DES AMANDES AMÈRES
plumes se dressèrent ; enfin, ils tombèrent comme épileptiques; leur tête se renversa sur le dos ; ils restèrent immobiles et insensibles, et ne tardèrent pas à expirer. L’œsophage fut trouvé un peu enflammé, très dilaté et plein de mucus ; le duodénum contenait un chyle visqueux et jaune ; le sang des vaisseaux sous-axillaires était liquide et vermeil ; le cervelet était gorgé de sang ; les poumons paraissaient sains. ( Wepfer, de Cicutâ aquaiicâ , pag. 239 et 241.)
Expérience ijic. — Ces expériences ont été répétées avec succès par M. Gérard, professeur à l’École centrale de la Lozère.
Expérience iv'. — Les renards, les écureuils, les coqs, les poules, les cigognes, les canards, les serins, les fouines sont tués par ces amandes , d’après les faits rapportés par Dioscoride, Fœnisius , Matthiole et Tabernœmontanus , Vical , Dey eux , etc.
Expérience ve. — A midi, j’ai introduit dans l’estomac d’un petit chien robuste 20 amandes amères, coupées chacune en trois morceaux, et j’ai lié l’œsophage. Au bout d’une heure et demie, l’animal commençait à éprouver des vertiges et de la faiblesse dans les extrémités postérieures. Il est mort à six heures du soir. L’ouverture du cadavre a été faite une heure après. L’animal était encore chaud ; le cœur ne se contractait plus, et contenait une très petite quantité de sang. Les poumons étaient grisâtres. L’estomac, sain, renfermait tous les fragments des amandes, et exhalait une forte odeur il' acide cyanhydrique, tandis qu’avant l’ingestion ces semences étaient inodores ; le duodénum était tapissé d’une substance analogue, par sa texture et par sa couleur, à la matière jaune de la bile ; on n’observait aucune lésion dans le canal digestif.
Expérience vie. — J’ai fait avaler à un petit chien 6 amandes amères que l’on avait grossièrement pilées. Au bout d’une heure , il les a vomies et a été parfaitement rétabli. Le lendemain, on a répété l’expérience avec le même nombre d’amandes partagées chacune en deux portions, et on a lié l’œsophage. Quatre heures après, l’animal n’avait rien éprouvé. 11 n’est mort qu’à la fin du quatrième jour, et dans un grand état d’abattement. On n’a point ouvert le cadavre.
Expérience viie. — J’ai appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien de moyenne taille 6 amandes amères grossièrement pulvérisées. Trente heures après , l’animal n’offrait aucun symptôme remarquable, et il n’est mort qu’à la fin du quatrième jour.
Il résulte de ces expériences que les amandes amères agissent d’une manière analogue à celle de l’acide cyanhydrique, et qu’il faut par conséquent combattre l’empoisonnement qu’elles déterminent par les mêmes moyens.
Tout porte à croire que les feuilles de pêcher, les fruits à noyau , les pépins des pommes et de divers corps contenant de l’acide cyanhydrique , exercent sur l’économie animale une action délétère plus ou moins intense.
Action de l’huile d’amandes amères sur l’économie animale.
L’huile essentielle d’amandes amères est formée , suivant Robiquet, d’un principe cristallisable non azoté et inerte , et d’un principe incristallisable azoté très vénéneux (1 ). Elle est incolore , transparente, d’une odeur d’amandes amères, d’une saveur brûlante et aromatique, volatile, indécomposable parla chaleur, et soluble dans les acides azotique et sulfurique. Elle est extrêmement vénéneuse et agit à peu près comme l’huile empyreumatique de tabac.
Expérience. — M. Villermé a fait prendre à un moineau une gouttelette de la portion incristallisable ; l’animal put à peine exécuter un léger mouvement d’ailes, redressa la tête et périt en moins de vingt cinq secondes. Le principe cristallisable administré à un autre moineau de même force ne produisit aucun effet. Une seule goutte de la portion incristallisable n’eut pas un effet instantané sur un cochon d’Inde : ce n’est qu’au bout de deux minutes que ses pattes devinrent chancelantes ; sa tète tombait alternativement à droite et à gauche ; le train de derrière , plus affaibli , le força de s’accroupir, et il décrivit alors des arcs de cercle dont la ligne dorsale était le rayon : à ce mouvement succédèrent des convulsions des membres thoraciques, et après quatre minutes, il s’affaissa toul-à-fait. Au bout de sept minutes, les convulsions recommencèrent, et la respiration ne s’effectuait qu’avec de violents efforts qui étaient accompagnés d’un léger bruissement pendant l’inspiration, et d’une forte contraction des muscles abdominaux pendant l’expiration. Trois minutes après, les mouvements avaient totalement cessé, et la respiration était devenue tout-à-fait insensible. A la treizième minute , les battements du cœur n’étaient plus perceptibles que par un léger frémissement très accéléré. Leur fréquence diminua ensuite ; ils devinrent très rares et très irréguliers; enfin, tout mouvement fut éteint à la dix-huitième minute. Il est à remarquer que pendant tout le temps que l’animal n’éprouvait pas de convulsions , ses muscles étaient dans un tel état de relâchement, et toutes les parties offraient une si grande flexibilité , qu’à en juger seulement par les apparences , on eût facilement cru que l’animal était mort. — Dans une autre expérience , l’animal , après avoir éprouvé le balancement de tête et les signes de prostration déjà indiqués, eut des mouvements convulsifs qui déterminaient une contraction et un allongement alternatifs qui paraissaient des plus douloureux , et qui semblaient affec-
(I) On prouve ce fait en distillant l’huile d’amandes amères et en ne recueillant d’abord que la moitié environ de la quantité soumise à la distillation : ce premier produit étant séparé, on continue l’opération pour obtenir le reste de l’huile : on voit alors que cette dernière portion se prend en unemasse cristalline presque aussitôt après qu’elle a le contact de l’air, tandis que l’autre n’a point perdu sa limpidité huit jours après son exposition à l’air.
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ter principalement les membres thoraciques. Ce ne fut qu’après cinq heures quarante-cinq minutes d’une agonie continuelle que l’animal succomba.— Le principe cristallisable non azoté n’agit pas sur les cochons d’Inde. ( Journal de Pharmacie, tom. vm,pag. 301.)
Observation lre. — Un homme de quarante-huit ans , hypochondriaque , prit , le 8 février 1819, à huit heures du matin , 8 grammes d’huile éthérée d’amandes amères ; quelques minutes après, les traits du visage se contournaient spasmodiquement; les yeux, tournés en haut, devenaient fixes et semblaient sortir des orbites; la poitrine se soulevait spasmodiquement, et les mouvements en étaient précipités. Vingt minutes environ après l’empoisonnement, il était sans connaissance, les yeux ouverts et fixes, les pupilles immobiles, la respiration stertoreuse, lente et toujours de plus en plus rare. Le pouls , aux avant-bras et aux carotides , et les pulsations du cœur étaient difficiles à sentir, et les battements ne se succédaient qu’après un intervalle de deux secondes. La déglutition ne pouvait plus se faire. L’haleine exhalait une forte odeur d’amandes amères. Dix minutes après , le sujet n’existait plus. Ouverture du cadavre vingt-neuf heures après la mort. Déjà la putréfaction était très avancée. Les pupilles étaient plutôt contractées que dilatées. Un sang presque pur coulait du nez et de la bouche toutes les fois qu’on retournait le corps ; ce liquide, et tout le cadavre tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, exhalaient une forte odeur d'amandes amères. Les dents étaient serrées les unes contre les autres, les lèvres plus pâles que bleues, les doigts fléchis et les ongles bleus. La mobilité des membres n’offrait rien de remarquable. En incisant l’abdomen , l’odeur d’amandes amères devint très marquée. L’estomac et l’intestin , très rouges et distendus par des gaz, s’échappèrent aussitôt de la cavité ; les environs des deux ouvertures stomacales étaient plus rouges que le reste de la surface externe du viscère. On trouva dans l’estomac environ 192 grammes d’un fluide brunâtre qui sentait fortement les amandes amères ; sa face interne était très rouge et parsemée de stries sanguinolentes : celle de l’intestin présentait aussi en grande partie les mêmes caractères; l’odeur d’amandes amères diminuait sensiblement à mesure qu’on allait de l’estomac vers le rectum. Le foie, la rate et les reins contenaient du sang liquide d’un violet obscur; la bile était d'un bleu foncé. La vessie renfermait un peu d’urine trouble, il n’y avait dans le sac péritonéal ni sérum limpide ni fluide sanguinolent. Les poumons, flasques, parsemés de nombreux tubercules, fort adhérents à gauche , contenaient peu de sang et étaient plutôt affaissés que distendus ; ils nageaient dans un fluide sanguinolent qui remplissait les plèvres. Le cœur, flasque aussi , était distendu par des gaz , et presque vide , car il n’y avait que ses cavités postérieures qui continssent un peu de sang violet et liquide. La langue, l’œsophage et la trachée-artère étaient dans l’état normal. Tous les vaisseaux et quelques sinus du crâne étaient gorgés de sang liquide , violet , sentant moins les amandes amères que celui du bas-ventre. La surface de la pie-mère était couverte