DE LA CHAUX VIVE
de lait , autant de café et de vin rouge et environ 40 grammes de bile. Le résidu a été traité pendant un quart d’heure par l’eau distillée bouillante ; la liqueur filtrée , évaporée , carbonisée et incinérée dans un creuset de platine, a laissé une cendre assez fortement alcaline dans laquelle il y avait au moins autant de chaux vive que dans celle qui provenait du mélange alimentaire additionné de 10 centigrammes de chaux. La présence de cet alcali tenait certainement aux sels de chaux solubles dans l’eau bouillante qui se trouvaient dans ce mélange et notamment au tartrate de chaux qui fait partie de la crème de tartre contenue dans le vin rouge. J’ai ensuite traité par l’acide azotique étendu d’eau la masse alimentaire normale que j’avais fait bouillir pendant un quart d’heure dans de l’eau distillée ; la liqueur, filtrée, a été évaporée jusqu’à siccité; le produit carbonisé et incinéré dans un creuset de platine, a laissé une cendre alcaline, qui contenait une quantité notable de carbonate de chaux, puisqu’en faisant agir sur elle de l’acide acétique, la liqueur filtrée précipitait abondamment de l’oxalate de chaux par l’oxalate d’ammoniaque.
Expérience iii®. — Convaincu par les résultats des essais qui précèdent qu’il fallait nécessairement recourir à une autre méthode pour déceler la chaux libre qui pourrait se trouver dans une liqueur, j’ai fait un mélange d’un litre de bouillon, de demi-litre de lait, d’autant de café et de vin rouge; j’ai saturé ce mélange par de l’eau de chaux, puis j’ai ajouté 12 grammes d’eau saturée de chaux , contenant par conséquent 2 centigrammes de chaux environ ; j’ai chauffé, après avoir délayé dans la liqueur un blanc d’œuf dissous dans l’eau ; l’addition de l’albumine ayait pour objet de pouvoir obtenir par la filtration une liqueur limpide ; j’ai fait bouillir pendant quelques secondes, et quand le mélange a été refroidi, je l’ai mis sur un filtre ; la liqueur était d’un jaune rougeâtre, parfaitement limpide et sensiblement alcaline ; je l’ai fait traverser par quelques bulles de gaz acide carbonique gui ne Va point précipitée; voyant alors que la liqueur était légèrement acide, je l’ai chauffée pour volatiliser le gaz acide carbonique en excès , espérant qu’elle se troublerait; la dissolution est restée transparente et acide. J’ai ajouté de l’oxalate d’ammoniaque ; à l’instant même j’ai obtenu un précipité d 'oxalate de chaux, qui étant lavé, desséché et calciné dans un creuset de platine , a fourni de la chaux vive.
La même expérience répétée, sans addition de chaux , a exactement offert les mêmes résultats , si ce n’est que la quantité d’oxalate de chaux obtenue était un peu plus faible.
Expérience ive. — J’ai mélangé un litre de bouillon , un demi-litre de lait , autant de café et de vin rouge, avec 1 gramme de chaux vive au lieu de 2 centigrammes. Tout portait à croire que si l’acide carbonique n’avait point précipité la chaux dans l’expérience troisième, cela tenait à ce que les 2 centigrammes d’alcali étaient étendus d’une trop grande quantité d'eau ; il était d’ailleurs évident qu’il fallait renoncer à l’emploi de l’oxalate d’ammoniaque , puisque les liquides alimentaires que j’employais
fournissaient de Foxalate de chaux par ce réactif, alors même que l’on n’avait point ajouté de chaux. Le mélange a été évaporé jusqu’à siccité , et le produit traité par 60 grammes d'eau distillée froide ; après avoir agité pendant un quart d’heure, j’ai filtré la liqueur, qui a passé claire et qui était fortement alcaline; je l’ai fait traverser par un courant de gaz acide carbonique lavé ; elle s’est troublée aussitôt , et le précipité disparaissait à mesure que l’eau se saturait de gaz carbonique ; j'ai fait bouillir la dissolution pendant quelques minutes pour dégager l’excès de gaz et j’ai laissé ramasser le précipité; celui-ci bien lavé, desséché et calciné au rouge dans un creuset de platine , m’a fourni de la chaux vive et du carbonate de chaux ; toutefois la proportion de chaux obtenue ne représentait pas , ni à beaucoup près, le gramme de cet alcali qui avait été ajouté au mélange alimentaire.
Il suit de ce qui précède :
1° Que lorsqu’il s’agira de déceler la chaux vive dans un cas d’ein poisonnement , on devra , après avoir constaté l’alcalinité de la matière suspecte, évaporer celle-ci jusqu’à siccité si elle n’est pas à l’état solide , traiter le produit par l’eau distillée froide , fdtrer et faire passer un excès de gaz acide carbonique dans la liqueur ; on fera ensuite bouillir pendant quelques minutes pour déterminer la précipitation du carbonate de chaux ; celui-ci lavé , desséché et calciné dans un creuset de platine , laissera de la chaux ou du carbonate de chaux. Il n’existe en effet aucun liquide alimentaire ni aucun produit de vomissement qui fournisse un précipité de carbonate de chaux, lorsqu’on le traite par l’acide carbonique, à moins qu’il n’ait été mélangé de chaux;
2° Que l’on s’exposerait à commettre des erreurs graves, si l’on suivait l’un ou l’autre des procédés indiqués dans les expériences lrc et 3e (voy. p. 242 et 243) ;
3° Que le gaz acide carbonique ne précipite pas la totalité de la chaux vive introduite dans l’estomac, parce qu’une portion de cet alcali s’est transformée en sel , en se combinant avec les acides libres contenus dans les liquides alimentaires ou dans le canal digestif, et probablement aussi parce qu’une autre portion est retenue par la matière organique avec laquelle elle forme un composé comme savonneux ;
4° Qu’il serait dès lors imprudent de déclarer qu’un individu n’aurait pas été empoisonné par de la chaux, par cela seul qu’on n’en décèlerait pas la moindre trace à l’aide de l’acide carbonique, l’empoisonnement ayant pu avoir lieu par une petite proportion de cet alcali donné avant ou après l’ingestion dans l’estomac de liquides acides, tels que le vin, etc.; dans ce cas, la chaux se serait transformée en un sel calcaire insoluble ou soluble que l’acide carbonique ne
I)E LA BARYTE.
pourrait point décomposer. En pareille occurrence l’expert devrait avoir surtout égard au commémoratif, aux symptômes, aux altérations cadavériques, etc.