‹ Traité de toxicologie (volume 2)Chapitre 97 sur 172 · DU DATURA · texte numérisé non relu

DU DATURA

d’extrait aqueux de datura stramonium préparé chez un pharmacien et dissous dans 2/t grammes d’eau distillée ; on a lié l’œsopliagc. Au bout de six minutes , l’animal a fait des efforts pour vomir et a été très agité ; il courait dans le laboratoire , et cherchait à s’évader en poussant des cris plaintifs. Une heure après, les efforts de vomissement s’étaient déjà renouvelés douze ou quinze fois; ses extrémités postérieures faiblissaient un peu ; mais il conservait encore la faculté de marcher librement; sa respiration était accélérée par intervalles ; les battements du eqeur étaient forts et fréquents, et il continuait à se plaindre. A dix heures trois quarts, il était un peu assoupi ; la faiblesse des pattes postérieures augmentait , et il conservait l’usage des sens. A onze heures , les extrémités postérieures ont fléchi ; il est tombé sur le côté ; mais il s’est relevé aussitôt ; sa marche était déjà un peu vacillante. A quatre heures et demie , continuation des plaintes, vertiges excessivement marqués. 11 est mort dans la nuit. L’estomac contenait environ 200 grammes d’un fluide sanguinolent ; la membrane muqueuse, d’un rouge vif dans toute son étendue, offrait sur les plis qu’elle forme près du pylore un très grand nombre de bandes noires, longitudinales, larges d’environ 2 millimètres, et qui n’étaient autre chose que du sang extravasé entre celte tunique et la membrane sousjacente ; celle-ci était d’un rouge cerise dans les endroits correspondant à ces bandes; le rectum, sans altération, était tapissé d’urie matière noire, filante. Les poumons, d’un rouge foncé dans plusieurs parties, étaient gorgés de sang noir, fluide. Les ventricules du cerveau ne contenaient point de liquide; les vaisseaux veineux extérieurs de cet organe étaient injectés et distendus.

Expérience iff. — A huit heures du matin , on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste ; on a mis en contact avec le tissu cellulaire 8 grammes d’extrait aqueux de datura stramonium presque solide , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. A cinq heures du soir, l’animal n’avait offert aucun phénomène remarquable. Le lendemain matin , on l’a trouvé mort. La blessure était peu enflammée. Les poumons présentaient des taches d’un rouge livide, gorgées de sang noir liquide. Les ventricules du cœur renfermaient aussi du sang fluide et noir. Le canal digestif était sain. Le cadavre était roide , contracté et très froid.

Expérience iiic. — On a répété la même expérience à six heures du soir, et l’on a employé 8 grammes d’extrait légèrement humecté : l’animal est mort dans la nuit. Le jour suivant, à cinq heures du matin , on a soumis à la même expérience un petit carlin assez robuste. L’extrait était récemment préparé et avait été délayé dans 6 grammes d’eau distillée. Une demi-heure après l’opération , l’animal a poussé des cris plaintifs; il s’est agité et a parcouru plusieurs fois le laboratoire; ses pupilles étaient dilatées. A six heures et demie, il était dans le même état; les battements du cœur étaient forts, fréquents et assez réguliers ; il conservait le libre usage des sens et du mouvement. A neuf heures, il poussait encore des cris aigus; ses extrémités postérieures étaient très faibles:

aussi sa démarche était-elle lente et très incertaine; sa tête, lourde, était inclinée et touchait presque le sol; la dilatation des pupilles était portée aussi loin que possible : cependant il voyait et entendait bien ; les battements du cœur continuaient à être forts et fréquents. Un quart d’heure après, les vertiges avaient augmenté et les cris persistaient, l’animai n’avait point évacué. Il est mort à onze heures trois quarts. On l’a ouvert à midi dix minutes. Les membres étaient flexibles. Le cœur contenait un très grand nombre de caillots noirâtres (le cadavre était cependant très chaud). Les poumons n’offraient point'd’altéralion sensible. Il en était de même du canal digestif. Les ventricules du cerveau étaient vides, et il n’y avait point d’engorgement dans les vaisseaux de cet organe. Le membre opéré était un peu enflammé.

Expérience ivc. — On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien très fort 75 centigrammes du même extrait dissous dans 16 grammes d’eau. Au bout de deux heures, l’animal a poussé quelques plaintes et a vomi deux fois des matières bilieuses. Il s’est échappé dans la nuit, et on l’a vu vivant deux jours après, sur les toits des maisons voisines du laboratoire.

Expérience vc. — On a répété la même expérience sur un petit chien robuste avec 1 gramme 60 centigrammes d’extrait. Dans le même instant, l’animal a roidi ses pattes et a poussé des cris plaintifs ; sa tète s’est renversée sur le dos , et il est tombé sans connaissance, il est mort au bout de quatre minutes. On l’a ouvert sur-le-champ. Les ventricules du cœur ne se contractaient plus; les oreillettes olfraient des battements très distincts; le sang contenu dans ces organes était fluide ; celui que renfermait la cavité aortique était d’un rouge vermeil. Les poumons n’étaient que légèrement recroquevillés.

Observation lro. — Swaine rapporte que le decoctum préparé avec trois capsules de stramonium et du lait détermina la paralysie de tout le corps, et le malade devint furieux; il resta dans cet état pendant sept heures , puis il revint et dormit tranquillement pendant la nuit. (Swaine, Essays and Observât, physiol. and litter. , vol. n , p. 2/i7.)

Observation 2e. — Un homme ayant bu de la décoction du fruit devint triste, perdit la voix; son pouls disparut, ses membres se paralysèrent, après quoi il entra en fureur. Un autre ayant bu du lait cuit avec le même fruit, éprouva des vertiges, devint insensible, tint des propos Insensés , eut un pouls d’abord petit et vite , ensuite à peine sensible; ses jambes se paralysèrent, et il finit par être furieux. (Vicat, ouvrage cité, p. m.)

Observation 3e. — Le mari et la femme, étant tous deux enrhumés, vont consulter un pharmacien, qui leur donne par erreur environ 16 grammes de liatura stramonium , qui devait servir à faire une infusion. On en mit l\ grammes à peu près dans un grande théière qui pouvait contenir un litre d’eau ; la femme boit un verre de tisane après être entrée dans le lit ; cinq minutes s’écoulent, le mari prend un pareil

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