DE LA MORPHINE ET DES SELS DE MORPHINE
Action sur l’économie animale.
Introduite à l’état solide dans l’estomac de l’homme, elle agit comme l’acétate de morphine : apparemment qu’elle se transforme en un sel soluble à la faveur des sucs acides qui se trouvent dans ce viscère. Si elle a été administrée à une dose capable de produire du trouble , sans cependant donner lieu à des accidents graves , on remarque les effets suivants : céphalalgie peu durable, qui arrive quelquefois presque immédiatement après l’ingestion; rêves effrayants, vertiges, affaiblissement de la vue; contraction de la pupille dans les dix-neuf vingtièmes des cas, à moins que l’action ne soit violente, car alors d y a quelquefois dilatation de la pupille; soubresauts, commotions violentes, vomissements opiniâtres lorsqu’elle est donnée tout-à-coup à la dose de 1 à 2 centigrammes. Un individu vomit pendant trois jours sans avoir presqu’un moment de repos , pour avoir pris 1 centigramme 16 milligrammes d’acétate de morphine. U y a, dans ces cas , douleur plus ou moins vive à la région épigastrique ou dans le trajet des intestins; constipation constante à laquelle succède quelquefois brusquement de la diarrhée; le pouls est en général ramené au-dessous de l’état physiologique ; la respiration ne paraît influencée que dans le cas où le malade est atteint d’hémoptysie; lenteur dans l’émission de l’urine chez l’homme, quelquefois même rétention complète ; démangeaison à la peau , sans sueur. Ce caractère est tellement constant, que le docteur Bally ne balance pas à le regarder comme le symptôme le plus important de l’empoisonnement par la morphine ; « Je n’oserais pas affirmer, dit-il , qu’un individu qui n’aurait pas éprouvé de la démangeaison à la peau eût été empoisonné par une préparation de morphine » Le prurit dont il s’agit est assez souvent accompagné de petites élévations arrondies , sans cou-
leur, à peine perceptibles. (Mémoire lu à l’Académie royale de médecine par le docteur Bally.)
Les observations plus récentes de MM. Trousseau et Bonnet , qui ont administré les différents sels de morphine à un très grand nombre d’individus, ne conduisent pas toujours aux mêmes résultats, quoiqu’elles s’accordent souvent avec celles du docteur Bally. L’augmentation de la soif , disent-ils , est un des phénomènes qu’on observe le plus constamment à la suite de l’administration des opiacés; la sécheresse de la bouche et de la gorge accompagne toujours la soif, et quelquefois même il existe en même temps de la gêne dans la déglutition; les malades n’ont jamais éprouvé l'amertume de la bouche, et cependant ils vomissaient souvent. Cette amertume ne doit donc pas, comme l’a dit M. Bally, être considérée comme l’avant-coureur des vomissements : ceux-ci ont lieu chez plus des deux tiers des malades ; mais on observe encore plus fréquemment des envies de vomir avec un état de malaise et de dégoût pour toute espèce de nourriture, jusqu’à ce que les phénomènes encéphaliques soient dissipés; car alors souvent l’appétit revient avec force. Ces vomissements ne sont pourtant pas la suite, comme l’a dit M. Bally, de l’ingestion de quantités excessivement petites de préparations de morphine. En commençant par 5 milligrammes et en allant jusqu’à 2 centigrammes 16 milligrammes par jour, nous avons déterminé des vomissements chez des hommes quatre fois sur dix , et chez des femmes six fois sur dix : au reste, ces vomissements ne nous ont jamais paru accompagnés de symptômes de gastrite ; jamais des douleurs notables d’estomac ne se sont fait sentir; jamais la langue n’a éprouvé de modification remarquable ; la constipation a toujours suivi l’application de l’acétate de morphine à l’extérieur; la diarrhée n’a été produite que par l’ingestion de plusieurs décigrammes de ce sel, après un usage de quelques jours, et encore avait-elle été précédée de constipation. La quantité de l’urine peut être augmentée ou diminuée; la diminution se remarque beaucoup plus souvent que l’augmentation , surtout chez les hommes, et l’on doit s’étonner que M. Bally ait nié l’influence de ces sels sur la sécrétion urinaire; il a mieux apprécié celle qu’ils exercent sur l’excrétion de ce fluide , en indiquant la difficulté qu’un grand nombre de malades éprouvent à uriner. La sueur est un phénomène presque constant : elle se montre moins promptement à la suite de l’administration intérieure ; quelquefois elle ruisselle sur toute la surface de la peau; elle est, en général, plus abondante chez les femmes que chez les hommes. La peau est le siège de démangeaisons très incommodes; le plus souvent les sueurs et les démangeaisons sont réunies, malgré l’assertion de M. Bally; elles peuvent cependant
exister isolées, surtout au début de la médication. Ce prurit , existant souvent sans éruption d’aucune espèce , ne saurait être imputé à cette éruption. La prurigo , V urticaire et Y eczéma, sont les éruptions qui se manifestent le plus ordinairement dans cet empoisonnement; elles sont toujours accompagnées de démangeaisons qui les précèdent , ainsi que les sueurs. Il y a toujours chaleur et coloration plus vive de la peau , accélération du pouls et fréquence plus grande des mouvements de la respiration , ce qui n’est point d’accord avec les assertions du docteur Bally. Nous avons toujours trouvé les pupilles resserrées; jamais nous n’avons observé de délire, de cris, d’incohérence dans les idées. Le sommeil produit par les sels de morphine peut être calme, ou interrompu par quelques rêves pénibles; quelquefois le malade , plongé dans le coma , est insensible à la plupart des excitants. Parmi les phénomènes que nous venons de décrire, les uns se manifestent dès le jour où les sels de morphine sont employés pour la première fois ; les autres se font attendre plus ou moins longtemps. Les premiers sont la soif, les vomissements, le besoin fréquent d’uriner, la difficulté de l’excrétion urinaire , les sueurs, les démangeaisons, la somnolence, la contraction des pupilles, l’air d’abattement et de langueur répandu sur la figure. Les seconds , plus rares et plus longs à se manifester, sont la salivation, la suppression des selles ou la diarrhée, la supersécrétion de l’urine, l’apparition des règles , l’insomnie opiniâtre. Ces derniers , quoique méritant d’être notés , sont loin de pouvoir aider dans le diagnostic spécial des empoisonnements par les divers narcotiques , soit qu’on les examine isolés, soit qu’ils se combinent dans les rapports que nous avons cherché à faire connaître. Les phénomènes indiqués dans la première série peuvent donc servir seuls de moyens de diagnostic ; ils 11e manquent jamais , et leur étude nous paraît devoir conduire à une détermination précise des caractères propres à distinguer le narcotisme produit par l’opium , des affections qui peuvent le simuler. Avant d’entrer dans 1 examen de ces faits, nous ferons remarquer que le narcotisme, suite de l’emploi des sels de morphine, peut consister seulement dans les symptômes que nous avons décrits , ou bien être porté jusqu’à la perte complète de connaissance. Il pourrait être confondu avec celui que détermine l’action des autres substances rangées parmi les narcotiques ou les narcotico-âcres , telles que la jusquiame,le stramonium, la belladone, etc. Or, ces médicaments, administrés à haute dose , causent une énorme dilatation des pupilles ; les malades sont dans le délire ; ils poussent des cris, et l’on est obligé de les attacher pour arrêter leurs mouvements désordonnés; ils n’ont que rarement des éruptions à la peau; on 11e les voit point frotter contre
les draps les diverses parties du corps, et rarement la transpiration est aussi abondante que lorsque les accidents ont été produits par la morphine. L’ivresse causée par les vins et l’alcool se rapproche un peu du narcotisme produit par les sels de morphine , et souvent il arrive que les malades comparent ce dernier état au premier. Dans l’un et l’autre cas, il y a des vomissements, une sueur abondante, du trouble dans les fonctions cérébrales ; mais dans l’ivresse , les vomissements n’ont point le caractère bilieux ; ils exhalent, ainsique l’haleine , une odeur alcoolique qui est caractéristique; les sueurs ne sont point compliquées de démangeaisons à la peau ; il y a un délire variable , et l’aspect de la face est celui d’une congestion, et non celui de la langueur et de l’abattement. ( Bulletin général de thérapeutique, février 1832.)
1° Lorsqu’on fait avaler à des chiens ou à des chats depuis 2 jusqu’à 6 grammes d’acétate de morphine , on voit peu d’instants après que le train postérieur est affaibli et la démarche peu assurée ; les animaux paraissent endormis, tremblent ou restent tranquilles, mais se réveillent au moindre bruit ; quelque temps après ils s’agitent, et lorsqu’on les touche ils parcourent rapidement le laboratoire, en traînant leurs membres pelviens, qui sont comme paralysés; les battements du cœur sont grands , rares , intermittents , et quelquefois fréquents, surtout au début; le pouls est serré et intermittent; la respiration est lente , la température du corps diminuée; les pupilles sont dilatées, resserrées ou dans l’état naturel; il y a parfois des vomissements, des selles, et une salivation plus ou moins abondante ; des cris plaintifs se font entendre. Au bout d’une ou de deux heures, les animaux éprouvent des mouvements convulsifs; ils font des efforts pour se relever, et retombent; quelques instants après, ils sortent de nouveau de cet état de calme, et sont agités de convulsions ; la bouche se remplit parfois d’écume. Il n’est pas rare, lorsque la mort doit terminer l’empoisonnement, d’observer, vers la fin de la maladie , un ou deux accès pendant lesquels les animaux sont couchés sur le ventre, les pattes écartées, la tête portée en arrière, les yeux fixes, la respiration bruyante et les membres convulsés. — Si les chiens sont forts et adultes , ils peuvent supporter de fortes doses d’acétate de morphine sans périr; s’ils sont jeunes et de moyenne stature, il suffit pour les tuer dans l’espace de quatre à six heures de leur faire prendre 2 ou 3 grammes de poison. Les effets de cette substance vénéneuse paraissent donc être les mêmes sur l’homme que sur les chiens, si ce n’est qu’il en faut une dose beaucoup plus forte pour occasionner la mort de ces derniers. À l’ouverture des cadavres , on ne découvre aucune altération du canal digestif ni des autres organes , ce qui tient
probablement à ce que les animaux n’ont pas été sous l’influence du poison pendant un temps suffisant. ( Voy. la note qui est au bas de cette page.)
2" Deux grammes d’acétate de morphine, injectés dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse des chiens de moyenne stature, les font périr au bout de quatre à six heures. Peu de temps après l’application du poison , le train postérieur est affaibli, et l’on voit arriver successivement les symptômes que détermine le même sel introduit dans l’estomac. Une heure environ avant la mort, les animaux se traînent sur le ventre , en écartant les pattes postérieures , et en exécutant avec celles de devant des mouvements semblables à ceux des chiens qui nagent; ils éprouvent aussi des convulsions. Les cadavres ne présentent aucune altération marquée. Que doit-on penser de l’opinion du docteur Vassal, qui, cherchant à éclairer l’histoire physiologique de la morphine, range parmi les expériences curieuses et ingénieuses dont il ne faut tenir aucun compte, celles qui orit pour objet l’application du poison sur le tissu cellulaire sous-cutané? (Voy. pag 81 du Mémoire intitulé : Considérations médico-chimiques sur l'acétate de morphine.) Je demanderai à M. Vassal ce qu’il pourrait répondre de valable devant les tribunaux , dans un empoisonnement produit par l’emploi d’un topique rendu vénéneux par un sel de morphine ou par tout autre poison ; avouerait-il son ignorance plutôt que de reconnaître Y indispensable nécessité des expériences du genre de celles qu’il veut combattre ?
3° Lorsqu’on injecte dans la veine crurale ou dans la veine jugulaire de chiens forts et de haute stature 60 à 75 centigrammes d’acétate de morphine dissous dans l’eau , ou de morphine suspendue dans 32 grammes du même liquide, ces animaux éprouvent tous les symptômes de l’empoisonnement , et ne périssent ordinairement pas : la mort peut cependant survenir avec des doses moins considérables , si les animaux sont plus jeunes et plus petits.
k° Appliqué sur les nerfs, la moelle épinière et le cerveau des chiens, l’acétate de morphine produit des effets semblables à ceux qui résultent de son ingestion dans l’estomac , bien qu’ils soient plus intenses. Si on le met au contraire en contact avec le cervelet , on n’obsèrve ni dilatation des pupilles ni paraplégie, et la respiration n’est pas altérée de la même manière que dans les cas précédents : toutefois les animaux ne tardent pas à périr. ( Recherches sur l’acétate de morphine, par MM. Déguisé, Dupuy et Leuret. Paris, 182A) (1).
;i) Désirant connaître quelle serait l’action de doses successivement croissantes d'acétate de morphine, M. Desporles a fait prendre, dans l’espace de vingt-six jours , à une poule adulte et vigoureuse , 27 grammes de ce sel. La
5° Le sulfate et le chlorhydrate de morphine agissent comme l’acétate.
6" L’action des sels de morphine est beaucoup moins intense que celle de la dissolution alcoolique de morphine, d’après quelques observations recueillies chez l’homme. M. Sertuerner prit, dans l’espace de trois quarts d’heure , 7 centigrammes de morphine dissoute dans h grammes d’alcool et étendue de plusieurs grammes d’eau distillée ; une rougeur générale , qu’on pouvait même apercevoir dans les yeux, couvrit bientôt sa figure, et principalement les joues, et les forces vitales semblaient être exaltées. Il avait une légère tendance au sommeil et des vertiges ; ces symptômes devinrent plus intenses : après la dernière dose de morphine , il ressentit une vive douleur dans l’estomac et un engorgement général; il était près de s’évanouir. Il avala 160 à 180 grammes de vinaigre assez fort; il eut des vomissements qui furent suivis d’un calme sensible , et sa santé ne fut pas altérée.
Il est impossible d’étudier l’action qu’exerce la dissolution alcoolique de morphine sur les chiens ; en effet , ces animaux n’étant point habitués à l’usage des liqueurs spiritueuses , sont tellement impressionnables, qu’ils ne tardent pas à être enivrés par l’alcool étendu même de dix fois son volume d’eau : aussi ai-je remarqué
première dose était de 6 milligrammes , et on continuait en doublant le plus souvent tous les deux jours. La lésion du canal digestif a marqué le commencement de l’expérience; elle s’est aggravée à mesure qu’on a augmenlé les doses; elle a demeuré le phénomène dominant pendant les trois quarts de l’état morbide; enfin elle a persisté pendant tout le cours de l’expérimentation. Du douzième au treizième jour il s’est manifesté des phénomènes nerveux que l’on pourrait aussi bien attribuer à la gravité de l’alfection gastroentérique qu’à l’extension de l’action délétère du sel de morphine à l’appareil cérébral nerveux. Ces symptômes cérébraux ont disparu quelques heures après l’ingestion du poison dans l’estomac; ils consistaient dans un état d’hébétude, un simple trouble des habitudes, une diminution et une vacillation dans les mouvements de l’animal; on n’observait aucun signe de congestion vers l’encéphale. Ces accidents nerveux se sont affaiblis les premiers, et se sont même dissipés le dix-septième jour, lorsqu’on a diminué la dose du poison. Dans tout le coûts de l’expérience, il n’y a jamais eu d’augmentation dans les symptômes chacun des jours où l’on a donné la même dose d’acétate que la veille ; au contraire, il est arrivé plusieurs fois que l’état morbide a été moins prononcé. Après avoir diminué un seul jour la quantité de sel , on interrompit l’intoxication le lendemain , et vers la fin de la journée et dans la nuit qui la suivit, le désordre gastro-intestinal qui existait éprouva une telle amélioration, qu’il devint possible que l’animal se rétablit. Le vingt -cinquième jour, la dose d’acétate administrée était de 5 grammes 30 centigrammes ; les symptômes gastro-entériques étaient fort intenses, et l’affection de l’appareil cérébral et nerveux plus prononcée. La mort eut lieu le vingt-sixième jour, et fut précédée de mouvements convulsifs, d’affaiblissement de la vue, etc. Si l’on fait attention, dit M. Desportes, que pour obtenir
dans mes expériences qu’une dissolution de morphine dans l’alcool concentré ou affaibli donne lieu aux mêmes symptômes , et détermine la mort dans le même espace de temps que la même quantité d’alcool au même degré de concentration et sans morphine.
7° Les préparations solubles de morphine sont absorbées; leur action est plus vive lorsqu’on les injecte dans les veines que dans le cas où on les applique sur le tissu cellulaire ou sur le canal digestif. J’ai souvent administré à des chiens 2 grammes d’acétate de morphine dissous dans 80 grammes d’eau ; les animaux sont morts au bout de quinze , dix-huit ou vingt heures. Les foies , séparés immédiatement et traités par l’eau aiguisée d’acide acétique , ont fourni des liqueurs brunes que j’ai fait évaporer jusqu’à siccité. Les produits traités par l’alcool concentré bouillant ont dqnné des dissolutions que j’ai fdtrées et rapprochées à une douce chaleur, presque jusqu’à siccité; les masses, d’un brun noirâtre , qui restaient offraient une saveur amère, rougissaient parfaitement par l’acide azotique quand on les avait préalablement étendues d’un peu d’eau , et qu’on employait une assez forte proportion d’acide ; les chlorures de fer et d’or ne fournissaient point les colorations bleue et jaune que l’on aurait obtenues avec l’acétate de morphine.
des symptômes incontestables de narcotisme, dont la durée a été seulement chaque jour d'une ou de deux heures , il a fallu augmenter brusquement les doses du sel de morphine d’un tiers et du double, on concevra combien il eût été facile, en n’élevant au contraire la quanlité de cette substance que de 6 centigrammes chaque jour, de ne donner lieu a d’autres phénomènes qu’à ceux qui ont signalé l’accroissement de la pblegmasie intestinale. Il y a plus, il est possible d’amener cette inflammation à un degré mortel sans occasionner un seul phénomène incontestable de narcotisme.
Ouverture du cadavre fuite immédiatement après. — On ne découvre aucune trace d’inflammation ni d’engorgement vasculaire dans le cerveau et le cervelet; il y a un épanchement séreux dans les ventricules du cerveau et à la hase du crâne. La moelle de l’épine est saine; elle offre seulement à la région dorsale, et dans l’étendue de 3 centimètres, un épanchement sanguin très abondant entre la dure-mère et la pie-mère. Le tissu osseux est ecchymose dans plusieurs points, et prend part ainsi à l’hémorrhagie. Le réseau vasculaire de la membrane muqueuse du jabot est évidemment injecté. L’estomac est dans l’état naturel. ! a membrane muqueuse des 18 premiers centimètres du canal intestinal est fortement enflammée et renferme une matière jaunâtre semblable au pus ; le reste de l’intestin , jusqu’au rectum , paraît sain , et contient une matière pultacée verdâtre. La membrane muqueuse du rectum est d’un rouge vineux , enflammée et parsemée de granulations rouges. Le foie est dans l’état naturel. La vésicule biliaire est remplie de bile jaune-verdâtre. Le cœur est flasque et contient peu de sang; il y en a aussi fort peu dans le système artériel et veineux. Les poumons sont crépitants et dans l’état naturel. Le tissu des reins est très friable : en général tous les organes sont mous, amaigris ; les yeux sont très flétris. ( Revue médicale, octobre 1824.)
Je me suis également assuré que le foie des cheins non emposionnés, traité de même par l’eau aiguisée d’acide acétique, l’alcool, etc., laissait une masse brune , à peine amère, qui ne rougissait pas par l’acide azotique.
8° Elles ne donnent pas toujours lieu à une affection sanguine du cerveau, d’après M. Desportes; toutefois elles ont en général la propriété de produire une fluxion sanguine qui se dirige , non pas uniquement vers l’encéphale , mais vers tel ou tel organe ; ainsi l’opium et l’acétate de morphine disposent 'a l’hémorrhagie en général , et cette dernière se déclare , à raison de l’état actuel du sujet , dans le canal digestif ou les poumons, les fosses nasales, les reins, la cavité cérébrale , etc. Enfin il est vraisemblable que l’action des préparations d’opium sur le corps cérébral doit amener, dans plusieurs cas , l’être vivant à la condition convenable nécessaire pour que la congestion sanguine s’effectue de préférence vers le cerveau. ( Mémoire cité.) Qu’il y a loin de cette manière de voir à l’opinion émise par M. Flourens ! Suivant ce physiologiste, l’opium (et il en est probablement de même des préparations de morphine) exercerait une action marquée sur le cerveau ; à une dose et sous une forme déterminée , il agirait sur les lobes cérébraux : celte partie de l’encéphale , la seule de cet organe qui serait affectée, pourrait être le siège d’une effusion sanguine qui servirait à constater l’action du poison ; chez les petits oiseaux , on pourrait, d’après cet auteur, suivre à l’œil nu et à travers les parois du crâne la formation et le développement de l’altération organique de la partie produite par l’action de la substance. (Recherches expérimentales sur les fonctions du système nerveux , par Flourens. Paris, 182ti (1).) Voy. pag. 228, pour le rôle que joue la morphine dans l’empoisonnement par l’opium.
Traitement de l'empoisonnement par la morphine et par les sels qu’elle fournil.
Il ne diffère point de celui qu’il faut employer dans l'empoisonnement par l’opium. (Voy. pag. 233.)
Recherches médico-légales.
Morphine. — La morphine est solide, blanche ou colorée en jaune ou en brun , suivant son degré de pureté ; elle cristallise en parallélipipèdes , et n’a point d’odeur. Lorsqu’on la met sur des charbons ardents , elle se décompose et laisse du charbon ; si on la fait fondre
(1) Il a clé reconnu depuis par Cuvier que la coloration en rouge était bornée à la paroi osseuse, et qu’on ne la retrouvait pas sur le cerveau, au moins d’une manière bien marquée.
dans un petit tube de verre dont la température est fort peu élevée , elle devient transparente , mais elle reprend son opacité aussitôt que le tube commence à se refroidir : elle est presque insoluble dans l’eau (5000 p. d’eau) , dans l’éther et dans les huiles fixes; l’alcool la dissout facilement à chaud et la laisse déposer en grande partie par le refroidissement. Cette dissolution , d’une saveur amère , jouit de propriétés alcalines ; en effet, elle ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide. L’acide azotique du commerce versé par gouttes sur la morphine lui communique une belle couleur rouge; l’acide acétique faible la dissout rapidement à froid : du reste tous les acides peuvent se combiner avec elle et former des sels crislallisables.
Lorsqu’on met une parcelle de morphine finement pulvérisée en contact avec une très petite quantité de sesquichlorure de fer non acide ou très peu acide, la morphine devient bleue , caractère qui n’apparlient ni à la narcotine, ni à la strychnine , ni à la brucine, ni à aucun autre alcali végétal. Si le sel de fer était très jaune, on obtiendrait une nuance verte produite par le mélange des couleurs jaune du sel de fer et bleue de la morphine. Les acides, l’alcool et l’éther acétique non acide font disparaître la couleur bleue à l’instant même : aussi ne se manifeste-t-elle pas si l’on emploie un sel de fer acide ou lorsqu’on fait usage d’une dissolution alcoolique de morphine (Robinet). Elle se colore en jaune rougeâtre par l’iode et en jaune orangé par le brome (Donné). Le chlorure d’or lui communique une couleur jaune, puis bleuâtre, et enfin violacée. (Laroque et Thibierge. )
h' acide iodique dissous, mêlé, ne fût-ce qu’avec un demi-milligramme de morphine ou d’un sel de cette base, avec 7000 parties d’eau et de l’amidon, se colore fortement en bleu, se décompose, et il se précipite de l’iode qui exhale une odeur très vive. La quinine, la cinchonine , la vératrine , la picrotoxiné , la narcotine , la' strychnine et la brucine, au contraire, ne séparent pas un atome d’iode de l’acide iodique (Sérullas). Ce caractère est sans importance, car nous savons que l’acide iodique peut être décomposé par un grand nombre de matières azotées; l’urine fraîche, la salive et la liqueur provenant de l’ébullition d’un lambeau d’estomac dans l’eau bleuissent avec l’acide iodique et l’amidon (Simon etLangonné). La fibrine, l’albumine, le gluten , le caséum , la levure de bière , etc. , se comportent de même avec l’acide iodique cristallisé ou en dissolution concentrée et l’amidon. (Laroque et Thibierge.)
Acétate de morphine. — Il est sous forme de dendrites ou de demi-sphères aiguillées dans l’intérieur, ou de poudre ; il est inodore , d’un blanc légèrement grisâtre et d’une saveur amère; mis
sur les charbons ardents , il se boursoufle , se décompose , répand une fumée épaisse, et laisse du charbon; l’acide sulfurique concentré le décompose et en dégage l’acide acétique; l’acide azotique lui communique une belle couleur rouge ; il se colore avec le sesquichlorure de fer et l’acide iodique, comme la morphine (voy. p. 194); l’eau et l’alcool le dissolvent rapidement; il est insoluble dans l’éther. La dissolution aqueuse donne un précipité blanc floconneux de morphine par l’ammoniaque : un excès de ce dernier corps dissout la morphine précipitée, en sorte qu’il est plus convenable, lorsqu’on agit sur de petites quantités , de faire bouillir le mélange d’acétate de morphine et d’ammoniaque pour volatiliser l’excès de ce dernier alcali : alors la morphine se dépose sous forme de cristaux à mesure que la liqueur se refroidit. Les infusions alcoolique et aqueuse de noix de galle précipitent l’acétate de morphine en blanc grisâtre; le précipité se dissout facilement dans l’eau ou dans un excès d’infusion ; d’où il suit que pour l’obtenir il faut agir sur une dissolution d’acétate de morphine peu étendue. M. Dublanc , qui le premier a parlé de la propriété qu’a la noix de galle de décomposer les sels de morphine, regarde ce réactif comme un moyen précieux pour découvrir des atomes de ces poisons : je ne saurais partager cette opinion. (Voyez pag. 197.)
Mélanges de morphine ou d'acétate de morphine et d’aliments végétaux ou animaux , ou de la matière des vomissements , ou de celle qui a été trouvée dans le canal digestif , etc. — Expérience ire. — Un mélange de matières alimentaires végétales et animales et d’acétate de morphine, a été évaporé à siccité et traité par l’acide acétique concentré ; la liqueur filtrée a été évaporée jusqu’à siccité , et le résidu de l’évaporation a été repris par l’alcool ; enfin la dissolution alcoolique a été évaporée en consistance d’extrait. Celui-ci donnait toutes les réactions de la morphine, excepté qu’il rougissait d’abord par le sesquichlorure de fer, et qu’il ne devenait bleu qu’après avoir fait évaporer la liqueur. ( Merck, de Dartmstadt , Journ. de pharmacie , t. xvi, p. 382. )
Expérience ne. — J’ai fait bouillir un foie humain avec de l’eau distillée; 200 grammes du décoctum brun obtenu ont été mêlés avec 20 centigrammes d’acétate de morphine ; j’ai évaporé jusqu’à siccité et j’ai traité le produit par de l’alcool bouillant; le liquide filtré et îapproché par l’évaporation jusqu’à ce qu’il fût desséché, a été soumis à l’action de l’eau bouillante aiguisée d’acide acétique; la liqueur filtrée et évaporée jusqu’en consistance presque sirupeuse, offrait la couleur brune du café à l’eau. Elle rougissait parfaitement par l’acide azotique et bleuissait par le sesquichlorure de fer; le chlorure d’or la jaunissait sans donner ensuite les nuances bleuâtre et violacée dont il a été parlé à la page 194.
Le décoctum d’un foie humain, auquel on n’avait pas ajouté d’acétate de morphine, traité de même, n’offrait aucune des réactions précitées.
Expérience iiic. — J’ai déjà dit que l’on obtenait avec le foie des animaux empoisonnés par l’acétate de morphine , et traité comme il vient d’être dit , une masse de saveur amère que l’acide azotique colorait en rouge. ( Voyez 7°, p. 192. )
Il résulte de ces expériences, 1° qu’alors même que la morphine et ses sels sont mélangés avec des matières organiques fortement colorées, il est possible de constater la totalité ou du moins un certain nombre de réactions de la morphine ; 2° que celle de ces réactions qui se produit constamment est la coloration en rouge par l’acide azotique , tandis qu’il faut placer en seconde ligne la nuance bleue produite par le sesquichlorure de fer.
Ici se présente une question grave : le médecin légiste peut-il à l’aide de ces simples colorations , en supposant même qu’il les ait obtenues toutes, conclure à l’existence de la morphine ou d’un de ses sels? Non certes, car il ne serait pas impossible que dans certaines maladies, les fluides animaux eussent subi des altérations encore inconnues et qu’ils fournissent plusieurs des réactions indiquées. Une pareille conclusion ne devrait être tirée qu’autant que l’on serait parvenu à isoler la morphine ou le sel de morphine en nature. À plus forte raison devrait-on se garder d’établir, d’après ces indices qu’un individu est mort empoisonné par une préparation de morphine; on pourrait tout au plus élever quelques soupçons d’empoisonnement. Il n’en serait pas de même si le malade eût éprouvé les symptômes que détermine la morphine et si l’on avait retiré une partie de cette substance en nature , ou bien que l’on eût constaté d’une manière nette et précise toutes les réactions qui la caractérisent ; dans ce cas on devrait affirmer que l’empoisonnement avait eu lieu.
Procédé. — Si le mélange est à peine coloré, il ne s’agit que de faire évaporer ces liquides après les avoir filtrés , et de les traiter par l’alcool à 36 degrés , bouillant : ce menstrue dissout l’acétate de morphine et les graisses, et laisse les matières animales. On évapore la dissolution alcoolique jusqu’en consistance d’extrait , et on traite par l’eau distillée, qui dissout l’acétate sans toucher à la graisse; on filtre la dissolution et on la fait évaporer jusqu’à ce que l’on obtienne le sel cristallisé. On peut , à l’aide de ce procédé, découvrir l’acétate de morphine dans l’estomac et dans les intestins grêles des animaux qui en ont pris, ainsi que dans les matières vomies peu de temps après l’ingestion du poison.
Si la dissolution alcoolique que l’on croit contenir la morphine est colorée en jaune rougeâtre , en brun ou en noirâtre , il est préférable d’employer le procédéde M. Uassaigne. On fait évaporerle solutum]usqu’en consistance d’extrait; on traite le produit par l’eau , puis on y
versede l’acétate de plomb dissous qui précipite les matières colorantes : la morphine se trouve alors dans le liquide décoloré; il faut à la vérité la débarrasser de l’excès d’acétate de plomb par quelques bulles de gaz acide sulfhydrique ; on chauffe pour chasser l’excès d’acide suifhydrique , et on filtre à travers le charbon animal ; on fait alors évaporer la liqueur, et , pour éviter de nouveau sa coloration , on la met dans le vide, sous la machine pneumatique, en plaçant à côté un vase rempli d’acide sulfurique concentré. En prenant cette précaution , il sera plus facile de constater les caractères de la morphine.
Ce procédé est bien supérieur à celui de M. Dublanc , qui consiste à précipiter la matière organique par la teinture alcoolique de noix de galle , et à décomposer par de la gélatine la liqueur tenant en dissolution le tannate de morphine (. Journ . de Pharm., a,oûtl82ù); en effet cette méthode ne présente aucun avantage sur l’autre , et offre des inconvénients qui doivent la faire abandonner. J’ai mêlé 10 centigrammes d’acétate de morphine avec 6ù centigrammes de vin rouge , autant de lait , de café à l’eau et de bouillon ; la masse a été partagée en deux parties égales : à l’aide du procédé de M. Lassaigne, j’ai obtenu de l’acétate de morphine d’un blanc jaunâtre , qui est devenu rouge par l’acide azotique; il était tout au plus mêlé avec un atome de sels étrangers : la méthode de M. Dublanc, au contraire, m’a fourni une masse rougeâtre composée de graisse , de gélatine , de plusieurs sels et de morphine ; en versant de l’acide azotique sur cette masse , elle devenait plus rouge ; mais le changement de nuance était loin d’être aussi tranché que dans le cas où j’avais suivi l’autre procédé. Signalons maintenant d’autres inconvénients de la méthode de M. Dublanc : 1° si l’acétate de morphine est uni à des aliments gras, on devra l’obtenir mêlé de graisse , car aucun des réactifs employés ne sépare ce corps de l’acétate; 2° la morphine contiendra souvent de la gélatine : en effet , M. Dublanc conseille d’étendre d’eau la dissotion alcoolique de tannate de morphine avant d’y verser la gélatine ; or, l’alcool affaibli peut dissoudre cette dernière substance ; 3° il n’est nullement question, dans le procédé de M. Dublanc , d’un réactif qui puisse décolorer la liqueur : aussi la morphine que l’on obtient est-elle souvent colorée , et cette couleur peut être tellement brune qu’il soit difficile de constater les caractères essentiels de cette base; 4°M. Dublanc raisonne d’après l’hypothèse que les composés de tannin et de matière animale sont insolubles dans l’alcool, tandis que celui de tannin et de morphine y serait soluble : or il n’en est pas toujours ainsi; la noix de galle, par exemple , fournit avec l’extrait alcoolique de l’urine pure, un précipité en grande partie soluble dans l’alcool ; il y a plus , le composé de tannin et de morphine que M, Dqblancdit
DES POISONS NARCOTIQUES, se précipiter lorsqu’on verse de la noix de galle dans une liqueur contenant de la morphine , ne se dépose pas s’il y a des acides libres dans la dissolution. ( Vov. pour ce dernier fait le rapport de M. Vauquelin à l’Académie des Sciences , Annales de Chimie et de Physique , p. 86, cahier de septembre 1824.)
Morphine et sels de morphine dans un cas d'exhumation juridique. — Expérience ire. — Merck a trouvé la morphine qui était restée pendant huit à vingt jours en présence de matières animales et végétales.
Expérience iic. — Le 2 juin 1842, on a mêlé 500 grammes d’eau distillée , 10 de levure de bière , 20 de sucre et 0,3 d’acétate de morphine. Ce mélange n’a pas tardé à entrer en fermentation. Après plusieurs jours de contact, tout dégagement d’acide carbonique ayant cessé, on a évaporé jusqu’à siccité, puis on a repris par l’alcool bouillant, on a fait évaporer la liqueur alcoolique et l’on a traité ce résidu par l’eau aiguisée d’acide acétique. Dans ce liquide évaporé en consistance sirupeuse, on a pu constater les caractères de la morphine.
Du vin rouge tenant en dissolution du chlorhydrate de morphine, avait été conservé depuis le mois de juillet 1841 dans une bouteille imparfaitement bouchée. Le 15 juin 1842, le liquide exhalait une forte odeur d’acide acétique; il a été soumis au traitement qui vient d’être indiqué; la liqueur alcoolique décolorée par le charbon animal, n’a pas cristallisé; mais évaporée en consistance sirupeuse, elle a fourni un résidu qui rougissait par l’acide azotique , bleuissait par le sesquichlorurc de fer , précipitait l’acide tannique et réduisait le chlorure d’or. ( Laroque et Thibierge. )
Expérience me. — Bien avant les travaux de ces expérimentateurs, nous avions consigné ce qui suit dans notre Traité des exhumations juridiques: Le 8 mars 1826, on mêla dans un bocal à large ouverture 6 grammes d’acétate de morphine dissous dans un litre d’eau, avec de la soupe maigre, du bouillon gras , de la graisse et plusieurs parties d’un canal intestinal ; le vase fut exposé à l’air. Le 26 mars, le mélange exhalait déjà une odeur fétide; le liquide filtré précipitait en blanc grisâtre par l’ammoniaque ; évaporé jusqu’à siccité, il fournissait un produit jaunâtre qui devenait d’un très beau rouge par l’acide azotique, et bleu par le sesquichlorure de fer; cependant cette dernière nuance était moins intense que celle que faisait 'naître le même réactif avec une quantité d’acétate de morphine égale à celle du produit employé ; il y avait en outre çà et là quelques points verdâtres , résultat du mélange de la couleur bleue dont nous parlons avec la couleur jaune du produit. Le 9 avril suivant , le liquide filtré précipite encore en blanc grisâtre par l’ammoniaque , et fournit par l’évaporation un produit jaunâtre que l’acide azotique rougit à merveille, mais que le sesquichlorure de fer verdit ; à la vérité cette couleur verte tire légèrement sur le bleu d’abord, puis sur le brun. Le 16 avril, la matière présente les mêmes caractères, si ce n’est que le sel de fer donne, avec le produit de l’évaporation , une couleur verte-olive sans nuance bleue. Il
en est de même le 18 juin , époque à laquelle la putréfaction a déjà fait les plus grands progrès (1).
Le Ie' août 1826, on fdtre une portion de la liqueur, et on la traite par l’ammoniaque qui y fait naître un précipité gris brunâtre de -morphine; en effet, en faisant bouillir ce précipité avec de l’alcool et en décolorant la dissolution alcoolique à l’aide du charbon animal , on obtient par l’évaporation un produit solide, gris-blanchâtre, qui rougit par l’acide azotique , et que le sesquichlorure de fer rend bleu-verdâtre. Une autre portion de la liqueur, étant évaporée jusqu’à siccilé, fournit un produit d’un jaune brun que l’on a traité par l’alcool bouillant : la dissolution alcoolique est évaporée jusqu’à siccité , et le produit traité par l’eau distillée, puis par le sous-acétate de plomb, par l’acide sulfhydrique, et par le charbon animal purifié, comme l’a conseillé M. Lassaigne , et l’on obtient un liquide qui, étant évaporé au bain-marie, fournit un léger résidu d’un blanc jaunâtre , devenant d’un très beau rouge par l’acide azotique , et d’un bleu verdâtre par le sesquichlorure de fer.
Le 18 mai 1827, quatorze mois dix jours après le commencement de l’expérience, le mélange était excessivement fétide et fortement alcalin , caria liqueur rétablissait instantanément la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide; il n’en restait guère que 150 a 180 grammes, la majeure partie ayant été employée aux divers essais dont j’ai parlé(2). Cette liqueur fut partagée en deux parties, A et B. La portion A fut évaporée et traitée successivement par l’alcool, par le sous-acétate de plomb, par l’acide sulfhydrique et par le charbon animal, comme l’a prescrit M. Lassaigne; on obtint un produit solide, légèrement jaunâtre , qui devenait rouge par l’acide azotique, mais que le sesquichlorure de fer, loin de bleuir, rendait rouge ou brun : ce produit solide , traité par l’eau distillée à la température ordinaire , ne se dissolvait pas en entier; la portion dissoute, filtrée et évaporée jusqu’à siccité , rougissait par l’acide azotique et par le sel de fer , tandis que ce réactif aurait dû la bleuir ; la portion qui était restée sur le filtre rougissait aussi par l’acide azotique, et devenait bleue par le sesquichlorure de fer. La liqueur B, au lieu d’être traitée par le procédé de M. Lassaigne, fut simplement filtrée et évaporée jusqu’à siccité; le produit, d'une couleur très brune, fut tenu en ébullition pendant quelques minutes avec de l’alcool concentré; la dissolution alcoolique , fortement colorée en brun , fut chauffée avec
(1) Craignant que la belle couleur rouge que développait l’acide azotique avec le produit de l’évaporation, ne fût le résultat de l’action de cet acide sur la matière animale pourrie, plutôt que sur l’acétate de morphine, nous avons évaporé jusqu’à siccité un liquide excessivement fétide, ne contenant point de sel de morphine , et nous avons vu que le produit de l’évaporation devenait simplement jaune par l’acide azotique. Pour obtenir ce liquide, nous avions laissé à l’air dans un bocal ouvert, depuis le 8 mars jusqu’au 18 juin, 1 litre d’eau, de la soupe maigre , du bouillon gras, de la graisse et des intestins.
(2) il est inutile d’indiquer que l’on avait ajouté de l’eau à mesure qu’il s’en était évaporé.
du charbon animal purifié par l’acide chlorhydrique, et parfaitement lavé, puis filtrée à plusieurs reprises à travers une autre partie du même charbon ; elle était presque incolore : en l’évaporant au bain-marie, il en résulta un produit jaunâtre qui rougissait à merveille par l’acide azotique , et qui devenait bleu par le sel de fer étendu d’eau, à moins toutefois que celui-ci ne fût employé en trop petite quantité, car alors il se développait une couleur rougeâtre. Le résultat fourni par la portion B de la liqueur, comparé à celui qu’avait donné la portion A, prouve évidemment qu’il y avait eu de l’avantage à ne pas traiter par le sous-acétate de plomb et par l’acide sulfhydrique , pour déceler la présence de la morphine.
Acétate de morphine étendu d’eau. — Le 18 juillet 1826, on introduisit dans un bocal à large ouverture , exposé à l’air, 326 milligrammes d’acétate de morphine dissous dans un litre et demi d’eau; on ajouta environ le tiers d’un canal intestinal. Le 21 mai 1827, c’est-à-dire dix mois trois jours après le commencement de l’expérience , la putréfaction était à son comble. Le liquide fut filtré et évaporé à une douce chaleur; le produit de l’évaporation , qui était d’un brun presque noir, fut traité par l’alcool bouillant; la dissolution alcoolique, évaporée jusqu’à siccité, fournit un résidu qu’on traita par l’eau distillée aiguisée d’acide acétique. Cette nouvelle dissolution fut décolorée par le charbon animal purifié , avec lequel on la fit bouillir, et à travers lequel on la fit passer; ainsi décolorée, elle fut évaporée jusqu’à siccité. Le produit, d’une saveur amère, rougissait par l’acide azotique, mais ne bleuissait point par le sesquichlorure de fer : ce réactif lui communiquait aussi une couleur rougeâtre.
Ces expériences prouvant jusqu’à l’évidence que la morphine n’était point détruite , même plusieurs mois après que l’acétate avait été mêlé avec des matières animales, nous voulûmes savoir ce qui arriverait à une dissolution aqueuse de ce sel exposée à l’air, et nous ne tardâmes pas à reconnaître que l’acétate se décomposait en partie , que V acide acétique de la portion décomposée se détruisait , tandis que la morphine de cette même portion se précipitait , sinon en totalité, du moins en grande partie. Voici les faits qui mettent ces vérités hors de doute.
1° Le 31 juillet 1826, on a fait dissoudre dans deux litres d’eau près de 6 grammes d’acétate de morphine. Au bout de dix mois d’exposition à l’air, la liqueur, qui était depuis long-temps couverte de moisissures , était trouble et surnageait un précipité assez abondant ; filtrée et évaporée jusqu’à siccité , elle fournissait un produit jaunâtre qui bleuissait par le sesquichlorure de fer et rougissait par l’acide azotique. Le précipité qiy était sur le filtre , lavé à plusieurs reprises’avec de l’eau bouillante pour lui enlever tout ce qu’il pouvait contenir de soluble, fut traité par l’alcool bouillant : la dissolution alcoolique évaporée laissa cristalliser une quantité notable de morphine.
2" Le 19 mai 1827, on fit dissoudre dans un litre d’eau distillée 1 gramme 302 milligrammes d’acétate de morphine ; la liqueur filtrée et ipanspa-
DE LA MOKPHINE.
rente rougissait légèrement le papier de tournesol , et fut abandonnée à l’air dans un vase à large ouverture. Huit jours après , on voyait déjà nager au milieu de la liqueur quelques flocons de moisissure. Le 3 août, ces flocons étaient beaucoup plus considérables , quoique le liquide fût encore assez transparent. Ce liquide rétablissait la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide ; il n’était pas sensiblement odorant ; en approchant de sa surface une plume trempée dans de l’acide chlorhydrique , on ne voyait aucune trace des vapeurs blanches qui se seraient manifestées s’il s’était dégagé de l’ammoniaque. Le 27 février 1828 , la liqueur était trouble et les parois du bocal étaient tapissées de cristaux jaunâtres qui y adhéraient fortement. On filtra : le liquide , d’un jaune d’ambre , ayant été évaporé jusqu’à siccité , fournit un produit d’un gris jaunâtre qui rougissait par l’acide azotique , et qui bleuissait par le sesquichlorure de fer. Ce produit ayant été traité par l’eau distillée bouillante , fut presque entièrement dissous , et sembla n’être que de l’acétate de morphine mêlé de très peu de matière étrangère. Les moisissures et autres matières floconneuses qui étaient restées sur le filtre , d’une couleur grise-brunâtre, rougissaient par l’acide azotique, et bleuissaient par le sel de fer. Après les avoir fait bouillir à plusieurs reprises avec de l’eau distillée, pour leur enlever tout ce qu’elles pouvaient contenir de soluble dans ce liquide, on les dessécha, et on les fit bouillir avec de l’alcool à 38 degrés qui n’en dissolvit qu’une partie : la dissolution alcoolique ramenait lentement au bleu le papier de tournesol faiblement rougi , et, lorsqu’on l’évaporait , fournissait des cristaux de morphine. La matière , qui était adhérente aux parois et au fond du flacon, ayant élé détachée à l’aide de l’eau bouillante et épuisée par ce liquide, fut desséchée et bouillie avec de l’alcool à ûO degrés, qui la dissolvit presque en entier. La dissolution alcolique était légèrement alcaline, et donnait, par l’évaporation , une quantité notable de morphine parfaitement cristallisée.
Cette décomposition de l’acétate de morphine dans l’eau a également été observée parM. Dublanc jeune ; déjà Geiger avait vu le même sel, dissous dans l’alcool , éprouver une décomposition analogue; mais , comme l’a fait remarquer M. Dublanc, l’altération spontanée dont je parle a ses limites, et pourrait être prévenue en maintenant la liqueur acide. ( Voy . Journal de Pharmacie , année 1827, p. 26Zi. )
Il résulte de tous ces faits, 1° que, dans un cas d’exhumation juridique , il est possible de constater , plusieurs mois après la mort , la présence de l’acétate de morphine ou de la morphine dans le canal digestif d’un individu qui aurait été empoisonné par une préparation de ce genre; 2° qu’il faut pour cela agir non seulement sur les liquides, mais encore sur les matières solides, parce qu’en supposant même que l’empoisonnement eût été déterminé par une dissolution aqueuse d’acétate de morphine, celle-ci aurait pu être décomposée, et la morphine précipitée en partie; 3° qu’à la vérité il y aura moins de morphine précipitée qu’on ne le croirait au premier abord , parce qu’une partie de celle qui se sera déposée aura été- redissoute par l’ammoniaque qui s’est formée pen-
dant la putréfaction : on sait , en effet , qu’en précipitant la morphine par l’ammoniaque d’une dissolution peu étendue d’acétate, il suffit d’agiter le précipité pendant quelques instants dans un mélange d’eau et d’ammoniaque pour le redissoudre ; lx° que, pour obtenir la morphine qui peut exister dans les matières solides , il faut d’abord traiter ces matières à plusieurs reprises par l’alcool , puis évaporer les dissolutions alcooliques , et faire agir sur le produit de l’évaporation de l’eau aiguisée d’acide acétique : sans cette dernière précaution , il serait difficile de séparer la morphine du gras des cadavres qui se forme abondamment pendant le séjour des corps dans la terre; que si par hasard la liqueur était colorée, on la décolorerait en la faisant chauffer avec du charbon animal purifié , et en filtrant à plusieurs reprises à travers ce même corps, sans avoir besoin de recourir au sous-acétate de plomb et à l’acide sulfhydrique, dont l’emploi nous a paru pour le moins inutile ; 5" qu’il est aisé de voir, en comparant l’action de l’acide azotique et du sesquichlorure de fer sur les matières qui ont fait l’objet des expériences précédentes, que l’acide azotique les a constamment rougies , lors même qu’elles étaient colorées, tandis que le sel de fer ne les a bleuies en général qu’autant qu’elles avaient été parfaitement décolorées, et encore, dans certains cas, il a développé une couleur rougeâtre, quoique ces matières fussent incolores; 6" qu’il y aurait témérité à prononcer affirmativement , dans un cas d’exhumation juridique , qu’il y a eu empoisonnement par une préparation de morphine , parce qu’on aurait observé seulement les deux colorations rouge et bleue dont nous venons de parler; qu’on ne pourrait tout au plus établir, d’après ces caractères, que de légères présomptions ; 7° qu’il n’en serait pas de même si on obtenait, comme nous l’avons vu, de la morphine cristallisée, insoluble dans l’eau et dans l’éther, soluble dans l’alcool et dans l’acide acétique , fusible à une douce chaleur, rougissant par l’acide azotique, bleuissant par le sel de fer, et jouissant en un mot de tous les caractères connus de cette base ; on devrait dans ce cas affirmer que la matière sur laquelle on a agi est de la morphine.
Telles sont les conclusions par lesquelles je terminais l’article acétate de morphine de mon mémoire déjà cité. Il est difficile, comme on le voit , d’agir avec plus de circonspection , puisque je veux qu’on n’affirme qu’il y a eu empoisonnement par la morphine, qu’autant qu’on a constaté tous les caractères qui la font reconnaître dans l’état actuel de la science ; pourtant M. Raspail m’a accusé de ne m’être attaché qu’à des phénomènes de coloration , alors que M. Bonastre a trouvé , dit-il , que certaines huiles volatiles se colorent en rouge et en bleu par les agents que je mets en usage pour découvrir la morphine. M. Raspail me faisant dire autre chose que ce que j’ai avancé, je prendrai le parti de ne pas lui répondre , d’autant plus qu'il paraît avoir en chimie organique et en toxicologie des idées que personne n’adoptera de sitôt. Pour ce qui concerne le fait indiqué par M. Bonastre , je défie
DE LA PARAM0RPH1NE. 203
M. Raspail de citer une seule huile volatile qui partage toutes les propriétés des alcalis végétaux vénéneux.
DE £>A PARAMORPHINE (Thébaïne).
La paramorphine , alcali azoté , est blanche , en choux-fleurs , en mamelons, ou en prismes rhomboïdaux très aplatis, d’une saveur âcre, styptique, fusible à 130° c. , et se figeant à 110° : ce qui la distingue de la narcotine, de la codéine, de la morphine et de la méconine; en fondant elle perd U pour 100 d’eau. Elle est à peine soluble dans l’eau et très soluble dans l’alcool et dans l’éther froids. Les acides forts la résinifient et l’altèrent , tandis qu’ils se combinent avec elle et forment des sels cristallisables lorsqu’ils sont convenablement étendus. L’acide azotique ne la rougit point , à moins qu’il ne soit mélangé d’acide sulfurique et soumis à l’influence du protoxyde d’azote , de l’air atmosphérique et même du gaz oxygène, car alors il lui communique une couleur rouge. Le sesquichlorure de fer ne la bleuit point. Elle est toujours précipitée des sels acides par l’ammoniaque, ce que ne fait point la codéine. Elle a été découverte par Thibouméry et étudiée par Pelletier.
Action sur l’économie animale.
Expérience irc. J’ai injecté dans la veine jugulaire d’un chien robuste , à jeun , 10 centigrammes d’azotate neutre de thébaïne dissous dans 12 grammes d’eau; aussitôt après, l’animal a fait une inspiration profonde et a éprouvé des mouvements convulsifs avec opistholonos qui n’ont duré que quelques secondes; au bout d’une minute, il marchait en chancelant comme s’il eût été ivre, sans que le train postérieur fût paralysé ; il avait une tendance à l’assoupissement; trois minutes après, il a eu une selle copieuse : au bout de dix minutes il semblait être à peu près dans l’état naturel. Le lendemain il était à merveille.
Expérience iie. A midi, j’ai injecté dans la veine jugulaire d’un chien d’assez forte taille, 35 cent, d’azotate de thébaïne dissous dans 20 gr. d’eau. L’injection n’était pas encore terminée que déjà l’animal éprouvait des mouvements convulsifs très intenses avec renversement de la tête sur le dos ; ces mouvements presque continus dans les pattes antérieures, étaient moins prononcés et intermittents dans les extrémités postérieures ; l’animal était couché sur le côté, insensible à tout ce qui se passait autour de lui et dans l’impossibilité de se tenir debout. A midi quatre minutes, la tête, qui jusqu’alors avait été courbée en arrière, a repris sa situation naturelle, mais elle est devenue le siège d’un branlement non interrompu et qui par moments était excessivement rapide. Ce mouvement extraordinaire et tel que je n’en avais jamais vu de pareil , était accompagné de convulsions dans les membres thoraciques , dont l’intensité était effrayante de temps à autre ; les pattes postérieures , ta ntôt immobiles et
appliquées sut1 l’abdomen, tantôt agitées de mouvements convulsifs, contrastaient singulièrement avec les antérieures ; parfois , les quatre membres exécutaient des mouvements semblables à ceux que l’on observe chez les chiens qui nagent. Pendant cet état, qui a duré douze minutes, le chien faisait des efforts pour se relever sur ses pattes sans pouvoir y parvenir; loin delà, ces efforts n’aboutissaient qu’à le déplacer en le faisant rouler sur lui-même et en le portant à une certaine distance du point qu’il occupait auparavant. Lorsqu’on le soulevait et qu’on essayait de le tenir debout, il retombait aussitôt. A midi dixsept minutes , tous ces accidents commençaient à diminuer, et déjà l’animal pouvait faire quelques pas en chancelant comme dans l’état d’ivresse : les extrémités postérieures n’étaient point paralysées. A midi vingt-deux minutes, il marchait assez librement et n’était presque plus sous l’influence du poison.
DE XiA PSEUBOMOEPEmE.
La pseudontorphine, alcali azoté , a été retirée de l’opium par Pelletier. Lorsqu’on la chauffe, elle se décompose dès qu’elle commence à se ramollir et ne se volatilise pas ; elle est presque insoluble dans l’eau et peu soluble dans l’alcool à 36 degrés de Besumé. L’éther et l’alcool absolus la dissolvent à peine. Elle est très soluble dans la potasse et dans la soude , tandis que l’eau ammoniacale n’en dissout pas sensiblement: elle est un peu soluble dans les acides étendus. L’acide azotique et les sels de sesqui-oxyde de fer se comportent avec elle comme avec la morphine. L’acide sulfurique concentré la brunit fortement et la dénature. Elle diffère notablement de la morphine par sa composition.
35E XiA KTARCOTINE.
Action sur l’économie animale.
Expérience ire. — Cinquante ou soixante centigrammes de narcotine peuvent être appliqués sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse des chiens sans occasionner le moindre accident ; Bally en a fait avaler impunément à un homme jusqu’à 6 grammes 60 centigrammes par jour sous forme de pilules : il avait commencé par 25 , 50 ou 75 cent.
Expérience ne. Quarante , cinquante ou soixante centigrammes dissous dans 24 ou 32 grammes d'huile d’olives , et introduits dans l’estomac des chiens, déterminent les effets suivants : quinze ou dix-huit heures après leur administration , les animaux éprouvent des nausées qui ne tarderaient pas à être suivies de vomissements si on ne s’opposait point à l’expulsion des matières contenues dans l’estomac ; ils paraissent plus faibles et comme dans un état de stupeur; leurs extrémités postérieures fléchissent peu à peu ; la respiration est un peu accélérée : bientôt après ils se relèvent pour se
DE LA NARCOTINE.
porter en avant , et semblent plus éveillés. Cet état dure plusieurs heures, jusqu’à ce que la faiblesse soit assez considérable pour forcer les animaux à se coucher sur le ventre ou sur le côté , attitude dans laquelle ils meurent au bout de quelques heures. La mort est précédée de légers mouvements convulsifs dans les membres ; elle arrive à la fin du deuxième , du troisième ou du quatrième jour ; du reste, ou n’observe ni vertiges, ni paralysie des extrémités, ni cris plaintifs, ni secousses convulsives fortes , comme cela a lieu avec la morphine et avec l’opium ; les organes des sens exercent librement leurs fonctions. A l’ouverture des cadavres , on ne découvre aucune altération dans le canal digestif. On remarque des effets analogues lorsqu’on administre 1 gramme 60 centigrammes de ce principe dans 96 grammes d’huile : toutefois les animaux poussent quelques plaintes, surtout lorsqu’on les touche. Dans un cas de ce genre où la mort n’était survenue qu’à la fin du troisième jour , la membrane muqueuse de l’estomac était enflammée et excoriée dans plusieurs de ses parties. Les intestins, le cœur, les poumons et le cerveau paraissaient sains.
Expérience iii'. La narcotine peut être donnée impunément aux chiens à la dose de 2 grammes 20 centigrammes , si on la fait dissoudre dans de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique ou dans de l’acide azotique. Ce fait s’accorde à merveille avec les observations du docteur Bally, qui a souvent administré à l’homme , sans occasionner le moindre accident , 3 grammes 30 centigrammes de ce corps dissous dans l’acide chlorhydrique très faible.
Expérience ive. Lorsqu’elle a été dissoute dans l’acide acétique très étendu d’eau et introduite dans l’estomac des chiens à la dose de 1 gramme 60 centigrammes , elle produit les effets suivants : au bout de cinq minutes , les animaux paraissent effrayés et reculent ; leur démarche est un peu vacillante ; trois ou quatre minutes après , ils ne peuvent plus se soutenir, et tombent sur le côté ; ils éprouvent des convulsions horribles ; la tête, constamment agitée , se renverse sur le dos ; la respiration est précipitée ; la bouche se remplit d’écume ; on entend de légères plaintes. Cet accès, dont la durée est de plusieurs minutes, est suivi d’un intervalle lucide pendant lequel les animaux restent couchés sur le côté , sans qu’il leur soit possible de se tenir sur leurs pattes; ils voient, ils entendent, et ne poussent aucune plainte. Deux à trois minutes après cet état de calme , il se manifeste un nouvel accès semblable au précédent, qui dure deux ou trois minutes; ces attaques se renouvellent dix ou douze fois : alors les animaux ne restent plus un moment sans éprouver des mouvements convulsifs , moins forts toutefois que ceux que l’on avait remarqués pendant les acccès ; quelques heures après, les convulsions cessent et sont suivies d’une grande faiblesse et d’une stupeur marquée. La mort arrive six, huit ou dix heures après le commencement de l’expérience. M. Magendie a comparé l’étal des animaux qui sont sous l’influence de cette dissolution à celui des chiens empoisonnés par le camphre. A l’ouverture des cadavres faite le lendemain , on voit que les vaisseaux
de la dure-mère sont légèrement engorgés; que les poumons sont roses, crépitants et nullement gorgés de sang ; que le cœur contient du sang noir coagulé ; que la membrane muqueuse de l’estomac est rouge dans plusieurs de ses parties , noire et ecchymosée dans d’autres ; que le foie, la raie et les intestins sont dans l’état naturel , excepté la fin du rectum, qui offre une couleur rouge.
Un gramme 60 centigrammes de narcotine dissoute dans l’acide acétique n’ont rien produit chez l’homme. M. Bally en a fait prendre , sur mon invitation, à douze paralytiques : il a commencé par leur en donner ‘25 centigrammes ; bientôt après il leur en a administré 75 centigrammes le matin et autant le soir : un seul individu a paru éprouver de légers vertiges. Ces malades étaient pourtant très impressionnables, puisqu’ils ne pouvaient pas supporter la plus petite dose de strychnine sans être puissamment excités.
Expérience vc. Soixante centigrammes de narcotine dissouie dans 8 grammes de vinaigre concentré peuvent être injectés dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse sans qu’il en résulte d’inconvénient notable , tandis que la même dose cl’acétale de morphine, appliquée sur le même tissu , donne lieu à tous les symptômes de l’empoisonnement.
Expérience vic. Dissoute à la dose de 2 grammes 20 centigrammes dans l’acide sulfurique affaibli , et introduite dans l’estomac des chiens , elle détermine au bout de trois ou quatre heures des effets semblables à ceux qu’elle produit lorsqu’elle est unie à l’acide acétique. ( Voy . lx°, p. 205.) La mort arrive dans les'vingt-quatre heures, et, à l’ouverture des cadavres, on trouve que la membrane muqueuse de l’estomac est le siège d’une assez vive inflammation.
Expérience vne. Elle peut être injectée impunément dans la veine jugulaire, à la dose de 5 centigrammes, lorsqu’elle a été dissoute dans l'huile d’olives. 11 est des animaux qui en supportent 10 centigrammes sans être incommodés, tandis qu’à la dose de 15 centigrammes, elle produit des effets funestes sur les cbiens de petite stature : la tête se renverse sur le dos immédiatement après l’injection ; les animaux sont agités de mouvements convulsifs, et ne tardent pas à tomber dans un état de stupeur pendant lequel ils sont immobiles. Les yeux sont ouverts, et la respiration n’est pas profonde comme dans le sommeil. La mort arrive constamment dans les vingt-quatre heures , quelquefois au bout de deux minutes, tantôt au bout de quelques heures.
Il résulte évidemment de ces faits, 1° que la narcotine, solide ou dissoute dans l’acide chlorhydrique , peut être avalée impunément par l’homme à des doses très fortes ; 2° que 1 gramme 60 centigrammes dissous dans l’acide acétique n’ont produit aucun effet sur plusieurs malades qui en ont pris ; 3° qu’elle est sans action sur les chiens lorsqu’elle est introduite dans l’estomac à la dose de 2 à 3 grammes , après avoir été dissoute dans les acides chlorhydrique ou
DE LA NARCOTINE.
azotique; ka qu’elle détermine au contraire la plus vive excitation et la mort de ces animaux quand on leur en a fait avaler 2 grammes en dissolution dans les acides acétique ou sulfurique; 5° qu’elle occasionne également la mort des chiens lorsqu’on la fait prendre en dissolution dans l’huile d’olives à la dose de 1 gramme 60 centigrammes, mais qu 'alors , au lieu d’être excités, les animaux paraissent dans un état contraire ; 6° qu’elle n’agit pas lorsqu’on l’applique sur le tissu cellulaire à la dose de 60 centigrammes dissoute dans l’acide acétique; 1° qu’elle tue promptement les chiens quand on l’injecte dans la veine jugulaire à la dose de 15 centigrammes dissoute dans l’huile; 8° qu’il est impossible de décider actuellement si elle exerce sur l’homme la même action que sur les chiens ; car, d’une part , les effets sont semblables lorsqu’elle est administrée en poudre ou dans l’acide chlorhydrique , tandis qu’ils semblent différer quand on la donne dans l’acide acétique; mais le défaut d’action de la dissolution acétique chez l’homme ne tiendrait-il pas à ce qu’elle a été administrée à trop petite dose , surtout eu égard à la stature et à la force de l’homme comparées à celle des chiens ? 9° que dans tous les cas , elle produit sur ces derniers animaux l’excitation ou la stupeur, suivant qu’elle a été dissoute dans l’acide acétique ou dans l’huile, et qu’il importe par conséquent, avant d’assigner le rôle qu’elle joue dans l’extrait aqueux d’opium , de déterminer si elle est tenue en dissolution par un acide ou par une matière huileuse , comme cela paraît plus probable.
Traitement. — Voyez Opium (pag. 233).
Piecherches médico-légales.
La narcoline existe dans l'opium indépendamment delà morphine. Elle est solide , blanche ou légèrement colorée en jaune , inodore , insipide, et cristallisée en prismes droits à base rhomboïdale. Chauffée graduellement dans un tube de verre, elle fond comme les graisses, à une température peu élevée , devient transparente , et se conserve dans cet état même après le refroidissement : si on élève davantage la température , ou qu’on la mette sur des charbons ardents, elle se décompose et répand une fumée épaisse, d’une odeur ammoniacale. Elle est à peine soluble dans l’eau froide; l’alcool bouillant la dissout à merveille et la laisse déposer en grande partie par le refroidissement. Elle est très soluble dans l’éther; l’huile d’olives et celle d’amandes douces la dissolvent lentement à une température inférieure à celle de l’ébullition. Aucune de ces dissolutions ne jouit de propriétés alcalines. L’acide acétique la dissout à merveille à la température de l’ébullition , tandis qu’elle est très soluble à froid dans l’a-
eide chlorhydrique très étendu d’eau ; l’acide azotique du commerce la dissout à froid sans la faire passer au rouge : la dissolution est jaune. L’acide sulfurique la ja unit et la liqueur prend une belle couleur rouge de sang , dès que l’on ajoute la plus légère trace d’acide azotique. Ces caractères suffisent pour distinguer la narcotine de la morphine.
BE E.A CODÉINE.
La codéine, découverte en 1832 parRobiquet, est sous forme de petites aiguilles très blanches ou de prismes droits à base rhomboïdale, tantôt aplatis, tantôt allongés, et de plus de 15 millimètres de côté. Elle fond à 150 degrés environ; si on chauffe plus fortement, le liquide, résultat delà fusion, grimpe le long des parois du tube, semble fuir la chaleur, mais ne se volatilise pas. Mille parties d’eau à 15 dissolvent 12,6 de codéine, tandis qu’il s’en dissout 58,8 si l’eau est bouillante; en mettant plus de codéine dans ce liquide bouillant, la partie non dissoute forme une couche comme huileuse au fond du vase. La dissolution aqueuse concentrée dépose des cristaux de codéine par le refroidissement , et même alors elle est très sensiblement alcaline; elle est soluble dans l’éther et insoluble dans les alcalis. Elle forme des sels avec les acides ; l’azotate est très facilement cristallisable. La codéine n’est point rougie par l’acide azotique, comme la morphine ; les sels de sesqui-oxyde de fer ne la bleuissent pas, et l’infusion de noix de galle précipite abondamment ses dissolutions , caractères qui la distinguent essentiellement de la morphine.
Action sur l’économie animale.
Expérience. — ■ On a injecté dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille , mais robuste , 20 centigrammes de codéine en dissolution dans l’eau distillée. Une demi-heure après, l’animal a paru inquiet, et son regard était fixe, les yeux brillants, les pupilles dilatées. Au bout d’un quart d’heure, l’animal soutirait évidemment; il se plaignait , et de légers mouvements convulsifs avaient lieu dans le train postérieur ; cependant il ne bougeait pas de place ; mais quand on l’obligeait à marcher, il le faisait librement et cherchait de préférence les lieux obscurs. De temps en temps, une convulsion rapide se prolongeait d’une extrémité à l’autre du corps. Les pattes de derrière étaient roides, et lorsqu’on faisait lever l’animal, et qu’il voulait ensuite s’asseoir, il élevait le train postérieur, en faisant un bond, et retombait assis. Il rendait par la gueule une bave extrêmement liquide , et qui contenait à peine des traces d’albumine ; il refusait de manger. L’injection avait eu lieu à deux heures et demie , et cet état se prolongea sans aucun changement jusqu’à neuf heures du soir. Les mouvements du cœur étaient accélérés ainsique la respiration. A neuf heures, l’animal qui
DE LA CODÉINE. 209
n’avait pas uriné depuis l’injection du poison, rendit une grande quantité d’urine , et le lendemain il se portait bien. ( Kunkel. Journal de Chimie médicale, année 1833. )
D’autres expériences faites sur des lapins ont conduit M. Kunkel à conclure : 1° que la codéine diffère de la morphine en ce qu’elle ne paralyse pas, comme elle, les pattes postérieures ; 2° qu’elle paraît jouir d’une vertu excitante très prononcée ; qu’elle occasionne des convulsions dans les membres et dans les muscles du cou ; enfin que dans les cas où elle détermine la mort , elle porte évidemment son action sur le cervelet et la moelle allongée , car deux fois on a remarqué le symptôme de la rétroprogression , et l’on a trouvé ces parties gorgées de sang ; 3° qu’elle affecte les organes de la circulation , ce qui semble prouvé par l’accélération de la respiration et des battements du cœur pendant la vie , par l’inflammation des poumons après la mort, et par la quantité de sang noir qui distend les cavités du cœur; lyn qu’clie enflamme les parties avec lesquelles elle est mise en contact; 5' qu’elle agit plus puissamment lorsqu’elle est introduite dans le tissu cellulaire que dans l’estomac ; 6° qu’elle est absorbée et qu’elle semble exercer une action spéciale sur les organes urinaires. ( Ibidem . )
D’après M. 'William Gregory d’Edimbourg , à la dose de 25 à 3(J centigrammes, l’azotate de codéine détermine l’accélération du pouls, de la chaleur dans la tête et dans le foie, une excitation de l’esprit analogue à celle qu’occasionnent les boissons spiritueuses et qui dure assez long- temps , enfin une démangeaison de la peau qui commence à la tète et se répand sur tout le corps ; quelques heures après il survient une rémission désagréable avec nausées , et quelquefois vomissements.
Donnée à la dose de 5 à 10 centigrammes , d’après M. Barbier, d’Amiens, la codéine n’agit ni sur l’encéphale ni sur la moelle épinière ; mais elle exerce une action spécifique sur le plexus nerveux du grand sympathique ; il lui a vu produire aussi le sommeil , mais sans pesanteur de tête, ni engourdissement, ni gonflement des yeux; au sortir de ce sommeil , le malade avait une figure gaie , animée, telle qu’on serait porté à admettre dans la codéine une vertu exhilarante ; tandis que les personnes qui sont sous l’influence de la morphine ont la tête lourde, les paupières pesantes, une certaine pâleur, et se plaignent d’engourdissement, de vertiges et d’accablement.
D’après M. Martin Solon, à la dose de 1 à 2 centigrammes, la codéine procure un sommeil facile, diminue la toux et l’expectoration sans produire de congestions cérébrales ; toutefois il ne lui a pas il. • \k
reconnu une action spéciale sur le grand sympathique. [Archiv. gén. de mèd. , t. iv, année 183£i , p. 692.)
Traitement de V empoisonnement par la codéine. (Voy. OPIUM,
pag. 233.)
DE X<A MÉCOBJINE.
La méconine , découverte par M. Dublanc jeune , ci istallise en prismes à six pans, dont deux faces plus larges et parallèles sont terminées par un sommet dièdre. Elle est inodore , d’abord insipide, puis offrant une saveur âcre; elle est fusible à 90,5 , et ressemble alors à une huile incolore. A 155 degrés elle peut être distillée sans altération; elle est soluble dans 18,56 p. d’eau bouillante et dans 265,75 d’eau froide , et beaucoup plus dans l’alcool , dans l’éther et dans les huiles essentielles. La plupart des alcalis la dissolvent sans contracter de combinaison avec elle. Les acides sulfurique et azotique au contraire la décomposent; la dissolution sulfurique est incolore si elle a été faite avec l’acide étendu ; mais si on l’a concentrée à une très douce chaleur , elle acquiert une belle couleur verte foncée. Elle ne paraît pas vénéneuse, car j’en ai injecté impunément dans la veine jugulaire d’un chien 20 centigrammes en dissolution aqueuse concentrée.
DE XiA BJASÎ.CÉÏ3ME.
La narcéine , découverte par Pelletier, est en aiguilles blanches et soyeuses qui paraissent être des prismes à quatre pans ; elle est inodore , d’une saveur légèrement amère, un peu styptique, fusible à 92 degrés, décomposable au-delà de 110, sans se volatiliser, et fournissant un charbon volumineux, un liquide acide, une matière brune, bitumineuse, volatile , et des aiguilles blanches qui paraissent avoir de l’analogie avec l’acide gallique. Elle se dissout dans 230 p. d’eau bouillante et dans 375 d’eau froide; elle est soluble dans l’alcool bouillant et insoluble dans l’éther; elle est décomposée par les acides minéraux concentrés; si ces acides sont affaiblis, ils se combinent avec elle et forment des sels. Au moment où l’acide chlorhydrique touche la narcéine, celle-ci prend une couleur bleue magnifique, et si on ajoute assez d’eau pour dissoudre le sel, la dissolution est incoloie, souvent , avant de se décolorer, la matière prend une teinte d un îose violacé. L’acide azotique concentré ne rougit point la narcéine , qu i transforme en acide oxalique. Elle ne paraît pas vénéneuse , car j en iax injecté impunément dans la veine jugulaire d’un chien 20 centi-
grammes en dissolution , soit dans l’eau , soit dans l’acide sulfurique très affaibli.
Action sur l’économie animale.
L opium contient de la morphine , de la pseudo-morphine , de la codéine , de la paramorphine (thébaïne) , de la narcotine, de la méconine, de la narcèine, de l’acide méconique , un autre acide découvert par Robiquet , et qui n’a pas encore reçu de nom , une huile volatile, une huile fixe, une substance ayant quelque analogie avec le caoutchouc , du mucilage, de la fécule , une résine, une matière végéto-animale , des débris de fibres végétales, et quelquefois un peu de sable et de petits cailloux. Ou pense assez généralement que la morphine est combinée avec l’acide méconique ; toutefois on sait que Robiquet a analysé des opiums ne contenant pas d’acide méconique , et l’on se rappelle que de son côté M. Dupuis a extrait du sulfate de morphine de certains échantillons d opium. Quant à la narcotine , ce qui semble faire croire qu’elle est tenue en dissolution par une matière huileuse plutôt que par un acide, c’est qu’en traitant l’opium ou son extrait aqueux par l’éther, on dissout, outre la narcotine, une huile, tandis qu’on n’enlève pas un atome de la combinaison de morphine et d’acide méconique ; il est assez probable , d’après cela , que 1 éthei ne dissoudrait point la narcotine si elle était tenue en dissolution par un acide.
Quelles sont parmi ces substances celles auxquelles il faut attribuer les propriétés médicamenteuses et toxiques de l’opium? On l’ignore, et l’on conçoit combien le problème est difficile à résoudre. Sans doute plusieurs de ces substances ne sont pas vénéneuses : telles sont l’huile fixe, le mucilage, la fécule, le caoutchouc, la matière végéto-animale, et les débris de fibres végétales; d’autres sont douées de propriétés toxiques : telles sont la morphine, la codéine et la thébaïne ; la narcotine associée à certains agents agit aussi à la manière des poisons, et suivant la nature de ces agents , elle exerce une action excitante ou stupéfiante; la méconine et la narcèine, qui semblent à peu près inertes , acquièrent peut-être des propriétés vénéneuses dans l’opium par suite de combinaisons encore inconnues qu’elles contractent; peut-être aussi reste-t-il encore à découvrir dans l’opium quelques nouvelles substances plus ou moins actives. En attendant que de nouvelles recherches aient éclairé ce sujet , constatons qu’il n’est aucune des matières contenues dans l’opium dont l’action représente, à elle seule, ni à beaucoup. près, celle qu’il exerce sur l’économie animale.
Expérience irc. — A huit heures du matin , on a fait prendre à un petit chien robuste 12 grammes d'opium brut. A dix heures , l’animal n’éprouvait aucun phénomène sensible. A midi et demi , ses extrémités postérieures étaient très faibles et paralysées ; il se tenait couché sur le ventre ; les muscles du tronc et de la face étaient le siège de mouvements convulsifs violents, en sorte cpie l’animal faisait des grimaces, et était déplacé à chaque instant , quoiqu’il s’appuyât avec force sur ses quatre pattes. Sa physionomie portait l’empreinte de la stupeur ; les pupilles n’étaient pas plus dilatées que dans l’état naturel ; les organes de la vision et de l’odorat exerçaient librement leurs fonctions ; l’animal ne poussait aucune plainte , mais il paraissait très abattu ; les battements du cœur étaient lents et faibles. A six heures du soir, les secousses convulsives étaient plus fortes et plus fréquentes ; le train de derrière était complètement paralysé. Il est mort dans la nuit. On l’a ouvert le lendemain, et ou a remarqué que la tète était légèrement renversée sur le dos, les pattes roides et éloignées les unes des autres. L’estomac contenait la presque totalité de l’opium, que l’on pouvait reconnaître à son odeur ; la membrane muqueuse de ce viscère était enduite d’une légère couche blanchâtre facile à détacher, et n’offrait aucune trace d’inflammation ; les poumons présentaient plusieurs plaques livides gorgées de sang, peu crépitantes.
Celte expérience , répétée sur d’autres chiens , avec l'opium brut ou avec l'extrait aqueux , a fourni des résultats analogues. Quelquefois cependant les animaux ont vomi le poison après en avoir éprouvé des effets plus ou moins marqués, et quelques uns d’entre eux ont été rétablis sans qu’on leur ait donné le moindre secours.
Expérience iic. — A huit heures et demie du matin , on a introduit 8 grammes d 'extrait aqueux d'opium dans l’estomac d’un petit chien affaibli par une expérience faite quelques jours auparavant, et on a lié l’œsophage. Vingt minutes après, les extrémités postérieures commençaient à faiblir, et l’animal poussait des cris plaintifs. A onze heures, il était en proie à des mouvements convulsifs assez violents; il offrait un tremblement dans la tète et une grande tendance à l’assoupissement : cependant il voyait et entendait bien. A trois heures, ses extrémités postérieures étaient complètement paralysées ; l’animal faisait de temps à autre de légers sauts semblables aux secousses qu’imprime aux grenouilles le fluide dégagé de l’appareil voltaïque. A six heures, il était couché sur le côté et dans un grand état de faiblesse. Il estmortà huit heures. On l’a ouvert le lendemain. Le canal digestif n’offrait aucune altération ; le sang contenu dans les ventricules du cœur était noir et coagulé ; les poumons présentaient des taches livides dont le tissu était dense et gorgé de sang.
Cette expérience, répétée plusieurs fois sur d’autres chiens, a fourni des résultats analogues. Lorsque la dose d 'extrait ingéré a été de 12 à lü grammes, les animaux sont morts deux ou trois heures après avoir pris le poison. En général, les battements du cœur sont devenus plus
DE l’opium. 213
forts et plus fréquents. 11 en est cependant quelques uns chez lesquels la circulation a été ralentie.
Expérience iiic. — A sept heures quarante minutes, on a injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien l\ grammes d'extrait aqueux d’opium dissous dans 10 grammes d’eau ; on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points de suture , et on s’est assuré que les battements du cœur étaient au nombre de quatre-vingt-dix par minute. Cinq minutes après, l’animal commençait à se plaindre: ses extrémités postérieures étaient faibles et comme paralysées; le cœur offrait cent vingt pulsations par minute. Au bout de quatre minutes , la paralysie des mem- * bres postérieurs était complète, la circulation plus accélérée, et les contractions du cœur plus fortes qu’auparavant. A huit heures cinq minutes, l’animal était en proie à de violents mouvements convulsifs; il se tenait couché sur le ventre , les extrémités postérieures écartées et allongées , les antérieures cramponnées sur le sol, et la tête renversée en arrière; le cœur battait cent quarante fois par minute. Ces phénomènes n’ont duré que quelques instants ; mais on pouvait les déterminer à volonté par une légère secousse imprimée à l’animal. A huit heures treize minutes, les membres étaient roides et fortement agités; la tête, lourde, offrait un tremblement très remarquable ; les muscles de la mâchoire inférieure étaient en proie à des mouvements convulsifs; les plaintes persistaient, et il n’y avait aucun ralentissement dans la circulation. Ces symptômes ont augmenté, et l’animal est mort à huit heures vingt-cinq minutes : il avait conservé le libre usage des organes de la vision et de l’ouïe. On l’a ouvert sur-le-champ : le cadavre n’offrait aucune roideur ; le cœur se contractait ; il était un peu flasque; le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d’un rouge peu vif. Les poumons, d’une couleur rose , étaient un peu moins crépitants que dans l’état naturel.
Expérience ivc. — A sept heures et demie, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien fort et de moyenne taille 2 grammes d 'extrait aqueux d'opium mêlé à Zi grammes d’eau. Sept minutes après , l’animal était couché sur le côté et avait une tendance marquée vers l'assoupissement ; le pouls battait quatre-vingt-dix fois par minute. A sept heures trois quarts , les extrémités postérieures étaient faibles ; l’animal était comme endormi, et se réveillait de temps en temps en sursaut; il offrait quelques mouvements convulsifs. A huit heures, la paralysie du train postérieur était complète. Vingt minutes après , le cœur battait cent trente fois par minute ; les contractions étaient fortes, inégales et intermittentes; le tronc et la tête étaient le siège de convulsions violentes qui avaient lieu par secousses, et que l’on pouvait renouveler à volonté en touchant l’animal : alors il roidissait la tête et la renversait sur le dos ; ses extrémités antérieures étaient cramponnées sur le sol ; il ne poussait aucune plainte. A huit heures quarante-trois minutes, les battements du cœur étaient au nombre de cent cinquante par minute. A neuf heures un quart , l’agitation était augmentée , principalement dans les pattes antérieures , que l’animal débattait par intervalles et avec force. A onze
heures et demie , la tête était tremblante, les secousses assez vives pour que tout le corps fût soulevé. Ces symptômes ont augmenté progressivement , et l’animal est mort à une heure moins cinq minutes. On l’a ouvert le lendemain : les poumons étaient livides, gorgés de sang, denses et un peu crépitants; le sang contenu dans les ventricules. du cœur était coagulé. Le canal digestif n’offrait aucune altération. La plaie était peu enflammée.
Expérience V. — A dix heures et demie du matin , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien 3 grammes d 'extrait aqueux d'opium, et on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points de suture. L’animal n’a pas tardé à éprouver les symptômes décrits dans les expériences précédentes , et il est mort deux heures et demie après (1).
Expérience vie. — A une heure moins un quart , on a répété la même expérience avec L\ grammes d’extrait de pavois noirs. A deux heures , l’animal poussait des cris plaintifs; ses extrémités postérieures commençaient à fléchir ; les pupilles étaient un peu dilatées , et il y avait une légère tendance à l’assoupissement ; la respiration n’était ni laborieuse ni accélérée ; les contractions du cœur, ralenties , étaient au nombre de cinquante-six par minute ; la gueule était remplie de bave. Six minutes après, il a vomi, à deux reprises différentes, une assez grande quantité de matières liquides. A deux heures et demie, l’assoupissement avait augmenté, et l’animal continuait à se plaindre. A quatre heures, les battements du cœur n’étaient pas plus accélérés. A six heures et demie, il marchait assez bien : il est mort cependant dans la nuit. La plaie était légèrement infiltrée de sang noirâtre; elle était peu enflammée. La membrane muqueuse de l’estomac était tapissée d’un mucus filant , épais , d’une couleur grisâtre. Les lobes inférieurs des poumons, gorgés d’un peu de sang , étaient rougeâtres. Le sang contenu dans les ventricules du cœur était noir et coagulé , et il n’y avait que quatre ou cinq heures que l’animal était mort.
Expérience vne. — On a injecté dans l’anus d’un petit chien à grammes d'extrait aqueux d’opium dissous dans 32 grammes d’eau : la liqueur a été rejetée presque immédiatement après: cependant, au bout de deux minutes , l’animal a vomi deux fois, et il avait de la tendance à l’assoupissement. Cinq minutes après, il avait de la peine à se soutenir sur ses pattes de derrière, et paraissait plongé dans un profond sommeil. Le cœur n’offrait que cinquante-cinq pulsations parminute ; mais ses contractions étaient fortes et un peu irrégulières. Une demiheure après l’injection , les muscles de la face , du cou et de la mâchoire inférieure étaient agités de légers mouvements convulsifs ; les pattes postérieures étaient de temps à autre le siège de secousses assez violentes;
(I) Il est essentiel de remarquer que 8 grammes du même extrait introduits dans l’estomac ne font périr les chiens qu’au bout de dix, douze, dix-huit ou vingt-quatre heures, alors même qu’on a empêché le vomissement en liant l’œsophage.
de l’opujm. 215
les pupilles étaient moyennement dilatées ; l’animal était peu sensible : cependant, lorsqu'on l’agitait brusquement, il cherchait à se relever en s’appuyant sur les pattes de devant , et retombait aussitôt. Ces symptômes ont duré pendant quelques heures , puis se sont dissipés insensiblement , en sorte qu’au bout de deux jours , et sans l’aide d’aucun secours , l’animal était parfaitement rétabli.
La même expérience, répétée sur d’autres chiens, a donné les mêmes résultats. Assez souvent cependant le poison est rejeté quelques instants après , et les animaux n’éprouvent que des vomissements et une légère paralysie des extrémités postérieures ; ceci a surtout lieu lorsqu’on substitue à l’extrait aqueux d’opium une décoction de capsules de pavot.
Quarin avait déjà observé que 5 centigrammes à' opium ou vingt gouttes de laudanum de Sydenham , donnés dans un lavement , avaient produit un malaise remarquable et un commencement de paralysie des membres abdominaux. ( Animadversiones practicæ , pag. 234.)
Cotunni, dans son ouvrage de Ischiade nervosd , § 42 , dit qu’il croit que l’opium injecté en lavement peut avoir plus d’efficacité que. de toutes les autres manières. Celte opinion est aujourd’hui partagée par un très grand nombre de praticiens éclairés.
Expérience viii6. — J’ai appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané delà partie interne de la cuisse de dix chiens de moyenne taille 1 ou 2 grammes d’extrait aqueux d’opium solide que j’ai délayé dans une petite quantité d’eau. Six de ces animaux ont été pendus vingt-huit, trente ou trente-six heures après l’application du poison et plusieurs heures après avoir lié le pénis. A l’ouverture des cadavres faite immédiatement après la mort , j’ai trouvé dans les vessies de ces six chiens 180 grammes d’itrine. J’ai versé dans la totalité de ce liquide un excès de sous-acéiate de plomb et j’ai traité par l’acide sulfbydrique , l’alcool , etc., comme l’a conseillé M. Lassaigne. (Voy. p. 196. ) Les produits obtenus offraient quelques unes des réactions de Y acide mécanique et de la morphine ; en effet , le liquide rougissait le sulfate de sesqui oxyde de fer et donnait au sulfate bi-oxyde de cuivre, une belle couleur émeraude; la matière solide rougissait par l’acide azotique et bleuissait par un mélange d’acide iodiquc et d’amidon.
Les foies , les rates, les reins , les poumons et les cœurs de ces six animaux , coupés par petits morceaux , immédiatement après la mort et laissés pendant dix jours dans l’alcool froid marquant 36 degrés, fournirent un solutum que je décantai et mis à part. Je fis ensuite bouillir pendant deux heures les divers fragments des viscères avec de l’alcool à 40 degrés ; je filtrai et je réunis les deux dissolutions alcooliques. Le liquide fut ensuite distillé dans une grande cornue , jusqu’à réduction de moitié de son volume , * puis filtré pour en séparer une matière organique comme albumineuse
qu’il tenait en dissolution et qui s’était en partie coagulée. La portion filtrée , traitée par l’alcool bouillant, le sous-acétate de plomb, etc. ( Voy. p. 196 , procédé de Lassaigne ) fournit , quant à la présence de l’acide méconique et de la morphine , les mêmes résultats que l’urine.
Expérience ixc. — J’ai répété ces expériences avec Zi et 6 grammes d’extrait d’opium dissous dans 120 grammes d’eau et introduits dans l’estomac de deux chiens de moyenne taille. J’ai réuni les viscères de ces deux chiens et je les ai traités comme précédemment. Les résultats ont été les mêmes. J’ai agi de même sur l’urine extraite de la vessie de ces deux animaux, et j’ai obtenu avec les agents précités plusieurs des colorations que donnent .l’acide méconique et la morphine.
Expérience xc. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un gros chien ZiO centigrammes d 'extrait aqueux d’opium dissous dans 12 grammes d’eau. Sur-le-champ l’animal est tombé sur le côté et paraissait endormi ; ses extrémités postérieures étaient paralysées , et il lui était impossible de se tenir debout ; les battements du cœur n’étaient pas plus fréquents qu’avant l’injection. Vingt minutes après, leur ralentissement était très marqué ; l’animal ne poussait aucun cri plaintif, et lorsqu’on le secouait il se réveillait et retombait dans l’assoupissement quelques instants après. Le jour suivant, il marchait assez librement et n’était presque plus assoupi. 11 a constamment refusé les aliments , et il est mort huit jours après l’injection , sans avoir éprouvé d’autre symptôme que de rabattement et une légère tendance à l’assoupissement. On l’a ouvert cinq heures après sa mort : le cœur était flasque et contenait du sang fluide et noirâtre. Les poumons, d’une couleur généralement rose, offraient dans chaque lobe huit ou neuf taches noires, au moins de la grosseur d’une lentille, de 2 millimètres d’épaisseur, formées par une substance dense, semblable au tissu du foie, et nullement crépitante ; les autres portions des poumons contenaient de l’air. On voyait dans le lobe inférieur du poumon gauche une plaque d’environ 5 centimètres de long et 15 millimètres de large, d’une couleur livide, et qui , étant incisée, laissait écouler une assez grande quantité de sérosité roussàlre. La portion supérieure de la pie-mère correspondant aux extrémités antérieure et postérieure du lobe droit du cerveau , était fortement injectée en rouge dans une étendue circulaire dont le diamètre était d’environ un centimètre : elle paraissait noire. Le ventricule droit contenait un peu de sérosité roussàlre, et les vaisseaux qui le parcourent intérieurement étaient d’un rouge vif et assez fortement injectés. 11 n’y avait point de lésion dans l’hémisphère gauche.
La même expérience, répétée sur un autre chien robuste avec 25 centigrammes d 'extrait , a fourni des résultats un peu différents. Immédiatement après l’injection, la tète a été portée en avant, les membres sont devenus roides ; enfin l’assoupissement, les convulsions et la paralysie des extrémités postérieures n’ont pas tardé 'a se manifester. Le lendemain , l’animal paraissait tranquille et conservait
une tendance marquée à l’assoupissement ; il a refusé les aliments, et il est mort cinq jours après. Le cerveau n’offrait aucune lésion apparente ; les poumons étaient à peu près comme dans l’expérience précédente.
Dans d’autres circonstances, j’ai vu des chiens se rétablir parfaitement et sans aucun secours, après avoir éprouvé des symptômes analogues à ceux dont je viens de parler, qui avaient été déterminés par l’injection de 15 à 20 centigrammes d 'extrait aqueux dans la veine jugulaire.
Expérience xie. — A onze heures du matin , on fait prendre à un petit chien 12 gram. d'extrait d’opium épuisé par V éther (1). A onze heures et demie, l’animal commence à éprouver de légers vertiges accompagnés de plaintes. A midi , il est agité et en proie à des mouvements convulsifs. A une heure, ces symptômes ont acquis de l’intensité; le bruit le plus léger l’excite à changer de place. A une heure et demie, plaintes continuelles, soubresauts ; il est irritable, et le moindre bruit lui fait parcourir le laboratoire. A deux heures, état d’anxiété extrême ; il change de place à chaque instant ; la respiration est difficile et accompagnée de gémissements. A trois heures , il est couché sur le ventre; les pattes de devant sont roides et agitées par des mouvements convulsifs ; la respiration est très difficile et entrecoupée ; les gémissements sont continuels. A trois heures et demie , il est dans la même position , les extrémités postérieures écartées et celles de devant roides et serrées l’une contre l’autre; la tète est fortement portée en arrière ; il est alors en proie à des mouvements convulsifs de tout le corps, et il expire à quatre heures vingt-cinq minutes. Cette expérience , répétée plusieurs fois, a offert les mêmes résultats.
Expérience xiic. — Un gramme d 'extrait d'opium traité par l’ammoniaque pour en séparer la morphine cl la narcotine , a été dissous dans de l’eau aiguisée d’acide acétique , puis tour à tour injecté dans l’estomac et dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse de plusieurs chiens petits et faibles; ces animaux n’ont éprouvé que de légers symptômes d’empoisonnement , qui n’ont pas tardé plus d’une heure à se dissiper (2).
Expérience xme. — Le marc d’opium ou l’opium épuisé par l’eau , dans lequel il y a beaucoup de narcotine et de la morphine , administré à des chiens à la dose de 8 grammes, occasionne des accidents analogues à ceux que produit la narcotine dissoute dans l’huile ( Voyez pag. 20/i ) : néanmoins les animaux se rétablissent d’eux-mêmes au bout de quelques jours.
Expérience xivc. — Huit grammes du même marc , laissés pendant dix heures dans un mélange de 6/i grammes d’eau et d’autant de vinaigre
(1) On sait que l’extrait d’opium épuisé par l’éther contient encore une quantité notable de narcotine.
(2) Il est difficile , pour ne pas dire impossible, d’enlever toute la morphine à l’extrait d’opium au moyen de l’ammoniaque.
du commerce , puis introduits dans l’estomac , déterminent la mort des chiens dans l’espace de trente ou quarante heures, ce que l’on peut expliquer facilement par la propriété qu’a le vinaigre affaibli de dissoudre la morphine et la narcotine qui font partie du marc.
Expérience xvc. — On trouve dans quelques auteurs que Veau distillée d'opium fortement saturée de principe aromatique peut déterminer l’ivresse et le sommeil lorsqu’elle a été prise à forte dose. Nysten, au contraire, dit en avoir avalé 6/t grammes sans effet sensible. Il était important de constater quelle pouvait être l’action de ce liquide sur l’économie animale. On a distillé 2 kilogrammes d’eau sur 750 grammes d'opium choisi; le liquide obtenu dans le récipient a été distillé de nouveau sur 700 grammes d’opium pur n’ayant pas encore servi ; enfin on a recohobé le liquide volatilisé sur 628 grammes d’opium de première qualité. L’eau distillée résultant de cette triple distillation était excessivement odorante , limpide et sans action sur les dissolutions de sublimé corrosif, de sesquichlorure de fer et de noix de galle. On en a injecté 80 grammes dans la veine jugulaire d’un chien robuste et de moyenne taille, qui n’a paru en éprouver aucun effet. On en a introduit 1 kilogramme dans l’estomac d’un autre chien fort jeune et de petite stature , et le résultat a été le même ; ce qui me porte à conclure que l’eau distillée d’opium n’est pas vénéneuse, tout en accordant qu’elle peut développer quelques phénomènes de narcotisme chez certains sujets irritables; il est évident, d’après ce qui précède, que l’animal que j’ai dit avoir été tué par ce liquide ( voy. la note de la page 158 de la 2e édit, de cet ouvrage, t. n ) avait avalé de l’eau distillée d’opium contenant quelque matière vénéneuse étrangère.
Observation lrc. — Une demoiselle de vingt-deux ans s’empoisonna avec l'opium. Voici les symptômes que l’on observa : immobilité et insensibilité parfaites, figure pâle, cadavéreuse; pupilles insensibles à la lumière , mâchoire inférieure pendante et très mobile, muscles des membres et du tronc dans le relâchement, déglutition nulle, respiration le plus souvent peu apparente , quelquefois un peu bruyante ; pouls un peu fréquent , moins de chaleur à la peau que dans l’état naturel. La respiration de l'ammoniaque , les frictions stimulantes, les vésicants , les antispasmodiques à l’intérieur, les lavements stimulants furent employés sans succès. La malade vomit quelques matières liquides et noirâtres ; elle ne reprit connaissance que pour retomber un instant après dans l’assoupissemimt , et mourut environ dix-sept heures après avoir pris l’opium. On ne fit pas l’ouverture du cadavre. ( Bibiolhèque médicale , année 1806 , août ; observ. de M. Vermandois. )
Observation 2e. — Une dame , après plusieurs accès de mélancolie pour lesquels on lui avait administré vainement plusieurs remèdes antispasmodiques , avala un matin h grammes d'opium brut. Aussitôt propension à l’état comateux, somnolence, pouls d’abord petit, presque insensible, ensuite large, plein et lent ; respiration pénible , stertoreuse,
quelquefois interceptée , etc. Lorsqu’on imprimait de fortes secousses à la malade, on la retirait pour quelques minutes de sa léthargie, et on obtenait alors des renseignements sur la manière dont elle avait procédé à son empoisonnement; mais bientôt on l’entendait se plaindre de ce qu’on l’avait réveillée, souhaiter une mort prompte, etc. ; elle tournait vers les assistants des yeux ouverts, languissants et abattus. On eut beau lui administrer le tartre stibié , les boissons acidulées , lui faire des uslions aux jambes avec de l’eau bouillante, la panser avec une pommade irritante de cantharides, etc., elle expira vers les onze heures du soir. (Nouveaux Éléments de Thérapeutique d’Alibert , t. h , p. 61, 3e édition ; observation de M. Leroux. )
Observation 3e. — Une ancienne religieuse , âgée de soixante-quatre ans , était affectée d’une gangrène sénile dans deux doigts de chaque main , survende à la suite d’engelures. Cette malade rapportait que la sensibilité de ses doigts était tellement liée à celle de l’estomac, que lorsqu’elle endurait la faim , elle perdait la faculté de s’en servir comme organe du toucher. Elle souffrait cruellement, et l’opium seul lui procurait les douceurs du sommeil. On ne sait à quelle heure de la nuit elle prit un julep calmant qu’on lui avait confié la veille pour son usage; mais au point du jour elle traversa une des salles de l’hôpital Saint-Louis pour satisfaire quelques besoins ; à peine fut-elle de retour dans son lit qu’elle tomba dans un assoupissement profond ; la respiration s’intercepta; le visage pâlit ; le pouls était rare, les paupières abaissées , les yeux immobiles, les pupilles resserrées ( voy. la note de la page 184 ); il y avait distorsion de la bouche , une sorte de râlement analogue à celui qui précède la mort. Le soir, mêmes symptômes ; il y avait seulement une variation dans le pouls, tantôt plein et libre, tantôt petit et fréquent ; les artères temporales battaient avec une sorte de frémissement. Je fis administrer deux lavements avec la crème de tartre , parce que la déglutition était impossible. La malade passa la nuit dans le même état et ne mourut que le lendemain à cinq heures du matin. A l’ouverture nous trouvâmes une concrétion fibreuse , filamenteuse et dense dans le ventricule droit , et jetant une branche de 10 ou 12 centimètres dans chaque artère pulmonaire. La liqueur opiacée était encore dans l’estomac. ( Idem, p. 60. ) Observation Zie. — Le 6 novembre dernier, M. Astley Gooper m’informa, sur les quatre heures de l’après-midi, qu’il venait de voir un jeune homme d’environ dix-huit ans qui , sur les dix heures du matin, avait pris environ 192 grammes de laudanum qui étaient restés dans son estomac et avaient amené des symptômes qui paraissaient menacer d’une mort prochaine. M. Gooper , qui ne le vit que cinq heures après l’accident, m’avertit qu’il lui avait fait prendre , à trois heures et demie, une dissolution de 6 grammes de sulfate de zinc, lequel avait produit quelques nausées, et lui avait fait vomir environ Zi8 grammes d’un liquide qui exhalait une forte odeur d’opium. L’état léthargique avait graduellement augmenté; il était aussi tombé dans une insensibilité complète, et on avait appliqué des sinapismes sans aucun effet remarquable.
DES POISONS N Alï GOTIQUES.
M. Coopcr m’ayant invité à voir ce jeune homme pour prendre quelques moyens ultérieurs que les circonstances pourraient suggérer, je m’y transportai à quatre heures et quelques minutes. Je trouvai le malade sur le parquet, posé sur ses genoux, ayant le corps penché en avant et soutenu par deux de ses amis , qui , comme je l’appris quelques instants après, étaient dans l’intention de le remettre dans son lit et de l’abandonner, n’espérant plus aucun succès des remèdes qu’on pourrait employer. Sa tète était penchée sur sa poitrine, ses yeux fermés, sa figure pâle, sa respiration lente et sonore comme dans l’état apoplectique; ses mains étaient froides, et le pouls marquait quatre-vingt-dix à quatrevingt-seize pulsations par minute , mais d’une manière faible et irrégulière; tousses muscles étaient dans un état extrême de relâchement, et
la chair de ses bras notamment était d’une mollesse extrême au toucher
et sans élasticité.
Le vitriol bleu ou sulfate de cuivre fut le premier remède qui me vint à l’esprit pour produire le vomissement : environ 2 grammes de cette substance furent promptement dissous dans l’eau, et le malade étant brusquement relevé et fortement ébranlé, il ouvrit les yeux, et parut disposé à vouloir offrir quelque résistance aux tentatives qu’il nous voyait faire. Nous continuâmes cependant à verser dans sa gorge environ la moitié de la quantité de vitriol de cuivre, dose équivalente à 75 centigrammes, qu’il avala avec une difficulté telle qu’on pouvait croire qu’il était au moment de rendre le dernier soupir. Immédiatement après, sa contenance , qui avait été pendant un instant animée , devint encore plus effrayante. Il y avait à peine une minute qu’il avait avalé la dose entière qu’il rejeta subitement, par en haut, une grande quantité d’un lluidc brunâtre qui exhalait une forte odeur de laudanum , ce qui fut immédiatement suivi de d'eux vomissements analogues, dont la totalité put être évaluée à environ deux litres. On lui fit avaler de l’eau chaude, et on le transporta brusquement dans une autre chambre dans l’intention de s’opposer à l’état d’engourdissement dans lequel il était. Ses membres, qui, au premier abord, étaient entièrement privés de mouvement, revinrent un peu à leur état de contraction , car il commença à se soutenir sur les jambes par le secours des personnes qui l’environnaient. 11 continua cependant à avoir les yeux fermés, à moins qu’il ne fût éveillé par un appel brusque et soudain; les pupilles étaient dilatées, la respiration apoplectique. Je recommandai fortement à ses amis , qui heureusement étaient très actifs et très intelligents, de le faire tenir le plus possible sur les jambes , et de le promener sans cesse autour de la chambre.
Quand je vins le voir, sur les neuf heures du soir, je le trouvai assez bien remis pour faire cet exercice avec l’aide d’un de ses amis. Sa contenance paraissait plus naturelle; mais il ne répondait encore que par monosyllabes quand il était pressé par des questions , et cela comme un homme dans un état d’ivresse extrême. Il avait vomi une ou deux fois dans l’après-midi, et me donna à entendre qu’il éprouvait un sentiment de froid dans le creux de l’estomac , une chaleur remarquable à la sur-
face du corps, et un froid marqué aux extrémités. Malgré l’état d’amélioration que nous pûmes observer, le sommeil était toujours profond ; il ronflait fortement, même lorsqu’on le promenait dans la chambre; et lorsqu’on l’éveillait subitement il ouvrait les yeux et retombait aussitôt dans son assoupissement. M. Cooper vint aussi le voir dans la soirée, et nous nous accordâmes l’un et l’autre pour recommander qu’on le gardât continuellement dans le même état d’activité forcé pendant la nuit, et qu’on lui fît prendre des doses répétées d’asa-fœtida avec l’alcali volatil , le camphre, et même le musc si les autres stimulants ne paraissaient pas suffisamment actifs. 11 fut de plus convenu qu’on appliquerait un vésicatoire sur la tète et des sinapismes aux pieds, et qu’on lui présenterait souvent du café et du thé, de même que du jus de citron , dont il avait pris de petites doses pendant la soirée avec un très grand avantage. Nous recommandâmes aussi de ne pas le laisser, dans le courant de la nuit, plus d’une demi-heure sans le tirer de son assoupissement , afin de pouvoir lui faire prendre quelques médicaments ou quelques boissons nourrissantes.
En le voyant le lendemain matin, 7 novembre, j’appris qu’à minuit il avait été tellement mieux , que ses amis avaient pensé qu’il était inutile d’appliquer le vésicatoire : une. petite quantité de julep camphré avec l’asa-fœtida étaient les seuls médicaments qu’il avait pris ; mais il avait très fréquemment fait usage de thé, de café et de jus de citron, qu’il prenait avec le plus grand plaisir. On l’avait aussi empêché de dormir, le gardant sans cesse dans une constante agitation jusqu’à six heures du matin , heure à laquelle on le fit aller à son lit.
Je le vis le matin entre neuf et dix heures; je le trouvai toujours endormi ; mais en approchant de lui il s’éveilla subitement d’un air troublé d’abord , et revenant bientôt à lui, il dit (et cela est exact) qu’il croyait avoir dormi trois ou quatre heures. Il se plaignait d’une sensation douloureuse dans la gorge , comme si elle eût été excoriée ; il fit observer de plus qu’un lavement qui lui avait été donné était sorti peu à peu avec des matières, sans qu’il eût pu le sentir ou qu’il eût été capable de l’empêcher.
Le jour suivant, 8 novembre, il fut en état de se promener hors de la maison; son appétit n’était pas encore revenu, sans avoir cependant d’aversion pour les aliments ; il se plaignait toujours de douleurs dans la gorge , et de plus à la base de la langue , douleurs qui paraissaient manifestement être l’effet des médicaments caustiques qui lui avaient été administrés. Il n’avait eu d’autre évacuation depuis sa maladie , que celle qui avait été produite par le lavement qu’on lui avait donné ; il était toujours pâle et abattu, se plaignant d’une sensation incommode au creux de l’estomac, n’allant cependant point jusqu’à la douleur ; j’ordonnai une dose de rhubarbe et de calomélas. Peu de temps après il fut parfaitement rétabli. Transactions médico-chirurgicales , trad. de l’anglais, t. i, pag. 89; observ. deM. Marcet.)
Observation 5°. — Le 3 août 1821, à sept heures du malin, ma-
dame L*** administre par mégardeà son petit-iils, âgé de dix-sepl mois, une c'emi-cuillerée de laudanum liquide de Sydenham qui occasionna bientôt après les symptômes suivants : assoupissement profond, langue exécutant de bas en haut des mouvements oscillatoires d’une étonnante vitesse, pupilles très resserrées (voy. la note de la page 18A), globe oculaire immobile, paupières sans contractilité. Cependant le pouls avait conservé son rhythme et sa force habituels , la surface cutanée sa chaleur, et la face sa couleur naturelle ; les phénomènes respiratoires s’opéraient librement. On fit prendre aussitôt 5 centigrammes de tartre stibié dissous dans un tiers de verre d’eau sucrée : voyant au bout d’un quart d’heure que l’enfant n’avait point vomi , on lui fit avaler toutes les cinq minutes et alternativement le plus possible de l’eau sucrée tiède acidulée avec le vinaigre ou le jus de citron , une infusion de café , de fleurs de guimauve ; on lui donna des lavements avec l’eau tiède vinaigrée , et on lui chatouilla souvent la gorge avec la barbe d’une plume huilée : ces agents procurèrent d’abondantes évacuations par haut et par bas. A. neuf heures, convulsions générales , gonflement général de la face et du cou , yeux fixes , proéminents, bouche écumeuse , pouls successivement lent, fréquent , irrégulier, fort, petit, intermittent; toute la périphérie du corps prend une teinte violacée qui disparaît presque aussitôt. A dix heures et demie, mêmes symptômes; de plus, élévation et tension des parois abdominales; on applique trois sangsues sur les régions épigastrique et ombilicale , dans le dessein d’arrêter les progrès de la phlegm'asie ga’Stro-intestinale (1) ; on continue les autres médicaments. La tension ainsi que l’élévation de l’abdomen augmentent , les oscillations de la langue restent aussi fréquentes, les convulsions se rapprochent, le pouls s’affaiblit graduellement, la respiration devient haute, pénible, lente et entrecoupée par de longs soupirs ; une abondante quantité de matières visqueuses , sanguinolentes, sort par la bouche et la fosse nasale gauche : la mort a lieu à quatre heures du soir, à l’instant où le ventre commence à diminuer de volume. Il fut impossible de faire l’ouverture du cadavre. (Observation rapportée par le docteur Suchet , médecin à Châlonssur-Saône. Voy. Gazelle de Santé , 5 juin 1823.)
Observation 6e. — M***, âgé de vingt-huit ans, d’une constitution robuste, d’un tempérament sanguin , dominé par la passion du jeu, prit, le A avril 1825 , à huit heures du matin , dans l’intention de se suicider, A8 grammes de laudanum de Sydenham. Immédiatement après, il éprouva de légères nausées sans vomissement , et ne tarda pas à tomber dans un assoupissement marqué. A une heure de l’après-midi , MM. Ollivier d’Angers et Marye trouvèrent le malade dans l’état suivant : décubitus sur le dos, assoupissement profond dont on le tire difficilement en lui parlant à haute voix , face décolorée ainsi que les lèvres : on observe quelques taches jaunâtres à la lèvre supérieure , ainsi qu’à l’intérieur de
(1) Rien n’annonce qu’il y eût chez cet enfant une phlegmasie gastro-intestinale.
DE L’OPIUM. 22o
la bouche, sur la langue et à la peau de l’avant-bras droit ; elles sont évidemment dues à la couleur safranée du laudanum. L’expression de la physionomie est calme ; les pupilles sont excessivement contractées (vov. la note de la page 18/t ) ; le malade fixe les personnes qui l’entourent d’un air égaré et dit qu’il ne les distingue qu’à travers un brouillard. Nulle altération des facultés intellectuelles ; réponses lentes, mais justes ; les mots sont articulés difficilement ; pouls dur, régulier, assez développé et fréquent (cent neuf pulsations par minute ); respiration tranquille, accompagnée par intervalles d’une espèce de grognement ; nulle douleur à l’épigastre et à l’abdomen , régions sur lesquelles on peut exercer une pression assez forte sans que le malade se plaigne. Il n’y a ni nausées, ni vomissements, ni déjections alvines, ni excrétion d’urine. On observe de temps en temps un léger tremblement de tout le corps, mais qui n’est que passager. Nuis mouvements convulsifs, nulle lésion de la sensibilité. Par intervalles éloignés , le malade ouvre spontanément les yeux et semble sortir de son sommeil léthargique; mais bientôt cetté espèce de rémission cesse et l’assoupissement recommence. (15 centigrammes d’émétique dans un demi-verre d’eau chaude, suivis de deux tasses d'eau chaude ; lavement purgatif.) A trois heures et demie, il n’y a pas eu de vomissement ; le lavement a été rendu , et le malade a voulu se lever; on l’a soutenu jusqu’aux lieux d’aisances : sa démarche était celle d’un homme étourdi et endormi. L’assoupissement est plus insurmontable et continu. Les pupilles sont tellement contractées qu elles n’offrent à leur centre qu’un point presque imperceptible, et le ma'ade se plaint de distinguer à peine les objets; pouls moins développé et moins fréquent (quatre-vingt-dix pulsations par minute); respiration avec grognement prolongé, du reste même état. ( Saignée du bras de trois palettes : le sang tiré de la veine est très rouge et se coagule promptement.) A cinq heures, même état; narcotisme plus profond; pupilles toujours excessivement contractées; les réponses sont lentes, mais distinctes; il ne souffre point. De temps en temps léger tremblement général qui dure quelques secondes : on parvient à lui faire boire en abondance une infusion très forte de café; les autres symptômes sont toujours les mêmes. Appelé à cette époque par M. Ollivier , je conseillai des lavements purgatifs, des sinapismes aux pieds, et pour boisson l’infusion de café et la limonade végétale prises alternativement. A huit heures du soir, continuation de l’assoupissement , qui est toujours profond. La respiration, accompagnée du même bruit, est devenue très lente {quaire à cinq respirations par minute) ; même état du pouls (quatre-vingt-huit pulsations) ; peau froide et sèche; les pupilles sont toujours très contractées; le malade distingue mal les personnes qui l’entourent, quoiqu’il les reconnaisse très bien à leur voix; paroles mal articulées. Les deux lavements purgatifs ont procuré plusieurs évacuations abondantes. Les sinapismes ne sont plus sentis par le malade , quoiqu’ils aient rubéfié la peau : on en applique deux autres aux mollets. Le malade a continué les mêmes boissons. {Potion antispasmodique fortement étliérée.) A
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onze heures du soir, quatre-vingt-dix pulsations, sueur générale, chaleur modérée, respiration lente et suspirieuse (quatre ou cinq inspirations par minute), lenteur des réponses, qui sont brusques, mouvement fréquent de la main vers le front, idées vagues, quelquefois incohérentes ; il répète souvent les mots passe, vingt francs, roulette ; pupilles extraordinairement contractées ; il continue de n’accuser aucune espèce de souffrance. Il boit toujours abondamment l’infusion de café et la limonade. Dans la nuit , l’assoupissement est interrompu par le délire qui se manifeste de temps en temps ; il y a quelques mouvements convulsifs ; le malade cherche à sortir de son lit ; sueurs froides sur tout le corps ; la respiration n’est plus aussi bruyante. A quatre heures du matin , le délire cesse complètement ; le malade boit souvent.
Le 5 avril à huit heures du matin, assoupissement moins profond; le malade parle plus volontiers et plus longuement ; prononciation moins difficile , respiration moins lente, pouls plein et dur (cent seize pulsations par minute), sueur générale et chaude; les pupilles sont toujours contractées ; le malade distingue mieux les personnes qui l’entourent , mais il ne peut lire de l’écriture ordinaire ; émission d’un peu d’urine trouble et de couleur citrine; il s’agite et se retourne fréquemment dans son lit; nul trouble dans les facultés intellectuelles. ( Saignée du bras de Zi36 grammes , eau vinaigrée et limonade pour boisson. ) A midi (28 heures après l’empoisonnement), pouls moins développé, régulier ( cent dix pulsations par minute ) , même contraction des pupilles , même agitation , chaleur modérée de la peau ; assoupissement un peu moins profond. On fait lever le malade, qui marche seul sans être soutenu pendant une minute ; sa démarche est chancelante comme celle d’un homme à moitié endormi ; les jambes ne fléchissent pas sous lui ; il se plaint seulement d’être étourdi et de ne pas distinguer nettement les objets; d’ailleurs il n’éprouve aucune douleur; il est seulement tourmenté par le besoin d’uriner, qu’il ne peut satisfaire. (Lavement purgatif , limonade nitrée.) A trois heures, le pouls est plus souple, moins développé (cent pulsations); assoupissement moins profond, le malade cause plus volontiers : contraction des pupilles un peu moindre. Il y a une évacuation alvine ; le malade a uriné. A six heures et demie , pouls moins fréquent (quatre-vingt-dix pulsations); les symptômes du narcotisme commencent à diminuer; les pupilles sont toujours contractées , mais le malade peut lire les papiers qu’on lui présente, ce qu’il ne pouvait faire dans la matinée; difficulté d’uriner ; il semble que la vessie soit engourdie par l’elîet du narcotisme ; les sinapismes commencent à le faire souffrir : d’ailleurs amélioration sensible dans l’état du malade. A neuf heures et demie , le narcotisme est en grande partie disparu , la parole est revenue libre , chaleur modérée de la peau , évacuation abondante d’urine; pouls assez développé (quatre-vingt-douze pulsations), pupilles moins contractées. (Lavement légèrement purgatif , limonade et eau vinaigrée. ) La nuit a été calme, le sommeil naturel , troublé seu-
dë l'opium. 225
lement de temps en temps par un hoquet qui fatigue le malade : il y a eu une évacuation assez abondante d’urine.
Le 16 avril, à huit heures du matin , tous les symptômes de narcotisme sont disparqs ; le hoquet continue sans douleur à l’épigastre , le pouls est dur et assez fréquent ( cent deux pulsations ), les pupilles sont à peu prés revenues à leur dilatation naturelle. Les sinapismes sont douloureux. {Quinze sangsues à l'epigastre, limonade gommée , trois demi-lavements émollients , diète. ) A six heures du soit;, persistance du hoquet, agitation générale , peau chaude et sèche , pouls dur et fréquent (cent seize pulsations); le ventre et l’épigastre ne sont plus douloureux ; soif intense. La nuit fut calme, le sommeil naturel. Le lendemain, le malade était rétabli. ( Archives générales de Médecine , avril 1825. )
Observation 7e. — De jeunes Cophtes , dit Réaumur , qui buvaient quelquefois ensemble, voulant rabattre la vanité d’un d’entre eux qui se piquait d’être le plus fort buveur de tous , s’avisèrent de dissoudre , sans qu’il le sût, lx grammes d'opium dans un verre de vin qu’il but ; ils prétendaient par là l’endormir plus tôt et le faire paraître vaincu en peu de temps. Quelques heures après avoir pris cette boisson , le jeune homme fut en délire , extravagua , et tomba ensuite dans un profond assoupissement.
Le lendemain , ses camarades , qui l’allèrent visiter pour jouir de leur fausse victoire, furent fort surpris de le trouver sans pouls, livide , la bouche fermée , en un mot mourant. On envoya chercher un prêtre qui était aussi médecin , et qui tourmenta le malade par les remèdes les plus violents , car il mourut bientôt, après quinze heures de maladie. Le cadavre était couvert de tumeurs livides aux bras et aux cuisses, en forme de loupes grosses comme la tête d’un enfant de quatre mois ( sang épanché par le relâchement des vaisseaux et du tissu cutané) , exhalant une odeur insupportable qui attira tous les chats du voisinage , empressés de sauter sur le corps et de le lécher avec une grande avidité (1).
Observation 8e. — Lassus rapporte qu’une femme succomba après avoir pris 2 grammes d'opium. A l’ouverture du cadavre , on trouva l’estomac enflammé sans érosion ; les vaisseaux cérébraux étaient gorgés.
( Mémoires de l’Institut , Sciences physiques et mathématiques , t. ii, p. 107. )
Observation 9e. — Un malade fut endormi et mourut pour avoir pris un lavement dans lequel on avait fait entrer 20 centigrammes d'opium (2). Dans une autre circonstance , on a vu un emplâtre opiacé appliqué aux tempes rendre furieux et déterminer des spasmes dans la bouche (3).
(1) Académie des Sciences, vol. xxxvm , ann. 1735.
(2) Gaübius, de Medi. concin. form. Lugd.-Bat., 1762, pag. 420.
(3) Monro, in Essais and Observ. p hys., and lit., vol. ni, pag. 297.
Symptômes de l’empoisonnement par l’opium.
On remarque des effets très variables chez les personnes empoisonnées par l'opium. En résumant ce qui a été dit dans les expériences et les observations qui précèdent , nous voyons qu’il est rare que les individus vomissent, quoique dans beaucoup de cas ils éprouvent des nausées peu après l’ingestion du poison ; presque jamais on n’observe des douleurs abdominales; la constipation est opiniâtre. Il y a vertiges, propension au sommeil , à l’assoupissement et à l’état comateux : aussi ne parvient-on pas à réveiller les malades, même en faisant du bruit près d’eux et en les excitant ; quelquefois cependant on les réveille pour quelques minutes à l’aide d’une forte secousse, et alors on s’aperçoit qu’ils sont en proie à un léger délire. Les yeux sont immobiles, languissants et abattus, les pupilles plus souvent contractées que dilatées, l’iris insensible à la lumière ; la figure est calme et pâle. Les muscles sont dans le relâchement, et souvent ceux des membres abdominaux sont tellement affaiblis qu’ils semblent paralysés ; ils sont agités de tremblements convulsifs, passagers et de courte durée; quelquefois ces convulsions sont générales. Il est des malades qui ne souffrent pas et qui sont dans un état de grande immobilité ; d’autres éprouvent des douleurs qui , sans être vives , se manifestent par des plaintes et des gémissements. La peau est en général fraîche et même très froide et comme glacée : elle est le siège de démangeaisons assez vives et presque toujours décolorée ; cependant il est des cas, notamment lorsqu’il y a des convulsions générales , où elle est bleuâtre par instants; alors la face et le cou sont gonflés, la langue oscillante, etc. L’état du pouls varie extraordinairement suivant les individus, et chez la même personne suivant l’époque de la maladie et plusieurs autres circonstances qu’il est difficile d’apprécier; on l’a vu développé, dur, fréquent , ou petit , serré et plus fréquent encore ; il s’affaiblit surtout dans les cas où la maladie doit se terminer par la mort. La respiration , souvent peu apparente , est quelquefois pénible , stertoreuse, intermittente et entrecoupée de longs soupirs. Certains malades expulsent des matières visqueuses par la bouche et par le nez; il peut y avoir aussi distorsion de la bouche. La sécrétion de l’urine est en général diminuée et même supprimée. Lorsque les symptômes acquièrent trop d’intensité , la mort arrive ; au contraire on les voit disparaître insensiblement quand le malade doit revenir à la santé.
C’est à tort que l’on pense généralement que l’empoisonnement par l’opium amène la mort au milieu d’un sommeil calme et indolent; ceux des malades qui ont été guéris savent combien il arrive souvent que l’on se réveille brisé , moulu , après avoir souffert quelquefois
DE L’üPlUM.
des douleurs assez vives. Il importe ici de ne pas confondre les effets à' une forte dose d'opium, chez un individu qui n’en a jamais pris, avec ceux que l’on observe chez les personnes qui s’habituent à l’action de petites doses toujours croissantes de ce médicament.
Lésions de tissu produites par l’opium (voy. p. 185).
Conclusions sur l’action de l’opium.
Il résulte de ce qui précède, 1° que l’opium en substance détermine la mort des chiens les plus robustes dans l’espace de vingt à trente heures, lorsqu’il a été introduit dans l’estomac à la dose de 8 à 12 gram. ;
2° Que l’extrait aqueux d’opium obtenu avec de l’eau froide , et qui n’a subi qu’une évaporation , est plus actif que l’opium et que les extraits préparés en suivant un autre procédé ;
3° Qu’il agit avec plus d’énergie quand il est appliqué sur le tissu cellulaire que lorsqu’il est avalé , ce qui tient probablement à ce qu’il est en partie digéré et transformé dans l’estomac en une substance moins nuisible ;
h° Que son action est beaucoup plus vive lorsqu’on l’introduit dans les veines, dans la plèvre ou dans le péritoine;
h° Qu’injecté dans la carotide , il détermine encore la mort avec plus de rapidité ;
6° Qu’il en faut une assez grande quantité pour tuer les animaux dans la vessie desquels il a été introduit;
7° Que son application sur le cerveau n’est pas mortelle, d’après Nysten ; toutefois ce fait demande à être constaté par de nouvelles expériences, puisque nous savons que l’acétate de morphine tue assez rapidement les animaux sur le cerveau desquels il a été appliqué ;
8° Que l’extrait d’opium privé de morphine, de narcotine, etc., par l’ammoniaque , peut être administré à très forte dose sans occasionner l’empoisonnement; et s’il conserve quelquefois une légère action , cela tient à ce que la séparation de ces substances n’a pas été complète ;
9° Que l’extrait d’opium épuisé par l'éther pour en enlever la narcotine , comme l’a indiqué Robiquet , jouit de toutes ses propriétés vénéneuses, agit avec la même énergie, et paraît au moins aussi excitant que celui qui n’a pas été traité par l’éther (voy. Exp. 11e , p. 217);
10° Que la matière résineuse peu soluble produit les mêmes effets que l’extrait aqueux d’après Nysten , mais à une dose beaucoup plus forte; elle n’enflamme pas la membrane muqueuse de l’estomac. Vicat avait déjà dit que l’extrait résineux d’opium avait été administré à un chien sans inconvénient à la dose de 75 centigrammes, et que Charas en avait avalé 30 centigrammes sans éprouver autre chose
que de la gaieté. (Ouvrage cité , p. 220.) La pellicule qui se sépare pendant l’évaporation de l’extrait est beaucoup moins énergique encore que la résine , d’après Nysten ;
11° Que l’eau distillée d’opium, fortement saturée du principe qui se volatilise, peut à la rigueur déterminer des vertiges, le sommeil chez certains individus très irritables, mais qu’elle n’est point vénéneuse ;
12" Que le marc d’opium exerce aussi une action nuisible, à raison de la morphine et de la narcotine qu’il retient ;
13° Qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’assigner au juste le rôle que jouent dans l’empoisonnement par l’opium , la morphine, la narcotine, la thébaïne, la codéine, etc. , et que ses effets résultent évidemment de l’action combinée de ces matières; que ce n’est pas àla narcotine qu’il faut particulièrement attribuer les phénomènes toxiques de l’opium (1) , puisque l’extrait aqueux épuisé par l’éther, et contenant encore le sel de morphine , tue les animaux à peu près dans le même espace de temps que l’extrait ordinaire; que la narco-
(I) J’ai voulu savoir jusqu’à quel point un mélange de morphine et de narcotine déterminerait les effets de l’opium, et j'ai fait prendre à un chien robuste de petite stature 1 gramme 30 centigrammes de morphine et autant de narcotine dissous dans l’acide acétique faible; six minutes après, le train postérieur était affaibli, la démarche chancelante ; l’animal était couché sur le côté ou sur le ventre ; il éprouvait de la somnolence, et ne se déplaçait en aucune manière quand on faisait du bruit auprès de lui; il n’avait point de convulsions. Demi-heure après, il lui était impossible de se tenir debout, et lorsqu’on le soutenait il retombait sur le ventre, scs quatre pattes écartées. Deux heures après le commencement de l’expérience, l’assoupissement était moins marqué; l’animal marchait, quoique difficilement; mais il avait des vertiges tels qu’il ne tardait pas à tomber. Au bout d’une demi-heure, grande agitation, désir continuel de marcher; bientôt après il se couche sur le ventre et parait plus tranquille; il éprouve cependant de temps à autre quelques légers tremblements et des mouvements de totalité. Une heure après il fait de vains efforts pour se relever; il paraît ne plus entendre; la tête est branlante cl portée tantôt en avant , tantôt en arrière. Six heures après le commencement de l’expérience, il offre des mouvements convulsifs et ne peut plus marcher; les pattes antérieures sont continuellement agitées; point de plaintes; la respiration est dans l’état naturel. Une heure après, le tremblement de la tête est beaucoup plus prononcé ; les pattes sont immobiles, allongées et roides; l’animal est parfois soulevé en totalité. Au bout de deux heures, écume à la bouche, mouvements de tête plus prononcés, plaintes; du reste, même état. Ces derniers symptômes durent environ deux heures : alors l’animal devient immobile et expire au milieu d’une légère convulsion , douze heures après l’empoisonnement. La membrane muqueuse de l’estomac est tapissée d’un fluide muqueux, épais, brunâtre, très adhérent; elle offre plusieurs taches rougeâtres qui sont de véritables ecchymoses. Il est évident que les effets d’un pareil mélange se rapprochent assez de ceux que détermine l opium dissous dans l’acide acétique.
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tine ne peut pas être considérée comme la partie excitante de l’opium, tandis que la morphine en serait le principe narcotique, comme l’a annoncé Robiquet , d’après les expériences de IM. Magendie : en effet, l’extrait d’opium épuisé par l’éther paraît au moins aussi excitant que celui dont on n’a séparé aucun atome de narcotine ; que l’on ne saurait objecter avecM. Magendie que la narcotine agit comme un puissant excitant quand elle est administrée dans l’acide acétique ; car on sait que l’action de ce principe est stupéfiante ou nulle, suivant qu’on l’administre dans l’huile ou dans l’acide chlorhydrique: il faudrait donc, pour que l’objection fût valable, démontrer que la narcotine est associée dans l’opium à un acide semblable àl’acide acétique, ce qui ne paraît pas vraisemblable (voy. p. 207);
14° Que l’opium ne détruit point la contractilité des muscles avec lesquels il a été mis en contact : un cœur plongé dans une dissolution d’opium se contracte encore pendant long-temps;
15° Que ses effets délétères ne dépendent point , d’après Nysten, de l’action qu’il exercerait sur les extrémités nerveuses de l’estomac, puisque les animaux soumis à l’influence de l’opium, et auxquels on a coupé la paire vague des deux côtés, meurent dans le même espace de temps que si la section n’eût pas été faite;
16° Qu’il n’agit point sur l’économie animale comme les boissens alcooliques (voy. Alcool);
17" Qu’il est absorbé. Si les expériences que j’ai tentées dans le but d’éclairer cette question (8'' et 9e, p. 215) ne m’ont pas permis d’isoler la morphine et l’acide méconique que pouvaient contenir les viscères et l’urine des animaux empoisonnés par l’opium , toujours est-il que j’ai obtenu des réactions qui ne me laissent aucun doute sur l’existence de ces deux corps dans ces viscères et dans cette urine. Il faut remarquer qu’il ne s’agissait pas ici d’une expertise médico-légale, dans laquelle on serait en droit d’exiger que l’on présentât la morphine en nature , mais bien d’expériences tentées dans un but physiologique, avec de Y opium que j’avais administré : or dès qu’il est parfaitement constaté que les viscères et l’urine des animaux à l’état normal, traités de même, ne donnent point les réactions précitées , on peut rigoureusement conclure , de ce qu’on les obtient avec les mêmes viscères et l’urine d’animaux soumis h l’influence de l 'opium, que la préparation opiacée a été absorbée ;
18" Que dans l’expérience de M. Desportes, il a agi d’abord sur le canal digestif, puis sur le cerveau. M. Flourens prétend qu’il exerce son action principale sur les lobes cérébraux (voy. p. 193).
L’opium doit-il être rangé parmi les médicaments narcotiques ou
parmi les excitants du système nerveux? Cette question, agitée depuis longtemps par des physiologistes d’un très grand mérite , est loin d’avoir été résolue d’une manière satisfaisante ; c’est assez indiquer combien elle offre de difficultés.
1° Balthasar-Louis Traites, dans un traité intitulé : Ususopii salubris et noxius in morborum medela (in-4°, ann. 1754), est le premier qui ait regardé l’opium comme un stimulant. Brown a partagé depuis cette opinion qu’il a consacrée par ces mots : opium me hercle non sedat. Enfin, plusieurs médecins pensent encore aujourd’hui que ce médicament est un excitant; il accroît, disent-ils, les mouvements du cœur, et par conséquent la circulation devient plus rapide , les artères battent avec plus de force , le pouls est dur et plein. D’ailleurs, les Turcs, qui prennent l’opium pur et sous forme d’extrait, trouvent dans son usage l’oubli de leurs maux; mille images délicieuses , mille visions agréables se présentent à leur imagination ; ils se livrent à des actions folles , extravagantes ; de bruyants éclats de rire , des propos insensés les signalent ; ils ont plus de penchant aux plaisirs de Vénus; toutes leurs passions, tous leurs désirs sont exaltés ; une ardeur belliqueuse anime leur esprit ; ils sont prêts à braver impitoyablement la mort , précieuse ressource que savent mettre en œuvre les officiers des armées turques ; souvent même ils s’abandonnent à de violents accès de fureur ; ils tuent, égorgent ceux qui leur font résistance. Cet état dure quelques heures : alors l’abattement , la langueur, succèdent : ils deviennent froids , mornes , tristes, stupides, et ont du penchant au sommeil. Écoutons l’illustre voyageur Chardin , lorsqu’il rend compte des effets d’une boisson préparée avec la coque et la graine de pavots. « Il y a, dit-il , la décoction de la coque et de la graine de pavots qu’on nomme coquenar , que l’on débite dans les cabarets de toutes les villes de Perse. C’est un grand divertissement de se trouver parmi ceux qui en prennent dans ces cabarets , de les bien observer avant qu’ils aient pris la dose, avant qu’elle opère , et lorsqu’elle opère. Quand ils entrent au cabaret, ils sont mornes, défaits et languissants; peu après qu’ils ont pris deux ou trois tasses de ce breuvage , ils sont hargneux et comme enragés; tout leur déplaît; ils rebutent tout et s’entre-querellent ; mais , dans la suite de l’opération , ils font la paix , et chacun s’abandonnant à sa passion dominante , l’amoureux de naturel conte des douceurs à son idole; un autre, demi-endormi, rit sous cape; un autre fait le rodomont ; un autre fait des contes ridicules ; en un mot, on croirait alors se trouver dans un vrai hôpital de fous. Une espèce d’assoupissement et de stupidité suit cette gaieté inégale et désordonnée ; mais les Persans, bien loin de la traiter comme elle le mé-
rite, l’appellent une extase, et soutiennent qu’il y a quelque chose de surnaturel et de divin en cet état-là. Dès que l’effet de la décoction diminue , chacun sort et se retire chez soi. »
2° D’une autre part, des savants recommandables, à la tête desquels je placerai M. le professeur Barbier , d’Amiens, pensent que tous les phénomènes produits par l’opium sont le résultat d’une influence essentiellement débilitante. Cet observateur dit : « Par suite de cette action débilitante, les capillaires cutanés tombent dans le relâchement et l’atonie , et perdent leur force contractive et impulsive; ce qui fait que ces vaisseaux se trouvent engorgés par un sang stagnant qui entrave dans son cours celui qui est lancé par le cœur, et qui est ainsi forcé de s’accumuler dans les artères. C’est aussi à la même cause, c’est-à-dire, au séjour du sang dans les capillaires , qu’il faut rapporter la tuméfaction de la face et des yeux , la coloration de la peau , l’augmentation de la température que l’on observe après l’ingestion de l’opium, Toutes les personnes qui meurent empoisonnées par l’opium sont dans un état d’érection très prononcé : c’est un phénomène qu’on observe surtout chez les Turcs tués pendant un combat. C’est encore ici une érection purement passive , où les propriétés vitales n’entrent pour rien, où une cause physique agit seule. Si l’opium égaie et rend plus courageux les Orientaux, c’est parce qu’ils vivent sous un climat différent, qu’ils ont d’autres usages, d’autres mœurs, qu’ils usent par habitude de cette substance; enfin, que le plus souvent ils ne prennent pas l’opium pur, mais une préparation dans laquelle les ingrédients stimulants équilibrent au moins les stupéfiants. » (Barbier, Pharmacologie gén. , p. A90, année 1810.)
3“ Mayer, professeur à Francfort-sur-l’Oder , dans un travail intitulé Considérations sur les effets de l’opium, a envisagé l’action de cette substance sous un point de vue un peu différent : « A la dose de 1 à 3 centigrammes, dit-il, l’opium cesse d’être excitant, et peut aussi s’employer comme un calmant direct et immédiat dans les hypersthénies, par exemple, pour calmer les érections dans la blennorrhagie. Le même médicament exerce une stimulation spécifique sur les nerfs et sur le système de la circulation dont il relève l’énergie, tandis qu’il produit l’atonie des muscles , et entrave ou suspend les fonctions des organes digestifs, il suit de là que c’est à tort que Ton a voulu attribuer le calme produit par l’opium à une excitation antérieure qui n’a lieu que lorsqu’il a été administré à haute dose, et qu’ainsi Ton ne peut comparer son effet à celui de la fatigue et d’un excès de nourriture , qui n’amènent le calme que par une faiblesse indirecte. »
Telles sont les principales opinions émises jusqu’à ce jour sur les
effets immédiats de l’opium, .le pense qu’elles peuvent être combattues avec succès à l’aide des expériences que j’ai faites, et qui me portent à établir les faits suivants :
A. L’opium, employé à forte dose, ne doit être rangé ni parmi les narcotiques ni parmi les excitants ; il exerce un mode d'action particulier qui ne saurait être désigné exactement par aucune des dénominations actuellement en usage dans la matière médicale.
En effet, tous les animaux soumis à l’influence d’une assez forte dose de ce poison sont plongés , peu de temps après, dans un état d’assoupissement marqué ; leur tête devient lourde ; ils éprouvent des vertiges ; leurs extrémités postérieures faiblissent et ne tardent pas à être entièrement paralysées (phénomènes qui annoncent une action stupéfiante directe). Vingt-cinq, trente ou quarante minutes après, le pouls est plein, fort, souvent accéléré; des mouvements convulsifs ont lieu ; ces mouvements , faibles d’abord , deviennent bientôt tellement intenses, que les animaux sont subitement relevés du sol , leur tête est fortement renversée sur le dos , leurs extrémités se roidissent par intervalles et sont agitées; ils poussent souvent des cris plaintifs (phénomènes qui annoncent une action stimulante). Cette excitation dure jusqu’au moment de la mort, qui arrive au bout de deux, trois ou quatre heures; et pendant tout le temps qu’elle a lieu , les symptômes de stupéfaction primitivement développés persistent. Les animaux, loin d’être profondément endormis, peuvent être tirés de leur état d’assoupissement par un bruit léger, par le moindre contàct , ou lorsqu’on approche de leurs yeux un objet quelconque; souvent même, lorsqu’on les secoue , ils se roidissent fortement, presque comme s’ils eussent pris de la noix vomique (1). Qu’il y a loin de ces phénomènes à ceux que produisent l’ellébore et le camphre! La première de ces substances, que je regarde comme essentiellement stupéfiante , plonge les animaux , peu de temps après son application, dans un état d’assoupissement parfait; la sensibilité et la motilité paraissent détruites , au point qu’on croirait la vie éteinte trois ou quatre heures avant que la mort arrive si les phénomènes de la respiration ne nous éclairaient sur le véritable état des choses. (Vov. Ellébore. ) Le camphre, au contraire, détermine une excitation marquée du cerveau dès que son application a eu lieu ; l’inquiétude , l’agitation , les mouvements convulsifs , les contorsions
(1) Les expériences dont je parle ont été faites en injectant 2 grammes d’extrait aqueux d’opium dans le tissu cellulaire. Je crois que cette manière d’opérer est la plus propre à éclairer sur le mode d’action des poisons qui sont absorbés, et qui pourraient subir quelque décomposition de la part des organes digestifs.
cl les grimaces les plus horribles dans la face , tels sont les phénomènes primitifs qu’il développe , auxquels succèdent quelque temps après des symptômes de relâchement et d’atonie que l’on peut considérer comme étant la suite d’une excitation prolongée; d’ailleurs, dans l’empoisonnement par cette substance , les animaux ont des intervalles lucides, et ils ne périssent ordinairement qu’à la fin du troisième ou du quatrième accès.
B. L’opium employé à petite dose paraît borner son action au développement des symptômes que j’ai dit se déclarer d’ abord , ceux qui annoncent la stupéfaction • quelquefois cependant il produit une excitation très intense , effet qui dépend de l’idiosyncrasie.
C. Je n’admets pas qu’il y ait identité d’action entre l’opium et les liqueurs spiritueuses employées à forte dose.
Traitement de l’empoisonnement par l’opium
Les médicaments proposés jusqu’à ce jour pour combattre les effets de l’opium Sont : 1° le vinaigre et les acides végétaux; 2° Yinfusum et le décoclum de café ; 3° la noix de galle ; qü la dissolution de chlore dans l’eau; 5° le camphre; 6° l’eau et les boissons émollientes; 7" la saignée. Je vais rapporter les expériences que j’ai faites pour constater l’efficacité de ces moyens ; je parlerai ensuite de la marche que le médecin doit suivre dans un cas de cette nature.
Vinaiyre et acides vèyétaux. — On croit assez généralement que levinaigre et les acides végétaux sont des contre-poisons de l’opium. Ces acides ne pourraient être des antidotes de l’opium qu’autant qu’ils le décomposeraient rapidement dans l’estomac ou qu’ils se combineraient avec lui , et le transformeraient en une substance dont les effets ne seraient pas nuisibles à l’économie animale : or , je puis affirmer, d’après un très grand nombre de faits recueillis avec soin , qu’ils aggravent les symptômes de l'empoisonnement par l'opium toutes les fois que celui-ci n’a pas été vomi. Voici les preuves de cette assertion :
Expérience ire. — On a fait prendre à un jeune chat 12 grammes de vinaigre contenant de l’opium en dissolution et mêlé avec 2fi gram. d’eau. Dix minutes après , l’animal était assoupi. Au bout de dix autres minutes , il était insensible et couché sur le côté ; ses muscles offraient des mou vements convulsifs continuels , et tellement violents, que toutes les parties de l’animal étaient dans une agitation extrême : ces secousses persistaient encore trois heures après ; mais l’animal jouissait d’une légère sensibilité. Il est mort cinq heures et demie après l’injection du liquide. On l’a ouvert le lendemain. Les muscles étaient rigides et contractés. Le cœur contenait une assez grande quantité de sang coagulé.
Expérience 11e. — On a mêlé 8 grammes d’opium bnut concassé avec 68 grammes de vinaigre distillé; quarante-huit heures après, cet acide avait dissous une assez grande partie du poison : il était d’une couleur rouge. On a ajouté 66 grammes d’eau , et on a introduit le mélange dans l’estomac d’un chien gros et robuste : l’œsophage a été lié. L’animal est mort cinq heures après ; il avait offert les symptômes suivants : assoupissement, paralysie du train postérieur, tremblement de tête et secousses convulsives. On l’a ouvert le lendemain. La membrane muqueuse de l’estomac se détachait facilement, mais elle n’était pas enflammée. Les poumons étaient livides, gorgés de sang.
Expérience iii°. — Désirant connaître si les effets délétères observés dans l’expérience précédente dépendaient de la portion d’opium dissoute par le vinaigre ou du marc, on a donné à un autre animal robuste le liquide acétique obtenu en mettant 8 grammes d’opium brut en contact, pendant quarante-huit heures , avec 68 grammes de vinaigre : ce liquide a été filtré et étendu dans 66 grammes d’eau. Vingt-cinq minutes après, l’animal était sous l’influence du poison , et il est mort au bout de cinq heures. Le canal digestif n’offrait aucune trace d’inflammation.
Expérience ive. — A neuf heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste 8 grammes d’extrait aqueux d’opium parfaitement mêlé avec 66 grammes de vinaigre distillé et 96 grammes d’eau : on a lié l’œsophage. Dix minutes après, l’animal a fait des efforts pour vomir. A neuf heures et demie , il était assoupi. A neuf heures cinquante minutes , les pattes postérieures étaient très faibles , et l’animal ne pouvait marcher sans les fléchir considérablement. On a détaché la ligature de l’œsophage, et on a introduit de nouveau dans l’estomac 66 grammes de vinaigre mêlé avec 128 grammes d’eau. A dix heures un quart, il ne pouvait plus lever les pattes de derrière, marchait difficilement en les traînant, et offrait des mouvements convulsifs. A onze heures, ces mouvements étaient très violents, et avaient lieu par secousses analogues à celles qu’offrent les grenouilles exposées à l’action de la pile voltaïque; ses membres étaient roides, étendus, et dans un grand état d’agitation. On lui a fait prendre de nouveau 32 grammes de vinaigre mêlé avec 66 d’eau. Il a fait des contorsions horribles, s’est débattu , et a expiré un quart d’heure après. La membrane muqueuse de l’estomac était légèrement enflammée.
Expérience vc. — A midi , on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un gros chien robuste ; on a introduit dans son estomac un cornet de papier contenant 8 grammes d’opium brut aussi divisé que possible. Vingt minutes après, on lui a fait prendre 96 grammes de vinaigre mêlé à une égale quantité d’eau, et on a lié l’œsophage. A deux heures, l’animal ne paraissait pas sous l’influence du poison. On a détaché la ligature, et on a introduit de nouveau dans l’estomac 250 grammes de vinaigre et 125 grammes d’eau. A cinq heures, il était couché sur le ventre, et ne pouvait pas se tenir un instant debout ; son corps, agité par des mouvements convulsifs violents, faisait des sauts en tous sens; ses extrémités,
roides et écartées , se débattaient presque continuellement. Cet. symptômes ont continué jusqu’à huit heures, et l’animal est mort. On l’a ouvert le lendemain. L’estomac contenait une très grande quantité de vinaigre et un peu d’opium ; sa membrane muqueuse , d’un rouge noir, se détachait facilement et était ulcérée dans plusieurs points ; la tunique sous-jacente , d’une couleur foncée , était parsemée de stries noirâtres. Les poumons étaient gorgés de sang fluide.
Pour peu que l’on compare les effets que produisent l’opium et son extrait administrés seuls à ceux qu’ils occasionnent lorsqu’ils sont associés au vinaigre , on sera forcé de conclure : 1° que , dans le premier cas, les phénomènes de l’empoisonnement tardent plus à se manifester; 2° qu’ils sont en général beaucoup moins violents ; 3° que la mort arrive constamment plus tard (1) ; k° qu’ils ne sont presque jamais suivis de l’inflammation de l’estomac , tandis que le vinaigre la détermine toujours lorsqu’il est un peu concentré.
Il est donc évident que l’emploi de cet acide donnera lieu aux accidents les plus graves si les animaux auxquels on l’administre n’ont pas vomi le poison qui avait été introduit dans l’estomac. Il n’en est pas de même lorsque la substance vénéneuse a été expulsée par le vomissement ; dans ce cas , l’eau vinaigrée et les autres acides végétaux jouissent de la propriété de diminuer les symptômes de V empoisonnement , et même de les faire cesser entièrement. Voici des expériences à l’appui de cette proposition importante :
Expérience ire. — A huit heures du matin , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien de moyenne taille 2 grammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans 6 grammes d’eau. A huit heures et demie, l’animal était assoupi et en proie à des convulsions violentes ; ses extrémités postérieures étaient presque complètement paralysées. On a introduit dans son estomac , à l’aide d’une sonde de gomme élastique et d’une seringue , 192 grammes d’eau vinaigrée. Cinq minutes après , les convulsions n’étaient pas diminuées. A onze heures, il était à peu près dans le même état. On a injecté de nouveau dans son estomac 128 grammes d’eau vinaigrée. A midi et demi, l’animal paraissait mieux; il commençait à pouvoir se soutenir sur ses extrémités postérieures. On lui a donné 160 grammes d’eau vinaigrée ; à deux heures et demie , il n’avait plus de mouvements convulsifs, et il pouvait se tenir debout. On lui a administré de nouveau 128 grammes d’eau vinaigrée; à cinq heures moins un quart , l’animal était sensiblement mieux ( 128 grammes d’eau vinaigrée ); à sept heures du soir, il marchait librement. On lui a fait
(1) La plus grande énergie de l’opium, administré dans l’eau vinaigrée, dépend en partie de ce que l’eau acidulée s’empare de tous les matériaux de l’opium , que l’eau ordinaire aurait dissous , et en outre de la nareotine et de la morphine qui restent dans le marc lorsqu’on se borne à traiter l’opium par l’eau. (Voy. Marc d’opium, p. 217. )
prendre une nouvelle dose du môme liquide ; à dix heures et demie , il n’éprouvait aucun vertige et paraissait presque rétabli ( 128 grammes d'eau vinaigrée. ) Le lendemain matin , à sept heures , il était couché sur le côté, et avait une légère propension au sommeil. On lui donna 192 grammes d’eau vinaigrée, et les effets de l’opium cessèrent complètement. Le jour suivant, il prit des aliments, et il se portait à merveille dix jours après. On s’était assuré, par des expériences multipliées, que 1 gramme du même extrait, placé dans le tissu cellulaire, occasionnait constamment la mort des animaux de même taille en six, douze, quinze ou dix-huit heures.
Expérience iic. — A sept heures et demie du matin , on a introduit dans l’estomac d’un petit chien 250 grammes d’eau vinaigrée ; on a lié l’œsophage. Immédiatement après, on a injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse 1 gramme 60 centigrammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans 8 grammes d’eau. A huit heures moins cinq minutes, les extrémités postérieures étaient un peu faibles; l’animal était assoupi et poussait de légères plaintes. A neuf heures , on a détaché la ligature de l’œsophage, et on a injecté dans l’estomac 128 grammes d’eau vinaigrée. A onze heures, les symptômes de l’empoisonnement n’étaient pas plus intenses. ( 6Zi grammes d'eau vinaigrée. ) A une heure , la faiblesse des extrémités persistait ; l’animal ne pouvait pas se tenir long-temps debout : cependant il pouvait marcher. A deux heures dix minutes, sa démarche était plus facile. ( 6fi grammes d’eau vinaigrée. ) A six heures , il allait sensiblement mieux. On lui a fait prendre une nouvelle dose de médicament; mais comme on a cessé de le soigner, il est mort à quatre heures du matin.
Il est certain que dans cette expérience l’eau vinaigrée a empêché les symptômes de l’empoisonnement d’être portés au degré où ils l’auraient été si elle n’eût pas été administrée; il n’est pas non plus douteux qu’on n’eût fini par les faire disparaître entièrement si l’animal n’eût pas été aussi faible , et surtout si l’on avait continué à lui administrer ce médicament pendant la nuit. Je pourrais rapporter un très grand nombre de faits analogues qui prouvent que lorsque l’eau vinaigrée est employée à plusieurs reprises dans les premières vingt-quatre heures de l’empoisonnement, les symptômes diminuent d’intensité , quelque graves qu’ils aient été d’abord. Je prouverai plus tard que les bons effets de cette boisson ne dépendent pas de l’eau qu’elle contient.
Expérience iii*. — A huit heures moins cinq minutes , on a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste 192 grammes d’eau acidulée avec de l’acide tartrique: on a lié l’œsophage : immédiatement après, on a injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse 1 gramme 60 centigrammes d’extrait aqueux d’opium. A huit heures un quart , les extrémités postérieures étaient un peu faibles. A neuf heures, l’animal était assoupi; la
DE l’opium. 237
faiblesse du train postérieur avait augmenté. On a détaché la ligature de l’œsophage, et on a injecté dans l’estomac 128 grammes d’eau tarlrique. A onze heures, même état. ( 128 grammes du même médicament,. ) A deux heures, l’animal pouvait déjà marcher, l’assoupissement était moindre. On lui a donné une nouvelle dose du même médicament. A six heures du soir, le mieux se soutenait. ( 128 grammes d’eau tartrique. ) On a cessé de le soigner, et il est mort à quatre heures du matin.
Expérience iv'1. — Un autre animal a été soumis à la même expérience, avec cette différence que la dose d’extrait injecté dans le tissu cellulaire était de 2 grammes 60 centigrammes, et que l’œsophage n’avait pas été détaché. L’animal est mort vingt-deux heures après l’opération. On lui avait fait prendre de l’eau tartrique à neuf reprises différentes, etl’on avait remarqué une diminution dans les symptômes. Il a succombé dans la matinée , parce qu’on avait cessé de lui administrer le médicament pendant la nuit. 11 est certain que, sans l’emploi de l’eau acidulée, il serait mort quatre ou cinq heures après l’injection.
Expérience vc. — A huit heures du matin , on a injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien robuste 1 gramme 60 centigrammes d'extrait aqueux d’opium dissous dans 8 grammes d’eau. A neuf heures, l’animal était sous l’influence du poison; on Ja introduit dans l’estomac 192 grammes de limonade ordinaire : on a lié l’œsophage. A onze heures et demie, l’animal était en proie à des mouvements convulsifs assez forts ; le train postérieur était paralysé. ( 96 grammes de limonade. ) A deux heures , il était profondément endormi. On lui a fait prendre de nouveau 128 grammes de limonade; on lui en a donné une nouvelle dose à six heures. A huit heures et demie , l’assoupissement était moins profond , l’animal pouvait se soutenir sur ses extrémités postérieures. ( 128 grammes de limonade. ) On a cessé de lui administrer ce médicament pendant la nuit, et il est mort à cinq heures du matin.
Infnsum de café. — Expérience ire. — A neuf heures du matin, on a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste 8 grammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans 96 grammes d’une forte infusion de café à la température de 40 degrés : on a lié l’œsophage (1). A onze heures, l’animal était à peine sous l’influence du poison ; ses extrémités postérieures commençaient à faiblir. On a détaché la ligature de l’œsophage , et on a injecté de nouveau dans l’estomac 96 grammes de la même infusion. A une heure , les pupilles étaient dilatées , l’animal marchait encore librement, et n’avait aucune tendance à l'assoupissement. On lui a fait prendre 250 grammes du même médicament : aussitôt après, il a fait quelques efforts pour vomir, qui dépendaient probablement de la grande quantité de liquide contenu dans l’estomac. A trois heures, il était très agité ; ses yeux sortaient des orbites , le corps était roide , et le train postérieur
(1) L ’infusum que j’ai employé dans toutes mes expériences a été préparé en versant 5 à 600 grammes d’eau bouillante sur 200 à 250 grammes d’excellent café réduit en poudre fine.
complètement paralysé ; de temps à autre , l’animal cherchait à se relever, il se mouvait en tous sens en traînant les pattes de derrière, puis s’arrêtait tout-à-coup , cramponnait ses extrémités antérieures sur le sol , renversait la tète sur le dos , et paraissait souffrir beaucoup. Depuis le commencement de l’expérience , il avait conservé la faculté de voir et d’entendre. On lui a administré 192 grammes de la même infusion : les symptômes ont persisté, et il a expiré à quatre heures vingt minutes.
Expérience 11e. — A sept heures du matin , on a injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien de moyenne taille 2 grammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans U grammes d’eau. A huit heures moins un quart , les extrémités postérieures étaient complètement paralysées ; l’animal avait une grande tendance a l’assoupissement , et il offrait de temps à autre des secousses convulsives violentes. On lui a fait prendre 128 grammes d’une forte infusion de café à la température de Ziü degrés. A neuf heures , les symptômes persistaient ; on lui a administré une nouvelle dose de ce médicament, et on a continué à lui en donner toutes les deux heures jusqu’à dix heures du soir. A midi, les symptômes commençaient déjà à diminuer. A quatre heures, l’animal n’avait plus de mouvements convulsifs et marchait librement. A sept heures du soir, il paraissait très éveillé , il courait dans le laboratoire comme s’il n’eût point éprouvé le moindre accident; il en était de même le lendemain matin. On l’a négligé dans la journée ; les symptômes se sont manifestés de nouveau, et il est mort vers huit heures du soir.
Expérience me. — A huit heures et demie du matin, on a répété la même expérience sur un petit chien auquel on n’a injecté que 1 gramme d’extrait aqueux d’opium. Trois quarts d’heure après , l’animal offrait tous les symptômes de l’empoisonnement. On lui a fait prendre 128gram. d’infusion de café ; à dix heures et demie, il n’éprouvait aucun soulagement. On lui a donné une nouvelle dose du même médicament. A midi , les symptômes paraissaient un peu diminués. ( 128 grammes d’infusion de café. ) A trois heures, les extrémités postérieures étaient très faibles, et la tête offrait un tremblement très marqué. A cinq heures, il n’y avait plus de mouvements convulsifs. ( 128 grammes d'infusion de café. ) A huit heures , l’animal pouvait se tenir debout et marchait assez facilement ; le tremblement de tête était entièrement dissipé. On a cessé de le soigner, et il est mort dans la nuit.
Expérience ive, — A neuf heures du matin , on a injecté dans le tissu cellulaire d’un petit chien robuste 2 grammes 20 centigrammes d’extrait aqueux d’opium. A neuf heures un quart, les extrémités postérieures étaient faibles. On a introduit dans l’estomac 128 grammes d’infusion de café. A dix heures, l’animal étant à peu près dans le même état, on lui a fait prendre une nouvelle dose du même médicament. A onze heures et demie , il offrait des secousses convulsives violentes , et il se tenait couché sur le côté. A trois heures, les symptômes de l’empoisonnement avaient diminué. ( 96 grammes d’infusion de café. ) A six heures un quart , les mouvements convulsifs s’étaient dissipés ; l’animal marchait
librement; les extrémités postérieures étaient cependant un peu faibles. Il n’est pas douteux que si l’on eût continué les mêmes moyens , on aurait pu rétablir la santé de cet animal. On ne lui a donné aucun secours pendant la nuit , et il est mort le lendemain , à sept heures du matin.
Décoctum de café. — Expérience T°. — A dix heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un gros chien 8 grammes d’opium brut concassé, mêlés avec 300 grammes d’une forte décoction de café : on a lié l’œsophage. A quatre heures, les extrémités postérieures étaient faibles , et l’animal n’avait qu’une très légère tendance au sommeil. 11 est mort le lendemain à quatre heures du matin. Les vaisseaux qui rampent sur la surface externe du cerveau étaient légèrement injectés ; il n’y avait point de sérosité dans les ventricules ; les poumons offraient plusieurs plaques d’un tissu dense et d’une couleur livide ; le canal digestif était sain.
Expérience iic. — A trois heures de l’après-midi , on a fait avaler à un chien robuste et de moyenne taille 96 grammes de café que l’on avait fait bouillir pendant une demi-heure dans 375 grammes d’eau; on a détaché l’œsophage , et on a introduit dans l’estomac 8 grammes d’opium brut concassé mêlé avec le <lécoctum provenant des 96 grammes de café : on a lié l’œsopliage. Trois heures après, les symptômes de l’empoisonnement se sont déclarés, et l’animal est mort le lendemain, à une heure de l’après-midi.
Expérience iiic. — A deux heures, on a fait avaler à un chien de moyenne taille 5 grammes d’opium brut et l\ grammes d’extrait aqueux de la même substance. Quarante minutes après, l’animal était assoupi, et ses extrémités postérieures faiblissaient. On a injecté dans l’estomac, à l’aide d’une sonde de gomme élastique , 250 grammes d’une forte décoction de café. Quelques instants après , il a eu une selle composée de matières solides. A quatre heures et demie , les symptômes de l’empoisonnement n’étant pas diminués , on lui a fait prendre de nouveau 375 grammes de la même décoction et 192 grammes de poudre de café : l’animal est mort dans la nuit. Le canal digestif n’offrait aucune trace d’inflammation.
Expérience iv'1. — A neuf heures moins un quart, on a injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse d’uu petit carlin 1 gramme 30 centigrammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans h grain . d’eau. A neufheurcs et demie , l’animal offrait tous les symptômes de l’empoisonnement. On lui a fait prendre 96 grammes d’une forte décoction de café. A onze heures moins un quart , il se plaignait beaucoup , et était tellement agité de mouvements convulsifs , qu’il a été impossible de lui injecter une nouvelle dose du médicament dans l’estomac. On lui a administré un lavement avec 192 grammes de décoction de café ; les symptômes ont acquis plus d’intensité , et l’animal est mort à midi et demi.
Il résulte de ces expériences :
1° Que l’on ne doit point regarder Yinfusum et le décoctum de
café comme des contre-poisons de l’opium, parce qu’ils n’ont point la propriété de le décomposer dans l’estomac , ou du moins parce qu’ils ne le transforment pas en une substance qui soit sans action nuisible sur l’économie animale ;
2 ' Que ni l’une ni l’autre de ces deux préparations de café, introduites avec l’opium dans l’estomac , n’augmentent l’action délétère de ce poison , comme cela a lieu pour le vinaigre , et par conséquent qu’il n’y a aucun danger à les employer dans le cas où l’individu ne pourrait pas vomir, tandis qu’il y en aurait beaucoup à faire usage de vinaigre dans les mêmes circonstances ;
3° Que Yinfusum de café bien préparé, administré à plusieurs reprises, diminue rapidement les accidents de l’empoisonnement par l’opium , et peut même les faire cesser complètement.
Uècoctum aqueux de noix de galle. — La noix de galle jouissant de la propriété de précipiter les dissolutions d’opium , il était intéressant de rechercher si elle ne serait pas l’antidote de ce poison. Voici les expériences que j’ai tentées à ce sujet :
Expérience irC. — On a versé un excès de décoctum aqueux de noix de galle dans 16 grammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans l’eau ; il s’est forme un précipité abondant qui a été dissous en partie par l’excès de noix de galle ; le liquide filtré a été introduit dans l’estomac d’un petit chien, dont on a ensuite lié l’œsophage. Au bout de trois heures les extrémités postérieures commençaient à faiblir, et l’animal éprouvait de légers vertiges. Bientôt après, les symptômes de l’empoisonnement par l’opium sont devenus plus intenses , et l’animal est mort neuf heures après le commencement de l’expérience.
Expérience iT. — On a introduit dans l’estomac d’un chien robuste de moyenne taille la portion du précipité obtenu dans l’expérience précédente et qui n’avait pas été dissoute par la dissolution de noix de galle : on a lié l’œsophage. Au bout de vingt heures, l’animal paraissait à peine éprouver une légère faiblesse du train postérieur ; du reste il n’offrait aucun symptôme d’empoisonnement. Quarante heures après le commencement de l’expérience (sept heures du matin) , il était expirant et en proie à tous les accidents que détermine l’opium. Il est mort une heure après.
Il résulte de ces expériences : 1° que le précipité formé par la noix de galle dans l’opium est vénéneux, mais qu’il l’est beaucoup moins que l’opium ; 2° qu’il peut être dissous par un excès de décoction de noix de galle , et qu’alors son action est plus énergique que dans le cas où il a été administré seul; 3° qu’il est néanmoins avantageux de faire usage de cette décoction dès les premiers temps de l’empoisonnement par les préparations opiacées , puisqu’il est reconnu qu’elle les rend moins actives.
DE l’opium. 241
Chlore dissous dans l’eau. — On a annoncé dans quelques ouvrages de matière médicale que le chlore diminuait l’action de l’opium sur l’économie animale. En supposant ce fait vrai, j’ai cru pouvoir l’expliquer par la facilité avec laquelle ce corps s’empare de l’hydrogène de certaines substances végétales et animales , et les décompose ; il était possible que le résultat d’une pareille décomposition fût une matière incapable d’exercer une action nuisible sur l’économie animale : dans ce cas 4 le chlore aurait été un contre-poison de l'opium, et par la même raison il l’aurait été probablement d’un très grand nombre d’autres substances vénéneuses appartenant au règne végétal. Ces considérations m’ont paru assez importantes pour fixer toute mon attention, et j’ai tenté les expériences suivantes :
Expérience irc. — On a introduit dans l’estomac d’un chien robuste 8 grammes d’extrait aqueux d’opium suspendu dans 300 grammes d’eau contenant du chlore (ce chlore liquide était assez faible pour ne pas décolorer l’encre) : on a lié l’œsophage. Au bout de trois quarts d’heure , l’animal était sous l’influence, du poison, et il a expiré cinq heures après. Le canal digestif n’offrait aucune trace d’inflammation, ce qui prouve que la dissolution de chlore était très étendue, puisque nous avons vu, pag. 80 du t. i'r, qu’elle enflammait les tissus de l’estomac lorsqu’elle était moyennement concentrée.
Expérience iic. — A neuf heures du matin, on a fait prendre à deux chiens 8 grammes d’opium brut enveloppé dans deux cornets de papier, et on a lié l'oesophage. A une heure, leurs extrémités postérieures étaient paralysées. On a détaché la ligature de l’œsophage, et on a introduit dans l’estomac 128 grammes de chlore dissous dans l’eau. A deux heures, les symptômes, loin de diminuer, étaient plus intenses. [Même dose de chlore.) A cinq heures du soir, on leur avait déjà administré deux nouvelles doses de ce médicament. Ces animaux sont morts dans la nuit. La membrane muqueuse de l’estomac était fortement enflammée.
Expérience me. — A neuf heures et demie , on a introduit dans l’estomac d’un fort chien un mélange de 8 grammes d’extrait aqueux d’opium et de 128 grammes d’une dissolution aqueuse de chlore moyennement concentrée : on a lié l’œsophage. L’animal n’a pas tardé à faire des efforts pour vomir ; il a éprouvé tous les symptômes de l’empoisonnement par l’opium, et il est mort au bout de six heures. La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge vif dans toute son étendue ; la tunique musculeuse sous-jacente était d’une couleur rosée; l’intérieur du rectum offrait une inflammation assez marquée; les poumons présentaient çà et là des plaques livides.
Cesexpériences, répétées sur plusieurs animaux, ont constamment offert les mêmes résultats. 11 est évident qu’au degré de concentration où le chlore pourrait décomposer l’opium dans l’estomac, il IL 16
devrait être considéré lui-même comme un poison âcre , et que l’on ne saurait par conséquent l’employer comme antidote de cette substance vénéneuse. L’expérience lre prouve aussi que lorsqu’il est très étendu et mêlé à l’opium dans l’estomac , il n’empêche pas les accidents de se développer. J’ai voulu savoir quels seraient les effets de la dissolution de chlore sur la maladie produite par l’opium lorsque ce poison ne se trouve plus dans l’estomac.
Expérience ive. — A neuf heures moins un quart , on a injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien robuste 2 grammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans 4 grammes d’eau. A neuf heures six minutes, l’animal offrait tous les symptômes de l’empoisonnement par l’opium. Qn lui a administré 128 grammes d’eau contenant un peu de chlore. A dix heures et demie , son état ne paraissait pas changé. On lui a fait prendre de nouveau une dose du même médicament; à une heure un quart, il avait eu plusieurs selles et il allait un peu mieux. (128 grammes d’eau contenant du chlore.) A trois heures, l’animal était tranquille, les extrémités postérieures étaient moins faibles. ( Nouvelle dose du médicament.) A cinq heures, il pouvait se soutenir ; a sept heures, il marchait assez librement. (128 grammes d'eau légèrement chlorée.) On ne lui a donné aucun secours pendant la nuit. Le lendemain, à sept heures du matin , il marchait en chancelant un peu et paraissait abattu : on lui a fait prendre de nouveau 128 grammes du même médicament ; mais il est mort cinq heures après.
Cette expérience répétée deux fois a fourni les mêmes résultats ; d’où il suit qu’une faible dissolution de chlore peut diminuer les effets produits par l’opium , et pourrait probablement les faire cesser entièrement si son administration n’était pas interrompue. Cependant, comme ce médicament ne présente pas d’avantages marqués sur le vinaigre , et que sa préparation est assez compliquée , on doit lui préférer cet acide végétal , que les besoins journaliers rendent excessivement commun.
Camphre. — Le camphre a été prôné par quelques médecins comme contre-poison de l’opium. J’ai voulu savoir jusqu’à quel point celte assertion était fondée.
Expérience ire. — On a introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste un mélange fait avec 8 grammes d’opium et autant de camphre concassé. Douze heures après, l’animal était sous l’influence de l'opium; ses extrémités étaient légèrement paralysées. Il est mort trente-sixheures après l’ingestion du mélange. Le canal digestif répandait une forte odeur de camphre. La membrane muqueuse de l’estomac était de couleur natu-
DE l’opium. 243
relie ; mais elle offrait près du pylore deux ulcères larges chacun comme une pièce de vingt sous, à bords relevés, noirâtres (1).
Expérience 11e. — On a introduit dans l’estomac d’un chien robuste et de moyenne taille un mélange fait avec 8 grammes d’extrait aqueux d’opium et autant de camphre dissous dans 64 grammes d’huile d’olives : on a lié l’œsophage. Au bout d’une demi-heure , l’animal a été en proie a un accès convulsif horrible déterminé par le camphre , et il a expiré un quart d’heure après.
Dans d’autres expériences , on a varié les doses de ces deux substances , et on a remarqué que la mort avait constamment lieu lorsqu’elles étaient administrées en assez grande quantité , et que les phénomènes qui la précédaient dépendaient tantôt du camphre , tantôt de l’opium, suivant que l’un ou l’autre de ces poisons était en grand excès par rapport 'a l’autre.
Ces faits suffisent pour affirmer que le camphre ne décompose point l’opium et ne l’empêche pas d’agir comme poison , et par conséquent qu’il n’est pas son antidote. Nous verrons cependant , à la fin de cet article , que le médecin peut employer avec succès de petites doses de ce médicament pour combattre les symptômes développés par une grande quantité d’opium.
Eau et boissons mucilagineuses. — J’ai établi que l’eau acidulée avec les acides végétaux pouvait être d’une grande utilité dans l’empoisonnement par l’opium. Ne pourrait-on pas imaginer que les bons effets de cette boisson dépendent de la grande quantité d’eau qui entre dans sa composition? Le désir de résoudre cette question m’a engagé à faire des expériences dont les résultats devaient d’autant plus exciter ma curiosité , que M. Porta , médecin italien , a annoncé positivement , dans un des cahiers du journal de i\l. Leroux , qu'au moyen de l'eau froide administrée en boisson et en lavement, et appliquée en fomentations sur le bas-ventre, il a obtenu la guérison d’une dame que l’on avait empoisonnée par mégarde avec le décoclum de 96 grammes d’opium.
Expérience ire. — A huit heures , on a introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille 6 grammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans 250 grammes d eau à la température ordinaire : on a lié l’œsopliage. A huit heures et demie , l’animal commençait à être sous l’influence du poison. ( 192 yrammes d'eau. ) A neuf heures, les symptômes de l’empoisonnement étaient beaucoup plus intenses. On a administré de nouveau la même quantité d’eau. Il est mort à dix heures. Il est certain que la même proportion d’extrait dissous dans 32 ou 64 grammes d’eau
(1) Nous verrons plus tard que cette altération cadavérique est due aux fragments de camphre.
'2kl\ DES POISONS NARCOTIQUES.
n’aurait déterminé la mort qu’au bout de dix , douze ou dix-huit heures. (Voy. p. 212 de ce vol. )
Expérience 11e. — A sept heures trois quarts, on a introduit dans l’estomac d’un petit chien faible , à l’aide d’une sonde de gomme élastique , 250 grammes d’eau à la température ordinaire. Immédiatement après , on a injecté dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse 2 grammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans 6 grammes d’eau. L’animal a vomi au bout de cinq minutes ; aussitôt après , on a injecté dans l’estomac 192 grammes d’eau à la température ordinaire. A neuf heures, les symptômes étaient alarmants : on a fait une nouvelle injection du même liquide. Il a expiré à neuf heures et demie.
Expérience iiic. — Le lendemain, à la même heure, on a recommencé l’expérience sur un chien robuste et de moyenne taille, avec la même dose d’extrait aqueux d’opium. A midi et demi , on avait déjà introduit dans l’estomac 2 kilogrammes d’eau que l’on avait divisés en cinq parties : l’animal n’en était pas moins sous l’influence du poison. Les symptômes, loin de diminuer, avaient acquis de l’intensité , et il a expiré à trois heures , au milieu des convulsions les plus horribles.
Expérience ive. — On a substitué à l’eau ordinaire de l’eau liquide à zéro , et on en a administré en boisson et en lavement : l’animal est mort dès la seconde prise, cinq quarts d’heure après l’application extérieure de 2 grammes d’extrait aqueux. Cet animal était petit et robuste.
Expérience Ve. — On a obtenu les mêmes résultats en employant des décoctions mucilagineuses au lieu d’eau ordinaire.
Ces expériences prouvent évidemment ,
1° Que les bons effets des boissons acidulées ne dépendent pas de l’eau qu’elles renferment ;
2° Que ce liquide , ingéré dans l’estomac avec l’opium , facilite son absorption en le dissolvant , et par conséquent qu’il faut éviter d’en faire avaler beaucoup aux malades empoisonnés avec cette substance (1). ,
Saignée. — La saignée a été préconisée par des médecins célèbres pour guérir la maladie produite par l’opium. Tissot dit : « S’il arrivait que par imprudence , par méprise , par ignorance ou par mau-
(1) La faculté qu’a l’eau de dissoudre rapidement l’extrait aqueux d’opium contenu dans l’estomac permet de répondre à une question qui pourrait m’être adressée; savoir : Si les expériences tentées en introduisant le vinaigre du commerce dans l’estomac des chiens qui ont pris de l’extrait d’opium hâte la mort , en est-il de même lorsqu’on administre simplement de l’eau vinaigrée (vinaigre très étendu ), et que J.e poison n'a pas été expulsé parle vomissement? Je pense , d’après un très grand nombre de faits, qu’il est encore dangereux d’employer l’eau vinaigrée ; car cette boisson acidulée dissout mieux l’opium que ne le ferait l’eau seule, et par conséquent l’absorption est plus énergique.
DE l’opium. 2û5
vais dessein, on eût pris tropd’opium ou de quelque autre préparation dans laquelle il entre , comme thériaque , mithridat , diascordium , laudanum liquide , etc. , il faudra sur-le-champ faire une saignée , traiter le malade tout comme s’il avait une apoplexie sanguine, faire respirer beaucoup de vinaigre , et faire boire beaucoup de vinaigre dans de l’eau. » (Avis au Peuple, tom. il, § 535, p. 230, 7e édit.) Plusieurs praticiens ont remarqué que l’opium agissait avec moins d’énergie lorsqu’il était administré à des personnes qui avaient perdu une grande quantité de sang. Ces considérations m’ont engagé à faire les expériences suivantes.
Expérience ire. — A huit heures trois quarts , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien robuste et de moyenne taille 2 grammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans 6 grammes d’eau. Une demi-heure après, l’animal était sous l’influence du poison : on a ouvert une des veines des extrémités postérieures , et on en a tiré 96 grammes de sang. A dix heures et demie, l’animal était sensiblement mieux : on lui a fait une nouvelle saignée. Un quart d’heure après , il marchait librement dans le laboratoire. A une heure, on l’a saigné de nouveau. Le lendemain , il paraissait rétabli.
Expérience IIe. — A huit heures trois quarts, on a recommencé l’expérience sur un chien fort. A neuf heures un quart, il était assoupi, et les extrémités postérieures paraissaient complètement paralysées : on a ouvert une des veines de l’extrémité postérieure , et on en a tiré 6à grammes de sang. Vingt minutes après, mouvements convulsifs. A dix heures, on l’a saigné de nouveau ; mais il a été impossible de faire sortir plus de 32 grammes de sang. A onze heures et demie, l’animal était dans un état fâcheux ; on a cherché inutilement à le saigner, et il a expiré à une heure.
Expérience me. — La saignée des extrémités antérieures et postérieuresa été pratiquée sur quatre autres animaux empoisonnés par la même dose d’extrait aqueux d’opium que l'on avait appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse. Deux d’entre eux sont morts à peu près comme s’ils n’eussent pas été saignés. Les deux autres vivaient encore deux jours après , et ne présentaient presque plus de symptômes d’empoisonnement. Us sont morts le troisième jour, probablement parce qu’ils ont été négligés.
Expérience ive. — A sept heures du matin , on a ouvert la veine jugulaire droite d’un petit chien robuste , et on en a tiré Zi20 grammes de sang. Immédiatement après, on a appliqué sur le tissu cellulaire de l’extrémité postérieure 2 grammes d’extrait aqueux d’opium , dissous dans 8 grammes d’eau. A huit heures un quart, l’animal était sous l’influence du poison ; mais les symptômes n’étaient pas aussi intenses que chez un autre animal beaucoup plusfortqui n’avait pasété saigné, et sur la cuisseduqucl la même dose d’extrait avait été appliquée à huit heures moins dix minutes. A neuf heures , secousses convulsives comparables aux mouvements
qu’imprime aux grenouilles le fluide électrique dégagé de la pile de Volta : cependant cet animal pouvait se soutenir quelque temps debout, tandis que , chez l’autre , les extrémités postérieures étaient entièrement paralysées. A neuf heures et demie , on a tiré de nouveau 96 grammes de sang de la veine jugulaire. A onze heures, dëcubitus sur le côté, impossibilité de se tenir debout , tremblement continuel. ( Nouvelle saignée de 6Zt grammes. ) Immédiatement après, respiration lente, laborieuse; les autres symptômes ont acquis plus d’intensité , et le chien est mort à midi et demi. Il est évident que cet animal a vécu au moins autant que s’il n’eût pas été saigné.
Expérience vc. — A sept heures du matin , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de l’extrémité postérieure d’un petit chien fort, 1 gramme 60 centigrammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans 8 grammes d’eau. Une demi-heure après , l’animal était sous l’influence du poison : on a tiré 128 grammes de sang de la veine jugulaire. A six heures du soir, on avait répété la même saignée cinq fois. A neuf heures, il allait bien. Le lendemain matin, on lui a administré deux bouillons, et il a été entièrement rétabli.
Expérience vic. — A huit heures, on a recommencé la même expérience sur un chien de moyenne taille. Une demi-heure après, il était sous l’influence du poison : on a pratiqué une saignée de 128 grammes à la jugulaire. A neuf heures moins un quart, mouvements convulsifs. A dix heures et demie, les symptômes paraissaient un peu diminués. ( Nouvelle saignée de 96 grammes. ) A midi , mieux marqué. A deux heures , même état. L’animal a cessé d’être soigné , et il est mort à cinq heures.
Dans deux autres circonstances, les chiens soumis à cette épreuve sont morts à peu près à l’époque à laquelle ils auraient succombé s’ils n’eussent pas été saignés (1).
Les faits suivants viennent à l’appui des expériences qui précèdent.
Observation lrc. — « Etant attaché , en 1816; au dispensaire général de Philadelphie , je fus appelé pour voir une vieille femme qui était plongée dans un état de stupeur prpfonde ; sa respiration était stertoreuse et l’haleine avait une odeur opiacée ; enfin on observait tous les symptômes qui indiquent une congestion cérébrale. Je la secouai fortement pour la réveiller; mais aussitôt après elle retombait et paraissait profondément endormie. On ne put me donner aucun renseignement sur la cause de cette affection ; mais je soupçonnai qu’elle avait été produite par le laudanum, soit par l’odeur que la malade exhalait par la bouche , soit parce
(1) Ces expériences ont été répétées sous mes yeux par le docteur Rousseau de Besançon , mon ami et mon élève, qui en a fait le sujet d’une dissertation inaugurale soutenue à la Faculté de Médecine de Paris, dans le mois d’août 1815.
DE l’opium. 2/|7
que je trouvai auprès du lit une liole vide dans laquelle il était aisé de voir qu’il y avaitcudu laudanum. J’administrai 60 centigrammes de tartre stibié en dissolution concentrée, et j’irritai le gosier avec les barbes d’une plume. Voyant, au bout d’une demi-heure , qu’il n’y avait aucune évacuation, je me décidai à faire prendre L gramme de sulfate de zinc; quelque temps après, le vomissement n’ayant pas eu lieu, et le pouls étant très fort et très fréquent, je crus devoir pratiquer une saignée : aussitôt que le sang coula, la malade vomit, et les symptômes d’empoisonnement diminuèrent. J’ordonnai les boissons acidulés, et le lendemain il ne restait que de la fatigüe et de la confusion dans les idées. La malade- m’avoua qu’elle avait avalé, deux heures avant mon arrivée, 32 grammes de laudanum dans le dessein de se suicider. » ( Docteur Price, médecin à Philadelphie.)
Observation 2e. — Un homme très robuste prit grammes de laudanum liquide de Sydenham pour se suicider. Appelé pour lui donner des soins, le chirurgien Ross lui fit prendre du sulfate de zinc qui détermina un vomissement très abondant. Deux heures après, le malade fut en proie à un état comateux tout-à-fait semblable à celui que détermine la compression du cerveau : cette circonstance engagea M. Ross à pratiquer une saignée de 500 grammes. Aussitôt que la veine eut été ouverte , l’assoupissement se dissipa, et le malade , au bout de deux heures , jouit cl’un mieux extrêmement marqué. On lui fit prendre quelques délayants entremêlés de temps à autre de nouvelles doses de sulfate de zinc. Ce traitement réussit parfaitement. ( Revue médicale, t. xi% année 1823.)
Il résulte de ces faits, 1° que la saignée n’a jamais aggravé les symptômes de l’empoisonnement par l’opium , ni accéléré le moment de la mort ; 2° qu’elle a paru utile dans quelques circonstances , et même qu’elle a suffi pour rétablir des animaux qui auraient péri si on ne l’eût pas pratiquée; 3° qu’elle me semble devoir être faite chez les individus pléthoriques et robustes soumis à l’influence de l’opium , surtout lorsque déjà il s’est écoulé quelque temps depuis l’empoisonnement et que l’on n’a pas à craindre qu’elle hâte l’absorption; h" enfin , qu’il est préférable d’ouvrir la veine jugulaire à toute autre veine.
M. Yeatman s’est élevé contre l’emploi de la saignée dans l’empoisonnement par l’opium. Voici les faits qui lui paraissent prouver les dangers d’une pareille pratique.
Observation lrc. — M. Myers ayant avalé 12 grammes d’opium , fut en proie à tous les symptômes de l’empoisonnement par cette substance : on lui fit avaler 8 grammes de sulfate de zinc dissous dans l’eau ; on lui chatouilla la gorge avec une plume , ce qui le fit un peu vomir ; une cuillerée de moutarde, délayée dans de l’eau tiède et aiguisée de vinaigre, procura des vomissements abondants. Le pouls se releva , la chaleur
revint, le malade put se tenir debout et même marcher dans sa chambre avec un aide. Quelques heures après, il parlait très raisonnablement et ne se plaignait que d’un léger mal de tête , d’étourdissements et de faiblesse. On lui prescrivit une potion purgative , l’usage des acides acétique et citrique, et du fort café. Au bout de quelques heures, M. Yeatman retourna le voir ; mais il le trouva mourant. Un prétendu médecin , qui l’était venu visiter, lui avait tiré 420 grammes de sang de l 'artère temporale : il expira peu après dans une syncope.
Observation 2e. — Un homme est reçu dans un hôpital pour une maladie peu importante. Il tombe quelques jours après dans un état voisin de l’apoplexie , que l’on prend pour cette maladie; on lui fait, en conséquence, une saignée de 500 grammes à la jugulaire : il s’évanouit et meurt immédiatement après, sans aucun retour à lui-même. On sut ensuite que cet homme avait pris une trop forte dose de laudanum. ( Gazette de Santé, du 21 avril 1816.)
Je suis loin de regarder ces deux observations comme étant de nature à prouver les dangers de la saignée dans l’empoisonnement par l’opium : en effet , dans la première, le malade n’a été saigné que long-temps après l’empoisonnement, lorsqu’il pouvait être regardé comme étant presque rétabli. Le second fait offre des résultats tellement contraires à ceux qui ont été rapportés par MM. Ollivier, Price , Ross , etc. , qu’il ne saurait être de quelque valeur. Comment se refuser à admettre que les malades observés par ces médecins n’aient dû en grande partie leur salut aux saignées qui leur ont été faites ?
L’examen détaillé que je viens de faire de la valeur de chacun des moyens proposés pour combattre l’empoisonnement qui m’occupe, me permet de tracer la marche que doit suivre le médecin appelé pour un cas de ce genre.
1" Il administrera à plusieurs reprises la décoction de noix de galle pour transformer en une substance moins active la préparation opiacée (voy. p. 240) , et il procédera de suite à l’extraction des liquides contenus dans l’estomac à l’aide de la seringue décrite à la page 16 du tome Ier : il est peu de cas d’empoisonnement où l’emploi de cet appareil soit suivi d’un aussi grand succès que dans celui qui m’occupe. Si on ne peut pas se procurer de suite de la décoction de noix de galle , et qu’on ne puisse pas faire usage de la seringue dont je parle , on favorisera l’expulsion du poison par le vomissement , en faisant avaler des émétiques forts, capables de réveiller la contractilité de l’estomac : tels sont le tartrate de potasse antimonié , à la dose de 25 ou 30 centigrammes , le sulfate de zinc , à la dose de 75 à 90 centigrammes, ou le sulfate de cuivre à la dose de 15 à 20 centigrammes : ce dernier sel , administré en plus grandé quantité ,
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pourrait occasionner la mort en déterminant l’inflammation de quelques portions du canal digestif, comme je l’ai observe dans plusieurs expériences tentées à ce sujet. Quand même on pourrait faire usage de la décoction de noix de galle dès les premiers temps de l’empoisonnement , on devrait recourir bientôt après aux vomitifs. La décoction dont il s’agit est encore indiquée après l’emploi des émétiques pour diminuer l’action de la portion de la substance vénéneuse qui n’aurait pas été expulsée.
2° On évitera de faire dissoudre les émétiques dans une grande quantité d'eau , ou de remplir l'estomac de liquides mucilagincux , acides , et même aqueux, dans le dessein de faire rejeter l’opium, h moins qu’on ne puisse extraire ces liquides de suite h l’aide de la seringue : en effet, ces boissons ne déterminent pas toujours le vomissement , et elles ont le grand inconvénient de dissoudre le poison et d’en faciliter l’absorption.
3° On pratiquera une saignée à la jugulaire , si l'individu est fort et pléthorique et lorsqu’on n’aura plus à craindre que l’absorption soit favorisée par l’écoulement du sang ; on la répétera suivant le tempérament du malade.
k° Alors on administrera alternativement de l'eau acidulée avec du vinaigre , du citron ou de l’acide tartrique , et une forte mfusion de café chaud ; on donnera ces boissons à petite dose que l’on renouvellera souvent, par exemple, de dix en dix minutes. Je suis convaincu qu’il serait dangereux d’administrer les acidulés avant l’expulsion du poison.
5° On pourra employer, de douze en douze heures , des lavements de camphre. On aura soin de bassiner le lit du malade, et on lui brossera rudement les bras et les jambes.
6 1 La respiration artificielle a produit d’excellents effets dans un cas d’empoisonnement par une forte dose d’opium , où le pouls était presque éteint , le cœur à peine sensible , la respiration presque nulle et la mort imminente. ( Journal de Chimie médicale , année 1838 , p. Ù10.)
7° S’il y avait déjà long-temps que l’individu eût pris l’opium , et que l’on soupçonnât qu’il se trouve dans les gros intestins , on aurait recours aux lavements purgatifs.
Les préceptes que je viens d’établir diffèrent de ceux que l’on trouve dans Bulliard et dans quelques autres ouvrages, où l’on a fait mention de la manière de traiter l’empoisonnement par l’opium : cependant j’ai la certitude que les moyens que je propose sont salutaires; je les ai souvent mis en usage chez des animaux empoisonnés avec une dose d’opium tellement forte , qu’ils auraient dfj succomber au bout
de deux ou trois heures, et j’ai réussi à les guérir. A la vérité, mes expériences ont été faites sur les chiens, et l’on pourrait m’objecter que les résultats pourraient être différents chez l’homme. Cette objection est peu fondée ; car l’opium est absorbé et détermine les mêmes effets sur l’homme que sur les chiens : donc les moyens propres à les combattre ne peuvent point différer. D’ailleurs, je suis convaincu, comme je l’ai déjà prouvé, qu’on a singulièrement exagéré la différence qu’il doit y avoir entre ces deux espèces d’animaux par rapport au mode d’action que les substances vénéneuses exercent.
Recherches médico-légales.
Opium brut. — L’opium ou le suc épaissi des capsules du pavot blanc ( papaver somnifcrum) est pesant, compacte, homogène, pliant, d’un brun rougeâtre au-dehors, légèrement luisant, opaque, plastique, un peu susceptible d’adhérer aux doigts ; sa cassure offre une teinte verdâtre ou noirâtre; son odeur est fortement virulente et nauséabonde ; sa saveur est âcre, amère et chaude. 11 s’enflamme lorsqu’on l’approche d’une bougie allumée, et il brûle d’une vive clarté : son odeur alors n’est point narcotique. Mis sur des charbons ardents, il se décompose comme les substances végéto-animales , répand une fumée épaisse , d’une odeur ammoniacale , et laisse du charbon pour résidu. Il se dissout en partie dans l’eau , quelle que soit la température , et lui communique une couleur brune plus ou moins foncée ; l’eau chaude le ramollit et le réduit en une pâte molle , en sorte qu’on peut le débarrasser des matières qui lui sont étrangères en le passant avec expression. Le vinaigre , le suc de citron , le vin et l’alcool peuvent également opérer la dissolution d’une partie de l’opium. L’acide azotique, employé en assez grande proportion, le rougit.
L’opium de Smyrne , traité par 1 kilogramme 1/2 d’eau , a fourni pour 128 grammes , une quantité d’extrait aqueux solide, contenant 29 grammes de morphine impure. Il est en masses plus ou moins volumineuses, souvent déformées et aplaties, mélangées à leur surface et même à l’intérieur de graines de rumex. L’opium de Constantinople n’a donné que 21 grammes 10 centigrammes de morphine. Il est en petits pains aplatis de 6 à 8 centimètres de diamètre, constamment recouverts d’une feuille de pavot dont la nervure médiane partage le disque en deux parties. L’opium d’ Egypte n’a fourni que 15 grammes 5 centigrammes de morphine. Il est en pains orbiculaires plus larges que les précédents , ne présentant à leur surface que les débris d’une feuille. (Guibourt).
' Si l’on joint aux caractères précités ceux qui se tirent de la disso-
Iution aqueuse d’opium dont je vais parler, il est impossible de ne pas le reconnaître aussitôt.
Dissolution aqueuse d'opium. — Liquide transparent, d’un jaune plus ou moins foncé , ayant l 'odeur et la saveur de l’opium , rougissant le papier de tournesol et précipitant en blanc légèrement jaunâtre par une petite quantité d’ammoniaque ; ce précipité renferme de la morphine et de la narcotine ; en versant dans la dissolution aqueuse d’opium quelques gouttes d’acide iodique dissous , et en agissant avec une très petite quantité d’amidon en poudre ou en gelée , l’iode est mis à nu , et le liquide acquiert une couleur bleue ( iodure d’amidone). Le sesquichlorure et le sulfate de sesqui-oxyde de fer lui communiquent une couleur rouge vineuse sans la troubler, par suite de l’action du sel de fer sur l’acide méconique. L’acide azotique employé en assez grande proportion le colore en rouge.
Pour qu’il ne reste aucun doute sur la nature de cette dissolution, on en extraira la morphine et l’acide méconique. Pour cela on la précipitera par le sous-acétate de plomb dissous , et l’on obtiendra du méconate de plomb insoluble et de l’acétate de morphine en dissolution mêlé de l’excès de sous-acétate de plomb. Le méconate de plomb, après avoir été lavé , sera décomposé par l’acide sulfurique faible , comme l’a proposé M. Caventou ; la liqueur filtrée contiendra l’acide méconique; il suffira de l’évaporer jusqu’à siccité pour avoir celui-ci à l’état solide (1). Il est préférable de décomposer le méconate de plomb par l’acide sulfurique affaibli que par l’acide sulfhydrique , ainsi que cela s’est pratiqué jusqu’à ce jour ; en effet, MM. Larocque et Thibierge ont fait voir que l’on décelait quelquefois l’acide méconique à l’aide de l’acide sulfurique , là où le traitement par l’acide sulfhydrique était impuissant. Quant à la dissolution contenant l’acétate de morphine , on la fera traverser par un courant de gaz acide sulfhydrique pour décomposer l’excès de sous-acétate de plomb ; on filtrera , afin de séparer le sulfure de plomb noir. La liqueur, rapprochée par l’évaporation à une douce chaleur, si elle est par trop colorée , sera décolorée par le charbon animal bien lavé , puis soumise à l’évaporation spontanée sous le vide de la machine pneumatique ; le produit ,
: cristallin ou non , d’une nuance jaune ou jaunâtre , offrira tous les caractères des sels de morphine ; on pourra même en retirer la mor-
(1) L’acide méconique est souvent blanc, pulvérulent, ou en belles écailles micacées , ou en longues aiguilles d’une saveur aigre, rougissant le tournesol, soluble dans 4 parties d’eau bouillante , se décomposant lorsqu’on le chauffe , et fournissant entre autres produits de l’acide p tjroméconique sous forme de longues aiguilles ramifiées en barbes de plume. Il fait passer au rouge intense t sans les précipiter, le sesquichlorurç et le sulfate de sesqui-oxyde de fer.
phine , en la précipitant par une petite quantité d’ammoniaque , après l’avoir fait dissoudre dans l’eau.
Extrait aqueux d'opium. — Il est solide , brun , d’une saveur amère et d’une odeur différente , suivant la manière dont il a été préparé ; le plus souvent elle ressemble à celle de quelques autres extraits, et n’a aucune ressemblance avec celle de l’opium; dans d’autres cas elle est vireuse , comme celle de l’opium. Il se dissout très bien dans l’eau ; la dissolution rougit le papier de tournesol et précipite des flocons d’un jaune sale par l’eau de chaux et par une petite quantité d’ammoniaque (morphine et narcotine). Ces flocons ramassés sont jaunâtres. Il se comporte avec les sels de sesqui-oxyde de fer , l’acide iodique et l’amidon , comme la dissolution aqueuse d’opium. L’acide azotique le rougit s’il est employé en assez grande quantité. On peut en extraire l’acide méconique et la morphine avec l’acétate de plomb, comme si l’on agissait avec la dissolution aqueuse.
L’extrait d’opium est loin de contenir toujours la même proportion de narcotine ; s’il a été préparé avec beaucoup d’eau , il en renferme à peine , tandis qu’il en fournit constamment une quantité notable si l’on a employé moins d’eau pour l’obtenir ; cela tient à ce que la narcotine est particulièrement dissoute à la faveur d’une matière qui ne jouit plus de la faculté de la dissoudre lorsqu’on l’étend d’eau.
Laudanum de Rousseau. — Liquide préparé en faisant fermenter un mélange d’opium , de miel blanc , de levure de bière et d’eau , en fdtrant, en évaporant jusqu’à réduction de moitié , à peu près , et en y ajoutant de l’alcool rectifié pour le conserver. Il est d’une couleur brune très foncée , en général très visqueux , surtout lorsque la fermentation du miel a été incomplète , n’ayant plus d’odeur vireuse , et beaucoup plus actif que le laudanum de Sydenham ; l’ammoniaque y fait naître un précipité blanc; les sels de sesqui-oxyde de fer étendus d’eau le rougissent fortement ; si, après l’avoir mêlé avec de l’eau, on y met de l’acide iodique et très^ew d’amidon , il se dépose une poudre violette ou bleue. L’acide azotique finit par le rougir s’il a été employé en assez grande quantité.
Laudanum liquide de Sydenham. — Liquide préparé avec l’opium, le safran , la cannelle , le girofle et le vin d’Espagne. Il offre une couleur rouge orangée foncée ; sa saveur est extrêmement amère ; son odeur, à la fois de safran et de girofle , est très forte ; sa consistance est assez épaisse ; il rougit le papier de tournesol. L’eau distillée ne le trouble point ; l’ammoniaque le précipite en jaune foncé ; le dépôt ramassé paraît d’un blanc jaunâtre (morphine et narcotine); l’eau de chaux y fait naître un précipité blanc-jaunâtre soluble dans un excès d’eau de chaux ; mêlé avec très peu d'amidon , de l’eau et de l’acide
DE l’opium. 253
iodique, il se colore en bleu ; les sels de sesqui-oxyde de fer étendus d’eau sont fortement rougis, à raison de l’acide inéconique qu’il contient : ce caractère est un des plus sensibles. L’acide azotique le rougit, à moins qu’on n’en emploie pas une quantité suffisante.
Mélanges d’opium ou d’extrait d’opium et de substances alimentaires, de la matière des vomissements , de celle que l’on trouve dans le canal digestif , etc. — Expérience ir'. — M. Gliristison a mêlé avec 125 grammes de porter ou de lait la partie soluble de 50 centigrammes d’opium , et il n’a pu constater d’autres propriétés de la morphine que sa saveur amère; le sesquichlorure de fer décelait à peine l’existence de l’acide méconique.
Expérience iic. — Chez une femme qui avait succombé en cinq heures, après avoir pris 6/i grammes de laudanum, il lui a été impossible de reconnaître, soit la morphine, soit l’acide méconique; on a seulement vu que les liqueurs étaient amères.
Expérience iiic. — Une autre fois, agissant sur les matières retirées de l’estomac d’une femme qui avait pris la même dose de laudanum , on n’a reconnu que la saveur amère de l’opium ; l’acide azotique n’agissait qu 'imparfaitement sur la morphine ; pourtant les matières avaient été extraites de l’estomac à l’aide d’une pompe aspirante quatre heures après l’empoisonnement.
Expérience iv“. — Dans un autre cas où l’individu avait pris 28 grammes de laudanum , des vomissements avaient eu lieu deux heures après , et l’on ne put constater ni l’odeur ni la saveur du laudanum , ni aucune indication de la présence de l’acide méconique.
M. Gliristison procédait ainsi dans ses recherches : il évaporait les mélanges è siccité ; les résidus étaient repris par l’alcool ; les liqueurs filtrées étaient elles-mêmes évaporées , et les résidus dissous dans l’eau. Les liquides filtrés étaient ensuite décomposés par le sous-acétate de plomb , puis par l’acide sulfhydrique , comme il a été dit à la page 251.
« J’ai insisté, dit M. Christison, sur toutes ces circonstances , pour » que les médecins connussent l’étendue de leurs ressources. Il me paraît » que ces ressources ont été évaluées beaucoup trop par les chimistes et » par les médecins légistes lors de la publication des procédés pour recon- » naître la morphine; je suis heureux de trouver, depuis la publication » de ces remarques, qu’elles coïncident avec l’opinion d’un homme aussi » recommandable que le professeur Buchner, qui dernièrement a reconnu » que l’analyse chimique propre à constater l’existence de l’opium est » souvent inutile, même dans le cas où il existe une grande quantité de » cette substance. »
Les faits suivants démontreront jusqu’à l’évidence combien MM. Christison et Buchner se sont trompés.
Expérience Ve. — Cinquante centigrammes d 'opium de Smyrne ont été divisés dans 125 grammes de bière ; le mélange a été traité par le procédé suivi par le docteur Christison. La liqueur contenant l’acétate de
morphine a fourni par les réactifs tous les caractères de la morphine; mais tous nos efforts pour obtenir la morphine cristallisée ont été infructueux. Le méconate de plomb décomposé , soit par l’acide sulfurique, soit par l’acide sulfhydrique , ne nous a point donné d’acidc méconique. (Larocque et Thibierge.)
Expérience vic.— Nous avons fait plusieurs mélanges de 125 grammes de bière avec 25 ou 50 centigrammes d 'extrait d’opium. Ces mélanges ont été traités par le procédé proposé par le docteur Christison, si ce n’est que le méconate de plomb a été décomposé par l’acide sulfurique affaibli ; il nous a toujours été facile de reproduire les réactions de la morphine ; toujours aussi nous avons obtenu les colorations de l'acide méconique dans les liqueurs provenant du mélange de 50 centigrammes d'extrait et de 125 grammes de bière. Mais , quoi que nous ayons pu faire , nous n’avons jamais pu parvenir à caractériser l’acide méconique dans les liqueurs provenant du mélange de 25 centigrammes d’extrait et de 125 grammes de bière. (Ibid.)
Expérience vne. — Dans nos expériences sur des mélanges de 125 grammes de lait avec 50 centigrammes d'opium et 50 ou 25 d'extrait, nous avons toujours pu constater la présence de la morphine et de l’acide méconique. (Ibid.)
Expérience vme. — Nous avons également retrouvé la morphine et l’acide méconique dans des mélanges de 125 grammes de bouillon et de 50 centigrammes d'opium et de 25 centigrammes d'extrait. Il faut noter que, dans ce cas, lorsqu’on traite par le sous-acétate de plomb, il se forme un abondant précipité qui , outre le méconate , renferme du sulfate et du chlorure de plomb ; on peut se débarrasser de ce dernier en ajoutant assez d’eau pour le dissoudre ; par ce moyen , on n’a besoin que d’une faible quantité d’acide sulfurique. (Ibid. Journ. de ch. médicale, octobre 1842.)
Expérience ixc. — J’ai fait bouillir pendant une heure un foie humain coupé en morceaux avec un litre d’eau distillée ; la liqueur décantée, d’un brun café, a été additionnée de 50 centigrammes d 'extrait d’opium dissous dans 30 grammes d’eau ; le liquide a été évaporé jusqu’à siccité , et le résidu traité par l’alcool ; la dissolution filtrée , réduite à une douce chaleur jusqu’en consistance de sirop, était brune-noirâtre et très amère; étendue d’un peu d’eau et traitée par une assez forte proportion d’acide azotique, elle devenait d’un rouge magnifique; mais les chlorures de fer et d’or ne donnaient pas les réactions qu’ils fournissent avec l’extrait d’opium seul.
Expérience Xe. — J’ai introduit dans l’estomac d’un chien à jeun 2 grammes d’extrait aqueux d’opium dissous dans 125 grammes d’eau, et je l’ai pendu six heures après. Les matières contenues dans l’estomac étaient d’un brun noirâtre ; je les ai fait bouillir pendant dix minutes pour coaguler les parties albumineuses; j’ai filtré, et j’ai partagé la liqueur en deux parties égales. A , évaporé jusqu’à siccité, a donné un produit que j’ai traité par l’alcool bouillant; la liqueur filtrée , de couleur
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noirâtre, a été à son tour évaporée jusqu’en consistance d’extrait ; j’ai délayé une portion de cet extrait dans de l’eau , et j’y ai ajouté de l’acide azotique, qui d’abord ne l’a point coloré ; mais en augmentant la quantité d’acide, la liqueur est devenue d’un rouge clair; le sesquicblorure de fer a communiqué une couleur rouge de sang, et le sulfate de bi-oxyde de cuivre une couleur verte émeraude (à cause de l’acide méconique).
B a été décomposé par le sous-acétate de plomb ; la liqueur filtrée et débarrassée de l’excès de plomb par l’acide sulfhydrique , a été filtrée et évaporée à une douce chaleur jusqu’en consistance de sirop ; elle était alors d’un brun clair; l’acide azotique y a développé une couleur rouge magnifique ; le chlorure de fer, employé en assez forte proportion, l’a bhuie; le sulfate de bi-oxyde de cuivre l’a colorée en vert émeraude quoiqu’elle ne contînt pas d’acide méconique ; évidemment cette coloration tenait à la production du vert résultant de la couleur jaune de la matière suspecte et de la couleur bleue du sulfate de cuivre ; ce qui ne laisse aucun doute sur l 'infidélité du sulfate de bi-oxyde de cuivre pour déceler l’acide méconique dans des liquides organiques colorés en jaune ou en brun jaunâtre.
Expérience xic. — Les matières contenues dans le canal alimentaire , les foies, les rates, etc., des chiens à l’éfaf normal traités comme il vient d’être dit, nelaissent jamais de résidus susceptibles d’ètrecolorés en rouge par l’acide azotique et en bleu par le sesquicblorure de fer.
Il résulte de ces expériences : 1° que s’il est fort difficile d’obtenir la morphine cristallisée et d’isoler l’acide méconique dans l’empoisonnement par l’opium , par l’extrait d’opium et par les diverses espèces de laudanum , à moins que l’on n’agisse sur des proportions considérables de ces corps, il est toujours aisé , lorsqu’on opère avec soin , de constater la présence de la morphine à son amertume , à sa réaction sur l’acide azotique et sur le sesquichlorure de fer , employés en assez grande quantité , et celle de l’acide méconique à la coloration rouge qu’il fait naître dans le sesquichlorure de fer;
2° Que pour obtenir la couleur bleue avec le sesquichlorure de fer, il faut avoir préalablement séparé de la préparation opiacée l’acide méconique à l’aide du sous-acétate de plomb , autrement cet acide colorerait le sel de fer en rouge ;
3° Qu’il ne suffit pas dans une expertise médico-légale pour affirmer qu’une matière suspecte contient une préparation d’opium , d’avoir constaté l’amertume de cette matière , et sa coloration en rouge et en bleu par l’acide azotique et par le sesquichlorure de fer; que ces caractères peuvent faire soupçonner la présence d’un composé d’opium , et qu’il faut nécessairement , pour se prononcer d’une manière certaine , avoir isolé un sel de morphine ou de la morphine et de l’acide méconique ;
h° Que s’il est possible d’obtenir ce dernier résultat en agissant sur la matière des vomissements ou sur celle que l’on retire du canal digestif, parce que ces matières peuvent contenir une quantité notable de préparation opiacée , il paraît difficile , pour ne pas dire impossible , qu’il en soit ainsi lorsqu’on agit seulement sur la portion de substance vénéneuse qui a été portée dans le foie , la rate et les reins par suite de l’absorption ; car, dans ce cas , la proportion de morphine et d’acide méconique est trop faible pour qu’il soit permis de la déceler autrement que par les réactions colorées qui ont été indiquées aux expériences 8e et 9e (pag. 215);
5" Que l’on peut cependant affirmer qu’une personne a été empoisonnée par une préparation opiacée , si elle a éprouvé les symptômes de l’intoxication par cette substance , et que l’on ait pu constater que les matières suspectes étaient amères , qu’elles se coloraient en rouge par l’acide azotique et en bleu par le sesquichlorure de fer ; à plus forte raison devrait-il en être ainsi dans les cas où , au lieu de ces simples colorations, on aurait pu extraire la morphine et l’acide méconique (voy. Expérience 11e) ;
6° Qu’il faut bien se garder d’établir qu’il n’y a pas eu empoisonnement par l’opium par cela seul que les matières suspectes dont il s’agit n’ont pas été colorées en rouge ou en bleu par les réactifs précités , parce qu’il peut arriver que l’opium administré ne contînt pas d’acide méconique, ou que la proportion de morphine et d’acide méconique contenue dans la petite quantité de matière soumise à l’examen des experts fût trop faible pour pouvoir être décelée au milieu de liquides presque toujours fortement colorés. Ce serait ici le cas d’invoquer tout ce qui se rapporte au commémoratif et aux symptômes.
Comme on voit , je me suis particulièrement attaché , à propos de la recherche de l’opium , aux caractères propres à faire reconnaître la morphine et l’acide méconique , et je ne me suis pas occupé de la narcotine, de la codéine, de la paramorphine, etc. ; c’est qu’en effet ces dernières substances sont fort difficiles à caractériser, tandis qu’il est aisé de reconnaître la morphine et l’acide méconique : aussi l’expert devra-t-il , pour ne pas s’exposer à encourir le moindre reproche , déclarer que ce n’est ni l’opium , ni l’extrait d’opium , ni le laudanum qu’il a décelés , mais bien des matières qui jusqu’à présent n’ont été trouvées que dans l’opium et dans ses préparés.
Procédé. — A peu de chose près, et sans la modification introduite par M. Caventou dans l’extraction de l’acide méconique , ce procédé appartient à M. Lassaigne. Si la matière suspecte est liquide (vomissements, matières trouvées dans le canal digestif) , on l’évapore jus-
qu’en consistance sirupeuse, à une température au-dessous de l’ébullition ; on traite le produit par l’alcool concentré et bouillant ; on laisse refroidir la liqueur alcoolique ; on la filtre et on l’évapore de nouveau jusqu’en consistance de sirop; on dissout le produit dans l’eau distillée, et on filtre de nouveau; la liqueur filtrée est traitée par un excès de sous-acétate de plomb qui y fait naître un précipité contenant du méconate de plomb , tandis que la morphine reste en dissolution. On fait passer à travers celle-ci un courant de gaz acide sulfhydrique pour séparer l’excès de plomb ; on filtre la liqueur refroidie, et on l’évapore au bain-marie ; si elle est encore colorée, on la filtre à plusieurs reprises sur du charbon animal purifié à l’aide de l’acide chlorhydrique faible; la liqueur ainsi décolorée sera mise dans le vide, sous la machine pneumatique, en plaçant à côté un vase rempli d’acide sulfurique concentré. Sans cette précaution , il serait quelquefois difficile de constater les caractères essentiels de la morphine, la coloration en rouge par l’acide azotique et en bleu par les sels de sesqui-oxyde de fer. Quant au précipitéde méconate de plomb, il suffit pour en extraire l’acide méconique , de le bien laver, puis de le traiter par l’acide sulfurique étendu d’eau ; il se formera du sulfate de plomb insoluble , et la liqueur filtrée contiendra l’acide méconique ; en l’évaporant, on obtiendra cet acide cristallisé ou pulvérulent.
Si la matière est solide (vomissements, matières contenues dans le canal digestif, tissus de l’estomac, foie, rate, etc.), après l’avoir divisée en petits fragments, on y ajoutera de l’eau aiguisée d’acide acétique , et on fera bouillir pendant quinze ou vingt minutes ; on filtrera , puis on évaporera la liqueur, à une douce chaleur, jusqu’à siccité; le produit sera traité par par l’alcool, le sous -acétate de plomb , etc. , comme il vient d’être dit à l’occasion des matières liquides.
Opium dans un cas d’exhumation juridique. — Expérience irt. — Le 16 mai 1827, on introduisit dans un flacon à large ouverture, exposé à l’air, û grammes d’opium en fragments, 10 litres d’eau et plusieurs portions d’un canal intestinal. Le 6 août suivant, on filtra le mélange, qui exhalait une odeur des plus infectes. On voyait dans la matière restée sur le filtre desiragments d’un rouge brun , qui, au premier abord, auraient pu être pris pour de l’opium , mais qui n’en avaient ni l’odeur ni la tex-ture. Le liquide filtré , de couleur brunâtre , rougissait assez fortement le tournesol ; on le traita par la magnésie , par l’alcool et par le charbon animal, et on obtint un produit solide, d’un blanc jaunâtre, qui devenait d’un très beau rouge par l’acide azotique ( morphine ).
Expérience ne. — Le 8 novembre 1826, on enterra à 76 centimètres de profondeur une boîte mince de sapin , dans laquelle il y avait un gros intestin , contenant du pain , de l’extrait d’opium , du blauc d’œuf, de la II. 17
viande et de la soupe maigre. On procéda à l’exhumation de cette boîte le 18 août 1827, neuf mois dix jours après l’inhumation. La matière renfermée dans l’intestin , traitée à plusieurs reprises par l’eau distillée tiède , puis par la magnésie, par l’alcool et par le charbon animal, fournit un léger résidu d’un gris tirant un peu sur le jaune, d’une saveur faiblement amère, devenant d’un rouge orangé clair peu intense par l’acide azotique et ne bleuissant point par le sesquiclilorure de fer.
Il résulte évidemment, de ces expériences : 1° que la morphine qui existe dans l’opium ne s’altère pas plus par son contact avec les matières animales que celle qui fait partie de l’acétate ou d’un autre sel de morphine; 2° qu’il y a néanmoins plus de difficulté à démontrer la présence de cette base lorsque l’exhumation a pour objet un cadavre dans le canal digestif duquel on a introduit de l’opium , que quand il s’agit simplement d’un sel de morphine ; 3° que dans aucun cas il ne faudra prononcer affirmativement sur l’existence d’un empoisonnement par l’opium qu’autant qu’on aura reconnu celui-ci à ses propriétés physiques et chimiques , ce qui n’est pas impossible même plusieurs jours après la mort , ou bien, s’il n’a pas été permis de le reconnaître , qu’autant qu’on en aura retiré la morphine jouissant de tous les caractères indiqués à la page 193, et encore ne faudrait-il pas conclure alors d’une manière absolue que l’empoisonnement a eu lieu par l’opium, mais bien par l’opium ou par une de ses préparations , par la morphine ou par un sel de morphine.
DI L’HYOSCIAMIKTE.
Geiger et Hesse ont retiré cet alcali des graines de 1 ’hyosciamus niger. Il est en aiguilles incolores , transparentes , à éclat soyeux , groupées ou en étoiles. Il est inodore, d’une saveur âcre désagréable, semblable à celle du tabac ; il est un peu plus soluble dans l’eau que l’atropine, très soluble dans l’alcool et dans l’éther. Distillé avec précaution , il se volatilise en grande partie ; une autre portion se décompose et dégage des vapeurs ammoniacales. Chauffé avec de l’eau , il s’en volatilise une petite portion; sa dissolution aqueuse bleuit le papier rouge ; avec la teinture d’iode elle prend la couleur du kermès. La noix de galle la précipite en blanc , et le sel d’or en blanc jaunâtre ; elle ne se trouble point par le chlorure de platine. L’hyosciamine forme avec les acides des sels neutres qui cristallisent facilement en partie , et qui se comportent avec les réactifs comme la dissolution aqueuse ; elle détermine une dilatation de la pupille qui persiste très longtemps. (J. de Pharm,, février 1834.)
DE LA JUSQUIAME ( Hyosciamus ).
Cette plante appartient à la famille des solanées de J. , et à la pentandrie monogynie de L. (Voy. notre Médecine légale , pl. k.)
Caractères du genre. — Calice campanule , allongé , persistant , à cinq dents; corolle infundibuliforme , à cinq angles inégaux et obtus; cinq étamines déclinées; capsule à deux loges, s’ouvrant par une espèce de couvercle qui occupe son tiers supérieur.
Caractères de la jusquiame noire. Linn. , sp. 257. — Sa racine est fibreuse et annuelle; sa tige, haute de 61 à 65 centimètres, est cylindrique , épaisse , rameuse à sa partie supérieure , toute couverte de poils longs et visqueux ; ses feuilles sont éparses , alternes , et quelquefois opposées en même temps sur le même pied ; elles sont grandes, ovales, aiguës, profondément sinueuses sur les bords, sessiles, molles, velues et visqueuses. Ses fleurs, d’un jaune sale, sont veinées de lignes pourpres ; elles sont presque sessiles , disposées en longs épis , et toutes tournées d’un même côté. Le calice est monosépale, campanulé, persistant, à cinq dents grandes , écartées et aiguës; il est visqueux et velu à l’intérieur. La corolle est infundibuliforme , oblique et irrégulière; son tube est cylindrique, plus étroit que le calice ; le limbe est à cinq divisions inégales et obtuses. Les étamines, au nombre de cinq, sont déclinées, à peine saillantes hors de la corolle ; leurs filets sont subulés et velus; les anthères sont ovoïdes , à deux loges de couleur pourpre foncée. L’ovaire est presque globuleux, glabre , à deux loges renfermant chacune un très grand nombre de petits ovules attachés à deux trophospermes convexes et appliqués sur le milieu de la cloison ; cet ovaire est surmonté par un style violacé que termine un stigmate simple , convexe et glanduleux. Le fruit est une sorte de capsule ovoïde très obtuse , enveloppée de toutes parts par le calice , offrant deux loges qui renferment une grande quantité de petites graines réniformes ; elle s’ouvre par une espèce d’opercule ou de couvercle placé à sa partie supérieure , à la manière des boîtes à savonnette. Ce caractère distingue le genre jusquiame de toutes les autres plantes de la famille des solanées. La jusquiame croît abondamment aux environs de Paris , le long des chemins, des murailles, dans les décombres et les lieux incultes; elle fleurit en été. (Rich. , Bot. méd.)
Action sur l’économie animale.
Expérience ire. — On fait avaler à un petit chien 8 grammes de feuilles sèches de jusquiame parfaitement pulvérisée : l’animal n’a paru éprouver
aucune incommodité. On a donné à un autre chien 90 grammes de racine fraîche de jusquiame noire coupée en petites rondelles et cueillie au mois d'avril : on a lié l’œsophage. Quarante heures après , l’animal n’avait éprouvé d’autre phénomène que de l’abattement; il en était de meme trois jours après l’opération.
Expérience ne. — Le même jour (22 avril), on a fait prendre à un autre chien 250 grammes de suc provenant de 1 kilogramme 500 grammes de racine fraîche de jusquiame noire cueillie au mois d’avril , que ' l’on avait pilée avec 60 grammes d’eau et 30 grammes de la racine contusc : on a lié l’œsophage. Trois heures après, l’animal était un peu assoupi. Au bout de deux heures , scs extrémités postérieures étaient faibles et fléchissaient facilement ; les pupilles étaient dilatées , et l’assoupissement un peu plus marqué ; du reste , l’animal n’éprouvait ni vertiges ni convulsions; il conservait le libre usage des sens et du mouvement. Le lendemain matin, ces symptômes paraissaient moindres; mais il était légèrement abattu : cet état a continué toute la journée, et il est mort dans la nuit. Ouverture du cadavre le lendemain. Nulle altération dans le canal digestif. L’estomac contenait une grande portion de la racine ingérée ; les poumons offraient çà et là des plaques livides, plus denses que dans l’état naturel , peu crépitantes , gorgées de sang fluide et d’un liquide comme séreux.
Expérience me. — Le 22 avril , on a pilé environ 3 kilogrammes de feuilles cl de tiges de jusquiame noire fraîche, et on a donné les 360 grammes de suc qu’elles ont fourni à un petit chien robuste : on a lié l’œsophage. Vingt-quatre heures après, l’animal marchait librement, et ne paraissait que légèrement assoupi.
Expérience ivc. — Le 30 juin, à huit heures du matin, on a fait prendre à un petit chien robuste 60 grammes de décoctum obtenu en faisant bouillir /i5 grammes de racine de jusquiame noire dans 90 grammes d’eau : on a lié l’œsophage. Une demi-heure après, l’animal a fait des efforts pour vomir et s’est plaint. A dix heures , il était couché sur le côté et dans un état de grande insensibilité : on l’a mis sur ses pattes, et il est tombé sur-le-champ comme une masse inerte ; il offrait par intervalles des mouvements convulsifs dans différentes parties du corps ; les organes des sens n’étaient plus impressionnables ; la respiration élait profonde et lente. Ces symptômes ont persisté, et il est mort à dix heures et demie. On l’a ouvert sur-le-champ : le cœur se contractait et était distendu par du sang fluide , d’une couleur rouge vermeille dans les caviiés aortiques , et noirâtre dans le ventricule pulmonaire. Les poumons étaient roses et comme dans l’état naturel. Le canal digestif ne paraissait offrir aucune altération.
Expérience vc. — On a introduit dans l’estomac d’un chien très fort 8 grammes d’ex trait aqueux de jusquiame acheté chez un pharmacien : on a lié l’œsophage. L’animal est mort huit jours après, sans avoir éprouvé d’autre symptôme que l’abattement inséparable de l’opération.
Expérience vi% — On a répété la même expérience sur un petit chien
avec 28 grammes du même extrait. L’animal est mort cinquante heures après, sans que l’on ait observé aucun phénomène remarquable. L’ouverture du cadavre n’a fait voir aucune lésion dans les tissus.
Expérience vne. — A six heures du matin, on a introduit dans l’estomac d’un petit chien 2 h grammes d’extrait aqueux de jusquiame acheté chez un autre pharmacien, et dissous dans GO grammes d’eau : on a lié l’œsophage. Dix minutes après, l’animal a fait des efforts pour vomir, qu’il a souvent réitérés dans l’espace d’un quart d’heure. A six heures vingt-cinq minutes, il a poussé quelques cris plaintifs; la respiration était profonde. A six heures trois quarts , nouvelle plainte , intégrité parfaite des sens et des mouvements , respiration très profonde et très accélérée. Même état à sept heures. A huit heures et un quart , on l’a trouvé mort. Le cœur ne se contractait plus et était très chaud; il contenait, dans le ventricule gauche , plusieurs caillots d’un rouge vif ; les cavités droites renfermaient des caillots noirâtres ; les poumons et le canal digestif paraissaient sains.
Expérience viii'. — On a fait une plaie au dos d’un petit chien ; on a mis en contact avec le tissu cellulaire 12 grammes d’extrait aqueux de jusquiame acheté chez le même pharmacien , et on a réuni les lambeaux: l’animal était mort quatre heures après. On en a fait l’ouverture au bout de cinquante minutes : le cœur était très chaud; il ne contenait plus de sang fluide; on voyait dans le ventricule droit quelques petits caillots noirâtres.
Expérience ix'. — A huit heures six minutes , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien robuste et de moyenne taille 8 grammes d’extrait aqueux de jusquiame, préparé en faisant évaporer au bainmarie le suc de la racine fraîche de jusquiame noire en pleine végétation; on a ajouté 8 grammes d’eau. A neuf heures moins dix minutes, l’animal éprouvait de l’inquiétude ; il était agité et poussait des cris plaintifs; le pouls battait cent cinquante fois par minute. A neuf heures, vomissement. A onze heures et demie , décubitus sur le côté , plaintes continuelles. A midi , état de grande insensibilité , faiblesse des extrémités postérieures, légers mouvements convulsifs. Mort à une heure. Les poumons étaient livides , denses et gorgés de sang : il n’y avait aucune altération dans le canal digestif ni dans le membre opéré.
Expérience xc. — On a fait une plaie au dos d’un chien caniche très fort ; on a mis en contact avec le tissu cellulaire 16 grammes d’extrait résineux de jusquiame acheté chez un pharmacien : on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Deux heures après , l’animal , qui n’avait offert aucun phénomène remarquable, commençait à éprouver des vertiges. Dix minutes après, sa démarche était assez chancelante pour qu’il ne pût faire deux pas sans tomber ; ses extrémités postérieures étaient très faibles, et il conservait l’usage de ses sens ; il était à peu près dans le même état une heure après. Le lendemain matin, il paraissait rétabli : cependant il refusait les aliments. Quatre jours après l’opération , il se tenait couché sur le côté, avait de nouveau quelques vertiges, et ne voulait
prendre aucun aliment. Il est mort dans la nuit. Les ventricules du cerveau ne contenaient aucun liquide; les vaisseaux veineux delà face externe de cet organe étaient gorgés et distendus ; les poumons, généralement d’un rouge foncé , offraient quelques taches noirâtres ; ils étaient un peu moins crépitants que dans l’état ordinaire ; la plaie était un peu enflammée.
Expérience xic. — On a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuis’se d’un petit chien 9 grammes du même extrait , acheté chez un autre pharmacien. L’animal est mort au bout de sept jours , sans avoir offert d’autre symptôme que de l’abattement et de l’inappétence. On n’a point trouvé de lésion notable à l’ouverture du cadavre.
Expérience xir. — A huit heures du matin , on a injecté dans la veine jugulaire d’un petit carlin fort 1 gramme 50 centigrammes d’extrait aqueux de jusquiame acheté chez un pharmacien et dissous dans 16 grammes d’eau. Tout-à-coup l’animal a éprouvé de légers vertiges ; il a marché en chancelant pendant quatre ou cinq minutes , puis s’est arrêté ; ses extrémités postérieures sont devenues de plus en plus faibles ; il était assoupi : cependant il conservait l’usage de ses sens. Vingt minutes après, voyant qu’il était à peu près dans le même état, on à injecté dans l’autre veine jugulaire 50 centigrammes du même poison dissous dans 4 grammes d’eau. Sur-le-champ l’animal a paru complètement endormi; ses extrémités postérieures étaient beaucoup plus faibles ; il s’est couché sur le ventre , les quatre pattes écartées, la tête un peu relevée et inclinée du côté gauche, sans aucun mouvement convulsif; on l’a secoué et remis debout; il s’est réveillé, est resté pendant quelques secondes , puis a repris sa première attitude. Le lendemain , il allait assez bien , et il a mangé un peu. Le jour suivant, il a été de nouveau pris de vertiges, et il est mort dans la nuit , environ soixante-huit heures après l’injection. Les poumons étaient un peu rouges , parsemés de quelques petites taches noirâtres. Le cerveau n’offrait rien de remarquable.
Expérience xiii”. On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 2 grammes 60 centigrammes du même extrait dissous dans 24 grammes d’eau. L’injection était à peine terminée que l’animal a été assoupi ; il a eu quelques légers mouvements convulsifs des extrémités , et il est mort. On n’a point fait l’ouverture du cadavre.
Expérience xive. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 1 gramme d’extrait aqueux de jusquiame suspendu dans 8 grammes d’eau. Au bout de dix minutes , l’animal a fait des efforts pour vomir et a rejeté des matières filantes , mêlées de hile. Vingt minutes après l’injection, ses extrémités postérieures faiblissaient , sa tête était pesante, et il était assoupi sans éprouver aucun vertige. Un quart d’heure après, l’assoupissement était plus marqué ; cependant on pouvait le réveiller facilement en faisant du bruit. Le lendemain, il allait à merveille. On a injecté dans l’autre veine jugulaire 2 grammes 45 centigrammes du même extrait suspendu dans 16 grammes d’eau. Sur-le-champ l’animal a écarté et roidi les pattes de derrière ; la tète s’est renversée sur le dos ; il y avait un
DE EA JOSQUIAME. 263
tremblement marqué des muscles du tronc. Il est mort trois minutes après. On l’a ouvert sur-le-champ : le cœur ne battait plus ; le sang des deux ventricules était tout coagulé ; celui que renfermait la cavité aortique était rouge vermeil. Les poumons étaient roses et peu gorgés de sang. Le canal digestif n’était le siège d’aucune aliération sensible.
Observation l‘e. — Beaudoin et Laudet mangèrent le 12, à neuf heures du matin , de jeunes pousses de jusquiame noire cuites dans de l’huile d’olives. Bientôt la terre parut fuir sous leurs pas; leur aspect devint stupide , leur langue se paralysa, et leurs membres s’engourdirent. M. Choquet, médecin de l’hôpital de Puerto-Hoyal , près de Cadix, fut appelé le même jour à deux heures de l’après-midi , et il les trouva ayant les yeux hagards , les pupilles très dilatées, le regard fixe et hébété, la respiration difficile , le pouls petit et intermittent ; il y avait en outre aphonie, trismus, rire sardonique, perte de sentiment, déterminations vicieuses des fonctions de l’intellect , qui , jointes à de la somnolence , rendaient ces malades typhomanes ; les extrémités étaient froides, les membres abdominaux paralysés , les membres thoraciques agités par des mouvements convulsifs : à tous ces symptômes alarmants se joignait encore la carphologie.
M. Choquet, après avoir vaincu le resserrement des mâchoires, fit prendre à chacun des malades la moitié d’une solution de 50 centigrammes de tartrate de potasse antimonié dans un kilogramme d’eau. Laudet vomit une assez grande quantité de liquide dans lequel il fut facile de distinguer les parties d’une plante altérée par la coction. On continua l’usage de l’eau émétisée, et on administra des lavements purgatifs, cc qui détermina , chez Laudet , des vomissements et d’abondantes évacuations alvines. L’état de manie avec délire, mais sans fureur, dans lequel se trouvait Beaudoin , le rendait peu docile ; il prit beaucoup moins de solution émétique : aussi n’eut-il que de légères évacuations. On fit succéder à ces moyens l’administration du vinaigre de vin à grande dose , des frictions sèches sur toute l’habitude du corps, et particulièrement sur le basventre. A dix heures du soir, Laudet éprouvait déjà un mieux sensible : son délire avait cessé , la difficulté de respirer était, moindre ; il était éveillé ; il avait recouvré une partie de sa chaleur naturelle , le sentiment et la parole : les autres symptômes n’avaient éprouvé qu’un peu de diminution. La paralysie de Beaudoin et sa somnolence avaient aussi un peu diminué; mais il semblait que les autres symptômes s’étaient exaspérés, et sa folie étant extrême , il était assez difficile à contenir. M. Choquet fit continuer l’usage du vinaigre , les lavements purgatifs et les frictions pendant la nuit du 12 au 13. Le 13, à sept heures du matin, Laudet se servait avec facilité de ses membres ; il avait le pouls parfaitement développé et le ventre libre ; il jouissait de toutes ses facultés intellectuelles ; il ressentait seulement un peu de céphalalgie sus-orbitaire, résultat de la mauvaise disposition de ses organes digestifs : une diète sévère et l’usage d’une limonade végétale en triomphèrent bientôt. Baudoin, qui avait cherché
à s’enfuir pendant la nuit , avait été arrêté par la garde de l’hôpital ; et comme il se le rappelait confusément , son délire portail essentiellement sur l’assassinat, la désertion , les baïonnettes et le conseil de guerre ; il avait le pouls très accéléré, mais plus régulier et moins serré que pendant la journée du 12. Il conservait le regard iixe, l’air hagard, et le ventre était extrêmement dur et tendu. Attribuant la durée de ces accidents à ce que le malade n’-avait eu que de très légères évacuations , on lui administra 3 grammes 30 centigrammes de poudre purgative sous forme de bol : ce drastique, joint à la continuation des lavements purgatifs, détermina plusieurs selles. Vers midi, le pouls s'était considérablement élevé; la respiration était devenue grande, et une sueur abondante, qui fut aussitôt suivie du relâchement du ventre, vint terminer cette utile sécrétion; enfin, à quatre heures du soir, Baudoin était presque aussi bien que son camarade ; il avait également recouvré l’usage de ses facultés , la parole , le sentiment et le mouvement. Deux jours de régime et l’usage d’une limonade végétale ont suffi ensuite pour mettre ces deux militaires en état d’aller reprendre leur service (1).
Observation 2e. — M. le docteur Picard dit : « Un clystère ordonné à une dame atteinte d’un ulcère à la matrice, avec la décoction de jnsquiame noire, produisit, en très peu de temps, les symptômes suivants : face extrêmement rouge , embarras de la langue, état d’engourdissement et perte du mouvement du bras droit, de la jambe et de la cuisse du même côté, somnolence, respiration précipitée, beaucoup de difficulté dans les fonctions de l’entendement ; enfin presque tous les symptômes qui caractérisent une attaque d’apoplexie , excepté le stertor et la distorsion de la bouche. Ces symptômes furent combattus avec l’oxicrat, et la malade fut parfaitement rétablie (2). »
Observation 3e. — • Wepfer rapporte que plusieurs religieux firent collation avec des racines de chicorée sauvage parmi lesquelles on avait mêlé, par mégarde, deux racines de jusquiame. Quelques heures après avoir été couchés , les uns éprouvèrent des vertiges , les autres une ardeur à la langue , aux lèvres et au gosier; il y en eut qui ressentirent des douleurs vives à la région iliaque et à toutes les articulations : les facultés intellectuelles et l’organe de la vue furent pervertis chez quelques uns; ils ne pouvaient plus lire correctement et sans ajouter des mots; ils se livrèrent à des actions folles, ridicules. Celui qui en avait mangé le plus, et qui auparavant voyait très bien , ne distingua plus les objets qu’à l’aide de lunettes. Ils furent guéris par l’eau distillée de genièvre (3).
Observation Zie. — Un homme et sa femme, trompés par la douceur des racines de jusquiame noire, en mangèrent; ils éprouvèrent d’abord de la difficulté à avaler, puis ils devinrent phrénetiques et stupides. Ces
(1) Observation par M. Choquet , docteur en médecine, Journal de Leroux et Corvisart, avril 1813, page 335.
(2) FooÉr.É. Traité de Médecine légale déjà cité , t. iv, pag. 25 , 2e édition,
(3) Weffer, Cicutœ aquaiicœ, Hisloria et noxee, p. 230, ann. 1679,
symptômes se dissipèrent d’eux-mèmes. Lindern a vu une pareille imprudence suivie de gestes extravagants, de délire, de sommeil avec ronflement, et enfin de la mort. ( Vicat, ouvrage cité, p. 200. )
Observation 5e. — Boerhaave éprouva un tremblement et de l’ivresse pour avoir préparé un emplâtre dans lequel il entrait de la jusquiame.
Observation 6e. — Potovillat dit que neuf individus prirent du bouillon dans lequel on avait fait cuire des racines de jusquiame noire en place de panais : quelques uns d’entre eux perdirent la parole , et tous furent agités de mouvements convulsifs; ils éprouvèrent de la distorsion dans la bouche et dans les membres, le rire sardonique et une fureur horrible : lorsqu’ils furent rétablis par les moyens appropriés, ils voyaient les objets doubles dans les premiers moments, puis ils leur paraissaient d’une couleur écarlate (1).
Observation 7e. — Grunwalcl a vu le décoctum des feuilles de cette plante , administré en lavement , donner lieu à un délire furieux (2). Plusieurs praticiens ont remarqué des symptômes d’empoisonnement après l’administration d’un lavement préparé avec l’extrait de jusquiame.
Conclusions. — Il résulte des faits précédemment exposés : 1“ que le suc et le décoctum, des racines de jusquiame noire en pleine végétation déterminent des accidents graves lorsqu’on les introduit dans l’estomac , mais que leurs effets sont moindres si on les emploie au commencement du printemps ; 2° que le suc des feuilles est moins actif; 3° que l’extrait aqueux préparé en faisant évaporer au bainmarie le suc de la plante fraîche en pleine végétation , jouit à peu près des mêmes propriétés toxiques que le suc , tandis qu’il est incomparablement moins actif lorsqu’il a été obtenu par décoction de la plante peu développée ou trop desséchée, ce qui explique pourquoi certains extraits de jusquiame que Von trouve dans le commerce ne sont doués d'aucune action vénéneuse ; li° que ces préparations agissent à peu près de la même manière , soit lorsqu’on les applique sur le tissu cellulaire , soit lorsqu’on les introduit dans l’estomac , soit enfin lorsqu’on les injecte dans les veines : dans ce dernier cas , il en faut une très petite quantité pour produire la mort ; 5° qu’elles sont absorbées , portées dans le torrent de la circulation , et qu’elles exercent une action remarquable sur le système nerveux , que l’on peut comparer à une aliénation mentale , à laquelle succède une stupéfaction marquée ; 6° qu’elles ne déterminent point l’inflammation des tissus de l’estomac; 7° qu’elles paraissent agir sur l’homme comme sur les chiens. Suivant M. Flourens , la jusquiame détermine une effusion sanguine dans les lobes cérébraux , comme l’opium. (Voy. p. 193.)
(1) Philosophical Transactions , vol XL, p. A4G.
(2) Grünwald , Ephémérides des Car. de la Nat. , an 9 , app. , p. 179.
266 des poisons narcotiques.
Tout porte à croire qu’elles doivent la plupart de leurs propriétés toxiques à Yhyosciamine.
Jusquiame blanche {hyoscyamus albus). — Prise à la dose de 1 gramme 35 centigrammes, elle a occasionné l’assoupissement , des convulsions, des soubresauts des tendons, et de l’insensibilité; dans un autre cas , son usage a détruit la faculté d’avaler , a aliéné l’esprit et éteint la voix ; symptômes qui , à la vérité , n’ont pas été de durée (1).
Observation. — Dans le mois d’avril 1792 , dit Fodéré, on porta par mégarde, à bord de la corvette française la Sardine , une grande quantité de jusquiame que les matelots avaient cueillie dans une des îles Sapienzi en Morée , où se trouvait le bâtiment. On en mit une partie dans la chaudière des matelots, et le reste dans celle de quelques maîtres de l’équipage. A quatre heures , tout le monde dîna. On ne tarda pas à éprouver des vertiges, des vomissements, des convulsions , des coliques et desselles copieuses qui, frappant tout l’équipage, déterminèrent à tirer le canon et à faire tous les signaux d’usage pour rappeler les embarcations. M. Picard arriva à bord, et aperçut le deuxième canonnier Uiberyue faisant mille grimaces et des contorsions analogues à la danse de Saint-Guy. Il se fit apporter la plante dont on s’était servi , et reconnut la jusquiame blanche. Il soutint les évacuations par haut et par bas, et il usa ensuite de boissons vinaigrées. Ceux qui n’éprouvèrent pas d’évacuations furent quelque temps dans un état maladif, et eurent une convalescence très longue ; les autres ne tardèrent pas à se rétablir. Il fallut cependant joindre les antispasmodiques les plus puissants aux remèdes évacuants pour que Ribergue recouvrât entièrement la santé. ( Médecine légale déjà citée , t. iv, p. 23. )
Jusquiame dorée ( hyoscyamus aureus). M. de Voilemont a fait prendre le décoctum de cette racine à des chiens. « Il leur survient , dit-il , un tremblement et une faiblesse dans les jambes ; les vieux chiens sont cinq à six jours sans vouloir boire ni manger, et meurent ensuite. Les jeunes, au contraire, boivent excessivement, ne mangent presque rien , et , au bout de huit à dix jours , sont bien portants. »
Les hyoscyamus physaloïdes et scopolia sont également vénéneux.
M. Runge , docteur de l’Université de Berlin , a communiqué en 182£i , à l’Académie des sciences, un mémoire dans lequel il propose un nouveau moyen pour découvrir l’empoisonnement déterminé par la jusquiame, la belladone et le datura stramonium. Suivant lui, le suc frais , la décoction et l’extrait de ces plantes , appliqués sur l’œil du chat, en dilatent prodigieusement la pupille ; il en est de même de
(1) Hamilton, Essais and Observations , pag. 243.
la matière active de ces végétaux , qu’il dit avoir séparée , et qu’il adésignée sous le nom de lioromeçxjn (1). Les autres substances vénéneuses , les plantes alimentaires , la gélatine , la salive , l’urine , le suc gastrique, labile, l’œuf, etc., ne changent point le diamètre de la pupille du chat. L’action sur l’œil des trois végétaux dont je parle est encore la même lorsqu’on les a mêlés avec des matières animales et que le mélange s’est putréfié. Les substances contenues dans le canal digestif des chiens tués par l’un ou faulre de ces trois poisons ayant été dissoutes dans l’eau et concentrées par l’évaporation , ont fourni un liquide qui dilatait prodigieusement la pupille des chats. L’urine d’un lapin , que l’on avait nourri pendant huit jours avec ces végétaux frais , appliquée sur l’œil des chats , agissait de la même manière. Les excréments trouvés dans le rectum de cet animal ayant été traités par l’eau , donnèrent un liquide qui opérait une dilatation beaucoup moindre. Le sang tiré des poumons et du foie , ainsi que la bile , étaient sans action sur l’œil.
Voici les préceptes auxquels il faut se conformer lorsqu’on veut déterminer les effets d’une de ces substances sur la pupille : 1° on n’agira que sur un œil , afin de mieux apprécier la dilatation par la comparaison avec l’autre ; 2° le chat étant tenu sur les genoux , on ouvrira avec le pouce et l’index les deux paupières , et l’on bassinera à plusieurs reprises, au moyen d’un pinceau trempé dans la liqueur, le bord de la paupière inférieure; 3° si le liquide est acide ou alcalin, on le neutralisera pour prévenir l’inflammation de la conjonctive ; l\° on tournera la tête du chat de manière à ce que les deux yeux se trouvent également exposés à la lumière, car une différence d’incidence de ce fluide en produit une dans la grandeur des pupilles. [Mémoire inédit lu à l'Institut.)
J’ai répété les expériences du docteur Runge , et j’ai remarqué : 1° qu’en appliquant sur l’œil du châties matières trouvées dans l’intestin d’un chien qui était resté pendant trente-six heures sous l’influence de l’extrait de datura stramonium, la pupille se dilatait; 2° que l’urine et le sang de cet animal ne changeaient point l’état de la pupille; 3° que l’urine d’un lapin que j’avais nourri pendant trois semaines avec de la jusquiame et de la belladone n’a jamais occasionné le moindre changement dans la pupille du chat , ce qui ne s’accorde point avec les observations du docteur Runge, dont le travail ne saurait avoir aucune importance en médecine légale. Il est évident
(1) Le koromegyn retiré de ces plantes n’est pas identique; on doit par conséquent en reconnaître un de jusquiame , un de belladone , et un de stramonium.
Vauquelin n’a jamais pu obtenir ces principes , même en suivant les procédés indiqués par l’auteur.
qu’on n’osera jamais affirmer qu’il y a eu empoisonnement par la jusquiame, la belladone ou le stramonium, parce que les matières retirées du canal digestif ou les fluides des sécrétions auront dilaté la pupille du chat ; c’est tout au plus si l’on pourrait regarder ce fait comme propre à établir quelques probabilités d’empoisonnement, alors que les symptômes et les lésions de tissu seraient de nature à faire croire qu’il a pu avoir lieu.
Traitement de l’empoisonnement par la jusquiame.
On doit traiter cet empoisonnement comme celui qui a été produit par l’opium , si ce n’est que l’on ne fait point usage de la décoction de noix de galle. (Voy. pag. 2ô8.)
DE IiA LAITUE VIREUSE.
Cette plante appartient à la syngénésie polygamie égale de L. , et à la famille des chicoracées de Jussieu. (Voy. nos Leçons de Médecine légale, pl. k bis.)
Caractères du genre laitue. — Involucre imbriqué , cylindrique et un peu renflé à sa partie inférieure ; réceptacle nu , plane ; aigrette stipitée , poilue. Laitue viveuse. — Fleurs jaunes , disposées en panicule rameux à l’extrémité des branches : l’involucre est formé d’écailles lancéolées, imbriquées et dressées. Le réceptacle, un peu alvéolé, porte environ vingt à vingt-cinq demi-fleurons hermaphrodites. Le fruit est ellipsoïde, très comprimé , bordé d’une membrane saillante et couronné par une aigrette soyeuse, formée de poils blancs, nacrés et articulés. La racine est bisannuelle ; la lige est dressée , rameuse dans sa partie supérieure , cylindrique , glabre , haute de trois à quatre pieds et glauque ; les feuilles sont semi-amplexicaules , les inférieures très grandes, presque entières, sagittées , obtuses, denticulées , ayant les nervures de la face inférieure épineuses , les supérieures plus petites , aiguës et pinnatifides. Elle croît dans les haies, sur. les murailles et les bords des chemins : elle fleurit en juillet. (Rich.)
Action sur l’économie animale.
Expérience irc. — On a fait avaler à un chien robuste environ 750 grammes de feuilles fraîches de laitue vireuse : l’animal n’a pas paru incommodé.
Expérience 11e. — On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un chien 8 grammes d’extrait aqueux de laitue vireuse acheté chez un phar-