‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 92 sur 172 · DU COLCHIQUE · texte numérisé non relu

DU COLCHIQUE

termina d’abord aucun accident fâcheux. Au bout d’une demi-heure, il éprouva des douleurs aiguës à l’estomac , et des nausées suivies de vomissements et de déjections divines souvent involontaires. Ces symptômes continuèrent pendant la nuit et une grande partie du jour suivant: alors les évacuations alvines cessèrent, mais les nausées persistèrent ; les selles ne furent point sanguinolentes. Le lendemain du jour de l’accident, le malade était dévoré par une soif ardente qui dura jusqu’au moment de la mort ; les douleurs de l’estomac et des intestins étaient excessivement aiguës : on employa les fomentations émollientes. Vers le soir, le malade paraissait presque épuisé ; il avait le délire ; on sentait à peine le battement des artères. Cependant la mort n’eut lieu que dans la matinée du troisième jour. A* l’ouverture du cadavre, on ne découvrit aucune trace d’inflammation dans les intestins ; l’estomac seul était rouge. ( Journal d'Edimbourg , avril 1818. )

Observation 5e. — Dans le courant de mai 1819, un fermier de Luzaï elles donna des feuilles fraîches de colchique pour nourriture à douze vaches : trois périrent bientôt après en avoir mangé. ( Séance tenue à l’École royale d’Alfort le 18 novembre 1819. )

Observation vie. — Deux hommes périrent, l’un au bout de vingt-deux heures , l’autre après vingt-huit heures, pour avoir bu chacun un verre environ de teinture vineuse et alcoolique de colchique contenant à peu près 2 grammes 60 centigrammes du bulbe de cette plante. (Ollivier d’Angers. J. de Chim. mêd., tom. v, année 1839. )

Observation viic. — Gaspar B., d’Aesthausen , âgé de cinquante-deux ans, d’un tempérament sanguin, but par mégarde, dans la soirée du 18 février 1830, une décoction faite avec une forte cuillerée de semences de colchique et un litre et demi d’eau ; il eut dans la nuit plus de quinze selles et des vomissements. \1. le docteur JNeubrandt le vit le lendemain malin dans un état peu inquiétant. Les selles et les vomissements étaient moins fréquents ; le malade, quoique faible, n’accusait aucune douleur et pouvait se lever; le bas-ventre, qui n’était pas distendu , se concentrait spasmodiquement au toucher; le pouls était petit et subfréquent ; les selles , très fétides et ténues , contenaient de petites membranes blanchâtres. On fit boire au malade beaucoup d’eau tiède contenant du beurre. Cette boisson provoqua encore quelques vomissements et des selles ; immédiatement après on lui ordonna du café noir et une forte infusion de guimauve avec du suc de citron. Sauf les vomissements et les selles on ne put découvrir aucun autre symptôme qui pût faire soupçonner l’absorption du poison : aussi quel fut l’étonnement du médecin lorsqu’il trouva, le lendemain matin, à huit heures ( le 20). son malade dans 1 état suivant :

face pale, respiration précipitée, gémissements, enrouement, yeux enfoncés dans l’orbite, pupilles très dilatées, langue couverte d’un enduit blanchâtre et ne pouvant être sortie de la bouche qu’avec peine; i gion de l’estomac un peu douloureuse ; haleine , face et extrémités îroides ; pouls très fréquent à peine sensible ; soif nulle ; selles plus fré-

.quentcs depuis la veille et contenant des matières de couleur bleu clair en plus ou moins grande quantité. Le malade prit avec plaisir des soupes mucilagineuses et du café noir. Quoiqu’il répondît juste aux questions qu’ou lui adressait, ses facultés intellectuelles paraissaient être embrouillées.

Mort à dix heures.

Autopsie , faite vingt-trois heures après la mort.

Figure non altérée , pupilles très dilatées , yeux enfoncés , bouche spasmodiquement fermée , roideur remarquable de tous les membres et des muscles; le bas-ventre, à peine un peu plus tuméfié que pendant la vie, était d’une dureté extraordinaire et montrait des taches particulières , surtout nombreuses au creux de l’estomac et aux côtés vers le dos ; elles étaient violettes ou d’un bleu verdâtre, rayées, non circonscrites. Les muscles étaient d’un bleu foncé comme desséchés par l’air. La trachée-artère, près de la bifurcation, était enllammée; les poumons, affaissés , petits , pâles , et mous au toucher, étaient à l’état normal à l’intérieur; sur le cœur, au reste normal et contenant beaucoup de sang coagulé, on voyait de grandes taches noires, violettes et brunâtres; l’œsophage n’était rouge-brunâtre qu’au-dessous du diaphragme et à son embouchure à l’estomac ; le cardia surtout était d’un violet noir. L’estomac à sa surface extérieure était légèrement violet et beaucoup plus foncé â l’intérieur; les veines de l’estomac et des autres intestins fortement distendues par du sang noir comme du charbon ; le foie , normal , avait une teinte violette à sa surface concave; la vésicule biliaire était volumineuse et remplie de bile verte; les intestins grêles et gros étaient à peine enflammés au dehors, et ne montraient que des taches rouges-brunâtres, rares en dedans. Les autres organes n’offraient rien d’anormal. Le crâne et la colonne vertébrale n’ont pas été ouverts. (J. de Chim e médicale, t. vi, année 1840, p. 50/i. )

Traitement. (Voy. p. 345.)

L’ATïAOPmE.

L’atropine existe dans les racines , les feuilles et la tige de 1 ’atropa belladona. Elle est sous forme de prismes transparents, à éclat soyeux, inodores, d’une saveur amère, solubles dans 500 parties d’eau froide, solubles dans l’alcool absolu et dans l’éther sulfurique, surtout à chaud ; la solution aqueuse brunit le papier rouge. Chauffée en vases clos, elle fond et se volatilise ; si elle a le contact de l’air, elle brunit et s’enflamme sans laisser de cendre. Mise dans l’eau et exposée à l’air, elle s’altère avec le temps, disparaît et donne un liquide jaune, dont on obtient par l’évaporation un résidu incristallisable, qu’il suffit toutefois de combiner avec un acide , et de traiter par du charbon de sang , pour que les alcalis en séparent de l’atropine suscep-

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