‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 93 sur 172 · DE LA BELLADONE · texte numérisé non relu

DE LA BELLADONE

tible de cristalliser. L’atropine forme , avec les acides , des sels définis. Le sulfate et l’acétate cristallisent plus facilement que l’azotate et le chlorhydrate ; la potasse et l’ammoniaque séparent l’atropine de ces sels. Le chlorhydrate de chlorure d’or , légèrement acide , mêlé avec ces alcalis , fournit un précipité jaune citron , d’une structure cristalline , qui paraît être un sel double. La solution aqueuse d’atropine précipite en blanc par la noix de galle , et en isabelle par le chlorure de platine. Lors même qu’elle est très étendue , l’atropine dilate promptement la pupille, et cette dilatation persiste. (Mein, Journal de pharmacie , février 183ïu)

DE XiA BELIADONE.

Vatropa belladona est une plante de la famille des solanées , rangée par Linnéedans la pentandrie monogynie (voyez mon Traité de Méd. lég., pl. 5). Caractères du genre. Le calice est à cinq divisions profondes ; la corolle campanulée , plus longue que le calice , partagée en cinq lobes peu profonds et égaux entre eux ; les étamines , au nombre de cinq , ont des filets filiformes ; le fruit est une baie cérasiforme, offrant deux loges et un grand nombre de graines. Caractères de Vatropa belladona, L. , sp. 260. Sa racine est vivace, épaisse et rameuse; sa tige est dressée , haute de 66 à 130 centimètres , cylindrique , velue , rameuse , dichotome. Ses feuilles , alternes ou géminées à la partie supérieure de la tige , sont grandes , courtement pétiolées , ovales , aiguës , velues , et presque entières. Les fleurs sont grandes , solitaires , pédonculées , pendantes , de couleur violette très foncée ; elles offrent un calice campaniforme , un peu velu , à cinq divisions ovales , aiguës ; une corolle monopétale régulière , en cloche allongée , rétrécie inférieurement en un tube court , et présentant cinq lobes égaux , obtus , peu profonds. Les cinq étamines sont plus courtes que la corolle , à la base de laquelle elles sont insérées ; les filets sont subulés, les anthères presque globuleuses. Le pistil se compose d’un ovaire ovoïde , aminci en pointe, à deux loges polyspermes , entouré et appliqué sur un disque hypogyne jaunâtre , d’un style grêle et cylindrique , à peu près de la longueur de la corolle , terminé par un stigmate aplati , convexe , légèrement bilobé. Le fruit est une baie arrondie , un peu aplatie, de la grosseur d’une cerise , d’abord verte , puis rouge , et enfin presque noire à l’époque de sa parfaite maturité ; elle est environnée par le calice , et offre deux loges , qui contiennent plusieurs graines réniformes. La belladone est très commune aux environs de Paris; on la trouve le long des vieux bâtiments, dans les décombres , etc. Elle fleurit pendant les

moisde juin, de juillet etd’août (Rich. , Bot. méd.). On distinguera la baie de belladone du raisin à la forme des graines , qui sont pyramidales dans ce dernier fruit ; il y a d’ailleurs dans la baie de belladone un trophosperme (placenta) qui manque dans le raisin.

Action de la belladone sur l’économie animale.

Expérience ire. — On a fait avaler à lin petit chien 30 baies mûres de belladone : l’animal n’a rien éprouvé.

Expérience iic. — A huit heures du matin, on a introduit dans l’estomac cl’un chien robuste et de moyenne taille 16 grammes d’extrait aqueux de belladone, préparé en faisant évaporer au bain-marie le suc frais de la plante et dissous dans Zi8 grammes d’eau : on a lié l’œsophage. A huit heures et demie , eiforts de vomissement , agitation marquée. A neuf heures cinq minutes , nouveaux efforts de vomissement, cris plaintifs, commencement de faiblesse des extrémités postérieures. A dix heures et demie, cris aigus continuels, extrémités postérieures plus faibles. Ces symptômes ont augmenté d’intensité, et l’animal est mort à midi moins un quart. On l’a ouvert le lendemain. Le lobe inférieur du poumon droit était dense, d’une couleur livide et peu crépitant; les autres offraient la teinte rose qui leur est naturelle. Le cœur contenait du sang coagulé. La membrane muqueuse de l’estomac était d’une couleur rouge dans toute son étendue , mais elle n’était pas très enflammée.

Expérience iii6. • — On introduisit dans l’estomac d’un jeune chat 80 grammes d'extrait aqueux de belladone dissous dans 6â grammes d’eau. Peu de temps après, l’animal rejeta par le vomissement environ le tiers du liquide ingéré. Au bout de trente-cinq minutes, sa marche était chancelante. Un quart d’heure après, il ne pouvait plus faire un pas sans tomber; les pupilles étaient dilatées ; il se coucha sur le côté, et lorsqu’on le faisait marcher il paraissait complètement ivre ; mais il conservait de la sensibilité. Cinq heures après l’ingestion du poison , il était parfaitement rétabli. ( Brodie. )

Expérience ive. — A une heure et demie , on a fait avaler à un carlin robuste 16 grammes du même extrait dissous dans 20 grammes d’eau distillée et préparé chez un pharmacien : on a lié l’œsophage, A trois heures, l’animal n’avait offert aucun symptôme remarquable. A six heures, il poussait des cris plaintifs presque continuels; il était inquiet; sa démarche était lente, mais il n’éprouvait point de vertiges. Le lendemain matin, à dix heures, ses pupilles étaient excessivement dilatées : il continuait à se plaindre, et restait tranquille, à moins qu’on ne le forçât à marcher : alors il faisait quelques pas sans vaciller ; la tête paraissait lourde et était inclinée sur sa poitrine. A six heures du soir, il était assoupi , chancelait beaucoup en marchant, et ressemblait aux individus ivres de vin ; il se plaignait. Il est mort le même jour à neuf heures du soir. La membrane muqueuse de l’estomac était à peine rouge;

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