CLASSE TROISIÈME
I9E§ POISONS WARCOTIGO-ACBES.
On ne devrait désigner sous le nom de poisons narcotico-âcres que ceux qui déterminent à la fois l’inflammation des parties qu’ils touchent et le narcotisme ; mais il n’en est pas ainsi, les auteurs ayant rangé dans cette classe un très grand nombre de substances qui n’enflamment point les tissus et d’autres qui ne produisent le narcotisme qu’après avoir donné lieu à la plus vive excitation , d’où je crois pouvoir conclure que cette classe renferme des objets fort disparates , dont il n’est guère possible d’indiquer les caractères dans une définition générale. (Voy. Poisons narcotiques à la page 183.) lime semble utile d’établir plusieurs groupes dans chacun desquels je rangerai les poisons qui se rapprochent le plus par leur mode d’action.
ARTICLE PREMIER
DE LA SCII.LE, DE L’OENANTHE , DE L’ACONIT, DE L’ELLÉBORE, DE VARAIRK , DE I.A VÉRATRINE , DU COI. CHIQUE , DE I.A BELLADONE, DU DATURA , DU TABAC, DE LA DIGITALE, DES DIVERSES ESPÈCES DE CIGUË, DU LAURIER- ROSE, DU MOURON DES CHAMPS, DE L’ARISTOI.OCHE, DE LA RUE, DU TANGITN ET DU CYANURE D’IODE.
Symptômes déterminés par ces poisons
Agitation , cris aigus, délire plus ou moins gai, mouvements convulsifs des muscles de la face, des mâchoires et des membres; pupilles dilatées, contractées, ou dans l’état naturel; pouls fort, fréquent, régulier, ou petit, lent, irrégulier; douleurs plus ou moins aiguës à l’épigastre et dans les diverses parties de l’abdomen ; nausées, vomissements opiniâtres , déjections alvines. Quelquefois, au lieu d’une grande agitation , on observe une sorte d’ivresse , un grand abattement, de l’insensibilité, un tremblement général, et les malades n’ont aucune envie de vomir. Les symptômes que je viens d’énumérer peuvent ne pas se présenter tous chez le même individu ; mais ceux qui se sont manifestés ne cessent jamais complètement pour reparaître quelque temps après , comme cela a lieu pour les poisons rangés dans deux autres groupes de cette classe dont je parlerai bientôt.
Lésions de tissu produites par ces poisons.
Les organes qui ont été pendant quelque temps en contact avec les substances qui font l’objet de cet article sont le siège d’une inflammation plus ou moins intense, semblable à celle que produisent les irritants (voy. p. 48 , tom. i). Les poumons, le sang et le cerveau présentent des altérations analogues à celles que développent les poisons narcotiques (voy. p. 185).
Action de ces poisons sur l’économie animale.
Ils sont tous absorbés ; ils agissent particulièrement sur le cerveau ou sur quelques autres parties du système nerveux , et déterminent des phénomènes d’excitation et de narcotisme auxquels les animaux succombent; ils produisent en outre une irritation locale plus ou moins intense, qui ne doit pas être regardée comme la principale cause de la mort.
Traitement de l’empoisonnement déterminé par ces poisons.
1° Si le poison a été avalé depuis peu de temps, et qu’il n’ait pas
occasionné des vomissements abondants, on administrera un évacuant composé de 10 à 15 centigrammes de tartrate de potasse antimonié , et de 1 gramme d’ipécacuanha , dissous dans une petite quantité d’eau ; par ce moyen on favorisera promptement l’expulsion du poison, et l’on ne craindra pas de hâter son absorption, vu que la quantité de liquide dans lequel l’émétique a été dissous n’est pas considérable. On pourra aider l’effet du vomitif en titillant le gosier avec les barbes d’une plume.
2U S’il y a déjà quelque temps que le poison a été avalé, et qu’il soit, permis de soupçonner qu’il se trouve dans le canal intestinal, on fera prendre un éméto-calhartique composé de 10 à 15 centigrammes d’émétique et de 30 à 40 grammes de sulfate de soude (sel de Glauber). On donnera aussi des lavements purgatifs.
3° Si , à l’aide de ces moyens , on parvient à faire rejeter la substance vénéneuse, et que le malade offre les symptômes d’une congestion cérébrale, on n’hésitera pas à pratiquer une saignée , qui sera faite de préférence à la veine jugulaire , et qu’on renouvellera suivant le tempérament de l’individu et l’avantage qu’elle aura procuré : ce moyen ne m’a jamais paru nuisible, et souvent j’en ai retiré de bons effets. On devrait également y avoir recours dans le cas où l’administration des évacuants n’aurait été suivie d’aucun effet, et qu’il y aurait congestion cérébrale.
4° On fera ensuite usage de boissons acidulées , et principalement de l’eau vinaigrée, que l’on donnera à petites doses souvent renouvelées : ce médicament m’a paru surtout utile lorsqu’il était affaibli et administré immédiatement après l’expulsion de la substance vénéneuse : en effet , s’il était un peu concentré , il ajouterait à l’irritation que déterminent tous ces poisons, et augmenterait l’inflammation des tissus du canal digestif. C’est probablement par la même raison qu’il m’a semblé peu efficace vingt, vingt-cinq ou trente heures après l’empoisonnement , lorsque déjà les phénomènes inflammatoires s’étaient manifestés. Je suis convaincu que l’emploi des boissons acidulées est, en général , nuisible avant l’expulsion du poison, 1° parce qu’elles ne favorisent pas le vomissement ; 2° parce qu’elles dissolvent les parties actives et facilitent leur absorption ( voy. les détails des expériences faites avec l’opium , p. 243).
5° Si , à l’aide de ces médicaments, on était parvenu à faire cesser les symptômes nerveux , il faudrait s’occuper sans délai de combattre l’inflammation , qui est presque toujours la suite de l’administration de ces substances vénéneuses : à cet effet , ou remplacerait les boissons acidulées par des infusions ou des décoctions adoucissantes, comme l’infusion de fleurs de mauve , de violette, ou l’eau de gomme :
DK LA SCILLE. 347
l’application de quelques sangsues sur l’abdomen pourrait aussi être utile.
il est rare que les substances vénéneuses dont je parle aient été appliquées à l’extérieur. Si cela arrivait, il faudrait suivre les mêmes préceptes, à l’administration des évacuants près; on devrait en outre pratiquer une ligature au-dessus de la partie empoisonnée et cautériser la plaie, afin de s’opposer à l’absorption du poison et à son transport dans le torrent de la circulation. On pourrait également recourir aux ventouses.