DE LA SCILLE
La scille appartient à la famille des liliacées de J. et à l’hexandrie monogynie de L.
Le bulbe de scille rouge (ognon) est très volumineux; il offre souvent la grosseur d’une tête d’enfant ; il est composé de plusieurs lames ou squames superposées; les plus extérieures de ces tuniques sont grandes, larges, minces, transparentes, rouges, presque sèches, et friables ; les plus intérieures sont blanches , très épaisses ; celles qui sont placées entre les deux couches dont je parle sont très amples, épaisses, et recouvertes d’une pellicule d’un blanc rosé ; elles renferment un suc visqueux sans odeur, très amer et très irritant. Le bulbe de scille répand une odeur subtile , fort âcre et pénétrante , comme celle de raifort. Il est composé de scillitine , de gomme , de tannin , de citrate de chaux , de matière sucrée , de ligneux , et d’uu principe âcre et irritant.
Action de la scille sur l’économie animale.
Expérience ire. — A neuf heures et demie du matin , on a inlroduil dans l’estomac d’un petit chien robuste 80 grammes d’ognon de scille entière, en partie à l’état de pulpe, en partie à l’état liquide : on a lié l’œsophage. Vingt minutes après, l’animal a fait de violents efforts pour vomir, qu’il a renouvelés souvent pendant la demi-heure suivante, et il a poussé des plaintes. A dix heures et demie , on l’a trouvé mort. On l’a ouvert à onze heures :’le cœur ne se contractait plus ; il était rempli de sang noirâtre et coagulé. Les poumons étaient roses et crépitants. Le canal digestif n’était le siège d’aucune altération sensible.
Expérience ne. — A huit heures du matin, on a répété la même expérience sur un petit chien. Cinquante minutes après, l’animal a commencé à faire des efforts pour vomir, et il les a continués pendant dix minutes : alors les battements du cœur sont devenus fréquents, réguliers et assez forts , les inspirations profondes et un peu accélérées , les pupilles
très peu dilatées et le visage étonné. L’animal n’éprouvait point de vertiges ; il n’était agité d’aucun mouvement convulsif, et il cherchait à mordre lorsqu’on le menaçait. A neuf heures vingt minutes , la respiration était beeucoup plus accélérée et laborieuse ; les organes des sens et du mouvement exerçaient leurs fonctions. Un quart d’heure après, l’animal s’est couché sur le ventre, et il avait une légère tendance à l’assoupissement ; il s’est écoulé de sa bouche un peu de sérosité sanguinolente. A neuf heures quarante-cinq minutes , on l’a secoué , il a cherché de nouveau à mordre , s’est levé et a parcouru le laboratoire ; sa démarche était un peu lente : il s’est couché de nouveau , et a offert un léger tremblement convulsif des pattes antérieures qui n’a duré que quelques instants. A dix heures , la respiration était beaucoup moins accélérée , et rien n’aurait pu faire soupçonner que l’animal fût près de succomber. Tout-àcoup il a poussé des cris plaintifs et s’est relevé ; la respiration s’est accélérée de nouveau , et il est tombé sur le côté ; la tète était renversée sur le dos, et les membres très agités et très roides. Une minute après, les cris ont cessé, les membres se sont relâchés, et il n’a vécu que trois minutes, pendant lesquelles on a remarqué de légers mouvements convulsifs dans diverses parties du corps. L'ouverture du cadavre a été faite sur-le-champ. Le cœur était distendu et ne se contractait que lorsqu’on le touchait avec la pointe du scaipel ; le sang qu’il contenait était tluide ; celui que renfermaient les cavités aortiques offrait une couleur rouge, un peu moins vive qu’elle ne l’est ordinairement. Les poumons étaient roses et presque comme dans l’état naturel. Le canal digestif ne présentait aucune altération.
Expérience me. — A sept heures du soir, on a fait une incision à la partie interne de la cuisse cl’un chien de moyenne taille, et on a introduit dans la plaie 8 grammes de poudre de scille : on a réuni les lambeaux de la blessure. Quelques minutes après, l’animal a poussé des cris plaintifs. Le lendemain, à six heures du matin, on l’a trouvé mort. Le cadavre était froid et roide, la plaie très peu enflammée. Les poumons étaient livides, gorgés de sang et peu crépitants. Le canal digestif n’offrait point d’altération.
Expérience ive. — A huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien de moyenne taille, assez robuste, 2 grammes de poudre de scille mêlée avec /t grammes d’eau. A onze heures, l’animal ne paraissait éprouver aucune incommodité ; il en était de même à quatre heures. A minuit, il a eu un accès en, tout semblable à celui que j’ai décrit dans l’expérience 2e, et il est mort. Le membre opéré était très enflammé; il n’y avait point de lésion remarquable dans les organes intérieurs.
Plenck fait mention d’un enfant qui eut des convulsions pour avoir pris de la scille.
Je crois pouvoir conclure des faits qui précèdent : 1° que les effets meurtriers de la scille doivent être attribués , du moins pour la plus
DE l’oenanthe. 3 49
grande partie à la scillitine, matière blanche, d’une cassure résineuse, amère, soluble dans l’alcool et ne fournissant point d’acide mucique quand on la traite par l’acide azotique; 2° qu’ils dépendent de son absorption et de l’action qu’elle exerce sur le système nerveux; 3° que les poumons ne présentent point de lésion organique, et que l’accélération de la respiration paraît tenir à l’influence nerveuse ; 4° que cependant elle détermine une irritation locale d’autant plus énergique que la mort larde plus à survenir ; 5° qu’elle excite le plus souvent des nausées et des vomissements.
Traitement. (Voy. p. 345.)
3>E Ii’ŒBJABTTHE.
Cette plante appartient à la famille des ombellifères de Juss. , et à la pentandrie digynie de L. (voy. pl. 13 de mes Leçons de Médecine légale). — Caractères du genre. L’involucrc est composé de plusieurs folioles linéaires, ainsique les involucelles ; les pétales des fleurs centrales sont égaux , cordiformes; ceux des fleurs de la circonférence sont inégaux entre eux; les fruits sont ovoïdes, allongés, marqués de côtes longitudinales, couronnés par les cinq dents du calice et par les deux styles, qui sont fort longs et persistants. — Caractères de l'OEnanlhe crocata ( Linn . , sp. 365 ). Sa racine, qui est vivace , est composée d’un faisceau de tubercules charnus, allongés, de la grosseur du petit doigt, remplis d’un suc laiteux blanchâtre, qui devient d’une couleur jaune safranéc quand il est exposé à l’air; sa tige est dressée, rameuse, cylindrique, fistuleuse , cannelée, haute de trois à quatre pieds, également laiteuse. Les feuilles sont grandes, à pétioles dilatés à la base, trois fois ailées, et formées de folioles profondément incisées, et à divisions robustes; elles sont vertes et luisantes; les ombelles sont composées de rayons courts et nombreux , en sorte que les ombellules sont très rapprochées les unes des autres; l’involucre est formé par plusieurs petites folioles linéaires, ainsi que les involucelles ; les fleurs sont blanches et serrées les unes contre les autres; les pétales des fleurs extérieures sont inégaux et plus grands; les deux styles sont grcles et très longs; les fruits sont ovoïdes, allongés , relevés de côtes longitudinales , et couronnés par les cinq dents du calice et par les deux styles, qui sont persistants. Cette plante croît dans les prés et les lieux humides de la France. (Rich., Bot. méd .)
Observation lrc. — Le 10 avril 1677, un bourgeois de La Haye mangea, avec un de scs amis , des racines d’œnantlie. Peu après ils sentirent
l’un et l’autre un grand feu au gosier et à l’estomac, qui fut suivi d’aliénation d’esprit, de vertiges, de cardialgie , d’envie de dormir et de flux de ventre. L’un eut des convulsions violentes , l’autre saigna du liez; celui qui en avait mangé le plus mourut au bout de deux heures, l’autre au bout de trois (1).
Observation 2e. — Trois prisonniers français se promenant à Pembroke , cueillirent et mangèrent par mégarde une petite quantité d’œnantlie avec du pain et du beurre. L’un d’eux ne tarda pas à éprouver des convulsions violentes : on le saigna , et il mourut peu de temps après. Les deux autres dînèrent et furent aussitôt attaqués de convulsions : l’un périt , l’autre fut guéri par la saignée et par un vomitif qu’il eut la plus grande peine à avaler. Plusieurs camarades qui avaient aussi mangé de cette plante furent émétisés et rétablis : aucun d’eux n’éprouva de symptômes comateux (2).
Observation 3e. — TEafsoiirapporte qu’un homme avala par mégarde une cuillerée pleine de suc à'œnanthe crocata préparé avec une seule racine. Environ une heure et demie après, il éprouva des convulsions et un spasme tels dans les muscles de la mâchoire , qu’il était impossible de séparer l’os maxillaire inférieur du supérieur. 11 mourut trois heures et demie après l’ingestion de la substance vénéneuse. ( Philos plaçai Transactions a further account , p. 856, année 1758. )
Observation dc. — On lit dans le tome ixc du Recueil périodique de médecine (année 1758) , une observation de M. Rochard , relative à l’empoisonnement de trente-six soldats par la racine d'amanthe crocata: l’un d’eux mourut au milieu des convulsions les plus atroces et après avoir fait de très grands efforts pour vomir. L’estomac était sain ; la surface externe des intestins grêles offrait une couleur pourpre et des taches spliacélées ; les gros intestins , de couleur ordinaire , présentaient çà et là des plaques gangréneuses. Les autres viscères abdominaux étaient dans l’état naturel. Les trente-cinq autres militaires éprouvèrent des douleurs vives au cœur, des éblouissements, des vomissements fréquents, des cardialgies et des syncopes : on leur administra l’émétique en lavage , des lavements , etc. , et ils furent guéris.
Observation 5e. — Allen , dans un ouvrage intitulé Synopsis médicinal , fait mention de l’empoisonnement de quatre individus par cette plante.
Observation 6e. — M. Charles fut appelé pour soigner toute une famille qui avait mangé des racines d’œnantlie. Des bouffées de chaleur âcre se portant à la tète , une ardeur mordicante à la région épigastrique, et de petites taches rosacées, de tigure irrégulière, s’élargissant successivement , tels étaient les phénomènes produits par le poison : ces taches, qui n’excédaient pas le niveau de la peau , s’étaient manifestées d’abord
()) Yanderwikl, Observutionum pariorum, etc., t. I, p. 182. Leidce, 1727. (2) Transactions philosophiques. Londres, année 1746, p. 227. Exiraçt of liowels Leller.
DE L’OENANTHE. 351
à la face , puis sur la poitrine et sur les bras; le père seul avait l’abdomen tendu comme un ballon. On administra les mucilagineux, le lait et les huileux (i).
Observation 7e. — «Le 15 messidor an x, on apporta à l’hospice principal de la marine à Brest , les cadavres de trois soldats de la 82e demi-brigade. Ces malheureux Belges, trompés par la ressemblance de la racine de Y cernant h e crocata avec une dont ils usent dans leur pays, en mangèrent en grande quantité; sa saveur douceâtre flattait leur palais et contribua à les maintenir dans leur erreur. Ils ne tardèrent pas à éprouver un malaise général , des nausées , des vertiges et des vomissements. Les convulsions les plus violentes se succédèrent avec tant de rapidité qu’ils succombèrent en moins d’une heure et avant tout secours.
» Autopsie cadavérique. — Bien de particulier à l’habitude du corps. Un des cadavres fut conservé pendant quatre jours, et, à cette époque, on ne remarquait aucun signe de putréfaction ; le cerveau et ses membranes étaient sains , les poumons distendus , leurs vaisseaux pleins d’un sang noir et dissous. Dans les bronches , la trachée-artère et la bouche , se trouvait un liquide mousseux et blanchâtre. Les poumons d’un des cadavres présentaient à leur surface externe quelques pétéchies ; les cavités des deux systèmes circulatoires vides , le cœur sain ; l’estomac resserré et phlogosé à son cul-de-sac et à sa petite courbure, ses parois épaissies ; la membrane muqueuse d’un brun foncé , et baignée d’une quantité considérable de mucus ; les intestins ballonnés et leurs vaisseaux injectés ; les systèmes à sang rouge et à sang noir, gorgés d’un fluide de même nature, dissous et noirâtre : les désordres étaient absolument les mêmes chez les trois individus (2).
Observation 8e. — Un homme âgé d’environ quarante ans mangea , ie matin à jeun, un morceau dé racine d ’œnanthe crocata : à peine était-il rendu à son domicile , qu’il se plaignit d’une grande chaleur dans la gorge : puis, une demi-heure après , il perdit la parole , tomba sans connaissance et fut pris de convulsions terribles , qui durèrent environ trois quarts d’heure et finirent par la mort, sans qu’il fût possible de lui administrer aucun secours, les dents ayant toujours été fortement serrées. Le cadavre , dont il fut impossible de faire l’ouverture , exhalait une odeur très mauvaise quinze heures après la mort ; les parties génitales étaient toutes violacées; le reste du corps n’offrait point cette couleur. Journal général de Médecine , etc. Observation du docteur Brÿ. Janvier 1825.) -
Observation 9e. — Un homme, qui avait été chargé de râper cette plante pour en extraire le suc , éprouva une irritation sur les mains et les bras avec douleurs lancipantes et une irruption ortiée avec gonflement de la face, accélération du pouls , etc. ; cet état ne se dissipa qu’au bout de quinze jours (Cormerais et Pihan Dufaillay.)
(1) Archivés cliniques de Montpellier , n° 134.
(2) Dunal , Dissertation inaugurale déjà citée, t. i , p. 23.
DES POISONS NARC.OTICO-ACRES.
Il est parfaitement constaté que la plante dont je viens de faire l’histoire est Yœnanthe cicutœ facie de Lobel (voy. Lorel’s Adversaria , publié en 1572), et Wepfer s’est trompé en la confondant avec la ciguë, comme il l’a fait dans son ouvrage, pag. 15 : Historia Cicutœ aqualicœ.
Ces observations prouvent que Yœnanthe crocata exerce une irritation locale énergique , et qu’elle agit fortement sur le système nerveux.
Vœ/ianthe apiifolia de Brotero diffère de la précédente en ce que la lige n’est point rousse , que les feuilles en sont plus divisées, les folioles plus aiguës, qu’elle a cinq folioles à l’involucre, et que le suc, au lieu d’être d’un jaune safrané est aqueux et incolore. Vacher rapporte que dix-sept soldats mangèrent de la racine de cette plante : trois d’entre eux périrent ; les autres furent sauvés par l’émétique. { Recueil périodique de Médecine, tom. XVIIIe, année 1763.)
DES L’ACONITIKTE.
Hesse a retiré l’aconitine des feuilles de Yaconitum napellus. Elle est blanche, grenue, non cristalline, de l’éclat du verre, inodore, d’une saveur amère, puis âcre, inaltérable à l’air, peu soluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool , soluble dans l’éther; ces solutions sont alcalines ; le solulum aqueux est précipité par le chlorure de platine. Elle forme avec les acides des sels neutres qui paraissent incristallisables. L’acide azotique la dissout sans la colorer; chauffée, elle fond facilement , ne se volatilise pas , et fournit des vapeurs ammoniacales en se décomposant. Appliquée sur l’œil , elle dilate la pupille pendant fort peu de temps. Elle est très vénéneuse.
3>E I/ACONIT
L’aconit est un genre de la famille des renonculacées de Jussieu, et de la polyandrie trigynie de Linnæus (voyez planche 6 de ma Médecine léçule). — Caractères du genre. Calice coloré , pétaloïde, caduc , pentasépale ; sépale supérieur en forme de casque , grand , et concave en dessous ; corolle le plus souvent formée de deux pétales (nectaires, Lin.) longuement unguiculés à la base, terminés supérieurement par une sorte de petit capuchon, dont l’ouverture inférieure offre une petite languette allongée : ces deux pétales sont cachés sous le sépale supérieur ; les capsules sont au nombre de trois ou de cinq. — Caractères de C aconitum napellus, Lin., sp. , 751. Sa racine est vivace , pivotante , napiforme , allongée , noirâtre , don-
DE L’ACONIT
liant naissance à une tige dressée, simple, cylindrique, glabre, haute de trois à quatre pieds. Les feuilles sont alternes, pétiolées, partagées jusqu’à la base de leur limbe en cinq ou sept lobes allongés, subcunéiformes, profondément incisés, et découpés en lanières étroites et aiguës. Les fleurs sont grandes , d’un bleu violet , occupant la partie supérieure de la tige ; elles sont un peu pédonculées , et disposées en un épi long , souvent , d’un pied. Le calice est pétaloïde , irrégulier, formé de cinq sépales inégaux ; un supérieur, plus grand , en forme de casque ou de capuchon , est dressé , convexe ; deux latéraux planes, inégalement arrondis, poilus sur leur face interne ; deux inférieurs , un peu plus petits , ovales, entiers, également poilus à leur face interne. La corolle est formée de deux pétales irréguliers, longuement unguiculésou canaliculés à la base, terminés supérieurement par une espèce de petit capuchon recourbé à son sommet, qui est calleux, offrant antérieurement à son ouverture une petite languette roulée en dessus; ces deux pétales sont dressés, et cachés sous le sépale supérieur. Les étamines , au nombre d’environ trente, sont d’inégale grandeur, beaucoup plus courtes cjue le calice; les filets sont planes à leur partie inférieure , subulés à leur partie supérieure ; les plus extérieurs sont recourbés en dehors; les anthères sont cordiformes. Trois pistils occupent le centre de la fleur, et sont allongés , glabres , presque cylindriques , terminés en pointe au sommet; l’ovaire, qui en forme la plus grande partie, est à une seule loge qui renferme environ une vingtaine d’ovules, disposés sur deux rangées longitudinales et attachés du côté interne. Le fruit est formé de trois capsules allongées, qui s’ouvrent par une suture longitudinale placée du côté interne. L’aconit napel croît dans les pâturages élevés des montagnes, dans le Jura , la Suisse , etc. Il fleurit en mai et en juin. (Rich. , Bot. méd. )
Action de l’aconit napel sur l'économie animale.
Expérience ire. — A midi , on a fait avaler à un petit chien robuste 8 grammes d’extrait aqueux d’aconit, acheté chez un pharmacien; un quart d’heure après, l’animal était un peu assoupi, fermait les yeux, baissait la tête, puis tout-à-coup se dressait et faisait un mouvement analogue à celui qu’exécutent les personnes qui se réveillent après s’être endormies debout ou sur une chaise. Pendant cette secousse , il était menacé d’une chute sur le derrière ; les battements du cœur étaient réguliers et un peu accélérés. Le lendemain, il éprouvait quelques vertiges. Il est mort le jour suivant. Le cerveau n’offrait aucune altération. Les poumons,
! denses, brunâtres, étaient gorgés de sang, et moiils crépitants que dans l’état naturel. Le canal digestif était sain.
Expérience ii°. — On a introduit dans l’estomac d’un petit chien 16 grammes d’extrait aqueux d’aconit acheté chez un autre pharmacien , et dissous dans 16 grammes d’eau : on a lié l’œsophage. Quatre jours après » l’animal né paraissait pas encore sous l’influence du poison. Il est mort le sixième jour, sans avoir offert d’autre symptôme que l’abattement inséparable de l’opération. L’ouverture du cadavre n’a fait voir aucune altération dans les organes intérieurs.
Expérience 111e. — On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un petit carlin assez fort b grammes du même extrait. Le lendemain , l’animal était assoupi , marchait assez bien , mais paraissait peu porté au mouvement; les battements du cœur étaient accélérés; il a refusé les aliments; il n’avait ni vertiges, ni convulsions. Il a expiré dans la nuit du jour suivant. Les poumons étaient un peu gorgés de sang, moins crépitants qu’ils ne le sont ordinairement ; le cerveau et l’estomac n’olfraient aucune altération.
Expérience ive. — A midi, on a répété la même expérience avec 8 grammes du même poison , que l’on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit carlin. Une demi-heure après, l’animal n’avait éprouvé aucun symptôme remarquable; il en était de même à six heures du soir. Le lendemain , à une heure , il était dans un grand état d’insensibilité; couché sur le côté, on pouvait l’agiter en tous sens comme une masse inerte ; il ne pouvait plus se soutenir; les pattes antérieures étaient un peu écartées , et il les allongeait de temps en temps , comme s’il eût voulu les roidir; mais ce mouvement était lent et faible ; les pupilles n’étaient que peu dilatées ; les organes des sens jouissaient presque de toutes leurs facultés , et l’animal ne poussait aucune plainte ; la respiration et la circulation s’exerçaient avec lenteur. Il est mort dans la nuit : on l’a ouvert le jour suivant. Le membre opéré était livide à l’extérieur; en incisant la peau, on voyait une inflammation très étendue, et une infiltration séro- sanguinolente ; il y avait aussi plusieurs taches formées par du sang noir extravasé. L’estomac était sain ; le rectum offrait quelques taches rougeâtres; il n’y avait point d’altération dans le reste du canal intestinal. Les poumons, d’une couleur rouge assez foncée, contenaient un peu de sang noir et étaient assez crépitants.
Expérience vc. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 2 grammes du même extrait dissous dans 16 grammes d’eau. L’animal a uriné sur-le-champ; il a eu de légers vertiges, et il a fait des efforts infructueux pour vomir ; les vertiges ont été en augmentant , au point que , cinq minutes après l’injection , il est tombé sur les pattes postérieures, plus faibles que les antérieures. On l’a relevé; il était assoupi, et fléchissait de temps en temps ses extrémités postérieures. Six minutes après, il a eu une selle. Le lendemain, il a mangé, et ne paraissait pas très malade. Le jour suivant, les vertiges se sont manifestés de nouveau, il s’est couché sur le côté, était peu sensible, et il a expiré au bout de vingt-six heures. On n’a trouvé aucune lésion remarquable après la mort.
DE L’ACONIT
Expériece vie. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien robuste 2 grammes du même extrait dissous dans 8 grammes d’eau. L’animal a poussé des cris sur-le-champ ; peu de temps après il a été profondément assoupi ; les organes des sens sont devenus insensibles ; il n’a pas eu de convulsions. Quatre minutes après, il a fait un dernier effort pour respirer, et il est mort. On l’a ouvert dans le même instant. Le cœur se contractait avec assez de force; le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d’un rouge vif; celui que renfermait la cavité droite était coagulé et noirâtre. Les poumons étaient roses et crépitants.
Expérience vii°. — On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un petit chien h grammes 30 centigrammes d’extrait alcoolique d’aconit: l’animal est mort trente heures après, et il avait éprouvé des vertiges. L’ouverture du cadavre n’a éclairé en aucune manière sur la cause de la mort.
Expérience viii“. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 1 gramme d’extrait alcoolique d’aconit suspendu dans 6 grammes d’eau. Au bout de cinq minutes, l’animal était assoupi ; un quart d’heure après, sa démarche était chancelante. Le lendemain , il était abattu et refusait les aliments. Il est moitié sixième jour. Les organes intérieurs ne paraissaient pas altérés.
Ces expériences ont été faites avec l’extrait d’aconit qui se vend dans quelques pharmacies, et que l’on obtient le plus souvent en faisant une forte décoction de la plante , et en évaporant le produit à une température assez élevée. Il était aisé de prévoir que l’extrait ainsi préparé ne devait pas être aussi actif que celui qui aurait été obtenu en exprimant le suc de la plante fraîche et en l’évaporant au bainmarie : en effet, il existe un certain nombre de substances végétales qui se volatilisent à la température de l’eau bouillante; d’autres sont décomposées, et il n’est pas douteux que la couleur noire delà majeure partie des extraits que l’on trouve dans le commerce ne dépende de la décomposition d’un ou de plusieurs des principes qui faisaient partie du végétal. Ces considérations m’ont engagé à entreprendre de nouvelles expériences dans le dessein de comparer les propriétés de ces deux espèces d’extrait d’aconit. J’ai étendu ces recherches aux principales préparations de ce genre employées en médecine , et je puis affirmer, lu que certains extraits préparés en exprimant les sucs des plantes fraîches , et en les évaporant au bain-marie , sont incomparablement plus actifs que ceux que l'on obtient par tout autre procédé ; 2° qu’ils sont d’une couleur jaunâtre qui contraste singulièrement avec la couleur noire de ceux que l’on trouve dans le commerce , ce qui dépend sans doute de la décomposition que ceuxci éprouvent par le calorique ; 3° que les extraits de ces plantes que
l’on vend dans les pharmacies difj'èrent beaucoup entre eux sous le rapport de leur action sur l’économie animale et qu’il en est un très grand nombre qui ne jouissent d'aucune propriété médicamenteuse ni toxique : ce qui me semble devoir fixer particulièrement l’attention de MM. les professeurs chargés de visiter les pharmacies.
On sentira facilement l’exactitude de ces conclusions, en comparant attentivement les expériences précédentes avec celles dont je vais rendre compte, qui ont été faites avec de l’extrait d’aconit préparé avec le plus grand soin.
Expérience ixe. — A huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien très robuste, 6 grammes d’extrait aqueux d’aconit. A huit heures et un quart, l’animal était agité, parcourait rapidement le laboratoire, et poussait des cris plaintifs. A huit heures trente-cinq minutes, sa démarche était chancelante; il était en proie à des vertiges très intenses, et conservait la faculté de voir et d’entendre; l’agitation avait été en augmentant. Quelques instants après, il s’est couché sur de la paille qu’il a remuée de temps en temps pour se creuser un gîte. A neuf heures un quart , il a vomi une assez grande quantité de matières alimentaires ; les autres symptômes avaient acquis plus d’intensité. A neuf heures et demie, nouveau vomissement; l’animal, qui s’était relevé quelques minutes auparavant, est tombé sur le côté dans un grand état de roideur , et il a fortement allongé les extrémités postérieures. Deux minutes après, il s’est redressé de nouveau, a fait quelques pas en vacillant , et a poussé des cris plaintifs ; sa physionomie portait l’empreinte de la souffrance. 11 est mort à dix heures trois quarts , et il n’a offert aucun signe de paralysie dans les extrémités postérieures. On l’a ouvert une demi-heure après. Le membre opéré était à peine enflammé ; le canal digestif n’offrait aucune altération ; le cœur était flasque et contenait du sang noir et épais; les poumons, d’un rose tirant sur le rouge , étaient crépitants.
Expérience xc. — A neuf heures moins un quart, on a introduit dans l’estomac d’un petit chien assez robuste 8 grammes 5 centigrammes du même extrait dissous dans 32 grammes d’eau , et on a lié l’œsophage. Vingt minutes après, l’animal a fait des efforts pour vomir; ses extrémités postérieures commençaient à faiblir, et il était dans un état d’agitation marquée ; il conservait le libre usage des sens et du mouvement; sa démarche était néanmoins un peu chancelante. A neuf heures vingt minutes, il était couché sur le côté, se plaignait et offrait des mouvements convulsifs dans la tête ; on l’a mis sur ses pattes, et on a voulu le faire marcher ; il a fait quelques pas en vacillant, et s’est couché de nouveau; ses extrémités postérieures étaient entièrement paralysées , et il paraissait souffrir beaucoup. A neuf heures trois quarts, l’agitation était extrême; l’animal poussait des cris aigus, marchait de droite à gauche en traînant les pattes de derrière, et retombait après avoir parcouru le
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laboratoire en différents sens; les contractions convulsives des muscles de la tête imprimaient à cette partie des mouvements brusques, comparables aux secousses qu’occasionne le fluide électrique accumulé sur les grenouilles; les organes de l’ouïe et de la vision paraissaient exercer librement leurs fonctions. Ces symptômes ont acquis un nouveau degré d’intensité, et l’animal est mort à onze heures moins un quart. On l’a ouvert une demi-heure après. La membrane muqueuse de l’estomac et du duodénum était légèrement enflammée ; le rectum n’offrait aucune altération. Les poumons étaient crépitants. Les ventricules du cœur contenaient une très grande quantité de sang coagulé et très noir.
Expérience xie. — Wepfer fit prendre à un loup deux morceaux de viande contenant environ 8 grammes de racine d’aconit napel. Huit minutes s’étaient à peine écoulées que l’animal vomit un des morceaux avec des mucosités visqueuses et écumeuses; il souffrait du bas-ventre et vomit de. nouveau. Voyant, peu de temps après, qu’il se portait assez bien, on lui donna, dans du petit-lait , 8 grammes de la même racine divisée ; il ne tarda pas à vomir plusieurs fois , et il contractait souvent l’abdomen. Une demi-heure après, il agita ses pattes de devant avec force , creusa une fosse sur le sol, et se coucha sur le côté. On le fit lever et marcher; il recommença à creuser; il offrait un tremblement général, mais n’avait point de vertiges ni de convulsions. Il se coucha de nouveau sur le côté et fit des efforts pour vomir; sa bouche se remplit d’écume. On incisa l’abdomen , et il expira deux heures après l’ingestion du premier bol , sans donner le moindre signe de douleur. L’estomac se contractait; les intestins, animés de leur mouvement péristaltique, se resserrèrent , sans qu’il y eût excrétion de matières fécales. L’intérieur du canal digestif était enflammé dans plusieurs points ; on y voyait plusieurs vers vivants ; l’oreillette et le ventricule droits contenaient un peu de sang écumeux et beaucoup de grumeaux; le ventricule gauche ne renfermait qu’un de ces grumeaux à sa partie supérieure. (Ouvrage cité, pag. 178.)
Expérience xii°. — Bonnet donna à un chien âgé de trois semaines 2 grammes de racine fraîche d 'aconit napel bien divisée. L’animal mourut deux heures après. Les symptômes qu’il éprouva furent des vomissements , des mouvements convulsifs de tout le corps et de la faiblesse dans les extrémités postérieures ; l’estomac n’était pas enflammé ; le sang était fluide , et la vessie contenait beaucoup d’urine. ( Sepulchretum Boneti, p. ff93, t. ni. Lugduni , 1700. )
Expérience xiiT. — A huit heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un chien robuste et de moyenne taille 20 grammes de racine fraîche d’aconit napel contuse, et on a lié l’œsophage. Cinq minutes après, l’animal a commencé à faire de violents efforts pour vomir; il s’est plaint ; il a rapidement parcouru le laboratoire avec un air égaré , et il était évidemment agité. A huit heures onze minutes, il éprouvait de légers vertiges , et il n’avait presque pas cessé de se plaindre et de faire des efforts de vomissement ; il poussait des cris , et commençait à ne plus pouvoir se tenir sur ses pattes postérieures. Trois minutes après, il a fait une
chute pendant qu’il cherchait à marcher; on l’a relevé, mais il n’a pas tardé à retomber ; les battements du cœur étaient inégaux , tantôt forts , tantôt faibles, les pupilles dilatées; il n’y avait aucun mouvement convulsif, et l’animal conservait le libre usage des sens. A huit heures dixsept minutes, le pouls offrait cent cinquante pulsations par minute ; il était régulier et fort; l’animal était immobile et presque insensible. A huit heures vingt et une minutes , il a loul-à-coup renversé la tète sur le dos , et ses pattes étaient roides et écartées : cet état a duré deux minutes ; alors il a expiré. On l’a ouvert sur-le-champ. Le cœur ne se contractait plus , même après l’irritation occasionnée par l’incision du péricarde ; il était très distendu , et- contenait du sang vermeil et fluide dans les cavités aortiques : le ventricule droit était rempli de sang noir également fluide. Les poumons paraissaient sains. L’estomac renfermait presque toute la racine ingérée ; sa tunique interne était à peine rouge.
Expérience xive. — A sept heures du matin , on a introduit dans l’estomac d’un carlin robuste et de moyenne taille, 6Zi grammes de suc de feuilles fraîches d'aconit napel, auxquelles on avait ajouté une quantité égale d’eau ; on a lié l’œsophage. Peu de temps après, l’animal a paru agité. A dix heures , il n’éprouvait pas de phénomène sensible. A sept heures du soir, il avait fait souvent des efforts pour vomir ; il était un peu assoupi, et les extrémités postérieures commençaient à faiblir : cependant il conservait l’usage des sens et la libre faculté de se mouvoir; sa respiration était profonde. Le lendemain matin , à six heures , on l’a trouvé mort. L’estomac était rempli d’un fluide noirâtre , comme bilieux ; il n’y avait aucune trace d’inflammation dans le canal digestif. Le cœur était rempli de sang noir coagulé. Les poumons , peu crépitants, offraient plusieurs plaques livides , denses et gorgées de sang.
Expérience xvc. — M. Brodie injecta dans le rectum d’un chat 32 grammes de suc de feuilles d'aconit. Trois minutes après, l’animal rejeta presque la totalité du fluide , et resta tranquille pendant six minutes : alors il vomit et essaya de marcher ; mais il chancelait comme s’il eût été ivre. Treize minutes après l’injection, il était couché sur le côté, immobile , excepté qu'il offrait de temps en temps de légers mouvements convulsifs dans les membres. La respiration devint lente et pénible, et il paraissait mort quarante-sept minutes après l’expérience. Peu d’instants avant d’expirer, le cœur donnait cent pulsations régulières par minute.
Expérience xvic. — Le même physiologiste appliqua sur le tissu cellulaire du côté d’un jeune lapin environ 20 gouttes de suc de feuilles d’aconit. Au bout de vingt-trois minutes, les mêmes symptômes se déclarèrent, et l’animal mourut quarante-sept minutes après l’application de la substance délétère. ( Philosophical Transactions , année 1811, pag. 185 et 193. )
Si l’on mâche , dit M. Brodie , une petite quantité de la feuille d’aconit, on éprouve un sentiment d’engourdissement dans les lèvres et les gencives, qui ne diminue qu’après deux ou trois heures.
Observation lre. — John Crumpler mange, à huit heures du soir, de la
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salade dans laquelle on avait ajouté, par mégarde, une certaine quantité A' aconit napel. Il éprouve sur-le-champ une chaleur brûlante à la langue et aux gencives , et une grande irritation dans les joues. Il croit que le sang ne circule plus dans ses membres : cependant il n’a aucune envie de vomir. S’apercevant que les accidents augmentent , il boit environ un litre d’huile et une grande quantité de thé, ce qui le fait vomir. Les symptômes, loin de disparaître, s’aggravent. A dix heures, Vincent Bacon, chirurgien anglais , est appelé, et il trouve le malade couché dans son lit , les yeux et les dents fixes , les mains et les pieds froids , le corps généralement recouvert d’une sueur froide, le pouls à peine sensible , et la respiration tellement courte qu’il est très difficile de l’apercevoir. Il lui fait avaler deux cuillerées d’esprit de corne de cerf qui le font tousser et vomir; puis il lui administre Yinfusum de carduus benedictus jusqu’à ce qu’il ait obtenu plusieurs vomissements. Le malade ne tarde pas à aller à la garde-robe , et il vomit de nouveau. Le pouls se relève un peu ; mais il est intermittent et très irrégulier. On lui fait prendre une potion d 'aq. epidem. therm. anclrom. conf. alkerm. , avec quelques gouttes de s al volatile et tinctura croc. Le lendemain matin , il était beaucoup mieux , et la guérison ne tarda pas à être complète (1).
Observation 2e. — La racine d’aconit napel fut administrée à quatre brigands. Deux d’entre eux, après avoir éprouvé des douleurs violentes, furent sauvés par des moyens appropriés ; les deux autres périrent ; et il y en eut un qui, quelques heures après l’administration de celte racine, devint imbécile. La face se couvrit d’une sueur froide; l’asphyxie, les spasmes, les défaillances se déclarèrent ; il eut des déjections alvines involontaires ; il vomit des matières bilieuses et livides ; son corps se tuméfia , et il mourut apoplectique (2).
Observation 3e. — Willis rapporte qu’un homme mourut maniaque , et en très peu de temps , pour avoir mangé de la salade dans laquelle il entrait des feuilles fraîches d’aconit napel. ( De Anima Brutorum , pag. 289. )
Observation ûc. — On a vu le suc d’aconit, introduit dans une petite blessure faite au pouce , provoquer des douleurs dans le doigt et dans le bras, la cardialgie , l’anxiété avec crainte de suffocation, la lipothymie, l’agitation, enfin la gangrène et une abondante suppuration (3).
Observation 5e. — Le 29 décembre 1821, cinq personnes avalent chacune un verre à liqueur d’esprit de grain dans lequel on avait fait macérer par erreur de la racine d’aconit napel coupée par tranches , au lieu de racine de Jivèche ; elles ne tardent pas à éprouver des accidents fâcheux, et trois d’entre elles périssent au bout de deux heures, après avoir présenté les symptômes suivants : sensation de brûlure dans la gorge, l’œsophage et l’abdomen ; envies de vomir, bientôt après des vomissements et des
(J) Philosophical Transactions, vol. xxxvm, p. 287, ann. 1734 , obs. ni.
(2) Matiuolus, in Dioscorid. , ed. C.Bauch ., p. 768.
(3) Alberti Jurisprudenlia medicu, t. vi , p. 724, obs. de Rodder.
selles accompagnés de cardialgie et de coliques violentes ; visage gonflé , abdomen fortement ballonné. A l’ouverture des cadavres, on voit que l’œsophage , l’estomac et les intestins sont rouges et très enflammés, que les vaisseaux sanguins du canal digestif sont très apparents, surtout les veines , qui semblaient être injectées. L’inflammation est bornée au cæcum exclusivement ; les gros intestins contiennent une grande quantité de gaz ; le mésentère participe aussi à l’état inflammatoire. Il y a dans la cavité du péritoine une grande quantité de sérosité jaunâtre. Les poumons sont pesants, bleuâtres, violets en arrière, peu crépitants cl gorgés de sang. Le péricarde contient 32 grammes environ de sérosité jaunâtre ; le cœur et les gros vaisseaux n’offrent rien de remarquable; le cerveau est sain ; ses vaisseaux sont très apparents et comme injectés. ( Dissertation inaugurale du docteur Pallas, année 1822, n° 15. j
Observation 6e. — Un jeune enfant de vingt et un mois avala quelques feuilles et deux ou trois fleurs d’aconit napcl, et ne tarda pas à éprouver des accidents analogues à ceux dont il vient d’être parlé. Il succomba quelques heures après. (J. de Chim. médicale, tom. vi, année 18/i0, p. 9/i. )
Observation 7e. — Le 11 juin 18ZtO, douze individus affectés de pellagre ou de scorbut avalèrent, au lieu du suc exprimé de cochléaria qu’ils croyaient prendre, chacun environ 100 grammes de suc exprimé d’aconit napcl.
Le premier d’entre eux chez lequel il se manifesta des accidents fut un vieillard âgé de soixante ans. La respiration devint d’abord embarrassée, puis il survint des vomissements. Un médecin ayant été appelé, il crut reconnaître dans ces symptômes les caractères d’un accès d’asthme, et prescrivit de mettre le malade dans un bain, puis de lui administrer une dose d’huile de ricin, et enfin d’appliquer un large vésicatoire sur la région sternale. Ces divers moyens furent mis en usage , mais sans qu’il en résultât la moindre amélioration : les accidents n’en persistèrent pas moins, et allèrent en augmentant ; le vieillard expira le même jour dans l’espace de quelques heures.
Deux femmes, âgées de oinquante-cinq ans et atteintes de scorbut, éprouvèrent bientôt après l’ingestion du liquide toxique, des inquiétudes, puis des mouvements convulsifs , enfin un sentiment de prostration extrême et comme une sorte de paralysie. Deux heures plus tard la mort arriva.
Les neuf autres individus se trouvèrent tous également affectés plus ou moins fortement; et il est très probable que, sans l’intervention des moyens appropriés qui leur furent conseillés par M. le docteur Rolardini , ils auraient succombé comme les trois précédents.
Tous ces malades éprouvèrent dès l’abord une faiblesse excessive de tout le corps et en même temps un affaissement moral des plus prononcés. La face était d’une pâleur extrême et la physionomie fortement altérée : les yeux, qui avaient perdu toute leur vivacité, étaient cernés par un cercle d’une teinte bleuâtre , cl les pupilles étaient énormément dilatées; il existait des vertiges ; une vive céphalalgie se faisait sentir, surtout vers la partie postérieure de la tète ; l’abdomen était tendu et très douloureux ;
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il y avait des vomissements de matières verdâtres, et chez quelques uns des sujets des évacuations alvines diarrhéiques de même couleur. On observait en outre de l’oppression et de l’anxiété , une sensation générale de froid qui s’accroissait rapidement, avec lividité des ongles, des crampes dans les extrémités inférieures ; enfin le pouls était petit, déprimé et à peine perceptible.
L’ensemble et la nature de ces divers symptômes permirent bien de constater l’existence d’un empoisonnement par une substance de la classe des narcotico-âcres , mais sans qu’il fût possible d’en préciser l’espèce , car on n’avait point encore découvert cette fatale substitution du suc d’aconit au suc de cocliléaria.
Dans cette incertitude, le tartre stibié fut administré pour provoquer des vomissements, et déterminer ainsi l’expulsion du restant du poison qui pouvait se trouver encore dans les premières voies ; puis le médecin, guidé par les opinions de l’école du contro-stimulisme , combattit l'état d’abattement général par des toniques diffusibles , tels que Palcoolé de cannelle, l’éther sulfurique alcoolisé, le vin généreux, l’absinthe cl le rhum étendus d’eau , donnés à dose suffisante pour produire l’ivresse; en même temps les extrémités thoraciques et pelviennes furent soumises a l’action de liquides alcooliques appliqués en frictions.
Sous l’influence de. celte médication énergique , dit le praticien italien , la chaleur et le pouls se relevèrent promptement , ainsi que les forces ; la physionomie reprit son aspect normal , et peu d’heures suffirent pour que tous ces malades revinssent complètement à la santé.
Les cadavres des trois sujets qui avaient succombé à l’action du poison furent ouverts et examinés avec soin.
L’habitude exétrieure ne présentait rien qui méritât d’être noté.
A l’ouverture du crâne, on trouva la pie-mère et l’arachnoïde fortement injectées , et une assez grande quantité de liquide séreux à la base du crâne et sous l’arachnoïde cérébrale. Du reste, il n’existait point d’épanchement dans la cavité des ventricules.
Les poumons étaient fortement engorgés; le cœur, de consistance molle, contenait du sang noir, et les gros vaisseaux se trouvaient distendus par ce même liquide.
Le foie, et la rate étaient à l’état normal. L’estomac, fortement gonflé par un amas de gaz , présentait une certaine quantité d’un liquide visqueux , de couleur cendrée ; sa membrane muqueuse , notamment vers la grande courbure , était le siège d’une injection poinlillée et irrégulière. Le duodénum et les intestins grêles offraient çà et là des taches de couleur rouge , et contenaient le même liquide visqueux cendré qui avait été remarqué dans la cavité de l’estomac. ( Gazette des Hôpitaux du 3 mai 18/j2. )
Il résulte des faits que je viens d’exposer, 1° que le suc des feuilles d’aconit introduit dans l’estomac , dans le rectum , ou injecté dans le tissu cellulaire des chiens, détermine des accidents graves suivis
d’une mort prompte ; 2° qu’il en est de même de la racine de cette plante , dont les effets paraissent encore plus marqués que ceux du suc des feuilles ; 3° que l’extrait aqueux d’aconit préparé en exprimant le suc de la plante fraîche, jouit à peu près des mêmes propriétés vénéneuses que le suc , tandis qu’il est incomparablement moins actif lorsqu’il a été obtenu par décoction ; k° que l’extrait résineux est plus énergique que l’extrait aqueux, 5° que ces diverses préparations sont absorbées, transportées dans le torrent de la circulation; qu’elles agissent spécialement sur le système nerveux, et particulièrement sur le cerveau , où elles déterminent une espèce d’aliénation mentale ; 6° qu’elles exercent en outre une irritation locale capable de développer une inflammation plus ou moins intense ; 7° qu’elles paraissent agir sur l’homme comme sur les chiens; 8° qu’elles doivent probablement une grande partie de leurs propriétés toxiques à Yaconitine.
Aconitum cammarum (cape de moine). — Il est doué d’une saveur plus âcre que le précédent , et jouit de propriétés vénéneuses très énergiques.
Observation lrc. — Mathiole rapporte qu’un criminel condamné à mort mangea de la racine de cette plante. Il éprouva une saveur de poivre un peu fort, et, au bout de deux heures, il fut saisi de vertiges et de commotions de cerveau tellement violentes qu’il croyait avoir la tète pleine d’eau bouillante ; il se déclara une enflure générale de tout le corps ; le visage devint livide; les yeux étaient hors des orbites; enfin le malheureux mourut au milieu des convulsions les plus horribles.
Observation 2e. — On trouve dans le Scpulchrctum de Bonet , et dans les Mémoires de l’Académie de Suède , des faits analogues au précédent. Autrefois on empoisonnait les flèches avec le suc de cette plante.
Aconitum anthora. — Il paraît aussi être vénéneux. Hoffmann dit qu’il bouleverse l’estomac et détermine une chaleur brûlante accompagnée de soif et d’angoisse autour du cœur. Solier, Lobel et Prévôt ont vu cette racine déterminer des vomissements et des déjections alvines. Comment peut-il donc se faire que des auteurs anciens aient annoncé que cette racine était l’antidote des autres espèces d’aconit?
Aconitum lycoctonum {tue-loup). — La racine de cette plante, mêlée avec de la salade , occasionna beaucoup de malaise à plusieurs convives. D’autres personnes éprouvèrent des vertiges, de l’ardeur et de l’enflure dans la langue pour avoir mâché des fleurs de cette espèce d’aconit. ( Bauhinus , 1. c. , pag. 653.)
Aconitum ferox ( aconit féroce). — Les expériences faites sur les lapins et les chiens par >1. Pereira établissent que la racine de cette