DE QUELQUES AL T K ES POISONS IRRITANTS VÉGÉTAUX
3° Pedicularis palustris (des marais). — Gleditsch et Gantier ont observé que cette plante nuit aux bœufs et aux moutons. Elle a une saveur âcre , brûlante.
li° Cyclamen europœam. — Boerhaave a rangé ce végétal parmi les poisons âcres , parce qu’il purge avec beaucoup de violence à la dose de 1 à 2 grammes, et qu’il excite des vomissements. L’onguent qu’on en prépare détermine aussi les mêmes évacuations lorsqu’il est appliqué autour du nombril ; sa saveur est âcre. Bulliard dit que la racine de cette plante occasionne souvent des sueurs froides accompagnées de tintements d’oreille , de tournoiements et de mouvements convulsifs ; le malade rend le sang par le vomissement et par les selles ; il est en proie à une superpurgation qui est suivie de la mort. ( Ouvrage cité . pag. 105.)
5° Phimbago europœa. — Sauvages dit que les ouvriers qui emploient le décoctum de ce végétal pour obtenir une teinture jaune , sont tourmentés d’une vive céphalalgie s’ils travaillent plus de six heures. ( Nosologie , tom. Ier, pag. 8û2. ) Sa saveur est âcre, presque caustique.
6° Pastinaca saliva annosa. — La racine de cette plante détermine le délire , des vertiges, une grande ardeur dans l’estomac, dans la bouche, dans les yeux, et le gonflement des lèvres. ( Murray, ouvrage cité , vol. I , pag. 85. )
7° Convolvulus scammonea (scammonée). Plusieurs auteurs afiirment que le suc- concret de cette racine est vénéneux. J’en ai souvent administré 16 grammes à des chiens auxquels j’ai lié l’œsophage, et je n’ai jamais déterminé que des déjections alvines. Les animaux sont morts au bout de six ou sept jours, et l’on a trouvé dans leur estomac quelques petits ulcères. Or, j’ai démontré à la page 27 et suiv. du tome i", en parlant de l’opération de l’œsophage, qu’il u’est point rare de voir cette opération donner lieu à cette lésion cadavérique.
8° Lobelia sxjphilitica. — Cette plante a une saveur âcre; elle est émétique et purgative. Le lobelia longiflora jouit encore de propriétés plus énergiques ; les Espagnols l’appellent rabienta cavallos , parce qu’il tue les chevaux. Jacquin dit qu’il détermine une inflammation brûlante des yeux lorsqu’on les touche avec son suc. ( Histor. anurie, slirp. , pag. 220. )
9° Hydrocotile vulgaris. — Cette plante est douée d’une saveur âcre , et paraît nuisible.
10e Onoporde. — Suivant M. Jh. Roux, pharmacien, la racine de cette plante occasionne des selles, des vomissements, des convulsions et la mort , lorsqu’elle est introduite dans l’estomac des corbeaux , des chiens «t de plusieurs autres oiseaux et mammifères,
DES POISO.VS IKRITANTS.
sur lesquels il a expérimenté. Quatre enfants empoisonnés par la même racine éprouvèrent des accidents analogues , et ne durent leur salut qu’à l’usage d’un émétique et de boissons mucilagineuses. L’extrait aqueux de la même plante appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien à la dose de 20 grammes, détermina la mort au bout de vingt-six heures, après avoir donné lieu à un grand abattement. 1k grammes du même extrait introduits dans l’estomac d’un chien de petite stature , occasionnèrent la mort au bout de neuf heures, quoique l’animal eût vomi une partie du poison peu de temps après son ingestion. Aucun de ces animaux n’a été ouvert. ( Mémoire inédit. )
11° Les arum maciilatum , dracunculus, dracontium , colocasia, esculentum , virginicum , arborescens et seguinum sont âcres. Stork, Haller , Sléhélinus, parlent des effets fâcheux produits par Yinfusum des feuilles d’arwm maciilatum. J’ai administré à des chiens la racine de cette plante fraîche ; ils sont morts au bout de vingt-quatre à trente-six heures, sans autre symptôme que de l’abattement, et le canal digestif s’est trouvé un peu enflammé. Bulliard rapporte dans son Histoire, des plantes vénéneuses de la France , page 8â, que trois enfants mangèrent les feuilles d’arum maculatum ; ils eurent des convulsions horribles ; l’un d’eux périt au bout de douze jours, l’autre au bout de seize ; il fut impossible de rien leur faire avaler ; la saignée ne fut suivie d’aucun succès. L’autre enfant but beaucoup de lait , d’eau et d’huile ; il eut une diarrhée qui le sauva; avant la saignée la langue était tellement tuméfiée , qu’elle remplissait toute la bouche et que la déglutition était impossible.
12" Les sœlanthus quadragonus , Forskalii et glandulosus sont très âcres , et passent pour être vénéneux.
13° Calla palmtris. — La racine de cette plante a une saveur brûlante.
3>E IiA CRÉOSOTE.
La créosote, ainsi nommée de chair, et de swÇw, je sauve, je conserve , s’obtient en distillant le goudron de bois. Elle est sous forme d’un liquide oléagineux, incolore, transparent, d’une odeur très vire , désagréable , assez analogue à celle du goudron, d’une saveur très caustique et brûlante , d’un aspect gras au toucher, d’une consistance analogue à celle de l’huile d’amandes , et d’une densité de 1,037 à 20° c. Elle tache le papier comme les huiles volatiles, mais ces taches disparaissent au bout de quelques heures. Elle brûle à la lampe avec une flamme très rutilante. L’eau la dissout à peine, tandis
DE LA CRÉOSOTE, que l’acide azotique, l’alcool, les éthers sulfurique et acétique la dissolvent très bien. L’acide sulfurique concentré , en petite quantité, la colore en rouge; s’il est plus abondant, elle noircit , perd sa fluidité, et il se dépose du soufre. Elle coagule instantanément l’albumine et le sang , et c’est probablement par suite de cette action qu’elle jouit de la propriété d’empêcher la putréfaction de la viande et du poisson.
Action de la créosote sur l’économie animale.
Expérience irc. — On administra à un chien 8 grammes de créosote mêlée à 16 grammes d’eau; bientôt après on observa les symptômes suivants : prostration, tête fortement abaissée et s’appuyant sur le sol, étourdissements, vertiges, regard fixe; tous les sens paraissent engourdis; la respiration, gênée, fut tout-à-coup interceptée par un amas de mucosités filantes et épaisses qui obstruaient le larynx, ce qui détermina une toux suffocante ; la gueule se remplit d’une bave spumeuse épaisse ; peu à peu la respiration devint plus difficile ; il y eut des frémissements dans les membres, des contractions, et l’animal mourut au bout d’une demi-heure. L’ouverture du corps fut faite peu de temps après la mort. Tous les tissus exhalaient une odeur de créosote; le canal digestif éiait enflammé, et les poumons gorgés de sang d’un rouge brun. Le cerveau était dans l’état naturel ; les cavités du cœur contenaient quelques petits caillots. (M. E. Miguet, Recherches chimiques et médicales sur la créosote. Paris, 183Zi.)
Expérience ne. — On a donné tous les jours, pendant huit jours, à un chien de deux mois , 250 grammes d’eau et quatre gouttes de créosote. L’animal n’a pas été incommodé. Au bout de ce temps, la dose a été doublée et administrée encore pendant huit jours. Alors on a observé un affaiblissement notable , des nausées fréquentes , des soubresauts de tendons , un tremblement intermittent et de l’amaigrissement. L’usage de la créosote ayant été suspendu, l’animal ne tarda pas à se rétablir. (Ibid.)
Expérience iiic. — Des mouches , des araignées et des petits poissons ont succombé en deux minutes pour avoir été plongés dans 6h grammes d’eau mêlée à 12 gouttes de créosote. (Ibid.)
Observation lrc. — La créosote appliquée sur la langue l’altère instantanément ; elle détruit l’épiderme en très peu de temps.
Observation 2e. — M. Devergie dit avoir donné des soins à une dame qui avait fait usage de la créosote sans prendre de précautions pour calmer des douleurs de dents. Tl survint une inflammation considérable des gencives et delà membrane muqueuse qui tapisse les joues; il se forma un abcès dans la joue gauche et plusieurs ulcérations sur les gencives. (Ouvrage cité, pag. 597.)
Il résulte de ce qui précède que la créosote agit à la manière des
DES POISONS IRRITANTS
poisons irritants énergiques ; ses effets délétères dépendent autant de son absorption que de l’action locale qu’elle exerce.
Traitement. (Vov. tom. Ier, pag. 51. )
Action sur l’économie animale.
Expérience T' — A onze heures, on a fait avaler à un petit chien
1 gramme 60 centigrammes de cantharides grossièremen t pulvérisées ; immédiatement après on a détaché et lié son œsophage. Au bout de six minutes, l’animal a commencé à faire de violents efforts pour vomir; il a éprouvé un grand malaise, et il est tombé dans rabattement: sa bouche était remplie de mucosités sanguinolentes. A une heure, il continuait les efforts de vomissement qu’il n’avait guère cessé de faire depuis le moment de l’ingestion des cantharides. Il a expiré à quatre heures et demie sans avoir rendu la plus petite quantité d’urine. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge noir dans toute son étendue; celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum était un peu moins phlogosée : on remarquait à leur surface une petite quantité de la- poudre que l’animal avait prise. Les poumons n’offraient aucune altération. La vessie et les parties génitales étaient comme dans l’état naturel.
Expérience iic. — On a fait prendre 5 un chien de moyenne taille
2 grammes 60 centigrammes d é poudre de cantharides. Au bout d’une heure, l’animal a vomi une petite quantité de matières verdâtres; il a poussé des cris plaintifs et paraissait souffrir beaucoup. Il est mort dans cet état quatre heures et demie après l’empoisonnement. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans les ventricules du cœur n’était point coagulé ; les poumons n’offraient aucune altération remarquable; la vessie était comme dans l’état naturel ; l’estomac renfermait, dans son intérieur, une petite quantité de poudre verdâtre; sa membrane muqueuse était d’une couleur rouge très intense.
Expérience iiic. — On fit prendre à un chien de moyenne force h grammes de poudre de cantharides : peu de temps après , il s’écoula de sa gueule beaucoup de mucosités ; il eut des nausées bientôt suivies de vomissements abondants ; il laissait échapper des cris douloureux , avait l’air abattu, se traînait difficilement, et rendait de temps à autre des matières jaunâtres. Dans le courant du jour, il urina trois fois et n’eut point de signes de gonflement dans le pénis. Vers le soir, les vomissements cessèrent, l’abattement continua, et il mourut dans la nuit. Le tiers inférieur de l’œsophage était rouge â sa partie interne; cette couleur, plus prononcée à la face externe de l’estomac, était encore plus foncée à l’intérieur de cet organe, qui contenait des mucosités rougeâtres; sa membrane interne offrait, surtout à la grande courbure, des points phlogosés, larges comme des lentilles ; ces taches’ se prolongeaient assez avant dans l’intestin grêle, qui était enduit de mucosités de la même couleur que
celles de l’estomac; la vessie , resserrée sur elle-même , ne contenait pas d’urine; sa membrane muqueuse, ainsi que celle du canal de l’urètre, n’offraient aucune trace d’inflammation ; le sang; contenu dans les veines et les cavités droites du cœur était fortement coagulé.
Expérience iV.— On fit avaler à un vieux chien, à peu près de la même force que le précédent, /i grammes de cantharides en poudre : quelques minutes après, il en rejeta une petite quantité mêlée de mucosités. Pendant la première heure qui suivit l’ingestion du poison, il eut quatre fois envie de vomir; au bout de ce temps . il éprouva du frisson , des mouvements convulsifs, surtout dans la région thoracique et abdominale; il se tenait couché sur le côté, avait les yeux abattps, et semblait éprouver les plus vives douleurs; il vomit des matières rougeâtres, et mourut quatre heures après avoir pris cette dose de cantharides. La gueule, le gosier et la langue étaient enduits d’une sorte de couenne blanchâtre, facile à détacher par le scalpel; les surfaces que recouvrait cette couenne étaient d’une couleur rouge foncée. L’œsophage, très rouge à sa face externe, présentait à son intérieur des points phlogosés beaucoup plus nombreux vers le cardia ; l’estomac était fortement enflammé a sa face externe, particulièrement à sa grande courbure; son intérieur contenait un liquide d’une couleur rouge- violette, mêlé de cantharides; sa membrane muqueuse, d’un rouge pourpre, s’enlevait par lambeaux . surtout à la grande courbure. L’intestin grêle ne présentait, à sa surface externe, qu’une légère trace d’inflammation; sa membrane interne, parsemée de stries rougeâtres, était enduite d’un mucus de la même couleur, qui s’étendait jusqu’au rectum , faiblement phlogosé. Le sang contenu dans les veines et dans les cavités droites était très coagulé (1).
Expérience vu. — Le 6 août 18Zil , à deux heures, je fis prendre à un chien de moyenne taille , en douze bouchées , avalées sans intervalle , vingt cantharides , recouvertes d’une couche de graisse et de mie de pain ; elles étaient entières et intactes ; elles avaient été choisies parmi les plus grosses , et pesaient exactement 2 grammes.
Depuis le 6 août, à deux heures du soir, jusqu’au 9 , à huit heuresdu matin , c’est-à-dire pendant soixante-six heures durant lesquelles il a été soumis à l’action délétère du poison, mais surtout pendant les premières vingt-quatre heures, voici les symptômes que le chien a présentés :
Hoquets, nausées fréquentes; un seul vomissement d’environ /|5 à 50 grammes de mucosités blanchâtres , filantes, mélangées de matières alimentaires, du milieu desquelles je retire neuf cantharides entières. Point de bave ni d’écume à la gueule ; perte complète d’appétit , refus obstiné de toute espèce d'aliment solide ; soif vive , continuelle ; respiration fréquente , haletante , comme si cet animal eût couru long-temps , très vite,
(!) Les expériences 3* et 4' ont été faites par Beaupoil. ( Voyez Recherches médiat- chimiques sur les verlus el les principes des cantharides ; Dissertation inaugn ale, in-S”. Paris, là fnvtid r an II.
DLS POISONS IRRITANTS.
UO
en été et en plein midi; mouvements d’inquiétude, agitation, plaintes, aboiements, puis après diminution considérable des forces, affaissement, décubitus obligé sur l’un ou l’autre côté. Deux heures après l’ingestion du poison, frémissements, tressaillements involontaires et mouvements convulsifs dans les membres abdominaux et thoraciques, du côté droit seulement. Trois heures après, tremblement général, rougeur très prononcée des„conjonctives oculaires, palpébrales et de la langue. La couleur naturellement noire de la membrane muqueuse de la gueule, du palais, des gencives , m’a empêché de voir le degré d’inflammation de ces surfaces. Kxcepté une seule mixtion , le 7, à huit heures du matin , il n’y a eu aucune évacuation pendant près de trois jours. Rien à noter pour les organes génitaux externes. Cet état de malaise, puis de souffrances, dura vingt-quatre ou trente heures, après lesquelles l’animal le surmonta, se réiabl t et marcha rapidement vers un état évidemment meilleur. Le 9 au matin , excepté un reste d’anhélation , il était rentré dans les conditions physiologiques , et aurait très certainement survécu à l’empoisonnement, il aurait donc fallu recommencer, administrer cette fois une dose plus forte, suffisante pour faire périr le chien; double circonstance très favorable à la recherche du poison, et qui aurait permis d’en constater plus facilement la présence après la mort. Ne voulant pas m’épargner les difficultés, j’ai sacrifié et pendu l’animal, le 9 août, à 8 heures du matin , soixante-six heures après l’administration des cantharides.
Nécropsie. — Le 10 août, à 11 heures du matin, je procédai à l'ouverture du cadavre, vingt-sept heures après la mort et quatre-vingt-treize après le début de l’empoisonnement. Le tube digestif, séparé de ses diverses attaches péritonéales, fut enlevé en trois portions distinctes, comprenant : la première , l’œsophage , l’estomac , le duodénum ; la seconde, le jéjunum etl’iléum; la troisième, le cæcum, le colon et le icctum. Toutes trois furent vidées, insufflées, desséchées isolément. L’estomac contient à peu près 100 grammes de mucosités filantes , sanguinolentes, que je fais sortir par expression. Au milieu d’elles se trouve enveloppé un reste de corde mâchée , effilée. Le tout, soumis à la dessiccation, n’a mis en évidence que quelques paillettes, mais assez larges, venant des débris de cantharides.
Les matières retirées de l’intestin grêle étaient mêlées à beaucoup de sang. Évaporées jusqu’à siccité parfaite, elles ont été gardées dans cet état pendant six mois. Vers la fin de janvier 18Û2, je les fis dissoudre dans l'alcool bouillant, et ce liquide, évaporé et desséché, a présenté huit ou dix paillettes brillantes , à reflet vert métallique.
Le gros intestin contenait des matières fécales : les unes moulées, dures; les autres molles, pulpeuses et de couleur verdâtre. Les premières, ainsi que celles qui avaient été rendues pendant la suspension , se présentaient sous le même aspect. Toutes deux offraient à leur surface et dans leur intérieur des débris de pattes, d’élytres, des corps entiers de ces coléoptères vésicants. Au milieu de toutes ces parties agglutinées entre elles, se trouvaient les restes d’une corde mâchée, effilée, tout-a-
DES CANTHARIDES ET DE LA CAKTHARIDINE. l'it
fuit revenue à l’état de chanvre , et qui renfermait , au milieu de ce réseau inextricable , des parcelles de cantharides plus ou moins grandes et solidement enchevêtrées.
Les autres matières molles, verdâtres, ont été laissées en macération pendant vingt-quatre jours , puis étendues sur trois plaques de verre et évaporées jusqu’à siccité parfaite : alors il a été facile de voir briller une grande quantité de paillettes aussi fines que celles qui avaient été fournies par la poudre.
L’estomac, insufflé , desséché, découpé par parties de la forme et de la grandeur d’une carte à jouer, a été examiné attentivement et à plusieurs reprises : il n’a jamais été possible d’y retrouver la moindre trace du poison. L’intestin grêle, soumis aux mêmes procédés, exploré de la même manière, m’a montré quelques restes de cantharides enchâssés, adhérents à la face interne. Il en a été de même du gros intestin. (Pou met, Thèse soutenue à la Faculté de Paris, le 7 mai 18f|2.)
Expérience vr. — Le 6 août 1841 , à midi , je fis prendre à une petite chienne un mélange de 2 grammes 50 centigrammes de poudre de cantharides, d’autant de graisse et d’autant de farine et de mie de pain ; ce mélange était divisé en pilules que j’administrais à cinq minutes d’intervalle l’une de l’autre.
Le même jour, à trois heures, je lui fis boire de force 1 gramme 50 centigrammes de la même poudre , suspendue dans 90 centigrammes d’eau.
Depuis l’heure de la première ingestion du poison jusqu’à celle de la mort, qui arriva le 9 août, à neuf heures du matin , c’est-à-dire pendant soixante-neuf heures , près de trois jours, voici l’ensemble des symptômes que j’ai observés :
Bave abondante; écume blanchâtre, spumeuse et filante; agitation, inquiétude, anxiété, plaintes, aboiements; mastication expultrice , nausées fréquentes ; trois fois vomissements abondants de matières muqueuses, blanchâtres et filantes; profondes inspirations, toux presque continuelle, secousses fréquentes de hoquets; contractions convulsives des muscles du train de derrière se renouvelant jusqu’à vingt-sept fois par minute ; frissons, tremblements; décubitus toujours au soleil, diminution considérable des forces, marche lente et chancelante, œil morne, sec; indifférence portée presque jusqu’à l’insensibilité; perte entière de l’appétit, soif vive, suppression complète de toute mixtion et défécation ; membrane muqueuse de la gueule d’un rouge inflammatoire excessivement intense, dépouillée de son épithélium ; dans la dernière journée, suppuration de presque toute cette cavité. Rien d'appréciable à la vulve.
Cet état de souffrance était cependant interrompu, mais de loin en loin, par quelques instants très courts d’un mieux-être appréciable ; c’est pendant ces instants que l’animal se levait et buvait abondamment.
J’ai dit plus haut qu’il y avait eu trois vomissements : ils se manifestèrent le G, et durèrent d’une heure à trois heures du soir, L’animal
DKS POlSOiNS i MUTANTS.
rejeta à peu près la moitié de la masse pilulaire ingérée. Ces pilules et les matières des deux autres vomissements furent séparément recueillies sur des plaques de verre, et soumises à la dessiccation.
Ensuite , à trois heures du soir, pour remplacer la quantité de poison \omi , j'ai administré la seconde dose dans un verre d’eau : un tiers environ fui renversé et perdu ; mais le reste, tant liquide que solide, fut conservé. L’animal a donc eu à lutter contre l'action délétère de 2 grammes 25 centigrammes de poudre de cantharides.
Le troisième jour, la petite chienne était manifestement moins malade ; et, malgré l’état de la gueule, tout me porte à croire qu’elle aurait survécu à l’empoisonnement; mais je l’ai pendue. Pendant la suspension, elle rendit quelques matières fécales dures et un peu d’urine ; ce furent là les seules évacuations alvines qu’elle eut pendant ces trois jours.
Le lendemain , à onze heures du matin , je fis l’ouverture du cadavre , vingt-six heures après la mort, et quatre-vingt-quinze heures après la première ingestion du poison. Le canal digestif, séparé de ses attaches péritonéales, fut enlevé en trois portions distinctes , comprenant ; la première , l’œsophage , l’estomac et le duodénum ; la seconde , le jéjunum et l’iléum; la troisième, le cæcum , le colon et le rectum.
Les matières que j’ai retirées de la première et de la deuxième portion du canal digestif étaient muqueuses, blanchâtres, filantes, sans aucun résidu de pilule. Délayées dans l’alcool, étendues sur des plaques de verre et évaporées jusqu’à siccité parfaite, elles n’ont rien fourni qui ressemblât à une parcelle de cantharide.
Les matières fécales contenues dans le gros intestin, et celles qui avaient été rendues pendant la suspension , ont été exposées au soleil pendant deux jours : examinées alors attentivement, elles n’ont rien présenté à l’extérieur; mais, incisées par tranches, elles ont offert à l’intérieur, sur l’une ou l’autre, et quelquefois sur les deux faces de chaque tranche, sept ou huit paillettes en tout.
Celles des matières fécales que leur peu de consistance empêchait de prendre la forme moulée , et qui avaient été étendues et desséchées sur une plaque de verre, furent enlevées par le grattage, et dissoutes dans l’alcool bouillant : le liquide, décanté, évaporé, contenait aussi quelques restes de poudre très visibles à l’œil nu.
La troisième portion du canal digestif, le gros intestin , insufflé, desséché, coupé par portions de la forme et de la grandeur d’une carte à jouer, a présenté sur la membrane muqueuse du rectum cinq paillettes très brillantes.
Déplus, il y avait autour de la valvule iléo-cœcale quelques .restes de matières fécales, noires, complètement desséchées, au point d’être cassantes et friables. Je les détachai et les fis fondre dans l’alcool bouillant. Le liquide, versé, évaporé sur une plaque de verre, mit à nu un bon nombre de parcelles de cantharides.
La première et la deuxième portion du canal digestif , traitées comme la troisième , n’ont donné aucun résultat satisfaisant.
DKS ( VMHAfUDES ET UE LA CAINTHARIDINE. 4û3
Les pilules rejetées, écrasées à l’instant même du vomissement, présentaient manifestement l’aspect d’un mélange intime de poudre de cantharides. J’ai traité par l’alcool bouillant ces pilules desséchées, et le liquide, versé dans une assiette, décanté et entièrement évaporé, a laissé pour résidu des myriades de paillettes. Les matières des deux autres vomissements, soumises aux mêmes procédés d’investigation, ont fourni pour résultat une grande quantité de paillettes. (Ibid.)
Expérience viiu. — Le 13 août 1841. à dix heures du matin , j’administrai à un petit chien à jeun depuis quarante-huit heures 2 grammes 50 centigrammes de poudre de cantharides , intimement mélangée à une quantité de confitures suffisante pour donner à la masse une consistance pilulaire. Ce mélange fut divisé en cinq bols égaux, enveloppés dans du pain à chanter, recouverts d’une couche de confitures et avalés de" suite.
Du 13 août , dix heures du matin Jusqu’au 15 , à huit heures du soir, heure de la mort, c’est-à-dire pendant cinquante-huit heures, voici quels symptômes j’ai observés :
Inquiétude, agitation, anxiété, plaintes, gémissements, aboiements, hurlements, nausées; neuf fois vomissements de matières spumeuses, filantes, blanchâtres , et mêlées de quelques stries verdâtres; plusieurs secousses de toux; chaque inspiration suivie de tremblement, de mouvements convulsifs dans les muscles du train de derrière seulement, de courte durée, mais se renouvelant à l'inspiration suivante; à deux fois différentes, et pendant sept à huit minutes, roideur tétanique des quatre membres, immobilité du tronc, fixité du regard, puis collapsus complet, perte entière des forces , impossibilité de lever la tète , même pour boire : cette extrémité reste appuyée sur le menton , portant sur le bord du vase ; agonie longue , presque de vingt-quatre heures , et mort le 15 août , à huit heures du soir. Pendant les cinquante-huit heures qu’a duré l’empoisonnement, une seule mixtion a eu lieu; rien d’appréciable n’a élé observé du côté des organes génitaux externes.
En exposant l’ensemble de ces symptômes, j’ai parlé de neuf vomissements : au premier, qui eut lieu le 13, à midi et demi, trois des cinq bols ingérés furent rejetés : ils étaient entiers, intacts et nullement altérés par deux heures et demie de séjour dans l’estomac. Je les lui fis de suite avaler de force; mais à une heure un quart, c’est-à-dire trois quarts d’heure après cette deuxième ingurgitation , il les rendit de nouveau tous les trois , et dans le même état d’intégrité qu’à la première fois. Cette circonstance réduisant des trois cinquièmes la quantité de poudre qui a pu causer la mort , l’animal n’a donc eu , en réalité , à lutter que contre l’influence vénéneuse de 1 gramme de cantharides pulvérisées. Cependant, et quoiqu’il ait eu encore huit autres vomissements, qu'à chaque fois il ait rej’eté encore quelque partie de poison, cette dose a suffi pour amener un état de suites fort graves, et promptement mortel ; tandis que les chiens, sujets des deux expérimentations précédentes, empoisonnés avec une dose égale et double, ont vécu trois ou quatre jours, ont sur-
DES POISONS IRRITANTS
monté les accidents les plus graves, se sont rétablis, et m’ont forcé à les sacrifier et à les pendre. Quelle est la cause d’une différence aussi grande? Je crois en trouver la véritable explication dans l’état de jeûne , dans la différence du véhicule, de l’excipient auquel le poison a été associé , et plus certainement encore dans la coïncidence de ces deux conditions.
Nécropsie. — Le 17 août, à dix heures du matin, je fis l’ouverture du cadavre , trente-huit heures après la mort , et soixante-douze heures après l’ingestion du poison. Les matières des neuf vomissements recueillies sur deux plaques de verre, évaporées jusqu’à parfaite dessiccation, ont fourni un bon nombre de parcelles de cantharides.
Le canal digestif a été enlevé avec les mêmes précautions que dans les deux expérimentations précédentes, puis soumis au'" mêmes moyens d’investigation.
Les matières contenues dans l’estomac ont été étendues, desséchées sur une assiette, examinées le 26 août. Reprises le 1er février 1842, par l’alcool bouillant , décantées , évaporées complètement , elles n’ont donné à ces deux examens aucune paillette , aucun indice qui pût mettre sur les traces du poison.
L’intestin grêle renferme 50 à 60 grammes de matières liquides, pulpeuses , de couleur verdâtre. Recueillies sur une assiette , elles furent détachées par le grattage, lorsqu’elles n'étaient pas encore entièrement sèches. Les rubans en forme de spirale que j’enlevais en ràclant présentaient sur leur face profonde un grand nombre de paillettes brillantes. Une partie de ces matières, soumise à une nouvelle analyse le 1er février 1842 , après cinq mois et demi de conservation , traitée par l’alcool bouillant, décantée, évaporée, a donné pour résultat seulement 12 ou 15 parcelles de cantharides.
Les fèces du gros intestin , analysées deux fois , examinées deux fois attentivement, n’ont pas mis à nu les plus petites parties de débris.
Rien à la face interne de l’estomac que j’avais insufflé et desséché comme les deux autres.
L’intestin grêle, exploré de même, n’a fourni qu’une seule paillette reconnaissable.
Mais le gros intestin m’a présenté, dans les mêmes conditions d’examen, un très grand nombre de paillettes promptement et facilement visibles. (Ibid.)
Expérience viii'. — Le 13 août 1841, à dix heures du matin, j’administrai , sous forme de lavement , à une petite chienne à jeun depuis plus de quarante-huit heures, 3 grammes de poudre de cantharides tenue en suspension dans 150 grammes d’eau.
De dix heures du matin à trois heures du soir, voici ce que j’observai : trois évacuations alvincs verdâtres ; trois évacuations alvines sanguinolentes; deux vomissements de matières jaunâtres; alternative continuelle de relâchement et de contraction des sphincters de l’anus, rongeur intense, cl quelques gouttelettes de sang à la marge de cet orifice; mais,
pour l’état général , rien de ce que j’avais précédemment remarqué. A partir de trois heures du soir, l’animal reprit le dessus, et le lendemain il était gai, alerte, caressant. La rougeur de l’anus avait disparu. 11 avait eu deux selles pulpeuses, verdâtres, non sanguinolentes. Point de miction depuis la veille.
Le 14 août, à neuf heures du matin, je iis prendre à cette petite chienne , qui était à jeun depuis trois jours , 1 gramme de poudre de cantharides mêlée avec du bœuf bouilli, haché , mâché. Le mélange fut divisé en 12 pilules égales, qui furent recouvertes de confitures, et administrées sans intervalle les unes après les autres.
Les troubles fonctionnels déterminés par cette deuxième intoxication furent de courte durée, et ne dépassèrent point six ou huit heures. Pendant ce temps , il y eut trois vomissements abondants , dont un sanguinolent. Les matières rejetées contiennent à peu près le tiers du mélange ingéré ; quelques tressaillements dans tous les membres à la suite de chaque inspiration.
Du 15 au 17 août, jour du troisième empoisonnement, l’animal eut deux selles pulpeuses de couleur brun-marron, une soif vive, un appétit insatiable : il ronge les vieux parchemins qui couvraient des bocaux, et cependant il refuse le pain, la graisse, les confitures, le bœuf bouilli; du reste, il est gai, caressant, court, saule partout; en un mot, il n’éprouve plus rien.
Depuis cinq jours, la petite chienne était presque à jeun, lorsque, le 17 août, à huit heures du matin, je lui administrai 12 grammes d’emplâtre vésicatoire préparé d’après la formule des hôpitaux ; cette quantité représente un cinquième de son poids , c’est-à-dire 2 grammes 40 centigrammes à peu près de cantharides ; je la divisai en 48 pilules, qui toutes, enveloppées dans de la chair à saucisses, furent avalées en moins de dix minutes.
Deux vomissements de matières alimentaires, au. milieu desquelles je retrouve 26 des 48 pilules ingurgitées, c’est-à-dire moitié ; plaintes, inquiétudes, frisson général, tremblement convulsif dans les quatre membres, et après chaque inspiration; deux selles brun-marron : voilà tout ce qui s’offrit à mon observation , et encore ces symptômes n’avaient-ils pas une intensité très prononcée. Le lendemain 18, il n’y paraissait plus : même gaieté, même appétit, même répugnance.
Le 18 août, je donnai à la petite chienne 1 gramme 25 centigrammes de poudre de cantharides, divisée en 6 prises, enveloppées chacune dans du pain à chanter, et placées entre deux tranches très minces de jambon. Cette fois, on observa les symptômes suivants : bave abondante, soif vive; deux fois vomissement de matières blanchâtres, avec quelques débris de pains à chanter ; frisson général après chaque inspiration ; rougeur intense de la langue sur la ligne médiane, tandis que, sur les côtés, l’epithélium blanchi., épaissi, paraît comme macéré dans le liquide de la salivation.
Les quatre expérimentations précédentes duraient depuis sept jours, et
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n’avaient point sensiblement affaibli l’animal. Pour arriver enfin à une terminaison indispensable, j’eus recours au moyen suivant.
Le 20 août, à deux heures du soir, je mis l’œsophage à nu , et lui fis une incision longitudinale; puis, à l’aide d’une seringue, j’injectai 50 grammes d’eau tenant en suspension 1 gramme 50 centigrammes du même poison. J’appliquai ensuite deux ligatures, l’une au-dessous , et l’autre au-dessus de l’incision ; je réunis ensuite par cinq points de suture la plaie des téguments, L’animal vécut encore vingt-quatre heures , et offrit les symptômes suivants :
Secousses fréquentes de toux, efforts continuels pour vomir; langue tirée, tète basse; mouvements coordonnés des flancs, du cou, des mâchoires, pour faciliter le vomissement; anxiété, marche chancelante , décubitus, et immobilité; 5Zt inspirations par minute, chacune d’elles suivie d'un tremblement convulsif des quatre membres. Thorax bombé, saillie des côtes, affaissement des espaces intercostaux, parois abdominales rétractées, perte complète de la chaleur, et mort, le 21 août, à deux heures du soir, vingt-quatre heures après le commencement du cinquième empoisonnement, trois jours et six heures après le quatrième empoisonnement, quatre jours et six heures après l’ingestion delà troisième dose de poison , sept jours et cinq heures après le deuxième empoisonnement , huit jours et quatre heures après la première prise des cantharides.
Nécropsie. — Le 22 août, à quatre heures du soir, c’est-à-dire vingtsix heures après la mort, je procédai à l’ouverture du cadavre. Mais les intestins ont été placés et conservés dans l’alcool jusqu’au à septembre, époque à laquelle je les examinai , quinze jours après la mort.
L’œsophage contient quelques mucosités qui offrent, en sept ou huit endroits , des restes brillants de cantharides.
Les matières extraites de l’estomac n’ont point été délayées dans l’alcool. Desséchées dans l’état de solidité qu’elles avaient à leur sortie de cet organe, elles ont présenté à leur surface externe, et non dans l’intérieur de la masse, qui en contient sans doute encore d’autres, huit ou dix paillettes.
Celles que j’ai retirées de l’intestin grêle ont été étendues en couches très minces sur deux plaques de verre, et desséchées dans cet état. Jusque là elles n’offraient rien de ce que je cherchais; mais en les enlevant par le grattage, sous forme de ruban en spirale, j’ai retrouvé cinq ou six paillettes, pas davantage.
Les fèces que j’exprimai du gros intestin étaient sanguinolentes ; elles ne m’ont donné que cinq ou six points brillants.
Les parties molles qui entouraient la plaie du cou , la peau , le tissu cellulaire sous-cutané , les muscles, tout a été enlevé, tendu, desséché, et je pus compter sept ou huit paillettes brillant à leur surface.
A la face interne de l’estomac sont adhéienls trente-cinq ou quarante petits débris de c léoptères. (Ibid.)
Expérience ixL — Le 7 septembre 18/|1, à une heure du soir, à l’aide
d’un entonnoir, je fis prendre à une petite chienne 2 grammes de cantharides pulvérisées, suspendues dans 100 grammes d’eau, et immédiatement après, j’ai lié les deux mâchoires. Celte précaution fut prise pour mettre fin aux cris, aux aboiements de l’animal, qui ne les avait pas interrompus depuis huit heures du matin , et non pas pour m’opposer aux vomissements; car, malgré cette muselière, les matières liquides et même solides s’échappent encore par les commissures des lèvres, moins vite, il est vrai.
Du 7 septembre, à une heure du soir, jusqu’au 8, à deux heures, c’est-à-dire pendant vingt-cinq heures, l’animal m’a offert l’ensemble des mêmes troubles fonctionnels déjà notés chez ceux qui l’avaient précédé.
Tristesse, inquiétude, anxiété; décubitus de préférence au soleil; abattement et prostration des forces ; chaque inspiration suivie d’un tressaillement général des membres et du tronc; gémissements sourds; point de vomissement ni de défécation ; une seule miction. Cet état de la plus grande intensité ne dura que vingt-quatre heures. Le lendemain , 8 , déjà l’animal était mieux , et le surlendemain , 9 , il avait tout surmonté , était gai, caressant , sautait, gambadait. Mais, ne voulant pas dans ce cas , comme dans les précédents, multiplier les tentatives, je sacriliai et pendis l’animal le 9, à midi, quarante-sept heures après l’ingestion du poison. Je fis l’ouverture du cadavre le 10, à deux heures du soir, vingtcinq heures après la mort, et soixante-treize après l’administration de la substance vénéneuse ; mais l’examen du canal digestif n’a été fait que le 3 octobre, vingt-six jours après l’empoisonnement , et vingt- trois jours après la mort. Pendant ce temps, il avait été conservé dans l’alcool.
L’estomac ne contient aucune matière que je puisse en faire sortir.
L’intestin grêle renferme environ 100 grammes de matières d’un blanc rosé. Étendues sur une plaque de verre, elles ont permis de voir, après avoir été desséchées, un très grand nombre de paillettes de cantharides.
Les matières molles retirées du gros intestin pèsent à peu près 35 à A0 grammes, et sont d’un rouge foncé. Traitées par les mêmes procédés d’investigation , elles n’ont mis à découvert que quelques paillettes de cantharides.
Les matières fécales dures , moulées , trouvées dans le gros intestin , ont été desséchées et conservées pendant six mois. Après ce laps de temps, elles ont été, le 10 mars 18A2 , dissoutes dans l’alcool bouillant, décantées, évaporées. Alors il m’a été facile d’y retrouver sept ou huit paillettes brillantes très visibles.
llien à la face interne de l’estomac.
Mais celle de l’intestin grêle a présenté une douzaine de points brillants solidement adhérents , enchâssés dans la membrane muqueuse.
Le gros intestin , examiné par les mêmes moyens, ne m’a fourni que très peu de paillettes, débris des coléoptères vésicants. (Ibidem.)
Expérience xc. — A midi on a détaché et percé d’un trou l’œsophage
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d'un chien de moyenne taille ; on a introduit dans son estomac 12 grammes de teinture alcoolique de cantharides , dans laquelle on avait suspendu 40 centigr. de poudre de ce même insecte ; on a lié l’œsophage audessous de l’ouverture afin d’empêcher le vomissement. Une heure après, l’animal a paru souffrir ; il a fait de grands efforts pour vomir, et il est tombé dans un état d’abattement et d’insensibilité remarquables, il est mort le lendemain à midi, après avoir uriné trois fois. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge de feu dans toute son étendue; celle qui tapisse le duodénum, un peu moins rouge, était évidemment enflammée. La vessie ne renfermait point d’urine; sa tunique interne était d’un rouge de feu , et avait acquis une épaisseur remarquable.
Expérience xic. — On a fait une plaie sur le dos d’un petit chien ; on l’a saupoudrée avec 4 grammes de cantharides finement pulvérisées , et on a réuni les lambeaux par quatre points de suture. Cinq heures après , l’animal a vomi une petite quantité de matières jaunâtres, un peu épaisses, et il a refusé de manger. Le lendemain soir, il était abattu, il souffrait beaucoup, et il avait rendu , à trois reprises différentes, une petite quantité d’urine fortement colorée. Il est mort trente-deux heures après l’empoisonnement. La plaie était très enflammée ; la rougeur s’étendait beaucoup au-delà des points sur lesquels les cantharides avaient été placées. La vessie ne contenait point d’urine ; sa tunique interne , évidemment enflammée, était très rouge. L’estomac ne contenait qu’une petite quantité d’un fluide jaunâtre; sa membrane muqueuse paraissait un peu plus rouge qu’elle ne l’est dans l’état naturel. Les poumons étaient sains.
Expérience xiic. — On appliqua sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien assez robuste, 4 grammes de cantharides finement pulvérisées : au bout de douze heures l’animal avait vomi deux fois; il était couché sur le côté, et dans un état d’abattement tel qu’il paraissait mort; il ne se plaignait point; les battements du cœur étaient fréquents; les inspirations étaient profondes et laborieuses, et au nombre de trente-cinq par minute ; l’inflammation était très vive dans le membre opéré, et s’étendait jusqu’à la partie supérieure des parois abdominales; la chaleur générale était intense; la langue était sèche et rouge sur les bords. Les muscles , loin d’offrir une contraction convulsive, étaient dans un grand état de relâchement et de stupeur, en sorte que l’animal ne pouvait pas se tenir debout un seul instant. Il expira deux heures après. On l’ouvrit le lendemain. La vessie renfermait un peu d’urine d’une couleur jaune-rougeâtre ; sa membrane interne n 'offrait aucune trace d'inflammation ; quelques uns des vaisseaux qui se distribuent à la tunique séreuse étaient légèrement injectés. Les reins et le foie étaient dans l’état naturel. Le cœur contenait du sang noir coagulé. Les poumons étaient crépitants. L’intérieur de l’estomac et du canal digestif ne présentait aucune altération. La surface externe de ces organes correspondante aux muscles abdominaux était d’un rouge vif; ces muscles étaient également enflammés. Le membre opéré était tuméfié , rouge , et très infiltré.
Expérience xiiic. — A dix heures on a injecté dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille 6 grammes d’huile d’amandes douces, qu’on avait fait chauffer pendant un quart d’heure avec h grammes de cantharides pulvérisées. Au bout de dix minutes, l’animal a perdu connaissance ; il est tombé sur le côté , et il a été impossible de le faire tenir sur ses pattes. Quelques instants après, il a éprouvé une roideur générale, accompagnée d’une grande agitation dans tous ses membres ; la tête s’est fortement renversée en arrière ; sa respiration n’était point gênée. Cet état a duré pendant six minutes : alors les mouvements convulsifs ont cessé ; la respiration est devenue accélérée ; l’animal ne poussait aucun cri plaintif, il conservait la même position qu’auparavant. Quinze minutes après l’injection on a voulu le relever ; mais il est tombé tout-àcoup sur la tête en recommençant de nouveau à agiter ses membres. A onze heures moins un quart , il a eu un accès convulsif des plus violents, pendant lequel sa respiration était très accélérée ; il poussait quelques cris plaintifs; il roulait son corps par terre et retombait sur la tête. A midi ,' sa respiration était excessivement gênée et râlante. Il est mort à une heure et demie, après avoir uriné deux fois depuis le moment de l’injection. Les poumons étaient très volumineux et gorgés d’une grande quantité de sérosité roussâtre ; ils offraient plusieurs portions d’une couleur rouge livide , d’un tissu compacte ,. peu crépitant ; les autres parties de cet organe étaient dans l’état naturel. La membrane muqueuse de la vessie était légèrement injectée ; celle qui tapisse l’estomac et le duodénum n’offrait rien de particulier.
Expérience xiv'. — On a injecté 8 grammes de teinture alcoolique de cantharides dans la veine jugulaire d’un petit carlin (1) : sur-le-champ l’animal a éprouvé des vertiges , et lorsqu’on le faisait marcher, il trébuchait et ressemblait aux personnes ivres de vin. Au bout de cinq minutes, il a vomi, à trois reprises différentes, une petite quantité d’aliments mêlés 'd’un fluide jaunâtre, comme bilieux. Les vertiges ont cessé dix minutes après, et l’animal a été parfaitement rétabli.
Expérience xv'. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 16 grammes de teinture alcoolique de cantharides. A peine l’injection était- elle faite que l’animal est tombé dans un état de stupeur tel qu’on le croyait mort. Une minute après, il a fait une forte inspiration, et a expiré sans pousser le moindre cri plaintif, et en conservant la même position que celle qu’il avait pendant l'injection. On l’a ouvert sur-lechamp : le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et rougeâtre ; celui qui remplissait le ventricule droit était noir et offrait quelques petits caillots.
Expérience xvx°. — Désirant connaître l’influence que l’alcool avait exercée dans les deux expériences précédentes , on a injecté dans la veine jugulaire d’un autre petit chien 16 grammes d’alcool pur à 2/j degrés.
(I) La teinture avec laquelle on a fait ces expérience? a été préparée avec de l’alcool à 24 degrés de l’aréomètre, et de la poudre grossière de cantharides.
Quelques secondes s’étaient à peine écoulées après l’injection , que l’animal a succombé sans qu’il ait été possible d’observer le moindre symptôme dans le passage rapide de la vie à la mort. Le cadavre a élé ouvert immédiatement après. Le sang renfermé dans le ventricule gauche était fluide et rougeâtre; celui qui occupait la cavité droite était noir, et offrait plusieurs caillots d’un aspect gélatineux. Convaincu par cette expérience qu’il fallait renoncer à la teinture alcoolique pour déterminer le mode d'action des cantharides sur l’économie animale, j’ai eu recours à l’huile, que j’avais préalablement fait chauffer avec de la poudre de cet insecte (voy. expér. 13e).
Expérience xvne. — L’odeur âcre et nauséabonde des cantharides est due à une matière volatile soluble dans l’eau, ayant quelques rapports avec certaines huiles , se pourrissant facilement dans l’eau , à laquelle elle communique une teinte blanche et une odeur fétide insupportable. J’ai voulu savoir quelle était l’action de cette matière sur l’économie animale. J’ai en conséquence versé 1 kilogramme d’eau de rivière sur 250 grammes de cantharides finement pulvérisées : dix heures après, j’ai procédé à la distillation. Trois cent quatre-vingt-quatre grammes du liquide volatilisé ont été introduits dans l’estomac d’un petit chien robuste, dont on a lié l’œsophage immédiatement après. Au bout de quatre heures, l’animal avait eu une déjection alvine abondante, composée de matières semblables à de la purée ; il éprouvait de la somnolence, et de la faiblesse dans les pattes postérieures; les inspirations étaient profondes et accélérées; les battements du cœur fréquents. Huit heures après l’empoisonnement , l’animal était très abattu ; il est mort au bout de six heures. Ouverture du cadavre. La vessie était vide; sa membrane interne était beaucoup plus épaisse que dans l’état naturel, et parsemée de stries rouges. L’estomac ne contenait point d’aliments ; la membrane muqueuse, évidemment enflammée, offrait plusieurs plaques et quelques points d’une couleur rouge cerise; l’œsophage et le canal intestinal étaient sains ; il en était de même des reins et du foie ; les poumons étaient crépitants ; le cœur contenait du sang noir coagulé , et ne présentait aucune trace de lésion organique.
Expérience xviiic. — La même expérience fut répétée sur un autre chien, avec cette différence que les 384 grammes de liquide introduit dans l’estomac avaient été préparés en distillant une nouvelle quantité d’eau sur les 250 grammes de cantharides qui avaient été employées dans l’expérience précédente , et qui, par conséquent, devaient contenir moins de principe volatil. L’animal, dont l’œsophage avait été lié, ne mourut que vers la fin du quatrième jour, et après avoir éprouvé des symptômes analogues à ceux de l’expérience précédente , si ce n’est qu’il n’avait eu aucune déjection alvine. Ouverture du cadavre. La vessie contenait une petite quantité d’urine; sa membrane interne était légèrement injectée; l’intérieur de l’estomac offrait çà et là quelques taches rouges; les reins, le foie , le cœur et les poumons étaient comme dans l’expérience précédente.
Expérience xixe. — On injecta dans la veine jugulaire d’un carlin robuste et de moyenne taille , environ 16 grammes de la même eau distillée de cantharides qui avait été donnée au chien qui fait le sujet de l’expérience 17''. Au bout de quatre heures , l’animal avait eu trois vomissements de matières mucoso-bilieuses ; du reste , il paraissait assez bien portant. Le lendemain matin , il était légèrement abattu ; mais il ne se plaignait point et marchait librement. Une quantité double du même liquide fut injectée dans la veine jugulaire de l’autre côté ; l’animal n’éprouva aucun phénomène remarquable dans la journée : le jour suivant, il refusa les aliments et les boissons; il paraissait abattu, sa démarche était libre. Il s’échappa le lendemain.
Expérience xxc. — On appliqua sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste, h grammes de poudre de cantharides épuisée par l’eau h nui liante de tout le principe volatil (1) : l’animal ne mourut qu’au bout de soixante heures ; tandis qu’un autre , à peu près de la même force, sur la cuisse duquel on avait appliqué la même dose de cantharides contenant le principe volatil , expira au bout de quatorze heures. (Voy. expérience 12e. ) Les symptômes observés pendant la maladie de cet animal furent analogues à ceux dont j’ai fait mention dan . les expériences 6e et 7e. Ouverture du cadavre. La vessie était vide ; sa membrane muqueuse était très enflammée et offrait plusieurs bandes d’un rouge de feu ; les vaisseaux qui se distribuent à la tunique séreuse de cet organe étaient légèrement injectés. L’estomac le canal intestinal, le foie et les reins ne présentaient aucune altération. Les poumons étaient crépitants ; le cœur contenait du sang noir coagulé. Le membre opéré était tuméfié infiltré et entièrement enflammé.
Expérience xxie. — La même expérience fut répétée sur un chien delà même grandeur que le précédent (le 8 août, à six heures du soir). Le 9, à midi, l’animal était légèrement abattu et refusait les aliments; il but une assez grande quantité d’eau, qu’il ne tarda pas à vomir. Le 10 , à onze heures du matin , il marchait assez librement , et ne paraissait pas très malade; le soir, l’abattement était plus fort; l’animal poussait quelques cris plaintifs : il mourut dans la nuit. Ouverture du cadavre. La vessie contenait environ hh grammes d’urine d’un jaune foncé ; la membrane interne de cet organe était légèrement plilogosée; les vaisseaux sanguins qui s’y distribuent étaient fortement injectés; l'estomac était vide , la membrane muqueuse, de couleur naturelle, se détachait facilement, et présentait, vers le pylore, deux ulcères de la grosseur d’une lentille; le canal intestinal, le foie, les reins et les poumons n’offraient rien d’extraordinaire; le cœur et le membre opéré étaient comme dans l’expérience précédente.
(I) On parvint à volatiliser tout le principe dont je parle, en faisant bouillir pendant vingt-quatre heures 12 grammes de cantharides et 2 kilogrammes d’eau , que Ton renouvelait à mesure que l'évaporation avait lieu. A cette époque, le liquide volatilisé étant inodore, on le rapprocha jusqu’à siccité pour conserver aux cantharides toutes les parties solubles non volatiles.
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Expérience xxhc. — On appliqua sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste, 5 grammes 50 centigrammes de cantharides finement pulvérisées, traitées par l'eau bouillante, et privées de toutes les parties solubles dans ce liquide. Sept jours après , l’animal n’avait éprouvé que les phénomènes inséparables de l’opération ; le membre opéré offrait un ulcère de la largeur de la paume de la main, qui ne tarda pas à se cicatriser, et le rétablissement fut complet.
Expérience xxiii'.— L'huile verte contenue dans les cantharides épuisées par l’eau bouillante lut séparée au moyen de l’alcool, suivant le procédé de Robiquet, et administrée à plusieurs chiens, à la dose de 2 à à grammes. Les mêmes quantités furent injectées dans le tissu cellulaire de plusieurs de ces animaux , qui n’éprouvèrent aucune incommodité. Ce résultat est conforme à celui qui avait été précédemment obtenu par Robiquet.
Expérience xxiv'. — L’extrait aqueux de cantharides renferme, d’après Robiquet, une matière noire sans action sur l’économie animale , la matière épispastique , et une substance jaune , visqueuse, nullement vésicante. On injecta dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste, 1 gramme de cet extrait dissous dans 2 grammes 70 centigrammes d’eau; au bout de deux heures, l’animal n’avait éprouvé aucun phénomène sensible. Le cœur battait 130 fois par minute ; la peau était chaude. Le lendemain , soif ardente , inappétence, 150 battements du cœur par minute , chaleur générale intense , léger abattement : du reste, ni vertiges ni plaintes. Cinq jours après, l’animal était moins abattu , mais il continuait à refuser les aliments. Il s’échappa le lendemain.
Expérience x\v°. -- La même expérience, répétée avec 2 grammes 70 centigrammes d'extrait aqueux, fournit des résultats différents: l’animal , après avoir éprouvé des symptômes analogues à ceux qui ont été déjà décrits ( voy. expérience lrc), mourut au bout de trente-cinq heures. A l’ouverture du cadavre, on trouva les mêmes lésions dont j’ai fait mention à la page 138 et suiv.
Expérience xxvie. — On a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un petit chien robuste, et on a introduit dans son estomac k grammes d'extrait aqueux de cantharides dissous dans 32 grammes d’eau. L’animal n’a rien éprouvé de remarquable dans la journée. Le lendemain , il était abattu; le cœur battait 160 fois par minute ; la chaleur générale était intense, la langue sèche et rouge sur les bords. Le jour suivant, ces symptômes acquirent plus d’intensité, et l’animal mourut soixante heures après l’empoisonnement. La vessie contenait de l’urine rougeâtre ; les vaisseaux qui se distribuent à la membrane muqueuse de cet organe étaient légèrement injectés; l’estomac était vide et enflammé ; le cœur contenait du sang noir coagulé ; les poumons étaient crépitants ; le foie et les reins ne paraissaient pas altérés.
Expérience xxvii'. — Désirant connaître quelle était la partie active de Y extrait aqueux de cantharides, on l’épuisa par l’alcool , qui jouit de la
propriété de dissoudre la matière épispastique et la substance jaune, et qui n’exerce aucune action sur la matière noire. On introduisit dans l’estomac d’un petit chien faible 3 grammes 30 centigr. de matière noire épuisée par l’alcool , et on lia l’œsophage. L’animal ne mourut qu’à la fin du quatrième jour, et il n’avait éprouvé qu’un léger abattement. A l’ouverture du cadavre, il fut impossible de découvrir la moindre altération, en sorte qu’il n’est point douteux que cet animal n’ait péri par suite de l’opération.
Expérience xxviii'. — On fit avaler à un petit carlin environ 1 gramme 60 centigrammes de matière noire : le lendemain , l’animal ne paraissait pas incommodé ; il mangea avec appétit et refusa les boissons ; il s’échappa le jour suivant à midi.
Expérience xxixe. — A huit heures du matin, on appliqua sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit carlin robuste , 2 grammes 70 centigr. de matière noire délayée dans h grammes d’eau. L’animal n’éprouva aucun phénomène sensible dans la journée. Le lendemain , à dix heures du matin , il était abattu , il refusait les aliments et les boissons, mais il ne se plaignait point; il avait uriné; le cœur battait 140 fois par minute ; la chaleur de la peau était assez intense. Ces symptômes avaient acquis plus d’intensité à quatre heures du soir, et l’animal mourut le jour suivant 5 six heures du matin. Ouverture du cadavre. Le membre opéré était infiltré et fortement enflammé; l’inflammation s’étendait jusqu’à la partie supérieure des muscles abdominaux : plusieurs points de la plaie étaient comme scarifiés. La vessie était remplie d’urine rougeâtre ; les membranes muqueuse et séreuse de cet organe étaient légèrement injectées. L’estomac, le canal intestinal, les reins et le foie n’offraient aucune altération. Les poumons étaient crépitants et ne renfermaient presque point de sang. Le cœur était rempli de sang coagulé; les pelotons graisseux contenus dans le ventricule droit de cet organe étaient rougeâtres.
Les résultats de cette expérience me semblent devoir fixer l’attention des observateurs : en effet , ils paraissent établir la nocuité de la matière noire des cantharides appliquée à l’extérieur, ce qui n’est point d’accord avec les observations de Robiquet , ni avec les expériences 27e et 28e, dans lesquelles cette même matière n’a déterminé aucun accident lorsqu’elle a été introduite dans l’estomac.
Expérience xxx'. — On introduisit dans l’estomac d’un petit chien environ 1 gramme 60 centigrammes d 'extrait alcoolique de cantharides délayé dans une petite quantité d’eau , et on lia l’œsophage. Au bout de soixante-dix heures, l’animal n’avait éprouvé aucun phénomène particulier; il était abattu : on fut obligé de lui rendre la liberté.
Expérience xxxie. — Le 29 juillet, à huit heures du matin , on injecta dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit carlin robuste, 1 gramme d'extrait alcoolique de cantharides, mêlé avec une
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petite quantité d’eau. A midi , l’animal se tenait debout ; il évitait le mouvement, et semblait avoir une légère tendance au sommeil; les inspirations au nombre de 22 par minute, étaient laborieuses et profondes; les muscles du tronc éprouvaient un frémissement comme convulsif. A cinq heures même état. Le lendemain (30 juillet), les inspirations étaient encore plus profondes; l’animal n’avait eu ni nausées, ni vomissements, ni déjections alvines; il avait uriné. Le 31, il refusait les aliments et les boissons. Le 1er août , il semblait manger avec appétit , mais il était bientôt obligé d’y renoncer; il avait une soif ardente; les battements du cœur étaient forts et fréquents : du reste, la démarche était libre, et l’animal ne poussait aucune plainte. Le 2 août, l’abattement, qui avait toujours été en augmentant , était considérable ; il fut impossible de faire prendre des aliments et des boissons. Dans la soirée du même jour, on fut obligé de lui rendre la liberté : on ne sait pas ce qu’il est devenu.
Expérience xxxii6. — Ces deux expériences furent répétées sur d’autres chiens avec des doses d 'extrait alcoolique plus fortes, et on détermina tous les symptômes de l’empoisonnement par les cantharides, et la mort. A l’ouverture des cadavres,, on trouva des lésions analogues à celles dont j’ai parlé à l’expérience 12e.
On voulut savoir quel était le principe actif de cet extrait alcoolique : déjà Robiquet avait annoncé positivement qu’il renfermait la substance épispastique par excellence, que l’on pouvait dissoudre au moyen de l’éther et d’une agitation prolongée pendant plusieurs jours ; il restait alors une matière jaune, comme extractive, insoluble dans l’éther et sans action sur l’économie animale.
Expérience xxxiii0. — On appliqua sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste , 6 grammes du résidu que l’on avait obtenu en agitant pendant un mois de l'extrait alcoolique de cantharides avec de l 'éther rectifié que l’on avait souvent renouvelé. Huit jours après, l’animal n’avait éprouvé aucun phénomène sensible ; il mangeait et buvait comme à l’ordinaire ; la plaie marchait vers la guérison, et il put servir, quelques jours après, à faire de nouvelles expériences.
Expérience xxxiv'. — La même dose de ce résidu fut introduite dans l’estomac d’un autre chien , et on obtint des résultats analogues.
Expérience xxxve. — On appliqua sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien 20 centigrammes de cantharidine. L’animal ne parut pas fortement incommodé. On répéta l’expérience avec 75 centigrammes : les symptômes de l’empoisonnement ne tardèrent pas à se manifester, et ils furent en tout semblables à ceux qui ont été décrits à l’expérience 12e. L’animal mourut au bout de trois heures. Les lésions cadavériques étaient analogues à celles dont j’ai déjà parlé.
Expérience xxxvie. —Introduite dans l’estomac, à la dose de 50, 60 ou 75 centigrammes, la cantharidine détermine l’inflammation, la corrosion, l’ulcération des tissus et la mort; elle agit comme la poudre de cantharides , mais avec beaucoup plus d’énergie. Ce résultat est absolument semblable à celui qui avait été obtenu par Robiquet.
Expérience xxxviie. — Un petit lapin ayant pris 10 centigrammes de canlharidine, mourut au bout de trois heures, après avoir éprouvé de l’insensibilité, du refroidissement, et la paralysie des extrémités. (Thommaso Pullini, Annali universali, t. lxxv, p. Zi3Z|.)
Expérience xxxviii1'. — Avec 7 centigrammes de canlharidine dissoute dans du lait, un second lapin tombe dans la prostration, devient immobile et meurt après une demi-heure. [Ibid.)
Expérience xxxix1. — Sept centigrammes de canlharidine et quinze gouttes d’eau cobobée de laurier-cerise, firent périr presque instantanément un troisième lapin. Le cœur était vide et flasque et l’estomac blanchâtre. Cinq jours auparavant, le même animal avait pris impunément, dans du lait , 20 gouttes d’eau cohobée de laurier-cerise. ( Ibid.)
Expérience xlc. — Avec 10 centigrammes de canlharidine en dissolution donnée à un lapin, on détermina une rapide prostration et des mouvements convulsifs des membres postérieurs. Douze gouttes d’éther ammoniacal et ensuite 5 centigrammes d’acétate de morphine, firent relever l’animal ; mais il n’eut aucune agilité , et il mourut au bout de douze jours. L’estomac était rouge, çà et là, et les méninges étaient injectées. [Ibid.)
Observation lre. — « En 1572, dit Cabrol, nous fusmes visiter un pauvre homme d’Orgon en Provence, atteint du plus horrible et espouvantable satyriasis qu’on sauroit voir ou penser. Le faict est tel : il avait les quartes; pour en guérir, prend conseil d’une vieille sorcière, laquelle lui flct une potion d’une once de semences d’orties, de 2 drachmes de cantharides, d’une drachme et demie de ciboules et autres, ce qui le rendit si furieux à l’acte vénérien, que sa femme nous jura son dieu qu’il l’avoit chevauchée dans deux nuits quatre-vingt et sept fois, sans y comprendre plus de dix qu’il s’cstoil corrompu ; et mesmes dans le temps que nous consultasmes , le pauvre homme spermatisa trois fois à notre présence, embrassant le pied du lict, et agitant contre iceluy, comme si c’eust esté sa femme. Ce spectacle nous estonna , et nous liasta à lui faire tous les remèdes pour abattre ceste furieuse chaleur ; mais quel remède qu’on luy s’ceust faire, si passa-t-il le pas 1). »
Observation 2e. — Le même auteur rapporte que M. Chauvel, médecin d Orange, fut appelé, en 1570, à Caderousse, petite ville proche sa résidence, pour voir un homme atteint de la même maladie : « A l’entrée de la maison , trouve la femme du dict malade , laquelle se plaignit à luy de la furieuse lubricité de son mary, qui l’avoit chevauchée quarante fois pour une nuict, et avoit toutes les parties gastées, estant contrainte les luy montrer, afin qu’il luy ordonnas! des remèdes pour abattre l’inflammation et l’exlresme douleur qui le tourmenloit. Le mal du mari estoit venu de breuvage semblable à l’autre , qui luy fut donné
(1) Dissertation sur le satyriasis, par M. Duprest-Rony , soutenue à l’Ecole de Médecine de Paris", le 10 germinal an xu.
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par une femme qui gardoit l’hospital, pour guérir la fièvre tierce qui l’affligeoit, de laquelle il tomba en telle fièvre, qu’il fallut l’attacher, comme s’il fust esté possédé du diable. Le vicaire du lieu fut présent pour l’exhorter à la présence mesmes du dict sieur Chauvel , lesquels il prioit le laisser mourir avec le plaisir. Les femmes le plièrent dans un linsceuil mouillé en eau et vinaigre, où il fut laissé jusqu’au lendemain qu’elles aloyent le visiter; mais sa furieuse chaleur fut bien abattue et esteinte , car elles le trouvèrent roide mort, la bouche riante , monstrant les dents , et son membre gangrené (1). »
Observation 3e. — Un abbé de moyen âge , estant en cette ville pour solliciter un procès, sollicita pareillement une femme honeste de son mestier, pour deviser une nuict avec elle, si bien que marché fait, il arriva en sa maison. Elle recueillit monsieur l’abbé amiablement , et le voulant gratifier, luy donna pour sa collation quelque confiture , en laquelle y entroient des cantharides, pour mieux l’inciter au déduit vénérique. Or, quelque temps après, à savoir le lendemain, les accidents que j’ay par cy-devant déclarez advinrent à monsieur l’abbé, et encore plus grands, parce qu’il pissoit et iettoit le sang tout pur par le siège et par la verge (2). Les médecins estant appeliez, voyant l’abbé avoir tels accidents, avec érection de verge, cogneurent à le voir, qu’il avoit pris des cantharides. Ils lui ordonnèrent des vomitoires et clystères faits d’orge mondé, de riz et de décoction de mauue, semence de lin, de fenugrec , d’huile de lys, suif de bouc ou de cerf, et puis après un peu de thériaque mixtionnée avec conserve de roses, pour faire sortir le poison dehors. Pareillement on luy donna à boire du laict , et on luy en fict aussi des injections en la verge et aux intestins, avec autres choses réfrigérantes, glaireuses et gluantes, pour cuider, obtundre et amortir la virulence et malignité du venin. Or, son boire estoit eau d’orge et ptisanne : son manger estoit poulailles, veau , cheureau, cochon gras bouillus avec laictues, pourpier, mauue, violier de mars, orge; lesquels aliments luy estoient aussi médicaments, tant pour lascher le ventre, que pour adoucir et seder les douleurs de l’acrimonie du venin ; et sur la région des reins , lumbes et sur le périnéum , mit plusieurs choses réfrigérantes et humectantes. Davantage , il fut baigné pour cuider, donner issue au venin par les pores du cuir : mais pour tous ces remèdes faicts selon l’art, M. l’abbé ne laissa de mourir avec gangrène de la verge. Et partant je conseille à telles dames ne prendre de telles confitures, et moins encore en donner à homme viuant, pour les accidents qui en adviennent (3).
Observation ùe. — N***, demoiselle âgée de quinze ans , d’un tempérament bilieux, d’une forte constitution, désespérée de se trouver sans aucun moyen d’existence, avala, le 12 juin 1812, environ Z|0 cen-
(1) Duprest-Rony, ouvrage cité.
(Y) Ces accidents étaient une vive douleur à l’estomac et dans la vessie, un flux de ventre semblable à celui des dysentériques, une fièvre ardente, des vertiges, etc.
(3) OEuvres d’Ambroise Paré, liv. xxi, des Venins, 12e édit., p. 500.
tigrammes de poudre de cantharides; quelques heures après, elle ressentit une douleur très vive dans la région hypogastrique, une ardeur brûlante avec prurit dans les parties de la génération et un besoin constant d’uriner, qu’elle ne pouvait satisfaire que goutte à goutte et au milieu des souffrances les plus cruelles. Quelques instants après , elle fut en proie à des convulsions horribles, pendant lesquelles ses membres étaient tordus; elle poussait des cris aigus et perdait souvent connaissance. [Lait , tisane de graine de lin , émulsion camphrée , lavements émollients.) Ces médicaments firent cesser les principaux accidents. Les jours suivants , elle ne se plaignait plus que de douleurs en urinant , et d’élancements de temps en temps autour du méat urinaire; son urine était très rouge et couvertes de petites pellicules noires. ( Même traitement .) A son entrée à l’Hôlel-Dieu, le 26 juin , elle n’offrait aucun symptôme remarquable; sa santé continuait à s’améliorer ; l’estomac et les intestins exerçaient librement leurs fonctions. (Gomme arabique édulcorée, lavements émollients, bols de camphre et de nitre, 32 grammes.) Le 30, elle éprouvait encore une légère cuisson en urinant, qui se dissipa graduellement au bout de quelques jours (1).
Observation 5'. — Un jeune homme d’environ vingt et un ans , très bien constitué, et sujet dans son enfance aux convulsions connues sous le nom à'eclampsia puerorum, avala quelques gouttes de teinture de cantharides : à l’instant même il ressentit une ardeur aux lèvres , à la langue et à la membrane du palais; malgré tous les efforts qu’il fit pour rejeter la liqueur caustique contenue dans la bouche , la membrane muqueuse fut enflammée en peu d’heures ; une tumeur considérable s’y manifesta , et il eut un ptyalisme des plus abondants. Il prit , par le conseil d’un chirurgien , du lait et beaucoup de boissons émollientes. Malgré l'usage de ces moyens , il éprouvait de temps en temps de cuisantes douleurs au creux de l’estomac et au milieu de la région ombilicale. Au bout de trois jours, après avoir soupé comme à l’ordinaire, environ une heure avant minuit, il est tout-à-coup saisi de convulsions horribles : tantôt il se jette et se roule sur son lit en désespéré ; tantôt il se relève et s’élance en furieux vers le lit d’un de ses amis qui dormait dans une alcôve de la même chambre , empoigne les barres de fer des rideaux de ce lit, les plie comme des roseaux, en poussant des cris et des hurlements affreux : huit hommes des plus robustes pouvaient à peine le contenir : aux convulsions se joint un délire complet, furibond, presque frénétique; les convulsions laissent quelques intervalles; le délire continue sans interruption. Le médecin qui rapporte cette observation le vit à dix heures du matin pour la première fois; il le trouva dans un état affreux ; les convulsions se succédaient presque sans interruption ; les accès duraient des heures entières ; on avait ensuite des calmes de quelques minutes ; tantôt elles avaient la forme d’un emprostholonos , tantôt d’un opislhotonos; tantôt il ouvrait la bouche , tantôt un trismus violent la lui serrait avec
(1) Observation communiquée par Piquet de la Houssiette.
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grincement très fort des dents et un écoulement de salive écumeuse, mêlée quelquefois à des raies sanguinolentes; sa physionomie portait l’empreinte de l’effroi et do désespoir. Dans les convulsions, on voyait ses cheveux se hérisser sur sa tête; le regard fixe, les yeux étincelants , allumés, et leurs muscles, qui entraient successivement en convulsion, produisaient dans le glotte de l’œil une rotation effrayante. La chaleur de la peau était naturelle ; le pouls , développé et lent , ne donnait que cinquante-cinq pulsations par minute; en posant la main sur la région ombilicale et en y exerçant une pression , les muscles abdominaux entraient en contraction ; l’abdomen paraissait entièrement oblitéré au milieu , et les muscles semblaient être collés à l’épine, surtout les droits, qui avaient la roideur d’une corde des plus tendues; tout-à-coup la commotion se communiquait à tout le corps , les convulsions étaient générales, et la tête se renversait d’une manière épouvantable. On voulut appliquer sur l’endroit le plus douloureux de l’abdomen un bouillon gras et bien chaud dont on avait imbibé une éponge : à l’instant le malade s’élance furieux; la salive jaillit plus abondante et plus écumeuse ; ses yeux deviennent plus féroces ; le serrement de la gorge est presque étouffant; il pousse des hurlements terribles, semblables à des aboiements ; et immédiatement après ces symptômes , il tombe dans des convulsions générales , qui ne finissent que par des défaillances ou un assoupissement profond.
De semblables accès se renouvellent fréquemment; l’attouchement de la gorge , la pression du bas-ventre dans les endroits douloureux , et la simple vue de l’eau ou du bouillon les reproduisent. Dans l’impossibilité de lui rien faire avaler, dans l’impuissance de rien injecter dans les gros intestins, on fit préparer un Uniment composé de 500 grammes d’huile d’olive , 12 grammes de laudanum liquide , autant d’ammoniaque et 5 grammes 50 centigrammes de musc; on recommanda de frictionner avec ce Uniment toute l'épine du dos depuis la nuque jusqu’à l’os sacrum, tout le bas-ventre, et principalement les endroits douloureux , toute la gorge, les bras et les cuisses. Ces frictions furent répétées tous les quarts d’heure, prolongées long-temps, et le malade fut enveloppé dans des couvertures de laine bien chauffées. On commença à frictionner à onze heures : huit heures après, il paraît plus tranquille, et les accès qui reviennent sont moins longs et moins violents ; il se plaint, dans l’intervalle d’un de ces accès , d’une forte douleur dans l’intérieur de la gorge ; on l’examine , et on y découvre une légère rougeur qui s’étend de la partie supérieure et postérieure de la membrane du palais aux muscles du voile et à la luette. On veut lui faire avaler une petite cuillerée d’huile : aussitôt il éprouve de violents serrements; il fait de grands efforts ; mais enfin il réussit à avaler ce peu d’huile sans que ni la vue ni le goût de ce fluide renouvellent les convulsions et les autres symptômes précédemment exposés.
Encouragé de ce qu’il commence à avaler quelque petite dose de ce liquide , on y mêle de la teinture d’opium , du musc et même du cinnabre
natif à de très fortes doses, et on en donne de demi-heure en demi-heure. Dans la nuit, on réussit à lui faire prendre quelques petites doses de bouillon : depuis sept heures il reprit presque en entier l’usage de ses sens. On lui annonce , à onze heures du soir, qu’un de ses amis doit parlir : cette nouvelle produit une forte émotion ; un violent accès se manifeste bientôt ; il est accompagné de convulsions effroyables, et il dure une heure et demie presque sans interruption. Les symptômes hydrophobiques ne se réveillent pourtant pas , et après que le calme est rétabli il se plaint encore d’une soif violente; il boit dans la nuit une grande quantité de bouillon , évaluée par les assistants à plus de 6 kilogrammes : il dort. Vers les cinq heures du matin, il eut une nouvelle attaque dont la durée ne passa pas une demi-heure ; le pouls était tranquille ; il se plaignait toujours d’une douleur obscure à l’ombilic et à la gorge. On continua à le frictionner de demi-heure en demi-heure. Le lendemain il allait beaucoup mieux. On ordonna toutes les demi-heures une cuillerée d’huile contenant de l’opium et du musc ; mais il avala tout à la fois les doses qui devaient servir pour toute la journée, c’est-à-dire 120 gouttes de teinture thébaïque , et /i grammes ZtO centigrammes de musc mêlés avec 256 grammes d’huile ; il ne s’ensuivit aucune altération ni dans le pouls ni dans la chaleur de la peau. Il continua à prendre dans la journée beaucoup d’eau, du bouillon et du vin; son appétit se réveilla; on lui prépara un hachis de poule de plus de 550 grammes en poids, et une soupe forte et nourrissante : il mangea avec plaisir. La journée entière se passa assez paisiblement , sans accès convulsif et sans aucune défaillance ; il eut de la gaieté, des caprices, ce qui était probablement dû à l’impression de l'opium et du musc. Dans la nuit suivante, il eut un sommeil paisible de quelques heures; il continua à boire abondamment du bouillon , et il expectora quelques crachats teints de raies sanguinolentes. Dans la journée qui suivit, il eut, à plusieurs reprises, des évacuations copieuses et verdâtres ; tous les symptômes étaient calmés ; le malade mangea et continua à se frictionner cl à boire. Deux jours après il quitta le lit et n’observa plus aucun régime (1).
Observation 6e. — M. F***, jeune homme de vingt-huit à trente ans, fut conduit à l’Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand dans la nuit du 2Zi février 1800, dans l’état le plus déplorable : il se roulait dans les corridors en poussant les cris les plus déchirants. Après des interrogations réitérées , nous apprîmes qu’on lui avait fait prendre, il y avait environ une heure, un breuvage dans lequel on avait introduit à dessein des cantharides. F*** avait ressenti peu après une chaleur brûlante dans la gorge et une douleur très vive vers l’estornac; ces symptômes s’étaient rapidement exaspérés, et lorsqu’il fut porté à l’hôpital, il éprouvait en outre une douleur atroce vers la région rénale et à l’hypogastre , et il avait un
(I) Mémoires de l'Académie de Turin , années 1802 et 1803 ; histoire d’un tétanos avec symptômes d’hydrophobie, produit par les cantharides. Observation rapportée papGinlio, p. 15.
160 Ides poisons irritants.
priapisme très fort ; la voix était faible, tremblante, la respiration laborieuse ; le pouls était petit, concentré ; il avait une soif dévorante; mais la constriction de la gorge était telle qu’il était impossible d’introduire une seule goutte de liquide sans donner lieu à des angoisses inexprimables. On essaya plusieurs boissons sans plus de succès. F*** manifesta bientôt un dégoût très vif pour les liquides ; il les repoussait vivement lorsqu’on lui en présentait : cependant les accidents allaient en augmentant; les douleurs d’entrailles étaient atroces; il y avait des ténesmes et des envies fréquentes d’uriner; mais le malade ne rendait, après les efforts les plus cruels , que quelques gouttes de sang par le rectum et par l’urètre. On introduisit dans la vessie quelques injections d’huile d’amandes douces tiède , et on parvint même à lui faire garder un demilavement d’huile d’olive; on appliqua de larges cataplasmes sur le cou ; on lui fit prendre des fumigations émollientes , et peu de temps après on put lui faire avaler quelques petites cuillerées d’huile , mais toujours avec difficulté. On essaya de le mettre dans un bain tiède ; mais ce fut en vain : à peine y fut-il entré que les douleurs semblèrent devenir plus vives, et il fallut l’en retirer promptement. Néanmoins on fit une nouvelle tentative une heure après, et elle ne fut pas sans succès : le malade demeura environ douze minutes dans l’eau ; lorsqu’il en sortit , ses souffrances paraissaient un peu moins fortes , quoique le priapisme , l’hématurie et les douleurs d’entrailles persistassent ; la déglutition devint un peu moins gênée, et on en profita pour lui faire avaler à plusieurs reprises , soit de l’huile d’amandes douces, soit du lait ou une émulsion. En continuant ces moyens et en revenant aux bains tièdes plusieurs fois , nous eûmes la satisfation de voir les accidents se modérer dans la journée. Le lendemain , il existait une chaleur très vive dans tout le trajet du canal digestif ; le priapisme paraissait encore de loin en loin ; l’hématurie avait cessé ; mais l’émission de l’urine ne laissait pas d’être accompagnée de douleurs : il n’y eut point de selles. Ces symptômes allèrent en diminuant, et le sixième jour F*** sortit de l’hôpital; mais il conserva pendant quelque temps une sorte d’irritation dans l’estomac, et surtout à la gorge. Pendant plusieurs mois il éprouva de la gène dans la déglutition des liquides.
Des détails peu positifs nous apprirent qu’on lui avait fait prendre h grammes de poudre de cantharides dans un demi-verre de vin de Bordeaux (1).
Observation 7'. — Mademoiselle ***, âgée de dix-neuf à vingt ans, décidée à se faire avorter, chargea la pointe d’un couteau de poudre de cantharides et l’avala. Des vomissements eurent bientôt lieu , et la malheureuse n’éprouva que de faibles incommodités. Le lendemain elle répéta la dose de la veille et de la même manière. Tous les symptômes de l’empoisonnement ne tardèrent pas à se manifester ; on employa inutilement les mucilagineux, le lait, l’huile, etc. Le lendemain, la malade ne pouvait plus uriner, mais elle rendait par les parties de la génération
(1) Observation communiquée par Biett.
quelques stries de sang; enfin l'avortement eut lieu avec une légère perle; l’embryon, pris pour un cailiot, fut jeté par les assistants. Dès ce moment l’état devint plus alarmant : vomissements fréquents, dilatation considérable de la pupille, mouvements convulsifs, sueurs froides, agonie; mort le quatrième jour après la deuxième prise ; les facultés intellectuelles ne furent point troublées un seul instant. Ouverture du cadavre. Le cerveau était le siège d’un engorgement sanguin ; l’épiploon, le péritoine, les intestins, l’estomac, l’œsopliage , les uretères, les reins et les parties internes de la génération étaient enflammés ; la bouche et la langue étaient dépouillées de leur membrane muqueuse. On a estimé que cette demoiselle avait pris environ 1 gramme 30 centigrammes de poudre de cantharides. (Observation de M. H. M. Gazette de santé, mai 1819.)
Observation 8'. — Quatre ouvriers d’un âge adulte et d’une constitution forte et robuste, ayant vidé un flacon trouvé dans un magasin où ils étaient chargés d’un travail, et qui, au lieu d’une liqueur alcoolique potable , ainsi qu’ils le croyaient , était rempli de teinture de cantharides, éprouvèrent tous les symptômes d’un empoisonnement tel que le déterminent les cantharides : un vomissement de sang accompagné d’un véritable étranglement et d’un sentiment de brûlure tout le long du canal alimentaire , une soif inextinguible et une difficulté ou plutôt une impossibilité d’avaler; une distension et une douleur continue dans la région abdominale, jointes au froid des membres et à un pouls fréquent et petit, tels étaient les symptômes. On ordonna des boissons émulsionnées avec du camphre et dunilre, l’application des sangsues à la région douloureuse de l’abdomen, des lavements émollients opiacés et camphrés, des pédiluves tièdes. Quatre jours après, deux de ces malheureux étaient hors de danger. Il n’en était point de même des deux autres , chez lesquels l’intensité des principaux symptômes résista au traitement indiqué , et qui tous les deux continuèrent à lutter contre une strangurie très opiniâtre. On prescrivit des injections émollientes dans la vessie, et on administra à l’intérieur, toutes les deux heures , une poudre composée de 10 centigrammes de camphre, de 5 centigrammes de feuilles d'uva ursi, et de 50 centigrammes de gomme arabique; on fit frotter en outre la région rénale avec l’huile de térébenthine ; on joignit à ce traitement de temps en temps une légère saignée : tous les malades étaient guéris au dixième jour. (Observation du docteur Graaf , extraite du Journal de Hufeland, année 1821.)
Observation 9'. — Ambroise Paré rapporte qu’ayant appliqué un vésicatoire sur toute la face , dans le dessein de faire disparaître plusieurs gros boutons, il survint des accidents graves causés par les cantharides. « Et trois ou quatre heures après que le vésiccatoire fut réduit de puissance en effect, elle eut une chaleur merveilleuse à la vessie, et grande tumeur au col de la matrice avec grandes espreintes, et vomissoit, pis— soit et aceloit incessamment, se jettant çà et là , comme si elle eust esté dans un feu , et estoit comme toute insensée et fébricitente : dont je fus
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alors esmerveillé de telle chose. Et voyant que tels accidents venoient à raison des cantharides qu’on lui auoil appliquées pour faire le vésiccatoire, fut aduisé qu’on luy donnerojt du laict à boire en grande quantité , aussi qu’on luy en bailleroit en clysteres et injections, tant au col de la vessie que de la matrice. Semblablement elie fut baignée en eau modérément chaude , en laquelle auoit bouilly semence de lin , racines et feuilles de mauue, et guimauue, violiers de mars, jusquiame, pourpier, laictues : et s’y tint assez long-temps, à cause qu’en iceluy elle perdoit sa douleur. Puis estant posée dedans le lict et essuyée, on lui appliqua sur la région des lombes , et autour des parties génitales , onguent rosat , populéum incorporez en oxycrat, afin de refréner l’intempérature rie ces parties. Et par ces moyens les autres accidens furent cessez (1 1.
Observation 10e. — En 1787, deux frères ayant avalé, dans une partie de débauche, de la poudre de cantharides délayée dans du chocolat, l’un d’eux périt en trois semaines de la dysenterie, et celui qui survécut mourut deux mois et demi après dans des angoisses terribles, à Paris, où il était venu chercher du secours. On trouva, à l’ouverture du cadavre, l’estomac et une portion de l’intestin duodénum parsemés , à l’intérieur, de tubercules fongueux, de varices, d’érosions et de petits ulcères; les reins et la vessie ne présentèrent d’ailleurs rien de particulier. ( Recueil périodique de la Société de médecine de Paris , tome x, numéro pvi.)
Observation 11e. — Un individu prit en deux fois, étant à jeun, 6 centigrammes de cantharidine ; il éprouva presque aussitôt un frisson général et un sentiment de froid )e long de la colonne vertébrale; la surface du corps était pâle, et la tète lourde. Les battements du pouls étaient diminués de cinq par minute. Au bout de quatre heures, il y eut une émission très abondante d’urine. (Pullini, Ouvrage cité.)
Observation 12e. — Le docteur Pullini prit dans la matinée 10 centigrammes de cantharidine en quatre doses. A la seconde, douleur sourde de la tète; à la troisième, quelques vertiges; après la quatrième, peau froide et humide, difficulté à se tenir debout, diminution de sept battements artériels par minute , urine brûlante et abondante , bien que les boissons fussent prises en très petite quantité. Après le milieu de la journée, M. Pullini but de l’alcool et ensuite 10 gouttes d’ammoniaque liquide dans un verre d’eau ; les vertiges se dissipèrent , et dans la nuit l’urine cessa d’être brûlante. Le lendemain , il ne restait plus qu’une lassitude. (Ibid.)
Symptômes de l’empoisonnement par les cantharides.
Les symptômes produits par les cantharides introduites dans l’estomac sont les suivants : Odeur nauséabonde et infecte; saveur âcre, désagréable; nausées, vomissements abondants, déjections alvines copieuses et souvent sanguinolentes; épigastralgie des plus vives; coli-
(1) Paré, ouvrage cité, pag. 500.
ques affreuses; douleurs atroces dans les hypochondres; ardeur dans la vessie ; urine quelquefois sanguinolente ; priapisme opiniâtre et très douloureux; pouls fréquent, dur; sentiment de chaleur très incommode; face vultueuse; respiration pénible, accélérée; soif ardente; quelquefois horreur des liquides ; convulsions , tétanos , délire , etc.
On observe aussi la plupart de ces symptômes dans le cas où la poudre a été appliquée sur le tissu cellulaire ou sur la peau , et en outre , l’inflammation ou la gangrène de ces parties.
Lésions de tissu produites par les cantharides.
Lorsque les cantharides ont été introduites dans l’estomac , on remarque quelquefois, dans la tunique interne du canal digestif, des tubercules fongueux , des varices , des ulcérations , des taches noires formées par du sang extravasé. Elles ne déterminent pas toujours l’inflammation de la membrane muqueuse de la vessie et des parties génitales : ce genre d’altération a principalement lieu lorsque l’individu ne succombe qu’un ou deux jours après l’empoisonnement ; il manque en général chez la femme ; et lorsqu’il a existé chez l’homme et qu’il a occasionné la gangrène du pénis, il disparaît après cinq ou six jours d’inhumation. Cependant si l’ouverture du cadavre est faite vingt-quatre heures après la mort, cette lésion pourra fournir des données importantes lorsqu’il sera démontré qu’elle n’est pas le résultat d’un cancer ulcéré de la verge, de la gangrène du scrotum après l’opération de l’hydrocèle, d’une infiltration urincuse suite d’une rupture de l’urètre , rupture qui peut être l’effet d’une ulcération syphilitique, d’un rétrécissement, d’un cathétérisme maladroit ou forcé. Les lésions ne sont pas les mêmes dans le cas où la poudre a été appliquée à l’extérieur . la partie avec laquelle le poison a été mis en contact est infiltrée , enflammée ou scarifiée ; la vessie et les organes génitaux sont ordinairement phlogosés ; mais il est rare qu’on découvre la moindre altération dans le canal digestif.
Conclusions. — 1° La poudre des cantharides, appliquée à assez forte dose sur la peau et sur le tissu cellulaire, ou introduite dans l’estomac de l’homme et des chiens , agit comme un poison irritant énergique ; elle est en outre absorbée et porte particulièrement son action sur la vessie et sur les organes génitaux (1).
(1) Il est rare que les tissus et les fonctions des organes génito-urinaires soient altérés chez les chiens soumis à l’iniluence des cantharides, tandis qu’ils le sont à peu près constamment chez l’homme. J’avais signalé ce fait qui a été depuis confirmé par les expériences du docteur Poumel. Ce médecin, en effet, n’a rien observé en expérimentant sept fois sur trpig chienne* ,
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2° Les propriétés délétères de la poudre de cantharides ne résident pas dans toutes les parties qui les constituent.
3° Ces propriétés doivent être attribuées à la cantharidine , au principe volatil huileux , et peut-être aussi à la matière noire (voy. expérience 29°, p. 153).
4° L’huile verte, la substance jaune soluble dans l’alcool et h poudre de cantharides épuisée par l'eau , produits dans lesquels on ne trouve ni la cantharidine, ni l’huile volatile, ne jouissent d’aucune propriété vésicante.
5° La poudre de cantharides, privée seulement du principe volatil, agit encore comme caustique, mais moins que la poudre ordinaire.
6" Les extra ts aqueux et alcoolique de cantharides, qui contiennent de la cantharidine , agissent avec plus d’énergie que la poudre ; mais leur action serait plus vive s’ils n’étaient point débarrassés du principe volatil.
7° L’action physiologique des divers produits vénéneux des cantharides est absolument semblable à celle de la poudre.
8° La partie des cantharides soluble dans l’huile d’amandes douces, injectée dans les veines à une dose peu élevée , porte son action sur le système nerveux, et principalement sur la colonne vertébrale.
Traitement de l’empoisonnement par les cantharides.
On provoquera le vomissement en administrant une grande quantité d’eau tiède , puis on aura recours aux boissons mucilagineuses, telles que la décoction de guimauve , de mauve , de graine de lin , etc. , et aux bains lièdes. On injectera dans la vessie l’un ou l’autre de ces liquides adoucissants , afin de prévenir ou de guérir l’inflammation des organes génito-urinaires. On combattra l’inflammation gastro-intestinale par des saignées générales et locales , si elle paraît trop intense. Enfin on prescrira le camphre seul ou associé à l’opium , soit en lavement , soit en potion , et l’on fera des frictions sur la peau de la partie interne des cuisses et des jambes avec 84 grammes d’huile dans laquelle on aura fait dissoudre 8 ou 10 grammes de camphre. L’huile d’olives administrée à l’intérieur, et tant prônée comme contre-poison des cantharides, ne jouit pas et à beaucoup près de l’efficacité qu’on lui a attribuée; aussi ne conseillerai-je pas d’en faire usage.
Si l’empoisonnement est l’effet de l’application des cantharides sur
et sur huit tentati vos auxquelles il avait soumis sept chiens, il a noté une seule fois la turgescence des testicules, du pénis et la rougeur île ce dernier organe ; et encore la tuméfaction était indolente et ne dura pas un quart d’heure , jamais d’hématurie; l’émission de l’urine se faisait sans douleur.
la peau , on ne cherchera point à faire vomir : on placera le malade dans un bain tiède, on lui donnera de cinq en cinq minutes un demiverre d’eau de graine de lin nitrée et camphrée, on fera les frictions que je viens de conseiller, et s’il se plaint d’une vive douleur à la région de la vessie ou de l’estomac , on n’hésitera pas à appliquer douze ou quinze sangsues sur le point douloureux et à pratiquer une saignée générale : on insistera également sur l’emploi de linges imbibés d’eau de guimauve ou de lin, que l’on appliquera sur toutes les parties souffrantes.
Recherches médico-légales.
Synonymie. — Cantharide des boutiques, cantharide vésicatoire, cantharis vesicatoria , melo >■ vesicalorius , lytta vesicatoria , genre d’insectes de l’ordre des coléoptères (1) , de la section des hétéromères (2) , de la famille des trachélides (3). ( Voyez ma Médecine légale , lig. h , pl. 21. )
Caractères du genre cantharide. — Crochets des tarses profondément bifides ; élytres {h) de la longueur de l’abdomen , flexibles , recouvrant deux ailes ; antennes filiformes , manifestement plus courtes que le corps , avec le troisième article beaucoup plus long que le précédent ; palpes maxillaires un peu plus gros à leur extrémité ; corps allongé, presque cylindrique; tète grosse, presque en cœur; corselet (thorax) petit comparativement à la longueur du corps, presque carré , un peu plus étroit que l’abdomen ; articles des tarses entiers ; mandibules se terminant en une pointe entière. Cantharide vésicatoire. Vert doré , antennes noires.
Les cantharides renferment, d’après Robiquet , 1° une huile verte, fluide, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool , et nullement vésicante ; 2° une matière noire , soluble dans l’eau , insoluble dans l’alcool , et qui d’après cet auteur n’est point vésicanto ; 3° une matière jaune , visqueuse , soluble dans l’eau , soluble dans l’alcool à la température ordinaire, nullement vésicante; Zt" la cantharidine ; 5° une matière grasse , insoluble dans l’alcool , nullement épispastique ;
(1) Les coléoptères ont quatre ailes, dont deux supérieures, pliées simplement en travers, sont en forme d’étui crustacé et à suture droite; ils ont des mandibules et des mâchoires pour la mastication.
(2) Les hétéromères ont cinq articles aux tarses antérieurs, et quatre aux deux derniers.
(3) Les trachélides ont la tète triangulaire ou en cœur, séparée du corselet par un rétrécissement brusque en forme de col.
(i Élytres, du grec-, É%rpov, gaine, enveloppe, étui ; ailes supérieures des insectes qui en ont quatre.
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6° du phosphate de chaux qui forme la base du squelette; 7° du phosphate de magnésie ; 8° une petite proportion d’acide acétique ; 9° une plus grande quantité d’acide urique. ( Annales de chimie, tom, lxxvi. )
Les cantharides peuvent être réduites en une poudre impalpable , d’un gris sale , généralement mate , parsemée de points luisants très brillants, à reflets métalliques, presque toujours de couleur vert doré et jaune doré, rarement bleue, plus rarement rouge. Si l’on change l’angle d’incidence sous lequel arrive la lumière , on perd tout-à-coup de vue les points étincelants , mais on en aperçoit d’autres qui brillent du même éclat. La poudre de cantharides offre une odeur âcre et nauséabonde. Lorsqu’on la met sur les charbons ardents , elle se décompose à la manière des matières animales , dégage Une fumée d’une odeur fétide , et laisse du charbon pour résidu. L’eau de rivière versée sur cette poudre se colore en jaune. L’éther sulfurique, mêlé à la poudre fine de cantharides, acquiert sur-le-champ une teinte jaune-verdâtre. L’alcool ne tarde pas à se colorer en jaune ou en rouge , suivant le temps pendant lequel il a agi et son degré de concentration ; dans cet état il porte le nom de teinture alcoolique de cantharides , que l’on prépare ordinairement dans les pharmacies, en substituant à l’alcool l’eau-de-vie ordinaire.
La teinture alcoolique de cantharides (des pharmacies) donne avec l’eau un précipité blanc laiteux , soluble dans un excès de ce liquide ; la dissolution conserve cependant une teinte blanchâtre légèrement opaline. L 'infusum de tournesol la rougit légèrement , et y fait naître un précipité rose clair. Le cyanure jaune de potassium et de fer la fait passer au jaune serin , la trouble , et en dépose au bout de quelques instants un précipité blanc, comme terreux, tirant légèrement sur le jaune. Les sulfures de potassium et de sodium en précipitent de gros grumeaux d’un jaune clair. La dissolution de carbonate de potasse la fait passer au jaune , et y occasionne au bout de quelques instants un précipité pulvérulent d’une belle couleur blanche. Les acides sulfurique et chlorhydrique la troublent toutà-coup, et la font passer au jaune serin; le précipité ramassé est d’une couleur jaune-verdâtre , et se présente sous forme de lames excessivement petites. L’acide azotique la précipite en jaune, et au bout de vingt-quatre heures on voit paraître à la surface du liquide une matière huileuse, rougeâtre, dont l’odeur ressemble à celle de la graisse traitée par l’acide azotique. L’infusion de thé y fait naître un précipité grumeleux très abondant , d’une couleur blanche-jaunâtre.
La cantharidine est sous forme de petites lames micacées, d’une saveur excessivement caustique, insoluble dans l’eau, soluble dans ce
liquide lorsqu’il est mêlé à la matière jaune, soluble dans l’alcool bouillant, dont elle se dépose par le refroidissement en paillettes cristallisées à la manière du blanc de baleine, soluble dans les huiles de térébenthine, d’amandes douces et d’olives bouillantes, ainsi que dans l’éther. Elle est fusible à 210° c. Chauffée un peu plus fortement, elle se sublime en partie en petites aiguilles brillantes. Les acides azotique et chlorhydrique la dissolvent à l’aide de la chaleur, sans altérer sa couleur, tandis que l’acide sulfurique chaud se colore en la dissolvant. La potasse et la soude caustiques liquides peu concentrées la dissolvent à froid.
Chocolat mélangé de cantharides. — Plusieurs personnes qui avaient mangé du chocolat ainsi altéré furent incommodées , et Barruel eut à rechercher quelle pouvait être la cause des accidents qui se manifestèrent. Ce chocolat , examiné près d’une croisée , surtout lorsqu’il était frappé par la lumière du soleil, était parsemé de points brillants réfléchissant les couleurs verte et mordorée de la poudre de cantharides. On le réduisit en poudre , que l’on fit digérer pendant douze heures avec de l’éther sulfurique à 30° c. ; on filtra la liqueur après l’avoir laissée refroidir. Le solutum évaporé jusqu’à siccité a fourni un résidu blanc assez volumineux, ayant l’apparence de suif ou de beurre de cacao. Une portion de cette matière grasse, avec laquelle on s’est frotté Une partie de la lèvre, y a promptement déterminé Un sentiment de cuisson , puis de la rougeur, et après quelques heures a produit une véritable vésication, caractérisée par une phlyctène suivie d’érosion. ( Annales d'hygiène et de medecine légale , tom. xme, année 1835.)
Cantharides mélangées à des liquides alimentaires , aux matières vomies ou rendues par les selles , à celles que l’on trouvé dans le canal, digestif après la mort , etc. — Les liquides alimentaires et les matières vomies seront étendus en couthes très minces sur des plaques de verre; dès qu’ils seront desséchés, on les exposera à la lumière solaire, et l’on apercevra des paillettes de cantharides , que souvent on ne verrait pas à la lumière diffuse. Si ori fait l’expérience pendant la nuit, on fera usage d’un globe rempli d’eaü, tenu à la UiaiU entre la lampe et les objets à examiner ; cet appareil projettera sur ces objets une lumière assez intense pour laisser peu de chose à désirer.
Les matières fécales molles et pulpeüses seront délayées dans l’alcool , étendues en couches très minces , et desséchées sur des pl quès de verre ; celles qui seraient moulées et dures seraient d’abord desséchées, puis dissoutes dans l’alcool et évaporées comme les précédentes.
Quant aü : anal digestif, après l’aroir séparé des parties environnantes , on l’insufflera fortement et on le fera sécher, en ayant soin
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de le tendre dans une direction verticale et de lester par un poids l’extrémité inférieure. Dans cet état , on divisera par tronçons la partie que l’on veut examiner, et on les coupera longitudinalement , de manière à avoir des fragments de la grandeur et de la forme d’une carte à jouer. Si l’on n’avait pas tendu ces tissus verticalement , de manière à effacer les anses, les courbures, etc. , lorsque après la dessiccation on voudrait effacer les plis , afin d’avoir une surface plane , la membrane muqueuse se fendillerait et perdrait son aspect poli; et s’il se trouvait quelque parcelle de cantharides à l’endroit de ces éraillements , elle disparaîtrait.
Les matières qui recèlent en plus grande quantité des parcelles de cantharides sont , au premier rang, celles qui sont contenues dans les gros intestins; les fèces rendues pendant la vie sont quelquefois aussi très riches; viennent en second lieu les mucosités renfermées dans l’intestin grêle , puis enfin celles qui tapissent l’estomac, il en est de même pour le canal digestif : on trouve moins de cantharides dans l’estomac que dans les intestins , et le gros intestin , quoique fort court, en offre autant que l’intestin grêle.
Mais , dira-t-on , quelle importance attacher à la présence des paillettes dès que les cantharides ne sont pas les seuls coléoptères qui présentent la coloration à l’aide de laquelle on prétend les reconnaître; ne savons-nous pas qu’on la remarque aussi dans la senterelle marquetée , dans les cétoines africaine, du chêne et dorée , dans le goliath bridant, dans le laniprime cuivreux , dans Xeuclore verte et des vignes, dans les macraspés brillante et à quatre doigts, dans le bousier hesperus , dans les buprestes à bande, foudroijant , rude, unicolore et rétréci , dans le taupin resplendissant , dans le cicindèle champêtre, dans les divines brillant et rutilant, dans le carabe doré et dans le glaphyre du mélilot ? A cela je répondrai qu’excepté le bupreste peut-être , ces insectes ne sont ni vésicants ni vénéneux ; de plus, quelques uns ne se trouvent pas en France. Il faudrait donc pour s’exposer à l’erreur, je ne dis pas pour la rendre inévitable, ainsi que le dit M. Poumet, à qui j’ai emprunté ces détails, une foule de circonstances dont la réunion ( condition obligée ) est une supposition chimérique. Il faudrait, en effet, puisqu’on ne vend nulle part les objets dont je parie, les recueillir soi-même, les réduire en poudre très fine, et les administrer en les regardant comme des cantharides, c’est-à-dire s’exposer à manquer le but qu’on se propose , faute de connaître les uns et les autres ; et comme une pareille tentative ne déterminerait aucun symptôme d’empoisonnement , il serait de toute nécessité que la personne exposée fût précisément, et tout juste ce jour-là , sinon morte , au moins at-
teinte du côté de l’appareil digestif d’une maladie aiguë , grave , développée subitement, saus cause aucune appréciable; de plus, joignez à ces symptômes les troubles fonctionnels propres aux organes génito-urinaires. Je le répète, cette accumulation de conditions nécessaires est presque une impossibilité, ne se rencontrera peut-être jamais , et ne touche que très peu à ma conviction. Cependant je conçois que l’opinion contraire trouve crédit auprès de quelques consciences qui ne sont cependant ni timorées ni méticuleuses; c’est là une de ces circonstances qui souvent se présentent devant les tribunaux. La vérité se montre à tous les regards : c’est bien elle ; on la voit, non pas tout-à-fait à nu pourtant, un voile blanc la couvre encore ; il est léger, d’une entière diaphanéité , ne dérobe rien à 1 œil le moins exercé, au tact le plus obtus; mais enfin c’est toujours un voile. Alors des voix intérieures se font entendre, le doute s’élève, et la conviction s’évanouit. Le prévenu est absous; mais cet acquittement n’est pas l’innocence, et le temps ne la lui rendra jamais. (Ouvrage cité, pag. 34.)
Est-il indispensable , pour affirmer qu’il y a eu empoisonnement par les cantharides, de retirer la cantharidine ? Évidemment non, si l’on a pu recueillir une ou plusieurs cantharides entières , ou bien une quantité de fragments ou de poudre de ces insectes suffisante pour les bien caractériser , et que l’on ait constaté, en outre, les symptômes et les altérations des tissus que ce poison détermine le plus ordinairement. Il n’en serait pas de même si l’expert n’avait pas pu se procurer une portion de l’insecte entier ou divisé ; dans ces cas , il faudrait nécessairement chercher à extraire la cantharidine , et s’il ne parvenait pas à l’obtenir, il se tiendrait sur la réserve , et , suivant que le commémoratif, les symptômes et les lésions de tissu se rapprocheraient plus ou moins de ceux que l’on observe dans l’intoxication qui m’occupe, il établirait des soupçons ou des probabilités d’empoisonnement. Il faut dire toutefois qu’il arrivera bien rarement que l’on retire de la cantharidine des matières suspectes à l’aide de l’éther, alors que ces matières ne renfermaient pas des parcelles de cantharides visibles à l’œil nu, parce que les cantharides ne contiennent guère que 1/250 de leur poids de cantharidine, d’après Thierry, et qu’il est par conséquent presque impossible d’en obtenir en agissant sur une proportion de cantharides que l’œil n’aurait pas aperçue.
Cantharides dans un cas d' exhumation juridique. — Les expériences tentées par moi d’abord , et ensuite par îVI. Poumet , ne laissent aucun doute sur la possibilité de découvrir les cantharides après une inhumation prolongée.
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Expérience i". — « Le 8 novembre 1826, on a enterré, dans une boite mince de sapin, un intestin contenant lx grammes de cantharides pulvérisé.-s, un blanc d’œuf et de la viande. L’exhumation de la boîte a eu lieu le 13 août 1827 (278 jours , plus de 9 mois après). La matière renfermée dans l’intestin était convertie en gras de cadavre, et on apercevait çà et là , même à l’œil nu , une multitude de points brillants d’un vert magnifiq ne , qui étaient formés par la poudre de cantharides. En traitant celle masse par l’eau bouillante, le gras de cadavre entrait en fusion, et venait à la surface du liquide sous forme d’une couche huileuse , tandis cjtic les particules brillantes se déposaient au fond du vase; on pouvait ainsi ramasser une assez grande quantité de ces particules pour s’assurer qu’elles possédaient toutes les propriétés des cantharides pulvérisées. »
( Exh. jurid., p. 312.)
Expérience ite. — Le 7 septembre 18/il, à une heure du soir, je Gs prendre à un chien de petite taille 12 grammes d’emplâtre vésicatoire préparé à la pharmacie centrale des hôpitaux. Cette quantité qui , d’après la formule, représente et contient à peu près 2 grammes /i0 centigrammes de poudre épispatique, fut divisée en 32 pilules égales, administrées toutes de suite, dans du bœuf bouilli , haché, mâché. Dans la nuit du 7 au 8, l’animal rendit vingt et une des trente-deux pilules ingurgitées la veille, c'est-à-dire les deux tiers de là dose. Il n’en avait donc conservé qu’un tiers, ou 80 centigrammes : aussi, le 9, était-il complètement rétabli.
Le 9 septembre , à une heure du soir, je donnai à ce chien U grammes de poudre vésicante incorporée dans des confitures. De ce mélange je Gs 11 pilules, qui furent recouvertes de pains à chanter et ingérées de suite.
A cette seconde tentative, le chien a eu deux vomissements abondants. Aucune pilule ne fut rendue entière , mais un tiers environ du poison fut rejeté. Cet animal est le seul qui ait présenté quelques symptômes du côté des organes externes de la génération. Le pénis était gonflé, distendu, roide, non douloureux au toucher. Le gland sortait du prépuce, rouge écarlate, odorant. Le chien le léchait à plusieurs reprises ; les testicules présentaient la même indolence et la même tuméfaction : pour se soulager, l’animal traînait et frottait rudement l’anus sur le carreau. Cet état dura à peine un quart d’heure, puis tout disparut. Trois jours après il avait tout surmonté. Je fus obligé de le sacriiier, et le pendis le 12 septembre à une heure du soir , quarante-huit heures après la deuxième expérimentation , quatre-vingt-seize heures après le premier empoisonnement.
Le 13 septembre, je plongeai le cadavre dans un grand baquet. L’eau le recouvrit entièrement pendant les deux tiers du temps , après quôi il revint à la surface et surnagea jusqu’à la lin. Il était resté quinze jours , juste dans l’eau, lorsque le 27 septembre, je procédai à l’Ouverture du corps. Je retirai toui le canal digestif, mais ne l’éianfinai que le 5 octobre, c’est-à-dire vingt-trois jours après ht mort. Les matières contenues dans l’estomac ont mis à nu une vingtaine de paillettes. Celles de l’intestin
grêle, une dizaine seulement. Mais ce que je pus faire sortir du gros intestin me donna un résultat beaucoup plus satisfaisant, 70 ou 80 paillettes. La face interne de l’estomac n’en a ofTeit que 2. L’intestin grêlé, 4 seulement ; et je n’en ai compté que 21 dans le gros intestin. ( POTmet , Thèse déjà citée.)
Expérience me. — Le 18 septembre 1841 , à une heure du soir, je fis avaler à un chien de moyenne taille, tenu à la d i è i e depuis plus de trente heures, 5 grammes de cantharides pulvérisées, suspendues dans 95 grammes d’eau. Un quart environ fut rejeté immédiatement, de sorte que la dose conservée n’est guère que de 3 grammes 50 centigrammes à 4 grammes. De plus, comme ce chien aboyait fort et continuellement , je lui ai lié les deux mâchoires. Le lendemain 19, à sept heures du matin, l’animal était mort, roide et froid, fl a succombé hier à peu près vers min dit , douze heures environ après Ping stioh du poison.
Le même jour, j’enveloppai le cadavre dans un morceau dé toile, l’enfermai dans une boîte de sapin, et j’inhumai le tout à une profondeur telle qu’il y avait üm,65 cent, de terre par-dessus la boîte. Elle y resta pendant vingt-neuf jours, c’est-à-dire jusqu’au 18 octobre, époque à laquelle je procédai à l’exhumation et à la nécropsie. Le canal alimentaire est assez résistant dans toute son étendue ; le plan musculeux est épais, facilement reconnaissable; sa coloration est d’un rose vermeil: excepté le rectum , qui est un peu distendu par des gaz, le reste de l’intestin est contracté et revenu sur lui même. L’estomac renferme encore des mucosités blanchâtres qui , soumises aux procédés ordinaires d’investigation , ont fait briller 14 paillettes, débris de cantharides. De l’intestin grêle j’ai retiré des matières blanchâtres aussi, et qui, traitées de même, m’ont fourni 10 points brillants. Les matières fécales retirées du gros intestin , dissoutes dans l’alcool, étendues, évaporées, ont fourni tant de paillettes, qu’il est impossible de les compter. A la marge de l’anus, dans le sillon interclunal , entre les poils , j’ai enlevé des restes de matières fécales au milieu desquelles j’ai retrouvé 3 points, restes de cantharides. Environ 0m,05 cent, delà portion cervico-thoracique de l’œsophage ont été tendus. Après dessiccation complète j’ai compté sur la face muqueuse 7 ou 8 paillettes brillantes. A la face interne de l’estomac j’ai pu compter un bon nombre de paillettes. L’intestin grêle n’en renfermait que quelques unes. Enfin , dans le gros intestin , on en voyait briller 8 ou 10. (Ibid.)
Expérience iv\ — Le 19 septembre 1841, à midi, j’administrai t'i un chien de petite taille, tenu à une diète absolue depuis trente heures, 3 grammes 50 centigrammes du même poison , suspendu dans 90 grammes d’eau. Le surlendemain 19, à sept heures du matin, il fut trouvé mort, roide et froid ; il avait eu deux vomissements et une seule selle.
Toutes les conditions de l’inhumation , de l’exhumation , de la nécropsie , sont identiquement les mêmes que celles de l’expérimentation précédente : je ne les répéterai donc pas.
Les matières retirées de l’estomac ont été délayées dans l’alcool, étendues par couches très minces sur une plaque de glace. Après dessicca-
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tion , la quantité des paillettes était si grande , qu’il serait impossible de les compter. Celles qui étaient contenues dans l’intestin grele, soumises aux mêmes moyens d’analyse, m’ont donné pour résultat vingt ou vingtcinq parcelles brillantes. Quant aux fèces retirées du gros intestin, elles ne m’ont présenté que cinq paillettes visibles. Du pourtour de l’anus, j’ai enlevé, par le grattage, un détritus pulpeux, au milieu duquel brillent trois débris de coléoptères vésicants. Même résultat à la face interne d’une portion de l'œsophage. Le nombre des parcelles est bien plus grand sur la membrane muqueuse de l’estomac. L’intestin grêle en contient trois ou quatre très facilement visibles à l’œil nu; mais si l’on se sert de la loupe, on découvre des myriades de paillettes. Enfin, dans le gros intestin, je n’en ai retrouvé que huit ou dix. (Ibid.)
Expérience ve. — Le 14 septembre 18/tl , à midi , je fis prendre à un petit chien , tenu à la diète depuis plus de trente heures, 38 cantharides entières : ces insectes n’avaient pas été choisis, mais pris au hasard; ils pesaient 2 grammes 80 centigrammes , et furent ingérés en 38 boulettes enveloppées dans du bœuf bouilli , haché , mâché. Dans la nuit , l’animal eut un vomissement de matières alimentaires, du milieu desquelles j’ai retiré 12 cantharides entières, ce qui réduit à 26 le nombre des coléoptères conservés, et, en poids, à 1 gramme 65 cent, la dose du poison. Le 16, tout accident avait disparu: il fallut sacrifier le chien, et je le pendis; pendant la suspension, il y eut une selle dure. Le même jour, il fut enterré dans des conditions en tout et pour tout semblables à celles des expérimentations précédentes. Je le laissai en terre jusqu’au lundi, 4 avril 1842, époque à laquelle je procédai à l’exhumation et a l’ouverture du cadavre (deux cents jours après la mort).
L’état de putréfaction de ce cadavre était beaucoup moins avancé que je ne pouvais le supposer: la peau n’était perfoiée en aucun endroit; les deux cavités thoracique et abdominale étaient distinctes et séparées par un diaphragme parfaitement intact; enfin , le tube intestinal , dans toute sa longueur, avait conservé encore assez de résistance pour pouvoir être disséqué, insufflé et tendu ; il en était de même de la vessie. A la marge de l’anus, dans le sillon interclunal, j’ai retrouvé un peloton de matières fécales pulpeuses, du milieu duquel j’ai retiré 15 cantharides presque tout entières. Les matières exti aites de l’estomac, évaporées, desséchées, ont fourni sept paillettes. Celles de l’intestin grêle n’en ont présenté que trois, dont deux se sont détachées. Le gros intestin, toujours plus riche que les deux autres portions du conduit alimentaire, contenait des matières fécales qui , délayées , évaporées , ont offert un nombre de paillettes assez grand pour ne pouvoir pas être compté. Rien à la face interne de l’estomac desséché. Une seule paillette sur celle de l’intestin grêle. Enfin, le gros intestin a fourni sur sa membrane muqueuse huit ou dix débris assez gros , mais dont quelques uns se sont détachés. ( Ibid. )
Expérience vi\ - Le 15 septembre 1841, à midi , j’administrai à un chien de petite taille, tenu à jeun depuis cinquante-deux heures, 4 grain-
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mes de cantharides pulvérisées suspendues dans 100 grammes d’eau. Les symptômes prirent de suite une gravité extrême, et marchèrent avec la plus grande rapidité. L’animal eut des vomissements si fréquents, si abondants, que presque tout le poison ingurgité a été rejeté. La nuit , il eut une selle dure, moulée, de couleur marron. Il mourut le IG, à dix heures du matin, et fut le même jour inhumé comme dans l’expérience 5e, voy. p. 17Z|. Il resta enterré jusqu’au lundi 4 avril 1842, époque à laquelle je procédai à l’exhumation et à l’ouverture du cadavre (deux cents jours après la mort).
Ce cadavre présente un état de putréfaction plus avancée que celui de l’expérience précédente. Les articulations libio-tarsiennes et radio-carpiennes s ni ouvertes ; le sternum et l’os maxillaire inférieur sont à nu ; l’anus est béant et largement ouvert. Aucun reste de matière fécale ne se voit à cet orifice. Le diaphragme est encore intact ; l’estomac seul est distendu par des gaz; tout le canal digestif, enlevé de la cavité abdominale le 4 avril , jour de l’exhumation , a été conservé dans l’alcool pendant dix jours , et n’a été disséqué , vidé , insufflé , analysé , que le jeu i 14 , c’està-dire deux cent dix jours ou sept mois après la m it. Les matières extraites de l’estomac ont présenté un grand nombre de paillettes brillantes. Celles que j’ai retirées de l’intestin grêle se sont trouvées plus riches encore. Enfin le gros intestin renfermait des matières qui, analysées comme les précédentes, ont offert un bon nombre de débris de cantharides. L’estomac n'a pas pu être insufflé ni tendu ; l’état avancé de putréfaction l’a v ait crevé en cinq endroits. Je l’ai divisé en deux portions, en coupant suivant la grande et la petite courbure. Ces deux moitiés, tendues , desséchées, sont les pièces les plus riches que j’aie rencontrées. L’intestin grêle était encore bien plus altéré ; je l’ai tendu p r portions , et n’ai pu en insuffler que trois petits morceaux très courts. Après dessiccation de la face interne, j’ai vu briller une dizaine de paillettes très distinctes.
Enfin le gros intestin , bien plus résistant que les deux autres , a pu être insufflé, après quoi il a présenté un bon nombre de débris de cantharides, surtout aux alentours de la valvule iléo-cœrale. (Ibid.)
BES MOUEES.
11 est parfaitement constaté que plusieurs individus ont éprouvé des accidents graves après avoir mangé des moules; ces accidents ont quelquefois été suivis de la mort. Cette vérité sera mise hors de doute par les faits suivants.
Observation lre. — Mademoiselle ***, âgée de seize ans, fort bien constituée, ne se trouvant point alors à une époque critique, mangea cinq ou six moules que l'on venait de faire cuire, et qui n’étaient pas encore apprêtées. Elle éprouva immédiatement après un étouffement très violent qui allait en augmentant : la face se gonfla ; tout le corps se cou-
DES TOISONS IRRITANTS
vrit (le plaques blanchâtres très volumineuses et très saillantes ; la malade éprouva des angoisses, transpira un peu, eut un larmoietne t pénible. On lui administra quelques tasses d’eau sucrée, et quelque temps après on lui fit prendre par cuillerées 8 grammes d’élher dans 60 grammes d’eau de menthe. Les premières doses de ce mélange étaient à peine avalées, que les pustules s’affaissèrent et las autre® accidents disparurent. Quelques tasses d’une infusion de feuilles d’oranger firent cesser aisément la fatigue et l’agitation qui avaient été la suite de cette indisposition. Un léger rhume dont cette demoiselle était affectée avant cet accident s’est trouvé entièrement dissipé. Le père de cette jeune personne n’éprouva aucune incommodité après avoir mangé une grande quantité de ces moules. Montègre , à qui j’ai emprunté cette observation, annonce qu’un événement semblable a eu lieu récemment dans son voisinage (1).
Observation 2e. — Le docteur Charlet rapporte le fait suivant : « Madame G. , âgée de quarante ans, d’un tempérament sanguin lymphatique, jouissait d’une parfaite santé. Elle mangea des moules â son dîner. Deux heures après , étant au spectacle , elle prit quelques portions d’orange, et éprouva aussitôt des frissons irréguliers, une douleur à l’épigastre , avec oppression et difficulté de respirer, inquiétudes générales; la face devint rouge et gonflée; l’étouffement fut en augmentant , au point que la malade ne pouvait se coucher à son retour chez elle ; à ces symptômes se joignirent des démangeaisons très vives et un enchifrènement subit et intense. M. Charlet prescrivit des sinapismes aux jambes et une fumigation tiède dans laquelle on mit, à plusieurs reprises, 12 grammes d’éther sulfurique , dont on dirigea les vapeurs dans la bouche et dans les fosses nasales au moyen d’un entonnoir. Bientôt la face pâlit , et les autres accidents se calmèrent. Au bout d’un quart d’heure , la malade s’endormit , et ne ressentit qu un peu de fatigue les deux jours suivants. ( Gazelle de santé du 21 mars 1813.)
On pourra encore voir, dans le cahier du 11 avril 1813 du même journal, deux exemples de cet empoisonnement, dont un a été guéri par M. Demangeon, et l’autre par un pharmacien.
Observation 3“. — « Le 18 septembre dernier, madame***, âgée de trente, ans , d’une santé délicate, mais alors bien portante, mangea a son dîner, avec d’autres aliments, environ dix moules, faisant partie d’un plat de ce coquillage accommodé a la sauce de poulet. Environ une heure après le repas, elle éprouva une gene delà respiration, léger mal de tète, éternuments fréquents , expectoration et excrétion abondante du mucus des narines, et en apparence tous les symptômes d’un violent rhume qui aurait marché avec une rapidité extrême. Bientôt tous les symptômes croissant, la poitrine se remplit, et la respiration devint stertoreuse : alors les paupières supérieures seules commencent à se tuméfier, une démangeaison très vive se fait sentir par tout le corps, et il se manifeste sur quelques parties, et notamment aux épaules , une érnp-
(1) Guzeite de Santé, 1er mars 1812, p. 51.
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tion vésiculeuse semblable à celle que produit la piqûre des orties. La gène de la respiration n’en allait pas moins en augmentant, et la tuméfaction des paupières supérieures croissait à vue d’œij. Au Joout de dix minutes, l'éruption disparaît, et des spasmes convulsifs s’emparent de la poitrine, au point de rendre la suffocation imminente. 11 est remarquable que l’empêchement de la respiration avait surtout ligu dans le mouvement d’expiration , qui se faisait convulsivement et avec des don— leqrs atroces. Les angoisses, tpujours croissantes, étaient telles une heure après l’invasion des accidents, que la malade, près d’expirer, s’accrochait avec violence à tout ce qui l’entourait pour chercher quelques secours. M. le docteur Pulong administra une très forte dose d’éther. A l’instant même tous les symptômes se calmèrent comme par enchantement; la tuméfaction des paupières supérieures, qui avait persisté, alla en augmentant jusqu’au soir, au point d’empêcher la vision. Les paupières inférieures ne se tuméfièrent que le lendemain, et, trois ou quatre jours après, la malade n’offrait qu’un état notable d’amaigrissement. » 1! n’y a eu ni vomissement ni indigestion chez la personne qui fait le sujet de cette observation; elle n’était point à l’époque de ses évacuations menstruelles (1).
Observation Zi*. — Fodéré dit , dans son ouvrage sur la Médecine légale, avoir fait l’ouverture du cadavre d’un homme qui mourut deux jours après avoir mangé des moules, et qui avait éprouvé des nausées, des vomissements et le ténesme ; son pouls avait été petit, serré et précipité; l’estomac et les intestins étaient légèrement phlogosés ; il y avait aussi plusieurs lésions dans d’autres organes, mais elles dépendaient de maladies antécédentes (2).
Observation 5e. — Deux enfants , l’un âgé de neuf ans , l’autre de quatorze, mangèrent, le 1er juillet 181Zt , des moules corrompues. Le jour suivant ils vomirent. Le lendemain ils éprouvèrent beaucoup de difficulté à respirer, des tranchées, une soif intense ; l’abdomen et la face se tuméfièrent ; Ja peau se couvrit d’une éruption comme urticaire , accompagnée d’une démangeaison insupportable; ils continuaient à vomir des matières fluides, d’un vert obscur. Le plus jeune d’entre eux eut du délire, et fut plongé dans un état comateux; des contorsions convulsives se manifestèrent dans tout le corps et durèrent jusqu’au jour suivant, qu’il expira. Le Zj juillet, l’aîné offrait des symptômes fâcheux : son visage était d’un pâle cendré, les pupilles très dilatées, la respiration difficile; il avait une soif inextinguible, des nausées et des tranchées; les extrémités étaient froides, Je pouls fréquent et petit; il y avait des soubresauts des tendons. On administra vainement des évacuants : il périt quelques heures après. Il n’y avait presque point eu de déjections alvines chez ces deux individus (3).
(1) Gazette Je Santé, 1er octobre 1812.
(2) Tome iv, page 85.
(3) sin account of two cases of death front eating mussels by G orge man
Burrows. London, 1815.
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Observation 6e. — Le capitaine Vancouver, dans son voyage à la côte d’Amérique , dit avoir \u un de ses matelots périr dans un état d’assoupissement après avoir mangé des moules. Deux autres individus de l’équipage, qui avaient mangé du même mets, se rétablirent après plusieurs jours, à l’aide d’une grande quantité d’eau chaude , qui excita le vomissement (1).
Quelle est la cause des accidents 'produits par les moules et par l<s divers poissons venimeux P On a émis plusieurs opinions à ce sujet.
1" On a prétendu qu’ils dépendaient d’une altération morbide, de ces animaux , et, dans ce cas, on a fait résider le venin tantôt dans toutes les parties de l’animal, tantôt dans un de ses organes. M. Burrows , dans son excellent mémojre sur les poissons venimeux , a rassemblé une multitude de faits curieux qui attestent, d’après les autorités de Quieros, Forster, Thomas , Clarke, Chisholm , Quarrier, etc. , qu’on a mangé , sans aucun inconvénient , certains poissons frais qui ne paraissaient pas malades; mais que le lendemain ces mêmes poissons étaient très vénéneux, quoiqu’ils eussent été salés. Il pense en conséquence que leurs effets délétères doivent être attribués à une altération particulière des fluides sécrétés et des fonctions de ces animaux ; altération qui les dispose singulièrement à une prompte putréfaction. Leur venin , ajoute-t-il , est plus actif après l’anéantissement des forces vitales. Il combat d’ailleurs avec succès l’opinion de ceux qui font résider le venin dans une seule partie de l’animal , comme la peau , l’estomac , le canal intestinal , la vésicule du fiel et le foie.
2" On a cru que les propriétés vénéneuses de ces mollusques et des poissons vénéneux tenaient essentiellement ux substances dont ils se nourrissaient. Ainsi on a tour à tour accusé la pomme du mancenil lier ( liippomane muncenillu) , des plantes marines narcotiques, telles que la corallina opuntia, des crabes, de petites étoiles marines, le frai que ces animaux renferment à certaines époques , la couperose verte ( sulfate de fer), les préparations de cuivre, celles de baryte, etc. James Clarke, Chisholm, Beunie , ont principalement soutenu ces opinions. M. Burrows dit avec raison que les premières de ces hypothèses sont dénuées de fondement , qu’il n’y a aucun fait à leur appui, et il se borne en conséquence à examiner la valeur de celles qui font résider les propriétés délétères dans une substance minérale. 1° Le sulfate de fer, dit-il, est trop peu nuisible pour qu’on puisse le regarder comme la cause des accidents développés par ces animaux. 2° Quant
(1) Vàjncouver’s, Voyage of discovery, vol. a, p. 286.
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aux préparations cuivreuses , comment concevoir leur introduction dans le corps de ces mollusques? Sans doute après leur dissolution dans l’eau. Or, les analyses de l’eau de la mer, faites dans différents lieux , n’y ont jamais démontré un atome de ce métal. D’ailleurs , ces animaux ne seraient-ils pas tués après l’ingestion d’une préparation cuivreuse (1) ? Et combien de fois n’a-t-on pas vu du poisson pêché dans l’Océan produire lés mêmes accidents que celui qui avait été pêché dans des eaux basses , près de la terre , où l’on ne pouvait point découvrir un atome de cuivre !
3° On a aussi pensé que les effets des moules dépendaient d’une disposition particulière de l’estomac (idiosyncrasie) ; telle a été l’opinion de plusieurs savants recommandables, et en particulier de mon honorable ami le docteur Edwards , dont la science déplore la perte récente. Voici les faits sur lesquels ce savant appuyait son opinion.
A. Un individu qui jouissait d’ailleurs d’une bonne santé , et qui avait eu des indigestions chaque fois qu’il avait mangé des goujons, mangea d’un pâté dans lequel il y avait des boulettes faites principalement de chair de goujon : il les trouva excellentes sans savoir ce qu’il avait mangé ; mais deux ou trois heures après, il éprouva du malaise à l’estomac, des nausées suivies de vomissements, et quelques autres accidents. La constance des effets nuisibles de cet aliment l’obligea d’y renoncer. Ceite aversion particulière de l’estomac sans que le goût y participe, peut naître inopinément pour un aliment dont on a constamment fait usage auparavant sans aucune espèce d’inconvénient.
B. Madame S. avait toujours mangé de la truite sans avoir été incommodée ; rien n’avait sensiblement affecté sa santé, lorsqu’elle fut atteinte d’une forte indigestion suivie de vomissements, après avoir mangé de ce poisson à dîner. Elle ne pouvait l’attribuer qu’à l’état accidentel de son estomac , qui ne pouvait ce jour-là supporter un aliment aussi sain ; mais depuis cette époque, la plus petite quantité a constamment suffi pour produire une indigestion accompagnée de nausées et de vomissements. Ne songeant pas à l’affinité qu’il y a entre ce poisson et le saumon, elle croyait pouvoir en manger comme auparavant; mais elle en éprouva les mêmes effets que de la truite.
C. Un jeune homme qui s’était un peu affaibli par la débauche, soupçonnant que sa mère, qui était veuve, avait le projet de se remarier, en était vivement affecté. Un jour qu’il dînait avec la personne qui était' devenue secrètement son beau-père, et qui était l’objet de sa haine, il éprouve une forte émotion pendant tout le temps du repas. Il avait mangé des moules, qui, dans d’autres occasions, ne lui avaient jamais fait de
(1) On est loin d’entendre que les animaux qui s’attachent au cuivre qui recouvre extérieurement les vaisseaux, et qui contient du vert-de-gris, ne soient pas nuisibles par La quantité de poison qui est appliqué à leur surface.
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mal , mais qui, dans celte circonstance, lui occasionnèrent du malaise à l’estomac , et quelque temps après il eut une forte attaque d’une affection nerveuse qui présentait l’apparence de l’épilepsie : il roidissait ses membres, se tordait les bras; sa bouche écumait et ses yeux étaient fixes. Cet état dura plusieurs heures ; il se renouvela huit ou dix fois dans l’espace de quelques semaines, sans cependant s’étendre plus loin ni avoir aucune suite fâcheuse.
D. Parmi les personnes qui ont été incommodées pour avoir mangé des moules, plusieurs l’ont été à différentes reprises ; tantôt elles ont pris cet aliment avec impunité ,• lantô t elles ont souffert beaucoup pour en avoir fait usage , ce qui correspond parfaitement aux effets que produisent quelquefois d’autres aliments. Edwards a connu des individus qui aimaient tant les moules, qu’ils ne voulaient pas y renoncer, quoiqu’ils en eussent été souvent incommodés : ce n’est qu’un mauvais quart d’heure à passer, disaient-ils. Il y en avait un qui passait pour avoir eu trois ou quatre maladies de ce genre, et qui ne s’y exposait pas moins, comptant toujours sur les occasions où il en mangeait sans inconvénient.
E. Une dame ne saurait guère manger une seule moule sans présenter les symptômes qu’on qualifie d’empoisonnement. Une autre a une disposition habituelle de l’estomac qui répugne absolument à l’oseille et aux petites raves, disposition que partage sa fille , et les moules ne leur sont pas contraires. Une autre dame ne peut manger des fraises sans éprouver une violente indigestion. Il en est de même d’une de ses sœurs lorsqu’elle mange des harengs. Enfin, une autre sœur ne peut manger des moules sans qu’elles lui causent du gonflement , et des éruptions cutanées.
« Si, jusqu’à ce jour, dit Edwards, il a été impossible de prouver que les moules contiennent un venin nuisible à tous les individus en général , et que , d’une autre part , ces aliments ne produisent que des effets communs à plusieurs fruits et à des poissoiis , il est plus rationnel de les faire dépendre d’une disposition particulière de l’estomac , disposition qui peut se développer tout-à-coup , persister, ou cesser au bout de quelque temps. »
ù" Suivant Lamouroux, les qualités délétères des moules pourraient peut-être dépendre d’une écume jaunâtre , d’une matière que l’on appelle crasse , et qui se trouve dans la mer. En attendant que cette opinion soit appuyée d’expériences directes qui la mettent à l’abri de toute objection , je crois devoir transcrire les détails que ce savant naturaliste a bien voulu me communiquer.
« J’ignore entièrement, dit-il, à quelle cause l’on doit attribuer la qualité délétère que les moules acquièrent à certaines époques de l’année. Dans l’été , sur les côtes du Calvados , on prévient les baigneurs de ne point se mettre dans l’eau quand la mer monte, parce que , d’après les marins , la crasse qu’elle apporte donne la gale. Cette
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gale se borne à une éruption urticaire plus ou moins forte suivant l’organisation et l’état des individus.
> Cette crasse de la mer se présente sous forme d’une écume jaunâtre , mince , et couvre quelquefois une étendue considérable, principalement lorsque le temps est beau et que le calme règne sur l’horizon. Si la mer est houleuse , cette écume , au lieu de s’apercevoir à deux ou trois cents pas du bord de l’eau , couvre la dernière vague qui vient mourir sur le rivage , et se dépose sur les corps que cette vague laisse à découvert en se retirant, pour revenir une ou plusieurs secondes après en s’avançant un peu plus sur la côte.
» L’expérience a prouvé, 1° que l’éruption urticaire est produite par cette écume jaunâtre; 2" que les liqueurs alcooliques, telles que l’éther, l’alcool et les eaux-de-vie , la guérissent presque instantanément ; 3° que les moules que l’on pèche au large, que celles que la mer ne découvre qu’à l’époque des grandes marées, que celles qui ne restent à découvert que quelques instants , enfin que celles qui se trouvent sur les rochers exposés à des courants plus ou moins forts , ne sont jamais malfaisantes. D’après ces faits , ne serait-il pas possible que cette matière, cette écume jaunâtre fût la cause des qualités malfaisantes des moules qui , restant long-temps exposées à l’action de l’air, de la lumière et de la chaleur, se dessèchent, souffrent et reçoivent avec avidité la première eau que la marée leur apporte ? Cette eau , produite par la première vague , est couverte de l’écume jaunâtre ; l’animal la reçoit dans sa coquille , la garde , et lorsque le pêcheur arrache la moule du rocher, elle s’y trouve encore. L’individu qui s’en nourrit doit éprouver dans l’estomac une irritation analogue à celle que celte écume produit sur la peau , et que l’on peut guérir par les mêmes moyens.
» Si l’eau est agitée par des courants , ou si la lame se brise contre les rochers, la moule reste fermée jusqu’à ce que l’épaisseur de la couche d’eau diminue ou détruise le mouvement des vagues : aussi ne trouve-t-on des moules malfaisantes que sur les côtes doucement inclinées et où les vagues s’étendent lentement sur la plage sans se briser et se réduire en écume.
» J’ignore encore quelle est la nature de cette matière écumcuse, de cette crasse de la mer. Je l’étudierai l’été prochain avec le microscope. Je ne serais pas étonné de la trouver composée de petites méduses analogues à celles qui rendent la mer phosphorique à certaines époques de l’année , et dont la quantité peut difficilement s’imaginer. ( Lettre de Lamouroux , du 5 janvier 1818. )
5" M. Breumié a pensé que les accidents produits par les moules délétères devaient être attribués à de petites étoiles de mer qui y y,(.
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nètrcnt ou qui s’y développent plus particulièrement dans certaines saisons de l’année. Les faits sur lesquels il fonde cette opinion sont es suivants : 1° Un chien assez robuste périt après avoir éprouve des symptômes graves , pour avoir avalé trois de ces étoiles de mer crues. T Des accidents analogues, mais moins intenses, se manifestaient apres l’ingestion de ces mêmes étoiles cuites , et il suffisait pour les calmer d’administrer du vinaigre aux animaux. 3“ Les symptômes occasionnes par les moules se dissipent aussitôt que les petits animaux dont il s’agit sont expulsés par les matières vomies. Relativement à l’époque de l’année où les moules sont plus dangereuses , M. Breunne assure que s’étant transporté sur les bords de la mer, en été , il vit avec surprise qu’il n’y avait pas un de ces mollusques où l’on ne trouvât au moins une étoile, ce que l’on n’observe pas à d’autres époques de
l’année. , , , „
Les expériences de M. Breumié ont depuis ete répétées par M. Du-
rondeau , qui est arrivé aux mêmes résultats.
On voit par ce qui précède combien il est difficile d assignei la véritable cause des accidents produits par les moules ; je pense toutefois qu’il y a lieu d’accorder plus d’importance aux opinions emises par Lamouroux et par M. Breumié qu’à tout autre.
Symptômes et lésions de tissu produits par les moules. ( Voy.
pag. 173. )
Traitement de l’empoisonnement par les moules.
Le médecin appelé pour un cas de ce genre administrera un émétiaue un purgatif ou un éméto-cathartique , suivant le temps qui s’est écoulé depuis l’ingestion de la substance délétère ; par ce moyen, il en déterminera l’expulsion, sans laquelle les symptômes deviendraient plus intenses et pourraient se terminer par la mort Alois on fera prendre des morceaux de sucre contenant 10 , 1 ,
25 -muttes d’éther sulfurique , quelques cuillerées d’une potion antispasmodique , et on donnera pour boisson ordinaire de 1 eau vinaigrée Dans les cas où il se manifesterait des symptômes d inflammation dans le bas-ventre, il faudrait les combattre parles moyens antiphlogistiques. Tels sont les préceptes qui découlent des onseï valions faites jusqu’à ce jour. Il faut espérer que les savants voyageurs qui parcourent les pays où les occasions de voir des empoisonnements de celte nature sont fréquentes , chercheront à déterminer quelle est la nature intime du poison de ces animaux , et les moyens capables de le détruire ou de s’opposer à ses effets.