver des souffrances horribles, et il a poussé des cris plaintifs pendant deux heures; il respirait facilement; il n’avait ni convulsions ni paralysie; il pouvait marcher librement; à trois heures il a cessé de se plaindre, et il est tombé dans un très grand abattement; le lendemain (sixième jour) , il était dans le même état , et il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l’estomac était réduite en une sorte de bouillie liquide qu’on pouvait enlever avec la plus grande facilité; près du pylore on voyait quelques escarres d’un blanc grisâtre, en tout semblables à celles que produit la pierre infernale lorsqu’elle est appliquée sur les plaies; la membrane musculeuse, d’un rouge cerise, était évidemment enflammée dans plusieurs points ; elle était très amincie dans d’autres. Les poumons , d’un rouge un peu livide , étaient crépitants et contenaient beaucoup d’air dans toutes leurs parties; ils ne renfermaient qu’une très petite quantité de sang ; leur tissu n’était ni dense ni hépatisé ; ils surnageaient l’eau.
Expérience vne. — Lorsqu’on introduit dans l’estomac des chiens l\ ou 6 grammes d’azotate d’argent cristallisé dissous dans 200 grammes d’eau, et qu’on lie l’œsophage et la verge, les animaux périssent le plus ordinairement au bout de quinze ou vingt heures. Si on procède à l’ouverture des cadavres immédiatement après la mort, qu’on recueille l’urine contenue dans la vessie , et qu’on sépare le foie et la rate , il sera facile de se convaincre que le poison a été absorbé.
Le foie et la rate , coupés en petits morceaux et laissés pendant vingtquatre heures dans l’eau ammoniacale , ne cèdent au liquide aucune trace de chlorure d’argent ni d’aucun autre sel insoluble de ce métal. Mais si l’on carbonise ces organes dans une capsule de porcelaine avec de l’acide azotique concentré additionné d’un quinzième de son poids de chlorate de poiasse (voy. p. /489), on obtient un charbon sec et friable qui, étant traité pendant un quart d’heure par l’acide azotique étendu d’eau et bouillant, donne un solutum renfermant de l’azotate d’argent; en effet, si, après l’avoir affaibli par l’addition d’une certaine quantité d’eau distillée, on le filtre, et qu’on y verse de l’acide chlorhydrique, il se dépose aussitôt du chlorure d’argent blanc caillebotlé, etc., dont on peut retirer l’argent métallique. J’ai souvent obtenu dans mes expériences 5 à 6 centigrammes de ce chlorure.
Si l’on évapore jusqu’à siccilé 80 ou 90 grammes d’urine dans une
DU l’azotate d'argent.
capsule de porcelaine , et que l’on carbonise le produit en continuant à le chauffer dans la capsule, il suffira de laisser ce charbon en contact avec de l’ammoniaque liquide pendant une ou deux heures pour que celle-ci dissolve le chlorure d’argent que contenait l’urine. En effet, si l’on filtre la dissolution ammoniacale, et qu’on la sature par l’acide azotique pur, il se précipite du chlorure d’argent, mêlé, à la vérité, de matière organique ; mais si après avoir bien lavé le dépôt avec de l’eau distillée on le fait bouillir avec de l’acide azotique concentré , la matière organique est détruite, et il ne reste que du chlorure d’argent pur, dont on peut facilement extraire le métal. Le charbon , épuisé par l’ammoniaque alors même qu’il a été maintenu pendant une heure à une chaleur rouge et qu’il est presque incinéré , ne m’a jamais fourni de l’argent quand je l’ai fait bouillir avec de l’acide azotique.
L’estomac, lavé avecde l’eau distillée jusqu’à ce que les eaux de lavage ne se troublent plus par l’acide chlorhydrique , renferme beaucoup d’argent dont on peut démontrer la présence par l’un ou l’autre des procédés suivants : 1° Si l’on plonge dans de l’ammonique liquide toutes les portions de la membrane muqueuse qui sont recouvertes d’une couche grisâtre ayant quelque ressemblance avec du chlorure d’argent qui serait étendu sur elles, au bout de cinq ou six heures de contact , la liqueur filtrée et saturée par de l’acide chlorhydrique donne un précipité de chlorure d’argent parfaitement reconnaissable. Dans quelques unes de mes expériences, j’ai retiré par ce moyen de 25 à 30 centigrammes de ce chlorure. 2" Si l’on carbonise l’estomac dans une capsule de porcelaine à l’aide de l’acide azotique pur et concentré et du chlorate de potasse, et que l’on traite le charbon sec et friable par de l’acide azotique bouillant étendu de son volume d’eau , on obtient un solutum qu'il suffit d’affaiblir par de l’eau distillée , et de filtrer , pour qu’il fournisse par l’addition de l’acide chlorhydrique 20 , 30 ou ZiO centigrammes de chlorure d’argent dont il est aisé de retirer l’argent.
Observation lre. — Boerhaave rapporte qu’un élève en pharmacie ayant avalé de la pierre infernale, il en résulta des accidents considérables; des douleurs horribles , la gangrène et le sphacèle des premières voies furent les prompts effets de ce poison.
Observation 2e. — On lit dans le Journal de pharmacie d’avril 18Zi2 : Chlorure d’argent dans le sédiment de l’urine. Le sujet de cette observation est un élève de M. Landerel , chez lequel l’épilepsie fut combattue par l’azotate d’argent; il observa que son urine, qui avait une couleur à peine jaunâtre, se troublait au bout de peu de temps et formait un dépôt abondant et volumineux qui se colorait en noirâtre. En mettant l’urine à l’abri de la lumière, ce dépôt ne se colorait pas. M. Landerel le mit en digestion avec de l’ammoniaque et filtra; il ne lui fut pas alors difficile de démontrer dans la liqueur ammoniacale la présence du chlorure d’argent.
Observation 3e. — Une personne avait pris pendant dix-huit mois de
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l’azotale (l’argent à l’intérieur pour combattre l’épilepsie. Au bout de ce temps il se déclara une maladie de foie qui la fit périr. A l’examen du cadavre, on découvrit que tous les organes intérieurs avaient éprouvé à un degré variable le même changement de couleur que la surface cutanée (teinte bleuâtre). M. Brande soumit à l’analyse chimique le plexus choroïde et le pancréas, et en retira une quantité notable d’argent métallique. ( Rust’s Reperlorium, et the Loiulon med. and phys. journal , mai 1829.)
Observation ûe- — « Le 23 juin, à une heure du matin, le nommé Lecomple (Édouard) , âgé de vingt et un ans , ancien garçon de pharmacie à l’Hôlel-Dieu, fut apporté à l’hôpital Saint-Louis dans un état qui semblait indiquer une mort très prochaine. Un commissaire de police et quelques personnes qui l’accompagnaient déclarèrent qu’il s’était empoisonné avec la pierre infernale , et une de ces personnes apportait un reste de liqueur qui avait servi à accomplir le suicide. Ce reste de liqueur, dont le commissaire s’est emparé , présentait , autant qu’on a pu en juger à la clarté d’une bougie, les caractères physiques d’une solution d’azotate d’argent dans un liquide qui, avant l’azotate, avait dû contenir quelque principe organique dissous ou suspendu.
Le malade , à son entrée à l’hôpital , présentait les symptômes suivants :
Il y avait perte complète de connaissance, insensibilité de toutes les parties du corps; les membres supérieurs, les muscles de la face étaient agités de mouvements convulsifs; les mâchoires restaient fortement contractées; les yeux étaient tournés en haut, et les pupilles très dilatées restaient insensibles à l’action de la lumière ; le pouls était plein, naturel, et indiquait 70 pulsations.
Tous ces faits , et surtout les larges empreintes qu’avait occasionnées l’azotate sur les doigts du malade, ne laissant aucun doqte sur la nature de l’empoisonnement , on a bien vite prescrit à Lecompte de prendre par verres de quart d’heure en quart d’heure une solution de sel marin au titre environ de 2 grammes par 32 grammes.
Nous devons dire qu’avant son entrée à l’hôpital, le malade avait reçu des soins d’un médecin praticien , que nous nous abstiendrons de nommer, qui l’avait hardiment gorgé de magnésie , et que la grande quantité de matière inerte ingérée avait provoqué quelques vomissements.
Après une heure et demie de traitement, c’est-à-dire vers trois heures du matin , une amélorafion sensible dans l’état du malade se manifesta ; les muscles de la face n’étant plus agités , la contraction des mâchoires avait cessé ; les pupilles étaient moins dilatées.
L’administration de l’eau salée fut continuée.
A six heures du matin , toujours insensibilité dans les membres inférieurs, sensibilité obtuse dans les membres supérieurs; la face était fortement injectée ; le malade éprouvait des douleurs épigastriques très fortes.
On continua le même traitement.