DU DATURA
verre de tisane et va pour se mettre au lit , lorsqu’il trouve sa femme agitée, exécutant des mouvements insolites, le regard fixe, étonné, et ne répondant pas à ses questions; elle ressentait, nous a-t-elle dit, un feu qui lui montait à la tête , ainsi qu’une chaleur très vive dans l’estomac. Il se manifeste alors des nausées, des envies de vomir et des vomissements. Le sieur T... quitte sa femme pour aller chercher du secours; mais il avait fait à peine quelques pas pour gagner la porte de sa chambre , qu’il éprouvait déjà une faiblesse très marquée dans les jambes avec un malaise général ; bientôt les forces lui manquent , et pour descendre une vingtaine de marches, il est obligé de s’asseoir et de se laisser glisser sur l’escalier ; alors , il n’a que le temps d’articuler quelques sons, et il tombe sans connaissance. Des vomissements réitérés, un état de torpeur continuel , de l’agitation, la perte presque absolue des sens, une tendance très grande au sommeil , tels furent les symptômes qui se manifestèrent pendant huit heures chez le mari, et pendant treize heures chez la femme, au bout duquel temps ils reprirent connaissance; mais la dame T... conserva une irritation gastrique assez intense, qui persista pendant un mois. Que l’on juge des effets d’une forte dose de datura stramonium , par ceux qu’a produits une infusion si légère ! Le datura stramonium, employé en lavement, fournit des résultats tout aussi fâcheux. (Devergie, ouvrage cité, p. 650 , t. m.)
Observation Zie. — En rassemblant tout ce qui a été écrit sur les effets de cette plante sur l’homme par Haller , Krause , Slorck, Sprœgel, Plehwe et Triller, on peut dire qu’elle a occasionné l’ivresse, le délire, la perte des sens, l’assoupissement , une sorte de rage et de fureur, une perte de mémoire , tantôt passagère , tantôt continuelle , des convulsions , la paralysie des membres, des sueurs froides, une soif excessive , et des tremblements. Haller a fait l’ouverture du cadavre d’une femme qui avait pris la graine de cette plante croyant prendre celle de nielle. La substance corticale du cerveau était pleine de sang : il y avait des grumeaux durs dans les cavités du crâne.
Les datura metela , talula et ferox sont aussi vénéneux. Gmelin dit que la bière empoisonnée par les semences du datura ferox a donné lieu à un délire qui a duré pendant vingt-quatre heures.
Les conclusions que l’on peut tirer de ces expériences sont entièrement analogues à celles que j’ai exposées a la lin de l’article sur la belladone (p. 395), plante qui appartient également à la famille des solanées : le datura paraît cependant exciter puis fortement le cerveau, et déterminer une action générale plus intense, due en grande partie du moins à la daturine.
Le docteur Runge a proposé , pour découvrir l’empoisonnement par cette plante, les moyens qu’il avait déjà indiqués pour la jusquiame (voy, pag. 266).
Traitement. (Voy. pag. 345.)
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La nicotine a été extraite , par Posselt et Reimann , cle différentes espèces de nicotiana, du macrophylla rustica et glutinosa, où elle paraît exister à l’état d’acétate. Elle est liquide , transparente , incolore ou presque incolore, d’une odeur qui rappelle celle du tabac,' d’une saveur âcre et brûlante qui persiste long-temps. Elle ramène au bleu le papier de tournesol rougi , elle bout à 246°, et se décompose à 100° en répandant une fumée blanche qui brunit le papier de curcuma; si on en imprègne une mèche , celle-ci brûle avec une vive lumière et en donnant une fumée fuligineuse. Elle se mêle avec l’eau en toutes proportions. L’élher la dissout facilement. Elle forme avec les acides des sels cristallisables ou non , d’une saveur de tabac , brûlante et âcre, incolores, et solubles pour la plupart dans l’alcool et dans l’eau , paraissant insolubles dans l’éther.
Expérience ire. — D’après Berzélius , une seule goutte de nicotine suffit pour tuer un chien.
Expérience ne. — J’ai appliqué 3 gouttes de nicotine sur la langue d’un chien de petite taille assez robuste; aussitôt après l’animal a éprouvé des vertiges et a uriné ; au bout d’une minute , sa respiration était précipitée et haletante ; cet état a continué pendant quarante secondes , et alors l’animal est tombé du côté droit et paraissait ivre. Loin d’offrir de la raideur et des mouvements convulsifs , il était affaissé et flasque ; toutefois les pattes antérieures offraient un léger tremblement; cinq minutes après l’ingestion du poison , il a poussé des cris plaintifs et a légèrement roidi la tête en la portant un peu en arrière ; les pupilles étaient excessivement dilatées et la respiration calme et nullement accélérée ; cet état a duré dix minutes pendant lesquelles l’animal ne pouvait pas se soutenir sur ses pattes. A dater de ce moment les accidents ont paru diminuer, et bientôt après on a pu prédire qu’ils ne tarderaient pas à disparaître complètement ; le lendemain l’animal était bien portant.
Expérience iii6. — J’ai répété cette expérience avec 5 gouttes de nicotine sur un chien de même force; l’animal a éprouvé les mêmes accidents et il est mort au bout de dix minutes; toutefois pendant quatre minutes , il a offert de légers mouvements convulsifs. Ouverture du cadavre faite le lendemain. Les membranes du cerveau sont légèrement injectées et les vaisseaux qui rampent à leur surface sont gorgés de sang ; cette injection se fait surtout remarquer à gauche et à la base du cerveau. Celui-ci, de consistance ordinaire , est légèrement piqueté dans les deux substances qui le composent ; les corps striés sont très injectés ainsi que