‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 73 sur 172 · DES POISSONS VENIMEUX · texte numérisé non relu

DES POISSONS VENIMEUX

DES POISSONS ET DES CRUSTACÉS QUI PRODUISENT DES ACCIDENTS GRAVES LORSQU’ILS SONT INTRODUITS DANS L’ESTOMAC.

Du Clupé cailleux -tassart ( Clupæa Ihrissa de L. , Yellow bild des Anglais ) (1). — Observation. — Un nègre des États du Grand-Mogol mangea de ce poisson : à peine l’eut-il avalé qu’il éprouva des convulsions horribles et mourut une demi-heure après. L’estomac et l’œsophage étaient très enflammés.

Dans le cas où l’action de ce poisson est moins violente , il détermine une démangeaison par tout le corps , des coliques terribles , une contraction et une chaleur poignante à l’œsophage, des nausées, une grande chaleur à la peau , l’accélération du pouls, des vertiges, la perte de la vue , des sueurs froides, l’insensibilité et la mort. L’action de ce poisson est tellement rapide que l’on a souvent vu à Samt- Eustache des individus qui expiraient pendant qu’ils en mangeaient encore ; il paraît cependant que sa qualité vénéneuse dépend beaucoup du climat , puisqu’on le mange impunément à Puerto-Rico.

Coracinus fuscus major ( Gray snapper des Anglais). — Ce poisson affecte principalement les intestins , et occasionne un choleramorbus accompagné de douleurs effroyables; il produit aussi une démangeaison à la surface du corps , dont il détermine quelquefois , mais très rarement , la dénudation , et l’épiderme tombe comme dans quelques espèces de lèpre. Ses effets durent très long-temps, et il en résulte une maladie chronique caractérisée par la faiblesse et la paralysie des membres abdominaux , l’obscurcissement de la vue et la dureté de l’ouïe.

Observation. — Plusieurs individus mangèrent de ce poisson en 1786, et éprouvèrent les symptômes ci-dessus mentionnés ; un d’entre eux offrit des phénomènes remarquables. Cet homme avait , depuis deux ans , un ulcère à la jambe qui avait résisté à tous les moyens curatifs que l’on avait mis en usage : au moment où il mangea le poisson dont je fais l’histoire, on était décidé à pratiquer l’amputation du membre , opération que l’on jugeait indispensable pour la conservation de l’individu. Peu d’instants après avoir avalé ce poisson , il éprouva les symptômes dont j’ai parlé; mais, au bout de deux jours, la suppuration fut plus abondante , le pus fut plus épais et d’une meilleure couleur; toute la surface de la peau se couvrit de taches qui creusaient et desquelles s’écoulait abondamment une substance d’une couleur blanche , épaisse et comme.

(1) Voy. le Mémoire du docteur Chisholm dans Edinbunjh Medical and Sur yical Journal, ociober J 8108, t. ivt

caillée. Celte sécrétion ne cessa qu’au bout de six semaines : alors l’ulcère marcha vers la guérison , et l’individu fut entièrement rétabli quelques semaines après , sans que l’on eût employé d’autres moyens.

Le Sparus pargos de Forster ( Porgee des Anglais! produit des effets analogues à ceux du coracinus ; mais ils sont beaucoup moindres dans les Indes occidentales.

Daurade ou Cofin (Coryphæna cæruleo varie splendens , cauda bifurca ; Coryphæna hyppurus de Lacépède , Dolphin des Anglais). — Observation. • — Chisholm dit que ce poisson détermina chez un individu de l’île de Grenade un violent mal de tète, des nausées, une éruption de taches larges, d’une couleur vermeille, une démangeaison insupportable, et un resserrement de la poitrine : ces symptômes cédèrent à un simple traitement.

Congre ( Muræna major subolivacea, Conger-eel des Anglais). — Obs. Dans le mois d’avril 1791, plusieurs individus de l’île de Grenade mangèrent de ce poisson. La nuit suivante , ils éprouvèrent des tranchées , le cholera-morbus , une sensation particulière dans les membres abdominaux, que l’on pourrait désigner sous le nom de tiraillements convulsifs. Un enfant qui en avait aussi mangé eut des défaillances. Les nègres souffrirent plus que les blancs : ils éprouvèrent tous un goût cuivreux et une sensation dans l'œsophage, comme s’il eût été excorié. Ces symptômes persistèrent pendant quinze jours chez les nègres, et se terminèrent par la paralysie des extrémités inférieures. Un de ces individus eut une paralysie générale de tout un côté. Chez l’enfant , il se manisfesta une éruption très étendue dans le cuir chevelu , qui répandait une odeur fort désagréable. Ils furent tous rétablis après avoir souffert pendant plusieurs mois.

Scombre ( Scomber maximus, King fish des Anglais). — Ce poisson , principalement la variété désignée sous le nom cle bastar king fish , a déterminé cjuclquefois le cholera-morbus et une éruption de couleur rouge.

Dans ses recherches sur les poissons et les crustacés toxicophores, lues à l’Académie des sciences en 1819, M. Moreau de Jonnès range encore parmi les poissons venimeux le diodon orbicularis , poisson armé ; le tetrodon mala , la lune ; le balistes veluta , la vieille ; le balistes monoceros , la petite vieille ; Yesox marginata , la grande orphie ; le sphyrœna becuna , la becune ; les sparus psittacus et eryllirinus et le scomber carangus. Parmi les crustacés toxicophores, on remarque le cancer ruticola , le toulouroux et le cancer bernhardus , le soldat. Les symptômes déterminés par ces animaux sont des douleurs d’estomac et d’entrailles , d’abord faibles et intermittentes , puis continues , et progressivement violentes et

DES POISONS NARCOTIQUES, même atroces , des nausées suivies de vomissements répétés , des éblouissements et des vertiges, un état spasmodique et même convulsif , un abattement ou plutôt une prostration de forces succédant aux douleurs spasmodiques de l’estomac , et présentant , sous l’aspect du coma , la crise finale de la maladie. On observe aussi quelquefois une inflammation de la peau semblable à l’éruption miliaire, accompagnée d’un sentiment de douleur brûlante, et suivie de desquamation de l’épiderme et de dépilation (1).

Traitement de l’empoisonnement par le poissons venimeux.

On suit la même marche que pour les moules, f Yoy. pag. 180. )

Page 1